PAR AUCUNE CRAINTE

Et ne vous laissez troubler par aucune crainte.Office du mariage.

Et ne vous laissez troubler par aucune crainte.

Office du mariage.

DÉCOR.—Une chambre de célibataire. Table de toilette rangée avec un soin qui n’est pas naturel.LE CAPITAINE GADSBYdort et ronfle fort. Dix heures et demie du matin — une admirable journée d’automne à Simla. Entre avec précautionLE CAPITAINE MAFFLIN, du régiment deGADSBY. Regarde le dormeur, et branle la tête, en murmurant : « Pauvre Gaddy ! » Exécute une brillante fantaisie à l’aide des brosses à cheveux sur un dos de chaise.

LE CAP. M.— Éveillez-vous, belle endormie ! (Il rugit.)

« Uprouse ye, then, my merry, merry men !It is our opening day !It is our opening day ! »

« Uprouse ye, then, my merry, merry men !It is our opening day !It is our opening day ! »

« Uprouse ye, then, my merry, merry men !

It is our opening day !

It is our opening day ! »

Gaddy, voilà déjà longtemps que les petits pierrots piaillent et se becquettent ; et je suis ici !

LE CAP. G.(s’asseyant sur son séant et bâillant). — Bonjour. C’est diantrement bien à toi, mon vieux. Tout ce qu’il y a de bien. Ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi. Sur mon âme, sais pas. N’ai pas fermé l’œil de la nuit.

LE CAP. M.— Je ne suis rentré qu’à onze heures et demie. J’ai jeté un coup d’œil sur toi, et tu paraissais dormir aussi profondément qu’un condamné à mort.

LE CAP. G.— Jack, si c’est pour faire de ces plaisanteries éventées à pleurer que tu es là, tu ferais tout aussi bien de t’en aller. (Avec une énorme gravité.) C’est le plus heureux jour de ma vie.

LE CAP. M.(riant tout bas d’un air menaçant). — Tu verras cela, mon garçon. Tu vas passer par quelques-unes des tortures les plus raffinées que tu aies jamais connues. Mais sois calme. Je suis avec toi. ’Ttention ! Alignement !

LE CAP. G.— Hein ! Quo-oi ?

LE CAP. M.— Supposes-tu que tu es ton maître pour douze grandes heures d’horloge ? Si oui, naturellement… (Il fait un mouvement vers la porte.)

LE CAP. G.— Non ! Pour l’amour du ciel, mon vieux, ne fais pas cela ! Tu ne vas pas me lâcher que ce ne soit fini, n’est-ce pas ? J’ai sué sur cette fichue manœuvre sans pouvoir m’en rappeler une ligne.

LE CAP. M.(inspectant l’uniforme deG.). — Allons, prends ton tub. Ne m’assomme pas. Je te donne dix minutes pour t’habiller.

Intervalle, rempli par un bruit de quelque chose comme un éclaboussement dans la salle de bain.

LE CAP. G.(émergeant du cabinet de toilette). — Quelle heure est-il ?

LE CAP. M.— Presque onze heures.

LE CAP. G.— Encore cinq heures. Grand Dieu !

LE CAP. M.(à part). — Premier signe de frousse, cela. Je voudrais bien savoir si cela va continuer. (Haut.) Viens déjeuner.

LE CAP. G.— Pas le moindre appétit. Pourrais rien manger.

LE CAP. M.(à part). — Si tôt ! (Haut.) Capitaine Gadsby, je vousordonnede manger votre déjeuner, et un sacré bon déjeuner encore. Ces airs et ces grâces de jeune épousée ne prennent pas avec moi !

Il conduitG.au rez-de-chaussée, et reste debout derrière lui pendant qu’il mange deux côtelettes.

LE CAP. G.(qui a regardé trois fois à sa montre dans les cinq dernières minutes). — Quelle heure est-il ?

LE CAP. M.— L’heure de venir faire un tour. Allume.

LE CAP. G.— Voilà dix jours que je n’ai fumé, et je ne vais pas commencer maintenant. (Il prend le cheroot dontM.a coupé le bout pour lui, et souffle voluptueusement la fumée par les narines.) Nous n’allons pas descendre le Mall, n’est-ce pas ?

LE CAP. M.(à part). — Ils sont tous pareils dans ces moments-là ? (Haut.) Non, ma vestale. Nous allons prendre la route la plus tranquille que nous puissions trouver.

LE CAP. G.— Des chances delarencontrer ?

LE CAP. M.— Pauvre innocent ! Non ! Viens, et si tu as besoin de moi pour les obsèques finales, ne m’enlève pas l’œil avec ta canne.

LE CAP. G.(se retournant brusquement). — Dis-moi, n’est-ce pas la plus charmante créature qui ait jamais existé ? Quelle heure as-tu ? Qu’est-ce qui vient après « voulez-vous prendre pour épouse » ?

LE CAP. M.— On cherche l’anneau. Rappelle-toi qu’il sera au bout du petit doigt de ma main droite, et fais bien attention à la façon dont tu le tireras, car j’aurai les honoraires du sacristain quelque part dans mon gant.

LE CAP. G.(précipitant le pas). — Au diable le sacristain ! Viens donc ! Il est midi passé, et je ne l’ai pas vue depuis hier soir. (Se retournant de nouveau.) C’est absolument un ange, Jack, et elle est mille fois trop bien pour moi. Dis-moi, remonte-t-elle la nef à mon bras, ou comment ?

LE CAP. M.— Si je pensais qu’il y eût pour toi la moindre chance de te rappeler quelque chose durant deux minutes consécutives, je te le dirais. Cesse de passager comme cela !

LE CAP. G.(faisant halte au milieu de la route). — Dis-donc, Jack ?

LE CAP. M.— Reste tranquille encore dix minutes si tu peux, fou que tu es, etmarche!

Tous deux déguerpissent à cinq milles à l’heure pendant quinze minutes.

LE CAP. G.— Quelle heure as-tu ? Qu’est-ce qui se passe au sujet de ce mauditwedding-cakeet des petits souliers blancs ? Ils ne les jettent pas dans l’église, n’est-ce pas ?

LE CAP. M.— In-variablement. Le pasteur ouvre la danse avec ses bottines.

LE CAP. G.— Dieu te confonde, imbécile ! Ne te moque pas de moi. Je ne peux le supporter, et ne le supporterais pas !

LE CAP. M.(sans se troubler). — Tout doux, ma vieille carne ! Il va falloir faire dodo deux heures cet après-midi.

LE CAP. G.(se retournant). — Je ne vais pas me laisser traiter comme un sacré gamin. Tâche de comprendre cela !

LE CAP. M.(à part). — Les nerfs comme des cordes à violon. En voilà, une journée ! (Posant tendrement la main sur l’épaule deG.) Mon David, combien y a-t-il de temps que tu connais ce Jonathan ? Est-ce que je viendrais ici pour me moquer de toi… après toutes ces années-là ?

LE CAP. G.(avec repentir). — Je sais, je sais, Jack… mais je suis aussi chaviré qu’il est possible. Ne fais pas attention à ce que je dis. Écoute-moi un peu répéter la manœuvre pour voir si je la tiens :

« Pour t’avoir et garder, soit que tu sois meilleure ou pire, comme il était au commencement, comme il est maintenant, et comme il sera éternellement, avec l’aide de Dieu. — Amen[17]. »

[17]Ici, Gadsby mêle trois passages différents de l’office de mariage anglican.

[17]Ici, Gadsby mêle trois passages différents de l’office de mariage anglican.

LE CAP. M.(suffoquant de rire). — Oui, c’est à peu près le sel de la chose. Je soufflerai si tu t’arrêtes en route.

LE CAP. G.(vivement). — Oui, tu ne vas pas me lâcher, Jack, n’est-ce pas ? Je suis salement heureux, mais je ne te cacherai pas, à toi, que j’ai une peur bleue !

LE CAP. M.(gravement). — Vrai ? Jamais je ne m’en serais aperçu. Tu n’en as pas l’air.

LE CAP. G.— Tu crois ? A la bonne heure. (Se retournant.) Sur mon âme et mon honneur, Jack, c’est le plus doux petit ange qui soit jamais descendu du ciel. Il n’y a pas de femme sur terre qui soit digne de lui adresser la parole !

LE CAP. M.(à part). — Et c’est le vieux Gaddy ! (Haut.) Va donc, si cela te soulage.

LE CAP. G.— Tu peux bien rire ! C’est tout ce à quoi vous êtes bons, vous autres, onagres de célibataires.

LE CAP. M.(traînant ses paroles). — Tu veux toujours devancer la troupe. Tu n’es pas encore tout à fait marié, tu sais.

LE CAP. G.— Peuh ! cela me rappelle. Je ne crois pas pouvoir entrer dans mes bottes. Allons à la maison les essayer ! (Il se presse en avant.)

LE CAP. M.— Voudrais pas être danstessouliers pour tout ce que l’Asie peut offrir.

LE CAP. G.(se retournant). — Voilà qui prouve bien ta hideuse noirceur d’âme… ta couche de bêtise… ta brutale étroitesse d’idées. Tu n’as qu’un défaut. Tu es le meilleur des bons zigues, et je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi, mais… tu n’es pas marié. (Il branle gravement la tête.) Prends une femme, Jack.

LE CAP. M.(le visage comme un mur). — Ou-é. La femme de qui, de préférence ?

LE CAP. G.— Si tu te mets à faire le polisson, je te quitte… Quelle heure as-tu ?

LE CAP. M.(il chantonne).

An’ since ’twas very clear we drank only gingerbeer,Faith, there must ha’ been some stingo in the ginger !

An’ since ’twas very clear we drank only gingerbeer,Faith, there must ha’ been some stingo in the ginger !

An’ since ’twas very clear we drank only gingerbeer,

Faith, there must ha’ been some stingo in the ginger !

Rentrons, espèce d’enragé. Je vais te ramener au logis, et tu vas te coucher.

LE CAP. G.— Que diable ai-je besoin de me coucher ?

LE CAP. M.— Tends-moi ton cheroot pour me donner du feu et tu vas voir.

LE CAP. G.(qui regarde le bout du cheroot trembler comme un diapason). — Je suis dans un délicieux état !

LE CAP. M.— Effectivement. Je vais te faire prendre un verre et tu t’en iras dormir.

Ils rentrent etM.compose un whisky-soda bien corsé.

LE CAP. G.— Oh,bus ! bus ![18]Cela va me saouler comme un polonais.

[18]Assez ! assez ! (en hindoustani).

[18]Assez ! assez ! (en hindoustani).

LE CAP. M.— Chose curieuse, cela n’aura pas le moindre effet sur toi. Avale-moi cela, jette-toi là, et mets-toi à faire dodo.

LE CAP. G.— C’est absurde. Je ne dormirai pas. Jesaisque non !

Il tombe dans un lourd sommeil au bout de sept minutes.LE CAP. M.le veille tendrement.

LE CAP. M.— Pauvre vieux Gaddy ! J’en ai vu déjà quelques-uns lancés dans le vide, mais jamais aucun marcher au gibet dans ces conditions-là. On ne peut jamais dire comment ils vont prendre cela. Ce sont les pur-sang qui suent au reculer dans l’attelage à deux… Et c’est là l’homme qui a traversé les pièces à la charge à Amdhéran, comme un enragé. (Il se penche surG.) Mais c’est pire que les pièces, vieux copain… pire que les pièces, n’est-ce pas ? (G.se retourne dans son sommeil etM.lui effleure gauchement le front.) Pauvre, cher vieux Gaddy ! Qui s’en va comme les autres… qui s’en va comme les autres…L’ami qui vous est plus attaché qu’un frère… huit années. Sacrée petite garce de fille… huit semaines ! Et… où est votre ami ? (Il fume inconsolablement jusqu’à ce que l’horloge de l’église sonne trois heures.)

LE CAP. M.— Debout ! Allons, équipe-toi !

LE CAP. G.— Déjà ? N’est-ce pas trop tôt ? N’aurais-je pas dû me raser de frais ?

LE CAP. M.—Non !Tu es très bien comme cela. (A part.) Il se mettrait le menton en pièces.

LE CAP. G.— Pourquoi se presser ?

LE CAP. M.— Il faut que tu sois là le premier.

LE CAP. G.— Pour servir de point de mire ?

LE CAP. M.— Justement. Tu fais partie du spectacle. Où est le tripoli ? Tes éperons sont dans un état honteux.

LE CAP. G.(d’un ton bourru). — Jack, jamais tu ne feras cela pour moi ?

LE CAP. M.(d’un ton plus bourru). — Ferme cela et habille-toi ! S’il me plaît de nettoyer tes éperons, tu es sousmesordres.

LE CAP. G.s’habille.M.en fait autant.

LE CAP. M.(faisant le tour en l’inspectant). — Oui, cela va. Seulement, ne prends pas cet air de criminel. L’anneau, les gants, l’argent — cela va bien pour moi. Laisse ta moustache tranquille. Maintenant, si les poneys sont prêts, nous allons partir.

LE CAP. G.(nerveusement). — Il est beaucoup trop tôt. Allumons un cigare ! Buvons quelque chose ! Faisons…

LE CAP. M.— Faisons les sacrés ânes !

LES CLOCHES(au dehors). —

« I — ci — bonnes — gensLa prière — vous attend. »

« I — ci — bonnes — gensLa prière — vous attend. »

« I — ci — bonnes — gens

La prière — vous attend. »

LE CAP. M.— Voilà les cloches ! Viens… à moins que tu ne préfères rester. (Ils s’éloignent à cheval.)

LES CLOCHES.—

Oui nous honorons le roi,La bru mettons en émoi…Chaque nouvelle a son sort,Nous sonnons le glas du mort.

Oui nous honorons le roi,La bru mettons en émoi…Chaque nouvelle a son sort,Nous sonnons le glas du mort.

Oui nous honorons le roi,

La bru mettons en émoi…

Chaque nouvelle a son sort,

Nous sonnons le glas du mort.

LE CAP. G.(descendant de cheval à la porte de l’église). — Dis-moi, ne sommes-nous pas là beaucoup trop tôt ? Il y a du monde à n’en plus finir dans l’intérieur. Dis-moi, ne sommes-nous pas très en retard ? Reste près de moi, Jack ! Que diable dois-je faire ?

LE CAP. M.— Assume une contenance à l’entrée de la nef et attends-la. (LE CAP. G.grogne, tandis queM.lui fait faire volte-face devant trois cents yeux.)

LE CAP. M.(d’un air suppliant). — Gaddy, si tu m’aimes, pour la grâce de Dieu, pour l’honneur du régiment, tiens-toi droit ! Remplis ton uniforme ! Aie l’air d’un homme ! J’ai à parler une minute au pasteur. (G.est pris d’une douce transpiration.) Si tu t’essuies le visage, jamais plus je ne serai ton témoin. Poitrine ! (G.tremble visiblement.)

LE CAP. M.(revenant). — Voici qu’elle arrive. Fais attention quand la musique va commencer. Voilà l’orgue qui se met en branle.

La mariée sort de la rickshaw à la porte de l’église.G.l’entrevoit et prend courage.

L’ORGUE. —

La Voix qui souffla sur Éden,Le premier jour de mariage,Et bénit le premier hymen,A bravé les saisons et l’âge.

La Voix qui souffla sur Éden,Le premier jour de mariage,Et bénit le premier hymen,A bravé les saisons et l’âge.

La Voix qui souffla sur Éden,

Le premier jour de mariage,

Et bénit le premier hymen,

A bravé les saisons et l’âge.

LE CAP. M.(surveillantG.). — Ma parole ! Il a pris bon air. Je ne l’en aurais pas cru capable aujourd’hui.

LE CAP. G.— Combien de temps va durer cet hymne ?

LE CAP. M.— Cela va être fini tout de suite. (Anxieusement.) Vas-tu te mettre à pâlir et à ravaler ta salive ? Tiens bon, Gaddy, et pense au régiment.

LE CAP. G.(d’un ton mesuré). — Dis donc, il y a un gros lézard brun en train de grimper le long de ce mur.

LE CAP. M.— Oh ! ma mère ! Le dernier degré d’affaissement !

La mariée monte à gauche de l’autel, lève les yeux une bonne fois surG., lequel est subitement frappé de folie.

LE CAP. G.(à lui-même encore et encore). — Petit Poidsléger, une femme… une femme ! Et je croyais que c’était une petite fille.

LE CAP. M.(chuchotant). — Garde à vous… demi-tour à gauche.

LE CAP. G.obéit machinalement, et la cérémonie se poursuit.

LE PASTEUR.— … à elle seule, tant que vous vivrez tous deux ?

LE CAP. G.(la gorge sèche). — Ha-hmmm !

LE CAP. M.— Dis oui ou non. Il n’y a pas de seconde donne ici.

La mariée articule sa réponse avec un sang-froid parfait, et son père en fait la remise.

LE CAP. G.(croyant montrer son savoir). — Jack, c’est à ton tour, maintenant, de faire ma remise,vite!

LE CAP. M.— Tu t’es remisé bien assez comme cela toi-même. Sa maindroite, mon gars ! Récite ! Récite ! « Théodore Philip. » As-tu oublié ton propre nom ?

LE CAP. G.s’embarrasse dans le « oui », que la mariée répète sans un tremblement.

LE CAP. M.— Maintenant, l’anneau ! Suis le pasteur ! Ne m’arrache pas mon gant ! Le voici ! Grand Dieu, il a retrouvé sa voix !

G.répète la parole sacramentelle d’une voix à se faire entendre au bout de l’église et tourne sur son talon.

LE CAP. M.(d’un air désespéré). — A vos rênes ! Doucement sur le pavé ! Nous n’en sommes pas à la moitié.

LE PASTEUR— … à conjoints, que l’homme ne les sépare point.

LE CAP. G., paralysé de peur, a un mouvement de recul après la bénédiction.

LE CAP. M.(vivement). — Avance… d’une longueur. Prends-la avec toi. Je ne viens pas. Tu n’as rien à dire.

LE CAP. G.monte à l’autel dans tout un cliquetis de choses.

LE CAP. M.(en un râle perçant qui veut dire un murmure). — A genoux, têtu bandit ! A genoux !

LE PASTEUR— … de laquelle vous êtes les filles, tant que vous pratiquez le bien et ne vous laissez troubler par aucune crainte.

LE CAP. M.— Ça y est ! Rompez ! Par file à gauche.

Tout le monde à la sacristie. On signe.

LE CAP. M.— Embrasse-la, Gaddy.

LE CAP. G.(frottant l’encre sous son gant). — Hein ! Quo-oi ?

LE CAP. M.(Faisant un pas vers la mariée). — Si tu ne le fais pas, je vais le faire.

LE CAP. G.(interposant le bras). — Merci bien !

Embrassement général.

LE CAP. G.(n’en pouvant plus, àM.). — Ah, nom de nom ! Est-ce que je peux maintenant m’essuyer le visage ?

LE CAP. M.— Ma responsabilité finit là. Demande plutôt àMissisGadsby.

LE CAP. G.recule comme frappé d’une balle, et le cortège sort de l’église à coups de Mendelssohn pour se rendre à la maison paternelle, où ont lieu les tortures d’usage autour duwedding-cake.

LE CAP. M.(à table). — Debout, Gaddy. On attend unspeech.

LE CAP. G.(après trois minutes d’agonie). — Ha-hmmm. (Tonnerre d’applaudissements.)

LE CAP. M.— Pas mal, pour un début. Maintenant va changer d’équipement pendant que la maman est en train de pleurer sur — « la madame ». (LE CAP. G.disparaît.LE CAP. M.se lève précipitamment en s’arrachant les cheveux.) Ce n’est pas encore complet. Où sont les souliers ? Allez chercher uneayah.

L’AYAH.— Missiecaptainsahib band karotous lesjutis[19].

[19]Missie capitainesahiba caché tous les souliers.

[19]Missie capitainesahiba caché tous les souliers.

LE CAP. M.(brandissant son sabre dans le fourreau). — Femme, produis ces souliers ! Que quelqu’un me prête un couteau à pain. Il ne s’agit pas de fêler la tête de Gaddy plus qu’elle ne l’est. (Il tranche le talon d’une mule de satin blanc et serre la mule dans sa manche.) Où est la mariée ? (A tout le monde à la ronde.) Allez-y doucement avec ce riz. C’est une coutume païenne. Donnez-moi le gros sac.

....................

La mariée se glisse sans bruit dans une rickshaw et part vers le coucher du soleil.

LE CAP. M.(en plein air). — Envolée, ma parole ! Tant pis pour Gaddy ! Le voici. Allons, Gaddy, cela va chauffer plus dur qu’à Amdhéran ! Où est ton cheval !

LE CAP. G.(furieusement, voyant que les femmes sont hors de portée de voix). — Où est mafemme, n. de D…?

LE CAP. M.— A moitié route maintenant de Mahasu. Il va te falloir chevaucher comme le jeune Lochinvar[20].

[20]Voir la ballade de Walter Scott.

[20]Voir la ballade de Walter Scott.

Le cheval se présente en se cabrant ; il refuse de laisserG.l’approcher.

LE CAP. G.— Oh ! tu veux faire la bête, n’est-ce pas ? Demi-tour, animal… cochon… brute !Demi-tour !

Il force le cheval à tourner, d’un coup de poignet à lui briser la mâchoire inférieure ; se jette en selle, et donne des deux éperons au beau milieu d’une grêle du meilleur riz de Patna.

LE CAP. M.— Sur ton amour et ta vie… pousse, Gaddy ! Et que… Dieu te bénisse !

Il jette une demi-livre de riz àG., lequel disparaît, penché en avant sur la selle, dans un nuage de poussière éclairée de soleil.

LE CAP. M.— Voilà perdu le vieux Gaddy. (Il allume une cigarette et s’éloigne en flânant, et en chantant d’un air absent :)

« You may carve it on his tombstone, you may cut it on his card,That a young man married is a young man marred[21]. »

« You may carve it on his tombstone, you may cut it on his card,That a young man married is a young man marred[21]. »

« You may carve it on his tombstone, you may cut it on his card,

That a young man married is a young man marred[21]. »

[21]« Vous pouvez le graver sur sa tombe, vous pouvez le graver sur sa carte,Qu’un jeune homme marié est un jeune homme perdu. »

[21]

« Vous pouvez le graver sur sa tombe, vous pouvez le graver sur sa carte,Qu’un jeune homme marié est un jeune homme perdu. »

« Vous pouvez le graver sur sa tombe, vous pouvez le graver sur sa carte,Qu’un jeune homme marié est un jeune homme perdu. »

« Vous pouvez le graver sur sa tombe, vous pouvez le graver sur sa carte,

Qu’un jeune homme marié est un jeune homme perdu. »

MISS DEERCOURT(de son cheval). — Vraiment, capitaine Mafflin ! Vous parlez plus à cœur ouvert que vous n’êtes poli !

LE CAP. M.(à part). — On dit que le mariage, c’est comme le choléra. Me demande qui sera la prochaine victime.

Une mule de satin blanc glisse de sa manche et tombe à ses pieds. Reste livré à ses réflexions.


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