Chapter 4

Quand Stephen King décide d’arrêter l’expérience, plusieurs journalistes et critiques littéraires affirment qu’il se ridiculise aux yeux du monde entier, preuve qu’ils n’ont visiblement pas suivi l’histoire depuis ses débuts. L’auteur avait d’emblée annoncé la couleur puisqu’il avait lié la poursuite de la publication à un pourcentage de paiements satisfaisant.

# 2001 et 2002

Qu’est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King? L’auteur reste très présent dans ce domaine, mais cette fois par le biais de son éditeur.

En mars 2001, son roman «Dreamcatcher» est le premier roman à être lancé simultanément en version imprimée par Simon & Schuster et en version numérique par Palm Digital Media, la librairie numérique de Palm, pour lecture sur Palm Pilot et sur Pocket PC.

En mars 2002, son recueil de nouvelles «Everything’s Eventual» est luiaussi publié simultanément en deux versions: en version imprimée parScribner, subdivision de Simon & Schuster, et en version numérique parPalm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre.Et ainsi de suite, preuve que les éditeurs sont toujours utiles.

2000 > DES AUTEURS DE BEST-SELLERS

[Résumé] À la suite de Stephen King, Frederick Forsyth, le maître britannique du thriller, décide lui aussi de tenter l'aventure numérique, avec l'appui d'Online Originals, un éditeur électronique londonien. En novembre 2000, Online Originals publie «The Veteran», histoire d'un crime violent commis à Londres et premier volet de «Quintet», une série de cinq nouvelles électroniques. Arturo Pérez-Reverte, romancier espagnol, tente une expérience un peu différente. Sa série best-seller relate les aventures du Capitan Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître fin 2000 s'intitule «El Oro del Rey» (L'Or du Roi). En novembre 2000, en collaboration avec Alfaguara, son éditeur habituel, l'auteur décide de diffuser ce nouveau titre en version numérique sur une page spécifique du portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant la sortie du livre imprimé en librairie. Paulo Coelho, romancier brésilien, décide pour sa part de diffuser gratuitement plusieurs romans au format PDF en mars 2003, avec l’accord de ses éditeurs.

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En novembre 2000, deux auteurs de best-sellers, Frederick Forsyth et Arturo Pérez-Reverte, décident de tenter l’aventure numérique, suivis ensuite par de nombreux auteurs, par exemple Paulo Coelho en mars 2003.

Mais, forts de l’expérience d’auto-publication de Stephen King peut- être, ils n’ont pas l’intention de se passer d’éditeur. Pour mémoire, Stephen King lance l’auto-publication numérique de son roman épistolaire inédit «The Plant» en juillet 2000. Il met fin à cette expérience quelques mois plus tard, le nombre de paiements étant très inférieur au nombre de téléchargements.

# Frederick Forsyth

Frederick Forsyth, maître britannique du thriller, aborde la publication numérique avec l’appui de l’éditeur électronique londonien Online Originals. En novembre 2000, Online Originals publie «The Veteran» en tant que premier volet de «Quintet», une série de cinq nouvelles électroniques annoncées dans l’ordre suivant: «The Veteran», «The Miracle», «The Citizen», «The Art of the Matter» et «Draco».

Disponible dans trois formats (PDF, Microsoft Reader et GlassbookReader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) surle site de l’éditeur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith) et aux États-Unis (Barnes &Noble, Contentville, Glassbook).

Frederick Forsyth déclare à la même date sur le site d’Online Originals: «La publication en ligne sera essentielle à l’avenir. Elle crée un lien simple et surtout rapide et direct entre le producteur original (l’auteur) et le consommateur final (le lecteur), avec très peu d’intermédiaires. Il est passionnant de participer à cette expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles technologies. Je n’ai jamais vu de livre électronique. Mais je n’ai jamais vu non plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m’empêche pas de constater combien ces voitures de course sont rapides.» Toutefois cette première expérience ne dure pas, les ventes étant très inférieures aux prévisions.

# Arturo Pérez-Reverte

La première expérience numérique d’Arturo Pérez-Reverte est un peu différente. La série best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître fin 2000 s’intitule «El Oro del Rey» (L'Or du Roi).

En novembre 2000, en collaboration avec son éditeur Alfaguara, l’auteur décide de diffuser «El Oro del Rey» en version numérique sur un page spécifique du portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix très inférieur aux 15,10 euros annoncés pour le livre imprimé.

Résultat de l’expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant, mais pas celui des paiements. Un mois après la mise en ligne du roman, on compte 332.000 téléchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement.

À la même date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique dans un communiqué: «Pour tout acheteur du livre numérique, il y avait une clé pour le télécharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au début, beaucoup d’internautes se sont échangés ce code d’accès dans les forums de chats et ont téléchargé leur exemplaire sans payer. On a voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Pérez-Reverte voulait surtout qu’on le lise.»

En 2006, on compte 4 millions d’exemplaires vendus pour les cinq premiers tomes de cette saga littéraire, devenue un succès planétaire, surtout sous forme imprimée. La saga donne également naissance au film Alatriste, une superproduction espagnole de 20 millions d’euros.

# Paulo Coelho

Paulo Coelho, romancier brésilien, devient mondialement célèbre avec «L'Alchimiste». Début 2003, ses livres, traduits en 56 langues, ont été vendus en 53 millions d'exemplaires dans 155 pays, dont 6,5 millions d'exemplaires dans les pays francophones.

En mars 2003, Paulo Coelho décide de distribuer plusieurs de ses romans gratuitement en version PDF, en diverses langues, avec l'accord de ses éditeurs respectifs, dont Anne Carrière, son éditrice en France. Trois romans sont disponibles en français: «Manuel du guerrier de la lumière», «La cinquième montagne» et «Veronika décide de mourir».

Pourquoi une telle décision? L’auteur déclare à la même date par le biais de son éditrice: «Comme le français est présent, à plus ou moins grande échelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers électroniques d'universités et de personnes habitant loin de la France, qui ne trouvaient pas mes oeuvres.»

À la question classique relative au préjudice éventuel sur les ventes futures, l’auteur répond: «Seule une minorité de gens a accès à l'internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais le livre papier.» Une remarque très juste en 2003, mais qui n'est peut-être plus de mise en 2011. Paulo Coehlo réitère toutefois l’expérience au printemps 2011, pour la plus grande joie de ses lecteurs.

2000 > COTRES.NET, SITE DE LITTÉRATURE NUMÉRIQUE

[Résumé] «Entoileur» du site cotres.net depuis octobre 1998, Jean-Paul s'interroge en juin 2000 sur l'apport de l'internet dans son écriture. «La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l'imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas changé ma vie, mais mon rapport à l'écriture. On n'écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (…) Depuis, j'écris (compose, mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées. (…) C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais.»

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Jean-Paul, «entoileur» du site cotres.net, propose depuis octobre 1998 de beaux parcours littéraires utilisant l’hyperlien.

# Une navigation en rayon

En juin 2000, il s'interroge sur l'apport de l'internet dans son écriture. «La navigation par hyperliens se fait en rayon (j’ai un centre d’intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s’y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu’ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l’imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n’est pas cliquer. L’internet a donc changé mon rapport à l’écriture. On n’écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (…)

Depuis, j’écris (compose, mets en page, en scène) directement à l’écran. L’état "imprimé" de mon travail n’est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d’autres, qui privilégie la linéarité et l’image, et qui exclut le son et les images animées. (…)

C’est finalement dans la publication en ligne (l’entoilage?) que j’ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais. Le maître mot y est "chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent, à vue, comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui tâtonne, se cherche, se déprend, se reprend. Avec évidemment le risque souligné par les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien n’est sûr. Il n’y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d’un gourou. Mais c’est un problème qui concerne le contrôle de l’information. Pas la transmission des émotions.»

«Canon laser», l’une de ses premières oeuvres, est d’abord une oeuvre imprimée, en série limitée, aujourd'hui épuisée. Pour ce faire, Jean- Paul utilise un logiciel de PAO, le premier permettant de jouer facilement avec la forme des lettres. La version hypermédia apparaît sur le site des cotres en 2002. Quel en est le thème? «C'est l'histoire d'un cobaye humain payé pour jouer à l'audimat: ses yeux balaient l'écran et l'écran les filme, pour alimenter la base de données que louent les militaires, les publicitaires, tous ceux qui font leur soupe de nos visions.»

# Cyber-littérature et technologie

Selon Jean-Paul, l’avenir de la cyber-littérature est tracé par sa technologie même. «Il est maintenant impossible à un(e) auteur(e) seul(e) de manier à la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorité. Maîtriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus connus, c’était possible il y a dix ans, avec les versions 1. Ça ne l’est plus. Dès demain (matin), il faudra savoir déléguer les compétences, trouver des partenaires financiers aux reins autrement plus solides que Gallimard, voir du côté d’Hachette-Matra, Warner, Hollywood. Au mieux, le statut de… l’écrivaste? du multimédiaste? sera celui du vidéaste, du metteur en scène, du directeur de produit: c’est lui qui écope des palmes d’or à Cannes, mais il n’aurait jamais pu les décrocher seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du cinématographe, la cyber-littérature (= la vidéo + le lien) sera une industrie, avec quelques artisans isolés dans la périphérie off-off (aux droits d’auteur négatifs, donc).»

Sept ans plus tard, en janvier 2007, Jean-Paul fait à nouveau le point sur son activité d’entoileur. «J’ai gagné du temps. J’utilise moins de logiciels, dont j’intègre le résultat dans Flash. Ce dernier m’assure de contrôler à 90% le résultat à l’affichage sur les écrans de réception (au contraire de ceux qui préfèrent présenter des oeuvres ouvertes, où l’intervention tantôt du hasard tantôt de l’internaute est recherchée). Je peux maintenant me concentrer sur le coeur de la chose: l’architecture et le développement du récit.»

Selon lui, «les deux points forts des trois ou quatre ans à venir [en 2007] sont: (a) la généralisation du très haut débit (c’est-à-dire en fait du débit normal), qui va m’affranchir des limitations purement techniques, notamment des soucis de poids et d’affichage des fichiers (mort définitive, enfin, des histogrammes de chargement); (b) le développement de la 3 D. C’est le récit en hypermédia (= le multimédia + le clic) qui m’intéresse. Les pièges que pose un récit en 2 D sont déjà passionnants. Avec la 3 D, il va falloir chevaucher le tigre pour éviter la simple prouesse technique et laisser la priorité au récit.»

# Les cotres au présent

En juin 2011, la page d’accueil de cotres.net donne accès à trois œuvres hypermédias qui sont tout autant de parcours, puisant leur inspiration dans la région parisienne et sur toute la planète.

«Solstice» (2008) est une «carte de voeux à vocation universelle: on l'envoie à tout moment, adressée à tous les peuples de l'univers, sans oublier les autres. Elle est ronde, pour lutter contre les angles blessants de tous ces rectangles autour de nous, la dictature universelle du rectangle.»

«Agression93» (2009) est «un roman dépliable, sous l'apparence d'une nouvelle. Un fait-divers infime, le récit d'une agression minuscule. Mais on sent bien qu'il y a autre chose. Il va falloir choisir, et vite: la vengeance ou la justice.»

Ce parcours peut durer entre quatre minutes pour le lecteur pressé (en suivant uniquement les V et les > situés en bas et à droite de l’écran) et quinze minutes pour le lecteur averti (en explorant tous les liens, c’est-à-dire en passant la souris sur ceux-ci puis en cliquant sur certains).

«Aux jardins de Picpus» (2010) est «une visite guidée muette du petit jardin de Picpus [dans Paris] et de ses fantômes, ceux pour qui le jardin n'est pas fait et dont les traces sont partout. Un jardin, c'est d'abord des murs, ou des grilles, ou une ligne dans la tête, ou le paradis d'après certains.»

2000 > UN FORMAT STANDARD POUR LE LIVRE NUMÉRIQUE

[Résumé] Les années 1998-2001 sont marquées par la prolifération des formats, chacun lançant son propre format de livre numérique dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide, d’où l’intérêt d’un format standard. Disponible en septembre 1999 dans sa version 1.0, l'OeB (Open eBook) est un format de livre numérique basé sur le langage XML (eXtensible Markup Language) et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l'OeBPS (Open eBook Publication Structure). Fondé en janvier 2000, l'Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (avec 85 participants en 2002). Le format OeB sert de base à de nombreux formats, par exemple le format LIT pour le Microsoft Reader et le format PRC pour le Mobipocket Reader. Le format EPUB succède au format OeB en avril 2005.

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Les années 1998-2001 sont marquées par la prolifération des formats, chacun lançant son propre format de livre numérique dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide, d’où la nécessité d’un format standard.

Aux formats classiques - formats TXT (texte), DOC (Microsoft Word), HTML (HyperText Markup Language), XML (eXtensible Markup Language) et PDF (Portable Document Format) - s’ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés pour lecture sur leurs propres logiciels, qui sont entre autres le Glassbook Reader, le Peanut Reader, le Rocket eBook Reader (pour le Rocket eBook), le Franklin Reader (pour l'eBookMan), le logiciel de lecture Cytale (pour le Cybook), le Gemstar eBook Reader (pour le Gemstar eBook) et le Palm Reader (pour le Palm Pilot). Ces logiciels correspondent souvent à un appareil donné - tablette de lecture ou PDA - et ne peuvent donc pas être utilisés sur d'autres appareils, tous comme les formats qui vont avec.

# Le format OeB (Open eBook)

À l’instigation du NIST (National Institute of Standards & Technology) aux États-Unis, l’Open eBook Initiative voit le jour en juin 1998 et constitue un groupe de travail de 25 personnes sous le nom d'Open eBook Authoring Group. Ce groupe élabore l’OeB (Open eBook), un format de livre numérique basé sur le langage XML et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques.

Le format OeB est défini par l’OeBPS (Open eBook Publication Structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. Téléchargeable gratuitement, l’OeBPS dispose d'une version ouverte et gratuite appartenant au domaine public. La version originale est destinée aux professionnels de la publication puisqu'elle doit souvent être associée à une technologie normalisée de gestion des droits numériques, et donc à un système de DRM (Digital Rights Management) permettant de contrôler l’accès des livres numériques sous droits.

Fondé en janvier 2000 pour prendre la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (avec 85 participants en 2002) dans l'optique de développer le format OeB et l’OeBPS. Le format OeB devient un standard qui sert lui-même de base à de nombreux formats, par exemple le format LIT pour le Microsoft Reader ou le format PRC pour le Mobipocket Reader.

# Le format LIT de Microsoft

Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, tout comme le Microsoft Reader, un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»), lui- même basé sur le format OeB.

Les caractéristiques du Microsoft Reader sont un affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures et l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary.

Quatre mois plus tard, en août 2000, le Microsoft Reader est disponible pour toute plateforme Windows, et donc aussi bien pour ordinateur que pour PDA, sans oublier la Tablet PC un peu plus tard, lors de son lancement en novembre 2002.

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l’utilisation de sa technologie DRM de gestion des droits numériques par le biais du Microsoft Digital Asset Server (DAS), et touche une commission sur la vente de chaque titre.

Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne Barnes & Noble.com en janvier 2000 et Amazon.com en août 2000 pour que celles-ci vendent des livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader.

Le Windows CE, système d’exploitation du Pocket PC, est remplacé en octobre 2001 par le Pocket PC 2002 pour permettre la lecture des livres numériques sous droits.

En 2002, la gamme Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader, qui est le logiciel de lecture du Palm Pilot, lancé dès mars 1996 en tant que premier PDA du marché.

# Le format PRC de Mobipocket

Fondé à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting,Mobipocket se spécialise d’emblée dans la distribution sécurisée delivres numériques pour PDA. La société est en partie financée parViventures, branche de la multinationale française Vivendi.

Mobipocket lance le Mobipocket Reader, un logiciel permettant la lecture de fichiers au format PRC, lui-même basé sur le format OeB. Gratuit et disponible dans cinq langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), ce logiciel est «universel», c’est-à-dire utilisable sur tout PDA (Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan, Psion, etc.).

En octobre 2001, le Mobipocket Reader reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre à Francfort (Allemagne). À la même date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour proposer le Mobipocket Reader par défaut sur l’eBookMan, le PDA multimédia de Franklin, en plus du Franklin Reader, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour proposer le Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu pour les sites de presse partenaires de la société. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version privée gratuite ou version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM pour contrôler l’accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet aussi de créer des livres numériques au format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader.

Déjà utilisable sur n’importe quel PDA, le Mobipocket Reader est également disponible sur ordinateur en avril 2002 puis sur les premiers smartphones de Nokia et Sony Ericsson au printemps 2003.

À la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres disponibles dans quatre langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires. Mobipocket est racheté par Amazon en avril 2005.

# Le format EPUB

En avril 2005, l'Open eBook Forum devient l'International Digital Publishing Forum (IDPF), et le format OeB laisse la place au format EPUB, acronyme de «electronic publication». Ce format est largement utilisé par les éditeurs parce qu’il facilite la mise en page des livres sur tout appareil de lecture (ordinateur, téléphone mobile, smartphone, tablette de lecture) en fonction de la taille de l’écran. Les fichiers PDF (autre standard du livre numérique) créés avec des versions récentes du logiciel Adobe Acrobat sont compatibles avec le format EPUB.

2000 > NUMILOG, LIBRAIRIE NUMÉRIQUE

[Résumé] Numilog ouvre ses portes «virtuelles» en octobre 2000 pour vendre exclusivement des livres numériques, par téléchargement et dans plusieurs formats. Fondée par Denis Zwirn en avril 2000, six mois avant l'ouverture de la librairie numérique, la société a en fait une triple activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur. En 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en français et en anglais. En décembre 2006, Numilog propose 35.000 livres numériques grâce à un partenariat avec soixante éditeurs. Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres numériques. En janvier 2009, Numilog, devenu filiale du groupe Hachette Livre (en mai 2008), est un distributeur-diffuseur numérique représentant une centaine d’éditeurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000 livres numériques et des services spécifiques pour les bibliothèques et les librairies.

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Numilog ouvre ses portes «virtuelles» en octobre 2000 pour vendre exclusivement des livres numériques, par téléchargement et dans plusieurs formats.

# Une triple activité

Fondée par Denis Zwirn en avril 2000, six mois avant l'ouverture de la librairie numérique, la société a en fait une triple activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur.

Denis relate en février 2001: «Dès 1995, j’avais imaginé et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d’emporter sa bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche. Début 1999, j’ai repris ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en réalisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture électronique mobiles et le développement d’internet, qui permet d’acheminer les livres dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde. (…)

Numilog est d’abord une librairie en ligne de livres numériques. Notre site internet est dédié à la vente en ligne de ces livres, qui sont envoyés par courrier électronique ou téléchargés après paiement par carte bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres.

Numilog est également un studio de fabrication de livres numériques: aujourd’hui [début 2001], les livres numériques n’existent pas chez les éditeurs, il faut donc d’abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats négociés avec les éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir à des formats convenant aux différents "readers" du marché. (…)

Enfin Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il est important d’être présent en de très nombreux points du réseau pour faire connaître son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux différents sites thématiques ou de communautés, dont les centres d’intérêt correspondent à leur sujet (sites de fans d’histoire, de management, de science-fiction…). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numériques" thématiques.»

Les livres sont disponibles en plusieurs formats: le format PDF pour lecture sur l’Acrobat Reader (devenu l’Adobe Reader en mai 2003), le format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader et le format PRC pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d’éditeurs, le but à long terme étant de «permettre à un public d’internautes de plus en plus large d’avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de richesse d’utilisation et à moindre prix».

# L’expansion

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres numériques, suite à des accords avec de nombreux éditeurs: Gallimard, Albin Michel, Eyrolles, Hermès Science, Pearson Education France, etc. Numilog propose aussi des livres audionumériques lisibles sur synthèse vocale. Une librairie anglophone est lancée suite à des accords de diffusion conclus avec plusieurs éditeurs anglo-saxons: Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor & Francis, Kogan Page, etc. Les différents formats proposés permettent la lecture des livres sur tout appareil électronique: ordinateur, PDA, téléphone mobile, smartphone et tablette de lecture.

Si les livres numériques ont une longue vie devant eux, les appareils de lecture risquent de muer régulièrement. Selon Denis Zwirn, interviewé à nouveau en février 2003, «l’équipement des individus et des entreprises en matériel pouvant être utilisé pour la lecture numérique dans une situation de mobilité va continuer de progresser très fortement dans les dix prochaines années sous la forme de machines de plus en plus performantes (en terme d’affichage, de mémoire, de fonctionnalités, de légèreté…) et de moins en moins chères. Cela prend dès aujourd’hui la forme de PDA (Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de smartphones, ou de smart displays (écrans tactiles sans fil). Trois tendances devraient être observées: la convergence des usages (téléphone/PDA), la diversification des types et tailles d’appareils (de la montre-PDA-téléphone à la tablette PC waterproof), la démocratisation de l’accès aux machines mobiles (des PDA pour enfants à 15 euros). Si les éditeurs et les libraires numériques savent en saisir l’opportunité, cette évolution représente un environnement technologique et culturel au sein duquel les livres numériques, sous des formes variées, peuvent devenir un mode naturel d’accès à la lecture pour toute une génération.»

En 2004, Numilog met sur pied un système de bibliothèque en ligne pour le prêt de livres numériques, avant de proposer aux librairies un service de vente de livres numériques sur leur propre site. En décembre 2006, le catalogue de Numilog comprend 35.000 livres grâce à un partenariat avec soixante éditeurs francophones et anglophones.

En mai 2008, Numilog devient une filiale du groupe Hachette Livre. En janvier 2009, Numilog est désormais un distributeur-diffuseur numérique représentant une centaine d’éditeurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000 livres numériques distribués auprès des particuliers et des bibliothèques, tout en offrant aussi des services spécifiques à destination des libraires.

2000 > LA BIBLE DE GUTENBERG EN LIGNE

[Résumé] En 2000, le livre numérique a bientôt trente ans puisqu’il voit le jour en juillet 1971 en tant que premier titre (eText #1) du Projet Gutenberg. Signe des temps peut-être, la British Library met en ligne en novembre 2000 une version numérisée de la Bible de Gutenberg, qui fut le premier livre imprimé. Datant de 1454, cette Bible aurait été imprimée par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence, en Allemagne. En 2000, 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possède deux versions complètes. En mars 2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) viennent passer deux semaines sur place pour numériser les deux versions, légèrement différentes. Ces versions numérisées sont mises en ligne quelques mois plus tard, en novembre 2000.

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Bientôt trente ans pour le livre numérique. Signe des temps peut-être, la British Library met en ligne en novembre 2000 une version numérisée de la Bible originale de Gutenberg, qui fut le premier livre imprimé.

# Le premier livre imprimé en ligne

En 2000, le livre numérique a bientôt trente ans, puisqu’il voit le jour en juillet 1971 en tant que premier titre (eText #1) du Projet Gutenberg.

Le livre imprimé a cinq siècles et demi. Datant de 1454, la première Bible imprimée aurait été imprimée par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence, en Allemagne. 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possède deux versions complètes.

En mars 2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) viennent passer deux semaines sur place pour numériser les deux versions complètes, légèrement différentes. Ces versions numérisées sont mises en ligne quelques mois plus tard, en novembre 2000.

D’autres trésors de la British Library sont déjà en ligne, par exemple Beowulf, premier joyau de la littérature anglaise datant du 11e siècle, Magna Carta, premier texte constitutionnel anglais signé en 1215, les Lindisfarne Gospels, une oeuvre datant de 698, le Diamond Sutra, autre joyau datant de 868, les Sforza Hours, trésor de la Renaissance datant de 1490-1520, le Codex Arundel, composé de notes de Léonard de Vinci de 1478 à 1518, ou encore le Tyndale New Testament, qui fut le premier Nouveau Testament en langue anglaise, imprimé en 1526 sur les presses de Peter Schoeffer à Worms (Allemagne).

# État des lieux à la fin 2000

Fin 2000, outre ces trésors inestimables mis à la disposition de tous, des milliers d’oeuvres du domaine public sont en accès libre sur le web dans des bibliothèques numériques.

Les libraires et les éditeurs ont pour la plupart un site web. Certains naissent directement sur le web, avec la totalité de leurs transactions faites via l’internet.

Outre le prêt de documents en tous genres et la gestion d’ouvrages de référence, les bibliothécaires guident les usagers sur l’internet, sélectionnent et organisent des informations à leur intention pour leur éviter de se noyer sur la toile, et créent un site web incluant un catalogue en ligne et une bibliothèque numérique.

De plus en plus de livres et de revues ne sont disponibles qu’en version numérique, pour éviter les coûts d’une publication imprimée. De «statique» dans les livres imprimés, l’information devient «fluide» sur l’internet, avec possibilité d’actualisation constante.

Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la recherche d’information, la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs, sans parler d’un prolongement de leurs livres sur un site web, tout comme la possibilité de s’auto-publier avec succès.

Les éditeurs scientifiques et techniques commencent à repenser leur travail et à s’orienter vers une diffusion en ligne, les tirages imprimés restant toujours possibles à titre ponctuel. Certaines universités diffusent désormais des manuels «sur mesure» composés d’un choix de chapitres et d’articles sélectionnés dans une base de données, auxquels s’ajoutent les commentaires des professeurs.

Des auteurs explorent les possibilités offertes par l’hyperlien pour créer de nouveaux genres tels que roman multimédia et hypermédia, narration hypertextuelle, oeuvre d’hyperfiction, site web d’écriture hypermédia, mail-roman, etc. La littérature numérique - appelée aussi littérature électronique, cyber-littérature ou littérature HTX (HyperTeXt) - bouscule désormais la littérature traditionnelle en lui apportant un souffle nouveau, tout en intégrant d’autres formes artistiques puisque le support numérique favorise la fusion de l’écrit avec l’image et le son.

L’internet devient indispensable pour se documenter, communiquer, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances. Il n’est plus utile de courir après l'information dont nous avons besoin. Cette information est à notre portée, en quantité, y compris pour ceux qui suivent leurs études par correspondance, qui vivent en rase campagne, qui travaillent à domicile ou qui sont cloués sur un lit.

Le web devient une gigantesque encyclopédie, une énorme bibliothèque, une immense librairie et un médium des plus complets.

Certains lisent même un livre sur leur ordinateur, leur PDA ou leur tablette de lecture (encore hors de prix).

2001 > LE WEB AU SERVICE DES AUTEURS

[Résumé] Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Voici quatre expériences parmi tant d’autres. Silvaine Arabo, poète et peintre, propose une revue imprimée «Saraswati: revue de poésie, d’art et de réflexion» en mars 2001 après avoir lancé sa cyber-revue «Poésie d’hier et d’aujourd’hui» en mai 1997. Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, publie ses fables sur le site web des éditions du Choucas en décembre 1999, avec un beau design de Nicolas Pewny, avant d’en auto- publier une version imprimée en juin 2001. Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste, crée un site web en avril 2000 en tant que vitrine pour diffuser ses romans auto-édités. Michel Benoît, auteur de nouvelles, utilise l’internet pour élargir ses horizons et pour «abolir le temps et la distance».

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Nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Voici quatre expériences parmi tant d’autres.

# Des poèmes sur deux supports

Poète et plasticienne, Silvaine Arabo vit en France, dans la région Poitou-Charentes. En mai 1997, elle crée «Poésie d’hier et d’aujourd’hui», l’un des premiers sites francophones consacrés à la poésie.

En juin 1998, elle raconte: «Pour ce qui est d’internet, je suis autodidacte (je n’ai reçu aucune formation informatique quelle qu’elle soit). J’ai eu l’idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur lequel j’essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul (rubrique "Réflexions sur la poésie") sur l’objet considéré. (…)

Par ailleurs, internet m’a mis en contact avec d’autres poètes, dont certains fort intéressants. Cela rompt le cercle de la solitude et permet d’échanger des idées. On se lance des défis aussi. Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu’ils savent qu’ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur.»

Très vite, «Poésie d’hier et d’aujourd’hui» prend la forme d’une cyber- revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo crée une deuxième revue, «Saraswati: revue de poésie, d’art et de réflexion», cette fois sous forme imprimée. Les deux revues «se complètent et sont vraiment à placer en regard l’une de l’autre».

# Des fables publiées en ligne

Le Choucas est une maison d’édition haut-savoyarde gérée par Nicolas et Suzanne Pewny. Bien qu’étant d’abord un éditeur à vocation commerciale, le Choucas tient aussi à avoir des activités non commerciales afin de faire connaître des auteurs peu diffusés, par exemple Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, qui désespérait de trouver un éditeur pour son recueil de fables, intitulé «Fables pour l’an 2000». Quelques jours avant l'année 2000, Nicolas Pewny publie ce recueil en ligne, avec un beau design.

Enthousiaste à la vue de ses fables en version numérique, Raymond Godefroy écrit à la même date: «Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des médias en place. Soumis aux mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette conscience du collectif, d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue d’Ésope, la meilleure et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une crise d’intolérance pour entrer à reculons dans le prochain millénaire.»

Très certainement autobiographique, la fable «Le poète et l’éditeur» (sixième fable de la troisième partie) relate on ne peut mieux les affres du poète à la recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant très attaché au papier, il décide toutefois d’auto-publier la version imprimée de ses fables en juin 2001, avec un titre légèrement différent, «Fables pour les années 2000», puisque le cap du 21e siècle est désormais franchi.

# Le site web d’une romancière

Autre expérience, celle d'Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste, qui habite en région parisienne. En avril 2000, elle crée un site web en tant que vitrine pour diffuser ses livres auto-édités.

Elle relate trois mois plus tard: «Mon site a plusieurs objectifs. Présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui que l’on trouve dans la base de données Électre) et des extraits choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et d’écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d’or, guider le lecteur à travers des liens vers des sites littéraires. (…)

Créer un site internet me permet d’élargir le cercle de mes lecteurs en incitant les internautes à découvrir mes écrits. Internet est également un moyen pour élargir la diffusion de mes ouvrages. (…) Internet devra me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je pense à des pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place importante à la littérature francaise.»

Pourquoi ce choix d’auto-éditer ses oeuvres? «Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d'édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai choisi, parce que l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à l'auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume l'intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture jusqu'à la commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes.»

# Une «ouverture sur le monde»

Auteur de nouvelles (polars, récits noirs, histoires fantastiques), Michel Benoît utilise l’internet pour élargir ses horizons et pour «abolir le temps et la distance» entre Montréal, où il habite, et de nombreux lieux de la planète.

Michel relate en juin 2000: «L’internet s’est imposé à moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l’on pense “recherche”, on pense “information”. Voyez-vous, si l’on pense “écriture”, “réflexion”, on pense “connaissance”, “recherche”. Donc on va sur la toile pour tout, pour une idée, une image, une explication. Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture exposée dans un musée à l’autre bout du monde. On peut donner une idée à quelqu’un qu’on n’a jamais vu, et en recevoir de même. La toile, c’est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c’est un beau cliché. Peut-être bien, à moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose. L’instantanéité, l’information tout de suite, maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d’une information. On va la chercher, immédiatement. De plus, on a accès aux plus grandes bibliothèques, aux plus importants journaux, aux musées les plus prestigieux. (…)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce qui m’aurait pris des mois. Plus beau, plus esthétique. Je me vois réussir des travaux plus raffinés, d’une facture plus professionnelle, même et surtout dans des domaines connexes à mon travail, comme la typographie, où je n’ai aucune compétence. La présentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultané de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents. Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu’avant le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l’utilisation du net deviendra profitable, nécessaire, essentielle.»

2001 > DE NOUVEAUX GENRES LITTÉRAIRES

[Résumé] Des auteurs tentent de nouvelles expériences littéraires. Voici deux expériences parmi tant d’autres, d’une part un cyber-polar et d’autre part un mail-roman. Après avoir écrit un roman policier sous forme de feuilleton sur le web en 1998 et 1999, Anne-Cécile Brandenbourger le publie en version numérique chez 00h00 en février 2000 puis en version imprimée en août 2000. Jean-Pierre Balpe diffuse quotidiennement par courriel pendant cent jours (du 11 avril au 19 juillet 2001) un chapitre de son mail-roman «Rien n'est sans dire» auprès de cinq cents personnes - sa famille, ses amis, ses collègues, etc. - en y intégrant les réponses et les réactions de ses lecteurs. Cette idée d'un mail- roman est issue de deux sources différentes: «d'une part en se demandant ce qu'internet peut apporter sur le plan de la forme à la littérature, d'autre part en lisant la littérature épistolaire du 18e siècle, ces fameux romans par lettres». Selon l’auteur, «les technologies numériques sont une chance extraordinaire du renouvellement du littéraire».

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Des auteurs tentent de nouvelles expériences littéraires. Voici deuxexpériences parmi tant d’autres, d’une part un cyber-polar d’Anne-Cécile Brandenbourger et d’autre part un mail-roman de Jean-PierreBalpe.

# Un cyber-polar

Né en Belgique sous la plume d’Anne-Cécile Brandenbourger, «Apparitions inquiétantes» est «une longue histoire à lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises pensées et de plaisirs ambigus», qui se développe d’abord sous la forme d’un feuilleton en ligne sur le site d’Anacoluthe, pendant deux ans, en collaboration avec Olivier Lefèvre.

En février 2000, le roman est publié par 00h00 en version numérique (au format PDF) en tant que premier titre de la Collection 2003, consacrée aux écritures numériques, avec version imprimée à la demande.

Sur son site, 00h00 présente l'ouvrage comme «un cyber-polar fait de récits hypertextuels imbriqués en gigogne. Entre personnages de feuilleton américain et intrigue policière, le lecteur est - hypertextuellement - mené par le bout du nez dans cette saga aux allures borgésiennes. (…) C’est une histoire de meurtre et une enquête policière; des textes écrits court et montés serrés; une balade dans l’imaginaire des séries télé; une déstructuration (organisée) du récit dans une transposition littéraire du zapping; et par conséquent, des sensations de lecture radicalement neuves.»

Anne-Cécile relate en juin 2000: «Les possibilités offertes par l’hypertexte m’ont permis de développer et de donner libre cours à des tendances que j’avais déjà auparavant. J’ai toujours adoré écrire et lire des textes éclatés et inclassables (comme par exemple "La vie mode d’emploi" de Perec ou "Si par une nuit d’hiver un voyageur" de Calvino) et l’hypermédia m’a donné l’occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute liberté. Car, pour créer des histoires non linéaires et des réseaux de textes qui s’imbriquent les uns dans les autres, l’hypertexte est évidemment plus approprié que le papier. Je crois qu’au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon écriture de plus en plus intuitive. Plus "intérieure" aussi peut-être, plus proche des associations d’idées et des mouvements désordonnés qui caractérisent la pensée lorsqu’elle se laisse aller à la rêverie. Cela s’explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu’on écrit peut être un lien, une porte qui s’ouvre sur une histoire.»

Suite au succès du livre, les éditions Florent Massot publient en août 2000 une deuxième version imprimée (la première étant celle de 00h00, imprimée uniquement à la demande), sous le nouveau titre «La malédiction du parasol», avec une couverture en 3D et une maquette d’Olivier Lefèvre restituant le rythme de la version originale.

# Un mail-roman

Le premier mail-roman francophone est lancé en 2001 par Jean-Pierre Balpe, chercheur, écrivain et directeur du département hypermédia de l’Université Paris 8. Pendant très exactement cent jours, entre le 11 avril et le 19 juillet 2001, il diffuse quotidiennement par courriel un chapitre de «Rien n’est sans dire» auprès de cinq cents personnes - sa famille, ses amis, ses collègues, etc. - en y intégrant les réponses et les réactions de ses lecteurs.

Racontée par un narrateur, l’histoire est celle de Stanislas et Zita, qui vivent une passion tragique déchirée par une sombre histoire politique. L’auteur relate en février 2002: «Cette idée d’un mail-roman m’est venue tout naturellement. D’une part en me demandant depuis quelque temps déjà ce qu’internet peut apporter sur le plan de la forme à la littérature (…) et d’autre part en lisant de la littérature "épistolaire" du 18e siècle, ces fameux "romans par lettres". Il suffit alors de transposer: que peut être le "roman par lettres" aujourd’hui?»

Le déroulement de ce mail-roman a-t-il correspondu à ses attentes? «Oui ET non: au départ je n'avais pas d'attente, donc oui… De plus, si je n'avais pas d'attentes (…) je savais jusqu'où j'étais prêt à aller. Par exemple, je proposais aux lecteurs de participer au roman mais je n'ai jamais proposé qu'ils me remplacent: je voulais rester le maître (ah mais…). Ce qui m'amusait, c'était d'intégrer, dans une trame et une visée que je m'étais à peu près données, les propositions, y compris les plus farfelues, sans qu'elles paraissent comme telles et sans que je "vende mon âme au diable".

NON car j'ai quand même été un peu surpris du "classicisme" des propositions de lecteurs: on y retrouvait assez massivement les lieux communs les plus éculés (pardon pour le jeu de mot…) des feuilletons télévisés. Si je me laissais faire, nous n'étions pas loin du Loft. D'ailleurs, significativement, parce que c'était la période de diffusion de cette émission, plusieurs lecteurs y font référence dans leurs envois et essaient de m'entraîner sur ce terrain. Autrement dit, le plus surprenant peut-être est que des lecteurs qui s'inscrivaient volontairement à une expérience "littéraire" n'avaient de cesse de regarder du côté de la non-littérature, de la banalité et du lieu commun…»

Jean-Pierre Balpe tire plusieurs conclusions de cette expérience: «D’abord c’est un "genre": depuis, plusieurs personnes m’ont dit lancer aussi un mail-roman. Ensuite j’ai aperçu quantité de possibilités que je n’ai pas exploitées et que je me réserve pour un éventuel travail ultérieur. La contrainte du temps est ainsi très intéressante à exploiter: le temps de l’écriture bien sûr, mais aussi celui de la lecture: ce n’est pas rien de mettre quelqu’un devant la nécessité de lire, chaque jour, une page de roman. Ce "pacte" a quelque chose de diabolique. Et enfin le renforcement de ma conviction que les technologies numériques sont une chance extraordinaire du renouvellement du littéraire.»

2001 > WIKIPÉDIA, ENCYCLOPÉDIE COLLABORATIVE

[Résumé] Fondée en janvier 2001 à l'initiative de Jimmy Wales et Larry Sanger (Larry quitte plus tard l'équipe), Wikipédia est une encyclopédie gratuite en ligne écrite collectivement et dont le contenu est librement réutilisable. Sans publicité et financée par des dons, elle est rédigée par des milliers de volontaires, avec possibilité pour tout un chacun d’écrire, corriger ou compléter les articles, aussi bien les siens que ceux d’autres contributeurs. Les articles restent la propriété de leurs auteurs et leur libre utilisation est régie par la licence GFDL (GNU Free Documentation License) ou la licence Creative Commons. En décembre 2006, Wikipédia est l’un des dix sites les plus visités du web, avec 6 millions d'articles dans 250 langues. En 2009, Wikipédia est l'un des cinq sites les plus visités du web, le français étant la troisième langue de l’encyclopédie, après l’anglais et l’allemand. En janvier 2011, Wikipédia fête ses dix ans d’existence avec 17 millions d’articles dans 270 langues et 400 millions de visiteurs par mois pour l’ensemble de ses sites.

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Lancée en janvier 2001, Wikipédia est une encyclopédie gratuite en ligne écrite collectivement et dont le contenu est librement réutilisable.

Qu’est-ce qu’un wiki? Un wiki (terme hawaïen signifiant «vite») est un site web permettant à plusieurs utilisateurs de collaborer simultanément en ligne, en rédigeant le contenu du wiki, en le modifiant et en l'enrichissant en permanence. Le wiki est utilisé par exemple pour créer et gérer des sites d’information, des dictionnaires et des encyclopédies. Le programme présent derrière l'interface d'un wiki est plus ou moins élaboré. Un programme simple gère des textes et des hyperliens. Un programme élaboré permet d'inclure des images, des graphiques, des tableaux, etc.

Fondée en janvier 2001 à l’initiative de Jimmy Wales et Larry Sanger (Larry Sanger quitte plus tard l'équipe), Wikipédia est immédiatement très populaire. Sans publicité et financée par des dons, elle est rédigée par des milliers de volontaires - qui s'inscrivent sous un pseudonyme - avec possibilité pour tout un chacun d’écrire, corriger et compléter les articles, aussi bien les siens que ceux d'autres contributeurs. Les articles restent la propriété de leurs auteurs et leur libre utilisation est régie par la licence Creative Commons ou la licence GFDL (GNU Free Documentation License).

Créée en juin 2003, la Wikimedia Foundation gère non seulement Wikipédia mais aussi Wiktionary, un dictionnaire et thésaurus multilingue lancé en décembre 2002, Wikibooks (livres et manuels en cours de rédaction) lancé en juin 2003, auxquels s'ajoutent ensuite Wikiquote (répertoire de citations), Wikisource (textes appartenant au domaine public), Wikimedia Commons (sources multimédia), Wikispecies (répertoire d'espèces animales et végétales), Wikinews (site d'actualités) et enfin Wikiversity (matériel d'enseignement), lancé en août 2006.

En décembre 2004, Wikipédia compte 1,3 million d’articles rédigés par 13.000 contributeurs dans une centaine de langues. En décembre 2006, Wikipédia compte 6 millions d’articles dans 250 langues et devient l'un de dix sites les plus visités du web. En mai 2007, 7 millions d'articles sont disponibles dans 192 langues, dont 1,8 million d’articles en anglais, 589.000 articles en allemand, 500.000 articles en français, 260.000 articles en portugais et 236.000 articles en espagnol. En 2009, l’encyclopédie est l’un des cinq sites les plus visités du web. En septembre 2010, Wikipédia compte 14 millions d'articles dans 272 langues, dont 3,4 millions d’articles en anglais, 1,1 million d’articles en allemand et 1 million d’articles en français, qui est toujours la troisième langue de l'encyclopédie.

Wikipédia fête ses dix ans en janvier 2011 avec 17 millions d’articles dans 270 langues et 400 millions de visiteurs par mois pour l’ensemble de ses sites.

De plus, Wikipédia inspire bien d’autres projets au fil des ans, par exemple Citizendium, lancé en mars 2007 par Larry Sanger en tant qu’encyclopédie collaborative expérimentale au contenu vérifié par des experts, ou encore l’Encyclopedia of Life, un projet global qui voit le jour en mai 2007 pour recenser toutes les espèces animales et végétales connues.

2001 > D’AUTRES TABLETTES DE LECTURE

[Résumé] Après le Rocket eBook et le SoftBook Reader, apparus en 1998, les expériences se poursuivent avec le lancement d’autres tablettes de lecture au début des années 2000, les plus connues étant le Gemstar eBook aux États-Unis et le Cybook en Europe. Grande société américaine spécialisée dans les produits et services numériques pour les médias, Gemstar lance le Gemstar eBook en novembre 2000 après avoir racheté les deux sociétés californiennes auteures des deux premières tablettes de lecture du marché, à savoir Nuvomedia (auteur du Rocket eBook) et SoftBook Press (auteur du SoftBook Reader). Première tablette de lecture européenne, le Cybook est lancé en janvier 2001 par la société française Cytale. Sa mémoire - 32 Mo de mémoire SDRAM (Synchronous Dynamic Random Access Memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, dans un appareil de 21 x 16 cm pesant un kilo.

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Après le Rocket eBook et le SoftBook Reader, apparus en 1998, d’autres tablettes de lecture voient le jour au début des années 2000, les plus connues étant le Gemstar eBook aux États-Unis et le Cybook en Europe.

# Le Gemstar eBook

Grande société américaine spécialisée dans les produits et services numériques pour les médias, Gemstar lance le Gemstar eBook en novembre 2000 aux États-Unis après avoir racheté les deux sociétés californiennes auteures des premières tablettes de lecture du marché, à savoir Nuvomedia (auteur du Rocket eBook) et SoftBook Press (auteur du SoftBook Reader).

Le Gemstar eBook se décline en deux modèles - le REB 1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran couleur, successeur du SoftBook Reader) - construits et vendus sous le label RCA, appartenant à Thomson Multimedia. Le système d’exploitation, le navigateur et le logiciel de lecture sont spécifiques à l'appareil, tout comme le format de lecture, basé sur le format OeB (Open eBook). Les deux modèles sont vendus respectivement 300 et 699 dollars US par la chaîne de magasins SkyMall.

Les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002, un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces tablettes par RCA. Lancés à l’automne 2002, les modèles suivants - le GEB 1150 et le GEB 2150 - sont produits cette fois sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique du Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars avec abonnement annuel (facturé 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349 dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (facturé lui aussi 20 dollars par mois).

Mais les ventes restent peu concluantes - faute d'un marché mûr pour ce genre d'appareil - et Gemstar décide de mettre fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin 2003 et la vente de ses livres numériques le mois suivant.

# Le Cybook

Première tablette de lecture européenne, le Cybook est lancé en janvier 2001 par la société française Cytale.

Sa mémoire - 32 Mo de mémoire SDRAM (Synchronous Dynamic Random Access Memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, dans un appareil de 21 x 16 cm pesant un kilo.

Olivier Pujol, PDG de Cytale, écrit en décembre 2000: «J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le livre électronique. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre sur le web.»

Quelle est exactement l’activité de Cytale? «Conception et commercialisation d'un livre électronique, conception, développement et gestion d'un site internet de diffusion de livres numériques, préparation et formatage de livres numériques.»

Quelles sont les perspectives? «L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de lecture sécurisés.»

Plus généralement, «le livre électronique, permettant la lecture numérique, ne concurrence pas le papier. C'est un complément de lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la diffusion de l'écrit et des oeuvres mêlant le mot et d'autres médias (image, son, image animée…). Les projections montrent une stabilité de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de l'industrie de l'édition, tirée par la lecture numérique, et le livre électronique. De la même façon que la musique numérique a permis aux mélomanes d'accéder plus facilement à la musique, la lecture numérique supprime, pour les jeunes générations commme pour les autres, beaucoup de freins à l'accès à l'écrit.»

Les ventes du Cybook sont très inférieures aux pronostics et forcent la société à cesser ses activités en juillet 2002. La commercialisation du Cybook est reprise par la société Bookeen, créée en 2003 à l’initiative de Michael Dahan et Laurent Picard, deux ingénieurs de Cytale. Le Cybook 2e génération est lancé en avril 2004. Bookeen dévoile en juillet 2007 une nouvelle version de sa tablette, baptisée Cybook Gen3 (3e génération), avec un écran utilisant la technologie E Ink.

2001 > UNE MEILLEURE BANDE PASSANTE

[Résumé] Henk Slettenhaar est spécialiste des systèmes de communication, avec une longue carrière à Genève et en Californie. En 1992, il crée la Silicon Valley Association (SVA), une association suisse qui organise des voyages d'étude dans des pôles de haute technologie, à commencer par la Silicon Valley et San Francisco. Henk mentionne en juillet 2001 «le changement considérable apporté par le fait que j'ai maintenant une connexion à débit rapide chez moi. Le fait d'être constamment connecté est totalement différent du fait de se connecter de temps à autre par la ligne téléphonique. Je reçois maintenant mes messages dès leur arrivée dans ma messagerie. Je peux écouter mes stations radio préférées où qu'elles soient. Je peux écouter les actualités quand je veux. Et aussi écouter la musique que j'aime à longueur de journée. (…) La seule chose qui manque est une vidéo de bonne qualité en temps réel. La largeur de bande est encore insuffisante pour cela.» Dix ans plus tard, Henk peut visionner des vidéos en temps réel et lire des livres numériques sur le Kindle et l’iPad.

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Henk Slettenhaar est spécialiste des systèmes de communication, avec une longue carrière à Genève et en Californie.

En 1958, Henk rejoint le CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) à Genève pour travailler sur le premier ordinateur numérique et participer au développement des premiers réseaux numériques.

Son expérience californienne débute en 1966 lorsqu’il rejoint pendant dix-huit mois une équipe du SLAC (Stanford Linear Accelerator Center) pour créer un numérisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il conçoit un système numérique de contrôle qui sera utilisé pendant dix ans.

Henk est ensuite professeur en technologies de communication à la Webster University de Genève pendant 25 ans. Il est l'ancien directeur du Telecom Management Program créé à l'automne 2000. Il travaille également en tant que consultant auprès de nombreuses organisations internationales.

# En 1992

En 1992, fort de son expérience en Suisse et en Californie, Henk crée la Silicon Valley Association (SVA), une association suisse qui organise des voyages d'étude dans des pôles de haute technologie, à commencer par la Silicon Valley et San Francisco. Outre des visites de sociétés, de start-up, d’universités et de centres de recherche, ces voyages comprennent des conférences, des présentations et des discussions sur les technologies de l'information (internet, multimédia, télécommunications, etc.), les derniers développements de la recherche et de ses applications, et les méthodes les plus récentes en matière de stratégie commerciale et de création d'entreprise.

# En 1998

Henk raconte en décembre 1998: «Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet. Cela fait vingt ans que j'utilise le courrier électronique. Les premières années, c'était le plus souvent pour communiquer avec mes collègues dans un secteur géographique très limité. Depuis l'explosion de l'internet et l'avènement du web, je communique principalement par courriel, mes conférences sont en grande partie sur le web et mes cours ont tous un prolongement sur le web. En ce qui concerne les visites que j'organise dans la Silicon Valley, toutes les informations sont disponibles sur le web, et je ne pourrais pas organiser ces visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet est pour moi une fantastique base de données disponible en quelques clics de souris.»

# En 2000

Quoi de neuf en août 2000? «L'explosion de la technologie du mobile. Le téléphone mobile est devenu pour beaucoup de gens, moi y compris, le moyen de communication personnel vous permettant d'être joignable à tout moment où que vous soyiez. Toutefois l'internet mobile est encore du domaine du rêve. Les nouveaux services offerts par les téléphones GSM sont extrêmement primitifs et très chers, si bien que le WAP a reçu le sobriquet de "Wait And Pay".»

# En 2001

Quoi de neuf un an après, en juillet 2001? «Ce qui me vient à l'esprit est le changement considérable apporté par le fait que j'ai maintenant une connexion à débit rapide chez moi. Le fait d'être constamment connecté est totalement différent du fait de se connecter de temps à autre par la ligne téléphonique. Je reçois maintenant mes messages dès leur arrivée dans ma messagerie. Je peux écouter mes stations radio préférées où qu'elles soient. Je peux écouter les actualités quand je veux. Et aussi écouter la musique que j'aime à longueur de journée. (…) La seule chose qui manque est une vidéo de bonne qualité en temps réel. La largeur de bande est encore insuffisante pour cela.

Mon domicile est maintenant équipé d'un réseau local avec et sans fil. Je peux utiliser mon ordinateur portable partout à l'intérieur et à l'extérieur de la maison, et même chez les voisins, tout en restant connecté. La même technologie me permet maintenant d'utiliser la carte de réseau local sans fil de mon ordinateur lorsque je voyage. Par exemple, lors de mon dernier voyage à Stockholm, je pouvais être connecté à l'hôtel, au centre de conférences, à l'aéroport et même au pub irlandais!»

# En 2011

Dix ans plus tard, en juin 2011, Henk raconte: «J'ai toujours suivi le développement des ebooks avec beaucoup d'intérêt, étant professeur de systèmes de communication et organisateur de voyages dans la Silicon Valley. Mon utilisation était très limitée pendant près de quarante ans, à cause du manque de progrès des appareils de lecture. Je n'ai jamais aimé lire un livre sur un ordinateur ou sur un PDA. Maintenant, avec l’arrivée de tablettes comme le Kindle et l’iPad, je suis finalement devenu un lecteur de livres numériques. Je vois un expansion énorme avec l'arrivée de tablettes faciles a utiliser et avec un choix considérable de livres grâce au commerce électronique et à des sociétés comme Amazon.»

Sur quoi travaille-t-il ces temps-ci? «Je suis un "serial entrepreneur" actuellement en train de créer une start-up dans le domaine de la mobilité. J'utilise l'internet tout le temps pour trouver des partenaires et des idées. Nous utilisons également des livres en ligne pour apprendre l'art de l'innovation!»

2001 > CREATIVE COMMONS, LE COPYRIGHT REVISITÉ

[Résumé] Créée en 2001 à l'initiative de Lawrence «Larry» Lessig, professeur de droit à la Stanford Law School, en Californie, la licence Creative Commons a pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres numériques tout en protégeant le droit d'auteur. Des contrats flexibles de droit d'auteur compatibles avec une diffusion sur l'internet sont proposés pour tout type de création: texte, film, photo, musique, site web, etc. L'auteur peut par exemple choisir d'autoriser ou non la reproduction et la rediffusion de ses oeuvres. Finalisée en février 2007, la version 3.0 de la Creative Commons instaure une licence internationale et la compatibilité avec d'autres licences similaires, dont le copyleft et la GPL (General Public License). La Creative Commons est utilisée pour un million d'oeuvres en 2003, 4,7 millions d'oeuvres en 2004, 20 millions d'oeuvres en 2005, 50 millions d'oeuvres en 2006, 90 millions d'oeuvres en 2007, 130 millions d'oeuvres en 2008 et 350 millions d'oeuvres en avril 2010.

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Créée en 2001, la licence Creative Commons a pour but de favoriser la diffusion d'oeuvres numériques tout en protégeant le droit d'auteur.

Des créateurs souhaitent en effet respecter la vocation première de l’internet, réseau de diffusion à l’échelon mondial. De ce fait, les adeptes de contrats flexibles sont de plus en plus nombreux, à commencer par le copyleft, qui apparaît bien avant la licence Creative Commons.

# Le copyleft et la GPL

L'idée du copyleft est lancée dès 1984 par Richard Stallman, ingénieur en informatique et défenseur du mouvement Open Source au sein de la Free Software Foundation (FSF). Conçu à l’origine pour les logiciels, le copyleft est formalisé par la GPL (General Public License) et étendu par la suite à toute oeuvre de création. Il contient la déclaration normale du copyright affirmant le droit d'auteur, mais son originalité est de donner au lecteur le droit de librement redistribuer le document et de le modifier. Le lecteur s’engage toutefois à ne revendiquer ni le travail original, ni les changements faits par d’autres personnes. De plus, tous les travaux dérivés de l’oeuvre originale sont eux-mêmes soumis au copyleft.


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