Chapter 7

[60]C'est un peu plus tard sans doute qu'Erosie s'aperçoit qu'elle le maltraite. (N.)

[60]C'est un peu plus tard sans doute qu'Erosie s'aperçoit qu'elle le maltraite. (N.)

«Cudard, plus en règle, me victimait encore; mais mes soubresauts convulsifs me dérobent… O mon cœur! quel oubli de toute pudeur! de toute délicatesse!

«Et l'autre aussi!m'écriai-je, comme une folle. Ah! sans doute, ainsi que chez une autre sybille, un démon parlait ici pour moi. Jamais autrement, avec ma honteuse exclamation, ne se fût échappé certain mot énergique que je n'avais proféré de ma vie… Pas même dans tes bras. A qui la faute, après cela, si le plus corrompu des hommes a l'audace de méditer de nouvelles horreurs! A peine lecri de guerrea-t-il frappé l'oreille de l'impudent, qu'il se croit en droit de diriger son javelot immonde vers un but auquel il me semblait comme engagé par ses propres conventions à ne point faire insulte… Il l'ose pourtant: je le sens… je le souffre! Une avantageuse différence, en fixant un instant ma curiosité, me fait perdre celui qui pourrait me dérober à la plus lâche surprise… Que dis-je! un je ne sais quoi ravissant me sollicite et promet à ma brûlante soif un soulagement infaillible. Hélas! je suis muette; je cède, je seconde… et Solange est trahi.

«Nous ne nous arrêtons guère en chemin, ma chère, quand une impulsion violente nous a lancées sur le rapide escarpement des erreurs. C'est peu de faire à mon jeune ami le plus sanglant outrage: pour ne pas avoir horreur de moi-même, je veux me persuader que malgré le nouveau triomphe de Cudard, tous mes vœux n'ont pas encore cessé d'être pour l'adorable Solange. Je croissentimentaletpurle feu que je souffle dans ma poitrine, et cependant je sens en même temps très bien qu'un feu détestable, détesté se glisse dans mes entrailles et y cause un schisme de bonheur. Telle, autrefois, l'indiscrète Pasiphaé ne pensait guère sans doute à terminer avec son amant cornu, quand, agitée peut-être de quelque passion dont l'heureux objet manquait à ses vœux, elle fit la faute de s'exposer à quelque semblant d'accolade qui d'encore ou encore devint une réalité monstrueuse.

«Bref, tu vois que je payais cher ma curiosité, chère Juliette. Jusqu'au bout je subis tout ce qu'il plut au garnement de me faire. Ah! mon âme, crois-moi, n'y prit aucune part. Oui, toute ma tendresse demeurait bien véritablement à l'aimable Solange. Le mécanisme avait seul favorisé le détestable usurpateur.

«Mais avoue donc que mon inimaginable aventure a bien de quoi mettre en défaut tout système sur la cause et les effets de l'amour et de la volupté! Qui m'eût dit, lorsque je reçus ton dernier baiser, il y a si peu de temps, que presque aussitôt je serais radicalement guérie de mon antipathie contre le sexe masculin, et, bien pis, que, sans s'amuser à prendre graduellement mes licences, par un fatal concours d'incidents je me trouveraisimpromptucoiffée du bonnet de docteur.

«Bast! il faut se consoler de tout ici-bas. Oui, je veux rire de mon aventure au lieu de m'en affliger; et si ma bégueule de raison veut m'ennuyer de ses tristes reproches, que me répondra-t-elle quand je lui répliquerai:Sottise, à la bonne heure, mais j'ai bien eu du plaisir.

«O ciel! un affreux tintamarre de fouets! une chaise! un uniforme bleu. C'est lui! c'est M. de Roqueval! cachons vite tout ceci… Beaucoup d'indulgence, ma Juliette, et toujours un peu d'amour.

«Adieu».

A Fontainebleau, le 3 novembre 1788.


Back to IndexNext