XXXIII

Depuis deux semaines, Geoffroy Salvert était fort épris de MlleArlette Luce dont le fin profil et l’humeur folâtre l’avaient dès l’abord séduit. Elle jouait, tout récemment, une demi-douzaine de rôles dans la Revue du Casino, mais, la revue finie, elle ne songeait pas à regagner Paris, ayant trouvé à Toulon l’emploi de ses soirées pour quelque temps encore.

Geoffroy Salvert lui plaisait. Il savait parler aux femmes, il était beau garçon, ses manières n’avaient rien de la rondeur excessive ni de la cordialité bruyante qui la choquaient chez la plupart des Toulonnais. Il la traitait avec des égards délicats ; si chaleureuse que fût sa cour, il la lui fit avec un certain respect, tout en nuances, qui séduit toujours. Elle agréa donc ses hommages. Salvert prit goût à son commerce. La courte aventure devenait presque une habitude.

« Et voici, ma petite Arlette, lui dit-il en entrant chez elle, un sac des bonbons que vous aimez.

— Merci, mon petit Geoffroy, je vais les enfermer dans un tiroir pour que la bonne ne les mange pas, (elle est gourmande, cette fille !) et je m’en nourrirai demain, en pensant à vous. Vraiment, mon petit Geo, je vous aime bien, et ces bonbons-là, je les adore. Mais, tout de suite ! tout de suite ! écoutez-moi ! Je veux vous parler de choses graves.

— Ah ! mon Dieu, je devine ! vous avez cassé la plume de votre chapeau !

— Non ! Figurez-vous que je ne suis jamais allée aux gorges d’Ollioules. Il faut que vous m’y meniez !

— Ma petite Arlette, permettez-moi d’abord de reprendre haleine et de m’asseoir. Voilà ! Vous voulez voir les gorges d’Ollioules ?

— Oui… »

Elle fit une moue comique et reprit :

« En auto !

— Toutes les folies !

— En auto… mardi.

— Ah ! mon enfant ! c’est que, mardi…

— Geoffroy, vilain Geo ! Je ne serai plus jamais heureuse si, mardi, tu ne me mènes pas aux gorges d’Ollioules. Il faut avoir vu les gorges d’Ollioules, je veux les voir avec toi ! Nous resterons toute la journée ensemble. Tu sais que, dimanche, j’ai promis d’aller à Marseille, pour les courses, et jeudi, c’est trop loin ! Ton jeune élève se passera bien de tes leçons tout un jour ! Allons ! Allons, mon petit Geo ! »

Elle avait dit cela d’une voix gentille, en souriant, et, comme elle souriait bien, d’un joli sourire malicieux et tendre, il ne tarda guère à céder.

« Mardi, c’est entendu ! Et maintenant, mettez votre beau chapeau, poudrez-vous le bout du nez, faites, le plus vite possible, devant la glace, les petites grimaces d’usage, et venez dîner à la Rotonde, où Lohéac nous attend. »

« Je m’excuserai demain auprès de MmeLaurenty », songeait-il.

Le dîner fut plein d’agrément. Lohéac raconta un incident très drôle de son voyage en Chine. Arlette n’en pouvait plus de rire et Salvert se disait à part soi que c’étaient là les présages d’une heureuse nuit.

Elle fut exquise.


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