SCENE IV.

Quoy, l'ombre de Lepante aura donc un Royaume?

Quoy, l'ombre de Lepante aura donc un Royaume?

ERPHORE.

Il ne faut plus parler d'ombre, ny de phantosme,C'est Lepante luy-mesme, & vostre MajestéDoit croire sur ma foy que c'est la verité;Elle sçait qu'autrefois je fus en SyracuseLuy faire de sa part quelque sorte d'excuseTouchant ses dix vaisseaux de Cartage venus,Qu'elle avoit dans ses ports si long-temps retenus.Or il m'a rapporté les choses que nous fismes,Et m'a fait souvenir de celles que nous dismes.

Il ne faut plus parler d'ombre, ny de phantosme,C'est Lepante luy-mesme, & vostre MajestéDoit croire sur ma foy que c'est la verité;Elle sçait qu'autrefois je fus en SyracuseLuy faire de sa part quelque sorte d'excuseTouchant ses dix vaisseaux de Cartage venus,Qu'elle avoit dans ses ports si long-temps retenus.Or il m'a rapporté les choses que nous fismes,Et m'a fait souvenir de celles que nous dismes.

LYPAS.

Si bien qu'à vous ouïr, Lepante n'est point mort:

Si bien qu'à vous ouïr, Lepante n'est point mort:

ERPHORE.

Non, Sire, & ses subjets qui l'aymerent si fortFeront armes de tout tant sur mer que sur terre,Et couperont la gorge à tout vos gens de guerre;Ce qu'ils entreprendront d'autant plus aisémentQue desja vostre joug leur pese infiniment,Et qu'ils auront appris la nouvelle oportuneDu bon-heur de leur Prince, & de vostre infortune;La flote de Lepante à la rade paroist,Croisssant à mesme temps que la lumiere croist,De sorte qu'en l'estat qu'il est, & que vous estes,Il peut jusques chez nous estendre ses conquestes,C'est pourquoy de bonne heure en cette adversitéFaites une vertu d'une necessité,Et par un politique & prudent artifice,D'un acte de contrainte, un acte de justice;Rendez de bonne grace, ou feignez de lascherUn Sceptre qu'aussi bien on vous doit arracher;En matiere d'estat la feinte est necessaire.

Non, Sire, & ses subjets qui l'aymerent si fortFeront armes de tout tant sur mer que sur terre,Et couperont la gorge à tout vos gens de guerre;Ce qu'ils entreprendront d'autant plus aisémentQue desja vostre joug leur pese infiniment,Et qu'ils auront appris la nouvelle oportuneDu bon-heur de leur Prince, & de vostre infortune;La flote de Lepante à la rade paroist,Croisssant à mesme temps que la lumiere croist,De sorte qu'en l'estat qu'il est, & que vous estes,Il peut jusques chez nous estendre ses conquestes,C'est pourquoy de bonne heure en cette adversitéFaites une vertu d'une necessité,Et par un politique & prudent artifice,D'un acte de contrainte, un acte de justice;Rendez de bonne grace, ou feignez de lascherUn Sceptre qu'aussi bien on vous doit arracher;En matiere d'estat la feinte est necessaire.

LYPAS.

O conseil qui me tuë! ô fortune contraire!

O conseil qui me tuë! ô fortune contraire!

ERPHORE.

Seigneur, encore un coup, gardez de refuserLes articles de paix qu'on vous doit proposer,Dorante les apporte afin qu'il vous les montre,Et nous pour l'obliger allons à sa rencontre;Il faut ceder au temps, & luy rendre aujourd'huyL'honneur qu'auparavant vous receviez de luy;Possible rendrez-vous par cette procedureVostre condition moins honteuse & moins dure:Hastons-nous, j'apperçoy la Princesse qui vient.

Seigneur, encore un coup, gardez de refuserLes articles de paix qu'on vous doit proposer,Dorante les apporte afin qu'il vous les montre,Et nous pour l'obliger allons à sa rencontre;Il faut ceder au temps, & luy rendre aujourd'huyL'honneur qu'auparavant vous receviez de luy;Possible rendrez-vous par cette procedureVostre condition moins honteuse & moins dure:Hastons-nous, j'apperçoy la Princesse qui vient.

LYPAS.

O dueil! ô desespeir! ô fureur qui me tient!

O dueil! ô desespeir! ô fureur qui me tient!

LEPANTE, ISMENIE, FELICE, CELIE.

FELICE.

Et seuls ils ont pû faire une action si rare?

Et seuls ils ont pû faire une action si rare?

ISMENIE.

Oüy, Felice, il est vray, sans Lepante & TenareVous seriez sans Maistresse errante sur le port,Ou peut-estre à cette heure on vous diroit ma mort.

Oüy, Felice, il est vray, sans Lepante & TenareVous seriez sans Maistresse errante sur le port,Ou peut-estre à cette heure on vous diroit ma mort.

FELICE.

Vous me permettrez donc:

Vous me permettrez donc:

LEPANTE.

Quoy, que voulez-vous faire?

Quoy, que voulez-vous faire?

FELICE.

Je veux vous adorer comme un Dieu tutelaire,Ou comme un sainct Genie à nostre ayde envoyé,Digne instrument des Dieux qui vous ont employé.

Je veux vous adorer comme un Dieu tutelaire,Ou comme un sainct Genie à nostre ayde envoyé,Digne instrument des Dieux qui vous ont employé.

LEPANTE.

Vostre zele est trop grand, je vous en remercie,Levez-vous;

Vostre zele est trop grand, je vous en remercie,Levez-vous;

CELIE.

Vous voyez que l'on vous deïfie:Et de fait, si les Dieux pouvoient estre mortels,Mes compagnes & moy vous ferions des autels:

Vous voyez que l'on vous deïfie:Et de fait, si les Dieux pouvoient estre mortels,Mes compagnes & moy vous ferions des autels:

ISMENIE.

Vous auriez dans Marseille un temple magnifique,

Vous auriez dans Marseille un temple magnifique,

LEPANTE.

Ou du moins une image à la place publique.

Ou du moins une image à la place publique.

ISMENIE.

Non, je ne raille point: car si la veritéSe peut dire sans crime, & sans impieté,Alcide à qui vos faits auroient servy d'exemples,Par de moindres vertus a merité des temples.

Non, je ne raille point: car si la veritéSe peut dire sans crime, & sans impieté,Alcide à qui vos faits auroient servy d'exemples,Par de moindres vertus a merité des temples.

LEPANTE.

Je ne veux pas icy d'un vol audacieuxM'eslever de la terre à la voûte des Cieux,Ny faire de ma vie avec celle d'HerculeUn rapport sacrilege autant que ridicule:Mais aymant comme j'ayme en un si digne lieu,Je brusle comme il fit d'un feu qui me fait Dieu,Et si j'ay mon autel dans le cœur d'Ismenie,Je brille comme luy d'une gloire infinie.

Je ne veux pas icy d'un vol audacieuxM'eslever de la terre à la voûte des Cieux,Ny faire de ma vie avec celle d'HerculeUn rapport sacrilege autant que ridicule:Mais aymant comme j'ayme en un si digne lieu,Je brusle comme il fit d'un feu qui me fait Dieu,Et si j'ay mon autel dans le cœur d'Ismenie,Je brille comme luy d'une gloire infinie.

ISMENIE.

Oüy, mon cœur est pour vous un autel animé,Un temple, un sanctuaire à tout autre fermé,Où la lampe d'Amour nuict & jour alluméeBrusle d'un feu si pur qu'il n'a point de fumée.

Oüy, mon cœur est pour vous un autel animé,Un temple, un sanctuaire à tout autre fermé,Où la lampe d'Amour nuict & jour alluméeBrusle d'un feu si pur qu'il n'a point de fumée.

LYPAS, ERPHORE, DORANTE.

DORANTE.

Venez, je vous promets d'y travailler pour vous.

Venez, je vous promets d'y travailler pour vous.

LYPAS.

Je ne demande pas un traitement plus doux.

Je ne demande pas un traitement plus doux.

DORANTE.

(A Lepante.)

Mon frere, au differend qu'il faut que je compose,Je voy le Roy Lypas si juste en toute chose,Qu'il est aisé de joindre, & de se rendre amis:

Mon frere, au differend qu'il faut que je compose,Je voy le Roy Lypas si juste en toute chose,Qu'il est aisé de joindre, & de se rendre amis:

LEPANTE.

Soit comme il vous plaira, je vous ay tout remis.

Soit comme il vous plaira, je vous ay tout remis.

DORANTE.

Il sortira, dit-il, hors de vostre heritage,Si tost que par un ample & constant tesmoignageIl sçaura plainement que vous estes l'aisnéDe la sage Ursinie & du grand Prytané,Vous aurez cependant deux places en Sicile,Et luy pour sa prison, mon Palais & ma Ville:Mais touchant cette debte, il faudra s'il vous plaistPrendre le principal, & donner l'interest:

Il sortira, dit-il, hors de vostre heritage,Si tost que par un ample & constant tesmoignageIl sçaura plainement que vous estes l'aisnéDe la sage Ursinie & du grand Prytané,Vous aurez cependant deux places en Sicile,Et luy pour sa prison, mon Palais & ma Ville:Mais touchant cette debte, il faudra s'il vous plaistPrendre le principal, & donner l'interest:

LEPANTE.

Je n'en demande plus, de bon cœur je le donne,

Je n'en demande plus, de bon cœur je le donne,

LYPAS.

Et moy je le reçoy,

Et moy je le reçoy,

CELIE.

Vrayment je m'en estonne,Veu la grandeur de cœur dont le Ciel t'a doüé,

Vrayment je m'en estonne,Veu la grandeur de cœur dont le Ciel t'a doüé,

DORANTE.

Il suffit que tous deux vous m'avez advoüé;Or embrassez-vous donc, puisque rien ce me sembleNe vous doit empescher de vivre bien ensemble.

Il suffit que tous deux vous m'avez advoüé;Or embrassez-vous donc, puisque rien ce me sembleNe vous doit empescher de vivre bien ensemble.

(Ils s'embrassent.)

ERPHORE.

La vengeance pourtant en ira jusqu'au bout.

La vengeance pourtant en ira jusqu'au bout.

EVANDRE, ARMILLE.

EVANDRE.

Tu n'eschaperas pas, je te suivray par tout.

Tu n'eschaperas pas, je te suivray par tout.

ISMENIE.

Ah Dieux! verray-je encor cette infidelle fame.

Ah Dieux! verray-je encor cette infidelle fame.

ARMILLE.

Grand Prince, en mon mal-heur c'est vous que je reclame,Et que la larme à l'œil je viens importunerD'obtenir mon pardon, & de me pardonner.

Grand Prince, en mon mal-heur c'est vous que je reclame,Et que la larme à l'œil je viens importunerD'obtenir mon pardon, & de me pardonner.

LEPANTE.

De grace en sa faveur accordez ma requeste,Pour le sacré respect d'une si belle feste.

De grace en sa faveur accordez ma requeste,Pour le sacré respect d'une si belle feste.

ISMENIE.

Il faut luy pardonner, & ne la voir jamais.

Il faut luy pardonner, & ne la voir jamais.

DORANTE.

Allez, & loin de nous vivez mieux desormais.

Allez, & loin de nous vivez mieux desormais.

ARMILLE.

Ah! j'ay creu procurer le bien de son Altesse.

Ah! j'ay creu procurer le bien de son Altesse.

EVANDRE.

Adieu femme sans foy, sauvez-vous de vistesse.

Adieu femme sans foy, sauvez-vous de vistesse.

TENAREvenant du Port.

(Il parle au Prince Lepante.)

Seigneur, tous vos vaisseaux paroissent maintenant,Je les ay veus du havre, où vostre Lieutenant,Argant & Capanëe, avant que je m'en vinsse,Attendoient pour entrer un passeport du Prince:

Seigneur, tous vos vaisseaux paroissent maintenant,Je les ay veus du havre, où vostre Lieutenant,Argant & Capanëe, avant que je m'en vinsse,Attendoient pour entrer un passeport du Prince:

DORANTE.

Ils l'auront de ma bouche, allons-y de ce pas,

Ils l'auront de ma bouche, allons-y de ce pas,

(En riant.)

Vous ma sœur, demeurez avec le Roy Lypas.

Vous ma sœur, demeurez avec le Roy Lypas.

ISMENIE.

Il me pardonnera si je suis curieuseD'aller voir avec vous la flotte imperieuseQui rendra hautement le Sceptre à mon Espoux.

Il me pardonnera si je suis curieuseD'aller voir avec vous la flotte imperieuseQui rendra hautement le Sceptre à mon Espoux.

LYPAS.

Je la veux voir aussi.

Je la veux voir aussi.

ISMENIE.

Cela depend de vous.

Cela depend de vous.

LYPAS.

Erphore, vous voyez si je me sçay contraindre.

Erphore, vous voyez si je me sçay contraindre.

ERPHORE.

Sire, vous faites bien, nostre jeu c'est de feindre.

Sire, vous faites bien, nostre jeu c'est de feindre.

EVANDREseul.

O Dieux! qui ne void pas que vos puissantes mainsFont agir les ressorts de destin des humains?Et que par des moyens difficiles à croireVous comblez ces Amans de plaisir & de gloire?

O Dieux! qui ne void pas que vos puissantes mainsFont agir les ressorts de destin des humains?Et que par des moyens difficiles à croireVous comblez ces Amans de plaisir & de gloire?

FIN.

NOTES CONCERNANT LA VERSION ÉLECTRONIQUEOn a différencié les u/v et i/j conformément à l'usage moderne, et résolu les abréviations conventionnelles (de type bõne > bonne). L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original, les coquilles les plus manifestes ayant toutefois été corrigées.

On a différencié les u/v et i/j conformément à l'usage moderne, et résolu les abréviations conventionnelles (de type bõne > bonne). L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original, les coquilles les plus manifestes ayant toutefois été corrigées.


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