XXVII
Elle reçut ce mot «Trop tard!» comme un coup de massue de plomb sur la nuque. Elle se releva avec effort.
Tout était détruit en elle. Elle s'en alla, comme assommée, endormie dans l'horreur d'un cauchemar, avec l'air terrible des somnambules, et, dans sa tête, cette seule idée qui sans relâche se répétait: «Je vais me noyer.» Puis elle prononça les mots eux-mêmes et elle allait, marmonnant à voix haute comme les fous: «Je vais me noyer... je vais me noyer...»
Pierre, de loin, la vit qui marchait ainsi, chancelante, trébuchante, ivre de sa douleur. Il revint, effaré.
—Qu'avez-vous?
Elle répondit d'une voix d'ombre:
—Je vais me noyer... je vais me noyer...
Elle était insensible...
—Expliquez-vous, par pitié!
Elle répétait obstinément:
—Je vais me noyer!
Il devina, interrogea d'un mot:
—Il est revenu?
Elle fit de la tête signe que oui.
Elle n'était plus qu'une machine. Il l'avait prise par le bras et la portait presque. Il la conduisit ainsi dans l'embarcation qui s'éloigna...
Elle y demeura assise, l'œil immobile, fixé tout droit sur une vision... Elle pensait:
«Georges! Georges! Oh! Georges!... Je vais me noyer!...» Rien de plus. Et pourtant elle songeait encore, avec l'instinct rusé de la folie lucide: «Au bord de la mer, ici, la mer n'est pas assez profonde... Le bateau me mène où il faut...»
Et quand le youyou accosta l'Ibis, et qu'il fallut passer de l'embarcation sur l'échelle du yacht, elle se releva toute droite, et glissant entre les mains qui se tenaient pour la retenir, elle se laissa choir dans l'eau, sous l'eau, profondément, comme rigide, comme déjà morte...
Pierre et l'un des marins la suivirent, la saisirent aux cheveux, la ramenèrent à bord.
Marcant n'avait rien vu. Il était monté près de Georges qui dormait toujours... et qu'il n'embrassait pas, de peur de le réveiller.