Fanchon.Certainement je reconnois que c’est un art bien difficile à apprendre que celui-là, ma cousine, et il y auroit bien encore plus de choses à dire, ce me semble, si l’on demandoit les raisons particulières de chaque point.
Susanne.Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu’on n’y puisse adjouster, et quand je te reverray, j’espère bien de t’en raconter davantage. Mais parlons encore de mon amy; à propos, que t’en semble, encore une fois?
Fanchon.Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que vostre mérite aussi vous rend digne en partie du bien qu’il vous fait recevoir.
(49)Susanne.Point du tout, mon cœur, car mon mérite ne le rend point sage comme il est. Tu ne sçaurois croire au reste la discrétion qu’il a pour moy: quand nous sommes devant le monde, il n’oseroit presque me regarder, par respect, et il semble qu’il n’auroit pas la hardiesse de baiser le bas de ma robe, tant il a peur de m’offenser, et cependant, il faut advouer qu’il sçait si bien bannir le respect quand il esttemps, qu’il n’y a sorte de mignardises et de lascivetés qu’il ne commette et ne fasse commettre, pour me donner du plaisir et à tous deux du contentement.
Fanchon.Eh! paix!
Susanne.Qu’y a-t-il donc?
Fanchon.Ah! ma cousine, le cœur me bat, et j’entends Robinet qui vient icy.
Susanne.Eh! tant mieux! réjouis-toi; de quoy as-tu peur? Que je porte desjà d’envie à ton bonheur et au plaisir que tu vas recevoir. Cependant rasseure-toy toujours un petit et te dispose à luy faire bonne chère de tes faveurs; je m’en vais au devant de luy pour le recevoir. Tandis que tu l’attendras sur le lict, feignant de travailler à ton ouvrage, je lui conteray comment il se doibt comporter, afin que tu ne sois pas surprise. Adieu.
Fanchon.Adieu, ma chère cousine, je me recommande bien à vous.
FIN DU PREMIER DIALOGUE.
Mes belles dames, il y aura encore quelque chose à profiter icy pour vous, et après avoir contenté les plus pressées dans le précédent discours, vous verrez que ce dialogue icy ne mérite pas moins de porter le titre, sur la fin, dela Philosophie des Dames, pour les belles et rares difficultés qui y sont expliquées, que celuy qu’il continue de porter, del’Escole des Filles. Je ne doute point, mes dames, que vous ne soyez assez bien instruites à toutes les mignardises et délicatesses de l’amour, et que vous ne sçachiez mettre en pratique, encore mieux que l’on ne sçauroit dire, tout ce que l’art et la nature ont inventé de plus ingénieux pour les rendre plus désirables.Mais il y en a toujours quelques unes entre vous qui font déshonneur à leur sexe, et c’est une honte de les voir ainsi belles, grandes et bien formées qu’elles sont, néanmoins, pour avoir esté mal instruites, après plusieurs années d’escole et d’apprentissage, se tenir immobiles au lict comme des souches aux plus vifs attouchements, ne respondre que froidement aux plus chaudes caresses qui leur sont faites, et n’avoir pas l’esprit de dire seulement ce qu’elles sentent. La faute vient sans doute de ce qu’elles n’ont pas eu la théorie avant la practique, et elles méritent pour cela d’estre renvoyées à l’Escole, pour y apprendre les commencements avec les filles. Pour vous, mes dames, qui estes montées jusques à la première classe et qui estes passées maistresses dans ceste Escole, et qui sçavez les moyens, quand il vous plaist, pour enyvrer un amant de vos moindres faveurs et luy faire sentir mille morts délicieuses avant qu’il soit venu jusques à la dernière, c’est à vous que je dédie ces hauts raisonnements, tirés de la plus subtile doctrine de l’amour. Ils ne sont pas indignes de vostre attention, et vous y trouverez infailliblement des nouveautés quioccuperont vostre esprit à les lire et à les examiner, pour peu que vous incliniez aux belles choses. J’ose mesme croire, mes dames, que vous en ferez vostre profit, comme j’ay dit, et que dans vos esbats particuliers, ayant l’imagination remplie de ces agréables idées, ceux qui auront l’honneur de vous posséder prenant part à vos pensées, vous unirez vos corps par de plus douces estraintes et ferez des embrassements plus mols et plus voluptueux, à vostre grande satisfaction.
L’ESCOLE DES FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE DES DAMES
SUSANNE ET FANCHON, personnages.
Susanne.A ceste heure que nous voylà seules, conte-moy comment il va depuis le temps que je ne t’ay point vue.
(1)Fanchon.Fort bien, ma cousine, dont je vous rends grâces, et en dépit de ma bonne bigotte de mère qui m’avoit tant de fois preschée de fuir les garçons, disant qu’ils ne valoient rien et qu’ils trompoient les filles, car je vous asseure que celuy que j’ay ne m’a pas encore trompée.
Susanne.Ho! ho! vrayement, il n’auroitguère de cœur et il faudroit qu’il fust bien malheureux pour en user de la sorte. Mais tu n’es pas faschée de luy avoir permis ce que tu sçais, à ce que je me puis imaginer?
Fanchon.Non, aussi vray, ma cousine, tant s’en faut; et si c’estoit à recommencer, je le ferois de bon cœur, sçachant ce que je sçay, car je vous asseure que c’est un grand soulagement d’estre aimée, et je trouve, pour moy, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je me suis appliqué la peau d’un garçon dessus.
Susanne.Tu en es seulement plus gaillarde à te voir comme tu es, et tu me portes la mine d’estre un jour bien fine et rusée à ce jeu.
Fanchon.Ma cousine, ce n’est rien que cela, et j’apprends tous les jours. On est un peu honteuse au commencement, parce qu’on n’a pas accoutumé de le faire, mais, à la fin, je mettray soubs pieds toute honte, car mon amy m’apprend peu à peu à n’en point avoir. Il dit qu’il me veut rendre une des plus habiles filles qui soient capables de donner du contentement aux hommes.
Susanne.O bien! il faut espérer cela de son amitié et de ton bon naturel. Or, pour t’y porter encore plus, il faut considérer l’avantage que tu as sur les autres filles, d’avoir un si grand plaisir qu’elles n’ont point, et t’ouvrird’ores en avant l’esprit, pour en faire un petit commerce et considérer les raisons qu’il y a d’en user ainsi.
(2)Fanchon.Ma cousine, cela est estrange: depuis que Robinet a couché avec moy et que j’ay veu et senty les choses, en examinant les raisons, tout ce que m’a dit par cy devant ma mère ne me paroist plus que sottises et des contes pour amuser les petits enfants. Comment, il semble que l’on ne soit garçon et fille que pour cela, et l’on ne commence de vivre au monde que depuis que l’on sçait ce que c’est et que l’on en a gousté, et tout ce que les garçons et filles font, tout ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils disent, il semble qu’il ne doive aboutir que là, quelle hypocrisie donc et quelle rigueur à ceux qui le veulent empescher! Je n’estois bonne auparavant qu’à filer et me taire, et à présent je suis bonne à tout ce que l’on voudra. Quand je parle maintenant avec ma mère, je me fonde en raisons et je discours comme si c’estoit une autre, au lieu qu’autrefois je n’osois desserrer les dents. Pour ce qui est de cela, l’esprit commence à me venir, et je mets mon nez dans les affaires où à peine aurois-je pu rien connoistre auparavant, et quand ma mère y trouve à redire, je luy responds bravement et luy fais voir son bec jaune; enfin, elle est tout estonnée deme veoir et conçoit de là une meilleure opinion de moy.
Susanne.Et cependant elle n’a rien descouvert de vos affaires?
Fanchon.Non, point du tout. O! qu’elle n’a garde, vrayement; j’y donne trop bon ordre.
Susanne.Mais en quel état sont-elles à présent?
Fanchon.Très-bien, ma cousine, excepté seulement que Robinet ne me vient pas veoir si souvent que je le voudrois bien.
Susanne.Tu es donc bien accoutumée avec luy, à ce que je vois?
Fanchon.O! qu’ouy vrayement, nous sommes en la meilleure intelligence du monde.
Susanne.Et n’as-tu pas eu un peu de peine auparavant, et n’as-tu pas trouvé estrange du commencement de ses façons de faire?
Fanchon.Vous allez tout sçavoir, et vrayement, si vous m’avez fait autrefois des contes de plaisir et de chatouillement, j’en ay bien d’autres tout prêts à vous faire à ceste heure; j’ai de quoy vous payer en la mesme monnoie que vous m’avez fait.
Susanne.Dis donc vite, ma connaude, cela ne peut estre mauvais, de la façon que je me le figure, et quand tu auras dit, par après nous verrons si tu as affaire à un habile homme.
(3)Fanchon.Pour commencer donc, la première fois qu’il me fit cela, j’estois sur le lict assise où vous m’aviez laissée, comme vous sçavez, qui faisois semblant de coudre à mon ouvrage. Quand il entra dans la chambre, il me salua d’abord et me demanda comment je me portois, et luy ayant respondu civilement, après quelques cérémonies faites pour s’asseoir, il se mit enfin auprès de moy, me regardant fixement au visage. Je crois qu’il regardoit si je ne me doutois de rien, et après s’estre enquis là où estoit ma mère et à quel ouvrage je travaillois, il me dit, en tremblant, qu’il vous avoit rencontrée sur le degré, là où vous lui aviez bien dit des choses de moy, si je vous en avois donné charge. Je ne luy respondis rien, en souriant, et cela lui faisoit peut-être penser qu’il en estoit quelque chose; au moyen de quoy, luy voyant que je demeurois muette et quasi comme interdite, il prit un peu plus de hardiesse et s’efforça de me baiser. Je le laissay faire sans beaucoup luy résister, m’estant préparée à tout ce que vous m’aviez dit. Et s’estant retiré après pour me considérer, il vit que j’estois devenue toute rouge de honte et que je n’osois le regarder, ce qui fust cause qu’en s’approchant aussi tost il me dit:—Tu rougis, m’amour; baise-moy encore un coup. Et ce disant il mebaisa, mais il demeura un peu plus longtemps à ce baiser qu’à l’autre, parce qu’il avoit mis sa langue dans ma bouche, et, je ne vous mentiray point, ceste façon de baiser me plaist extrêmement. Si bien que voyant que c’estoit une affaire qu’il faut, et qu’à toutes choses il y a commencement, je pris une ferme résolution de complaire à tout ce qu’il me feroit.
Susanne.Fort bien.
Fanchon.Je reçus donc sa langue sous la mienne, où il la fit frétiller longtemps, et demeuray ainsi collée avec luy, goustant, sans penser à autre chose, le premier plaisir, tandis qu’il glissa sa main soubs mon mouchoir de col, où il me prit les tetons, qu’il mania l’un après l’autre, et puis la coula dans le sein le plus avant qu’il put.
Susanne.Voilà un bon commencement.
Fanchon.Et la fin n’en sera pas pire; car voyant qu’il ne me pouvoit atteindre plus avant, il la tira dehors et la posa sur mes genoux, et toujours en me baisant(4), il leva petit à petit ma jupe avec les doigts, et me venoit à toucher enfin le dessus de la cuisse.
Susanne.Cela s’appelle, comme il faisoit, toujours gagner pays. Je pense que le cœur lui battoit bien.
Fanchon.Vous allez veoir qu’il n’y a guèrede filles, à ce qu’on m’a dit, qui ayent de plus belles cuisses que moy, je puis me vanter de cela, et qui soient mieux faites que les miennes, car je les ay blanches, grosses et douillettes.
Susanne.Je le sçay bien, pour les avoir veues et touchées.
Fanchon.C’est pourquoi il tressaillit d’ayse en les touchant, et s’estant serré plus fort contre moy en les pressant(5), pour me dire qu’il n’avoit jamais senty de chair si douce, son chapeau, qu’il avoit mis sur son genou, tomba à terre, et ayant aussi tost porté les yeux en cest endroit, par curiosité, je vis, le long de sa brayette, une longue enfleure qui poussoit et taschoit à sortir dehors.
Susanne.Ha! carogne, hé bien?
Fanchon.Je songeay aussi tost à cest engin roide que portent les hommes pour pisser, comme vous m’aviez dit, et avec lequel il devoit me donner du plaisir, et je me souvins qu’en entrant dans la chambre je ne l’avois point veu comme cela.
Susanne.C’est qu’il ne bandoit pas alors.
Fanchon.Tellement que je me doubtay bien alors que nous passerions plus outre et que nous ferions quelque chose, ce qui fut cause que je me levay pour aller fermer la porte, depeur que par hazard nous ne fussions surpris par la servante, qui estoit en bas.(6)M’ayant demandé où j’allois, et ayant eu peine à me laisser aller, je vis qu’il rajustoit cela par dedans, et quand je fus retournée (mesme je descendis pour donner de l’occupation à la servante, afin que pour quelque bruit elle ne vînt à interrompre nostre plaisir), ainsi asseurée que je fus, je m’en allay droit à luy, qui me sauta au col dès aussitost qu’il me vit et ne me voulut point laisser asseoir sur le lict comme auparavant, mais me tira debout entre ses jambes et m’estraignit de toute sa force, et croiois d’abord qu’il me vouloit estouffer, et je luy dis ma pensée, mais il me dit:—C’est que je t’aime, mon cœur. Et ainsi disant, il fourra la main derrière par la fente de ma jupe, et tirant peu à peu la chemise, il fit tant qu’il me vint à toucher les fesses, lesquelles il trouva fermes et rebondies, et de l’autre main qu’il avoit libre, il me prit la mienne et s’aventura en me regardant, de la mettre, comme sans y penser, sur sa brayette.
Susanne.O! que tu fais durer cela longtemps!
Fanchon.Dame, il estoit pourtant ainsi, et aussi long comme je vous le dis, ma cousine(7). Je sentis donc cela qui estoit dur et qui sepoussoit en avant contre ma main, et voyant que je n’en tesmoignois aucun semblant, il se déboutonna par là. Fourrant ma main dedans, il me dit:—Touche, m’amour; touche, mon cœur. Je vis qu’il estoit bien ayse que je luy touchasse; je fis donc ce qu’il voulut et me laissay doucement forcer à lui complaire, et il sembloit qu’il deust mourir d’ayse à chaque atteinte que je lui donnois, car tantost il me disoit, en conduisant ma main:—Touche icy, touche là, et plus bas, aux coüillons, m’amie; sens-tu les poils? reviens icy, empoigne et frotte haut et bas.
Susanne.Il me semble que j’y suis.
(8)Fanchon.Après quoy, il dit:—Je veux que tu le voyes. Et tout disant cela, il me le fit tirer hors de la brayette, dont je fus estonnée de la forme et grosseur qu’il avoit, car il est fait tout autrement quand il est dur que quand il est mol. Il s’aperçeut de mon estonnement, et me dit:—Tu ne sçais pas, m’amour, où il faut que cela entre, et cependant tu as un endroit sur toy propre à le recevoir. Lors, s’émancipant tout d’un coup, il me troussa la chemise tout autour et me descouvrit le ventre et les fesses, se plaisant à les patiner, et puis tantost il me touchoit du vit les cuisses, tantost les hanches, tantost revenoit aux fesses et au ventre,après entre les poils de ma rouge motte, et puis incontinent après il vint au trou mignon.
Susanne.Eh! là donc, je n’attendois que cela.
Fanchon.Il me prit, dis-je, par le con, où il s’arresta quelque temps, me pressant les deux babines l’une contre l’autre et quelquefois passant les doigts entre les poils qui sont dessus la motte, laquelle il empoigna aussi, faisant par ce moyen entr’ouvrir la fente de ma nature. Après, il me fit rebuter un peu en arrière, et passa les genoux entre les miens, et soulevant un peu le cul, dévala son haut de chausse, et ayant rangé sa chemise, il prit son affaire dans sa main et me fit approcher.
Susanne.Or c’est icy qu’il faut bien prendre garde.
Fanchon.Je sentis cela roide contre la motte, et je cognus qu’il le vouloit mettre dedans. Il m’ouvrit premièrement les deux babines avec les deux mains, et poussa deux ou trois coups assez fort et m’eslargit beaucoup, mais il ne put entrer davantage, parcequ’il me fit mal, et fut obligé de s’arrester un peu, à la prière que je luy en fis. Et s’estant un peu mieux rajusté que devant, il me fit plus ouvrir les cuisses et poussa son affaire un peu plus avant, mais je le forçay encore de s’arrester. Il me disoit bien que je prinsse patience, que ce n’estoitqu’un petit mal, et que quand cela auroit une fois trouvé passage, il n’auroit plus de peine à entrer par après; que cela luy faisoit bien mal aussi comme à moy, mais qu’il se contraignoit pour l’amour de moy. Je me contraignis donc aussi pour l’amour de luy, et il en fit entrer deux ou trois doigts à bonne mesure, sans luy résister, et me tenant ainsi enconnée, il me conjuroit assez de souffrir le reste. Voyant que je ne voulois pas, il voulut essaier une autre posture. Il se lève donc et me renverse sur le lict et(9)se couche sur moy, mais je le sentis trop pesant. Il soulève mes deux cuisses sur ses deux bras, et ainsi me soulageoit un peu, se tenant debout contre les bords du lict, car il n’appuyoit pas tant, mais je trouvay toujours une telle rudesse à me sentir ouvrir par son gros engin, que je ne le pus souffrir. Dans ceste inquietude, il se retira tout de dedit, et moy je me vis tout entr’ouverte au bas du ventre.
Susanne.Quel plaisir, cousine, et que n’ay-je un tel vit! De bon cœur, je ne m’en plaindrois point.
Fanchon.Patience donc, je ne m’en plaignis pas tousjours aussi(10). Pour conclusion, il revient et me baise, il manie mon con, il met le doigt dedans pour veoir ce qu’il a opéré, et ne sçachant plus que faire, se met à se promener parla chambre, jurant, maugréant, tandis que je m’estois recouverte.
Suzanne.Le pauvre enfant, il avoit donc bien de la peine?
Fanchon.A la fin, il manie piteusement son affaire devant moy, et il advise un pot de pomade qui estoit sur la cheminée; il le prend aussitost et dit:—Bon, voylà qui nous servira bien. A mesme temps, il en mit dans sa main et en frotta le manche haut et bas, pour le rendre plus coulant.
Susanne.Il ne faut que cracher dessus et frotter avec la main.
Fanchon.Enfin, il s’advisa de cela et ne songea peut-être pas à l’autre. Il me fit aussitôt mettre en posture dans une chaise et se mit à genoux devant moy, et la pomade le fit entrer plus avant; après quoy, voyant qu’il ne pouvoit encore rien faire, il me fit lever et mettre(11)à quatre pattes sur le lict, et s’estant derechef frotté de pomade, il m’attaqua par derrière.
Susanne.Que de façons pour un dépucelage! Vrayement mon amy n’en employa pas tant pour moy, il eut fait en moins de rien et si je ne me plaignis pas tant.
Fanchon.Quoy que c’en soit, l’affaire se passa comme je vous le dis. Ma robe estoit donc troussée sur le dos, et me faisant roidir l’échine,je luy présentay assez beau. Ce nouveau visage l’esmeut si fort qu’il ne m’escouta plus; il poussa et m’entr’ouvrit avec plus de facilité que devant, et fit tant à la fin, se remuant de cul et de teste, qu’il força la barricade.
Susanne.Dieu soit loué du tout, ma cousine; je suis ravie de te voir eschappée de tous ces petits accidents, venons au reste.
Fanchon.Je ne me plaignis pas tant alors que j’avois fait, et je sentis quelque plaisir, voyant son membre logé si à l’estroit dans moy. D’autre part, il estoit tout glorieux de l’effort qu’il avoit fait, et n’ayant plus de difficulté à vaincre, il m’appeloit son cœur et s’amie, et me dit qu’il m’alloit faire bien ayse; je sentis pour cela l’opération naturelle du corps, et son membre allant et venant, avec le plaisir qu’il avoit, me causa la démangeaison.
Susanne.Bon.
Fanchon.Il me demanda si j’estois bien ayse; je luy dis qu’ouy; il me dit qu’il l’estoit pareillement. Alors, me serrant de plus en plus fort, me tenant embrassée sur les hanches, se tenant appuyé sur ma croupe, il me touchoit quelquefois d’une main les mamelles et de l’autre les fesses ou la mothe.
Susanne.C’estoit pour luy donner courage.
(12)Fanchon.Mon plaisir mourant à mesurequ’il remuoit, et ne me pouvant plus tenir sur les mains pour l’ayse que j’avois, les bras me faillirent et je tombay le nez sur le lict.
Susanne.Tu ne te cassas point le nez contre la plume?
Fanchon.Non, attendez. Il me dit:—Prends garde, sans s’arrêter, et à la fin il fondit d’ayse sur moy, en disant:—Mon cœur, je fous!
Susanne.Et comment te trouvas-tu alors avec luy? Ne fis-tu pas aussi?
(13)Fanchon.Belle demande! et quel moyen de s’empescher quand cela vient? Je perdis toute connaissance et fus ravie en pasmoison. Il n’y a point de sucre ny de confitures qui soyent si doux à la bouche que cela est au con; le chatouillement se rendit universel par tous mes membres et fus comme esvanouie.
Susanne.Tu ne croiois pas cependant qu’il deust estre si grand?
Fanchon.Non, je n’eusse eu garde, ne l’ayant point esprouvé. A la fin, s’estant retiré, je me sentis un peu mouillée en cest endroit et je m’essuay avec ma chemise, et je vis aussi que son affaire n’estoit pas si droit qu’auparavant et qu’il baissoit la tête peu à peu en se retirant.
Susanne.Il n’y a point de double.
Fanchon.Cela fait, je me trouvay bien refaite et ne souhaitay rien plus. Après, il mebaisa et me parla du plaisir qu’il avoit eu. Je lui parlay du mien, dont il me tesmoigna estre plus aise que du sien propre. Nous contasmes longtemps(14)pour sçavoir lequel avoit esté le plus grand, chacun disant ses raisons, le plus raisonnablement du monde, pour monstrer le grand ayse qu’il sentoit et qu’il en avoit eu plus que l’autre. A la fin, nous conclusmes sans nous accorder que chacun avoit senty le sien; mais il me dit qu’il avoit esté plus ayse du mien et qu’il en avoit reçeu à me veoir faire, et moy je luy dis pareillement.
Susanne.Cela n’est pas sans exemple ce que tu dis; car quand on ayme bien on est plus ayse du plaisir d’autruy que du sien propre. D’où vient que si le garçon veut faire cela à la fille quelquefois qu’elle n’est pas d’humeur, néanmoins, à cause qu’elle ayme le garçon seulement, elle consent qu’il le luy fasse, non pas pour l’amour d’elle, mais pour l’amour de luy, qui fait qu’elle luy dit, en se descouvrant sur le lict:—Sus, mon cœur, prenez de moy vostre bon plaisir et faites à vostre volonté. Et quand c’est le garçon qui n’est pas d’humeur et que c’est la fille qui en a envie, il se soumet à son vouloir et a la mesme complaisance qu’elle a euë pour luy une autre fois.
Fanchon.Je suis bien ayse de sçavoir encorecela; j’en feray souvenir Robinet quelquefois qu’il ne sera pas d’humeur.
Susanne.Fort bien.
(15)Fanchon.Cependant, de peur qu’il ne vînt quelqu’un, il avoit remis son haut-de-chausse et s’estoit assis auprès de moy et me contoit l’obligation qu’il vous avoit, quand il vous rencontra sur le degré, disant que sans vous il seroit mort d’angoisse pour ne pouvoir plus attendre, et qu’il y avoit long temps qu’il estoit espris de ma beauté et qu’il avoit envie de me faire cela, pour la grande affection qu’il me portoit, mais que jamais il n’avoit osé me le dire qu’à ceste heure qu’il en avoit essayé. Il ne pouvoit assez louer les bonnes qualités qui estoient en moy, et qu’il en avoit encore plus reconnu depuis sa jouissance qu’il n’avoit fait auparavant. C’est pourquoy il voulut lier avec moy une amitié indissoluble qui fust aussi longue que sa vie; ensuite de quoy il me fit cent protestations d’amour et de service et me conjura de l’aimer toujours et de luy estre toujours fidèle, me promettant la réciproque. Et pour donner lieu que cette amitié fust accompagnée des mesme plaisirs que nous venions de prendre, afin que je n’eusse de regret, il me promit de me renouveller tous les jours deux fois ce mesme plaisir l’un portant l’autre; dontje le remerciay, et pour cest effect nous nous avisasmes à nous conduire si secrettement que personne ne peust s’apercevoir de nostre pratique. Ce qu’estant résolu, nous parlasmes d’autre chose, et fouillant dans sa pochette, il en tira quelques pistaces et mirobolans dont il m’en fit manger, disant qu’il n’y avoit rien meilleur pour réparer les forces perdues au jeu d’amour. Tandis que je mangeois, je le priay que je pusse aller en bas pour veoir où en estoit la servante, et cependant il se mit à chanter pour oster tout soupçon. Je fus quelque temps à revenir, m’estudiant derechef à l’occuper; je luy dis que ce jeune Robinet m’importunoit beaucoup et que j’eusse bien voulu en estre despetrée.
Susanne.Ha! la bonne bête!
Fanchon.Et quand je fus remontée je refermay la porte sur moy et m’en allay à luy qui s’estoit remis sur le lict et qui regardoit son engin, qu’il avoit presque droit à la main. Si tost qu’il me vit, il le laissa là et m’embrassa, se plaignant que j’avois trop tardé. Il me le fit toucher encore, parce qu’il n’estoit pas assez dur, et en moins de rien il s’endurcit soubs mes doigts.
Susanne.Cela s’appelle, comme il estoit, bander à vit mollet.
Fanchon.Je luy estraignis quelque temps, plus hardie qu’auparavant, et pris mon plaisir à luy tenir, mesurant la longueur et la grosseur, et pensant à part moy la vertu que cela avoit de donner tant de plaisir, et il prenoit aussi plaisir d’en mesurer la grosseur et longueur. Luy aussitost m’estendit sur le lict à la renverse, et me troussa mes robes jusques au nombril, se plaisant à me considérer. Je ne m’opposay point à son dessein. Il me porta d’abord la main au con et me prit par les poils, et après il me tourna sur le ventre pour me considérer les fesses, et non content de cela, il me tourna et retourna dessus et dessoubs, me battant et me mouvant, et me fichant quelquefois les dents dans la chair, et me faisant cent folastreries avec les doigts. Pendant ce temps là, il m’apprit autant de particularitez de l’amour et me dit les raisons par quoy il en usoit ainsi. Je l’escoutois attentivement, désireuse d’apprendre, et cependant cela, il avoit redevalé son haut de chausse et me mettoit son outil entre les fesses, ores entre les cuisses, se remuant quelquefois pour veoir, et m’enseignant de faire pour quand il conjoindroit à moy.
Susanne.Le paillard! il y prenoit donc bien du plaisir?
Fanchon.Que vous diray-je davantage? il me fit agencer de cent postures, m’enconnant à chacune, et me montrant comment il se falloit tenir pour(16)mieux engaigner le vit, et n’en acheva pas une. J’appris tout fort aisément, résolue de le bien retenir. Et m’estant disposée à son vouloir pour en achever quelqu’une, après il s’estendit sur le lict, la lance droite à la renverse, et me tira sur son ventre. Je me le fourray de moy-mesme dedans le con et me forçay à remuer, disant que je besoignois. Il se faisoit faire ainsi, me considérant, et tantost me disoit que je poussasse fort, me baisant, la langue à la bouche, et tantost m’appelant(17)sa vie et son âme, et tantost empoignant mes fesses, connaut, ma fouteuse, et autres injures à quoy il prenoit plaisir. Sur la fin qu’il connut que la douceur venoit, il ne se put empescher de remuer vers moy et moy vers luy; tant qu’à la fin elle vint encore à sortir et nous finismes la carrière avec autant de contentement que la première fois.
Susanne.Et deux.
Fanchon.Je reconnus alors pour vray ce que vous m’aviez dit touchant les propriétés de ceste liqueur, et raisonnant dessus, je disois que c’estoit un grand(18)bien au monde que d’avoir trouvé ceste invention pour se divertir.Je luy demanday qui estoit le premier qui l’avoit inventée. Il ne m’en sçeut rien dire, pour ce qu’il n’estoit pas assez sçavant, mais cela l’ayant remis en humeur plus belle, luy me dit qu’il aymoit mieux me le montrer d’effect que de paroles et que l’expérience vaut mieux que le discours. Ensuite de quoy il me baisa, des baisers il vint aux attouchements et des attouchements à me mettre le vit au con, et me le fit encore une fois en levrier, le con derrière.
Suzanne.Et trois.
Fanchon.Et ceste façon, à son dire, luy plaisoit le mieux et plus que les autres, attendu que c’estoit ainsi qu’il avoit eu mon pucelage et qu’il enfonçoit son affaire plus avant. Et quelque temps après, il me le fit encore une(19)fois, avant que de s’en aller, ayant ma face tournée vers la sienne et mes deux jambes levées sur ses épaules.
Susanne.Et quatre. Comme tu les enfiles! et cela ira-t-il toujours de même?
Fanchon.C’estoit un premier abord, et il ne pouvoit moins faire, disoit-il, pour me donner des marques suffisantes de son amour et amitié.
Susanne.Certes, ce sont les meilleures. Et combien fustes-vous de temps à un tel ouvrage?
Fanchon.Jusqu’à la nuict, que ma mère n’estoit pas encore venue.
Susanne.C’est à dire trois heures ou environ. Certes, c’est plus d’un coup par heure, et il avoit donc le feu au cul.
Fanchon.Quoy que c’en soit, je ne trouvois point que c’estoit trop, et ce fut bien le moyen de l’esteindre. Du depuis, nous avons continué tant que l’occasion nous a esté favorable et que nous n’y avons reçeu aucun empeschement. Voylà, ma cousine, comme les choses se sont passées depuis le temps que je ne vous ay veue et ce que j’avois à vous dire pour ce que vous m’avez demandé. Or, dites-moy un peu vostre avis là dessus.
Susanne.Certes, je vois bien à ceste heure que tu es passée maistresse en ce mestier(20), et que tu n’as plus affaire de personne pour t’apprendre parler pertinemment des choses.
Fanchon.Et pourquoy cela, ma cousine?
Fanchon.Comment? tu dis aussi bien en parlant, un outil, un engin, un membre, un chose, un affaire, un trou, au lieu des mots de vit et con qui sont leurs véritables noms.
Fanchon.Ma cousine, cela ne m’a pas tant cousté à apprendre comme vous diriez bien. Quand nous sommes seuls, Robinet et moy, il veut que je die vit et con, et quand nous nefaisons que discourir sans faire autre chose, il veut que je die ces mots là qui sont plus doux et plus honestes et qui plaisent davantage.
Susanne.Tu dis aussi enfiler, enconner, engaigner, besoigner, faire cela, au lieu de foutre et chevaucher.
Fanchon.C’est une mesme bien séance qu’il veut que je garde devant et après qu’il a fait, voulant garder ces gros mots pour quand il est en humeur.
Susanne.Ho! ho! vrayement, le mien n’est pas si cérémonieux, et quand nous sommes seuls il n’a point de paroles si retenues. Mais sçais-tu bien aussi qu’autre chose est dire besoigner, foutre, chevaucher, qu’enconner, enfiler et engaigner?
(21)Fanchon.Besoigner, c’est mettre le vit au con, se remuer et descharger, et celuy seul dit plus que tous les autres; foutre est seulement mettre le vit au con et descharger, sans qu’il signifie remuer; chevaucher, c’est aussi mettre le vit au con et se remuer, sans qu’il signifie descharger; enfiler, enconner, engaigner, c’est une même chose, et simplement mettre le vit au con, sans qu’il signifie les deux autres.
Susanne.Il y a encore d’autres mots qui sont plus doux à prononcer que ces premiers etqui sonnent mieux à l’oreille, afin que tu ne t’étonnes pas en compagnie quand tu entendras dire, comme baiser, jouir, embrasser, posséder et tant d’autres, au lieu de foutre et chevaucher, et ceux là sont bons à dire devant le monde, par honesteté, ou à des amoureux à leurs maistresses, quand ils ne les ont pas encore instruites par practique. Mais je reviens à la première explication que tu as dite, qui est certes aussi fine que j’en ay ouy dire de ma vie, et quand ce seroit moy, je n’en pourrois point inventer une plus jolie.
Fanchon.Passe pour cela, ma cousine, je vous remercie de tant de faveur; comme vous pouvez voir, je n’y entends point de finesse, mais je m’estonne qu’il y a tant de fard parmy des choses qu’on les nomme de cent façons.
Susanne.C’est pour les faire trouver meilleures, vois-tu. Car, par exemple, le mot besoigner, c’est qu’effectivement les hommes travaillent en nous quand ils nous font cela, et qu’à les veoir remuer et se tourmenter comme ils font, il semble qu’ils prennent un œuvre à tâche et qu’il y ayt beaucoup à gagner pour eux; enfiler, c’est qu’ils nous enfilent comme perles; engaigner, c’est que nous avons la guaine et eux le couteau, et ainsi des autres qui sont plus doux et ont aussi leurs significationsplus douces et spirituelles. Mais, avec tout cela, penses-tu que quand les hommes sont entr’eux ils usent de tant de cérémonies? O nenni, vrayement; les mêmes libertés que nous avons à nous dire les choses comme elles sont, ils s’en servent(22)de mesme dans leurs entretiens privés, tellement que s’ils voyent passer quelqu’une dont ils ont desjà jouy, ils ne disent pas simplement: J’ay baisé une telle, mais bien: J’ay foutu une telle, je l’ay chevauchée; ma foi, elle y prenoit plaisir; non (si ce n’est la langue dans la bouche): Je l’ay possédée, j’ay pris les dernières faveurs; ou bien: Elle n’estoit point dégoustée, elle remuoit le cul comme il faut, elle avoit le con large ou estroit, et se pasmoit d’aise en le faisant. Quand tu les vois cinq ou six d’une bande sur le pas de leur porte, qui se tournent et retournent de tous costés pour voir passer les filles et qui se rient au nez quand ils en voyent quelqu’une qui leur plaist, c’est comme cela qu’ils parlent entre eux et qu’ils se disent librement ce qu’ils voudroient bien luy faire. Bref, ils s’entretiennent de nous dans les mesmes termes comme nous le ferions d’eux si l’occasion s’en présentoit.
Fanchon.Et comment, ma cousine, ils se disent donc les uns aux autres ce qu’ils nous font?
Susanne.Pourquoy non? quand tout le monde le sçait; car ils ne parlent point de celles dont il n’est point de bruict, comme de toy ou de moy.
Fanchon.Ah! bon donc, mais pourtant je ne me sçaurois resoudre, quand j’y pense, que l’on sçeut de moy ce que Robinet(23)m’a fait faire, ny qu’il l’allast dire, car il me fait agencer en tant de sortes de postures que j’en suis honteuse et ne puis m’empescher de rougir par après quand je le regarde.
Susanne.Mais ses caresses pour tout cela ne sont-elles pas bien douces?
Fanchon.Ouy, je l’avoue.
Susanne.Eh bien donc! que a-t-il d’avantage à tout cela? Ce sont des ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s’ils ne nous trouvoient pas belles et s’ils ne nous aymoient pas, ils ne mettroient pas nos corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi dire, à la capilotade.
Fanchon.Il est vray, ma cousine, que je reconnois par là que Robinet m’ayme, car ce qu’il me fait faire est accompagné de tant d’apprest et d’inventions de sa part, que quoy que j’en aye de la honte en le faisant, je n’en ay pourtant point de regret et j’en reçois(24)une satisfaction incroyable. Entr’autres, cesjours passés, il me fit voir une certaine gentillesse d’esprit dont j’auray à jamais mémoire, parce qu’elle est judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par des instructions d’amour si plaisantes et qui sont si judicieuses à mon gré, que je crois que c’est là le meilleur moyen qu’on puisse trouver à une fille pour la rendre sçavante, tout d’un coup, à donner bien du contentement aux hommes.
Susanne.Et n’y a-t-il pas moyen de sçavoir ce que c’est?
Fanchon.Ma cousine, vous en rirez en l’apprenant, et je me trompe fort si vous ne vous servez de son invention.
Susanne.Et quelle est-elle donc?
Fanchon.La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il y a trois jours, il vint me veoir sur les trois heures après midy, pendant que ma mère estoit sortie pour aller aux vespres et qu’elle m’avoit laissée seule à la maison. Je ne vous diray pas qu’il me fit cela une fois sur le coffre, à son arrivée, estant pressé, ny toutes les autres caresses qu’il me fit et devant et après, dont je fus contente à l’ordinaire. Je vous diray seulement qu’après avoir folastré quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne fois de la simplicité de ma mère qui ne s’appercevoit pas de nos folies, nousrevinsmes aux baisers et de là aux embrassements.(25)Et m’ayant montré sa lance, qui estoit droite, il me prit à force de corps et me coucha à la renverse sur le lict, où il me troussa la cotte, et m’ayant fait escarquiller les jambes, il regarda si j’estois bien et me mit encore un oreiller soubs le cul, pour m’agencer mieux. Après, il me dit de ne point remuer, et ayant pris un petit toupet de bourre qu’il avoit apporté exprès, il me le mit sous la fesse droite; il en prit un de laine, qu’il me mit sous la gauche, et un autre de coton, qu’il me fourra soubs le croupion. Après, il s’ajusta entre mes jambes et approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me dit que je prisse bien garde à ce qu’il feroit, pour lui obéir en tout ce qu’il m’ordonneroit.
Susanne.Voilà qui est bien préparé.
Fanchon.Encore mieux exécuté.
(26)Susanne.Voyons.
Fanchon.Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse droite; il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit: Coton, et me fit remuer le croupion.
Susanne.Bon.
Fanchon.Et d’effect il n’estoit pas tant mauvais. Nous reiterasmes deux ou trois fois sans changer l’ordre ny la mesure, pour me façonnertoujours davantage, ensuite de quoy nous diversifiasmes le mouvement, et j’avois du plaisir à l’entendre dire: Laine, bourre, coton, bourre, coton, laine, coton, bourre, laine, coton, à quoy j’obéissois fort exactement. Et pour un simple mouvement qu’il observoit qui estoit le mouvement droit et du coton, il m’en faisoit exercer trois, à sçavoir(27), un droit et deux obliques ou de costière. Quelquefois nous ne nous pressions pas si fort, pour faire durer le plaisir plus long temps, et quand je manquois à quelque chose, il me reprenoit doucement, m’enseignant comme il falloit faire et disant que je remuois tantost la bourre pour la laine, et tantost le coton pour la bourre et la laine; au moyen de quoy je lui disois que le coton me plaisoit plus que les deux autres, dont il me tesmoignoit me sçavoir bon gré (et en effect j’avois raison), et s’efforçoit de me baiser.
Susanne.C’est que le coton faisoit entrer la cheville plus que les deux autres et par conséquent donnoit plus de plaisir.
Fanchon.Et par conséquent, ma cousine, vous sçaviez donc bien ce que c’est et je n’avois que faire de vous le dire.
Susanne.Achève, il n’importe, il y aura peut estre quelque chose à sçavoir que je ne sçais pas.
Fanchon.Que vous diray-je davantage? Quand il cessoit de parler je ne(28)bougeois et il le vouloit ainsi, et quand il disoit: Coton, ou les autres, moy de remuer aussi tost autant de fois qu’il lui plaisoit de l’ordonner. Nous continuasmes ainsi jusqu’à la fin, et parce que ce coup lui sembla plus long que les autres et que je fus preste, par deux fois, de faire auparavant luy, tout autant de fois il me retint et il m’apprit ainsi comment il faut faire pour retarder le plaisir quand il avançoit trop et pour l’avancer quand il retardoit. Et quand il fust prest de descharger, il poussa sa voix plus fort que devant, disant: Bourre, coton, laine, coton,—et tousjours plustost coton que les deux autres. Je fus contrainte, à la fin, luy dire qu’il ne criast pas si fort, crainte que l’on ne nous entendist d’en bas, et que je remuerois bien sans cela; et nous nous disions tant seulement tout bas l’un à l’autre, en l’ardeur du plaisir: Et tost, mon cœur, ma vie, ma pensée, m’amour, mon connaud; et pousse donc, et coton, et serre!... et puis je ne sais plus ce que tout devint.
(29)Susanne.Que je hais ces brailleurs-là qui font tant de bruict et qui n’ont nulle considération. Car il y en a qu’on ne sçauroit faire taire et qui, quand ils ejaculent, en mesmetemps ne peuvent s’empescher de crier, et quand on leur demande pourquoy ils crient, ils disent que c’est le plaisir.
Fanchon.Comment, c’est le plaisir? Est-ce qu’ils prennent plaisir à crier pour s’y esbattre, ou bien si c’est que le plaisir qu’ils ont les contraigne à cela?
Susanne.Il est encore bon de la façon que tu le dis. Je crois que c’est la force du plaisir qui les y contraint, et comme il y a des gens qui crient de douleur quand on les escorche, il y en a aussi qui crient de plaisir quand on les chatouille amoureusement.
Fanchon.Et comment font-ils pour crier si fort?
(30)Susanne.Ils sont montés sur les filles comme des saint George, et tenant le vit au con avec un visage effaré, quand ils sentent le foutre couler, ils s’escrient à haute voix: Eh! la, la, la, la! donne donc, m’amie, m’amour, mon cœur, ta langue! allonge! et presse fort, eh! pousse donc! eh! tu ne pousses pas!... Et quelquefois les voisins qui entendent cela, ou les personnes, du logis, qui n’y sont pas accoustumez, viennent au secours avec du vin et du vin aygre, croyant qu’ils se meurent de douleur, et les trouvent après la besoigne, qui se meurent de plaisir. Or, regarde la belle veuë que c’est de les trouver ainsi.
Fanchon.Et il n’y auroit pas moins de plaisir à la fille pour cela, s’ils ne menoient pas tant de bruict (à voir toutes les simagrées qu’ils font). Et cela estant qu’ils ne s’en peuvent empescher, comme vous dites, je ne voudrois non plus avoir affaire à ces gens là qu’à des cloches, et je tascherois mesme d’éviter leur rencontre comme la peste, tant j’aurois peur qu’ils ne criassent, seulement à me voir, comme s’ils estoient après. Car enfin, il ne tiendroit donc ainsi qu’à scandaliser les pauvres filles, veu qu’ils ne sçauroient faire rien que tout le monde ne sçache, et qu’ils n’ont point de honte de tant faire le fou. Certes, il est bien permis de se divertir autant que l’on peut et de prendre du plaisir sans scandale, mais non pas de crier ainsi comme des perdus, à gorge déployée.
Susanne.Les filles aussi, pour ne pas mentir, y sont subjettes quelquefois aussi bien que les hommes, et tandis qu’elles font bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que le jus en sorte, elles cornent continuellement à l’oreille de celuy qui est dessus, emportées du plaisir qu’elles ont: Eh! hau! hau! mon fils, mon mignon, pousse le donc et mets-y tout! et disent quasi toutes les mesmes choses que les hommes. Mais pour ceux cy, ils ne sont pas sià craindre comme les autres sortes d’insensibles et ladres d’amour, que l’on fesse pour mettre en humeur, et c’est bien là une autre extrémité de malheur que d’avoir affaire à ces gens là(31); car, pour les premiers, on les peut corriger un peu, à force de remonstrances, ou s’ils sont incorrigibles, on les peut mener à la cave, au grenier, dans les bois, à la campagne et dans des lieux esloignés où ils auront beau faire du bruit avant que l’on les entende, mais pour ceux cy, ils ne se peuvent amender en façon quelconque et n’y a point de remède pour les guérir.
Fanchon.Quel malheur! et qui sont donc ces ladres là?
Susanne.Ce sont des gens qu’il faut fesser pour mettre en humeur. Ils se despouillent tout nuds en pleine place, et les filles prennent des verges et leur en donnent sur le ventre et partout et tant qu’elles voient que leur affaire vient à dresser, et quand l’ont fait dresser et venir en bon point, elles jettent là les verges, comme si de rien n’estoit, pour se la fourrer après ainsi dans le bas du ventre, et s’en donnent du plaisir par après.
Fanchon.Mais ne deschargent-ils pas aussi, eux?
Susanne.Vrayement ouy et plus que lesautres; on ne les sçauroit tenir par après.
Fanchon.N’importe, oh! la peute chose quand une fille est assez malheureuse pour estre obligée de fouetter son amy pour le faire bander!
(32)Susanne.Ceux là que tu voulois dire qui ne deschargent point, sont les chastrez, à qui on a coupé les deux boullettes, et ne sont bons à rien qu’à bander quelquefois, mais en ce pays ci les dames n’en veulent point du tout et on n’entend pas dire qu’elles leur ayent jamais fait caresse; si ce n’est qu’au temps passé les dames grecques et romaines s’en servoient, faute de mieux, pour se faire chatouiller par le frottement du membre qui estoit roide, et à cause aussi que cela avoit quelque ressemblance à la vérité. Et encore de présent, en Turquie, elles ne laissent pas de s’en servir aussi quand elles en trouvent, d’où vient qu’on s’est avisé depuis peu, pour empescher cela, de les faire pour eunuques, de leur couper les trois piècesrasibus.
Fanchon.Fi, fi, de ces gens là, ma cousine, n’en parlons point. Disons plustost de ceux là qui sont bien fournis d’instruments à fouterie et qui sont propres à donner un plaisir par tout.
(33)Susanne.Il y en a d’autres qui ne disentmot et qui ne font que soupirer d’ayse, mais, il y a une troisième espèce d’amoureux qui sont bien à désirer, qui ayment s’entretenir bas, et ceux là plaisent bien davantage à la fille et se dorlotent aussi bien mieux dans le plaisir.
Fanchon.Eh là donc! voilà comme je les demande. Mais aussi les filles n’ont-elles rien à tesmoigner de leur costé pendant que les garçons leur font tant de caresses?
Susanne.Donne-toy patience; c’est là où je voulois venir, mais il estoit bon auparavant de te remettre sur ce que nous avions dit. Nous avons donc dit jusques(34)à cette heure comment on mettoit le vit au con et comment on ressentoit le plaisir en la descharge, et les autres satisfactions qui se tirent du baiser, du toucher, du parler et du regarder, mais nous n’avons pas encore fait d’application particulière aux lieux où il s’en falloit servir, quand et comment il le falloit faire, et c’est ce qu’il faut que tu apprennes ce jourdhuy, comme estant la chose la plus nécessaire et comme estant la seule en quoy principalement est compris l’art d’aymer, souverainement aux hommes.
Fanchon.Ma cousine, cecy doibt estre beau, sans doute, et c’est aussi ce que j’avois à vous demander.
Susanne.Or sus, posons le cas que tu soisaux prises avec ton amy et que tu ne sçaches comment te porter à l’escarmouche:(35)il faut que tu uses envers luy de petites affeteries de la voix, qui sont les vraies délices en amour. Par exemple, tandis qu’il remuera sur toy, dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte et qui partent de l’essence du plaisir et de l’amour que tu auras; appelle-le ton cœur, ton âme et ta vie; dis-luy que tu es bien ayse et applique tout ton esprit à la pensée de vostre besoigne. Il y a des certains hélas! ou ah! qui sont faits si à propos et qui percent l’âme de douceur à ceux qui nous les causent; car nous faisons cecy, penses-tu, non pas comme les bestes, par brutalité et par nécessité, mais par amour et par connoissance de cause. Et fais quelque petit grattement de mains ou petit remuement de croupion qui le comble de joye infinie; si tu as quelque chose à luy demander, il le faut faire en ce temps-là où il ne te refusera pas, car il n’y a rien qui ouvre tant le cœur et la condescendance et confidence et à se déclarer mutuellement ses pensées, comme les actions secrettes de la fouterie, et il s’est trouvé telle fille, qu’on n’auroit pas regardée auparavant, à qui un simple remuement de fesses a valu l’honneur d’espouser un grand seigneur. Toutes ces mignardises donc, ainsi practiquées,rempliront ton amy d’une douce rage, et comme il fera son possible pour te contenter, il t’appellera son âme, sa déesse, son connaud, son ange, ses yeux. Il inventera des caresses pour te faire et souhaitera d’estre tout vit pour se couler tout en toy, et quand son plaisir sera venu au point qu’il le désire, il ne manquera point de t’en donner connoissance par ses soupirs et quelques paroles qu’il ne tranchera qu’à demy, en disant: Je vais faire!... Alors, prends garde soigneusement comme je te diray.
Fanchon.Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous mettrez-vous?
Susanne.A l’ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers luy, et lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras à lui lancer la langue dans la bouche, comme un dard, et qu’elle vienne à frayer le dessous de la sienne; tandis que tu coigneras du cul brusquement devers luy, et retirant ta langue et la repoussant vivement entre ses dents, en cent façons de mignardises, tantost mince et tantost espaisse, tu t’enlaceras autour de luy et de bras et de jambes; et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les doigts jusques à ses ballottes, et trémoussant tousjours du croupion, tu tascheras à le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la besoigne, tu le feras aussi bien quemoy, et je t’advise seulement qu’en usant envers luy de ces préparatifs pour le plaisir, il ne sçaura quelles caresses te faire par après, et quand il te donneroit tout son bien, il te donneroit encore son âme avec, et s’estimeroit, plus que tout cela, estre encore ton redevable.
Fanchon.Ma cousine, je vous remercie de tant de bontés, et je m’en serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le présent, il faut un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas tant de loisir possible pour jouir de nos amours et auquel je luy puisse donner toutes les marques de mon affection.
Susanne.O bien! arrive quand il pourra, mais sçache que c’est la faute ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu’au temps présent et ne pensent pas à faire durer leurs plaisirs long temps(36)en se pourvoyant pour cela de moyens utiles et nécessaires. Mais quoy enfin, ne vois-tu pas Robinet quand tu veux?
Fanchon.Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en ça que ma mère a fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne l’ay veu quasi qu’en sa présence.
Susanne.Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en es-tu bien peu passer jusques icy?
(37)Fanchon.Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que si vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps là, et que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant que ma chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
Susanne.Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour l’avenir.
Fanchon.Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit aller coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je le dis dès le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que nous aurions à nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit point de moyen à me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse clef à la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d’autant que ma mère sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu’elle m’entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége, nous ferions nostre affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d’autant que pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre, à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut que j’aille de nuict,de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit prendre patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit, et cependant nous visiter tous les jours.
Susanne.C’est à dire que vous avez esté autant avancés qu’auparavant. Hé bien! qu’arriva-t-il?
Fanchon.Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais nous espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour après nous fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de ma mère, et me trouvant aussi ardente à cela que jamais, de peur de perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n’aurions pas trouvé la commodité, il me poussa contre le mur, et m’eslargissant les cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir avec les deux mains, et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus grande haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit long temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que j’eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nouseusmes achevé, incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si une certaine personne n’estoit point au logis, parce qu’il ne la vouloit point veoir. D’autres fois, nous fismes plus commodément, selon que l’occasion s’en présentoit, et quelquefois que ma mère estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il pouvoit faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit reconduire quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien prier d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit pour avoir plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions en crainte, nous ne laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict qui nous faisoit déconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit. Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous nous remettions et quelquefois nous achevions, quelquefois nous n’achevions pas, parceque quelque autre nous interrompoit. D’autres fois,la présence de ceux qui nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez heureux quand il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le pouvions faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit, il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point, se complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à m’approcher de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe, il couloit la main par la fente de derrière et me touchoit la chair depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se consoloit de cela. Or j’avois plus souvent (prévoyant son dessein) ma robe de dessus à demi troussée, comme ont la plupart des filles quand elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui estoit plus facile de me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire arriver jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec le doigt; j’avois beauluy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il s’arrestast, il n’en faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos tourné ou qu’elle fist un pas à la fenestre, il me faisoit descharger. Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l’engin sous le manteau, et regardant toujours ma mère, pour peu qu’elle eust destourné, je luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à moy et qu’il me faisoit aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force d’imagination, nous trouvasmes une invention(38)pour chevaucher devant le monde sans qu’on s’en aperçoive.
Susanne.Et comment faites-vous cela?
Fanchon.Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que ma mère estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy, et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant de diverses choses et de la cruauté de nostre destinée, il me mit le manche roide entre les fesses, s’efforçant de le faire aller jusques au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès et demeuray attentive à ce qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la platine, qui estoit un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu’il n’estoit pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la main sur le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde s’il venoit quelqu’un,mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit pas assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien qu’il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me descharger promptement entre les fesses.
Susanne.Quel dommage!
Fanchon.Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa brayette, et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l’ostant promptement de dessus, et ma mère arriva sur ces entrefaites, qui me querella bien fort de ma négligence et me dit qu’elle ne m’en donneroit point d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux qu’il put, disant que c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus pendant que j’avois regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy, qui n’y avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.
Susanne.Mais où est donc cette invention que tu dis?
Fanchon.Entendez-moy, la voicy. Deux jours après, Robinet vint le soir au logis et trouva qu’on dançoit. C’estoit une petite compagnie ou réjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mère. Il avoit trinqué ce soir là plus qu’à l’ordinaire, et faisant semblant qu’il vouloit dormir pendant que tout le monde dançoit, ilse mit dans une chaise ou fauteuil bas, et trouvant à point nommé que j’estois si lassée que je n’en pouvois plus, il me tira par derrière et me fit asseoir sur luy pour l’entretenir. Je faisois semblant, en l’escoutant, de regarder les autres, et cependant il me coula la(39)main par la fente du cotillon et fit tant qu’il vint à me toucher le con. Je sentis aussitost son affaire roide qui poussoit dessous moy et cela me mit en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien voulu la passer par la fente du cotillon et me le dit bas à l’oreille, mais il ne pouvoit détrousser le cotillon et n’y avoit pas d’apparence devant tant de gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s’en falloit que ceste fente du cotillon n’estoit pas assez longue pour parvenir au con, il trouva justement à l’endroit qu’il falloit le trou que le feu avoit fait au cotillon, quand ma mère me querella si fort; il me le dit incontinent tout bas, et sans perdre de temps, rangeant ma chemise, poussa son affaire dans le trou et coula tout entre mes cuisses. Je m’accommoday dessus le mieux que je pus et fis tant qu’il en entra bien la moitié. Nous fusmes longtemps de la sorte sans rien opérer, car il n’osoit branler fort; néanmoins, s’aydant le mieux qu’il pouvoit, et tousjours appuyant doucement du croupion, la compagniene s’aperçeut point qu’il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur le pivot et fis bonne mine jusques à la fin que j’eus assez de peine à dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une heure après, dans la même posture, et du depuis elle nous a bien servy et j’ai béni cent fois le cotillon percé pour m’avoir causé tant de plaisir.
Suzanne.Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu’on ne reconnust que ton plaisir venoit.
Fanchon.Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinçois des dents en regardant contre terre.
Susanne.Vrayement, c’estoit là un beau moyen! Il ne falloit que mettre les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d’avoir mal à la teste.
Fanchon.C’est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n’a point tout savoir. Je n’ay reçeu jusques à ce jour d’instruction que de votre part, car pour Robinet, hélas! nous n’avons pas eu loisir de cela; c’est pourquoy vous sçavez bien tout ce que vous me pouvez avoir appris.
(40)Susanne.Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu’est-ce qui t’empesche? Tu sais bienaussi si je t’ay jamais rien refusé; car comment veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.
Fanchon.Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j’ai recueilly que ceste partie de l’homme qu’on appelle le vit est celle qui donne le plus de satisfaction à la femme;(41)je voudrois bien maintenant que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et les plus divertissants.
Susanne.Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par ordre, et nous en viendrons à bout facilement. Tu doibs sçavoir premièrement qu’il y a des vits de toutes les façons, mais tous généralement se réduisent à trois, qui sont petits, grands et moyens.
Fanchon.O bon! les petits comment sont-ils?
Susanne.Ils sont de quatre à six poulces de longueur et gros à l’advenant, mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car outre qu’ils ne remplissent guère le con, n’estant pas assez gros, c’est que si la dame a le ventre un peu gros ou la mothe un peu trop grossette, ce qui est une imperfection en elle, ou le trou placé un peu trop bas, ce qui est un défaut pareillement, ils ne sçauroient entrer que deux ou trois doigts en profondeur dans le col de la nature de la femme.