De leur côté, ils disent ou pourraient dire qu'en l'état présent de la science, deux ou trois cas exceptés, il n'y a jamais certitude de mort. Ne pas soutenir la vie jusqu'aux dernières limites, fût-ce au prix de tourments insoutenables, c'est peut-être tuer. Sans doute n'y a-t-il pas une chance sur cent mille que le malade réchappe. Il n'importe, si cette chance existe, qui ne donnera dans la plupart des cas que quelques jours, ou tout au plus quelques mois d'une vie qui ne sera plus la vraie vie, mais bien plutôt, comme disait le latin, «une mort étendue», ces cent mille tourments inutiles n'auront pas été vains. Une seule heure dérobée à la mort vaut toute une existence de tortures. Ici sont en présence deux valeurs qui ne se peuvent comparer; et, si l'on entend les peser dans la même balance, il faut entasser sur le plateau qu'on voit tout ce qui nous reste, c'est-à-dire toutes les douleurs imaginables, car à l'heure décisive c'est le seul poids qui compte et qui soit assez lourd pour faire remonter de quelques lignes l'autre plateau qui plonge dans ce qu'on ne voit pas et que charge l'épaisse ténèbre d'un autre monde.