Durant trois jours et trois nuits, les forêts brûlèrent.
La nuit, des torrents de lave, qui étaient des végétaux en feu, roulaient sur le flanc des sommets, fleuves monstrueux et tragiques. Des chênes, forts des siècles de leur âge, étaient restés debout après les premiers assauts destructeurs, témoins désespérés sous le ciel sans réplique. Soudain, une flammèche sournoise attaquait leur tronc fourré de lichens. Elle s’étendait, s’étalait, s’enroulait, écharpe fatale, et montait, ardente, d’un jet. Alors, dans la tête couronnée de l’arbre, la destruction s’épanouissait subitement. Un instant, pareil à un énorme pilier incandescent, le tronc de l’arbre persistait ; puis il s’écroulait avec un fracas retentissant, bruit de colère et d’agonie géantes. Il se répandait en un torrent de braises rejaillissantes, éclaboussant toutes les choses mortes, noires et grises d’alentour.
Durant trois nuits sans sommeil, l’Enfant, au désespoir impuissant et farouche, considéra l’œuvre de destruction. Elle éprouvait une détresse et une lassitude mortelle comme si chaque chêne, en s’écroulant, lui eût rompu le cœur et les membres.
Le vent cessa.
A la fin, il sembla que l’incendie épuisait aussi sa fureur. Des parties profondes brasillèrent encore un peu. Et ce fut tout.
De la forêt vierge aux taillis innombrables, il ne restait plus que les cendres d’un foyer éteint.
Parmi tant de douleur et dans l’immensité de ce désastre, une joie suprême : le retour du maître. Il avait vécu les journées du sinistre dans la maison des gardes, et, revenant à travers l’étendue ravagée de son domaine, il en évaluait l’irréparable destruction.