«Monseigneur, ce n’est pas à moi de vous faire le détail de l’action qui se passa hier, à l’honneur de M. l’amiral et de toute la marine.«Les ennemis avaient le vent sur nous et s’en servaient pour nous attaquer avec des forces supérieures aux nôtres. Je ne dois vous parler que de l’avant-garde que je commandais. Le général Showel commandait celle des ennemis. Il arriva de si bonne grâce, que le voyant à une petite demy-portée de canon, je ne doutay point qu’il ne voulust avoir à faire à moy, et je l’attendis. Je fus fort surpris de ce qu’il aima mieux me donner en partage un de ses matelots qui est plus fort que luy. Nous nous attachâmes l’un à l’autre pendant une heure, et il jugea à propos de se rallier àShowel qui, après avoir combattu M. du Casse et s’en estre ennuyé, avait tombé sur l’Excellentet leSagedont l’artillerie était inférieure à celle de ses matelots. Cependant, monseigneur, comme on m’avait crié de main en main qu’il fallait que toute l’avant-garde forçât de voiles pour gagner le reste des ennemis, et que le second de Showel, qui m’avait laissé, me mettait en liberté de combattre les vaisseaux qui estaient de son avant, j’eus à faire à un vaisseau de soixante-dix canons et à un autre de la même force qui, dès le commencement du combat m’avaient agacé.»
«Monseigneur, ce n’est pas à moi de vous faire le détail de l’action qui se passa hier, à l’honneur de M. l’amiral et de toute la marine.
«Les ennemis avaient le vent sur nous et s’en servaient pour nous attaquer avec des forces supérieures aux nôtres. Je ne dois vous parler que de l’avant-garde que je commandais. Le général Showel commandait celle des ennemis. Il arriva de si bonne grâce, que le voyant à une petite demy-portée de canon, je ne doutay point qu’il ne voulust avoir à faire à moy, et je l’attendis. Je fus fort surpris de ce qu’il aima mieux me donner en partage un de ses matelots qui est plus fort que luy. Nous nous attachâmes l’un à l’autre pendant une heure, et il jugea à propos de se rallier àShowel qui, après avoir combattu M. du Casse et s’en estre ennuyé, avait tombé sur l’Excellentet leSagedont l’artillerie était inférieure à celle de ses matelots. Cependant, monseigneur, comme on m’avait crié de main en main qu’il fallait que toute l’avant-garde forçât de voiles pour gagner le reste des ennemis, et que le second de Showel, qui m’avait laissé, me mettait en liberté de combattre les vaisseaux qui estaient de son avant, j’eus à faire à un vaisseau de soixante-dix canons et à un autre de la même force qui, dès le commencement du combat m’avaient agacé.»
Une bombe ayant mis le feu au vaisseau-amiral du marquis de Villette, cet officier-général explique qu’il dut abandonner le combat.
«Nous eûmes beaucoup à esteindre le feu, et il fallut sortir de la ligne malgré moy. Je fus fasché que toute mon escadre, qui jusque-là, avait fait des merveilles, se retirast du combat. MM. du Casse et de Sainte-Maure pouvaient y estre obligés par la grande quantité des mâts et des manœuvres, que le grand feu, qu’ils avaient souffert, avait mis hors de service.Mais enfin, les autres crurent devoir faire le même mouvement, parce que les ennemis avaient reviré pour se rapprocher de l’amiral Showel.«J’ai eu six lieutenants blessés, MM. de la Mirande, de Lusignan, chevalier de la Sale, des Gouttes, de Leons et Lesguille; sept enseignes, MM. de Lignières, de Marillac, de Gibanel, de Torcy, d’Escoulan qui est blessé dans des endroits, où il sera quitte pour n’être plus propre au mariage, et le chevalier Perrot. 25 aoust 1704. A bord duFier. Signé: Villette-Mursay.»
«Nous eûmes beaucoup à esteindre le feu, et il fallut sortir de la ligne malgré moy. Je fus fasché que toute mon escadre, qui jusque-là, avait fait des merveilles, se retirast du combat. MM. du Casse et de Sainte-Maure pouvaient y estre obligés par la grande quantité des mâts et des manœuvres, que le grand feu, qu’ils avaient souffert, avait mis hors de service.Mais enfin, les autres crurent devoir faire le même mouvement, parce que les ennemis avaient reviré pour se rapprocher de l’amiral Showel.
«J’ai eu six lieutenants blessés, MM. de la Mirande, de Lusignan, chevalier de la Sale, des Gouttes, de Leons et Lesguille; sept enseignes, MM. de Lignières, de Marillac, de Gibanel, de Torcy, d’Escoulan qui est blessé dans des endroits, où il sera quitte pour n’être plus propre au mariage, et le chevalier Perrot. 25 aoust 1704. A bord duFier. Signé: Villette-Mursay.»
Le marquis de Villette-Mursay paraît fort étonné, ainsi qu’on vient d’en pouvoir juger par son rapport, que l’amiral ennemi Showel ait dédaigné de l’attaquer, lui commandant en chef de l’avant-garde, et ait préféré s’acharner contre du Casse.
Le marquis de Villette, homme fort ordinaire, qui avait dû le grade de lieutenant général à sa parenté avec Mme de Maintenon, ne se rendait nullement compte du mobile qui avait fait agir Showel.
Ce dernier, qui connaissait les exploits dedu Casse, devenu la terreur des divisions navales anglaises, avait jugé que le vainqueur de Sainte-Marthe devait être l’âme d’une escadre où il se trouvait, et que c’était lui surtout qu’il importait de mettre hors de combat, avant tout autre; aussi l’avait-il quitté, non pas après s’en êtreennugé, mais après l’avoir criblé.
Cette bataille fut une des plus meurtrières du siècle. Les alliés y perdirent près de dix mille hommes; plusieurs de leurs bâtiments sautèrent, ou furent coulés à fond. Du côté des Français, il y eut peu de morts, mais parmi eux, des marins distingués: le Bailly de Lorraine, le chevalier de Belle-Ile, le marquis de Château-Renaud. Relingue et Gabaret moururent peu de jours après des suites de leurs blessures.
Bien qu’ils eussent eu le vent favorable, les alliés avaient eu le désavantage, sur toute la ligne, aussi profitèrent-ils de la nuit pour prendre la fuite. Le comte de Toulouse les poursuivit toute la matinée et la journée du 25. Vers le soir, le vent ayant changé, à force de manœuvres, l’armée navale de France parvintà joindre d’assez près celle de l’ennemi pour pouvoir l’attaquer de nouveau. Le grand-amiral voulut en donner l’ordre, mais le vieux maréchal de Cœuvres l’engagea à n’en rien faire et à consulter son conseil assemblé.
Le conseil fut d’avis de ne pas livrer combat.
On ne tarda pas à regretter de n’avoir pas fait ce que voulait le comte de Toulouse, car on apprit bientôt que l’ennemi était entièrement dépourvu de munitions, qu’il était hors d’état de se défendre. Gibraltar eût été peut-être le prix de la victoire.
Il sera éternellement regrettable pour notre patrie, que l’opinion du comte de Toulouse n’ait pas prévalu. La suite des événements a démontré à quel point ce prince avait vu juste. En effet, à cette époque, le marquis de Villadarias assiégeait Gibraltar. Après la victoire de Velez-Malaga, il s’était rendu auprès du vainqueur pour lui demander un secours d’une dizaine de vaisseaux chargés de bloquer la ville par mer. Le prince lui donna trois mille hommes, cinquante pièces de siége, et détacha le baron de Pointis avec dix vaisseaux et quelques frégates.
Il venait à peine d’accorder ce secours que le ministre de la marine lui écrivit pour lui dire d’envoyer, sous le commandement de du Casse, plusieurs bâtiments pour aller croiser dans les mers d’Amérique.
Le grand-amiral répondit, étant à bord duFoudroyant, à la date du 15 septembre 1704, de la rade de Malaga:
«Je vous ai écrit, monsieur, le 8 de ce mois ce qui s’était fait jusqu’à ce jour-là et que j’attendais les réponses de M. de Villadarias pour prendre mon parti. Il est venu lui-même ici, et nous avons vu qu’il lui manquait bien des choses pour le siége de Gibraltar. Nous nous sommes trouvés en état de lui en donner la plus grande partie. Je vous envoie, pour en rendre compte au roi, la copie de son mémoire, par où vous verrez que moyennant les choses que nous lui fournissons, il espère avoir un bon succès dans son entreprise. Je vous envoie le résultat du conseil que j’ai tenu sur ce sujet, et la liste des vaisseaux, et ce que je lui laisse. J’ai donné le commandement de tout à M. de Pointis. Je reçus hier le courrier par où vous m’envoyez les instructions de M. duCasse. Je vous ai déjà mandé les raisons pour lesquelles je ne pourrai, en cette occasion, suivre les ordres du roi. Elles ont encore augmenté depuis, car ce que je laisse pour Gibraltar nous dégarnit au point de n’avoir presque plus de soldats, et fort peu d’officiers.»
«Je vous ai écrit, monsieur, le 8 de ce mois ce qui s’était fait jusqu’à ce jour-là et que j’attendais les réponses de M. de Villadarias pour prendre mon parti. Il est venu lui-même ici, et nous avons vu qu’il lui manquait bien des choses pour le siége de Gibraltar. Nous nous sommes trouvés en état de lui en donner la plus grande partie. Je vous envoie, pour en rendre compte au roi, la copie de son mémoire, par où vous verrez que moyennant les choses que nous lui fournissons, il espère avoir un bon succès dans son entreprise. Je vous envoie le résultat du conseil que j’ai tenu sur ce sujet, et la liste des vaisseaux, et ce que je lui laisse. J’ai donné le commandement de tout à M. de Pointis. Je reçus hier le courrier par où vous m’envoyez les instructions de M. duCasse. Je vous ai déjà mandé les raisons pour lesquelles je ne pourrai, en cette occasion, suivre les ordres du roi. Elles ont encore augmenté depuis, car ce que je laisse pour Gibraltar nous dégarnit au point de n’avoir presque plus de soldats, et fort peu d’officiers.»
L’Intrépideétait complétement désemparé. Il lui était impossible d’appareiller. En outre, du Casse était à peine remis de la blessure qu’il avait reçue.
Il était donc indispensable qu’avant de faire de nouveau campagne, le vaisseau fût réparé.
Peu de jours après le départ de la lettre du comte de Toulouse, une de Pontchartrain parvint à ce dernier toujours à Malaga. Le ministre lui demandait de mettre en campagne une escadre, formée de divers bâtiments tous à peu de chose près dans le même état que l’Intrépide, et de donner le commandement de cette escadre à du Casse. Fatigué de cette insistance, le prince pria du Casse de lui adresser à ce sujet une note qu’il enverrait au ministre. La voici:
«Procès-verbal de l’impossibilité où étaitle vaisseau l’Intrépidede se rendre en Amérique.»«Monseigneur l’amiral m’ayant fait savoir qu’il avait ordre du Roy de me détacher avec mon vaisseau et les autres qui se trouveraient en état de faire la campagne de l’Amérique: Mon vaisseau est dans l’impossibilité d’aller en mer, par le devis que je viens d’envoyer à son altesse, non plus que les autres de l’armée, par l’état de leurs incommodités qui m’a esté apporté par M. de Chapiseau, major de l’armée. Ainsi je supplie très-humblement monseigneur l’amiral de représenter à Sa Majesté l’impossibilité d’exécuter ses ordres. 27 septembre 1707. Signé:du Casse.»
«Procès-verbal de l’impossibilité où étaitle vaisseau l’Intrépidede se rendre en Amérique.»
«Monseigneur l’amiral m’ayant fait savoir qu’il avait ordre du Roy de me détacher avec mon vaisseau et les autres qui se trouveraient en état de faire la campagne de l’Amérique: Mon vaisseau est dans l’impossibilité d’aller en mer, par le devis que je viens d’envoyer à son altesse, non plus que les autres de l’armée, par l’état de leurs incommodités qui m’a esté apporté par M. de Chapiseau, major de l’armée. Ainsi je supplie très-humblement monseigneur l’amiral de représenter à Sa Majesté l’impossibilité d’exécuter ses ordres. 27 septembre 1707. Signé:du Casse.»
L’armée navale de France ne tarda pas à revenir à Toulon. L’amiral du Casse arriva dans cette ville, encore mal guéri de sa blessure. Sa jambe, qui avait été traversée par une balle, le faisait souffrir. Il ne voulut donc pas s’exposer à faire le voyage de Paris. On était en plein hiver, la température douce et tiède du Midi convenait mieux à sa santé que celle de la capitale. Il resta à Toulon.
Pendant son séjour dans cette ville, il reçutla nouvelle du mariage de son filleul et neveuJean du Casseavec une jeune personne, originaire de Saubusse, MlleEtiennette de Jordain. Nous parlerons plus loin de cette union.
L’amiral du Casse se contenta d’envoyer ses félicitations par lettre au jeune couple. Il ne pouvait quitter Toulon. Il venait d’être avisé de se tenir prêt à partir au premier jour, pour reprendre la mer.
En effet, au commencement de 1705, Pontchartrain lui écrivit que le roi l’avait désigné pour aller prendre le commandement de plusieurs vaisseaux français et espagnols destinés à escorter une flotte marchande et des galions qui devaient se rendre en Amérique. Il l’engageait, en même temps, à aller à Madrid pour s’entendre avec Philippe V sur toutes les mesures à prendre, en cette circonstance, le priant de lui adresser un rapport sur la situation générale de la marine et du commerce de l’Espagne.