XXIX

« Mais non, ma chère, c’est absurde : le soleil était presque couché.

— Pourtant, Julien, regardez comme l’enfant est rouge, voyez comme il a le front brûlant !

— Il faudrait lui mettre des compresses froides. Pourvu que ce ne soit pas une fièvre typhoïde !

— Oh ! mon ami ! quelle idée horrible !

— Madame a sonné ?

— Y a-t-il de la glace à la maison, Julie ?

— Je crois, Madame, je vais en chercher. Oh ! monsieur Jacquot est souffrant ? Madame ! quel malheur !

— Ce n’est rien, Julie… un coup de soleil, je crois. Allez me chercher de la glace.

— Tout le monde l’aime, ce petit. Voyez, chère amie, il est tout à fait tranquille, maintenant. Il respire mieux.

— Dieu soit loué !

— Cela m’étonne que Périer n’arrive pas.

— Écoutez, Julien ; j’entends quelqu’un dans l’escalier ; ce doit être lui.

— En effet.

— Ah ! mon ami ! vous voilà ! L’enfant paraît très malade ! Un coup de soleil ! c’est affreux !

— Un coup de soleil ? Une petite insolation…

— Je l’ai trouvé dans sa salle d’étude, évanoui, à demi couché sur la table. Il avait appelé.

— Voyons. Oui, il a un peu de fièvre, le pauvre gosse ! Dites-moi, Laurenty, faisait-il très chaud dans sa salle d’étude ?

— Oui, assez, mais la fenêtre était ouverte.

— Nous avons demandé de la glace.

— Excellente idée.

— Que fait donc cette fille ? J’y vais moi-même !

— Hélène croit à un coup de soleil. Pendant qu’elle n’est plus là, dites-moi, Périer ! ce n’est rien de grave ? L’idée d’une typhoïde me hante. Dites-moi la vérité, mon ami !

— Rassurez-vous. Il me semble que c’est tout simplement la fin d’une assez forte crise de nerfs.

Savez-vous si Jacquot avait du chagrin, aujourd’hui ? Les enfants souffrent si vivement parfois et de façon si obscure ! Tenez ! le voilà qui ouvre les yeux. Comment ça va, Jacquot ?

— J’ai bien mal à la tête, parrain !

— Ça va passer, mon petit.

— C’est toi, Papa ! oh ! que j’ai mal à la tête ! Où est Maman ?

— Elle va venir, mon garçon.

— Venez par ici, Laurenty. Vous ne savez rien ? Aucun petit ennui ? L’a-t-on grondé ? L’a-t-on puni ?

— Pas que je sache, mais… Il me parle si peu ! il est si réservé, même avec nous ! Une crise de nerfs ? Quand Hélène et moi l’avons couché ici, l’enfant portait sur sa figure les traces d’une émotion violente. On aurait dit… comment vous expliquer ? on aurait dit qu’il avait eu peur !

— C’est très possible. »


Back to IndexNext