SALVT.
APRESle grand labeur, auquel estois contrainct de vacquer totalement cest yuer passé (pour la fondation de mon honneur, et acquerir quelcque estime entre les doctes) venant de Lyon a Tours, pour relief de la fascherie de mon voyage, ie me mys a composer quelcques dixains et huictains sur la naissance du filz qu’il a pleu a Dieu te donner pour le commencement du grand heur de ton mariage. Lequel combien que plusieurs (peu congnoissantz ton esprit, et iugement) ayent trouué estrange, pour ce que par la cuydent ta fortune (quant aux biens) estre troncquee, ou pour le moyns retardee debeaucoup : ie l’ay toutesfoys tousiours trouué bon, et louable. Car ie scay que tu n’as chose en plus grande recommendation que de viure selon le commandement de Dieu : et de t’entretenir en tranquillité d’esprit, pour plus amplement vacquer aux letres. Ces raisons doncques sont apparentes, que non follement et sans iugement tu t’es marié, mais pour le plus hault bien que tu as peu choisir, as ce faict : soit pour reuerer l’honneur de Dieu : soit pour viure entre les hommes sans reproche de paillardise : soit pour augmenter le bien literal de tes labeurs assiduz. Ioinct, que tu n’as faict ce sans exemple prouuable : comme d’vng Socrates (tenu en son temps le plus saige du monde) d’vng Cicero (ton dieu vnique en eloquence) et de nostre temps d’vng Budée. Mais il n’est besoing de debattre que tu ayes faict cela auec raison et iugement singulier, car ceulx qui bien te congnoissent n’ignorent de quelle prudence tu vses maintenant en tes affaires. Ie laisse doncq ce propos et reuiens a mes dixains. Aiant entendu que le liure que tu as composé en latin sur l’auant-naissance de ton filz estoit traduict en francoys, et que tu deliberoys de l’imprimer, ie t’ay bien voulu enuoyer ceste mienne facture : non pouraultre chose toutesfoys, que pour demonstration de l’amytié que ie te porte. Et si messieurs les Rithmartz de France ne la trouuent selon leur goust, ie ne m’en soucie en rien, moyennant qu’elle te plaise. Adieu amy.
Dixain du Filz de Dolet.
Phidias, painctre, apres qu’il eut pourtraictVng Iupiter, pour l’ymage parfaire,Pres d’elle fut long-temps coy et retraict,Escoutant ce que chascun necessaireI diroit estre, affin de satisfaireA toutes gens. Puis telle additionFeit qu’il en est encores mention.Mais a ce faire il ne se fault pretendre :Car cest enfant telle ha perfectionQu’on ne pourroit iamais rien y reprendre.
Phidias, painctre, apres qu’il eut pourtraict
Vng Iupiter, pour l’ymage parfaire,
Pres d’elle fut long-temps coy et retraict,
Escoutant ce que chascun necessaire
I diroit estre, affin de satisfaire
A toutes gens. Puis telle addition
Feit qu’il en est encores mention.
Mais a ce faire il ne se fault pretendre :
Car cest enfant telle ha perfection
Qu’on ne pourroit iamais rien y reprendre.
Huictain.
Tu nous a faict vng si bel enfant naistrePar ton scauoir, esprit et diligence,Et par amour, que iamais ne peult estreAultre que toy. Le fruict de ta sciencePrend donc icy sa racine et semence,Pour ne mourir, combien que ton corps meure.C’est grand plaisir de sentir quelque essenceViuant de nous, qui apres nous demeure.
Tu nous a faict vng si bel enfant naistre
Par ton scauoir, esprit et diligence,
Et par amour, que iamais ne peult estre
Aultre que toy. Le fruict de ta science
Prend donc icy sa racine et semence,
Pour ne mourir, combien que ton corps meure.
C’est grand plaisir de sentir quelque essence
Viuant de nous, qui apres nous demeure.
Dixain.
Qui les grandz biens, que Dieu donne, entreprendDire, il ne peult soubdain les faire entendre :Car comme yceulx aulcun de nous n’entend,Aussi ne peult en briefz mots les comprendre.Et quand l’esprit ne peult assez s’estendreA declarer les biens d’aulcun viuant,Lors nous iugeons qu’il est vng don venantDe Dieu. Par quoy, si l’on ne peult escrireLes biens, dont est remply ce bel enfant,Que c’est vng don de Dieu il nous fault dire.
Qui les grandz biens, que Dieu donne, entreprend
Dire, il ne peult soubdain les faire entendre :
Car comme yceulx aulcun de nous n’entend,
Aussi ne peult en briefz mots les comprendre.
Et quand l’esprit ne peult assez s’estendre
A declarer les biens d’aulcun viuant,
Lors nous iugeons qu’il est vng don venant
De Dieu. Par quoy, si l’on ne peult escrire
Les biens, dont est remply ce bel enfant,
Que c’est vng don de Dieu il nous fault dire.
Huictain.
L’homme, en qui est scauoir, qui trop abondeFault qu’il en baille à vng chascun sa part.Tout ainsi, quand Dolet par tout le mondeSon grand scauoir à vng chascun depart,Chascun en prend vng tiers, ou bien vng quart :Mais pour parfaire en sa vie vng ouurage,Ce qu’il auoit ca et la mys à part,Dedans son filz l’a mys et dauantaige.
L’homme, en qui est scauoir, qui trop abonde
Fault qu’il en baille à vng chascun sa part.
Tout ainsi, quand Dolet par tout le monde
Son grand scauoir à vng chascun depart,
Chascun en prend vng tiers, ou bien vng quart :
Mais pour parfaire en sa vie vng ouurage,
Ce qu’il auoit ca et la mys à part,
Dedans son filz l’a mys et dauantaige.
FIN.