XIV
Elle ne pouvait sortir souvent. Elle était fragile encore. La bonne emmenait le petit à la promenade. Pierre s'offrit plusieurs fois à la remplacer. Georges et lui s'entendaient fort bien, car, à défaut de bonté (et il en avait), Pierre, à force de politesse infiniment gentille et attentive, fût arrivé encore à plaire, à paraître bienveillant, à se faire aimer d'un enfant au cœur bon.
Les lettres de Marcant continuaient à apporter des renseignements administratifs. Sur l'affaire de la commune du Pradet, il était inépuisable.
«Dis à M. Dauphin de prévenir son père que la section A n'a pas un dossier complet. Il y manque... etc., etc...»
Suivaient des conseils, des observations, des dissertations qu'elle transmettait,—sans les lire,—à Pierre qui les envoyait à son père.
Marcant voulait faire plaisir à Dauphin, en échange des envois de fleurs, des politesses dont Pierre avait comblé sa femme. Et à l'occasion,—se disait Marcant,—ce bon M. Dauphin pourrait prêter à Elise, là-bas, secours et protection.
Pierre écrivit à Marcant, le remercia de la part de son père, lui donna des nouvelles d'Elise et de Georges. Marcant en fut heureux: il se disait qu'Elise, dans ses lettres, pouvait affectueusement le tromper sur sa santé, afin de le tenir rassuré.
Marcant, à son tour, remercia Pierre.
Une contestation légère s'étant élevée entre l'agence de location et Marcant, Pierre, informé par Elise, s'offrit à régler l'affaire, ce qu'il fit. Il leur rendit plusieurs autres petits services, dont elle se montra touchée au possible. Elle avait cru d'abord que ce bel insouciant était incapable de prêter quelque attention à une affaire ennuyeuse, aux affaires d'autrui, surtout. Sans effort, il lui prouva le contraire. Il se sentait payé mille fois et au delà, de toutes les peines qu'il eût voulu prendre pour elle, par le charme d'oubli, de désir léger, que sa présence seule lui versait.
Il était sérieusement attentif à la santé d'Elise, et l'interrogeait sur elle-même avec sollicitude chaque jour.
D'abord, il avait imaginé des prétextes pour venir chez elle tous les jours.
Tantôt, il passait par là, et il avait entendu le piano... Comment résister?... et il s'excusait.
Tantôt la nouvelle du jour, dans les gazettes, était si piquante qu'il avait voulu l'apporter bien vite, et en causer...
Maintenant, il arrivait sans ombre de motif, parce qu'il ne pouvait faire autrement: «Il était trop triste! Le sourire du petit Georges suffisait à endormir son mal.» C'était vrai encore.
Il jouait avec ce petit, il avait avec lui d'interminables conversations sur le monde des rêves enfantins. Et plusieurs fois Georges lui dit:
—Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent, dites, monsieur Pierrot?
Elle se mit en face de ses scrupules et se demanda nettement un matin si elle avait le droit de goûter le charme de cette amitié.
Elle se répondit: «Oui!—Est-ce que le devoir doit être une chose ennuyeuse? Est-ce que la vie ne commande pas qu'on la vive?... Ce que son ami Pierre lui apportait, Marcant jamais ne le lui eût fait connaître: il ne s'en doutait même pas!... Et pourquoi enfin ne raconterait-elle pas à Denis les assiduités de Pierre, puisqu'elles étaient honnêtes? Elle le forcerait bien à comprendre!...» Cette pensée la rassura.