Chapter 3

[23]Grundlage zu einer Hessichen Gelehrten und Schriftsteller Geschichte seit der Reformation bis auf gegenwaertige Zeit…(Cassel, 1788), tome 8.

[23]Grundlage zu einer Hessichen Gelehrten und Schriftsteller Geschichte seit der Reformation bis auf gegenwaertige Zeit…(Cassel, 1788), tome 8.

A vrai dire, Strieder ne nous dit pas le rôle qu'il a joué, mais qu'on devine.

Inexperts, les nouveaux employés de la Bibliothèque multiplièrent les erreurs. Un jour, le marquis de Luchet vint auMuséumet voulant donner un exemple sur la façon de classer les livres, inscrivit gravement dans le catalogue:Commentaires de Saint-Paul sur quatre épîtres de saint Paul, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, Genève 1548. En réalité, il s'agissait des commentaires de Calvin sur les Epîtres de Saint-Paul.

Le Chevalier de Nerciat vint aussi. Il apportait ses ouvrages imprimés pour en faire don à la Bibliothèque. Ils y figurent toujours. Ce sont:Contes nouveaux,Dorimon ou le marquis de Clairville,Constance ou l'heureuse téméritéetFélicia ou mes fredaines, édition de 1778, sans indication de lieu, en quatre volumes.

Le chevalier de Nerciat ayant vu le buste du Landgrave qui se dressait dans la Bibliothèque, composa aussitôt ces vers:

Frédéric à la gloire alliant les vertus,Du Sage et du Héros offre ici le modèle,Dans ce marbre animé par un ciseau fidèleNous voyons Ptolémée, Auguste avec Titus.

Frédéric à la gloire alliant les vertus,

Du Sage et du Héros offre ici le modèle,

Dans ce marbre animé par un ciseau fidèle

Nous voyons Ptolémée, Auguste avec Titus.

Le chevalierde Nerciat.

Avec l'approbation du marquis de Luchet, ce quatrain et la signature furent gravés sur une plaque dorée que l'on plaça sous le buste du Landgrave.

Strieder dit à propos de Nerciat: «Comme il a en qualité de Bibliothécaire beaucoup plus travaillé avec les pieds qu'avec la tête et les mains, il n'a pas fait beaucoup de bévues à réparer». Ce qui signifie sans doute que Nerciat se remuait beaucoup et ne faisait rien. Au demeurant, il inscrivit dans leCatalogum Historiæ litterariæune indication:Friedr. Geo. August Loberthan. Versuch einer systematischen Entwickelung der gantzen Lehr von der Gerichtsbarkeits, der weltlichen sowohl als der kirchlichen, Halle 1775,8orelié neuf. Son travail se borna là. A partir de cette époque Nerciat commence à devenir mécontent de son engagement, et un peu jaloux de son supérieur avec lequel il eût volontiers partagé la surintendance des spectacles.

Luchet et le Landgrave tenaient pour la musique française, le marquis de Trestondam était glückiste et Nerciat n'aimait que la musique italienne. De là, des propos aigres-doux entre Nerciat et Trestondam. Celui-ci parvint à évincer le chevalier, et lorsqu'on nomma un sous-intendant de la musique, Trestondam obtint ce poste que le marquis de Luchet avait promis à Nerciat. Le chevalier manifesta son mécontentement, mais le marquis de Luchet, qui commençait à le trouver encombrant et trop exigeant, était assez fin pour le tenir à l'occasion dans les limites de la subordination, selon son engagement. Nerciat était hésitant: devait-il rester à Cassel commeemployé à la Bibliothèque, ainsi qu'il disait, et attendre que le bon plaisir du landgrave ou plutôt celui de Luchet l'appelât à un poste plus en rapport avec ses goûts, ou devait-il chercher du service auprès d'un autre prince allemand?

C'est à cette époque que parut dans laGothaer gel. Zeitungun article qui selon Strieder rendit célèbre en Allemagne le marquis de Luchet et la bibliothèque de Cassel. AuMusæum, dans les catalogues, les erreurs se multipliaient et Strieder se gardait bien de les redresser. Nul doute que ce soit lui qui ait rédigé l'article paru dans la feuille deGotha. L'exploitérostratiquequi avait bouleversé une vieille bibliothèque allemande était sévèrement jugé:

«J'ai encore vu la Bibliothèque de Cassel dans l'ordre où elle était primitivement. Tout y était bien. On pensa l'améliorer en y changeant tout et l'on présenta au Landgrave un plan sur lequel il paraîtrait qu'est arrangée en France, une bibliothèque qui m'est d'ailleurs inconnue.Le prince trouva le plan si bien exposé qu'il y donna son consentement en ajoutant une somme suffisante à l'achèvement d'un nouveau catalogue qui était devenu nécessaire. Aussitôt, on fit relier luxueusement en 20 volumes un grand nombre de rames de papier et on y fit inscrire les livres d'après l'ordre dans lequel on les avait mis. Les copistes chargés d'indiquer au catalogue, brièvement et clairement, les titres des ouvrages, n'avaient pas la moindre des connaissances nécessaires. Chaque volume du catalogue comporte encore des divisions par format et on y laisse des blancs en vue de l'accroissement de la Bibliothèque.Cependant, les livres dont elle est déjà pourvue sont inscrits à la suite les uns des autres, de telle façon qu'il ne serait pas possible d'y intercaler un volume à la place qui conviendrait, mais il faut porter à la suite toute nouvelle acquisition. D'après les renseignements que je vous donne sur le classement, vous pourrez raisonnablement juger que ce défaut dans ce catalogue a de graves inconvénients.Par exemple, à l'Histoire naturelle on trouve, et non pas, comme on pourrait le croire, reliés ensemble, les livres suivants:Milii diss. de origine animalium, Genevæ 1705, etLa vie du Père Paul de l'ordre des Serviteurs de la Vierge, etc., Amsterdam, 1663, in-12. A la Généalogie et la Diplomatique on trouve côte à côte:Constitution, hist., lois, charges, etc., acceptées des Francs-Maçons, trad. de l'Anglais par J. Kuessen à la Haye, 1763, 4oetIdea de el Buon Pastor por Numez de Cepada en Léon 1682 4o. Une histoire orientale est perdue parmi les livres relatifs à la Hollande. LesAmbassadeurspar Wiquefort et lesDroits des genspar Vattel se trouvent dans les Sciences Economiques.Le Médecin du Cheval(Rossartz) par Winter a été rangé parmi les ouvrages sur l'Art. A peine le croirait-on! Les cartouches et les pupitres, sur lesquels sont marquées les différentes classes indiquées par des lettres, donnent aussi la preuve des connaissances qui ont présidé à cette installation. J'ai copié quelques-unes de ces indications.Historia Europæana,Historia Exeuropæana,Litteræ Diarii,Theologia Sermon…»

«J'ai encore vu la Bibliothèque de Cassel dans l'ordre où elle était primitivement. Tout y était bien. On pensa l'améliorer en y changeant tout et l'on présenta au Landgrave un plan sur lequel il paraîtrait qu'est arrangée en France, une bibliothèque qui m'est d'ailleurs inconnue.

Le prince trouva le plan si bien exposé qu'il y donna son consentement en ajoutant une somme suffisante à l'achèvement d'un nouveau catalogue qui était devenu nécessaire. Aussitôt, on fit relier luxueusement en 20 volumes un grand nombre de rames de papier et on y fit inscrire les livres d'après l'ordre dans lequel on les avait mis. Les copistes chargés d'indiquer au catalogue, brièvement et clairement, les titres des ouvrages, n'avaient pas la moindre des connaissances nécessaires. Chaque volume du catalogue comporte encore des divisions par format et on y laisse des blancs en vue de l'accroissement de la Bibliothèque.

Cependant, les livres dont elle est déjà pourvue sont inscrits à la suite les uns des autres, de telle façon qu'il ne serait pas possible d'y intercaler un volume à la place qui conviendrait, mais il faut porter à la suite toute nouvelle acquisition. D'après les renseignements que je vous donne sur le classement, vous pourrez raisonnablement juger que ce défaut dans ce catalogue a de graves inconvénients.

Par exemple, à l'Histoire naturelle on trouve, et non pas, comme on pourrait le croire, reliés ensemble, les livres suivants:Milii diss. de origine animalium, Genevæ 1705, etLa vie du Père Paul de l'ordre des Serviteurs de la Vierge, etc., Amsterdam, 1663, in-12. A la Généalogie et la Diplomatique on trouve côte à côte:Constitution, hist., lois, charges, etc., acceptées des Francs-Maçons, trad. de l'Anglais par J. Kuessen à la Haye, 1763, 4oetIdea de el Buon Pastor por Numez de Cepada en Léon 1682 4o. Une histoire orientale est perdue parmi les livres relatifs à la Hollande. LesAmbassadeurspar Wiquefort et lesDroits des genspar Vattel se trouvent dans les Sciences Economiques.Le Médecin du Cheval(Rossartz) par Winter a été rangé parmi les ouvrages sur l'Art. A peine le croirait-on! Les cartouches et les pupitres, sur lesquels sont marquées les différentes classes indiquées par des lettres, donnent aussi la preuve des connaissances qui ont présidé à cette installation. J'ai copié quelques-unes de ces indications.Historia Europæana,Historia Exeuropæana,Litteræ Diarii,Theologia Sermon…»

C'était l'époque où Schlœzer était dans tout l'éclat de sa renommée. August Ludwig Schlœzer né à Jaggdstad dans le Wurtemberg le 5 juillet 1738, mourut le 9 septembre 1809. Il s'immortalisa en liant l'Histoire aux Sciences Politiques. Il professa à Saint-Pétersbourg et ensuite à Gœttingue: On a dit de lui qu'il avait mis la science en contact avec la vie, qu'il avait été un journaliste d'avant les journaux, un voyageur d'avant les voyages, un historien de la civilisation avant l'existence d'une opposition politique. Il fonda lesStaatsanzeigen.

En 1781, il faisait paraître leBriefwechsel. Il y releva l'histoire de laGothaer gel. Zeitungsous le titre deBibliothèque de Cassel:

«Cassel, depuis longtemps l'ornement de toute notre patrie allemande, progressera encore d'année en année grâce à la sollicitude de son Altesse. La bibliothèque fameuse depuis le temps d'Arkenholz s'est sans cesse accrue et compte 40.000 volumes. Elle est une des plus importantes de l'Allemagne. Elle est conservée dans un édifice qui manifeste un faste princier. Le choix des nouvelles acquisitions témoigne des grandes connaissances du Prince. Mais dans leGothaer gel. Zeitungdu 20 janvier 1781, il y a des nouvelles étonnantes au sujet de l'agencement intérieur de cette Bibliothèque, ce qui naturellement est l'affaire de MM. les Bibliothécaires… [Ici Schlœzer cite les bévues mentionnées par la feuille de Gotha].«On ressent quelque chose de pénible à apprendre tout cela et à penser que le Prince protège les Arts et les Sciences et paye très cher ses serviteurs. Il est tout à l'honneur de M. le Conseiller Schminke, que peu satisfait de pareilles installations, il ait abandonné la direction de la Bibliothèque.«Voilà des nouvelles incroyables, mais elles sont imprimées dans laGothaïschen Gelerten Zeitungqui notoirement est lue loin à la ronde. On demande patriotiquement: 1o, au cas où ces informations ne seraient pas vraies, une prompte rectification, afin que la calomnie ne se répande pas et ne passe pas la frontière allemande, ou 2o, au cas où tout cela serait vrai, on exige les noms de ces messieurs qui ont proposé et exécuté les dits nouveaux agencements. Car ce serait toujours consolant pour nous autres Allemands, si comme la légende en court, ce n'étaient pas des Allemands, mais des étrangers ignorants [oumanquant d'érudition:ungelehrt] ceux qui ont provoqué des plaisanteries publiques sur une capitale allemande qui possède, tout le monde le sait, un grand nombre d'Allemands érudits, auprès desquels ces étrangers pourraient apprendre à décliner et plus encore.»

«Cassel, depuis longtemps l'ornement de toute notre patrie allemande, progressera encore d'année en année grâce à la sollicitude de son Altesse. La bibliothèque fameuse depuis le temps d'Arkenholz s'est sans cesse accrue et compte 40.000 volumes. Elle est une des plus importantes de l'Allemagne. Elle est conservée dans un édifice qui manifeste un faste princier. Le choix des nouvelles acquisitions témoigne des grandes connaissances du Prince. Mais dans leGothaer gel. Zeitungdu 20 janvier 1781, il y a des nouvelles étonnantes au sujet de l'agencement intérieur de cette Bibliothèque, ce qui naturellement est l'affaire de MM. les Bibliothécaires… [Ici Schlœzer cite les bévues mentionnées par la feuille de Gotha].

«On ressent quelque chose de pénible à apprendre tout cela et à penser que le Prince protège les Arts et les Sciences et paye très cher ses serviteurs. Il est tout à l'honneur de M. le Conseiller Schminke, que peu satisfait de pareilles installations, il ait abandonné la direction de la Bibliothèque.

«Voilà des nouvelles incroyables, mais elles sont imprimées dans laGothaïschen Gelerten Zeitungqui notoirement est lue loin à la ronde. On demande patriotiquement: 1o, au cas où ces informations ne seraient pas vraies, une prompte rectification, afin que la calomnie ne se répande pas et ne passe pas la frontière allemande, ou 2o, au cas où tout cela serait vrai, on exige les noms de ces messieurs qui ont proposé et exécuté les dits nouveaux agencements. Car ce serait toujours consolant pour nous autres Allemands, si comme la légende en court, ce n'étaient pas des Allemands, mais des étrangers ignorants [oumanquant d'érudition:ungelehrt] ceux qui ont provoqué des plaisanteries publiques sur une capitale allemande qui possède, tout le monde le sait, un grand nombre d'Allemands érudits, auprès desquels ces étrangers pourraient apprendre à décliner et plus encore.»

LaGoth. gel. Zeitungrépliqua aussitôt:

M. le professeur Schlœzer a publié avec quelques commentaires dans le cahier 44 de sonBriefwechselquelques passages relatifs à l'agencement et arrangement intérieur de la Bibliothèque du Landgrave à Cassel. Il se pose, en quelque sorte, en juge et avec un souci patriotique de l'honneur des Allemands il exige: 1oqu'au cas où ces informations ne seraient pas vraies, etc… [Le rédacteur de Gotha cite ici l'article de Schlœzer].Le premier point est pour l'auteur de la lettre le plus intéressant et l'amène à certifier qu'il n'a pas forgé ces informations d'après les récits d'un tiers, mais les a tirés à la source même. Quelques heures qu'il passa dans la Bibliothèque, il les employa seulement à se faire une idée de l'arrangement auquel il entendait quelque chose. Il nota ensuite dans une société assez nombreuse, tout ce qui avait trait à la Bibliothèque. On peut présumer que M. le professeur Schlœzer a lui-même une connaissance assez précise de cet arrangement de la Bibliothèque et qu'il a quelque idée des auteurs, car pour ce qui concerne ceux-ci, il se réfère à un bruit qui court, que ce ne sont pas des Allemands, mais des étrangers ignorants qui doivent porter le poids des moindres bévues commises non seulement dans l'agencement, mais aussi dans les inscriptions que l'on a laissé mettre sur les cartouches de la Bibliothèque. La lettre suivante qui nous a été envoyée par un des bibliothécaires pour être rendue publique est une preuve que nous ne disons rien qui soit ignoré. C'eût été l'occasion d'un démenti que nous n'aurions pas supprimé. Aucune syllabe de cette lettre ne réfute les informations que nous avons données. Elle répond aussi, pour ceux qui connaissent le personnel de la Bibliothèque de Cassel, à la 2equestion de M. le professeur Schlœzer:que sont ces messieurs qui ont proposé et exécuté ces nouveaux agencements?Pour ce qui est de l'exécution, l'auteur de la lettre[24]suivante s'y reconnaît expressément:

M. le professeur Schlœzer a publié avec quelques commentaires dans le cahier 44 de sonBriefwechselquelques passages relatifs à l'agencement et arrangement intérieur de la Bibliothèque du Landgrave à Cassel. Il se pose, en quelque sorte, en juge et avec un souci patriotique de l'honneur des Allemands il exige: 1oqu'au cas où ces informations ne seraient pas vraies, etc… [Le rédacteur de Gotha cite ici l'article de Schlœzer].

Le premier point est pour l'auteur de la lettre le plus intéressant et l'amène à certifier qu'il n'a pas forgé ces informations d'après les récits d'un tiers, mais les a tirés à la source même. Quelques heures qu'il passa dans la Bibliothèque, il les employa seulement à se faire une idée de l'arrangement auquel il entendait quelque chose. Il nota ensuite dans une société assez nombreuse, tout ce qui avait trait à la Bibliothèque. On peut présumer que M. le professeur Schlœzer a lui-même une connaissance assez précise de cet arrangement de la Bibliothèque et qu'il a quelque idée des auteurs, car pour ce qui concerne ceux-ci, il se réfère à un bruit qui court, que ce ne sont pas des Allemands, mais des étrangers ignorants qui doivent porter le poids des moindres bévues commises non seulement dans l'agencement, mais aussi dans les inscriptions que l'on a laissé mettre sur les cartouches de la Bibliothèque. La lettre suivante qui nous a été envoyée par un des bibliothécaires pour être rendue publique est une preuve que nous ne disons rien qui soit ignoré. C'eût été l'occasion d'un démenti que nous n'aurions pas supprimé. Aucune syllabe de cette lettre ne réfute les informations que nous avons données. Elle répond aussi, pour ceux qui connaissent le personnel de la Bibliothèque de Cassel, à la 2equestion de M. le professeur Schlœzer:que sont ces messieurs qui ont proposé et exécuté ces nouveaux agencements?Pour ce qui est de l'exécution, l'auteur de la lettre[24]suivante s'y reconnaît expressément:

[24]En français.

[24]En français.

«La manière dont Vous Vous êtes expliqué dans une de vos feuilles au sujet de la Bibliothèque de Cassel a mis le rédacteur du journal littéraire de Gœttingue dans le cas de commettre une injustice que Vous voudrez bien sans doute réparer. Il qualifie collectivement d'ignorants étrangers les Bibliothécaires de Cassel, comme si deux ou plusieurs étrangers ignorants étaient les auteurs solidaires des bévues que Vous aviez indiquées, et que relève la correspondance de Gœttingue avec des réflexions peu flatteuses pour les étrangers assimilés.«Deux Français à la vérité sont rattachés à la Bibliothèque de Cassel, mais l'un est un chef, une espèce de Primat des Sciences, lettres et Arts. Ce chef a seulimaginéla distribution actuelle;diviséles matières; placé les livres, etcomposé les légendes latinesqui indiquent leur arrangement. Tout cela était conçu avant que l'autre Français eût mis le pied dans le nouveau Musée, où il n'a accepté une place très surbordonnée qu'afin de ne pas manquer une occasion précieuse de s'attacher à un Prince éclairé, bienfaisant, qui à cette époque n'avait pas besoin du nouvel étranger pour les choses auxquelles celui-ci pouvait être propre.«Je suis ce Français et je vous proteste, Monsieur, qu'employé à la Bibliothèque de façon à ne pas partager la gloire de mon Supérieur s'il en avait acquis, je ne veux pas plus partager ses disgrâces. Bien ou mal, j'ai fait avec une muette subordination, mais avec toute la diligence possible, ce qu'on m'a commandé.«Si Vous aviez su ces particularités, Monsieur, Vous m'auriez sans doute mis à part dans Vos remarques et le journaliste de Gœttingue qui Vous a copié m'aurait aussi tiré du pair. Vous êtes trop équitable, Monsieur, pour ne pas faire usage pour ma justification de la lettre que j'ai l'honneur de Vous écrire, et à laquelle je Vous prie de donner place dans Vos feuilles. J'ai l'honneur d'être, etc…Le Chev. deNerciatà Casselle 6 mars 1781.»

«La manière dont Vous Vous êtes expliqué dans une de vos feuilles au sujet de la Bibliothèque de Cassel a mis le rédacteur du journal littéraire de Gœttingue dans le cas de commettre une injustice que Vous voudrez bien sans doute réparer. Il qualifie collectivement d'ignorants étrangers les Bibliothécaires de Cassel, comme si deux ou plusieurs étrangers ignorants étaient les auteurs solidaires des bévues que Vous aviez indiquées, et que relève la correspondance de Gœttingue avec des réflexions peu flatteuses pour les étrangers assimilés.

«Deux Français à la vérité sont rattachés à la Bibliothèque de Cassel, mais l'un est un chef, une espèce de Primat des Sciences, lettres et Arts. Ce chef a seulimaginéla distribution actuelle;diviséles matières; placé les livres, etcomposé les légendes latinesqui indiquent leur arrangement. Tout cela était conçu avant que l'autre Français eût mis le pied dans le nouveau Musée, où il n'a accepté une place très surbordonnée qu'afin de ne pas manquer une occasion précieuse de s'attacher à un Prince éclairé, bienfaisant, qui à cette époque n'avait pas besoin du nouvel étranger pour les choses auxquelles celui-ci pouvait être propre.

«Je suis ce Français et je vous proteste, Monsieur, qu'employé à la Bibliothèque de façon à ne pas partager la gloire de mon Supérieur s'il en avait acquis, je ne veux pas plus partager ses disgrâces. Bien ou mal, j'ai fait avec une muette subordination, mais avec toute la diligence possible, ce qu'on m'a commandé.

«Si Vous aviez su ces particularités, Monsieur, Vous m'auriez sans doute mis à part dans Vos remarques et le journaliste de Gœttingue qui Vous a copié m'aurait aussi tiré du pair. Vous êtes trop équitable, Monsieur, pour ne pas faire usage pour ma justification de la lettre que j'ai l'honneur de Vous écrire, et à laquelle je Vous prie de donner place dans Vos feuilles. J'ai l'honneur d'être, etc…

Le Chev. deNerciat

à Cassel

le 6 mars 1781.»

L'article de laGoth. gelerte Zeitunget la lettre de Nerciat n'étaient pas tendres pour Luchet. Quelques jours auparavant, le 22 février, le chevalier avait adressé à Schlœzer la lettre[25]que voici:

[25]En français.

[25]En français.

«Monsieur,«Un article du 44ecahier de Votre journal de cette année copiant mot à mot un article de celui de Gotha contre certaines bévues commises dans le nouvel arrangement de la Bibliothèque de Cassel finit par une tirade très patriotique où, traitant d'ignorants les sujets auxquels Monseigneur le Landgrave a confié les livres de Son Muséum, Vous témoignez le désir de connaître ces Etrangers, apparemment pour leur faire le procès comme criminels de Lèse littérature.«Eh bien, Monsieur! Je suis l'un des coupables, que vous citez à votre tribunal, je n'attends pas qu'on me dénonce, et j'ose vous présenter ma courte justification que je me flatte de voir bientôt insérée dans vos feuilles, ne doutant pas plus de votre équité, que d'une franchise dont votre diatribe me fournit la preuve la moins équivoque.«Celui qui a l'honneur de Vous écrire, Monsieur, est très persuadé que, pour être un Bibliothécaire passable, il faut avoir passé une partie de sa vie parmi les livres, et s'être fait du moins une routine qui dans une Bibliothèque peut tenir lieu de savoir, ce qu'il serait possible de prouver, mais une simple lettre ne doit pas être le cadre d'une discussion.«Celui donc qui vous écrit, Monsieur, français à la vérité, sans que ce soit un préjugé contre son état d'homme de lettres, militaire pendant 20 ans, sous-bibliothécaire par hasard et sans vocation, sans prétentions dans une partie pour laquelle il ne s'était pas offert, le chevalier de Nerciat enfin, pourrait n'avoir pas les qualités nécessaires à un Bibliothécaire, sans être pour cela dans le cas de recevoir avec docilité la qualification d'ignare que vous avez la bonté de lui décerner. Avant sa métamorphose imprévue, il avait produit quelques ouvrages d'imagination en vers et en prose, ses pièces et sa musique avaient avantageusement occupé quelques théâtres. Commenon omnia possumus omnes, ce qu'il cite lui suffit pour réclamer contre le titre qu'il obtient sur parole dans Votre Journal. Si vous voulez bien considérer outre cela, Monsieur, qu'un sous-bibliothécaire qui se trouve sans trop savoir comment sous la discipline d'un Supérieur, se borne à l'exécution servile de ce que ce Supérieur prescrit, vous conviendrez que vos coups ne devraient point frapper l'innocent instrument des erreurs émanées de l'autorité; c'est ce dont auraient dû vous prévenir les zélés qui vous ont si minutieusement détaillé les bévues de la Bibliothèque. Cette distinction aurait été d'autant plus juste que, selon les dispositions du nouvel établissement, la gloire et l'utilité du succès devant retourner en entier au Supérieur, sans que le subalterne y eût aucune part, celui-ci peut renoncer au bénéfice des satires et vous prier, Monsieur, de mettre désormais au singulier certaines épithètes, s'il vous plaît d'honorer encore de votre attention les sujets inégaux que Mgr le landgrave emploie au service de sa Bibliothèque. J'ai l'honneur d'être avec un très humble respect, Monsieur,Votre affectionné Serviteurle chevalier de Nerciat.»

«Monsieur,

«Un article du 44ecahier de Votre journal de cette année copiant mot à mot un article de celui de Gotha contre certaines bévues commises dans le nouvel arrangement de la Bibliothèque de Cassel finit par une tirade très patriotique où, traitant d'ignorants les sujets auxquels Monseigneur le Landgrave a confié les livres de Son Muséum, Vous témoignez le désir de connaître ces Etrangers, apparemment pour leur faire le procès comme criminels de Lèse littérature.

«Eh bien, Monsieur! Je suis l'un des coupables, que vous citez à votre tribunal, je n'attends pas qu'on me dénonce, et j'ose vous présenter ma courte justification que je me flatte de voir bientôt insérée dans vos feuilles, ne doutant pas plus de votre équité, que d'une franchise dont votre diatribe me fournit la preuve la moins équivoque.

«Celui qui a l'honneur de Vous écrire, Monsieur, est très persuadé que, pour être un Bibliothécaire passable, il faut avoir passé une partie de sa vie parmi les livres, et s'être fait du moins une routine qui dans une Bibliothèque peut tenir lieu de savoir, ce qu'il serait possible de prouver, mais une simple lettre ne doit pas être le cadre d'une discussion.

«Celui donc qui vous écrit, Monsieur, français à la vérité, sans que ce soit un préjugé contre son état d'homme de lettres, militaire pendant 20 ans, sous-bibliothécaire par hasard et sans vocation, sans prétentions dans une partie pour laquelle il ne s'était pas offert, le chevalier de Nerciat enfin, pourrait n'avoir pas les qualités nécessaires à un Bibliothécaire, sans être pour cela dans le cas de recevoir avec docilité la qualification d'ignare que vous avez la bonté de lui décerner. Avant sa métamorphose imprévue, il avait produit quelques ouvrages d'imagination en vers et en prose, ses pièces et sa musique avaient avantageusement occupé quelques théâtres. Commenon omnia possumus omnes, ce qu'il cite lui suffit pour réclamer contre le titre qu'il obtient sur parole dans Votre Journal. Si vous voulez bien considérer outre cela, Monsieur, qu'un sous-bibliothécaire qui se trouve sans trop savoir comment sous la discipline d'un Supérieur, se borne à l'exécution servile de ce que ce Supérieur prescrit, vous conviendrez que vos coups ne devraient point frapper l'innocent instrument des erreurs émanées de l'autorité; c'est ce dont auraient dû vous prévenir les zélés qui vous ont si minutieusement détaillé les bévues de la Bibliothèque. Cette distinction aurait été d'autant plus juste que, selon les dispositions du nouvel établissement, la gloire et l'utilité du succès devant retourner en entier au Supérieur, sans que le subalterne y eût aucune part, celui-ci peut renoncer au bénéfice des satires et vous prier, Monsieur, de mettre désormais au singulier certaines épithètes, s'il vous plaît d'honorer encore de votre attention les sujets inégaux que Mgr le landgrave emploie au service de sa Bibliothèque. J'ai l'honneur d'être avec un très humble respect, Monsieur,

Votre affectionné Serviteur

le chevalier de Nerciat.»

Immédiatement, le professeur Schlœzer envoya la lettre[26]suivante au susceptible Sous-Bibliothécaire:

[26]En allemand.

[26]En allemand.

«Très noble Monsieur,«Monsieur le très honorable conseiller, je n'hésiterais pas un instant à insérer mot à mot dans ma Correspondance, conformément à votre demande, l'écrit dont vous m'avez honoré le 22 courant, si d'une part il n'était pas à craindre que cette lettre imprimée mot pour mot ne causât à Cassel une trop grande sensation, désagréable pour vous-même; d'autre part, il règne dans cet écrit un malentendu au sujet d'un mot allemand qui vous a conduit à d'injustes conséquences.«Ungelehrtne signifie pasignorantniignare, mais il désigne le manque decesconnaissanceslittérairesqui sont indispensables aux Savants de profession, par exemple: connaissance de la langue latine, de la bibliographie, etc. Un capitaine, unBanquierpeut ne pas savoir déclinermensa, mais plaise au ciel qu'on ne l'appelle pas pour cela unignorant. Seulement, lorsque ces connaissances littéraires manquent dans une charge qui suppose nécessairement unhomme de lettres, alors ce défaut deviendra blâmable. Unhomme de lettresn'a pas besoin de connaître l'équitation et personne ne le blâmera à cause de cela, comme on ferait s'il était écuyer.«L'affaire ayant été portée par laGoth. gel. Zeitungdevant le seul tribunal qui lui convînt, le tribunal du public (car devant quel tribunal de Cassel aurait-on pu la plaider?) deux cas seulement se présentent.«Ou bien, les dénonciations de laGothaer Zeitungne sont pas vraies. En ce cas, je demanderais seulement une attestation de l'un de Messieurs les Bibliothécaires; elle serait aussitôt imprimée et les calomniateurs seraient entièrement confondus.«Ou bien, elle est vraie. Et il est alors prouvé que l'artisan de cet agencement n'entend pas le latin, n'a pas de connaissances bibliographiques et que par conséquent il n'aurait pas dû s'occuper d'une bibliothèque publique qui reçoit chaque semaine tant de voyageurs.«En conséquence, je vous conseillerais de provoquer le silence sur ce qui tombe le plus sous les yeux, sur ce qui attire l'attention des connaisseurs et de m'envoyer, en vue de la publication, à moi ou à tout autre rédacteur d'une feuille mensuelle, un avis manuscrit qui nous informerait que:«Sur les cartouches on ne lit pointEuropæanamaisEuropæa, niExeuropæanamaisAsiat. Afric. Americ.et ainsi de suite;«Que Mosheim ne se trouve pas parmi les Pères de l'Eglise mais là ou là, etc.«Ainsi tout serait bien fait. Chaque voyageur pourrait ensuite contrôler lui-même cet avis et l'odieuse enquête pour retrouver le premier auteur cesserait.«Vous ne m'avez point demandé en quoi cette affaire me regardait, ni pourquoi j'ai fait reproduire l'article de laGothaer Zeitung, et cette question certes, vous ne me la ferez pas. Vous êtes un Français et l'une des plus nobles et des plus fréquentes vertus nationales de cet aimable peuple, c'est le patriotisme.«Lorsqu'il y a de cela six mois vous parliez presque chaque jour avec un voyageur qui venait de Paris et vous racontait avec des rires l'érection, en public, d'une statue qui contre toutes les règles de l'Art—à Paris où l'on connaît cet Art—due au ciseau d'un Allemand, avait été ornée d'inscriptions françaises telles que le grand Duguesclin ne les aurait certes pas écrites, votre patriotisme n'en fut-il pas excité et réchauffé?«Cassel est en petit, pour nous Allemands, ce qu'est en grand Paris pour les Français. Cassel est notre orgueil. De plus, nous, habitants de Gœttingue, avons un intérêt tout spécial à cela. Cassel et Gœttingue se servent mutuellement, et maint illustre voyageur ne viendrait pas dans notre région, si les deux villes n'étaient d'aussi proches voisines.«Pour les deux ouvrages imprimés que vous avez bien voulu m'envoyer comme cadeau, je vous présente mes remerciements les plus obligés. L'examen de ces deux ouvrages m'a confirmé dans la haute idée que j'ai de vos talents dans ce beau compartiment de l'érudition et desquels la renommée avait déjà fait impression sur moi.«Pardonnez-moi si j'écris en allemand. A la vérité, j'entends le français, mais je ne m'aventure pas à l'écrire parce que je cours le danger de faire à chaque ligne uneExeuropæana.«Dans l'avenir, je saisirai avidement chaque occasion de vous donner des preuves effectives de la considération très distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très obéissant serviteur.Schlœzer.«Gœttingue, le 26 février 1781.»

«Très noble Monsieur,

«Monsieur le très honorable conseiller, je n'hésiterais pas un instant à insérer mot à mot dans ma Correspondance, conformément à votre demande, l'écrit dont vous m'avez honoré le 22 courant, si d'une part il n'était pas à craindre que cette lettre imprimée mot pour mot ne causât à Cassel une trop grande sensation, désagréable pour vous-même; d'autre part, il règne dans cet écrit un malentendu au sujet d'un mot allemand qui vous a conduit à d'injustes conséquences.

«Ungelehrtne signifie pasignorantniignare, mais il désigne le manque decesconnaissanceslittérairesqui sont indispensables aux Savants de profession, par exemple: connaissance de la langue latine, de la bibliographie, etc. Un capitaine, unBanquierpeut ne pas savoir déclinermensa, mais plaise au ciel qu'on ne l'appelle pas pour cela unignorant. Seulement, lorsque ces connaissances littéraires manquent dans une charge qui suppose nécessairement unhomme de lettres, alors ce défaut deviendra blâmable. Unhomme de lettresn'a pas besoin de connaître l'équitation et personne ne le blâmera à cause de cela, comme on ferait s'il était écuyer.

«L'affaire ayant été portée par laGoth. gel. Zeitungdevant le seul tribunal qui lui convînt, le tribunal du public (car devant quel tribunal de Cassel aurait-on pu la plaider?) deux cas seulement se présentent.

«Ou bien, les dénonciations de laGothaer Zeitungne sont pas vraies. En ce cas, je demanderais seulement une attestation de l'un de Messieurs les Bibliothécaires; elle serait aussitôt imprimée et les calomniateurs seraient entièrement confondus.

«Ou bien, elle est vraie. Et il est alors prouvé que l'artisan de cet agencement n'entend pas le latin, n'a pas de connaissances bibliographiques et que par conséquent il n'aurait pas dû s'occuper d'une bibliothèque publique qui reçoit chaque semaine tant de voyageurs.

«En conséquence, je vous conseillerais de provoquer le silence sur ce qui tombe le plus sous les yeux, sur ce qui attire l'attention des connaisseurs et de m'envoyer, en vue de la publication, à moi ou à tout autre rédacteur d'une feuille mensuelle, un avis manuscrit qui nous informerait que:

«Sur les cartouches on ne lit pointEuropæanamaisEuropæa, niExeuropæanamaisAsiat. Afric. Americ.et ainsi de suite;

«Que Mosheim ne se trouve pas parmi les Pères de l'Eglise mais là ou là, etc.

«Ainsi tout serait bien fait. Chaque voyageur pourrait ensuite contrôler lui-même cet avis et l'odieuse enquête pour retrouver le premier auteur cesserait.

«Vous ne m'avez point demandé en quoi cette affaire me regardait, ni pourquoi j'ai fait reproduire l'article de laGothaer Zeitung, et cette question certes, vous ne me la ferez pas. Vous êtes un Français et l'une des plus nobles et des plus fréquentes vertus nationales de cet aimable peuple, c'est le patriotisme.

«Lorsqu'il y a de cela six mois vous parliez presque chaque jour avec un voyageur qui venait de Paris et vous racontait avec des rires l'érection, en public, d'une statue qui contre toutes les règles de l'Art—à Paris où l'on connaît cet Art—due au ciseau d'un Allemand, avait été ornée d'inscriptions françaises telles que le grand Duguesclin ne les aurait certes pas écrites, votre patriotisme n'en fut-il pas excité et réchauffé?

«Cassel est en petit, pour nous Allemands, ce qu'est en grand Paris pour les Français. Cassel est notre orgueil. De plus, nous, habitants de Gœttingue, avons un intérêt tout spécial à cela. Cassel et Gœttingue se servent mutuellement, et maint illustre voyageur ne viendrait pas dans notre région, si les deux villes n'étaient d'aussi proches voisines.

«Pour les deux ouvrages imprimés que vous avez bien voulu m'envoyer comme cadeau, je vous présente mes remerciements les plus obligés. L'examen de ces deux ouvrages m'a confirmé dans la haute idée que j'ai de vos talents dans ce beau compartiment de l'érudition et desquels la renommée avait déjà fait impression sur moi.

«Pardonnez-moi si j'écris en allemand. A la vérité, j'entends le français, mais je ne m'aventure pas à l'écrire parce que je cours le danger de faire à chaque ligne uneExeuropæana.

«Dans l'avenir, je saisirai avidement chaque occasion de vous donner des preuves effectives de la considération très distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très obéissant serviteur.

Schlœzer.

«Gœttingue, le 26 février 1781.»

La politesse et l'ironie de cette réponse ne découragèrent point Nerciat et l'on a lu la lettre que, sans craindre le scandale, il écrivit ensuite au rédacteur de laGoth. gel. Zeitung.

Le marquis de Luchet fit semblant de ne rien savoir. Il écarta tout doucement Nerciat de la cour et le confina dans ses misérables fonctions d'employé à la Bibliothèque, mais le chevalier se garda bien depuis lors de collaborer en quoi que ce fût au fameux catalogue.

Nerciat resta un an encore à Cassel. Son nom figure en 1781 et en 1782 dans leHochfuerstl. Hessen-Casselischen Staats- und Adress-Calenderet il s'y trouve indiqué comme il suit: «Rath undSous-Bibliothecar, Herrchevalier de Nerciat.»

Cependant, Nerciat cherchait à se procurer une autre position. Il quitta son poste de sous-bibliothécaire à Cassel en juin 1782 et entra au service du Prince de Hesse-Rheinfels-Rotenburg, qui en fit sonBaudirector, c'est-à-dire son directeur ou intendant des bâtiments. Nerciat avait laissé à Cassel sa femme qui était enceinte.

Parmi les manuscrits conservés à laLandesbibliotekde Cassel on en trouve un sous la cote:Mscr. Hass. fol. 450qui contient un grand nombre de renseignements de toutes sortes, rassemblés par Rudolf de Butlar, et concernant les familles nobles de la Hesse ou ayant séjourné dans ce pays. Une page contient l'indication suivante:

Monsieur le chevalier de Nerciat, Hesse-RotenburgOberbaudirektorGeorgPhilippAugustGet. Oberneust.fr. Gem.9—15—101782

Monsieur le chevalier de Nerciat, Hesse-RotenburgOberbaudirektor

Ce qui signifie qu'un fils de M. le chevalier de Nerciat, surintendant des bâtiments de la Hesse-Rotenburg, naquit à Cassel, le 9 octobre 1782, et qu'il fut baptisé le 15 octobre, à la paroisse française de la haute ville neuve de Cassel, sous les noms de Georges-Philippe-Auguste.

Le chevalier de Nerciat eut deux fils qui furent boursiers de l'Egalité. Dans les palmarès on trouve, l'An VI: «Louis-Philippe Nerciat, né à Paris, accessit de version latine». Et l'An VII: «Auguste-Georges-Philippe Andrea, né à Hesse-Cassel, accessit de langues anciennes et d'histoire naturelle». Auguste de Nerciat entra dans la carrière diplomatique. J'ai trouvé dans le tome 2eduRecueil de voyages et de mémoires publié par la Société de Géographie(Paris, 1825) unExtrait de la traduction faite par M. le baron de Nerciat d'un mémoire de M. de Hammer, sur la Perse…

Plusieurs des notes ajoutées à ce travail par le traducteur sont signées: A. de N.

Le chevalier Andrea de Nerciat ne se plaisait pas beaucoup dans son nouveau poste d'Oberbaudirektor. Sa femme venait sans doute de mourir en couches à Cassel. Le chevalier revint à Paris en 1783 et se remaria la même année en l'église Saint-Eustache comme cela a été noté par Ravenel[27]: «Nerciat (André-Robert Andrea de) épouse Marie-Anne-Angélique Condamin de Chaussan. Reg. Saint-Eustache 1783». Il conserva des rapports avec toutes les petites cours allemandes où il avait des amis; il publiait de la musique et l'on trouve de lui uneRomance(paroles et musique) parue en 1784 dans leChoix de Musique dédié à S. A. S. Monseigneur le duc des Deux-Ponts:

[27]Notes Ravenel: Bib. Nat. mss. fr. n. a. 5859.

[27]Notes Ravenel: Bib. Nat. mss. fr. n. a. 5859.

Tircis dont l'âme délicateFut tendre au comble du malheurPrès de mourir pour une ingrateNous peignait ainsi sa douleur.De deux beaux yeux connaissez-vous le prix?Venez admirer ceux d'Ismène,Mais craignez-vous les maux d'un cœur épris?Fuyez, fuyez mon inhumaine.Vous brûleriez de mille feuxSi par malheur, cette beauté cruelleDardait sur vous une étincelleDe ses beaux yeux.Tremblez pour vous! Je défiais l'amourDe ranimer un cœur de glaceJe vis Ismène, hélas! depuis ce jourJe suis puni de mon audace.Il me sembla d'abord si douxCe sentiment que soudain elle inspire;Bientôt, il devint un martyre.Tremblez pour vous!Plaignez mon sort, je me consume en vainLe roc est plus tendre qu'Ismène,Aucun espoir, je sens que le chagrinLentement au tombeau me traîne.Viens me guérir, affreuse mortEt vous, amis qui savez ce qu'endureL'amant qui meurt de sa blessure,Plaignez mon sort.

Tircis dont l'âme délicate

Fut tendre au comble du malheur

Près de mourir pour une ingrate

Nous peignait ainsi sa douleur.

De deux beaux yeux connaissez-vous le prix?

Venez admirer ceux d'Ismène,

Mais craignez-vous les maux d'un cœur épris?

Fuyez, fuyez mon inhumaine.

Vous brûleriez de mille feux

Si par malheur, cette beauté cruelle

Dardait sur vous une étincelle

De ses beaux yeux.

Tremblez pour vous! Je défiais l'amour

De ranimer un cœur de glace

Je vis Ismène, hélas! depuis ce jour

Je suis puni de mon audace.

Il me sembla d'abord si doux

Ce sentiment que soudain elle inspire;

Bientôt, il devint un martyre.

Tremblez pour vous!

Plaignez mon sort, je me consume en vain

Le roc est plus tendre qu'Ismène,

Aucun espoir, je sens que le chagrin

Lentement au tombeau me traîne.

Viens me guérir, affreuse mort

Et vous, amis qui savez ce qu'endure

L'amant qui meurt de sa blessure,

Plaignez mon sort.

Le chevalier de Nerciat avait quitté l'Allemagne sans regret, mais non sans émotion. «Les Allemands, a-t-il écrit dansMonrose, m'ont passablement ennuyé, tout en me forçant à les beaucoup estimer.»

Il ne songea pas avant son départ à revoir le marquis de Luchet dont les projets étaient devenus grandioses.

Il s'était fait imprimeur et libraire, rêvant de faire de Cassel un centre où la littérature française et l'allemande se rencontreraient pour se vivifier mutuellement. On devait y traduire en français des livres allemands et en allemand les succès de la librairie française. Ces idées commerciales ne laissaient pas de choquer un peu les habitants de Cassel et l'on se moquait ouvertement du favori qui trouva un matin attaché à une persienne de sa maison une feuille de papier sur laquelle on avait écrit en français: «Monsieur le marquis de Luchet, Imprimeur, Libraire, conseiller intime de S. A. S. Mgr de Landgrave, vend toutes sortes de livres».

La librairie du marquis de Luchet dura du 18 novembre 1783 au 11 novembre 1785. Au commencement de 1785, laKrieg und Domainen Kassedemanda au Landgrave la suppression des comédiens français qui coûtaient cher à la couronne.

Frédéric II allait se séparer à regret de sa chère troupe française, lorsqu'en bon courtisan, Luchet prit à son compte, jusqu'en 1788, l'entreprise du Théâtre-Français, moyennant une subvention de 3.000 écus la première année et 4.000 les suivantes, plus les dédits à payer aux artistes renvoyés ayant la fin de leur engagement. A Cassel, le Landgrave devait avoir une loge à sa disposition et dans les Résidences, la troupe devait jouer devant la cour seule.

Frédéric II mourut le 31 octobre 1785, et presque aussitôt après l'avènement du landgrave Guillaume IX, on conseilla au marquis de Luchet d'abandonner les postes qu'il occupait et de quitter la Hesse.

Il se démit de ses fonctions le 10 février 1786 et quitta Cassel le 3 avril à 5 heures du matin.

La troupe française fut congédiée et la population de Cassel approuva par des manifestations le départ dessauteursfrançais, c'est ainsi que le peuple hessois appelait ces comédiens. Ceux dont l'engagement n'était pas terminé reçurent six mois de gages.

M. de Luchet passa au service du prince Henri de Prusse. Un roman du marquis avait à ce moment un véritable succès. Il s'agit duVicomte de Barjac ou Mémoires pour servir à l'histoire de ce siècle, que l'on a quelquefois attribué à Choderlos de Laclos.

Il n'y a pas lieu d'insister ici sur le reste de la carrière du Marquis de Luchet, qui est connue.

**  *

A son retour en France, le chevalier Andrea de Nerciat reprit le métier des armes qui masquait sans doute celui d'agent secret. Il fit partie des officiers qu'en 1787, le Roi envoya soutenir les patriotes hollandais, insurgés contre le Stadhouder. Déguisé en bourgeois, Nerciat arriva secrètement par Gorcum à Utrecht.

Il revint bientôt et il semble qu'il fut chargé la même année d'une mystérieuse mission diplomatique en Autriche. Il alla aussi en Bohême, et fit imprimer à Prague deux comédies-proverbes:Les rendez-vous nocturnes ou l'aventure comiqueetLes amants singuliers ou le mariage par stratagème. Il reçut en 1788 la croix de Saint-Louis et fit paraître la même année lesGalanteries du jeune chevalier de Faublas.

Le roman de Louvet de Couvray venait de voir le jour et Nerciat voulut profiter de la vogue d'un ouvrage où il reconnaissait l'influence deFélicia. En 1788, il fit encore paraîtreLe Doctorat impromptudont Monselet dit qu'il est «écrit avec légèreté».

En 1789 parurent sesContes saugrenus, en 1792Mon noviciatetMonrosedont il ne faut pas douter malgré Wolff[28]que ce soit un ouvrage de Nerciat. Il semble que pendant la Révolution, Nerciat joua un rôle assez louche, demeurant comme agent secret aux gages de la République qu'il détestait et trahissait peut-être.

[28]Allgemeine geschichte des Romans…(Iéna, 1850).

[28]Allgemeine geschichte des Romans…(Iéna, 1850).

Quoi qu'il en soit, il se préoccupait toujours de ses livres. Il laissa paraître en 1793 lesAphroditeset vendit le manuscrit duDiable au corpsqui ne devait paraître qu'en 1803, à Mézières, après la mort de l'auteur.

Cependant, le métier d'écrivain ne remplissait pas tous ses loisirs, et tandis que ses fils étaient boursiers de l'Egalité, le citoyen Nerciat exerçait la profession équivoque de policier.

Sabatier de Castres le mentionne dans sa lettre, au général Bonaparte[29]datée de Leipzig, 19 mai 1797:

[29]Catalogue… de deux cabinets connus, 19 décembre 1871, no95 (vendu 44 fr.).Cette lettre (moins ce passage et quelques autres) a été imprimée dansLettres critiques, morales et politiques sur l'esprit, les erreurs et les travers de notre temps.Erfurt, pet. in-12,VI-28 p.

[29]Catalogue… de deux cabinets connus, 19 décembre 1871, no95 (vendu 44 fr.).

Cette lettre (moins ce passage et quelques autres) a été imprimée dansLettres critiques, morales et politiques sur l'esprit, les erreurs et les travers de notre temps.Erfurt, pet. in-12,VI-28 p.

«L'agent chargé de surveiller Mmede Buonaparte est le baron de Nerciat (Nercia) qui se donne tantôt pour italien et tantôt pour français et qui est auteur de quelques romans orduriers très mal écrits».

On retrouve ensuite Nerciat à Naples où il fut envoyé, sans doute sur sa demande et la même année, à cause de sa connaissance de l'allemand et de l'italien, pour surveiller la cour. Il se présenta comme un émigré qui n'avait quitté son pays que pour venir dans celui d'où sa famille était originaire. Il fut bien accueilli et la reine lui accorda une pension. Il est toujours agent secret aux gages de la France, mais ses préférences qu'il ne parvient pas à dissimuler le portent à passer au service de Naples[30]. Paris est bientôt informé de cette trahison et le 13 nivôse, an VI, Trouvé, chargé d'affaires à Naples, écrit à Talleyrand: «Le citoyen Nerciat auquel j'ai envoyé celle par laquelle vous lui annoncez qu'il n'est plus porté sur vos états comme agent secret est venu me remettre deux tableaux de chiffres nos5 et 6 (Italie germinal, an V) et m'a aussi apporté la lettre que vous trouverez ci-jointe». On peut supposer qu'à partir de ce moment Nerciat rompit définitivement avec la République. Il avait gagné la confiance royale et en 1798, Marie Caroline le chargea d'une mission secrète, auprès du Pape. Le chevalier de Nerciat arriva à Rome en février, au moment où les troupes françaises commandées par le général Berthier s'emparaient de la ville.

[30]M. Maurice Tourneux pense que Nerciat joua un rôle important comme agent au service de Naples, sous le nom supposé de M. de Bressac. Ce Bressac a été mentionné par quelques historiens. Il se trouvait à Berlin en 1798 et il est question de lui dans plusieurs rapports conservés aux Archives des Affaires étrangères. Gaillard écrit de Berlin le 2 ventôse, an VI: «J'ai remis, il y a quelques jours, au cabinet de Berlin, la note concernant les décorations de l'ancien régime. Leur suppression totale ne souffrira aucune difficulté, mais le ministère tient à ce que l'ordre qui émane du roi à ce sujet, ne porte que sur ses propres sujets et sur les étrangers qui sont à son service ou qui jouissent dans ses Etats du droit d'asile sans qu'il puisse concerner en aucune manière les étrangers… Je vous prie de faire décider la cour de Naples le plus promptement qu'il sera possible et de demander qu'elle donne immédiatement l'ordre de se conformer à cette mesure, à un certain M. de Bressac ou Pressac qui se trouve à Berlin depuis quelque temps. C'est un Français qui dit qu'il est depuis très longtemps au service de Naples où il est chambellan du Roi. Il porte la croix de Saint Louis. On se rappelle de l'avoir déjà vu ici autrefois, et on lui suppose des intentions, quoique je ne le voie en aucune autre liaison qu'avec les émigrés, ce qui est assurément sans conséquence. Je le regarde comme un de ces agents secrets qui aura intrigué à Naples pour se faire donner une mission quelconque à l'étranger et surtout de l'argent. Au reste il pourrait arriver qu'il reçût de Naples l'ordre de quitter la croix et qu'il le dissimulât. C'est un cas à prévoir et à prévenir et il faudrait pour cela que le ministre de Berlin pût avoir une connaissance officielle de l'ordre général que S. M. Sicilienne donnera à ce sujet.»Une lettre de Parandier portant la même date confirme le rapport de Caillard en exagérant l'importance de Bressac.«Il est arrivé ici depuis quelque temps un fameux aventurier nommé Bressac. Cet homme si connu à Naples par son immoralité, par ses basses intrigues en politique, par ses liaisons avec la reine, par son intimité avec son favori et par toutes sortes d'infamies, se dit actuellement brouillé avec Acton, et obligé de voyager tant que son ennemi sera en faveur. Il est reçu à la cour et dans les principales maisons avec une distinction particulière et affecte un luxe ridicule dans un pays où les fortunes bornées ne permettent pas de s'y livrer. Faufilé partout, d'une activité inconcevable, ses jactances, ses manières intrigantes, décèlent le but de son séjour ici. Quoi qu'il ne soit qu'un intrigant subalterne et le preneur débouté de la coalition, cependant son séjour ici ne laisse pas que de faire beaucoup de mal. Dans un pays où nous ne sommes pas aimés, où toute espèce de rapprochement n'est amené que par la peur de la puissance républicaine… tout ce qui tend à réveiller les passions, les haines, à entretenir les soupçons et les défiances ne saurait trop être écarté.»Le 19 ventôse an VI, Talleyrand répond à Gaillard:«… J'ai fait écrire à Naples relativement à M. de Bressac, qui se montre à Berlin avec la croix de Saint-Louis. Je suppose que c'est l'aventurier dont il est fait mention peu honorable dans les mémoires de Gorani. Quand je serai instruit des effets des démarches qui auront lieu à Naples, je vous en instruirai.»Enfin, le 18 germinal an VI, Trouvé écrit à Talleyrand:«J'ai reçu vos deux lettres 5 et 6 en date du 18 ventôse, relatives aux démarches touchant les décorations de l'ancien régime. Vous m'en prescrivez une relativement à M. de Bressac, je vais m'en acquitter avec d'autant plus d'empressement, que ce Bressac a dans toutes les occasions, déployé l'animosité la moins équivoque envers les Français.»Toutefois, ces extraits ne paraissent point démontrer que Nerciat et ce Bressac, n'aient été qu'une seule personne. Au contraire, il y a lieu de croire qu'au moment où M. de Bressac se pavanait à Berlin, Nerciat se faisait arrêter à Rome, et qu'à la date où Trouvé protestait à Naples contre la décoration de Bressac, Nerciat était déjà enfermé dans un cachot du castel Saint-Ange.

[30]M. Maurice Tourneux pense que Nerciat joua un rôle important comme agent au service de Naples, sous le nom supposé de M. de Bressac. Ce Bressac a été mentionné par quelques historiens. Il se trouvait à Berlin en 1798 et il est question de lui dans plusieurs rapports conservés aux Archives des Affaires étrangères. Gaillard écrit de Berlin le 2 ventôse, an VI: «J'ai remis, il y a quelques jours, au cabinet de Berlin, la note concernant les décorations de l'ancien régime. Leur suppression totale ne souffrira aucune difficulté, mais le ministère tient à ce que l'ordre qui émane du roi à ce sujet, ne porte que sur ses propres sujets et sur les étrangers qui sont à son service ou qui jouissent dans ses Etats du droit d'asile sans qu'il puisse concerner en aucune manière les étrangers… Je vous prie de faire décider la cour de Naples le plus promptement qu'il sera possible et de demander qu'elle donne immédiatement l'ordre de se conformer à cette mesure, à un certain M. de Bressac ou Pressac qui se trouve à Berlin depuis quelque temps. C'est un Français qui dit qu'il est depuis très longtemps au service de Naples où il est chambellan du Roi. Il porte la croix de Saint Louis. On se rappelle de l'avoir déjà vu ici autrefois, et on lui suppose des intentions, quoique je ne le voie en aucune autre liaison qu'avec les émigrés, ce qui est assurément sans conséquence. Je le regarde comme un de ces agents secrets qui aura intrigué à Naples pour se faire donner une mission quelconque à l'étranger et surtout de l'argent. Au reste il pourrait arriver qu'il reçût de Naples l'ordre de quitter la croix et qu'il le dissimulât. C'est un cas à prévoir et à prévenir et il faudrait pour cela que le ministre de Berlin pût avoir une connaissance officielle de l'ordre général que S. M. Sicilienne donnera à ce sujet.»

Une lettre de Parandier portant la même date confirme le rapport de Caillard en exagérant l'importance de Bressac.

«Il est arrivé ici depuis quelque temps un fameux aventurier nommé Bressac. Cet homme si connu à Naples par son immoralité, par ses basses intrigues en politique, par ses liaisons avec la reine, par son intimité avec son favori et par toutes sortes d'infamies, se dit actuellement brouillé avec Acton, et obligé de voyager tant que son ennemi sera en faveur. Il est reçu à la cour et dans les principales maisons avec une distinction particulière et affecte un luxe ridicule dans un pays où les fortunes bornées ne permettent pas de s'y livrer. Faufilé partout, d'une activité inconcevable, ses jactances, ses manières intrigantes, décèlent le but de son séjour ici. Quoi qu'il ne soit qu'un intrigant subalterne et le preneur débouté de la coalition, cependant son séjour ici ne laisse pas que de faire beaucoup de mal. Dans un pays où nous ne sommes pas aimés, où toute espèce de rapprochement n'est amené que par la peur de la puissance républicaine… tout ce qui tend à réveiller les passions, les haines, à entretenir les soupçons et les défiances ne saurait trop être écarté.»

Le 19 ventôse an VI, Talleyrand répond à Gaillard:

«… J'ai fait écrire à Naples relativement à M. de Bressac, qui se montre à Berlin avec la croix de Saint-Louis. Je suppose que c'est l'aventurier dont il est fait mention peu honorable dans les mémoires de Gorani. Quand je serai instruit des effets des démarches qui auront lieu à Naples, je vous en instruirai.»

Enfin, le 18 germinal an VI, Trouvé écrit à Talleyrand:

«J'ai reçu vos deux lettres 5 et 6 en date du 18 ventôse, relatives aux démarches touchant les décorations de l'ancien régime. Vous m'en prescrivez une relativement à M. de Bressac, je vais m'en acquitter avec d'autant plus d'empressement, que ce Bressac a dans toutes les occasions, déployé l'animosité la moins équivoque envers les Français.»

Toutefois, ces extraits ne paraissent point démontrer que Nerciat et ce Bressac, n'aient été qu'une seule personne. Au contraire, il y a lieu de croire qu'au moment où M. de Bressac se pavanait à Berlin, Nerciat se faisait arrêter à Rome, et qu'à la date où Trouvé protestait à Naples contre la décoration de Bressac, Nerciat était déjà enfermé dans un cachot du castel Saint-Ange.

Nerciat fut aussitôt arrêté et incarcéré au château Saint-Ange. On n'a encore mis au jour aucun renseignement relatif à l'emprisonnement du chevalier de Nerciat, et son nom même a échappé à M. Rodocanachi qui a consacré (Hachette, 1909 in-4o) un important ouvrage à la vieille citadelle romaine. La détention du chevalier se prolongea au delà de l'évacuation de Rome par les Français.

Il fut élargi dans les premiers jours de l'année 1800. Il était tombé gravement malade dans son cachot et avait perdu tous ses papiers parmi lesquels se trouvaient, paraît-il, les manuscrits de quelques ouvrages. Aussitôt libre, tout malade qu'il était, il revint à Naples où il mourut presqu'aussitôt, dans les derniers jours du mois de janvier.

Psychologue subtil et raffiné, esprit dégagé de tous les préjugés, écrivain délicieux, aux néologismes presque toujours heureux, personnage équivoque et séduisant, le charmant auteur deFéliciafinissait en même temps que leXVIIIe siècle dont il est l'expression la plus délicate et la plus voluptueuse[31].

G. A.

[31]Je tiens à remercier ici le savant M. Maurice Tourneux qui m'a fait le don précieux de ses notes sur le chevalier de Nerciat. M. le docteur Lohmeyer, directeur de laLandesbibliothekde Cassel et M. le docteur Sceffler, bibliothécaire à laLandesbibliothekde Stuttgart, ont également part à ma reconnaissance.

[31]Je tiens à remercier ici le savant M. Maurice Tourneux qui m'a fait le don précieux de ses notes sur le chevalier de Nerciat. M. le docteur Lohmeyer, directeur de laLandesbibliothekde Cassel et M. le docteur Sceffler, bibliothécaire à laLandesbibliothekde Stuttgart, ont également part à ma reconnaissance.


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