NOTES:[1]J’ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, le très-remarquable travail de M. Hatin, l’Histoire du journal en France, dont le volume consacré à la Restauration vient de paraître à la librairie Poulet-Malassis et de Broise. Malheureusement, effrayé sans doute des proportions que prenait son ouvrage, M. Hatin n’a pu qu’indiquer en passant le rôle du petit journal et en particulier duFigaro, «de toute cette artillerie légère, si terrible dans les grandes luttes de l’opinion.»[2]Adolphe Blanqui, on peut le dire aujourd’hui, était l’auteur desEsquisses de la Chambre des députés.[3]Allusion à M. de Quatrebarbes.[4]Les ciseaux de la censure qui venait d’être supprimée.[5]M. Franchet-Despérey était directeur général de la police.[6]Est-il besoin de dire que la comédie dont veut parlerFigaroest la session législative?[7]Voici à peu près le trait d’un de ces couplets:Un ministre qu’on destitue,Dit qu’il n’a voulu que le bien;Comédien! comédien![8]Allusion à une proposition faite à la Chambre pour la mise en accusation du ministère Villèle, «pour crimes de concussion et de trahison.» Cette proposition, prise en considération, donna lieu à un débat orageux. Les anciens ministres l’échappèrent belle. Ils durent leur salut à M. de Martignac, qui tint la promesse faite au roi d’empêcher toute poursuite contre le cabinet qu’il remplaçait. En échange on lui avait permis d’arrêter l’envahissement de l’intérêt religieux sur les choses de la politique. On lui retira vite cette permission.[9]Histoire des deux Restaurations, t. 7.[10]M. de Polignac était alors ambassadeur en Angleterre; connaissant les projets du roi, il guettait anxieusement l’heure de s’emparer du pouvoir. A chaque crise il accourait. Lorsqu’il ne venait pas, Charles X l’appelait près de lui, parfois même à l’insu de ses ministres, qui voyaient d’un mauvais œil l’homme qui convoitait leurs portefeuilles.[11]Un beau jour, au moment où on s’y attendait le moins, M. de Polignac, à la tribune de la Chambre des pairs, fit un long discours pour prouver que la charte était la plus chère de ses affections. Ces protestations ne surprirent personne. M. de Polignac voulait être ministre, il pensa que le portefeuille valait bien une protestation. Henri IV avait bien accepté une messe. Les ultra furent remplis de joie. M. de Polignac, mystique ridicule, entêté, ignorant, s’était vanté d’anéantir la Charte endeux ans, SANS COMMOTION.[12]Allusion à la loi sur le monopole des tabacs, qui avait fort indigné.—Tous les titres et articles sont la parodie presque textuelle des dispositions du projet.[13]Charles X lui-même se moquait de l’éloquence de son ministre, il le considérait comme un artiste en phrases.—«Avez-vous entendu la Pasta?» demandait-il à un de ses familiers qui revenait de la Chambre, où M. de Martignac avait prononcé un fort beau discours.[14]Le ministère avait été contraint de retirer les deux projets de loi présentés sur l’organisation communale et départementale. De ce jour l’alliance de la gauche et du cabinet Martignac était brisée. Le ministère n’avait plus la majorité, il était bien malade, en effet.[15]Ce n’est point ici une scène de fantaisie, il n’y a rien que de très-exact dans cette curieuse étude des mœurs administratives du temps. Plusieurs procès même furent intentés à des maires qui avaient refusé complétement d’inscrire des enfants sur les registres de l’état civil, sous prétexte que les noms choisis par les parents étaient des noms révolutionnaires.[16]Cette affaire duMouton enragéest un des épisodes les plus tristes de l’histoire de la presse sous la Restauration. Il eut, à l’époque, un immense retentissement. L’auteur de l’article, Fontan, et le directeur de l’Album, M. Magallon, furent condamnés à cinq ans de prison et conduits à Poissy avec les menottes et accouplés à des voleurs. Les cheveux de Fontan blanchirent dans une nuit. Il n’avait pas vingt-cinq ans.
NOTES:
[1]J’ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, le très-remarquable travail de M. Hatin, l’Histoire du journal en France, dont le volume consacré à la Restauration vient de paraître à la librairie Poulet-Malassis et de Broise. Malheureusement, effrayé sans doute des proportions que prenait son ouvrage, M. Hatin n’a pu qu’indiquer en passant le rôle du petit journal et en particulier duFigaro, «de toute cette artillerie légère, si terrible dans les grandes luttes de l’opinion.»
[1]J’ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, le très-remarquable travail de M. Hatin, l’Histoire du journal en France, dont le volume consacré à la Restauration vient de paraître à la librairie Poulet-Malassis et de Broise. Malheureusement, effrayé sans doute des proportions que prenait son ouvrage, M. Hatin n’a pu qu’indiquer en passant le rôle du petit journal et en particulier duFigaro, «de toute cette artillerie légère, si terrible dans les grandes luttes de l’opinion.»
[2]Adolphe Blanqui, on peut le dire aujourd’hui, était l’auteur desEsquisses de la Chambre des députés.
[2]Adolphe Blanqui, on peut le dire aujourd’hui, était l’auteur desEsquisses de la Chambre des députés.
[3]Allusion à M. de Quatrebarbes.
[3]Allusion à M. de Quatrebarbes.
[4]Les ciseaux de la censure qui venait d’être supprimée.
[4]Les ciseaux de la censure qui venait d’être supprimée.
[5]M. Franchet-Despérey était directeur général de la police.
[5]M. Franchet-Despérey était directeur général de la police.
[6]Est-il besoin de dire que la comédie dont veut parlerFigaroest la session législative?
[6]Est-il besoin de dire que la comédie dont veut parlerFigaroest la session législative?
[7]Voici à peu près le trait d’un de ces couplets:Un ministre qu’on destitue,Dit qu’il n’a voulu que le bien;Comédien! comédien!
[7]Voici à peu près le trait d’un de ces couplets:
Un ministre qu’on destitue,Dit qu’il n’a voulu que le bien;Comédien! comédien!
Un ministre qu’on destitue,Dit qu’il n’a voulu que le bien;Comédien! comédien!
Un ministre qu’on destitue,Dit qu’il n’a voulu que le bien;Comédien! comédien!
[8]Allusion à une proposition faite à la Chambre pour la mise en accusation du ministère Villèle, «pour crimes de concussion et de trahison.» Cette proposition, prise en considération, donna lieu à un débat orageux. Les anciens ministres l’échappèrent belle. Ils durent leur salut à M. de Martignac, qui tint la promesse faite au roi d’empêcher toute poursuite contre le cabinet qu’il remplaçait. En échange on lui avait permis d’arrêter l’envahissement de l’intérêt religieux sur les choses de la politique. On lui retira vite cette permission.
[8]Allusion à une proposition faite à la Chambre pour la mise en accusation du ministère Villèle, «pour crimes de concussion et de trahison.» Cette proposition, prise en considération, donna lieu à un débat orageux. Les anciens ministres l’échappèrent belle. Ils durent leur salut à M. de Martignac, qui tint la promesse faite au roi d’empêcher toute poursuite contre le cabinet qu’il remplaçait. En échange on lui avait permis d’arrêter l’envahissement de l’intérêt religieux sur les choses de la politique. On lui retira vite cette permission.
[9]Histoire des deux Restaurations, t. 7.
[9]Histoire des deux Restaurations, t. 7.
[10]M. de Polignac était alors ambassadeur en Angleterre; connaissant les projets du roi, il guettait anxieusement l’heure de s’emparer du pouvoir. A chaque crise il accourait. Lorsqu’il ne venait pas, Charles X l’appelait près de lui, parfois même à l’insu de ses ministres, qui voyaient d’un mauvais œil l’homme qui convoitait leurs portefeuilles.
[10]M. de Polignac était alors ambassadeur en Angleterre; connaissant les projets du roi, il guettait anxieusement l’heure de s’emparer du pouvoir. A chaque crise il accourait. Lorsqu’il ne venait pas, Charles X l’appelait près de lui, parfois même à l’insu de ses ministres, qui voyaient d’un mauvais œil l’homme qui convoitait leurs portefeuilles.
[11]Un beau jour, au moment où on s’y attendait le moins, M. de Polignac, à la tribune de la Chambre des pairs, fit un long discours pour prouver que la charte était la plus chère de ses affections. Ces protestations ne surprirent personne. M. de Polignac voulait être ministre, il pensa que le portefeuille valait bien une protestation. Henri IV avait bien accepté une messe. Les ultra furent remplis de joie. M. de Polignac, mystique ridicule, entêté, ignorant, s’était vanté d’anéantir la Charte endeux ans, SANS COMMOTION.
[11]Un beau jour, au moment où on s’y attendait le moins, M. de Polignac, à la tribune de la Chambre des pairs, fit un long discours pour prouver que la charte était la plus chère de ses affections. Ces protestations ne surprirent personne. M. de Polignac voulait être ministre, il pensa que le portefeuille valait bien une protestation. Henri IV avait bien accepté une messe. Les ultra furent remplis de joie. M. de Polignac, mystique ridicule, entêté, ignorant, s’était vanté d’anéantir la Charte endeux ans, SANS COMMOTION.
[12]Allusion à la loi sur le monopole des tabacs, qui avait fort indigné.—Tous les titres et articles sont la parodie presque textuelle des dispositions du projet.
[12]Allusion à la loi sur le monopole des tabacs, qui avait fort indigné.—Tous les titres et articles sont la parodie presque textuelle des dispositions du projet.
[13]Charles X lui-même se moquait de l’éloquence de son ministre, il le considérait comme un artiste en phrases.—«Avez-vous entendu la Pasta?» demandait-il à un de ses familiers qui revenait de la Chambre, où M. de Martignac avait prononcé un fort beau discours.
[13]Charles X lui-même se moquait de l’éloquence de son ministre, il le considérait comme un artiste en phrases.—«Avez-vous entendu la Pasta?» demandait-il à un de ses familiers qui revenait de la Chambre, où M. de Martignac avait prononcé un fort beau discours.
[14]Le ministère avait été contraint de retirer les deux projets de loi présentés sur l’organisation communale et départementale. De ce jour l’alliance de la gauche et du cabinet Martignac était brisée. Le ministère n’avait plus la majorité, il était bien malade, en effet.
[14]Le ministère avait été contraint de retirer les deux projets de loi présentés sur l’organisation communale et départementale. De ce jour l’alliance de la gauche et du cabinet Martignac était brisée. Le ministère n’avait plus la majorité, il était bien malade, en effet.
[15]Ce n’est point ici une scène de fantaisie, il n’y a rien que de très-exact dans cette curieuse étude des mœurs administratives du temps. Plusieurs procès même furent intentés à des maires qui avaient refusé complétement d’inscrire des enfants sur les registres de l’état civil, sous prétexte que les noms choisis par les parents étaient des noms révolutionnaires.
[15]Ce n’est point ici une scène de fantaisie, il n’y a rien que de très-exact dans cette curieuse étude des mœurs administratives du temps. Plusieurs procès même furent intentés à des maires qui avaient refusé complétement d’inscrire des enfants sur les registres de l’état civil, sous prétexte que les noms choisis par les parents étaient des noms révolutionnaires.
[16]Cette affaire duMouton enragéest un des épisodes les plus tristes de l’histoire de la presse sous la Restauration. Il eut, à l’époque, un immense retentissement. L’auteur de l’article, Fontan, et le directeur de l’Album, M. Magallon, furent condamnés à cinq ans de prison et conduits à Poissy avec les menottes et accouplés à des voleurs. Les cheveux de Fontan blanchirent dans une nuit. Il n’avait pas vingt-cinq ans.
[16]Cette affaire duMouton enragéest un des épisodes les plus tristes de l’histoire de la presse sous la Restauration. Il eut, à l’époque, un immense retentissement. L’auteur de l’article, Fontan, et le directeur de l’Album, M. Magallon, furent condamnés à cinq ans de prison et conduits à Poissy avec les menottes et accouplés à des voleurs. Les cheveux de Fontan blanchirent dans une nuit. Il n’avait pas vingt-cinq ans.