XXVIII

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Elle était désespérée au récit que lui faisait madame Dauphin de la réception de Marcant, et ne voyait d'issue que la mort, quand la dépêche arriva.

Ce fut le baume sur une plaie nouvelle, mais le coup nouveau avait été rude.

—Dieu veut ma mort, je le vois, dit-elle. Je n'ai pu avoir cette joie qu'après une dernière angoisse. Et je sens bien d'ailleurs qu'on ne me rappelle que pour une vie de martyre. On me rappelle pour notre enfant, mais on ne pardonne pas... Du moins, je suis préparée...

Elle partit le lendemain.

En quittant le bateau maudit, dans l'embarcation qui l'emmenait à Toulon, elle eut une défaillance.

Restée à bord de l'Ibis Bleu, madame Dauphin, de loin, lui faisait un dernier signe d'encouragement.

—Nous ne nous verrons plus, madame, lui avait dit Elise. Quoi qu'il arrive, tout nous sépare. Je vous supplie de me garder votre pitié qui m'a rendue à moi-même. Moi, j'emporterai pour vous, jusque dans la mort, une éternelle reconnaissance... Tenez, ne me refusez pas ce souvenir, bien qu'il ait quelque valeur. C'est le seul bijou qui me vienne de ma mère; elle le tenait elle-même de sa famille. Quelque chose de ma vie est attaché à cet objet... Prenez-le, madame, c'est véritablement le legs d'une mourante.

Madame Dauphin accepta le précieux souvenir, devina bien des choses au fond de la pensée d'Elise, ne lui donna rien d'elle qu'une mignonneImitation de Jésus, bien usée, fanée sous sa couleur d'antique soie à petites fleurs vieillottes.

Elles s'étaient quittées ainsi.


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