LE DOMESTIQUE-COIFFEUR

La Marquise est dans son boudoir, la pièce la plus reculée d'un fort bel appartement; le Tréfoncier, un prélat allemand, survient: c'est avec lui qu'elle a l'entretien suivant:

La Marquise,entendant frapper.—Qui va là?

Le Tréfoncier,d'une voix aiguë et factice.—Ami.

La Marquise,en dedans.—Je n'y suis pour personne. (D'un ton fâché.) Qui êtes-vous?

Le Tréfoncier,de sa voix factice.—Un ami de cœur, vous dit-on.

La Marquise,avec plus d'humeur.—Eh bien! je me suis expliquée: je n'y suis pour personne au monde. Mais, c'est que cela est du dernier singulier! J'avais expressément défendu…

Le Tréfoncier,de sa même voix.—Paix, paix, mauvaise!Dieu vous apaise[66]. Il n'y a point de consigne qui tienne contre un empressement tel que le mien. Porte, cour, antichambre, appartement, tout est franchi; me voici, je veux entrer, j'entrerai.

[66]Citation d'une mauvaise chanson, et les mêmes mots dont Bazile (qui la connaissait apparemment) se sert dansLes noces de Figaro.

[66]Citation d'une mauvaise chanson, et les mêmes mots dont Bazile (qui la connaissait apparemment) se sert dansLes noces de Figaro.

La Marquise,d'un ton plus doux.—Faites-vous du moins connaître.

Le Tréfoncier,de sa voix factice.—Ouvrez.

La Marquise,presque gaîment.—Jamais pareille voix de chat n'eut le privilège de pénétrer dans cette solitude… Si nous nous connaissons, vous savez…

Le Tréfoncier,de sa voix naturelle.—Nous nous y sommes cependant réunis quelques fois.

La Marquise.—Ah! j'y suis, pour le coup. A quoi bon tout ce mystère? Mais cela est très mal, mon cher comte[67], très mal en vérité; et pour vous punir, vous n'entrerez point.

[67]C'est aussi le titre de ces messieurs. (N.)

[67]C'est aussi le titre de ces messieurs. (N.)

Le Tréfoncier,gaîment.—De par toutes vos grâces! j'entrerai.

La Marquise,gaîment.—De par tout ce qu'il vous plaira, vous n'entrerez point. Impossible d'ouvrir, je suis dans un état…

Le Tréfoncier.—Eh! c'est le cas d'ouvrir.

La Marquise.—Je n'en ferai rien; vous savez que j'ai une volonté?

Le Tréfoncier.—Ouvrez toujours; j'amène quelqu'un.

La Marquise,avec humeur.—Encore mieux! vous moquez-vous des gens! vous n'êtes pas seul?

Le Tréfoncier,impatient avec gaieté.—Oh mais! c'est qu'il faut d'abord être ensemble; ensuite vous verrez… que vous serez bien aise.

La Marquise,avec intérêt.—Attendez du moins un moment. Envoyez-moi quelqu'un… On ne paraît pas comme je suis faite…

Le Tréfoncier.—Débraillée? chiffonnée? nue comme la vérité? Eh bien! tant mieux; c'est pour votre bien que…

La Marquise,interrompant.—Que?…

Le Tréfoncier.—Quand vous aurez ouvert.

La Marquise.—Entrerez-vous seul?

Le Tréfoncier.—Si vous l'exigez absolument.

La Marquise.—Un moment. (Le comte gratte. Elle, impatiente). Un moment donc! (Elle cache, à la hâte, quelques livres libertins dont elle s'amusait, en s'amusant encore autrement. Elle ouvre.) En vérité, monsieur le Comte, vous êtes le plus maussade entêté que je connaisse!

Le Tréfoncier.—Dites-moi des injures! Eh bien! je m'en retourne et j'emmène mon homme?

La Marquise.—Quel homme?

Le Tréfoncier,souriant.—L'homme en question.

La Marquise.—Oh! parlez plus clairement.

Le Tréfoncier.—Là… celui que je vous avais dit, qui…

La Marquise,d'un ton dédaigneux.—Ah! Ah! ce domestique! quelle pompeuse préparation pour…

Le Tréfoncier.—J'aime fort ce dédain. Dix-huit ans! Narcisse! l'Amour… (Il baise ses doigts.) Un demi-dieu!

La Marquise,ironiquement.—Voyons donc ce chef-d'œuvre de la nature… Il écoute peut-être?

Le Tréfoncier.—Oh! non; nous avons de la discrétion, il attend à trois pièces d'ici… Je vais l'appeler?…

La Marquise.—Faites.

Tandis que le Tréfoncier s'éloigne, elle se dépêche de donner un bon tour à ses cheveux et de la grâce à son fichu. Le prélat reparaît tenant par la main le jeune homme, qui salue avec assez de grâce d'usage.

Le Tréfoncier,avec un rire malin.—Bravo! pas un moment de perdu (C'est qu'il a remarqué le soin coquet qu'a pris la marquise; il poursuit). Ainsi, madame, j'ai l'avantage de vous présenter mon Hector… (Avec charge). Bien plus Hector que celui… (Naturellement.) Ma foi! qu'il achève: c'est à lui à se faire valoir.

La Marquise,d'un ton sec.—Vous perdez l'esprit, monsieur le Comte (A Hector). Qu'êtes-vous, mon ami?

Hector.—Domestique-coiffeur, pour vous servir, madame.

Le Tréfoncier,appuyant.—Pour vous servir.Voilà le mot, c'est pour cela que je vous le propose: entendez-vous bien, marquise?pour vous servir.

La Marquise.—Mais je ne vous reconnais pas aujourd'hui! Devenez-vous fou?

Le Tréfoncier.—Jamais je ne fus plus sage, au contraire. Ecoutez, Hector. Si madame vous fait la grâce de vous prendre à son service, comme je le lui conseille, vous serez bien payé, bien vêtu, bien nippé, cela s'entend. Au surplus, ce sera comme chez madame… (Il lui nomme, à mi-voix, quatre ou cinq femmes dont la marquise connaît fort bien les mœurs et la réputation.)

La Marquise,en colère.—Savez-vous bien, monsieur le Comte, que voilà de très mauvais propos! Avec quelles horreurs de femmes vous plaît-il de n'assimiler? Je vous trouve bien plaisant…

Le Tréfoncier,gaîment.—De la colère! Des grosses paroles! Rien de fait, madame. Plions bagage. Hector, madame ne veut point être unehorreur(Il a chargé ce mot). Des horreurs, des femmes adorables! J'en fais juge Hector?

Hector.—Assurément, madame… ces dames sont bien respectables, en vérité. J'ai eu l'honneur de les servir toutes, et j'ose protester à madame…

Le Tréfoncier,interrompant.—De les servir toutes.Vous l'entendez? C'est pourservirque ce garçon-là sert; il n'a pas d'autre métier, lui. Mais on est des horreurs! Allons, Hector; madame est aujourd'hui tout à fait l'opposé de ces horreurs-là, nous ne sommes point son fait… Sortons. (Il fait semblant de vouloir emmener Hector.)

La Marquise,souriant à Hector.—Un moment. Si je ne connaissais pas monsieur le Comte pour un mauvais farceur, il faudrait se quereller.

Le Tréfoncier.—Ah! c'est moi, maintenant! Je suis peut-être une horreur aussi!

La Marquise,lui sautant vivement au cou et l'embrassant.—Oui, monstre!

Le Tréfoncier.—On s'entend, enfin (A Hector). Ecoute derechef, mon ami. Tu fus un fortuné maraud: les plus délicieuses coquines du grand et joyeux monde t'ont mis dans le secret de leur tempérament et de leurs caprices; mais sache, trop heureux Hector, que tu n'as encore rien vu, rien goûté; qu'on n'a pas autant de charmes… Tiens, admire… (En même temps il lève brusquement, et aussi haut qu'il peut, les jupes de la marquise.)

La Marquise.—Voilà bien la plus fière insolence, par exemple!

Le Tréfoncier.—Ne prenez pas garde, madame. Il faut bien instruire un nouveau serviteur (A Hector): C'est le feu, vois-tu, c'est la foudre… Il ne s'agira pas ici, comme chez la princesse… de souffler des cendres chaudes qui ne donnent jamais une étincelle; ni comme chez l'illustre baronne… là-bas, tu m'entends? de battre à froid une vieille laine qui a perdu tout son ressort; ni comme… etc., etc. Enfin tu vas, trop heureux impur, trouver la sensibilité perfectionnée… Un regard, une posture… un rien…: crac! cela part… Oh! quand il s'agira d'en découdre… ce sera pour le coup… Ma foi! tire-t'en comme tu pourras…

Hector, pendant toute cette tirade, a eu la contenance la plus modeste et les yeux baissés avec un respectueux embarras.

La Marquise,au Tréfoncier.—J'ai montré, je crois, assez de patience. Au surplus, ce n'est pas de moi que tout ceci donnera la plus mauvaise opinion à votre protégé.

Le Tréfoncier.—Que gagneriez-vous à prendre en mauvaise part le bien infini que j'ai dit de vous?

La Marquise,souriant.—Et tout celui que vous paraissez me vouloir. Eh bien! il est clair que nous ne valons pas mieux l'un que l'autre: il n'est donc plus à propos de faire des simagrées, Hector?

Hector.—Madame?

La Marquise.—Quelle était votre dernière condition?

Hector.—Madame la présidente de Conbanal, chez qui je remplaçais Chenu, le même qui avait eu l'honneur de vous servir[68]…

[68]Chenu avait quitté à la mort du marquis. (N.)

[68]Chenu avait quitté à la mort du marquis. (N.)

La Marquise,un peu confuse.—Ah! ce garçon-là. Et pourquoi avez-vous quitté la présidente?

Hector.—Parce qu'il y a trois, jours qu'elle est morte, madame[69].

[69]Nerciat fera remourir cette dame dansLes Aphroditesdont l'action est cependant postérieure à celle duDiable au corps. Peut-être s'agit-il d'une proche parente de la Conbanal desAphrodites!

[69]Nerciat fera remourir cette dame dansLes Aphroditesdont l'action est cependant postérieure à celle duDiable au corps. Peut-être s'agit-il d'une proche parente de la Conbanal desAphrodites!

Le Tréfoncier.—Ils vous l'ont tuée; c'est un fait.

La Marquise.—Ne plaisantons point (A Hector). J'ai connu la présidente un peu Messaline, il est vrai, mais bonne femme au fond.

Le Tréfoncier,regardant Hector.—La chronique disaitsans fond? Mais que je n'interrompe point…

La Marquise.—Je vous donnerai, mon ami, ce que vous aviez chez la présidente, cela vous conviendra-t-il? voyez…

Hector.—Madame est bien bonne (regardant le Comte). D'après ce que je vois, et ce que monsieur le comte m'a fait l'honneur de me dire, j'aurais volontiers celui de servir madame à moitié moins.

Le Tréfoncier,à la marquise.—Est-ce être honnête, cela?

La Marquise.—J'aime ses sentiments: il m'intéresse.

Le Tréfoncier.—J'en étais sûr. Oh! peste! je ne me charge pas, moi, de produire du véreux: Hector était né pour être de qualité.

La Marquise.—Fi donc! Voudriez-vous qu'il pensât comme…

Le Tréfoncier.—Chut, chut, vous allez médire! J'en sais, là-dessus, plus que vous ne pourriez m'en apprendre. Je vous ai pourtant vu raffoler de nos petits apprentis seigneurs.

La Marquise.—Je l'avoue, à ma honte; mais la très juste opinion qui me reste d'eux, c'est qu'ils sont fort avantageux, fort libertins, et souvent fort à charge.

Le Tréfoncier.—J'imaginais, moi, que leur plus grand défaut, aux yeux de certaines de mes connaissances… (Regard malin) était de faire parfois… là… ce qu'en terme vulgaire on nommerater?

La Marquise,avec dignité.—En vérité, monsieur le Comte, vos idées sont quelquefois d'un ignoble! On me ferait peut-être, à moi, des affronts de cette espèce (A Hector). Je vous retiens, mon ami; voilà des arrhes… (Elle lui jette une bourse).

Hector,la retenant adroitement, et la laissant sur un siège dans son chapeau.—Je tombe à vos pieds, Madame, non pas à l'occasion de cet or que vous me prodiguez avec trop de générosité, mais pour…

Au retour de cette agréable promenade, le Tréfoncier se souvient d'une lettre qu'il avait mise en poche, deux heures auparavant, sans la lire.—«Ah! Ah! dit-il en l'ouvrant, c'est l'illustre maman Couplet qui m'écrit! que peut-elle me vouloir?—Voyons, voyons, dit impatiemment la petite Comtesse».

Le Comte,lit ce qui suit:—«Monseigneur, seriez-vous curieux d'être aussi d'une fête d'un genre… peut-être tout à fait neuf, que, Dieu aidant, je donnerai après-demain vendredi dans le pavillon que vous savez près de Choisy, et qui sera honorée de la présence de plusieurs brillants amateurs, actuellement les coryphées de mes nombreuses pratiques? Si le cœur vous en dit, Monseigneur, ayez la bonté de me le faire savoir demain, au plus tard à midi, et de joindre un mandant de vingt louis à votre réponse. Je vous vois d'ici reculer en vous écriant: «Vingt louis! la chère Couplet se moque du monde». Vingt louis, Monseigneur, tout autant, et, si vous souscrivez, vous avouerez, après, que vous aurez eu du plaisir pour mille. Rapportez-vous en sur ce point à la scrupuleuse probité de celle qui ne vous trompa jamais, et qui prend la liberté de se dire avec un profond respect, monseigneur, votre… etc.» Qu'en pensez-vous, mes belles amies?

La Marquise.—Qu'avant de financer, il conviendrait de savoir quel est le dessein de cette fête; avec quelles gens il s'agit de vous faire rencontrer.

Le Comte.—Vous avez raison: en pareil cas, il serait à propos que chaque souscripteur eût sous les yeux une manière deprospectus. Pour ne pas risquer d'acheter chat en poche… (Il sonne.) Je vais à Paris (Un domestique paraît). Dites à mes gens que je veux ma voiture avant dix minutes. (Le domestique se retire.) Je confesserai la Couplet, et demain, si vous voulez me donner à dîner, je vous rendrai bon compte de ce dont on me fait ici l'ouverture.

La Marquise.—Vous serez ici impatiemment attendu.

La Comtesse.—Songez, mon très cher, que s'il s'agit de grandes prouesses, comme ceci m'en a tout l'air, je veux en être, moi. Quant à la Marquise, il n'y faut plus penser: elle se réforme (Elle sourit).

La Marquise.—Madame persifle…

La voiture du prélat fut bientôt prête. Il ordonna d'aller le plus grand train et d'arrêter rue des Déchargeurs. C'était celle où demeurait la Couplet. Le lendemain, le Comte, très exact, fut de retour à deux heures. En abordant ces dames:

Le Comte,avec vivacité.—Vive l'admirable, la sublime, l'inappréciable Couplet! Par ma foi! l'aperçu de sa fête est un éclair de génie, et pour la seule idée qu'elle a eue de m'en mettre, je lui aurais volontiers donné dix louis de plus!

La Comtesse.—Contez, contez-nous cela, délicieux ami!

Le Comte.—Oh! non, sur la plupart des objets je ne pourrais vous instruire qu'en gros. Il convient, que vous ayez le plaisir de la surprise.

La Marquise,avec feu.—Nous en sommes donc?

Le Comte.—Si vous daignez y consentir!

La Comtesse.—Je respire. Sa question me fait espérer qu'elle tient encore au plaisir.

Le Comte.—Vendredi nous en aurons de plus fortes preuves…

La Marquise.—La fête, la fête, qu'est-ce que c'est?

Le Comte.—Local enchanteur, que je connais: vingt cavaliers, vingt dames; deux à deux, quatre à quatre, en nombre pair, enfin, comme au château de Cutendre. Promenade en attendant que tout le monde soit réuni; concert ensuite et feu d'artifice; souper exquis et magnifique: toute la nuit, danse, jeux et folies; au point du jour chacun à petit bruit défilera…

La Marquise.—Voilà qui est à merveille, mais la société?

Le Comte.—J'ai vu la liste. Les hommes sont presque tous des étrangers de marque, ou du moins décents et riches. Les dames, j'en connais une demi-douzaine; tout cela convient pour la circonstance, et, d'après la parole que Couplet m'a donnée, je crois que le reste ne gâtera rien; ainsi nous pouvons ne point appréhender de nous trouver absolument en mauvaise compagnie. Quant à notre entrée là-bas, comme il nous faut être pairs, j'ai pris d'avance la liberté d'arranger la chose. L'une de vous paraîtra sous l'escorte du palatin Morawiski, le meilleur ami que j'eus en Italie et que je viens de retrouver, grâce à la liste; l'autre voudra bien se laisser mener par votre très humble serviteur.

La Comtesse.—Cher Comte, ce sera moi. Je n'ai pas l'avantage de connaître votre palatin. Donnons ce chaperon à la marquise et soyez le mien.

Le Comte.—Votre lot ne sera pas le meilleur, ma chère comtesse. Morawiski, je vous le jure, est l'un des plus beaux et des plus aimables cavaliers que nous ait fourni sa nation, dont vous savez que la noblesse jouit à juste titre d'une haute réputation de politesse, de galanterie et de magnificence; au surplus, il ne s'agit que d'avoir mis le pied dans l'Eden: dès qu'on y sera, chacun sera libre de se faufiler à son gré, car… j'outrepasse ici les bornes de la discrétion qui m'était recommandée, mais vous ne jaserez point?

La Comtesse.—Nous saurons nous taire.

Le Comte.—Eh bien! le fin mot de la partie est que chaque dame seratoute à tous; chaque homme,tout à toutes.

La Comtesse,avec exaltation.—Toute à tous!J'aime ce noble cri de guerre! Ah! oui! j'y serai fidèle! Qu'un affreux prodige mure chez moi toutes les portes du plaisir, si je déroge à la loi; ou mon peu de charmes et la vivacité de mes agaceries manqueront leur succès, ou je ne quitterai point la lice sans que chaque champion ait fait tout au moins un coup de lance avec moi!

La Marquise.—Comme elle y va? Tout doux, l'amie, et les autres donc? (Au comte). Madame suppose apparemment qu'il ne doit y en avoir que pour elle!

Le Comte,baisant la main de la marquise.—Charmant souci! il est pour demain d'un bienheureux présage! Mais si nous nous dépêchions de dîner? car il est indispensable d'aller coucher tous à Paris, où notre présence sera nécessaire pour différents préparatifs: (La marquise sonne et ordonne qu'on hâte le dîner. Le comte continue.) A propos, j'oubliais de vous faire part d'un accident fâcheux arrivé à quelqu'un que je crois être ou du moins avoir été de notre connaissance.

La Comtesse.—Si vous le nommiez…

Le Comte.—Le Vicomte de Molengin, garçon d'esprit fort aimable.

La Marquise.—Nous le connaissons… comme cela.

Le Comte.—Mélomane outré, et disait-on, le plus mauvais tendeur du royaume…

La Comtesse.—Nous en savons quelque chose (Haussant les épaules). Et vous qualifiez cela d'homme aimable?

La Marquise.—Au surplus qu'a-t-il fait?

Le Comte.—Il est mort.

La Marquise.—Mort?

La Comtesse,souriant.—Il est mort en entier?

Le Comte.—Voici son histoire.—Cet équivoque personnage, ennuyé de ne pouvoir employer agréablement l'un des plus distingués boute-joie que la nature ait jamais fabriqués, avait mis sa confiance dans un docteur italien, fieffé charlatan, dit-on, mais qui, d'abord, avait si bien ressuscité le vicomte, que celui-ci se flattait tout de bon d'avoir enfin retrouvé ce qui lui manquait depuis si longtemps. Devenu presque vigoureux par artifice, le pauvre diable a bientôt abusé de cet état heureux. Malgré lespianoperpétuels de l'esculape ultra-mondain, c'était chaque jour quelque nouvelle aventure galante mise tellement vivement à fin. Bref, avant-hier…Que diable allait-il faire dans cette galère!il s'était donné le régal d'une nymphe subalterne des coulisses italiennes… il a rendu l'âme avec la seconde bordée de son fluide génital.

La Comtesse.—Peste! le bel effort qu'il avait fait! deux fois! (Elle hausse les épaules.)


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