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Elise, dans le compartiment des dames seules, se sent emportée vers son enfant.

C'est Germaine qui l'attendait sur le trottoir de la gare.

—Monsieur est là, en voiture.

Elise dut s'appuyer au bras de sa bonne. La portière du landau s'ouvrit. Marcant mit pied à terre. Elle n'osait le regarder.

—Montez, dit-il.

Elle s'assit dans le landau fermé, muette, le cœur battant à se rompre. Elle leva sur son mari un regard craintif, aussitôt abaissé. Leur silence les martyrisait tous deux.

—Je vous ai rappelée, ma pauvre Elise, parce que l'enfant meurt de votre absence. Vous voudrez bien me pardonner de ne pouvoir faire davantage. J'ai essayé: je ne peux pas. Je vivrai près de vous, mais isolé de vous par mon travail...—Nous nous verrons seulement aux repas. Cela ne vous changera guère. Nous essayerons d'empêcher l'enfant de trop voir notre mal, qui est irrémédiable. Votre amour pour lui doit vous inspirer.

—Denis! murmura-t-elle, joignant les mains vers lui, avec une envie folle de se les tordre, de tomber à ses genoux, là, dans cette voiture, de s'écraser à ses pieds.

Il vit tout ce mouvement en elle.

—Surtout, pas de scènes—jamais. De la volonté! de la patience! une résignation énergique! des actes constants!—voilà ce qu'on vous demande.

Jamais le maître, en lui, n'avait eu plus d'autorité, de décision impérative, et aussitôt obéie.

Comme ces enfants dont on réprime les larmes en ne les plaignant pas, elle devint plus forte aussitôt.

—Vous êtes bon, encore trop bon! Je ferai tout pour vous plaire!... et pour le consoler, lui!

—C'est bien, dit-il, c'est cela qu'il faut. C'est le devoir qui vous reste.


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