[217]Saint Jean, XV, 1.—(Note du Traducteur.)
[217]Saint Jean, XV, 1.—(Note du Traducteur.)
[218]Selon M. Émile Male, le sculpteur d'Amiens s'est inspiré ici d'un passage d'Honorius d'Autun. Voici ce passage (Male, p. 61): «L'aspic est une espèce de dragon que l'on peut charmer avec des chants. Mais il est en garde contre les charmeurs et quand il les entend, il colle, dit-on, une oreille contre terre et bouche l'autre avec sa queue, de sorte qu'il ne peut rien entendre et se dérobe à l'incantation. L'aspic est l'image du pêcheur qui ferme ses oreilles aux paroles de vie.» M. Male conclut ainsi: «Le Christ d'Amiens qu'on appelle communément le Christ enseignant est donc quelque chose de plus: il est le Christ vainqueur. Il triomphe par sa parole du démon, du péché et de la mort. L'idée est belle et le sculpteur l'a magnifiquement réalisée. Mais n'oublions pas que leSpeculum Ecclesiælui a fourni la pensée première de son œuvre et lui en a dicté l'ordonnance. À l'origine d'une des plus belles œuvres du XIIIesiècle on trouve le livre d'Honorius d'Autun (Art religieux auXIIIesiècle, p. 62).—(Note du Traducteur.)
[218]Selon M. Émile Male, le sculpteur d'Amiens s'est inspiré ici d'un passage d'Honorius d'Autun. Voici ce passage (Male, p. 61): «L'aspic est une espèce de dragon que l'on peut charmer avec des chants. Mais il est en garde contre les charmeurs et quand il les entend, il colle, dit-on, une oreille contre terre et bouche l'autre avec sa queue, de sorte qu'il ne peut rien entendre et se dérobe à l'incantation. L'aspic est l'image du pêcheur qui ferme ses oreilles aux paroles de vie.» M. Male conclut ainsi: «Le Christ d'Amiens qu'on appelle communément le Christ enseignant est donc quelque chose de plus: il est le Christ vainqueur. Il triomphe par sa parole du démon, du péché et de la mort. L'idée est belle et le sculpteur l'a magnifiquement réalisée. Mais n'oublions pas que leSpeculum Ecclesiælui a fourni la pensée première de son œuvre et lui en a dicté l'ordonnance. À l'origine d'une des plus belles œuvres du XIIIesiècle on trouve le livre d'Honorius d'Autun (Art religieux auXIIIesiècle, p. 62).—(Note du Traducteur.)
[219]«Tu marcheras sur l'Aspic et sur le Basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon» (Psaume XCI, 13).—(Note du Traducteur.)
[219]«Tu marcheras sur l'Aspic et sur le Basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon» (Psaume XCI, 13).—(Note du Traducteur.)
[220]Voyez mon résumé de l'histoire de Barberousse et Alexandre dansFiction, Beau et Laid. Ninetenth century, novembre 1880, p. 752, seq. VoyezSur la Vieille Route, vol. II, p. 3.—(Note de l'Auteur.)La citation faite par Alexandre III est aussi rappelée dansStones of Venice, II, III, 59.—(Note du Traducteur.)
[220]Voyez mon résumé de l'histoire de Barberousse et Alexandre dansFiction, Beau et Laid. Ninetenth century, novembre 1880, p. 752, seq. VoyezSur la Vieille Route, vol. II, p. 3.—(Note de l'Auteur.)
La citation faite par Alexandre III est aussi rappelée dansStones of Venice, II, III, 59.—(Note du Traducteur.)
[221]Cf. chapitre Ier, § 33, de ce volume «jusqu'à ce que le même signe soit lu à rebours par un trône dégénéré».—(Note du Traducteur.)
[221]Cf. chapitre Ier, § 33, de ce volume «jusqu'à ce que le même signe soit lu à rebours par un trône dégénéré».—(Note du Traducteur.)
[222]Voyez ce qu'en dit et les dessins très exacts qu'en donne Viollet-le-Duc (art.Christ, Dictionnaire d'architecture, III, 245).—(Note de l'Auteur.)Voir aussi plus haut, page 76, l'opinion de Huysmans sur cette statue.—(Note du Traducteur.)
[222]Voyez ce qu'en dit et les dessins très exacts qu'en donne Viollet-le-Duc (art.Christ, Dictionnaire d'architecture, III, 245).—(Note de l'Auteur.)
Voir aussi plus haut, page 76, l'opinion de Huysmans sur cette statue.—(Note du Traducteur.)
[223]Psaume XXIV.—(Note du Traducteur.)
[223]Psaume XXIV.—(Note du Traducteur.)
[224]Voyez le cercle des Puissances des Cieux dans les interprétations byzantines, I, la Sagesse; II, les Trônes; III, les Dominations; IV, les Anges; V, les Archanges; VI, les Vertus; VII, les Puissances; VIII, les Princes; IX, les Séraphins. Dans l'ordre Grégorien (Dante,Par., XXVIII, note de Cary), les anges et les archanges sont séparés, donnant, en tout, neuf ordres, mais non pas neuf classes dans un ordre hiérarchique. Remarquez que, dans le cercle byzantin, les chérubins sont en premier, et que c'est la force des Vertus qui ordonne aux monts de se lever (Saint Mark's Rest, p. 97 et p. 158, 159).—(Note de l'Auteur.)
[224]Voyez le cercle des Puissances des Cieux dans les interprétations byzantines, I, la Sagesse; II, les Trônes; III, les Dominations; IV, les Anges; V, les Archanges; VI, les Vertus; VII, les Puissances; VIII, les Princes; IX, les Séraphins. Dans l'ordre Grégorien (Dante,Par., XXVIII, note de Cary), les anges et les archanges sont séparés, donnant, en tout, neuf ordres, mais non pas neuf classes dans un ordre hiérarchique. Remarquez que, dans le cercle byzantin, les chérubins sont en premier, et que c'est la force des Vertus qui ordonne aux monts de se lever (Saint Mark's Rest, p. 97 et p. 158, 159).—(Note de l'Auteur.)
[225]Saint Luc, X, 5.—(Note du Traducteur.)
[225]Saint Luc, X, 5.—(Note du Traducteur.)
[226]Aujourd'hui le mot d'argot pour désigner un prêtre dans le peuple, en France, est unPax vobiscumou, en abrégé, unvobiscum.—(Note de l'Auteur.)
[226]Aujourd'hui le mot d'argot pour désigner un prêtre dans le peuple, en France, est unPax vobiscumou, en abrégé, unvobiscum.—(Note de l'Auteur.)
[227]C'est là (dans leDe orte et obitu Patrum, attribué à Isidore de Séville), dit M. Mule, que nous apprenons qu'Isaïe fut coupé en deux avec une scie, sous le règne de Manassé (Émile Male,Histoire de l'Art religieux au XIIIesiècle, p. 214). Au Portail Saint-Honoré à Amiens, Isaïe est représenté la tête fendue.—(Note du Traducteur.)
[227]C'est là (dans leDe orte et obitu Patrum, attribué à Isidore de Séville), dit M. Mule, que nous apprenons qu'Isaïe fut coupé en deux avec une scie, sous le règne de Manassé (Émile Male,Histoire de l'Art religieux au XIIIesiècle, p. 214). Au Portail Saint-Honoré à Amiens, Isaïe est représenté la tête fendue.—(Note du Traducteur.)
[228]Voir la version des Septante.—(Note de l'Auteur.)
[228]Voir la version des Septante.—(Note de l'Auteur.)
[229]En français dans le texte.
[229]En français dans le texte.
[230]Selon M. Male, c'est un lion.—(Note du Traducteur.)
[230]Selon M. Male, c'est un lion.—(Note du Traducteur.)
[231]Interprété différemment par M. Male: «Nos artistes ont représenté la lâcheté à Paris, à Amiens, à Chartres et à Reims, par une scène pleine de bonhomie populaire. Un chevalier pris de panique jette son épée et s'enfuit à toutes jambes devant un lièvre qui le poursuit; sans doute il fait nuit, car une chouette perchée sur un arbre, semble pousser son cri lugubre. Ne dirait-on pas un vieux proverbe ou quelque fabliau. Je croirais volontiers que l'anecdote du soldat poursuivi par un lièvre était au nombre des historiettes que les prédicateurs aimaient à raconter à leurs ouailles. Il y a, dans laSomme le Roide Frère Lorens, quelque chose qui ressemble fort à notre bas-relief (Histoire de l'art religieux, p. 166 et 167). Voir la description de la Patience du Palais des Doges 4° face du 7° chapiteau (Stones of Venice, I, V, § LXXI).—(Note du Traducteur.)
[231]Interprété différemment par M. Male: «Nos artistes ont représenté la lâcheté à Paris, à Amiens, à Chartres et à Reims, par une scène pleine de bonhomie populaire. Un chevalier pris de panique jette son épée et s'enfuit à toutes jambes devant un lièvre qui le poursuit; sans doute il fait nuit, car une chouette perchée sur un arbre, semble pousser son cri lugubre. Ne dirait-on pas un vieux proverbe ou quelque fabliau. Je croirais volontiers que l'anecdote du soldat poursuivi par un lièvre était au nombre des historiettes que les prédicateurs aimaient à raconter à leurs ouailles. Il y a, dans laSomme le Roide Frère Lorens, quelque chose qui ressemble fort à notre bas-relief (Histoire de l'art religieux, p. 166 et 167). Voir la description de la Patience du Palais des Doges 4° face du 7° chapiteau (Stones of Venice, I, V, § LXXI).—(Note du Traducteur.)
[232]Dans la cathédrale de Laon il y a un joli compliment fait aux bœufs qui transportèrent les pierres de ses tours au sommet de la montagne sur laquelle elle s'élève. La tradition est qu'ils se harnachèrent eux-mêmes, mais la tradition ne dit pas comment un bœuf peut se harnacher lui-même (*), même s'il en avait envie. Probablement la première forme du récit fut qu'ils allaient joyeusement «en mugissant». Mais, quoi qu'il en soit, leurs statues sont sculptées sur le haut des tours, au nombre de huit, colossales, regardant de ses galeries, à travers les plaines de France. Voyez le dessin dans Viollet-le-Duc, articleClocher.—(Note de l'Auteur.)(*) Voir plus haut chapitre III: «La vie de Jérôme ne commence pas comme celle d'un moine Palestine. Dean de Milman ne nous a pas expliqué comment celle d'aucun homme le pourrait.»—Voir dans Male (page 77) une légende de Guibert de Nogent relative aux bœufs de Laon.—(Note du Traducteur.)
[232]Dans la cathédrale de Laon il y a un joli compliment fait aux bœufs qui transportèrent les pierres de ses tours au sommet de la montagne sur laquelle elle s'élève. La tradition est qu'ils se harnachèrent eux-mêmes, mais la tradition ne dit pas comment un bœuf peut se harnacher lui-même (*), même s'il en avait envie. Probablement la première forme du récit fut qu'ils allaient joyeusement «en mugissant». Mais, quoi qu'il en soit, leurs statues sont sculptées sur le haut des tours, au nombre de huit, colossales, regardant de ses galeries, à travers les plaines de France. Voyez le dessin dans Viollet-le-Duc, articleClocher.—(Note de l'Auteur.)
(*) Voir plus haut chapitre III: «La vie de Jérôme ne commence pas comme celle d'un moine Palestine. Dean de Milman ne nous a pas expliqué comment celle d'aucun homme le pourrait.»—Voir dans Male (page 77) une légende de Guibert de Nogent relative aux bœufs de Laon.—(Note du Traducteur.)
[233]Cf.Stones of Venice, I, V, LXXXVIII.
[233]Cf.Stones of Venice, I, V, LXXXVIII.
[234]Symbole de la douceur selon les théologiens parce qu'il se laisse prendre sans résistance ce qu'il a de plus précieux, son lait et sa laine (voir Male).—(Note du Traducteur.)
[234]Symbole de la douceur selon les théologiens parce qu'il se laisse prendre sans résistance ce qu'il a de plus précieux, son lait et sa laine (voir Male).—(Note du Traducteur.)
[235]Le rameau d'olivier de la Concorde (Voir Male, p. 170).—(Note du Traducteur.)
[235]Le rameau d'olivier de la Concorde (Voir Male, p. 170).—(Note du Traducteur.)
[236]Voir la Discorde du Palais des Doges (troisième face du septième chapiteau) avec la citation de Spencer,Stones of Venice, I, V, LXX.—(Note du Traducteur.)
[236]Voir la Discorde du Palais des Doges (troisième face du septième chapiteau) avec la citation de Spencer,Stones of Venice, I, V, LXX.—(Note du Traducteur.)
[237]Cf. Volney: «Enfin la nature l'a (le chameau) visiblement destiné à l'esclavage en lui refusant toutes défenses contre ses ennemis. Privé des cornes du taureau, du sabot du cheval, de la dent de l'éléphant et de la légèreté du cerf, que peut le chameau? etc.» (Voyage en Égypte et en Syrie).—(Note du Traducteur.)
[237]Cf. Volney: «Enfin la nature l'a (le chameau) visiblement destiné à l'esclavage en lui refusant toutes défenses contre ses ennemis. Privé des cornes du taureau, du sabot du cheval, de la dent de l'éléphant et de la légèreté du cerf, que peut le chameau? etc.» (Voyage en Égypte et en Syrie).—(Note du Traducteur.)
[238]Cf. l'Obéissance au Palais des Doges (sixième face du septième chapiteau) et la comparaison avec l'Obéissance de Spencer et celle de Giotto à Assise.Stones of Venice, I, V, § LXXXIII.—(Note du Traducteur.)
[238]Cf. l'Obéissance au Palais des Doges (sixième face du septième chapiteau) et la comparaison avec l'Obéissance de Spencer et celle de Giotto à Assise.Stones of Venice, I, V, § LXXXIII.—(Note du Traducteur.)
[239]«La rébellion n'apparaît au moyen âge que sous un seul aspect, la désobéissance à l'église... La rose de Notre-Dame de Paris» (ces petites scènes sont presque identiques à Paris, Chartres, Amiens et Reims) «offre un curieux détail: l'homme qui se révolte contre l'évêque porte le bonnet conique des Juifs... Le Juif qui depuis tant de siècles refusait d'entendre la parole de l'église semble être le symbole même de la révolte et de l'obstination» (Male, p. 112).—(Note du Traducteur.)
[239]«La rébellion n'apparaît au moyen âge que sous un seul aspect, la désobéissance à l'église... La rose de Notre-Dame de Paris» (ces petites scènes sont presque identiques à Paris, Chartres, Amiens et Reims) «offre un curieux détail: l'homme qui se révolte contre l'évêque porte le bonnet conique des Juifs... Le Juif qui depuis tant de siècles refusait d'entendre la parole de l'église semble être le symbole même de la révolte et de l'obstination» (Male, p. 112).—(Note du Traducteur.)
[240]Apocalypse, III, 2.—(Note du Traducteur.)
[240]Apocalypse, III, 2.—(Note du Traducteur.)
[241]Cf. la Constance du Palais des Doges (deuxième face du septième chapiteau):Constantia sum, nil timens, et la comparaison avec Giotto et le Pilgrim's Progress (Stones of Venice, I, V, § LXIX).—(Note du Traducteur.)
[241]Cf. la Constance du Palais des Doges (deuxième face du septième chapiteau):Constantia sum, nil timens, et la comparaison avec Giotto et le Pilgrim's Progress (Stones of Venice, I, V, § LXIX).—(Note du Traducteur.)
[242]Éphésiens, VI, 15.—(Note du Traducteur.)
[242]Éphésiens, VI, 15.—(Note du Traducteur.)
[243]Cantique des cantiques, VII, 1.—(Note du Traducteur.)
[243]Cantique des cantiques, VII, 1.—(Note du Traducteur.)
[244]À Paris une croix, à Chartres un calice. Au Palais des Doges (première face du neuvième chapiteau) sa devise est:Fides optima in Deo.La Foi de Giotto tient une croix dans sa main droite, dans la gauche un phylactère, elle a une clef à sa ceinture et foule aux pieds des livres cabalistiques. Sur la Foi de Spencer (Fidelia), voirStones of Venice, I, V, § LXXVII.—(Note du Traducteur.)
[244]À Paris une croix, à Chartres un calice. Au Palais des Doges (première face du neuvième chapiteau) sa devise est:Fides optima in Deo.La Foi de Giotto tient une croix dans sa main droite, dans la gauche un phylactère, elle a une clef à sa ceinture et foule aux pieds des livres cabalistiques. Sur la Foi de Spencer (Fidelia), voirStones of Venice, I, V, § LXXVII.—(Note du Traducteur.)
[245]Saint Jean, VI, 33.—(Note du Traducteur.)
[245]Saint Jean, VI, 33.—(Note du Traducteur.)
[246]Dans ce passage ce furent pour moi, non pas les paroles du Christ, mais les paroles de Ruskin qui pendant plusieurs années «restèrent dans leur mystère». J'ai toujours pensé pourtant que c'était du caractère sacré de la nourriture dans son sens le plus général et le plus matériel qu'il s'agissait ici, qu'en parlant des lois de la vie et de l'esprit comme liées à son acceptation et à son refus, Ruskin entendait signifier le support indispensable et incessant que la nutrition donne à la pensée et à la vie, tout refus partiel de nourriture se traduisant par une modification de l'état de l'esprit, par exemple dans l'ascétisme. Quant à la distribution de la nourriture, les lois de l'esprit et de la vie me paraissaient lui être liées aussi en ce que d'elle dépend, si on se place au point de vue subjectif de celui qui donne (c'est-à-dire au point de vue moral), la charité du cœur, et si on se place au point de vue de ceux qui reçoivent, et même de ceux qui donnent considérés objectivement, au point de vue politique), le bon état social.—Mais je n'avais pas de certitude, ne trouvant ni les mêmes idées, ni les mêmes expressions dans aucun des livres de Ruskin que j'avais présents à l'esprit. Et les ouvrages d'un grand écrivain sont le seul dictionnaire où l'on puisse contrôler avec certitude le sens des expressions qu'il emploie. Cependant cette même idée, étant de Ruskin, devait se retrouver dans Ruskin. Nous ne pensons pas une idée une seule fois. Nous aimons une idée pendant un certain temps, nous lui revenons quelquefois, fût-ce pour l'abandonner à tout jamais ensuite. Si vous avez rencontré avec une personne l'homme le plus changeant je ne dis même pas dans ses amitiés, mais dans ses relations, nul doute que pendant l'année qui suit cette rencontre si vous étiez le concierge de cet homme vous verriez entrer chez lui l'ami ou une lettre de l'ami que vous avez rencontré ou si vous étiez sa mémoire vous verriez passer l'image de son ami éphémère. Aussi faut-il faire avec un esprit, si l'on veut revoir une de ses idées, ne fût-elle pour lui qu'une idée passagère et un temps seulement préférée, comme font les pêcheurs: placer un filet attentif, d'un endroit à un autre (d'une époque à une autre) de sa production, fut-elle incessamment renouvelée. Si le filet a des mailles assez serrées et assez fines, il serait bien surprenant que vous n'arrêtiez pas au passage une de ces belles créatures que nous appelons idées, qui se plaisent dans les eaux d'une pensée, y naissant par une génération qui semble en quelque sorte spontanée et où ceux qui aiment à se promener au bord des esprits sont bien certains de les apercevoir un jour, s'ils ont seulement un peu de patience et un peu d'amour. En lisant l'autre jour dansVerona and other Lectures, le chapitre intitulé: «The Story of Arachné», arrivé à un passage (§§ 25 et 26) sur la cuisine, science capitale, et fondement du bonheur des états, je fus frappé par la phrase qui le termine. «Vous riez en m'entendant parler ainsi et je suis content que vous riez à condition que vous compreniez seulement que moi je ne ris pas, et de quelle façon réfléchie, entière et grave, je vous déclare que je crois nécessaires à la prospérité de cette nation et de toute autre: premièrement une soigneuse purification et une affectueusedistribution de la nourriture, de façon que vous puissiez, non pas seulement le dimanche, mais après le labeur quotidien, qui, s'il est bien compris, est un perpétuel service divin de chaque jour—de façon, dis-je, à ce que vous puissiez manger des viandes grasses et boire des liqueurs douces, et envoyer des portions à ceux pour qui rien n'est préparé.» (Cette dernière phrase est de Néhémie, VIII, 10.) Je trouverai peut-être quelque jour un commentaire précis des mots «acceptance» et «refusal». Mais je crois que pour «food» et pour «distribution» ce passage vérifie absolument mon hypothèse.—(Note du Traducteur.)
[246]Dans ce passage ce furent pour moi, non pas les paroles du Christ, mais les paroles de Ruskin qui pendant plusieurs années «restèrent dans leur mystère». J'ai toujours pensé pourtant que c'était du caractère sacré de la nourriture dans son sens le plus général et le plus matériel qu'il s'agissait ici, qu'en parlant des lois de la vie et de l'esprit comme liées à son acceptation et à son refus, Ruskin entendait signifier le support indispensable et incessant que la nutrition donne à la pensée et à la vie, tout refus partiel de nourriture se traduisant par une modification de l'état de l'esprit, par exemple dans l'ascétisme. Quant à la distribution de la nourriture, les lois de l'esprit et de la vie me paraissaient lui être liées aussi en ce que d'elle dépend, si on se place au point de vue subjectif de celui qui donne (c'est-à-dire au point de vue moral), la charité du cœur, et si on se place au point de vue de ceux qui reçoivent, et même de ceux qui donnent considérés objectivement, au point de vue politique), le bon état social.—Mais je n'avais pas de certitude, ne trouvant ni les mêmes idées, ni les mêmes expressions dans aucun des livres de Ruskin que j'avais présents à l'esprit. Et les ouvrages d'un grand écrivain sont le seul dictionnaire où l'on puisse contrôler avec certitude le sens des expressions qu'il emploie. Cependant cette même idée, étant de Ruskin, devait se retrouver dans Ruskin. Nous ne pensons pas une idée une seule fois. Nous aimons une idée pendant un certain temps, nous lui revenons quelquefois, fût-ce pour l'abandonner à tout jamais ensuite. Si vous avez rencontré avec une personne l'homme le plus changeant je ne dis même pas dans ses amitiés, mais dans ses relations, nul doute que pendant l'année qui suit cette rencontre si vous étiez le concierge de cet homme vous verriez entrer chez lui l'ami ou une lettre de l'ami que vous avez rencontré ou si vous étiez sa mémoire vous verriez passer l'image de son ami éphémère. Aussi faut-il faire avec un esprit, si l'on veut revoir une de ses idées, ne fût-elle pour lui qu'une idée passagère et un temps seulement préférée, comme font les pêcheurs: placer un filet attentif, d'un endroit à un autre (d'une époque à une autre) de sa production, fut-elle incessamment renouvelée. Si le filet a des mailles assez serrées et assez fines, il serait bien surprenant que vous n'arrêtiez pas au passage une de ces belles créatures que nous appelons idées, qui se plaisent dans les eaux d'une pensée, y naissant par une génération qui semble en quelque sorte spontanée et où ceux qui aiment à se promener au bord des esprits sont bien certains de les apercevoir un jour, s'ils ont seulement un peu de patience et un peu d'amour. En lisant l'autre jour dansVerona and other Lectures, le chapitre intitulé: «The Story of Arachné», arrivé à un passage (§§ 25 et 26) sur la cuisine, science capitale, et fondement du bonheur des états, je fus frappé par la phrase qui le termine. «Vous riez en m'entendant parler ainsi et je suis content que vous riez à condition que vous compreniez seulement que moi je ne ris pas, et de quelle façon réfléchie, entière et grave, je vous déclare que je crois nécessaires à la prospérité de cette nation et de toute autre: premièrement une soigneuse purification et une affectueusedistribution de la nourriture, de façon que vous puissiez, non pas seulement le dimanche, mais après le labeur quotidien, qui, s'il est bien compris, est un perpétuel service divin de chaque jour—de façon, dis-je, à ce que vous puissiez manger des viandes grasses et boire des liqueurs douces, et envoyer des portions à ceux pour qui rien n'est préparé.» (Cette dernière phrase est de Néhémie, VIII, 10.) Je trouverai peut-être quelque jour un commentaire précis des mots «acceptance» et «refusal». Mais je crois que pour «food» et pour «distribution» ce passage vérifie absolument mon hypothèse.—(Note du Traducteur.)
[247]«L'insensé a dit dans son cœur, il n'y a point de Dieu» (Psaume XIV).LeDixit incipiensreparaît souvent dans Ruskin. Je cite de mémoire dansThe Queen of the Air: «C'est la tâche du divin de condamner les erreurs de l'antiquité et celle du philosophe d'en tenir compte. Je vous prierai seulement de lire avec une humaine sympathie les pensées d'hommes qui vécurent, sans qu'on puisse les blâmer, dans une obscurité qu'il n'était pas en leur pouvoir de dissiper et de vous souvenir que quelque accusation de folie qui se puisse justement attacher à l'affirmation: «Il n'y a pus de Dieu», la folie est plus orgueilleuse, plus profonde et moins, pardonnable qui consiste à dire: «Il n'y a de Dieu que pour moi» (Queen of Air, I), et dansStones of Venice:«Comme il est écrit: «Celui-là qui se fie à son propre cœur est un fou», il est aussi écrit «L'insensé a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu». Et l'adulation de soi-même conduisit graduellement à l'oubli de tout excepté de soi et à une incrédulité d'autant plus fatale qu'elle gardait encore la forme et le langage de la foi» (Stones of Venice, II, IV, XCII) et aussiStones of Venice, I, V, 56, etc., etc.—(Note du Traducteur.)
[247]«L'insensé a dit dans son cœur, il n'y a point de Dieu» (Psaume XIV).
LeDixit incipiensreparaît souvent dans Ruskin. Je cite de mémoire dansThe Queen of the Air: «C'est la tâche du divin de condamner les erreurs de l'antiquité et celle du philosophe d'en tenir compte. Je vous prierai seulement de lire avec une humaine sympathie les pensées d'hommes qui vécurent, sans qu'on puisse les blâmer, dans une obscurité qu'il n'était pas en leur pouvoir de dissiper et de vous souvenir que quelque accusation de folie qui se puisse justement attacher à l'affirmation: «Il n'y a pus de Dieu», la folie est plus orgueilleuse, plus profonde et moins, pardonnable qui consiste à dire: «Il n'y a de Dieu que pour moi» (Queen of Air, I), et dansStones of Venice:
«Comme il est écrit: «Celui-là qui se fie à son propre cœur est un fou», il est aussi écrit «L'insensé a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu». Et l'adulation de soi-même conduisit graduellement à l'oubli de tout excepté de soi et à une incrédulité d'autant plus fatale qu'elle gardait encore la forme et le langage de la foi» (Stones of Venice, II, IV, XCII) et aussiStones of Venice, I, V, 56, etc., etc.—(Note du Traducteur.)
[248]Selon M. Male, symbole de résurrection, car la croix ornée d'un étendard est le symbole de Jésus-Christ sortant du tombeau. Nous aurons notre couronne, notre récompense, le jour de la résurrection.—(Note du Traducteur.)
[248]Selon M. Male, symbole de résurrection, car la croix ornée d'un étendard est le symbole de Jésus-Christ sortant du tombeau. Nous aurons notre couronne, notre récompense, le jour de la résurrection.—(Note du Traducteur.)
[249]L'espérance de Giotto a des ailes, un ange devant elle porte une couronne. L'espérance de Spencer est attachée à une ancre. VoirStones of Venice, I, V, § LXXXIV.—(Note du Traducteur.)
[249]L'espérance de Giotto a des ailes, un ange devant elle porte une couronne. L'espérance de Spencer est attachée à une ancre. VoirStones of Venice, I, V, § LXXXIV.—(Note du Traducteur.)
[250]Avant le XIIIesiècle, c'est la Colère qui se poignarde. À partir du XIIIesiècle, c'est le Désespoir. La transition est visible à Lyon, où le Désespoir est opposé encore à la Patience (Male).—(Note du Traducteur.)
[250]Avant le XIIIesiècle, c'est la Colère qui se poignarde. À partir du XIIIesiècle, c'est le Désespoir. La transition est visible à Lyon, où le Désespoir est opposé encore à la Patience (Male).—(Note du Traducteur.)
[251]Parlant du caractère réaliste et pratique du christianisme dans le nord, Ruskin évoque encore cette figure de la charité d'Amiens dansPleasures of England: «Tandis que la Charité idéale de Giotto à Padoue présente à Dieu son cœur dans sa main, et en même temps foule aux pieds des sacs d'or, les trésors de la terre, et donne seulement du blé et des fleurs: au porche ouest d'Amiens elle se contente de vêtir un mendiant avec une pièce de drap de la manufacture de la ville (Pleasures of England, IV).La même comparaison (rencontre certainement fortuite) se trouve être venue à l'esprit de M. Male, et il l'a particulièrement bien exprimée.«La Charité qui tend à Dieu son cœur enflammé, dit-il, est du pays de saint François d'Assise. La charité qui donne son manteau aux pauvres est du pays de saint Vincent de Paul.»Ruskin compare encore différentes interprétations de la Charité dansStones of Venice(chap. sur lePalais des Doges): «Au cinquième chapiteau est figurée la charité. Une femme, des pains sur ses genoux en donne un à un enfant qui tend les bras vers elle à travers une ouverture du feuillage du chapiteau. Très inférieure au symbole giottesque de cette vertu. À la chapelle de l'Arena elle se distingue de toutes les autres vertus à la gloire circulaire qui environne sa tête et à sa croix de feu. Elle est couronnée de fleurs, tend dans sa main droite un vase de blé et de fleurs, et dans la gauche reçoit un trésor du Christ qui apparait au-dessus d'elle pour lui donner le moyen de remplir son incessant office de bienfaisance, tandis qu'elle foule aux pieds les trésors de la terre. La beauté propre à la plupart des conceptions italiennes de la Charité est qu'elles subordonnent la bienfaisance à l'ardeur de son amour, toujours figuré par des flammes; ici elles prennent la forme d'une croix, autour de sa tête; dans la chapelle d'Orcagna à Florence elles sortent d'un encensoir qu'elle a dans sa main; et, dans le Dante, l'embrasent tout entière, si bien que dans le brasier de ces claires flammes, on ne peut plus la distinguer. Spencer la représente comme une mère entourée d'enfants heureux, conception qui a été, depuis, banalisée et vulgarisée par les peintres et les sculpteurs anglais» (Stones of Venice, I, V, § LXXXI). Voir au paragraphe LXVIII du même chapitre comment le sculpteur vénitien a distingué la Libéralité de la Charité.—(Note du Traducteur.)
[251]Parlant du caractère réaliste et pratique du christianisme dans le nord, Ruskin évoque encore cette figure de la charité d'Amiens dansPleasures of England: «Tandis que la Charité idéale de Giotto à Padoue présente à Dieu son cœur dans sa main, et en même temps foule aux pieds des sacs d'or, les trésors de la terre, et donne seulement du blé et des fleurs: au porche ouest d'Amiens elle se contente de vêtir un mendiant avec une pièce de drap de la manufacture de la ville (Pleasures of England, IV).
La même comparaison (rencontre certainement fortuite) se trouve être venue à l'esprit de M. Male, et il l'a particulièrement bien exprimée.
«La Charité qui tend à Dieu son cœur enflammé, dit-il, est du pays de saint François d'Assise. La charité qui donne son manteau aux pauvres est du pays de saint Vincent de Paul.»
Ruskin compare encore différentes interprétations de la Charité dansStones of Venice(chap. sur lePalais des Doges): «Au cinquième chapiteau est figurée la charité. Une femme, des pains sur ses genoux en donne un à un enfant qui tend les bras vers elle à travers une ouverture du feuillage du chapiteau. Très inférieure au symbole giottesque de cette vertu. À la chapelle de l'Arena elle se distingue de toutes les autres vertus à la gloire circulaire qui environne sa tête et à sa croix de feu. Elle est couronnée de fleurs, tend dans sa main droite un vase de blé et de fleurs, et dans la gauche reçoit un trésor du Christ qui apparait au-dessus d'elle pour lui donner le moyen de remplir son incessant office de bienfaisance, tandis qu'elle foule aux pieds les trésors de la terre. La beauté propre à la plupart des conceptions italiennes de la Charité est qu'elles subordonnent la bienfaisance à l'ardeur de son amour, toujours figuré par des flammes; ici elles prennent la forme d'une croix, autour de sa tête; dans la chapelle d'Orcagna à Florence elles sortent d'un encensoir qu'elle a dans sa main; et, dans le Dante, l'embrasent tout entière, si bien que dans le brasier de ces claires flammes, on ne peut plus la distinguer. Spencer la représente comme une mère entourée d'enfants heureux, conception qui a été, depuis, banalisée et vulgarisée par les peintres et les sculpteurs anglais» (Stones of Venice, I, V, § LXXXI). Voir au paragraphe LXVIII du même chapitre comment le sculpteur vénitien a distingué la Libéralité de la Charité.—(Note du Traducteur.)
[252]Pour se rendre compte combien sa religion jadis glorieuse est profanée et lue à rebours par l'esprit français moderne, il vaut la peine, pour le lecteur, de demander chez M. Goyer (place Saint-Denis), leJournal de Saint-Nicolasde 1880 et de regarder le Phénix tel qu'il est représenté à la page 610. L'histoire a l'intention d'être morale, et te Phénix représente l'avarice, mais l'entière destruction de toute tradition sacrée et poétique dans l'esprit d'un enfant par une telle image, est une immoralité qui neutraliserait la prédication d'une année.Afin que cela vaille la peine pour M. Goyer de vous montrer le numéro, achetez celui dans lequel il y a «les conclusions de Jeannie» (p. 337): La scène d'église (avec dialogue) dans le texte est charmante.—(Note de l'Auteur.)M. Male n'est pas éloigné de croire que l'artiste qui a représenté la chasteté à Notre-Dame de Paris (Rose) voulait figurer sur son écu une salamandre, symbole de la chasteté parce qu'elle vit dans les flammes, a même la propriété de les éteindre et n'a pas de sexe. Mais l'artiste s'étant trompé et ayant fait de la salamandre un oiseau, son erreur aurait été reproduite à Amiens et à Chartres.—(Note du Traducteur.)
[252]Pour se rendre compte combien sa religion jadis glorieuse est profanée et lue à rebours par l'esprit français moderne, il vaut la peine, pour le lecteur, de demander chez M. Goyer (place Saint-Denis), leJournal de Saint-Nicolasde 1880 et de regarder le Phénix tel qu'il est représenté à la page 610. L'histoire a l'intention d'être morale, et te Phénix représente l'avarice, mais l'entière destruction de toute tradition sacrée et poétique dans l'esprit d'un enfant par une telle image, est une immoralité qui neutraliserait la prédication d'une année.
Afin que cela vaille la peine pour M. Goyer de vous montrer le numéro, achetez celui dans lequel il y a «les conclusions de Jeannie» (p. 337): La scène d'église (avec dialogue) dans le texte est charmante.—(Note de l'Auteur.)
M. Male n'est pas éloigné de croire que l'artiste qui a représenté la chasteté à Notre-Dame de Paris (Rose) voulait figurer sur son écu une salamandre, symbole de la chasteté parce qu'elle vit dans les flammes, a même la propriété de les éteindre et n'a pas de sexe. Mais l'artiste s'étant trompé et ayant fait de la salamandre un oiseau, son erreur aurait été reproduite à Amiens et à Chartres.—(Note du Traducteur.)
[253]Mais chaste cependant: «Nous voilà loin des terribles figures de la luxure sculptées au portail des églises romanes; à Moissac, à Toulouse des crapauds dévorant le sexe d'une femme et se suspendant à ses seins» (Male).—(Note du Traducteur.)
[253]Mais chaste cependant: «Nous voilà loin des terribles figures de la luxure sculptées au portail des églises romanes; à Moissac, à Toulouse des crapauds dévorant le sexe d'une femme et se suspendant à ses seins» (Male).—(Note du Traducteur.)
[254]«Son écu est décoré d'un serpent qui, parfois, s'enroule autour d'un bâton. Aucun blason n'est plus noble puisque c'est Jésus lui-même qui l'a donné à la prudence: «Soyez prudents, disait-il, comme des serpents» (Male).Giotto donne à la Prudence la double face de Janus et un miroir (Stones of Venice, I, V, § LXXIII). Voir dans ce chapitre deStones of Venicela définition des mots tempérance, σωροσύνη, μανία, ὔβρις (§ LXXIX).—(Note du Traducteur.)
[254]«Son écu est décoré d'un serpent qui, parfois, s'enroule autour d'un bâton. Aucun blason n'est plus noble puisque c'est Jésus lui-même qui l'a donné à la prudence: «Soyez prudents, disait-il, comme des serpents» (Male).
Giotto donne à la Prudence la double face de Janus et un miroir (Stones of Venice, I, V, § LXXIII). Voir dans ce chapitre deStones of Venicela définition des mots tempérance, σωροσύνη, μανία, ὔβρις (§ LXXIX).—(Note du Traducteur.)
[255]«La folie, qui s'oppose à la prudence, mérite de nous arrêter plus longtemps. Elle s'offre à nous à Paris, à Amiens, aux deux portails de Chartres, à la rose d'Auxerre et de Notre-Dame de Paris (*), sous les traits d'un homme, à peine vêtu, armé d'un bâton, qui marche au milieu des pierres et qui parfois reçoit un caillou sur la tête. Presque toujours il porte à sa bouche un objet informe. C'est évidemment là l'image d'un fou que d'invisibles gamins semblent poursuivre a coups de pierres. Chose curieuse, une figure si vivante, et qui semble empruntée à la réalité quotidienne, a une origine littéraire. Elle est née de la combinaison de deux passages de l'Ancien Testament. On lit, en effet; dans lesPsaumes: «L'insensé a lancé contre Dieu une pierre, mais la pierre est tombée sur sa tête. Il a mis une pierre dans le chemin pour y faire heurter son frère et il s'y heurtera lui-même.» Voilà bien le fou d'Amiens. Il marche sur des cailloux qui semblent rouler sous ses pieds et une pierre vient de l'atteindre à la tête.Mais quel est l'objet qu'il porte à sa bouche? Un passage des Psaumes, suivant nous l'explique. Quiconque a feuilleté quelques psautiers à miniatures du XIIIesiècle a remarqué que les illustrations, en fort petit nombre, ne varient jamais. En tête du psaume LIII est dessiné un fou tout à fait semblable au personnage sculpté au portail de nos cathédrales. Il est armé d'un bâton et il s'apprête à manger un objet rond, qui est tout simplement, comme on va le voir, un morceau de pain. On lit, en effet, dans le texte: «Le fou a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu. Le fou accomplit des iniquités abominables...il dévore mon peuple comme un morceau de pain.» On ne peut douter, je crois, que l'artiste ait essayé de rendre ce passage. Ainsi s'explique la figure si complexe de la folie qui, comme tant d'autres, a été imaginée d'abord par les miniaturistes, et adoptée ensuite par les sculpteurs et les peintres verriers» (Male).—(Note du Traducteur.)(*) La figure de la folie au portail de Notre-Dame de Paris a été retouchée. Un cornet dans lequel souffle le fou a remplacé l'objet qu'il semblait manger, le bâton est devenu une espèce de flambeau.
[255]«La folie, qui s'oppose à la prudence, mérite de nous arrêter plus longtemps. Elle s'offre à nous à Paris, à Amiens, aux deux portails de Chartres, à la rose d'Auxerre et de Notre-Dame de Paris (*), sous les traits d'un homme, à peine vêtu, armé d'un bâton, qui marche au milieu des pierres et qui parfois reçoit un caillou sur la tête. Presque toujours il porte à sa bouche un objet informe. C'est évidemment là l'image d'un fou que d'invisibles gamins semblent poursuivre a coups de pierres. Chose curieuse, une figure si vivante, et qui semble empruntée à la réalité quotidienne, a une origine littéraire. Elle est née de la combinaison de deux passages de l'Ancien Testament. On lit, en effet; dans lesPsaumes: «L'insensé a lancé contre Dieu une pierre, mais la pierre est tombée sur sa tête. Il a mis une pierre dans le chemin pour y faire heurter son frère et il s'y heurtera lui-même.» Voilà bien le fou d'Amiens. Il marche sur des cailloux qui semblent rouler sous ses pieds et une pierre vient de l'atteindre à la tête.
Mais quel est l'objet qu'il porte à sa bouche? Un passage des Psaumes, suivant nous l'explique. Quiconque a feuilleté quelques psautiers à miniatures du XIIIesiècle a remarqué que les illustrations, en fort petit nombre, ne varient jamais. En tête du psaume LIII est dessiné un fou tout à fait semblable au personnage sculpté au portail de nos cathédrales. Il est armé d'un bâton et il s'apprête à manger un objet rond, qui est tout simplement, comme on va le voir, un morceau de pain. On lit, en effet, dans le texte: «Le fou a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu. Le fou accomplit des iniquités abominables...il dévore mon peuple comme un morceau de pain.» On ne peut douter, je crois, que l'artiste ait essayé de rendre ce passage. Ainsi s'explique la figure si complexe de la folie qui, comme tant d'autres, a été imaginée d'abord par les miniaturistes, et adoptée ensuite par les sculpteurs et les peintres verriers» (Male).—(Note du Traducteur.)
(*) La figure de la folie au portail de Notre-Dame de Paris a été retouchée. Un cornet dans lequel souffle le fou a remplacé l'objet qu'il semblait manger, le bâton est devenu une espèce de flambeau.
[256]Généralement les prophéties sont écrites sur des banderoles au lieu d'être figurées comme à Amiens dans des bas-reliefs. Pour compléter par des images ruskiniennes, le tableau que donne ici Ruskin, nous cesserons de citer uniquement M. Male et nous rapprocherons les prophéties figurées à Amiens, des prophéties inscrites au baptistère de Saint-Marc. On sait que ces mosaïques sont décrites dansSaint Mark's Restau chapitreSanctus, Sanctus, Sanctus.Et le baptistère de Saint-Marc, dont l'éblouissante fraîcheur est si douce à Venise pendant les après-midi brûlants, est à sa manière une sorte de Saint des Saints ruskinien. M. Collingwood, le disciple préféré de Ruskin, a qui nous devons, en somme, le plus beau livre qui ait été écrit sur lui, a dit que leRepos de Saint-Marcétait auxPierres de Venisece que laBible d'Amiensétait auxSept Lampes de l'architecture.Je pense qu'il veut dire par là que le sujet de l'un et de l'autre a été choisi par Ruskin comme un exemple historique, destiné à illustrer les lois édictées dans ses livres de théorie. C'est le moment où, comme aurait dit Alphonse Daudet, «le professeur va au tableau». Et, en effet, par bien des points rien ne ressemble plus àla Bible d'Amiensque cetÉvangile de Venise.Mais leRepos de Saint-Marcn'est déjà plus du meilleur Ruskin. Il dit lui-même, de façon touchante dans le chapitre:The Requiem, cité plus haut: «Passons à l'autre dôme qui est plus sombre. Plus sombre et très sombre; pour mes vieux yeux à peine déchiffrable; pour les vôtres s'ils sont jeunes et brillants, cela doit être très beau, car c'est l'origine de tous ces fonds dorés de Bellini, Cima, Carpaccio, etc.» Mais c'est tout de même pour essayer de voir ce qu'avaient vu ces «vieux yeux» que nous allions tous les jours nous enfermer dans ce baptistère éclatant et obscur. Et nous pouvons dire d'eux comme il disait des yeux de Turner: «C'est par ces yeux, éteints à jamais que des générations qui ne sont pas encore nées verront les couleurs.» (Note du Traducteur.)
[256]Généralement les prophéties sont écrites sur des banderoles au lieu d'être figurées comme à Amiens dans des bas-reliefs. Pour compléter par des images ruskiniennes, le tableau que donne ici Ruskin, nous cesserons de citer uniquement M. Male et nous rapprocherons les prophéties figurées à Amiens, des prophéties inscrites au baptistère de Saint-Marc. On sait que ces mosaïques sont décrites dansSaint Mark's Restau chapitreSanctus, Sanctus, Sanctus.Et le baptistère de Saint-Marc, dont l'éblouissante fraîcheur est si douce à Venise pendant les après-midi brûlants, est à sa manière une sorte de Saint des Saints ruskinien. M. Collingwood, le disciple préféré de Ruskin, a qui nous devons, en somme, le plus beau livre qui ait été écrit sur lui, a dit que leRepos de Saint-Marcétait auxPierres de Venisece que laBible d'Amiensétait auxSept Lampes de l'architecture.Je pense qu'il veut dire par là que le sujet de l'un et de l'autre a été choisi par Ruskin comme un exemple historique, destiné à illustrer les lois édictées dans ses livres de théorie. C'est le moment où, comme aurait dit Alphonse Daudet, «le professeur va au tableau». Et, en effet, par bien des points rien ne ressemble plus àla Bible d'Amiensque cetÉvangile de Venise.Mais leRepos de Saint-Marcn'est déjà plus du meilleur Ruskin. Il dit lui-même, de façon touchante dans le chapitre:The Requiem, cité plus haut: «Passons à l'autre dôme qui est plus sombre. Plus sombre et très sombre; pour mes vieux yeux à peine déchiffrable; pour les vôtres s'ils sont jeunes et brillants, cela doit être très beau, car c'est l'origine de tous ces fonds dorés de Bellini, Cima, Carpaccio, etc.» Mais c'est tout de même pour essayer de voir ce qu'avaient vu ces «vieux yeux» que nous allions tous les jours nous enfermer dans ce baptistère éclatant et obscur. Et nous pouvons dire d'eux comme il disait des yeux de Turner: «C'est par ces yeux, éteints à jamais que des générations qui ne sont pas encore nées verront les couleurs.» (Note du Traducteur.)
[257]Ruskin dans un moment de découragement s'est appliqué à lui-même ce verset d'Isaïe: «Malheur à moi, s'écrie-t-il dansFors Clavigera, car je suis un homme aux lèvres impures, et je suis un homme perdu parce que mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des armées» (Fors Clavigera, III, LVIII).—(Note du Traducteur.)
[257]Ruskin dans un moment de découragement s'est appliqué à lui-même ce verset d'Isaïe: «Malheur à moi, s'écrie-t-il dansFors Clavigera, car je suis un homme aux lèvres impures, et je suis un homme perdu parce que mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des armées» (Fors Clavigera, III, LVIII).—(Note du Traducteur.)
[258]Au baptistère de Saint-Marc, comme à l'Arena à Padoue et au porche occidental de la cathédrale de Vérone la prophétie rappelée sur le phylactère d'Isaïe est:Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel(Isaïe, VI, 14). Et l'aspect (qui sera plus évocateur des mosaïques byzantines pour ceux qui en ont une fois vu) est celui-ci:ECCE VIRGOCIPIETET PARIET FILIUM ET VOCABITUR NOM.Et ces inscriptions, et ces couleurs éclatantes à côté des grises allégories d'Amiens font penser à la page desStones of Veniceque nous avons citée plus haut, pages 81 et 82.—(Note du Traducteur.)
[258]Au baptistère de Saint-Marc, comme à l'Arena à Padoue et au porche occidental de la cathédrale de Vérone la prophétie rappelée sur le phylactère d'Isaïe est:Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel(Isaïe, VI, 14). Et l'aspect (qui sera plus évocateur des mosaïques byzantines pour ceux qui en ont une fois vu) est celui-ci:
ECCE VIRGOCIPIETET PARIET FILIUM ET VOCABITUR NOM.
Et ces inscriptions, et ces couleurs éclatantes à côté des grises allégories d'Amiens font penser à la page desStones of Veniceque nous avons citée plus haut, pages 81 et 82.—(Note du Traducteur.)
[259]Au baptistère de Saint-Marc le texte de Jérémie est:Hic est Deus noster et non extimabitur alius.—(Note du Traducteur.)
[259]Au baptistère de Saint-Marc le texte de Jérémie est:Hic est Deus noster et non extimabitur alius.—(Note du Traducteur.)
[260]Sur la manière de représenter les fleuves voir notammentGiotto and his work in Paduaau Baptême du Christ.—(Note du Traducteur.)
[260]Sur la manière de représenter les fleuves voir notammentGiotto and his work in Paduaau Baptême du Christ.—(Note du Traducteur.)
[261]«Comment croire que le sculpteur d'Amiens qui a représenté Ézéchiel, la tête dans la main devant une mesquine petite roue, ait eu la prétention d'illustrer ce passage du prophète: «Je regardais les animaux et voici, il y avait des roues sur la terre près des animaux. À leur aspect... les roues semblaient être en chrysolithe... chaque roue paraissait être au milieu d'une autre roue. Elles avaient une circonférence et une hauteur effrayantes et les quatre roues étaient remplies d'yeux tout autour. Quand les animaux marchaient, les roues cheminaient à côté d'eux. Au-dessus il y avait un ciel de cristal resplendissant.» Toute l'horreur religieuse d'une pareille vision disparaît à l'instant où on essaie de la représenter. Ces petites images inscrites dans des quatre-feuilles sont charmantes comme les claires figures qui ornent les livres d'heures français. Mais elles n'ont rien retenu de la grandeur des originaux qu'elles prétendaient traduire» (Émile Male, p. 216,passim).—(Note du Traducteur.)
[261]«Comment croire que le sculpteur d'Amiens qui a représenté Ézéchiel, la tête dans la main devant une mesquine petite roue, ait eu la prétention d'illustrer ce passage du prophète: «Je regardais les animaux et voici, il y avait des roues sur la terre près des animaux. À leur aspect... les roues semblaient être en chrysolithe... chaque roue paraissait être au milieu d'une autre roue. Elles avaient une circonférence et une hauteur effrayantes et les quatre roues étaient remplies d'yeux tout autour. Quand les animaux marchaient, les roues cheminaient à côté d'eux. Au-dessus il y avait un ciel de cristal resplendissant.» Toute l'horreur religieuse d'une pareille vision disparaît à l'instant où on essaie de la représenter. Ces petites images inscrites dans des quatre-feuilles sont charmantes comme les claires figures qui ornent les livres d'heures français. Mais elles n'ont rien retenu de la grandeur des originaux qu'elles prétendaient traduire» (Émile Male, p. 216,passim).—(Note du Traducteur.)
[262]Je crains que cette main n'ait été brisée depuis que je l'ai décrite, en tout cas elle est sans forme discernable dans la photographie.—(Note de l'Auteur.)
[262]Je crains que cette main n'ait été brisée depuis que je l'ai décrite, en tout cas elle est sans forme discernable dans la photographie.—(Note de l'Auteur.)
[263]Peintre anglais (1789 à 1854). SonFestin de Balthazarest de 1821.—(Note du Traducteur.)
[263]Peintre anglais (1789 à 1854). SonFestin de Balthazarest de 1821.—(Note du Traducteur.)
[264]Au baptistère de Saint-Marc:Venite et revertamur ad dominum quia ipse capit et sana (bit nos).(Osée, VI, 4.)—(Note du Traducteur.)
[264]Au baptistère de Saint-Marc:Venite et revertamur ad dominum quia ipse capit et sana (bit nos).(Osée, VI, 4.)—(Note du Traducteur.)
[265]Allusion au verset: «Après cela l'Éternel me dit: «Va encore aimer une femme aimée d'un ami et adultère, comme l'Éternel aime les enfants d'Israël lesquels, toutefois, regardent à d'autres dieux et aiment les flacons de vin (Osée, III, 1).Et c'est alors que la prophétie ajoute: «Je m'acquis donc cette femme-là pour quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge.—(Note du Traducteur.)
[265]Allusion au verset: «Après cela l'Éternel me dit: «Va encore aimer une femme aimée d'un ami et adultère, comme l'Éternel aime les enfants d'Israël lesquels, toutefois, regardent à d'autres dieux et aiment les flacons de vin (Osée, III, 1).
Et c'est alors que la prophétie ajoute: «Je m'acquis donc cette femme-là pour quinze pièces d'argent et un homer et demi d'orge.—(Note du Traducteur.)
[266]À Saint-Marc:Super servos meos et super ancillas effundam de spiritu meo(Joël, II. 29).—(Note du Traducteur.)
[266]À Saint-Marc:Super servos meos et super ancillas effundam de spiritu meo(Joël, II. 29).—(Note du Traducteur.)
[267]À Saint-Marc:Ecce parvulum dedit te in gentibus(Abdias, 2).—(Note du Traducteur.)
[267]À Saint-Marc:Ecce parvulum dedit te in gentibus(Abdias, 2).—(Note du Traducteur.)
[268]«Ils lui répondirent: c'était un homme vêtu de poil... et Achazia leur répondit: C'est Elie, le Tshischbite» (II Rois, I, 8). Ce manteau de poils était une ressemblance de plus entre Elie et saint Jean-Baptiste que l'on croyait être Elie ressuscité (Voir Renan,la Vie de Jésus).—(Note du Traducteur.)
[268]«Ils lui répondirent: c'était un homme vêtu de poil... et Achazia leur répondit: C'est Elie, le Tshischbite» (II Rois, I, 8). Ce manteau de poils était une ressemblance de plus entre Elie et saint Jean-Baptiste que l'on croyait être Elie ressuscité (Voir Renan,la Vie de Jésus).—(Note du Traducteur.)
[269]«Il envoya vers lui un capitaine de cinquante avec ses cinquante hommes» (II Rois, I, 9).—(Note du Traducteur.)
[269]«Il envoya vers lui un capitaine de cinquante avec ses cinquante hommes» (II Rois, I, 9).—(Note du Traducteur.)
[270]Auprès d'Achazia qui les avait envoyés consulter Beal-Zebub, Dieu d'Ekron.—(Note du Traducteur.)
[270]Auprès d'Achazia qui les avait envoyés consulter Beal-Zebub, Dieu d'Ekron.—(Note du Traducteur.)
[271]À Saint-Marc:Clamavi ad dominun et exaudivit me de tribulation(e) mea.—(Note du Traducteur.)
[271]À Saint-Marc:Clamavi ad dominun et exaudivit me de tribulation(e) mea.—(Note du Traducteur.)
[272]Cf., plus haut, sur la connaissance qu'on pouvait avoir des chameaux à Amiens.—(Note du Traducteur.)
[272]Cf., plus haut, sur la connaissance qu'on pouvait avoir des chameaux à Amiens.—(Note du Traducteur.)
[273]«Les nations forgeront leurs épées en hoyaux et leurs lances en serpes.» Ce verset, se retrouve dans Isaïe (II, 4) et dans Joël, (III, 10). Après avoir analysé ce passage de la Bible d'Amiens et isolé le verset biblique qui en fait le fond, faisons l'opération inverse, et en partant de ce verset, montrons comment il entre dans la composition d'autres pages de Ruskin. Nous lisons par exemple dansThe Two Paths: «Ce n'est pas en supportant les souffrances d'autrui, mais en faisant l'offrande des vôtres, que vous vous approcherez du grand changement qui doit venir pour le fer de la terre: quand les hommesforgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et où l'on n'apprendra plus la guerre. (The Two Paths, 196.)Et dansLectures on Art: « Et l'art chrétien, comme il naquit de la chevalerie, fut seulement possible aussi longtemps que la chevalerie força rois et chevaliers à prendre souci du peuple. Et il ne sera de nouveau possible que, quand, à la lettre,les épées seront forgées en socs de charrue, quand votre saint Georges d'Angleterre justifiera son nom, et que l'art chrétien se fera connaître comme le fit son Maître, en rompant le pain.» (IV, 126).—(Note du Traducteur.)
[273]«Les nations forgeront leurs épées en hoyaux et leurs lances en serpes.» Ce verset, se retrouve dans Isaïe (II, 4) et dans Joël, (III, 10). Après avoir analysé ce passage de la Bible d'Amiens et isolé le verset biblique qui en fait le fond, faisons l'opération inverse, et en partant de ce verset, montrons comment il entre dans la composition d'autres pages de Ruskin. Nous lisons par exemple dansThe Two Paths: «Ce n'est pas en supportant les souffrances d'autrui, mais en faisant l'offrande des vôtres, que vous vous approcherez du grand changement qui doit venir pour le fer de la terre: quand les hommesforgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et où l'on n'apprendra plus la guerre. (The Two Paths, 196.)
Et dansLectures on Art: « Et l'art chrétien, comme il naquit de la chevalerie, fut seulement possible aussi longtemps que la chevalerie força rois et chevaliers à prendre souci du peuple. Et il ne sera de nouveau possible que, quand, à la lettre,les épées seront forgées en socs de charrue, quand votre saint Georges d'Angleterre justifiera son nom, et que l'art chrétien se fera connaître comme le fit son Maître, en rompant le pain.» (IV, 126).—(Note du Traducteur.)
[274]La statue du prophète, en arrière, est la plus magnifique de la série entière; remarquez spécialement le «diadème» de sa chevelure luxuriante, tressée, comme celle d'une jeune fille, indiquant la force Achilléenne, de ce plus terrible des prophètes (VoyezFors Clavigera, lettre LXV, p. 157). D'ailleurs, cette longue chevelure flottante a toujours été un des insignes des rois Franks, et leur manière d'arranger leur chevelure et leur barbe peut être vue de plus près et avec plus de précision dans les sculptures des angles des longs fonts baptismaux, dans le transept nord, le morceau le plus intéressant de toute la cathédrale, au point de vue historique, et aussi de beaucoup de valeur artistique (Voir plus haut, chap. II, p. 86).—(Note de l'Auteur.)
[274]La statue du prophète, en arrière, est la plus magnifique de la série entière; remarquez spécialement le «diadème» de sa chevelure luxuriante, tressée, comme celle d'une jeune fille, indiquant la force Achilléenne, de ce plus terrible des prophètes (VoyezFors Clavigera, lettre LXV, p. 157). D'ailleurs, cette longue chevelure flottante a toujours été un des insignes des rois Franks, et leur manière d'arranger leur chevelure et leur barbe peut être vue de plus près et avec plus de précision dans les sculptures des angles des longs fonts baptismaux, dans le transept nord, le morceau le plus intéressant de toute la cathédrale, au point de vue historique, et aussi de beaucoup de valeur artistique (Voir plus haut, chap. II, p. 86).—(Note de l'Auteur.)
[275]Voir dans Male (p. 198 et suiv.) l'interprétation des sculptures du porche de Laon, représentant Daniel recevant dans la fosse aux lions le panier que lui apporte Habakuk. Ce porche est consacré à la glorification de la sainte Vierge. Mais, d'après Honorius d'Autun, qu'a suivi le sculpteur de Laon, Habakuk faisant passer la corbeille de nourriture à Daniel sans briser le sceau que le roi y avait imprimé avec son anneau, et, le septième jour, le roi trouvant le sceau intact et Daniel vivant, symbolisait, ou plutôt prophétisait le Christ entrant dans le sein de sa mère sans briser sa virginité et sortant sans toucher à ce sceau de la demeure virginale.—(Note du Traducteur.)
[275]Voir dans Male (p. 198 et suiv.) l'interprétation des sculptures du porche de Laon, représentant Daniel recevant dans la fosse aux lions le panier que lui apporte Habakuk. Ce porche est consacré à la glorification de la sainte Vierge. Mais, d'après Honorius d'Autun, qu'a suivi le sculpteur de Laon, Habakuk faisant passer la corbeille de nourriture à Daniel sans briser le sceau que le roi y avait imprimé avec son anneau, et, le septième jour, le roi trouvant le sceau intact et Daniel vivant, symbolisait, ou plutôt prophétisait le Christ entrant dans le sein de sa mère sans briser sa virginité et sortant sans toucher à ce sceau de la demeure virginale.—(Note du Traducteur.)
[276]À Saint-Marc:Expecta me in die resurrectionis meæ quoniam(judicium, meum ut congregem gentes).—(Note du Traducteur.)
[276]À Saint-Marc:Expecta me in die resurrectionis meæ quoniam(judicium, meum ut congregem gentes).—(Note du Traducteur.)
[277]Voir plus haut, p. 215, note.—(Note de l'Auteur.) «Le médaillon représente un petit monument gothique, un oiseau est perché sur le linteau, et un hérisson entre par la porte ouverte. On pense à quelque fable d'Ésope, et non au terrible passage de Sophonie, que l'artiste a la prétention de rendre: «L'Éternel étendra sa main sur le Septentrion, il détruira l'Assyrie, et il fera de Ninive une solitude, une terre aride comme le désert: des troupeaux se coucheront au milieu d'elle, des animaux de toute espèce, le pélican et le hérisson, habiteront parmi les chapiteaux de ses colonnes, des cris retentiront aux fenêtres, la dévastation sera sur le seuil, caries lambris de cèdre seront arrachés» (Émile Male, p. 211).—(Note du Traducteur.)
[277]Voir plus haut, p. 215, note.—(Note de l'Auteur.) «Le médaillon représente un petit monument gothique, un oiseau est perché sur le linteau, et un hérisson entre par la porte ouverte. On pense à quelque fable d'Ésope, et non au terrible passage de Sophonie, que l'artiste a la prétention de rendre: «L'Éternel étendra sa main sur le Septentrion, il détruira l'Assyrie, et il fera de Ninive une solitude, une terre aride comme le désert: des troupeaux se coucheront au milieu d'elle, des animaux de toute espèce, le pélican et le hérisson, habiteront parmi les chapiteaux de ses colonnes, des cris retentiront aux fenêtres, la dévastation sera sur le seuil, caries lambris de cèdre seront arrachés» (Émile Male, p. 211).—(Note du Traducteur.)
[278]En français dans le texte.
[278]En français dans le texte.
[279]«Dans un autre médaillon sur Zacharie, deux femmes ailées soulèvent une autre femme assise sur une chaudière et formant une composition élégante; mais qu'est devenue l'étrangeté du texte sacré? (suivent les versets 5 à 11 du chapitre V de Zacharie)» (Male, p. 217).Mais comparez surtout avecUnto this last:«De même aussi dans la vision des femmes portant l'ephah, «le vent était dans leurs ailes»; non les ailes «d'une cigogne», comme dans notre version, mais «milvi», d'un milan, comme dans la Vulgate; et peut être plus exactement encore dans la version des septante «hoopoe», d'une huppe, oiseau qui symbolise le pouvoir des richesses d'après un grand nombre de traditions dont sa prière d'avoir une crête d'or est peut être la plus intéressante. LesOiseauxd'Aristophane où elle joue un rôle capital est plein de ces traditions, etc. (Unto this last, § 74, p. 148, note). DansUnto this last, aussi (§ 68, p. 135), Ruskin interprète ces versets de Zacharie. L'ephah ou grande mesure est la «mesure de leur iniquité dans tout le pays». Et si la perversité y est couverte par un couvercle de plomb, c'est qu'elle se cache toujours sous la sottise.—(Note du Traducteur.)
[279]«Dans un autre médaillon sur Zacharie, deux femmes ailées soulèvent une autre femme assise sur une chaudière et formant une composition élégante; mais qu'est devenue l'étrangeté du texte sacré? (suivent les versets 5 à 11 du chapitre V de Zacharie)» (Male, p. 217).
Mais comparez surtout avecUnto this last:
«De même aussi dans la vision des femmes portant l'ephah, «le vent était dans leurs ailes»; non les ailes «d'une cigogne», comme dans notre version, mais «milvi», d'un milan, comme dans la Vulgate; et peut être plus exactement encore dans la version des septante «hoopoe», d'une huppe, oiseau qui symbolise le pouvoir des richesses d'après un grand nombre de traditions dont sa prière d'avoir une crête d'or est peut être la plus intéressante. LesOiseauxd'Aristophane où elle joue un rôle capital est plein de ces traditions, etc. (Unto this last, § 74, p. 148, note). DansUnto this last, aussi (§ 68, p. 135), Ruskin interprète ces versets de Zacharie. L'ephah ou grande mesure est la «mesure de leur iniquité dans tout le pays». Et si la perversité y est couverte par un couvercle de plomb, c'est qu'elle se cache toujours sous la sottise.—(Note du Traducteur.)
[280]Voirante, chap. I (p. 8, 9) l'histoire de saint Firmin, et de saint Honoré (p. 77, § 8) dans ce chapitre, avec la référence qui y est donnée.—(Note de l'Auteur.)
[280]Voirante, chap. I (p. 8, 9) l'histoire de saint Firmin, et de saint Honoré (p. 77, § 8) dans ce chapitre, avec la référence qui y est donnée.—(Note de l'Auteur.)
[281]Voir sur saint Geoffroy, Augustin Thierry,Lettres sur l'Histoire de France, Histoire de la Commune d'Amiens, pp. 271-281.—(Note du Traducteur.)
[281]Voir sur saint Geoffroy, Augustin Thierry,Lettres sur l'Histoire de France, Histoire de la Commune d'Amiens, pp. 271-281.—(Note du Traducteur.)
[282]À Reims un portail est également consacré aux saints de la province; à Bourges, sur cinq portails, deux sont consacrés à des saints du pays. À Chartres, figurent également tous les saints du diocèse; au Mans, à Tours, à Soissons, à Lyon, des vitraux retracent leur vie. Chacune de nos cathédrales présente ainsi l'histoire religieuse d'une province. Partout les saints du diocèse, tiennent après les apôtres la première place (Male, 390 et suivantes).—(Note du Traducteur.)
[282]À Reims un portail est également consacré aux saints de la province; à Bourges, sur cinq portails, deux sont consacrés à des saints du pays. À Chartres, figurent également tous les saints du diocèse; au Mans, à Tours, à Soissons, à Lyon, des vitraux retracent leur vie. Chacune de nos cathédrales présente ainsi l'histoire religieuse d'une province. Partout les saints du diocèse, tiennent après les apôtres la première place (Male, 390 et suivantes).—(Note du Traducteur.)
[283]L'étude des travaux des mois dans nos différentes cathédrales est une des plus belles parties du livre de M. Male. «Ce sont vraiment, dit-il en parlant de ces calendriers sculptés, les Travaux et les Jours.» Après avoir montré leur origine byzantine et romane il dit d'eux: «Dans ces petits tableaux, dans ces belles géorgiques de la France, l'homme fait des gestes éternels.» Puis il montre malgré cela le côté tout réaliste et local de ces œuvres: «Au pied des murs de la petite ville du moyen âge commence la vraie campagne... le beau rythme des travaux virgiliens. Les deux clochers de Chartres se dressent au-dessus des moissons de la Beauce et la cathédrale de Reims domine les vignes champenoises. À Paris, de l'abside de Notre-Dame on apercevait les prairies et les bois; les sculpteurs en imaginant leurs scènes de la vie rustique purent s'inspirer de la réalité voisine», et plus loin: «Tout cela est simple, grave, tout près de l'humanité. Il n'y a rien là des Grâces un peu fades des fresques antiques: nul amour vendangeur, nul génie aile qui moissonne. Ce ne sont pas les charmantes déesses florentines de Botticelli qui dansent à la tête de la Primavera. C'est l'homme tout seul, luttant avec la nature; et si pleine de vie, qu'elle a gardé, après cinq siècles, toute sa puissance d'émouvoir.» On comprend après avoir lu cela que M. Séailles parlant du livre de M. Male ait pu dire qu'il ne connaissait pas un plus bel ouvrage de critique d'art.—(Note du Traducteur.)
[283]L'étude des travaux des mois dans nos différentes cathédrales est une des plus belles parties du livre de M. Male. «Ce sont vraiment, dit-il en parlant de ces calendriers sculptés, les Travaux et les Jours.» Après avoir montré leur origine byzantine et romane il dit d'eux: «Dans ces petits tableaux, dans ces belles géorgiques de la France, l'homme fait des gestes éternels.» Puis il montre malgré cela le côté tout réaliste et local de ces œuvres: «Au pied des murs de la petite ville du moyen âge commence la vraie campagne... le beau rythme des travaux virgiliens. Les deux clochers de Chartres se dressent au-dessus des moissons de la Beauce et la cathédrale de Reims domine les vignes champenoises. À Paris, de l'abside de Notre-Dame on apercevait les prairies et les bois; les sculpteurs en imaginant leurs scènes de la vie rustique purent s'inspirer de la réalité voisine», et plus loin: «Tout cela est simple, grave, tout près de l'humanité. Il n'y a rien là des Grâces un peu fades des fresques antiques: nul amour vendangeur, nul génie aile qui moissonne. Ce ne sont pas les charmantes déesses florentines de Botticelli qui dansent à la tête de la Primavera. C'est l'homme tout seul, luttant avec la nature; et si pleine de vie, qu'elle a gardé, après cinq siècles, toute sa puissance d'émouvoir.» On comprend après avoir lu cela que M. Séailles parlant du livre de M. Male ait pu dire qu'il ne connaissait pas un plus bel ouvrage de critique d'art.—(Note du Traducteur.)
[284]Ce sont les préparatifs de Noël.—(Note du Traducteur.)
[284]Ce sont les préparatifs de Noël.—(Note du Traducteur.)
[285]Souvenir païen de Janus perpétué à Amiens, à Notre-Dame de Paris, à Chartres, dans beaucoup de psautiers. Un des visages regarde l'année qui s'en va, l'autre celle qui vient. À Saint-Denis, dans un vitrail de Chartres, Janus ferme une porte derrière laquelle disparait un vieillard, et en ouvre une autre à un jeune homme (Male, p. 95).—(Note du Traducteur.)
[285]Souvenir païen de Janus perpétué à Amiens, à Notre-Dame de Paris, à Chartres, dans beaucoup de psautiers. Un des visages regarde l'année qui s'en va, l'autre celle qui vient. À Saint-Denis, dans un vitrail de Chartres, Janus ferme une porte derrière laquelle disparait un vieillard, et en ouvre une autre à un jeune homme (Male, p. 95).—(Note du Traducteur.)