III
La femme qui venait tous les matins s'étant présentée, Marcant la congédia.
—Revenez demain. Pas aujourd'hui!
Quand les malles furent pleines, il regarda une dernière fois autour de lui, mit dans une boîte les objets familiers qu'elle aimait, et qui étaient épars sur une table; il y joignit le tapis de cette table. Il arrangea sa boîte dans un coin de malle qu'il avait aménagé au-dessus de tout le reste, et sur la boîte enfin il déposa le buvard, les papiers d'Elise. Il écrivit ensuite sur une grande enveloppe ces mots:Madame Elise Marcant.—«Pourquoi ce nom de Marcant que bientôt elle ne portera plus?» Il prit une seconde enveloppe et écrivit:Madame Elise... Cette forme le choqua. Il ajouta unM:Madame Elise M... Cela fait, il glissa dans l'enveloppe un certain nombre de billets de banque, le plus qu'il lui fut possible—avec une carte qui portait ces mots: «En acompte sur la pension que j'aurai à vous servir.» A cela, il ne mit aucune malignité. Il lui eût semblé honteux de la laisser dans un tel moment sans argent.
Quand l'enveloppe scellée fut dans la malle, il promena de nouveau son regard autour de lui. Il aperçut au coin de la cheminée, près du portrait de Georges, un album où s'étalait à la première page le sonnet de M. Dauphin! Il eut envie d'écrire à côté quelque pensée amère, insultante. Il n'en fit rien. Seulement, il lia à l'album, par ironie, le portrait de l'enfant avec un ruban quelconque, et jeta cela dans une des caisses. Alors, il les referma toutes et il lui sembla qu'il venait de mettre au cercueil son amour, son cœur, sa vie.
Et comme la trompe de l'omnibus sonnait sur la route, il courut à une fenêtre et appela:
—Dites à l'un des commissionnaires de la gare de venir chercher ici mon bagage.
Il entra chez son fils. Il était dix heures du matin. Il se pencha doucement sur lui, l'éveilla d'un baiser léger, attentif...
—Allons, mon Georges, il est temps!...
—Et maman, papa? Et l'Ibis Bleu?
Marcant comprit que rien n'était souffert. Son martyre était devant lui.