The Project Gutenberg eBook ofLa EsmeraldaThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: La EsmeraldaAuthor: Victor HugoRelease date: October 5, 2004 [eBook #13628]Most recently updated: October 28, 2024Language: FrenchCredits: Produced by PG Distributed Proofreaders from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA ESMERALDA ***
This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.
Title: La EsmeraldaAuthor: Victor HugoRelease date: October 5, 2004 [eBook #13628]Most recently updated: October 28, 2024Language: FrenchCredits: Produced by PG Distributed Proofreaders from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr
Title: La Esmeralda
Author: Victor Hugo
Author: Victor Hugo
Release date: October 5, 2004 [eBook #13628]Most recently updated: October 28, 2024
Language: French
Credits: Produced by PG Distributed Proofreaders from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr
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J HETZEL & Cie 18, RUE JACOB
A. QUANTIN & CieRUE SAINT-BENOIT, 7
1880
Si par hasard quelqu'un se souvenait d'un roman en écoutant un opéra, l'auteur croit devoir prévenir le public que pour faire entrer dans la perspective particulière d'une scène lyrique quelque chose du drame qui sert de base au livre intitulé Notre-Dame de Paris, il a fallu en modifier diversement tantôt l'action, tantôt les caractères. Le caractère de Phoebus de Châteaupers, par exemple, est un de ceux qui ont dû être altérés; un autre dénouement a été nécessaire, etc. Au reste, quoique, même en écrivant cet opuscule, l'auteur se soit écarté le moins possible, et seulement quand la musique l'a exigé, de certaines conditions consciencieuses indispensables, selon lui, à toute oeuvre, petite ou grande, il n'entend offrir ici aux lecteurs, ou pour mieux dire aux auditeurs, qu'un canevas d'opéra plus ou moins bien disposé pour que l'oeuvre musicale s'y superpose heureusement, qu'un libretto pur et simple dont la publication s'explique par un usage impérieux. Il ne peut voir dans ceci qu'une trame telle quelle qui ne demande pas mieux que de se dérober sous cette riche et éblouissante broderie qu'on appelle la musique.
L'auteur suppose donc, si par aventure on s'occupe de ce libretto, qu'un opuscule aussi spécial ne saurait en aucun cas être jugé en lui-même et abstraction faite des nécessités musicales que le poëte a dû subir, et qui, à l'Opéra, ont toujours droit de prévaloir. Du reste, il prie instamment le lecteur de ne voir dans les lignes qu'il écrit ici que ce qu'elles contiennent, c'est-à-dire sa pensée personnelle sur ce libretto en particulier, et non un dédain injuste et de mauvais goût pour cette espèce de poëmes en général et pour l'établissement magnifique où ils sont représentés. Lui qui n'est rien, il rappellerait au besoin à ceux qui sont le plus haut placés que nul n'a droit de dédaigner, fût-ce au point de vue littéraire, une scène comme celle-ci. A ne compter même que les poëtes, ce royal théâtre a reçu dans l'occasion d'illustres visites, ne l'oublions pas. En 1671, on représenta avec toute la pompe de la scène lyrique une tragédie-ballet intitulée; Psyché. Le libretto de cet opéra avait deux auteurs: l'un s'appelait Poquelin de Molière, l'autre Pierre Corneille.
14 novembre 1836.
Paris.—1482.
[La Cour des miracles.—Il est nuit. Foule de truands. Danses et bruyantes. Mendiant et mendiantes dans leurs diverses attitudes de métier. Le roi de Thune sur son tonneau. Feux, torches, flambeaux. Cercle de hideuses maisons dans l'ombre.]
CLAUDE FROLLO, CLOPIN TROUILLEFOU[puis] LA ESMERALDA,[puis] QUASIMODO,—LES TRUANDS.
Vive Clopin, roi de Thune!Vivent les gueux de Paris!Faisons nos coups à la brune,Heure où tous les chats sont gris.Dansons! narguons pape et bulle,Et raillons-nous dans nos peaux,Qu'avril mouille ou que juin brûleLa plume de nos chapeaux!Sachons flairer dans l'espaceL'estoc de l'archer vengeur,Ou le sac d'argent qui passeSur le dos du voyageur!Nous irons au clair de luneDanser avec les esprits…—ViveClopin, roi de Thune!Vivent les gueux de Paris!
CLAUDE FROLLO, [à part, derrière un pilier, dans un coin du théâtre.Il est enveloppé d'un grand manteau qui cache son habit de prêtre.
Au milieu de la ronde infâme,Qu'importe le soupir d'une âme?Je souffre! oh! jamais plus de flammeAu sein d'un volcan ne gronda.
[Entre la Esmeralda en dansant.]
La voilà! la voilà! c'est elle! Esmeralda!
CLAUDE FROLLO, [à part.]
C'est elle! oh! oui, c'est elle!Pourquoi, sort rigoureux,L'as-tu faite si belle,Et moi si malheureux?
[Elle arrive au milieu du théâtre. Les truands font cercleavec admiration autour d'elle. Elle danse.]
Je suis l'orpheline,Fille des douleurs,Qui sur vous s'inclineEn jetant des fleurs;Mon joyeux délireBien souvent soupire;Je montre un sourire,Je cache des pleurs.
Je danse, humble fille,Au bord du ruisseau,Ma chanson babilleComme un jeune oiseau;Je suis la colombeQu'on blesse et qui tombe.La nuit de la tombeCouvre mon berceau.
Danse, jeune fille!Tu nous rends plus doux.Prends-nous pour famille,Et joue avec nous,Comme l'hirondelleA la mer se mêle,Agaçant de l'aileLe flot en courroux.
C'est la jeune fille,L'enfant du malheur!Quand son regard brille,Adieu la douleur!Son chant nous rassemble;De loin elle sembleL'abeille qui trembleAu bout d'une fleur.
Danse, jeune fille,Tu nous rends plus doux.Prends-nous pour famille,Et joue avec nous!
CLAUDE FROLLO, [à part.]
Frémis, jeune fille;Le prêtre est jaloux!
[Claude veut se rapprocher de la Esmeralda, qui se détourne de lui avec une sorte d'effroi.—Entre la procession du pape des fous. Torches, lanternes et musique. On porte au milieu du cortège, sur un brancard couvert de chandelles, Quasimodo, chapé et mitré.]
Saluez, clercs de basoche!Hubins, coquillards, cagoux,Saluez tous! il approche.Voici le pape des fous!
CLAUDE FROLLO, [apercevant Quasimodo, s'élance vers luiavec un geste de colère.]
Quasimodo! quel rôle étrange!0 profanation! Ici,Quasimodo!
Grand Dieu! qu'entends-je?
CLAUDE FROLLO.Ici, te dis-je!
QUASIMODO, [se jetant en bas de la litière.]
Me voici!
Sois anathème!
Dieu! c'est lui-même!
Audace extrême!
Instant d'effroi!
A genoux, traître!
Pardonnez, maître!
Non, je suis prêtre!
Pardonnez-moi!
[Claude Frollo arrache les ornements pontificaux de Quasimodo et lesfoule aux pieds. Les truands, sur lesquels Claude jette desregards irrités, commencent à murmurer et se forment en groupesmenaçants autour de lui.]
Il nous menace,O compagnons!Dans cette placeOù nous régnons!
Que veut l'audaceDe ces larrons?On le menace,Mais nous verrons!
Impure race!Juifs et larrons!On me menace,Mais nous verrons!
[La colère des truands éclate.]
Arrête! arrête! arrête!Meure le trouble-fête!Il paiera de sa tête!En vain il se débat!
Qu'on respecte sa tête!Et que chacun s'arrête,Ou je change la fêteEn un sanglant combat!
Ce n'est point pour sa têteQue Frollo s'inquiète.
[Il met la main sur la poitrine.]
C'est là qu'est la tempête,:C'est là qu'est le combat!
[Au moment où la fureur des truands est au comble, ClopinTrouillefou parait au fond du théâtre.]
Qui donc ose attaquer, dans ce repaire infâme,L'archidiacre mon seigneur,Et Quasimodo le sonneurDe Notre-Dame?
LES TRUANDS, [s'arrêtant.]
C'est Clopin, notre roi!
Manants, retirez-vous!
Il faut obéir!
Laissez-nous.
[Les truands se retirent dans les masures. La Cour des miracles reste déserte. Clopin s'approche mystérieusement de Claude.]
Quel motif vous avait jeté dans cette orgie?Avez-vous, monseigneur, quelque ordre à me donner?Vous êtes mon maître en magie.Parlez; je ferai tout.
CLAUDE. [Il saisit vivement Clopin par le bras et l'attire sur ledevant du théâtre.]
Je viens tout terminer.Écoute.
Monseigneur?
Plus que jamais je l'aime!D'amour et de douleur tu me vois palpitant.Il me la faut cette nuit même.
Vous l'allez voir ici passer dans un instant;C'est le chemin de sa demeure.
CLAUDE FROLLO, [à part.]
Oh! l'enfer me saisit!
[Haut.]
Bientôt, dis-tu?
Sur l'heure.
Seule?
Seule.
Il suffit.
Attendrez-vous?
J'attend.Que je l'obtienne ou que je meure!
Puis-je vous servir?
Non.
[Il fait signe à Clopin de s'éloigner, après lui avoir jeté sa bourse.Resté seul avec Quasimodo, il l'amène sur le devant du théâtre.]
Viens, j'ai besoin de toi.
C'est bien.
Pour une chose impie, affreuse, extrême.
Vous êtes mon seigneur.
Les fers, la mort, la loi,Nous bravons tout.
Comptez sur moi.
CLAUDE FROLLO, [impétueusement.]
J'enlève la fille bohème!
Maître, prenez mon sang—sans me dire pourquoi.
[Sur un signe de Claudo Frollo, il se retire vers le fond du [théâtre et laisse son maître sur le devant de la scène.]
0 ciel! avoir donné ma pensée aux abîmes,Avoir de la magie essayé tous les crimes,.Être tombé plus bas que l'enfer ne descend,Prêtre, à minuit, dans l'ombre épier une femme,Et songer, dans l'état où se trouve mon âme,Que Dieu me regarde à présent!
Eh bien, oui! qu'importe!Le destin m'emporte,Sa main est trop forte,Je cède à sa loi!Mon sort recommence!Le prêtre en démenceN'a plus d'espéranceEt n'a plus d'effroi!Démon qui m'enivres,Qu'évoquent mes livres,Si tu me la livres,Je me livre à toi!Reçois sous ton aileLe prêtre infidèle!L'enfer avec elle,C'est mon ciel, à moi!
Viens donc, ô jeune femme!C'est moi qui te réclame!Viens, prends-moi sans retour!Puisqu'un Dieu, puisqu'un maître,Dont le regard pénètreNotre coeur nuit et jour,Exige en son capriceQue le prêtre choisisseDu ciel ou de l'amour!
QUASIMODO, [revenant.]
Maître, l'instant s'approche.
Oui, l'heure est solennelle;Mon sort se décide, tais-toi.
La nuit est sombre,J'entends des pas;Quelqu'un dans l'ombreNe vient-il pas?
[Ils vont écouter au fond du théâtre.]
LE GUET, [passant derrière les maisons.]
Paix et vigilance!Ouvrons, loin du bruit,L'oreille au silenceEt l'oeil à la nuit.
Dans l'ombre on s'avance;Quelqu'un vient sans bruit.Oui, faisons silence;C'est le guet de nuit!
[Le chant s'éloigne.]
Le guet s'en va.
Notre crainte le suit.
[Claude Frollo et Quasimodo regardent avec anxiété vers la rue par laquelle doit venir la Esmeralda.]
L'amour conseille,L'espoir rend fortCelui qui veilleLorsque tout dort.Je la devine,Je l'entrevoi;Fille divine,Viens sans effroi!
L'amour conseille,L'espoir rend fortCelui qui veilleLorsque tout dort.Je la devine,Je l'entrevoi;Fille divine!Elle est à moi!
[Entre la Esmeralda. Ils se jettent sur elle, et veulentl'entraîner. Elle se débat.]
Au secours! au secours! à moi!
Tais-toi, jeune fille! tais-toi!
PHOEBUS DE CHATEAUPERS, [entrant à la tête d'un gros d'archers.]
De par le roi!
[Dans le tumulte, Claude s'échappe. Les archers saisissent Quasimodo.]
PHOEBUS, [aux archers, montrant Quasimodo.]
Arrêtez-le! serrez ferme!Qu'il soit seigneur ou valet!Nous allons, pour qu'on l'enferme,Le conduire au Châtelet!
[Les archers emmènent Quasimodo au fond. La Esmeralda, remise de sa frayeur, s'approche de Phoebus avec une curiosité mêlée d'admiration, et l'attire doucement sur le devant de la scène.]
LA ESMERALDA, [à Phoebus.]
Daignez me direVotre nom, sire!Je le requiers!
Phoebus, ma fille,De la familleDe Châteaupers.
Capitaine?
Oui, ma reine.
Reine? oh! non.
Grâce extrême!
Phoebus, j'aimeVotre nom!
Sur mon âme,J'ai, madame,Une lameDe renom!
LA ESMERALDA, [à Phoebus.]
Un beau capitaine,Un bel officier,A mine hautaine,A corset d'acier,Souvent, mon beau sire,Prend nos pauvres coeurs,Et ne fait que rireDe nos yeux en pleurs.
PHOEBUS, [à part.]
Pour un capitaine,Pour un officier,L'amour peut à peineVivre un jour entier.Tout soldat désireCueillir toute fleur,Plaisir sans martyre,Amour sans douleur!
[A la Esmeralda.]
Un espritRadieuxMe souritDans tes yeux.
Un beau capitaine,Un bel officier,A mine hautaine,A corset d'acier,Quand aux yeux il brille,Fait longtemps penserToute pauvre filleQui l'a vu passer!
PHOEBUS, [à part.]
Pour un capitaine,Pour un officier,L'amour peut à peineVivre un jour entier.C'est l'éclair qui brille,Il faut courtiserToute belle filleQue l'on voit passer.
LA ESMERALDA. [Elle se pose devant le capitaine et l'admire.]
Seigneur Phoebus, que je vous voieEt que je vous admire encor!Oh! la belle écharpe de soie,La belle écharpe à franges d'or!
[Phoebus détache son écharpe et la lui offre.]
Vous plaît-elle?
[La Esmeralda prend l'écharpe et s'en pare.]
Qu'elle est belle!
Un moment!
[Il s'approche d'elle et cherche à l'embrasser.]
LA ESMERALDA, reculant.
Non! de grâce!
PHOEBUS, [qui insiste.]
Qu'on m'embrasse!
LA ESMERALDA, [reculant toujours.]
Non, vraiment!
PHOEBUS, [riant.]
Une belleSi rebelle.Si cruelle!C'est charmant.
Non, beau capitaine,Je dois refuser.Sais-je où l'on m'entraîneAvec un baiser?
Je suis capitaine,Je veux un baiser.Ma belle africaine,Pourquoi refuser?
Donne un baiser, donne, ou je vais le prendre.
Non, laissez-moi; je ne veux rien entendre.
Un seul baiser! ce n'est rien, sur ma foi!
Rien pour vous, sire, hélas! et tout pour moi!
Regarde-moi; tu verras si je t'aime!
Je ne veux pas regarder en moi-même.
L'amour, ce soir, veut entrer dans ton coeur.
L'amour ce soir, et demain le malheur!
[Elle glisse de ses bras et s'enfuit. Phoebus, désappointé, se retourne vers Quasimodo, que les gardes tiennent lié au fond du théâtre.]
Elle m'échappe, elle résiste.Belle aventure en vérité!Des deux oiseaux de nuit je garde le plus triste;Le rossignol s'en va, le hibou m'est resté.
[Il se remet à la tête de sa troupe, et sort emmenant Quasimodo.]
Paix et vigilance!Ouvrons, loin du bruit,L'oreille au silenceEt l'oeil à la nuit!
[Ils s'éloignent peu à peu et disparaissent.]
[La place de Grève. Le pilori. Quasimodo au pilori. Le peuple sur la place.]
—Il enlevait une fille!—Comment! vraiment?—Vous voyez comme on l'étrilleEn ce moment!—Entendez-vous, mes commères?QuasimodoS'en vient chasser sur les terresDe Cupido!
Il passera dans ma rueAu retour du pilori,Et c'est Pierrat TorterueQui va nous faire le cri.
De par le roi, que Dieu garde!L'homme qu'ici l'on regardeSera mis, sous bonne garde,Pour une heure au pilori!
A bas! à bas!Le bossu! le sourd! le borgne!Ce Barabbas!Je crois, mortdieu! qu'il nous lorgne.A bas le sorcier!Il grimace, il rue!Il fait aboyerLes chiens dans la rue.—Corrigez bien ce bandit!—Doublez le fouet et l'amende!
A boire!
Qu'on le pende!
A boire!
CHOEUR.Sois maudit!
[Depuis quelques instants la Esmeralda s'est mêlée à la foule. Elle a observé Quasimodo avec surprise d'abord, puis avec pitié. Tout à coup, au milieu des cris du peuple, elle monte au pilori, détache une petite gourde de sa ceinture, et donne à boire à Quasimodo.]
Que fais-tu, belle fille?Laisse Quasimodo!A Belzébuth qui grilleOn ne donne pas d'eau!
[Elle descend du pilori. Les archers détachent et emmènent Quasimodo.]
—Il enlevait une femme!—Qui? ce butor?—Mais c'est affreux! c'est infâme!—C'est un peu fort!—Entendez-vous, mes commères?QuasimodoOsait chasser sur les terresDe Cupido!
[Une salle magnifique où se font des préparatifs de fête.]
Phoebus, mon futur gendre, écoutez, je vous aime;Soyez maître céans comme un autre moi-même;Ayez soin que ce soir chacun s'égaye ici.Et vous, ma fille, allons, tenez-vous prête.Vous serez la plus belle encor dans cette fête,Soyez la plus joyeuse aussi!
[Elle va au fond, et donne des ordres aux valets qui disposent la fête.]
Monsieur, depuis l'autre semaineOn vous a vu deux fois à peine.Cette fête enfin vous ramène.Enfin! c'est bien heureux vraiment!
Ne grondez pas, je vous supplie!
Ah! je le vois, Phoebus m'oublie!
Je vous jure…
Pas de serment!On ne jure que lorsqu'on ment.
Vous oublier! quelle folie!N'êtes-vous pas la plus jolie?Ne suis-je pas le mieux aimant?
PHOEBUS, [à part.]
Comme ma belle fiancéeGronde aujourd'hui!Le soupçon est dans sa pensée.Ah! quel ennui!Belles, les amants qu'on rudoieS'en vont ailleurs.On en prend plus avec la joieQu'avec les pleurs.
FLEUR-DE-LYS, [à part.]
Me trahir, moi, sa fiancée,Qui suis à lui!Moi qui n'ai que lui pour penséeEt pour ennui!Ah! qu'il s'absente ou qu'il me voie,Que de douleurs!Présent, il dédaigne ma joie,Absent, mes pleurs!
L'écharpe, que pour vous, Phoebus, j'ai festonnée,Qu'en avez-vous donc fait? je ne vous la vois pas.
PHOEBUS, [troublé.]
L'écharpe? Je ne sais…
[A part.]
Mortdieu! le mauvais pas!
Vous l'avez oubliée!
[A part.]
A qui l'a-t-il donnée?Et pour qui suis-je abandonnée?
MADAME ALOISE, [remontant vers euxet tâchant de les accorder.]
Mon Dieu! mariez-vous; vous bouderez après.
PHOEBUS, [à Fleur-de-Lys.]
Non, je ne l'ai pas oubliée.Je l'ai, je m'en souviens, soigneusement pliéeDans un coffret d'émail que j'ai fait faire exprès.
[Avec passion, à Fleur-de-Lys, qui boude encore.]
Je vous jure que je vous aimePlus qu'on n'aimerait Vénus même.
Pas de serment! pas de serment!On ne jure que lorsqu'on ment.
Enfants! pas de querelle; aujourd'hui tout est joie.Viens, ma fille, il faut qu'on nous voie.Voici qu'on va venir. Chaque chose a son tour.
[Aux valets.]
Allumez les flambeaux, et que le bal s'apprête.Je veux que tout soit beau, qu'on s'y croie en plein jour
Puisqu'on a Fleur-de-Lys, rien ne manque à la fête.
Phoebus, il y manque l'amour!
[Elles sortent.]
PHOEBUS, [regardant sortir Fleur-de-Lys.]
Elle dit vrai; près d'elle encoreMon coeur est rempli de souci.Celle que j'aime, à qui je pense dès l'aurore,Hélas! elle n'est pas ici!
Fille ravissante,A toi mes amours!Belle ombre dansante,Qui remplis mes jours,Et, toujours absente,M'apparais toujours!
Elle est rayonnante et douceComme un nid dans les rameaux,Comme une fleur dans la mousse,Comme un bien parmi des maux!Humble fille et vierge fière,Ame chaste en liberté,La pudeur sous sa paupièreÉmousse la volupté!
C'est, dans la nuit sombre,Un ange des cieux,Au front voilé d'ombre,A l'oeil plein de feux!
Toujours je vois son image,Brillante ou sombre parfois;Mais toujours, astre ou nuage,C'est au ciel que je la vois!
Fille ravissante,A toi mes amours!Belle ombre dansanteQui remplis mes jours,Et, toujours absente,M'apparais toujours!
[Entrent plusieurs seigneurs et dames en habits de fête.]
Salut, nobles châtelaines!
MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS, saluant.
Bonjour, noble chevalier!Oubliez soucis et peinesSous ce toit hospitalier!
Mesdames, Dieu vous envoieSanté, plaisir et bonheur!
Que le ciel vous rende en joieVos bons souhaits, beau seigneur!
Mesdames, du fond de l'âmeJe suis à vous comme à Dieu.
Beau sire, que Notre-DameVous soit en aide en tout lieu!
[Entrent tous les conviés.]
Venez tous à la fête!Page, dame et seigneur!Venez tous à la fête,Des fleurs sur votre tête,La joie au fond du coeur.
[Les conviés s'accostent et se saluent. Des valets circulent dans lafoule, portant des plateaux chargés de fleurs et de fruits.Cependant un groupe de jeunes filles s'est formé près d'unefenêtre, à droite. Tout à coup l'une d'elles appelle les autres etleur fait signe de se pencher hors de la fenêtre.]
DIANE, [regardant au dehors.]
Oh! viens donc voir, viens donc voir, Bérangère!
BÉRANGÈRE, [regardant dans la rue.]
Qu'elle est vive! qu'elle est légère!
C'est une fée ou c'est l'Amour!
LE VICOMTE DE GIF, [riant.]
Qui danse dans le carrefour!
M. DE CHEVREUSE, [après avoir regardé.]
Eh mais, c'est la magicienne!Phoebus, c'est ton égyptienne,Que l'autre nuit, avec valeur,Tu sauvas des mains d'un voleur.
Eh! oui, c'est la bohémienne!
Elle est belle comme le jour!
DIANE, à Phoebus.
Si vous la connaissez, dites-lui qu'elle vienneNous égayer de quelque tour.
PHOEBUS, [regardant à son tour d'un air distrait.]
Il se peut bien que ce soit elle.
[A. M. de Gif.]
Mais crois-tu qu'elle se rappelle?…
FLEUR-DE-LYS, [qui observe et qui écoute.]
De vous toujours on se souvient.Voyons, appelez-la, dites-lui qu'elle monte.
[A part.]
Je verrai s'il faut croire à ce que l'on raconte.
PHOEBUS, [à Fleur-de-Lys.]
Vous le voulez? Eh bien, essayons.
[Il fait signe à la danseuse de monter.]
Elle vient!
Sous le porche elle est disparue.
Comme elle a laissé là ce bon peuple ébahi!
Dames, vous allez voir la nymphe de la rue.
FLEUR-DE-LYS, [à part.]
Qu'au signe de Phoebus elle a vite obéi!.