La caravane s’infléchissait à travers la steppe grise et verdâtre, rousse et pourprée, suivant les floraisons d’automne ou les espaces invariablement stériles.

Elle s’infléchissait au gré des sentes d’exode et de retour, tracées et retracées par des passages millénaires.

A droite, c’était la Route…

Déjà le cheval du Rahmani pressait l’amble sur une piste qu’il reconnaissait et qui sinuait, déserte et chaude, jusqu’aux sables de son pays.

L’Enfant allait-elle le suivre dans cette voie ? Échapperait-elle à son hérédité, dont elle avait pour habitude d’annihiler l’existence subconsciente au profit des influences de milieu et de prédilection ? Allait-elle reprendre une tradition antique et facile, étrangère à ses origines occidentales sans doute, mais dont tous les gestes, sinon tout l’esprit, lui étaient infiniment chers et familiers ?…

Un instant, elle s’arrêta.

Le Rahmani la salua d’un sourire et d’un regard graves.

Les puissances de sa solitude montèrent de son cœur profond. Elles affleurèrent ses lèvres et moururent, sans s’exprimer autrement que par un soupir brisé.

Sur la large Route encombrée, l’Enfant vit venir à elle les gens de sa race, de son temps et de son autre destin…

Alors, elle descendit vers eux.


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