The Project Gutenberg eBook ofL'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie

The Project Gutenberg eBook ofL'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape PieThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape PieAuthor: Pope Pius IITranslator: Octavien de Saint-GelaisRelease date: February 11, 2020 [eBook #61383]Most recently updated: October 17, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'YSTOIRE DE EURIALUS ET LUCRESSE, VRAYS AMOUREUX, SELON PAPE PIE ***

This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.

Title: L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape PieAuthor: Pope Pius IITranslator: Octavien de Saint-GelaisRelease date: February 11, 2020 [eBook #61383]Most recently updated: October 17, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)

Title: L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie

Author: Pope Pius IITranslator: Octavien de Saint-Gelais

Author: Pope Pius II

Translator: Octavien de Saint-Gelais

Release date: February 11, 2020 [eBook #61383]Most recently updated: October 17, 2024

Language: French

Credits: Produced by Laurent Vogel and the Online DistributedProofreading Team at http://www.pgdp.net (This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) athttp://gallica.bnf.fr)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'YSTOIRE DE EURIALUS ET LUCRESSE, VRAYS AMOUREUX, SELON PAPE PIE ***

En l'onneur de la saincte trinitéLouenge de vous charles roy treschrestienDe latin en françois j'ay translatéL'ystoire du tresfort amoureux lienD'eurialus et de lucresse le maintienQue en amours ont eu durant leur vieAinsi que l'a descript ou temps ancienEneas silvius nommé pape pieBien licite est a l'omme humainAprés devote contemplationSoy occuper a prendre soir et mainAu monde aucune recreationCar selon commune opinionTousjours prier n'est pas necessitéMais passer temps en bonne operationEt eschever du tout oysivetéYci pourra vostre royale majestéEn lisant par maniere d'occupacionPrendre soulas & aucune felicitéVoyant d'amours la conditionL'orrible peine et la tribulationLes perilz et forfaiz maleureuxEt aussi la misere et afflictionQue ont souvent les povres amoureuxPrince souverain par ta benignitéAux povres amans donne leur allegenceSur tous entretien en prosperitéCharles .viii. trescrestien roy de france

En l'onneur de la saincte trinité

Louenge de vous charles roy treschrestien

De latin en françois j'ay translaté

L'ystoire du tresfort amoureux lien

D'eurialus et de lucresse le maintien

Que en amours ont eu durant leur vie

Ainsi que l'a descript ou temps ancien

Eneas silvius nommé pape pie

Bien licite est a l'omme humain

Aprés devote contemplation

Soy occuper a prendre soir et main

Au monde aucune recreation

Car selon commune opinion

Tousjours prier n'est pas necessité

Mais passer temps en bonne operation

Et eschever du tout oysiveté

Yci pourra vostre royale majesté

En lisant par maniere d'occupacion

Prendre soulas & aucune felicité

Voyant d'amours la condition

L'orrible peine et la tribulation

Les perilz et forfaiz maleureux

Et aussi la misere et affliction

Que ont souvent les povres amoureux

Prince souverain par ta benignité

Aux povres amans donne leur allegence

Sur tous entretien en prosperité

Charles .viii. trescrestien roy de france

Urbem senas intranti sigismundo cesari &c.

Chascun peut bien facilement sçavoirCar c'est chose pres que par tout communeComme l'empereur sigismundus pour voirVictorieux par le don de fortuneEn la cité dont je suis opportuneDe senes fut recueilly noblementLors se loua sur toutes cités de uneQui le receut treshonnorablement

Chascun peut bien facilement sçavoir

Car c'est chose pres que par tout commune

Comme l'empereur sigismundus pour voir

Victorieux par le don de fortune

En la cité dont je suis opportune

De senes fut recueilly noblement

Lors se loua sur toutes cités de une

Qui le receut treshonnorablement

Palatium illi apud sacellum sancte marthe &c

Pres l'eglise saincte marthe on dressaSur la rue qui maine proprementVers la porte estroicte des pieçaAinsi dicte/ ung palais richementAcoutré fut moult honnorablementAinsi que affiert a si noble empereurOn ne sauroit narrer entierementDe ce palays/ le triumphe et honneur

Pres l'eglise saincte marthe on dressa

Sur la rue qui maine proprement

Vers la porte estroicte des pieça

Ainsi dicte/ ung palais richement

Acoutré fut moult honnorablement

Ainsi que affiert a si noble empereur

On ne sauroit narrer entierement

De ce palays/ le triumphe et honneur

Venit sigismundus quatuor maritatas &c.

Quant l'empereur cesar arrivé futAu lieu si bien paré que rien n'y faultSa majesté au devant de luy eutQuatre dames de noble estat et haultGentes de corps parees sans nul deffaultA la gorre et plus que grant possibleDe grant joye tout le cueur luy tressaultQuant aperçoit chose a dire impossible

Quant l'empereur cesar arrivé fut

Au lieu si bien paré que rien n'y fault

Sa majesté au devant de luy eut

Quatre dames de noble estat et hault

Gentes de corps parees sans nul deffault

A la gorre et plus que grant possible

De grant joye tout le cueur luy tressault

Quant aperçoit chose a dire impossible

Si tres duntaxat fuissent &c.

Se les dames n'eussent esté que troisLicitement on eust peu dire d'ellesVecy les trois deesses affin choisQue paris vit quant vist les tresbellesDame juno/ pallas/ et avecques ellesIl vit venus qui sur toutes luy pleutSigismundus n'eust eu joyes moins parellesEn les voyant que des quatre lors eut

Se les dames n'eussent esté que trois

Licitement on eust peu dire d'elles

Vecy les trois deesses affin chois

Que paris vit quant vist les tresbelles

Dame juno/ pallas/ et avecques elles

Il vit venus qui sur toutes luy pleut

Sigismundus n'eust eu joyes moins parelles

En les voyant que des quatre lors eut

Forma ornatu etateque pares &c.

Forme pareil age ornement avoientLes plaisantes dames dessus nommeesEt pres que en tout/ elles s'entresembloientTant estoient cointes et atourneesOn ne pourroit pas a longues journeesSi grans beaultés souffisamment descrireMais touteffoys quant bien sont aviseesUne seule peut pour toutes suffire

Forme pareil age ornement avoient

Les plaisantes dames dessus nommees

Et pres que en tout/ elles s'entresembloient

Tant estoient cointes et atournees

On ne pourroit pas a longues journees

Si grans beaultés souffisamment descrire

Mais touteffoys quant bien sont avisees

Une seule peut pour toutes suffire

Erat sigismundus licet grandevus in libidinem pronus &c

Sigismundus de sa propre natureQui ja tresviel et ancien estoitLes voluptés charnelz eut en cureEt des dames voulentiers escoutoitLe beau parler tresfort s'i delectoitRien plus plaisant ne luy fut en ce mondeIcelles voir grandement desiroitEn contemplant leur beaulté & faconde

Sigismundus de sa propre nature

Qui ja tresviel et ancien estoit

Les voluptés charnelz eut en cure

Et des dames voulentiers escoutoit

Le beau parler tresfort s'i delectoit

Rien plus plaisant ne luy fut en ce monde

Icelles voir grandement desiroit

En contemplant leur beaulté & faconde

Ut ergo has vidit desiliens equo

Quant l'empereur cesar eut adviséLa noblesse des quatre damoisellesDe son cheval descendre a proposéEntre leurs mains bien fut recueilly d'ellesA ses barons qui visoient les merveillesEt grant beaulté des dames dessusdictesDist en riant veistes vous onc pareilles?Certes croiés que oncques telles ne veistes

Quant l'empereur cesar eut advisé

La noblesse des quatre damoiselles

De son cheval descendre a proposé

Entre leurs mains bien fut recueilly d'elles

A ses barons qui visoient les merveilles

Et grant beaulté des dames dessusdictes

Dist en riant veistes vous onc pareilles?

Certes croiés que oncques telles ne veistes

Ego dubius sum an facies humane sint angelicive vultus &c.

En doubte suys seigneurs se elles ontFace humaine/ ou visaige angeliqueCelestielz faces certes elles ontComme s'ilz avoient nature deifiqueVergongneuse maniere mirifiqueLes yeulx embas regardans simplementPour leur beaulté & face almifiqueCroistre/ elles avoient simple contenement

En doubte suys seigneurs se elles ont

Face humaine/ ou visaige angelique

Celestielz faces certes elles ont

Comme s'ilz avoient nature deifique

Vergongneuse maniere mirifique

Les yeulx embas regardans simplement

Pour leur beaulté & face almifique

Croistre/ elles avoient simple contenement

Sparso nanque inter genas rubore

Elles avoient en leurs joes tel couleurComme d'inde le blanc yviere aQuant sa blancheur de vermeille liqueurEst coulouré ou que le lis aQuant aux roses vermeilles sa sorte aTresbien leur siet c'est avenante choseL'imperial majesté moult prisaLa grant beaulté que en leur face est close

Elles avoient en leurs joes tel couleur

Comme d'inde le blanc yviere a

Quant sa blancheur de vermeille liqueur

Est coulouré ou que le lis a

Quant aux roses vermeilles sa sorte a

Tresbien leur siet c'est avenante chose

L'imperial majesté moult prisa

La grant beaulté que en leur face est close

Precipuo tamen inter eas nitore lucressia fulsit &c

Et ja soit ce que toutes quatre fussentSi tresbelles que souhaiter on peutTouteffois ceulx qui bien visees les eussentFacilement/ quant l'oeil bien viser veutEussent esleu celle qui trop plus pleutA l'empereur cesar/ c'estoit lucresseQui de beaulté lors plus que humaine eutElle sembloit sur les autres deesse

Et ja soit ce que toutes quatre fussent

Si tresbelles que souhaiter on peut

Touteffois ceulx qui bien visees les eussent

Facilement/ quant l'oeil bien viser veut

Eussent esleu celle qui trop plus pleut

A l'empereur cesar/ c'estoit lucresse

Qui de beaulté lors plus que humaine eut

Elle sembloit sur les autres deesse

Adolescentula nondum viginti annos nata in familia camilorum &c.

Encor vingt ans lucresse pas n'avoitMariee lors a menelausRiche puissant de grant lignee estoitD'amourettes moins garni que d'escusDigne n'estoit/ ains fut ung vray abusQu'on luy donnast si plaisant damoiselleTel a des biens et assés de quibusQui n'est pas digne d'avoir jeune pucelle

Encor vingt ans lucresse pas n'avoit

Mariee lors a menelaus

Riche puissant de grant lignee estoit

D'amourettes moins garni que d'escus

Digne n'estoit/ ains fut ung vray abus

Qu'on luy donnast si plaisant damoiselle

Tel a des biens et assés de quibus

Qui n'est pas digne d'avoir jeune pucelle

Sed digno quem uxor deciperetur quasi cervum cornutum redderet &c

De estre trompé son mari estoit digneEt que on lui fist comme a un cerf cornesD'ung vray cocu portoit assés la mineDe amouretes ne congnoissoit les bornesPour faire hars de genest ou viornesPlus propre estoit que de avoir belle damePour que au blason longuement ne sejournesPeu lui chaloit s'en ce avoit los ou blasme

De estre trompé son mari estoit digne

Et que on lui fist comme a un cerf cornes

D'ung vray cocu portoit assés la mine

De amouretes ne congnoissoit les bornes

Pour faire hars de genest ou viornes

Plus propre estoit que de avoir belle dame

Pour que au blason longuement ne sejournes

Peu lui chaloit s'en ce avoit los ou blasme

Statura mulieris eminentior reliquis &c.

Lucresse estoit assés haulte sur boutDe stature estoit tresavenanteCheveulx avoit si copieux que toutLe corps couvroient par maniere decenteCe neant moins pour estre plus plaisanteDe templetes d'or clos el les avoitEt de pierre precieuse luisanteCe que tresbien et beau lors lui duisoit

Lucresse estoit assés haulte sur bout

De stature estoit tresavenante

Cheveulx avoit si copieux que tout

Le corps couvroient par maniere decente

Ce neant moins pour estre plus plaisante

De templetes d'or clos el les avoit

Et de pierre precieuse luisante

Ce que tresbien et beau lors lui duisoit

Frons alta spaciique decentis &c.

Lucresse avoit le front bien spacieuxSans macule ne quelque ride avoirAins estoit hault/ frais/ blanc & lumineuxOn ne sauroit rien plus beau concevoirOn ne vit onc face pour dire voirPlus venuste ne a veoir plus agreableNature avoit la mis de son povoirQui la faisoit sur autres merveillable

Lucresse avoit le front bien spacieux

Sans macule ne quelque ride avoir

Ains estoit hault/ frais/ blanc & lumineux

On ne sauroit rien plus beau concevoir

On ne vit onc face pour dire voir

Plus venuste ne a veoir plus agreable

Nature avoit la mis de son povoir

Qui la faisoit sur autres merveillable

Supercilia in arcum tensa &c.

Oculi tanto nitore splendentes &c.

Lucresse avoit a peu de poil noiretEn maniere d'arc tendu les sourcillesPar distance qui bien les separoitOnc plus belles n'eurent femmes ne fillesLes yeulx avoit si clers beaux & facillesQue des voians le regard hebetoitLe souleil par ses rays tressutillesDes autres yeulx la clarté offuscoit

Lucresse avoit a peu de poil noiret

En maniere d'arc tendu les sourcilles

Par distance qui bien les separoit

Onc plus belles n'eurent femmes ne filles

Les yeulx avoit si clers beaux & facilles

Que des voians le regard hebetoit

Le souleil par ses rays tressutilles

Des autres yeulx la clarté offuscoit

Nasus in filum &c.

Elle povoit occire les voiansPar ung trait de oeil quant jeter le vouloitEt si povoit les mors faire vivansQuant le doulx trait de ses yeulx envoioitLe nez avoit traitis comme ung fil droitQui ses joes par egale mesureDecentement & tresbien divisoitEn ce se estoit efforcee nature

Elle povoit occire les voians

Par ung trait de oeil quant jeter le vouloit

Et si povoit les mors faire vivans

Quant le doulx trait de ses yeulx envoioit

Le nez avoit traitis comme ung fil droit

Qui ses joes par egale mesure

Decentement & tresbien divisoit

En ce se estoit efforcee nature

Nichil his genis

Rien plus plaisant plus doulx plus amiableOn n'eust pas sceu que lesdictes joes voirQuant elle rioit par maniere agreableDeux petites fosses se venoient soirOu fin milieu de ses joes oncques voirHoms ne les peut qui ne leur desirastQuelque baisier donner fust main ou soirEt qui pour ce du cueur ne souspirast

Rien plus plaisant plus doulx plus amiable

On n'eust pas sceu que lesdictes joes voir

Quant elle rioit par maniere agreable

Deux petites fosses se venoient soir

Ou fin milieu de ses joes oncques voir

Homs ne les peut qui ne leur desirast

Quelque baisier donner fust main ou soir

Et qui pour ce du cueur ne souspirast

Os parvum decensque &c.

Petite bouche & levres coralinesPlus vermeilles que ne fut onc coralLucresse avoit de estre baisees dignesEt doulcement morses sans faire malPetites dens plus blanches que cristalEntre lesquelz sa langue armonieuseFaisoit ung son plaisant et cordialAvecques chant & voix melodieuse

Petite bouche & levres coralines

Plus vermeilles que ne fut onc coral

Lucresse avoit de estre baisees dignes

Et doulcement morses sans faire mal

Petites dens plus blanches que cristal

Entre lesquelz sa langue armonieuse

Faisoit ung son plaisant et cordial

Avecques chant & voix melodieuse

Erant in eius ore & cetera.

Son corps estoit de toutes pars louablePar le dehors on povoit aisementDes intimes jugement tresfeableFaire par ce que on voioit clerementOncques homme ne la vit proprementQui ne conceust en son cueur quelque envieVers son mary: car veritablementDe telle avoir digne n'estoit il mie

Son corps estoit de toutes pars louable

Par le dehors on povoit aisement

Des intimes jugement tresfeable

Faire par ce que on voioit clerement

Oncques homme ne la vit proprement

Qui ne conceust en son cueur quelque envie

Vers son mary: car veritablement

De telle avoir digne n'estoit il mie

Sermo is fuit qualiter rumor est &c.

Facessies yssoient de sa boucheEt parolles exquises a merveillesCornelia qui estoit sans reprocheEn ses enfans louant ne dist pareillesHortensia paroles point plus bellesNe proposa devant les empereursQuant el garda dames & damoisellesPar ses beaulx ditz et rhetoriques fleurs

Facessies yssoient de sa bouche

Et parolles exquises a merveilles

Cornelia qui estoit sans reproche

En ses enfans louant ne dist pareilles

Hortensia paroles point plus belles

Ne proposa devant les empereurs

Quant el garda dames & damoiselles

Par ses beaulx ditz et rhetoriques fleurs

Nec suavius aliquid eius oratione

Il n'estoit rien plus doulx que son parlerPlus attrempé ne de plus grant facondeElle savoit honnesteté garderQuant triste estoit sans ce que homme du mondeEust apperceu qu'elle eust face iracondeCar elle estoit joyeuse & attrempeeTousjours une/ gente plaisante & blondeEt sur toutes autres tresmoderee

Il n'estoit rien plus doulx que son parler

Plus attrempé ne de plus grant faconde

Elle savoit honnesteté garder

Quant triste estoit sans ce que homme du monde

Eust apperceu qu'elle eust face iraconde

Car elle estoit joyeuse & attrempee

Tousjours une/ gente plaisante & blonde

Et sur toutes autres tresmoderee

Non timida non audax &c.

Trop peureuse ne trop hardie n'estoitEn tous ses fais elle tenoit moienEt courage plus que virile avoitFerme propos avec rassis maintienPour conduire quelque chose de bienElle avoit cueur constant et immuableChose qu'el veist ne la changoit en rienCar elle n'estoit point comme autres muable

Trop peureuse ne trop hardie n'estoit

En tous ses fais elle tenoit moien

Et courage plus que virile avoit

Ferme propos avec rassis maintien

Pour conduire quelque chose de bien

Elle avoit cueur constant et immuable

Chose qu'el veist ne la changoit en rien

Car elle n'estoit point comme autres muable

Vestes illi multiplices &c.

Vestue estoit de habis tresprecieuxChaines/ baudriers de fin or reluisoientQui tout autour son gent corps amoureuxSi bien que rien n'y fault avironnoientEt de perles ses bras couvers estoientPres que toute en or resplendissoitAffiques d'or comme estoilles luisoientDont des voyans les yeulx el repaissoit

Vestue estoit de habis tresprecieux

Chaines/ baudriers de fin or reluisoient

Qui tout autour son gent corps amoureux

Si bien que rien n'y fault avironnoient

Et de perles ses bras couvers estoient

Pres que toute en or resplendissoit

Affiques d'or comme estoilles luisoient

Dont des voyans les yeulx el repaissoit

Redimitta capitis mirifica &c.

Son chief avoit gentement atournéDe couronne et joyaulx precieuxDe diamans et saphirs aournéSi proprement que on ne pourroit pas mieulxSes mignons dois plains estoient en tous lieuxDe signes d'or/ esmeraudes/ rubisClers diamans & saphirs lumineuxQui bien seoient par dessus ses habis

Son chief avoit gentement atourné

De couronne et joyaulx precieux

De diamans et saphirs aourné

Si proprement que on ne pourroit pas mieulx

Ses mignons dois plains estoient en tous lieux

De signes d'or/ esmeraudes/ rubis

Clers diamans & saphirs lumineux

Qui bien seoient par dessus ses habis

Non helenam pulchriorem &c.

Je ne croy pas que heleine fust plus belleQuant son mari menelaus menaLe beau paris a disner avecques elleQue lucresse qui lors bien s'atournaAndromache quant hector espousaN'estoit pas plus richement acoutreeQue lucresse estoit en ce jour laQue l'empereur fist en senes entree

Je ne croy pas que heleine fust plus belle

Quant son mari menelaus mena

Le beau paris a disner avecques elle

Que lucresse qui lors bien s'atourna

Andromache quant hector espousa

N'estoit pas plus richement acoutree

Que lucresse estoit en ce jour la

Que l'empereur fist en senes entree

Inter has & catherina &c

Katherine estoit aprés lucresseLa plus belle et la plus avenantCar elle estoit en sa fleur et jeunesseGente/ frisque/ tresgorriere et plaisantUng filz avoit qui n'estoit que ung enfantEt chevalier fut fait par l'empereurAins que la mort de son dart trespoignantKatherine occist par sa rigueur

Katherine estoit aprés lucresse

La plus belle et la plus avenant

Car elle estoit en sa fleur et jeunesse

Gente/ frisque/ tresgorriere et plaisant

Ung filz avoit qui n'estoit que ung enfant

Et chevalier fut fait par l'empereur

Ains que la mort de son dart trespoignant

Katherine occist par sa rigueur

Diem functa extremum &c.

L'empereur fut a son enterrementAvant partir en quoy lui fist honneurDe lucresse n'oublia nullementLa grant beaulté/ le sens et la valeurIl n'y avoit en court quelque seigneurQui jour & nuyt n'en fist son parlementEt qui ne dist c'est des dames la fleurL'onneur le pris & tout le parement

L'empereur fut a son enterrement

Avant partir en quoy lui fist honneur

De lucresse n'oublia nullement

La grant beaulté/ le sens et la valeur

Il n'y avoit en court quelque seigneur

Qui jour & nuyt n'en fist son parlement

Et qui ne dist c'est des dames la fleur

L'onneur le pris & tout le parement

Quocunque illa vertebatur &c.

Quant el sortoit pour aler quelque partTout le monde la poursuivoit a l'ueilC'estoit basme d'avoir ung seul regardDe ses clers yeulx son gracieux acueilFaisoit passer melencolie et deulCesar par tout la louoit en publiqueEurialus en parloit a tout seulSans faire bruit a bien l'aymer s'applique

Quant el sortoit pour aler quelque part

Tout le monde la poursuivoit a l'ueil

C'estoit basme d'avoir ung seul regard

De ses clers yeulx son gracieux acueil

Faisoit passer melencolie et deul

Cesar par tout la louoit en publique

Eurialus en parloit a tout seul

Sans faire bruit a bien l'aymer s'applique

Duorum & triginta annorum erat &c.

Trente et deux ans avoit eurialusRiche & puissant de avoir aussi de amisMiste/ avenant et courtois au parsusNature avoit beaucop biens en lui misCar il estoit asseuré et hardisEn tous ses fais/ de stature moyenneNoble/ joyeux recreatif en ditsAffin que mieulx dames il entretienne

Trente et deux ans avoit eurialus

Riche & puissant de avoir aussi de amis

Miste/ avenant et courtois au parsus

Nature avoit beaucop biens en lui mis

Car il estoit asseuré et hardis

En tous ses fais/ de stature moyenne

Noble/ joyeux recreatif en dits

Affin que mieulx dames il entretienne

Membris non sine quadam maiestate decoris &c.

Il estoit gent et de belle facondeSecret/ humble et de decente formeEn lui n'avoit quelque note du mondePour ung amant estoit ung parfait hommeSur lui n'avoit ne mais/ ne si/ ne commeEn la grace de l'empereur estoitA ses causes d'or & d'argent grant sommeSur tous autres curiaulx il avoit

Il estoit gent et de belle faconde

Secret/ humble et de decente forme

En lui n'avoit quelque note du monde

Pour ung amant estoit ung parfait homme

Sur lui n'avoit ne mais/ ne si/ ne comme

En la grace de l'empereur estoit

A ses causes d'or & d'argent grant somme

Sur tous autres curiaulx il avoit

In dies ornatior conspectibus &c.

Par chascun jour changoit de abillementEt plus gorrier estoit de jour en jourIl se tenoit si tresmignonnementQue estoit digne que on l'aymast par amourDes serviteurs avoit tout a l'entourQui lui faisoient par les rues compaignieCe lui estoit ung gracieux sejourQuant veoir povoit lucresse la jolye

Par chascun jour changoit de abillement

Et plus gorrier estoit de jour en jour

Il se tenoit si tresmignonnement

Que estoit digne que on l'aymast par amour

Des serviteurs avoit tout a l'entour

Qui lui faisoient par les rues compaignie

Ce lui estoit ung gracieux sejour

Quant veoir povoit lucresse la jolye

Tum equi tales illi erant &c.

Chevaulx avoit telz que ceulx de meneonQuant a troye vint pour la secourirPour qu'amoureux fust le noble baronNe lui restoit fors qu'eust temps & loisirLes jeunesse/ prosperité/ desir/Esquelz estoit eurialus le sageDe estre amoureux tant lui font souvenirQue resister ne povoit son courage

Chevaulx avoit telz que ceulx de meneon

Quant a troye vint pour la secourir

Pour qu'amoureux fust le noble baron

Ne lui restoit fors qu'eust temps & loisir

Les jeunesse/ prosperité/ desir/

Esquelz estoit eurialus le sage

De estre amoureux tant lui font souvenir

Que resister ne povoit son courage

Eurialus ut lucressiam vidit ardere cepit &c.

Il mist son cueur si avant en lucresseQue de la veoir jamés n'eust prins ennuyPlus la veoit plus estoit en liesseQuant ne la voit il est triste et marryDe ce ne doit aucun estre esbahyCar il jetta ses yeulx sur la plus bellePareillement fist lucresse sur lyQuant se voioient ilz avoient joye nouvelle

Il mist son cueur si avant en lucresse

Que de la veoir jamés n'eust prins ennuy

Plus la veoit plus estoit en liesse

Quant ne la voit il est triste et marry

De ce ne doit aucun estre esbahy

Car il jetta ses yeulx sur la plus belle

Pareillement fist lucresse sur ly

Quant se voioient ilz avoient joye nouvelle

Non tamen hac ipsa die &c.

Et touteffois ne savoit pas lucresseQue son regard sortist jamés effectEurialus des barons la noblesseSe lucresse bien l'ayme rien n'en scetCe neantmoins quant sont en leur secretL'ung de l'autre a en son cueur memorePlus y pensent et plus ont de regretS'ilz ne parlent & s'entrevoient encore

Et touteffois ne savoit pas lucresse

Que son regard sortist jamés effect

Eurialus des barons la noblesse

Se lucresse bien l'ayme rien n'en scet

Ce neantmoins quant sont en leur secret

L'ung de l'autre a en son cueur memore

Plus y pensent et plus ont de regret

S'ilz ne parlent & s'entrevoient encore

Quis nunc tisbes et pirami &c.

Voisineté fut cause de l'amourCom de tisbés et piramus lisonL'amour croissoit entre eulx par chascun jourL'ung de l'autre prés estoit la maisonPar laps de temps sans quelque autre achaisonNe avoir congneu l'un l'autre au paravantFurent esprins sans mesure ou raisonDu feu d'amours qui les aloit brulant

Voisineté fut cause de l'amour

Com de tisbés et piramus lison

L'amour croissoit entre eulx par chascun jour

L'ung de l'autre prés estoit la maison

Par laps de temps sans quelque autre achaison

Ne avoir congneu l'un l'autre au paravant

Furent esprins sans mesure ou raison

Du feu d'amours qui les aloit brulant

Saucia ergo gravi cura lucressia

Le dieu d'amours les navra bien soudainQuant de son dart leurs deux cueurs transpersaL'onnesteté de lucresse et le trainPar ung trait d'eul vitement renversaCar la dame de bien aymer pensaUng estrangier que jamés n'avoit veuEt son mari hors de s'amour lansaDe amourettes trop desiroit le jeu

Le dieu d'amours les navra bien soudain

Quant de son dart leurs deux cueurs transpersa

L'onnesteté de lucresse et le train

Par ung trait d'eul vitement renversa

Car la dame de bien aymer pensa

Ung estrangier que jamés n'avoit veu

Et son mari hors de s'amour lansa

De amourettes trop desiroit le jeu

Nec ullam membris suis quietam

Quant la dame fut esprinse du feuQui la bruloit par cure langoureuseEl ne povoit en place ne en lieuPrendre repos tousjours estoit songneuseDe remembrer la face gracieuseDe eurialus qui la navre a oultranceDe son mari devint si odieuseQu'el ne trouvoit en lui quelque plaisance

Quant la dame fut esprinse du feu

Qui la bruloit par cure langoureuse

El ne povoit en place ne en lieu

Prendre repos tousjours estoit songneuse

De remembrer la face gracieuse

De eurialus qui la navre a oultrance

De son mari devint si odieuse

Qu'el ne trouvoit en lui quelque plaisance

Secumque nescio quid obstat

Elle disoit a soy mesme souventJe m'esbahis dont ce me peut venirQue je n'ayme plus cordialementMenelaus et que ne prens plaisirAvecques luy a le veoir et ouyrLas je n'ayme rien que cest estrangerQui jour et nuyt me vient en souvenirTant que j'en pers le boire & le menger

Elle disoit a soy mesme souvent

Je m'esbahis dont ce me peut venir

Que je n'ayme plus cordialement

Menelaus et que ne prens plaisir

Avecques luy a le veoir et ouyr

Las je n'ayme rien que cest estranger

Qui jour et nuyt me vient en souvenir

Tant que j'en pers le boire & le menger

Excute conceptas e casto pectore flammas &c.

Ha lucresse oublie ta folieDe ton chaste cueur oste la chaleurMaleureuse de fole amour remplyeBoute toy hors de peril et d'erreurSe je povois sortir de tel langueurPlus ne seroys en si grant maladieMais il y a quelque chose en mon cueurQui me contraint sans que luy contredie

Ha lucresse oublie ta folie

De ton chaste cueur oste la chaleur

Maleureuse de fole amour remplye

Boute toy hors de peril et d'erreur

Se je povois sortir de tel langueur

Plus ne seroys en si grant maladie

Mais il y a quelque chose en mon cueur

Qui me contraint sans que luy contredie

Scio quid est melius &c.

Je congnois bien lequel est le meilleurEt touteffois je veil suivir le pireConscience me dit suy ton honneurEt cupido dit que je le doy fuyreNoble dame comment te peut induireUng estranger a si folle plaisanceQue ton honneur vueilles ainsi destruireEt maculer le lieu de ta naissance

Je congnois bien lequel est le meilleur

Et touteffois je veil suivir le pire

Conscience me dit suy ton honneur

Et cupido dit que je le doy fuyre

Noble dame comment te peut induire

Ung estranger a si folle plaisance

Que ton honneur vueilles ainsi destruire

Et maculer le lieu de ta naissance

Si virum fastidiis &c.

Ha lucresse se n'aymes ton maryEt que d'amours te vueilles entremettreDe ce pays peus eslire ung amySans au peril d'ung estranger te mettreMais lasse moy quant je vueil contremettreDe eurialus la tresplaisante faceJe ne me puis retirer ne hors mettreQue son amour ne desire et sa grace

Ha lucresse se n'aymes ton mary

Et que d'amours te vueilles entremettre

De ce pays peus eslire ung amy

Sans au peril d'ung estranger te mettre

Mais lasse moy quant je vueil contremettre

De eurialus la tresplaisante face

Je ne me puis retirer ne hors mettre

Que son amour ne desire et sa grace

Sed hey michi que nam illius facies

Sa grant beaulté/ son aage/ sa noblesseEt sa vertu m'ont changé le courageEt se je n'ay secours par sa prouesseMourir me fault a grant dueil & dommageSouvrains dieux faictes moy ung passageEt vous plaise si bien me conseillerQue je puisse sans danger ne oultrageDe mes amours jouyr au paraler

Sa grant beaulté/ son aage/ sa noblesse

Et sa vertu m'ont changé le courage

Et se je n'ay secours par sa prouesse

Mourir me fault a grant dueil & dommage

Souvrains dieux faictes moy ung passage

Et vous plaise si bien me conseiller

Que je puisse sans danger ne oultrage

De mes amours jouyr au paraler

Vah prodam ego castos &c.

Mais quant j'ay tout regardé fy de luyTrahyraige mon loyal mariageMe fierayge en ung forain: nennyJe ne congnois ne luy ne son paraigeQuant aura fait de moy tant soit il sageIl s'en yra pour une autre espouserEt me lairra c'est le commun usaigeJe ne m'en doy par ce point abuser

Mais quant j'ay tout regardé fy de luy

Trahyraige mon loyal mariage

Me fierayge en ung forain: nenny

Je ne congnois ne luy ne son paraige

Quant aura fait de moy tant soit il sage

Il s'en yra pour une autre espouser

Et me lairra c'est le commun usaige

Je ne m'en doy par ce point abuser

Sed non est is eius vultus &c.

Mais de traitre ne porte pas la faceSa noblesse ne le pourroit souffrirCar noble cueur n'endureroit en placeSes vrayes amours decevoir ne trahirFraude ne dol ne peut entrevenirEn cueur d'omme qui porte tel semblantDe moy tousjours il aura souvenirDoubter n'en fault car il est trop savant

Mais de traitre ne porte pas la face

Sa noblesse ne le pourroit souffrir

Car noble cueur n'endureroit en place

Ses vrayes amours decevoir ne trahir

Fraude ne dol ne peut entrevenir

En cueur d'omme qui porte tel semblant

De moy tousjours il aura souvenir

Doubter n'en fault car il est trop savant

Dabit ante fidem

Je feray tant se je puis envers luyQu'il jurera me estre bon et loyalCraindre ne doy estre deceue par luyIl me semble doux courtois et fealC'est mon advis qu'il endure mon malPour ma beaulté qui est inestimableEt que de amour m'ayme aussi cordialQue je fois luy c'est chose raisonnable

Je feray tant se je puis envers luy

Qu'il jurera me estre bon et loyal

Craindre ne doy estre deceue par luy

Il me semble doux courtois et feal

C'est mon advis qu'il endure mon mal

Pour ma beaulté qui est inestimable

Et que de amour m'ayme aussi cordial

Que je fois luy c'est chose raisonnable

Ego quoque ita sum pulchra

Se le reçoy une fois en ma graceEn luy donnant ung gracieux baiserIl ne artera jamés ce croy en placeTant qu'il puisse son grief mal apaiserServir vouldra sa maistresse et aiserEt se donra du tout a mon servicePlus belle dame ne sçauroit adviserPour les plaisirs d'amours ne plus propice

Se le reçoy une fois en ma grace

En luy donnant ung gracieux baiser

Il ne artera jamés ce croy en place

Tant qu'il puisse son grief mal apaiser

Servir vouldra sa maistresse et aiser

Et se donra du tout a mon service

Plus belle dame ne sçauroit adviser

Pour les plaisirs d'amours ne plus propice

Quot me ambiunt proci quocunque pergo &c.

Je ne me puis transporter quelque partSoit a mon huys en ville ou a l'egliseQu'on ne me suyve a l'oeil soit tost ou tartDe ma beaulté chascun parle et diviseEt nuyt et jour sans doubter froit ne bisePlusieurs mignons tournient sur les carreauxPour mon gent corps regarder a leur guiseJe suis l'espoir de tous amans loyaux

Je ne me puis transporter quelque part

Soit a mon huys en ville ou a l'eglise

Qu'on ne me suyve a l'oeil soit tost ou tart

De ma beaulté chascun parle et divise

Et nuyt et jour sans doubter froit ne bise

Plusieurs mignons tournient sur les carreaux

Pour mon gent corps regarder a leur guise

Je suis l'espoir de tous amans loyaux

Dabo amori operam aut hic manebis &c.

Bref je aimeré: je veil estre amoureuseDe eurialus le plaisant escuyerIl n'est vie si plaisant ne eureuseComme je croy/ il me fault essoyerIl m'aymera du cueur sans varierDe ce pays jamés ne partiraEt s'il s'en va pour soy repatrierJe iray quant luy point ne me escondira

Bref je aimeré: je veil estre amoureuse

De eurialus le plaisant escuyer

Il n'est vie si plaisant ne eureuse

Comme je croy/ il me fault essoyer

Il m'aymera du cueur sans varier

De ce pays jamés ne partira

Et s'il s'en va pour soy repatrier

Je iray quant luy point ne me escondira

Ergo ego & matrem & virum & patriam relinquam

Par ces moyens je vueil habandonnerMere/ mary/ mon pays et renommeeCar ma mere me veult redarguerMieulx sans mary fusse que marieeChascun a pays la ou il y agreeVivre/ et passer son temps comme l'en ditJe ne pourroys estre plus mal eureeNe pis avoir que j'ay. c'est mon edit

Par ces moyens je vueil habandonner

Mere/ mary/ mon pays et renommee

Car ma mere me veult redarguer

Mieulx sans mary fusse que mariee

Chascun a pays la ou il y agree

Vivre/ et passer son temps comme l'en dit

Je ne pourroys estre plus mal euree

Ne pis avoir que j'ay. c'est mon edit

Quid michi rumores hominum

Et se on me dit tu perdras ton honneurEt bon renon que tu as en grant bruitA ce respons quel mal ne quel douleurMe pevent faire soit de jour ou de nuytLes langaiges qui se diront par huitOu par mille/ mais que rien je n'en oyeJe m'esbatray et prendray mon deduytD'or et d'onneur dis fy a qui n'a joye

Et se on me dit tu perdras ton honneur

Et bon renon que tu as en grant bruit

A ce respons quel mal ne quel douleur

Me pevent faire soit de jour ou de nuyt

Les langaiges qui se diront par huit

Ou par mille/ mais que rien je n'en oye

Je m'esbatray et prendray mon deduyt

D'or et d'onneur dis fy a qui n'a joye

Nichil audet qui fame nimis studet &c.

Cil qui trop craint a blesser son honneurNe fait jamais quelque bonne entreprinsePlusieurs dames ont esleu pour meilleurAbandonner leur pays quoy qu'il leur nuyseQue de tousjours escouter la reprinseEt chastiement de parens et maryHelayne soit cy pour exemple prinseSuyvant paris son gracieux amy

Cil qui trop craint a blesser son honneur

Ne fait jamais quelque bonne entreprinse

Plusieurs dames ont esleu pour meilleur

Abandonner leur pays quoy qu'il leur nuyse

Que de tousjours escouter la reprinse

Et chastiement de parens et mary

Helayne soit cy pour exemple prinse

Suyvant paris son gracieux amy

Quid medeam referam &c.

Ainsi le fist medee quant jasonElle choisit chevalier tresplaisantCar elle laissa ses pays/ pere/ maisonPour qu'elle fust d'amours mieulx joyssantSe je estoie seule en ce faisantTrop lourt seroit mon erreur & emprisePlusieurs dames ont ce fait paravantPour quoy devray moins en estre reprise

Ainsi le fist medee quant jason

Elle choisit chevalier tresplaisant

Car elle laissa ses pays/ pere/ maison

Pour qu'elle fust d'amours mieulx joyssant

Se je estoie seule en ce faisant

Trop lourt seroit mon erreur & emprise

Plusieurs dames ont ce fait paravant

Pour quoy devray moins en estre reprise

Nemo errantem arguit qui cum multis errat.

Qui de plusieurs suyt l'erreur pas ne foleMatiere auray aucune de repliqueCar ou soye reputee sage ou folleJe trouveray se mon sens bien apliqueDames assés qui sans nulle trafiqueOnt desiré vivre a leur plaisanceC'est tout basme/ c'est vie deifiqueQue avoir d'amours a son gré joyssance

Qui de plusieurs suyt l'erreur pas ne fole

Matiere auray aucune de replique

Car ou soye reputee sage ou folle

Je trouveray se mon sens bien aplique

Dames assés qui sans nulle trafique

Ont desiré vivre a leur plaisance

C'est tout basme/ c'est vie deifique

Que avoir d'amours a son gré joyssance

Sic lucressia nec intra pectus minora incendia nutriebat eurialus

Lucressia tout a soy mesme disoitCe que par cy devant ay recitéEt sur toutes choses elle desiroitDe eurialus l'amour c'est veritéEurialus qui plain de humilitéEnvers amours estoit: n'avoit reposLeurs courages estoient par unitéJoinctz ensemble par conforme propos

Lucressia tout a soy mesme disoit

Ce que par cy devant ay recité

Et sur toutes choses elle desiroit

De eurialus l'amour c'est verité

Eurialus qui plain de humilité

Envers amours estoit: n'avoit repos

Leurs courages estoient par unité

Joinctz ensemble par conforme propos

Eurialus medias & cetera

Eurialus estoit bien proprementLogé/ entre l'empereur et lucresseCe avoit il fait tresprudentementPour a son cueur donner quelque liesseCar deux clertés pour sa grande noblesseEnluminer des deux costés avoitDont l'empereur lumiere de richesseEt lucresse d'amours clarté donnoit

Eurialus estoit bien proprement

Logé/ entre l'empereur et lucresse

Ce avoit il fait tresprudentement

Pour a son cueur donner quelque liesse

Car deux clertés pour sa grande noblesse

Enluminer des deux costés avoit

Dont l'empereur lumiere de richesse

Et lucresse d'amours clarté donnoit

Nec palatium eurialus &c.

Quant le baron au palais s'en aloitDe l'empereur cointement acoutréSur son cheval monter il ne povoitQu'il ne fust veu/ perceu ou rencontréDe lucresse/ du lieu hault fenestréDe son logis la dame regardoitSon cher amy qui luy estoit entréDedens le cueur tant que d'amours ardoit

Quant le baron au palais s'en aloit

De l'empereur cointement acoutré

Sur son cheval monter il ne povoit

Qu'il ne fust veu/ perceu ou rencontré

De lucresse/ du lieu hault fenestré

De son logis la dame regardoit

Son cher amy qui luy estoit entré

Dedens le cueur tant que d'amours ardoit

Sed erubuit semper &c.

La dame avoit si avant son cueur misEn son amy lequel tant desiroitQue ailleurs pancer ne luy estoit permisNe sans rougir veoir elle ne le povoitA ces causes l'empereur prevoioitDe lucresse l'amour et le courageLa grant ardeur que en son cueur concevoitDissimuler ne sceut tant fust elle sage

La dame avoit si avant son cueur mis

En son amy lequel tant desiroit

Que ailleurs pancer ne luy estoit permis

Ne sans rougir veoir elle ne le povoit

A ces causes l'empereur prevoioit

De lucresse l'amour et le courage

La grant ardeur que en son cueur concevoit

Dissimuler ne sceut tant fust elle sage

Nam cum ex sua consuetudine &c.

Sigismundus cesar noble empereurAcoustumé avoit par chascun jourPar devant l'uys de la vermeille fleurFaire en alant ça et la quelque tourIl aperceut lucresse de l'amourD'eurialus estre si fort emprinseQu'elle en muoit plusieurs fois sans sejourFace & couleur dont pas moins ne la prise

Sigismundus cesar noble empereur

Acoustumé avoit par chascun jour

Par devant l'uys de la vermeille fleur

Faire en alant ça et la quelque tour

Il aperceut lucresse de l'amour

D'eurialus estre si fort emprinse

Qu'elle en muoit plusieurs fois sans sejour

Face & couleur dont pas moins ne la prise

Qui sibi quasi octoviano &c.

Car mecenas pas mieux voulu ne futD'octovien/ que eurialus estoitDe l'empereur sigismundus qui n'utAutre plus pres de luy quant il aloitPar les rues car il se divisoitTresprivement avec son servantEurialus qui bien dire savoitEncores mieux d'exploicter bien savant

Car mecenas pas mieux voulu ne fut

D'octovien/ que eurialus estoit

De l'empereur sigismundus qui n'ut

Autre plus pres de luy quant il aloit

Par les rues car il se divisoit

Tresprivement avec son servant

Eurialus qui bien dire savoit

Encores mieux d'exploicter bien savant

Ad quem versus euriale euriale

L'empereur vit que la dame changoitCouleur/ si tost qu'el voyoit son amyJoyeusement en quelque bon endroitChanga propos et se adressa vers luyEn luy disant beausire que esse cySont les dames de vous si amoureusesComme je aperçoy je n'entens point cecyVos manieres de faire sont eureuses

L'empereur vit que la dame changoit

Couleur/ si tost qu'el voyoit son amy

Joyeusement en quelque bon endroit

Changa propos et se adressa vers luy

En luy disant beausire que esse cy

Sont les dames de vous si amoureuses

Comme je aperçoy je n'entens point cecy

Vos manieres de faire sont eureuses

Mulier illa te ardet &c.

Eurialus je aperçoy que lucresseTe ayme tresfort ce m'est chose congneueEt ce luy dist l'empereur en tristesseComme jaloux par envye sourvenueQuant il vindrent a l'endroit de la rueEn la quelle lucresse demouroitL'empereur fist quant il l'eut aperceueQuelque bon tour ainsi qu'il entendoit

Eurialus je aperçoy que lucresse

Te ayme tresfort ce m'est chose congneue

Et ce luy dist l'empereur en tristesse

Comme jaloux par envye sourvenue

Quant il vindrent a l'endroit de la rue

En la quelle lucresse demouroit

L'empereur fist quant il l'eut aperceue

Quelque bon tour ainsi qu'il entendoit

Euriali oculos pilleo contexit

D'eurialus rabatit le chappeauDevant les yeux en disant telz parollesTu ne verras pas maintenant ce beauMireur ou quel tes yeux paiz & consolesNous y voulons sans faintes ne frivolesDe nos nobles yeux l'office employerPour la dame tant que sommes en colesA nos plaisirs seulz veoir et remirer

D'eurialus rabatit le chappeau

Devant les yeux en disant telz parolles

Tu ne verras pas maintenant ce beau

Mireur ou quel tes yeux paiz & consoles

Nous y voulons sans faintes ne frivoles

De nos nobles yeux l'office employer

Pour la dame tant que sommes en coles

A nos plaisirs seulz veoir et remirer

Tum eurialus quid hoc signi est cesar &c.

Eurialus dist au noble empereurJe n'entens point pour quoy faictes ce signeCe lui pourroit tourner a deshonneurMale bouche a mesdire s'enclineJe ne suis pas de tel dame avoir digneAvecques elle ne hante aucunementJe seroie de dame avoir indigneSe blasme avoit par mon contenement

Eurialus dist au noble empereur

Je n'entens point pour quoy faictes ce signe

Ce lui pourroit tourner a deshonneur

Male bouche a mesdire s'encline

Je ne suis pas de tel dame avoir digne

Avecques elle ne hante aucunement

Je seroie de dame avoir indigne

Se blasme avoit par mon contenement

Erat eurialo spadix equs &c.

Eurialus estoit sur ung boiartSi proprement monté que on pourroit direPour ung cheval bien prins bien gaillartIl n'y avoit quelque chose a redireTeste/ ventre/ croupe comme de cireFaictz il avoit et l'oreille mobileEster en lieu ne povoit a voir direIl n'estoit rien plus gent ne plus abile

Eurialus estoit sur ung boiart

Si proprement monté que on pourroit dire

Pour ung cheval bien prins bien gaillart

Il n'y avoit quelque chose a redire

Teste/ ventre/ croupe comme de cire

Faictz il avoit et l'oreille mobile

Ester en lieu ne povoit a voir dire

Il n'estoit rien plus gent ne plus abile

Que licet dum sola fuit &c.

Eurialus en or resplendissoitDe toutes pars ses abis reluisoientQuant la dame son amy apperçoitTous les esperitz du corps lui remuoientQuant seule estoit tresbien se contenoientFermer son huis a amours proposoitMais quant les deux amans s'entrevoientChascun des deux son mal renouvelloit

Eurialus en or resplendissoit

De toutes pars ses abis reluisoient

Quant la dame son amy apperçoit

Tous les esperitz du corps lui remuoient

Quant seule estoit tresbien se contenoient

Fermer son huis a amours proposoit

Mais quant les deux amans s'entrevoient

Chascun des deux son mal renouvelloit

Sed ut siccus ager &c.

Car lucresse a l'ardeur ne povoitDu feu de amours resister sans doubtanceAins tout ainsi que ou champ bruler on voitLe chaulme sec quant par sa violenceSouffle le vent de bise qui avanceEt fait haster le feu/ pareillementLe feu de amours consumoit la substanceDe lucresse qui aymoit loyaulment

Car lucresse a l'ardeur ne povoit

Du feu de amours resister sans doubtance

Ains tout ainsi que ou champ bruler on voit

Le chaulme sec quant par sa violence

Souffle le vent de bise qui avance

Et fait haster le feu/ pareillement

Le feu de amours consumoit la substance

De lucresse qui aymoit loyaulment

Ita est sane ut sapientibus videtur &c.

El ne povoit recouvrer medecineQui peust l'ardeur de sa chaleur estaindreProsperité fait maint tour faire & signeOn ne s'i peut gouverner ne contraindreQui des sages les ditz vouldra sans faindreCroire & noter il trouvera sans doubteQue chasteté desire estre en lieu moindreCar richesse la chasse et la deboute

El ne povoit recouvrer medecine

Qui peust l'ardeur de sa chaleur estaindre

Prosperité fait maint tour faire & signe

On ne s'i peut gouverner ne contraindre

Qui des sages les ditz vouldra sans faindre

Croire & noter il trouvera sans doubte

Que chasteté desire estre en lieu moindre

Car richesse la chasse et la deboute


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