Auxdémons spectateurs se découvre l'asyleD'un couple heureux long-temps de son destin tranquille;La belle Ferronnière est avec son époux,Organe du barreau, dont l'esprit noble et douxCrut par son éloquence attacher l'infidèleJusqu'à s'en faire aimer d'une amour immortelle:Mais un roi l'aperçut; et ce hasard fatalAu nouveau Cicéron donne un puissant rival.Du beau François-Premier la belle FerronnièreEst en espoir déja la favorite altière;Et son miroir lui dit que trop d'obscuritéDans le lit conjugal a voilé sa beauté.Un seul flambeau, qui luit près d'une alcove sombre,Astre de ses foyers, éclaire au sein de l'ombreLe lustre de son teint, et l'azur de ses yeux,Et l'adorable éclat de son col gracieux.A peine tous les lys qu'on prête à CythéréeÉgalent de son sein la blancheur épurée.Son époux la gourmande, et, tout prêt à partir,Veut l'enlever au roi qu'elle a fait avertir.
Auxdémons spectateurs se découvre l'asyleD'un couple heureux long-temps de son destin tranquille;La belle Ferronnière est avec son époux,Organe du barreau, dont l'esprit noble et douxCrut par son éloquence attacher l'infidèleJusqu'à s'en faire aimer d'une amour immortelle:Mais un roi l'aperçut; et ce hasard fatalAu nouveau Cicéron donne un puissant rival.Du beau François-Premier la belle FerronnièreEst en espoir déja la favorite altière;Et son miroir lui dit que trop d'obscuritéDans le lit conjugal a voilé sa beauté.Un seul flambeau, qui luit près d'une alcove sombre,Astre de ses foyers, éclaire au sein de l'ombreLe lustre de son teint, et l'azur de ses yeux,Et l'adorable éclat de son col gracieux.A peine tous les lys qu'on prête à CythéréeÉgalent de son sein la blancheur épurée.Son époux la gourmande, et, tout prêt à partir,Veut l'enlever au roi qu'elle a fait avertir.
Auxdémons spectateurs se découvre l'asyle
D'un couple heureux long-temps de son destin tranquille;
La belle Ferronnière est avec son époux,
Organe du barreau, dont l'esprit noble et doux
Crut par son éloquence attacher l'infidèle
Jusqu'à s'en faire aimer d'une amour immortelle:
Mais un roi l'aperçut; et ce hasard fatal
Au nouveau Cicéron donne un puissant rival.
Du beau François-Premier la belle Ferronnière
Est en espoir déja la favorite altière;
Et son miroir lui dit que trop d'obscurité
Dans le lit conjugal a voilé sa beauté.
Un seul flambeau, qui luit près d'une alcove sombre,
Astre de ses foyers, éclaire au sein de l'ombre
Le lustre de son teint, et l'azur de ses yeux,
Et l'adorable éclat de son col gracieux.
A peine tous les lys qu'on prête à Cythérée
Égalent de son sein la blancheur épurée.
Son époux la gourmande, et, tout prêt à partir,
Veut l'enlever au roi qu'elle a fait avertir.
LA FERRONNIÈRE.
La nuit nous environne, attendez une autre heure.
La nuit nous environne, attendez une autre heure.
La nuit nous environne, attendez une autre heure.
L'ÉPOUX.
Non, non, si vous m'aimez, fuyons notre demeure.
Non, non, si vous m'aimez, fuyons notre demeure.
Non, non, si vous m'aimez, fuyons notre demeure.
LA FERRONNIÈRE.
Rejetez des soupçons cruels, envenimés:Demeurez calme ici.
Rejetez des soupçons cruels, envenimés:Demeurez calme ici.
Rejetez des soupçons cruels, envenimés:
Demeurez calme ici.
L'ÉPOUX.
Fuyons, si vous m'aimez.
Fuyons, si vous m'aimez.
Fuyons, si vous m'aimez.
LA FERRONNIÈRE.
Dérobez vos esprits à ce délire extrême....
Dérobez vos esprits à ce délire extrême....
Dérobez vos esprits à ce délire extrême....
L'ÉPOUX.
Si tu m'aimes, fuyons, te dis-je, un roi qui t'aime.
Si tu m'aimes, fuyons, te dis-je, un roi qui t'aime.
Si tu m'aimes, fuyons, te dis-je, un roi qui t'aime.
LA FERRONNIÈRE.
Hélas! ignorez-vous que le cœur d'un grand roiA des soins plus pressants que de songer à moi,Et que mon peu d'attraits n'aurait pas la puissanceDe distraire un héros qu'idolâtre la France?Ma beauté peut suffire à votre obscur bonheur,Mais ne mérite pas ce haut degré d'honneur.
Hélas! ignorez-vous que le cœur d'un grand roiA des soins plus pressants que de songer à moi,Et que mon peu d'attraits n'aurait pas la puissanceDe distraire un héros qu'idolâtre la France?Ma beauté peut suffire à votre obscur bonheur,Mais ne mérite pas ce haut degré d'honneur.
Hélas! ignorez-vous que le cœur d'un grand roi
A des soins plus pressants que de songer à moi,
Et que mon peu d'attraits n'aurait pas la puissance
De distraire un héros qu'idolâtre la France?
Ma beauté peut suffire à votre obscur bonheur,
Mais ne mérite pas ce haut degré d'honneur.
L'ÉPOUX.
Comment? vous semble-t-il si glorieux, madame,D'être élevée au rang d'une maîtresse infâme?....Mais ô ciel! j'interprète avec trop de rigueurUn mot dit au hasard et démenti du cœur.Je sais qu'à tes appas la pudeur est unie:Mais je crains que la ruse ou que la tyrannieN'altère de nos jours l'aimable pureté.Je crains mon propre cœur par ses feux emporté,Qui, jaloux de toi seule, oserait te défendreContre tout ce qu'un roi pourrait même entreprendre,Et qui, s'il m'outrageait, saurait lui rappelerQu'il doit suivre les lois, et non les violer,Et laisser aux Tarquins, aux Nérons impudiques,Le crime de souiller les vertus domestiques.
Comment? vous semble-t-il si glorieux, madame,D'être élevée au rang d'une maîtresse infâme?....Mais ô ciel! j'interprète avec trop de rigueurUn mot dit au hasard et démenti du cœur.Je sais qu'à tes appas la pudeur est unie:Mais je crains que la ruse ou que la tyrannieN'altère de nos jours l'aimable pureté.Je crains mon propre cœur par ses feux emporté,Qui, jaloux de toi seule, oserait te défendreContre tout ce qu'un roi pourrait même entreprendre,Et qui, s'il m'outrageait, saurait lui rappelerQu'il doit suivre les lois, et non les violer,Et laisser aux Tarquins, aux Nérons impudiques,Le crime de souiller les vertus domestiques.
Comment? vous semble-t-il si glorieux, madame,
D'être élevée au rang d'une maîtresse infâme?....
Mais ô ciel! j'interprète avec trop de rigueur
Un mot dit au hasard et démenti du cœur.
Je sais qu'à tes appas la pudeur est unie:
Mais je crains que la ruse ou que la tyrannie
N'altère de nos jours l'aimable pureté.
Je crains mon propre cœur par ses feux emporté,
Qui, jaloux de toi seule, oserait te défendre
Contre tout ce qu'un roi pourrait même entreprendre,
Et qui, s'il m'outrageait, saurait lui rappeler
Qu'il doit suivre les lois, et non les violer,
Et laisser aux Tarquins, aux Nérons impudiques,
Le crime de souiller les vertus domestiques.
LA FERRONNIÈRE.
En quel transport vous jette un chimérique effroi?Déja comme un tyran vous traitez votre roi.Sur quel pressentiment fondez-vous tant d'alarmes?Sur ce qu'en une fête il me vit quelques charmes,Qu'il daigna m'aborder, me présenter des fleurs,Simple bouquet lié d'un nœud de ses couleurs,Et sur quelques récits qu'en rivales coquettesOnt semés de la cour les femmes inquiètes,Depuis que tour-à-tour les grands ont cru devoirFlatter leur souverain en accourant me voir.
En quel transport vous jette un chimérique effroi?Déja comme un tyran vous traitez votre roi.Sur quel pressentiment fondez-vous tant d'alarmes?Sur ce qu'en une fête il me vit quelques charmes,Qu'il daigna m'aborder, me présenter des fleurs,Simple bouquet lié d'un nœud de ses couleurs,Et sur quelques récits qu'en rivales coquettesOnt semés de la cour les femmes inquiètes,Depuis que tour-à-tour les grands ont cru devoirFlatter leur souverain en accourant me voir.
En quel transport vous jette un chimérique effroi?
Déja comme un tyran vous traitez votre roi.
Sur quel pressentiment fondez-vous tant d'alarmes?
Sur ce qu'en une fête il me vit quelques charmes,
Qu'il daigna m'aborder, me présenter des fleurs,
Simple bouquet lié d'un nœud de ses couleurs,
Et sur quelques récits qu'en rivales coquettes
Ont semés de la cour les femmes inquiètes,
Depuis que tour-à-tour les grands ont cru devoir
Flatter leur souverain en accourant me voir.
L'ÉPOUX.
Eh bien! je reconnais qu'il faut que tu l'évites,Aux soins des favoris, aux cris des favorites;L'œil de la flatterie et des rivalitésDe l'amour soupçonneux a toutes les clartés.Ah! si trop idolâtre, et devenu farouche,Je sens mon ame errer sur tes yeux, sur ta bouche,Si de tous mes amis épiant les regards,J'accuse en mes soupçons les plus simples égards,Juge combien d'un roi, trop séduit par ta vue,Me consterne pour nous la faveur imprévue,Et ce concours des grands attachés sur tes pas,De ses suprêmes vœux interprètes si bas!Pardonne, ô ma compagne! ô mon bien! ô ma vie!Existerais-je encor si tu m'étais ravie?Ton époux te préfère à la clarté du jour,Et serait moins jaloux s'il avait moins d'amour.Partons, éloignons-nous.
Eh bien! je reconnais qu'il faut que tu l'évites,Aux soins des favoris, aux cris des favorites;L'œil de la flatterie et des rivalitésDe l'amour soupçonneux a toutes les clartés.Ah! si trop idolâtre, et devenu farouche,Je sens mon ame errer sur tes yeux, sur ta bouche,Si de tous mes amis épiant les regards,J'accuse en mes soupçons les plus simples égards,Juge combien d'un roi, trop séduit par ta vue,Me consterne pour nous la faveur imprévue,Et ce concours des grands attachés sur tes pas,De ses suprêmes vœux interprètes si bas!Pardonne, ô ma compagne! ô mon bien! ô ma vie!Existerais-je encor si tu m'étais ravie?Ton époux te préfère à la clarté du jour,Et serait moins jaloux s'il avait moins d'amour.Partons, éloignons-nous.
Eh bien! je reconnais qu'il faut que tu l'évites,
Aux soins des favoris, aux cris des favorites;
L'œil de la flatterie et des rivalités
De l'amour soupçonneux a toutes les clartés.
Ah! si trop idolâtre, et devenu farouche,
Je sens mon ame errer sur tes yeux, sur ta bouche,
Si de tous mes amis épiant les regards,
J'accuse en mes soupçons les plus simples égards,
Juge combien d'un roi, trop séduit par ta vue,
Me consterne pour nous la faveur imprévue,
Et ce concours des grands attachés sur tes pas,
De ses suprêmes vœux interprètes si bas!
Pardonne, ô ma compagne! ô mon bien! ô ma vie!
Existerais-je encor si tu m'étais ravie?
Ton époux te préfère à la clarté du jour,
Et serait moins jaloux s'il avait moins d'amour.
Partons, éloignons-nous.
LA FERRONNIÈRE.
Est-il quelque distanceQui m'écartât du roi mieux que ma résistance,S'il fallait repousser l'injure de ses feux?
Est-il quelque distanceQui m'écartât du roi mieux que ma résistance,S'il fallait repousser l'injure de ses feux?
Est-il quelque distance
Qui m'écartât du roi mieux que ma résistance,
S'il fallait repousser l'injure de ses feux?
L'ÉPOUX.
Ta pudeur, je le crois, rejetterait ses vœux:Mais quoi? les souverains sont prompts à tout enfreindre;S'ils ne se font aimer, ils se font bientôt craindre:Je sais que la vertu, leur résistant d'abord,Contre leurs vains desirs tente un rebelle effort;Mais enfin leur discours revient à la pensée:On rappelle chez soi la fortune chassée;D'un rang privé d'honneurs on est bientôt confus;On se peint les dangers d'un scrupuleux refus,Tous les biens, la splendeur, et la magnificence,Qui d'un tendre retour suivraient la complaisance;Et ces nobles rigueurs qu'inspirait la fiertéNe paraissent qu'orgueil, ou puérilité.Alors se renouvelle une offre séductrice;On cède; et pour jamais victime d'un caprice,Aux regards du public on flétrit sa beautéQui du fidèle hymen parait la chasteté,Et l'époux malheureux, que le chagrin surmonte,En un luxe outrageant voit reluire sa honte.Ah! fuyons! mon amour te le commande enfin.
Ta pudeur, je le crois, rejetterait ses vœux:Mais quoi? les souverains sont prompts à tout enfreindre;S'ils ne se font aimer, ils se font bientôt craindre:Je sais que la vertu, leur résistant d'abord,Contre leurs vains desirs tente un rebelle effort;Mais enfin leur discours revient à la pensée:On rappelle chez soi la fortune chassée;D'un rang privé d'honneurs on est bientôt confus;On se peint les dangers d'un scrupuleux refus,Tous les biens, la splendeur, et la magnificence,Qui d'un tendre retour suivraient la complaisance;Et ces nobles rigueurs qu'inspirait la fiertéNe paraissent qu'orgueil, ou puérilité.Alors se renouvelle une offre séductrice;On cède; et pour jamais victime d'un caprice,Aux regards du public on flétrit sa beautéQui du fidèle hymen parait la chasteté,Et l'époux malheureux, que le chagrin surmonte,En un luxe outrageant voit reluire sa honte.Ah! fuyons! mon amour te le commande enfin.
Ta pudeur, je le crois, rejetterait ses vœux:
Mais quoi? les souverains sont prompts à tout enfreindre;
S'ils ne se font aimer, ils se font bientôt craindre:
Je sais que la vertu, leur résistant d'abord,
Contre leurs vains desirs tente un rebelle effort;
Mais enfin leur discours revient à la pensée:
On rappelle chez soi la fortune chassée;
D'un rang privé d'honneurs on est bientôt confus;
On se peint les dangers d'un scrupuleux refus,
Tous les biens, la splendeur, et la magnificence,
Qui d'un tendre retour suivraient la complaisance;
Et ces nobles rigueurs qu'inspirait la fierté
Ne paraissent qu'orgueil, ou puérilité.
Alors se renouvelle une offre séductrice;
On cède; et pour jamais victime d'un caprice,
Aux regards du public on flétrit sa beauté
Qui du fidèle hymen parait la chasteté,
Et l'époux malheureux, que le chagrin surmonte,
En un luxe outrageant voit reluire sa honte.
Ah! fuyons! mon amour te le commande enfin.
LA FERRONNIÈRE.
La nuit m'effraye.... Attends le retour du matin.
La nuit m'effraye.... Attends le retour du matin.
La nuit m'effraye.... Attends le retour du matin.
L'ÉPOUX.
Les astres de la nuit, autrefois nos complices,Ont de nos premiers feux protégé les délices:Nouvelle épouse encor, sans peur à mes côtés,Tu traversais son ombre en des bois écartés.Depuis quand la crains-tu? depuis quand, si timide,As-tu lieu de frémir alors que je te guide?
Les astres de la nuit, autrefois nos complices,Ont de nos premiers feux protégé les délices:Nouvelle épouse encor, sans peur à mes côtés,Tu traversais son ombre en des bois écartés.Depuis quand la crains-tu? depuis quand, si timide,As-tu lieu de frémir alors que je te guide?
Les astres de la nuit, autrefois nos complices,
Ont de nos premiers feux protégé les délices:
Nouvelle épouse encor, sans peur à mes côtés,
Tu traversais son ombre en des bois écartés.
Depuis quand la crains-tu? depuis quand, si timide,
As-tu lieu de frémir alors que je te guide?
LA FERRONNIÈRE.
Où voulez-vous aller?
Où voulez-vous aller?
Où voulez-vous aller?
L'ÉPOUX.
En ces foyers charmants,Domicile champêtre où nous fûmes amants,Où nos cœurs s'adoraient, libres d'inquiétude.
En ces foyers charmants,Domicile champêtre où nous fûmes amants,Où nos cœurs s'adoraient, libres d'inquiétude.
En ces foyers charmants,
Domicile champêtre où nous fûmes amants,
Où nos cœurs s'adoraient, libres d'inquiétude.
LA FERRONNIÈRE.
Qui? moi! m'ensevelir dans cette solitude!Quoi? pour jouir encor de nœuds tendres et chers,Est-il besoin de fuir au milieu des déserts?
Qui? moi! m'ensevelir dans cette solitude!Quoi? pour jouir encor de nœuds tendres et chers,Est-il besoin de fuir au milieu des déserts?
Qui? moi! m'ensevelir dans cette solitude!
Quoi? pour jouir encor de nœuds tendres et chers,
Est-il besoin de fuir au milieu des déserts?
L'ÉPOUX.
Est-ce un désert qu'un lieu peuplé par ta famille,Entouré de hameaux où l'innocence brille,Dominant des vergers et de riants coteaux,Où, tandis que ma main plantait mille arbrisseauxTu semblais avec moi prendre un plaisir extrêmeA cultiver des fleurs moins belles que toi-même?De quels ravissements nos cœurs étaient saisis,Lorsque sous un beau ciel, en une barque assis,Nous embrassant tous deux, abandonnant les rames,Nous cédions au penchant de l'onde et de nos ames,Et que souvent la nuit, sans troubler nos transports,Nous voyait jusqu'à l'aube errer aux mêmes bords!Viens! l'ombre dans les champs n'est pas si redoutableQue d'un roi sans pudeur la flamme détestable.
Est-ce un désert qu'un lieu peuplé par ta famille,Entouré de hameaux où l'innocence brille,Dominant des vergers et de riants coteaux,Où, tandis que ma main plantait mille arbrisseauxTu semblais avec moi prendre un plaisir extrêmeA cultiver des fleurs moins belles que toi-même?De quels ravissements nos cœurs étaient saisis,Lorsque sous un beau ciel, en une barque assis,Nous embrassant tous deux, abandonnant les rames,Nous cédions au penchant de l'onde et de nos ames,Et que souvent la nuit, sans troubler nos transports,Nous voyait jusqu'à l'aube errer aux mêmes bords!Viens! l'ombre dans les champs n'est pas si redoutableQue d'un roi sans pudeur la flamme détestable.
Est-ce un désert qu'un lieu peuplé par ta famille,
Entouré de hameaux où l'innocence brille,
Dominant des vergers et de riants coteaux,
Où, tandis que ma main plantait mille arbrisseaux
Tu semblais avec moi prendre un plaisir extrême
A cultiver des fleurs moins belles que toi-même?
De quels ravissements nos cœurs étaient saisis,
Lorsque sous un beau ciel, en une barque assis,
Nous embrassant tous deux, abandonnant les rames,
Nous cédions au penchant de l'onde et de nos ames,
Et que souvent la nuit, sans troubler nos transports,
Nous voyait jusqu'à l'aube errer aux mêmes bords!
Viens! l'ombre dans les champs n'est pas si redoutable
Que d'un roi sans pudeur la flamme détestable.
LA FERRONNIÈRE.
Notre monarque est-il un monstre menaçant!
Notre monarque est-il un monstre menaçant!
Notre monarque est-il un monstre menaçant!
L'ÉPOUX.
A-t-il pour tes regards un attrait si puissant,Que, ne respectant plus ma tendre jalousie....
A-t-il pour tes regards un attrait si puissant,Que, ne respectant plus ma tendre jalousie....
A-t-il pour tes regards un attrait si puissant,
Que, ne respectant plus ma tendre jalousie....
LA FERRONNIÈRE.
Je n'ai point de respect pour une frénésie;Et n'imiterai pas cette folle d'honneurQu'effraya tellement un accueil suborneur,Quand sur les bords du Rhône un père trop peu sageA notre roi galant l'offrit sur son passage,Que, dès le lendemain, elle lui fit revoirSes traits, qu'avait brûlés son chaste désespoir.
Je n'ai point de respect pour une frénésie;Et n'imiterai pas cette folle d'honneurQu'effraya tellement un accueil suborneur,Quand sur les bords du Rhône un père trop peu sageA notre roi galant l'offrit sur son passage,Que, dès le lendemain, elle lui fit revoirSes traits, qu'avait brûlés son chaste désespoir.
Je n'ai point de respect pour une frénésie;
Et n'imiterai pas cette folle d'honneur
Qu'effraya tellement un accueil suborneur,
Quand sur les bords du Rhône un père trop peu sage
A notre roi galant l'offrit sur son passage,
Que, dès le lendemain, elle lui fit revoir
Ses traits, qu'avait brûlés son chaste désespoir.
L'ÉPOUX.
Plains, et ne raille pas ce vertueux modèleQui laissa de son ame une image plus belleQue les plus beaux contours par notre œil admirés;Traits fugitifs, que l'âge aurait défigurés:Elle sut, dépouillant sa forme peu durable,Montrer de sa pudeur l'éclat inaltérable,Et seule apprit aux grands, mieux que tous les censeurs,A voir d'un œil glacé nos femmes et nos sœurs.Mais, viens: ne tardons plus: que demain l'on ignoreEn quels lieux tes appas seront vus par l'aurore.Obéis; je le veux.
Plains, et ne raille pas ce vertueux modèleQui laissa de son ame une image plus belleQue les plus beaux contours par notre œil admirés;Traits fugitifs, que l'âge aurait défigurés:Elle sut, dépouillant sa forme peu durable,Montrer de sa pudeur l'éclat inaltérable,Et seule apprit aux grands, mieux que tous les censeurs,A voir d'un œil glacé nos femmes et nos sœurs.Mais, viens: ne tardons plus: que demain l'on ignoreEn quels lieux tes appas seront vus par l'aurore.Obéis; je le veux.
Plains, et ne raille pas ce vertueux modèle
Qui laissa de son ame une image plus belle
Que les plus beaux contours par notre œil admirés;
Traits fugitifs, que l'âge aurait défigurés:
Elle sut, dépouillant sa forme peu durable,
Montrer de sa pudeur l'éclat inaltérable,
Et seule apprit aux grands, mieux que tous les censeurs,
A voir d'un œil glacé nos femmes et nos sœurs.
Mais, viens: ne tardons plus: que demain l'on ignore
En quels lieux tes appas seront vus par l'aurore.
Obéis; je le veux.
LA FERRONNIÈRE.
Moi, je veux appaiserTes sentiments jaloux.
Moi, je veux appaiserTes sentiments jaloux.
Moi, je veux appaiser
Tes sentiments jaloux.
L'ÉPOUX.
Comment?
Comment?
Comment?
LA FERRONNIÈRE.
Par ce baiser.
Par ce baiser.
Par ce baiser.
Elle dit, en riant; et ses lèvres trompeuses,Calmant de son amour les craintes soupçonneuses,L'enflamment d'un baiser, vain gage de sa foi;Lorsqu'une voix s'écrie: «Ouvrez, de par le Roi.»La porte est à grands coups au même instant heurtée:Il pâlit: la fureur de son ame agitéeFait trois fois à son front remonter la couleur,Et, trois fois le glaçant, en accroît la paleur.Mais elle:
Elle dit, en riant; et ses lèvres trompeuses,Calmant de son amour les craintes soupçonneuses,L'enflamment d'un baiser, vain gage de sa foi;Lorsqu'une voix s'écrie: «Ouvrez, de par le Roi.»La porte est à grands coups au même instant heurtée:Il pâlit: la fureur de son ame agitéeFait trois fois à son front remonter la couleur,Et, trois fois le glaçant, en accroît la paleur.Mais elle:
Elle dit, en riant; et ses lèvres trompeuses,
Calmant de son amour les craintes soupçonneuses,
L'enflamment d'un baiser, vain gage de sa foi;
Lorsqu'une voix s'écrie: «Ouvrez, de par le Roi.»
La porte est à grands coups au même instant heurtée:
Il pâlit: la fureur de son ame agitée
Fait trois fois à son front remonter la couleur,
Et, trois fois le glaçant, en accroît la paleur.
Mais elle:
LA FERRONNIÈRE.
O mon ami! ne faites rien paraître:Comptez sur moi: sachez ce que veut notre maître.
O mon ami! ne faites rien paraître:Comptez sur moi: sachez ce que veut notre maître.
O mon ami! ne faites rien paraître:
Comptez sur moi: sachez ce que veut notre maître.
Il sort, muet de rage; et tout l'enfer surprisA l'acteur pathétique applaudit par des cris.
Il sort, muet de rage; et tout l'enfer surprisA l'acteur pathétique applaudit par des cris.
Il sort, muet de rage; et tout l'enfer surpris
A l'acteur pathétique applaudit par des cris.
LA FERRONNIÈRE,seule.
Le roi n'a contre lui nul sujet de colère:Qu'ai-je à craindre? il envoye un ordre salutaireSuspendre de ces lieux mon triste enlèvement....L'ordre a bientôt suivi mon avertissement!Mais si de mon époux la violence extrême....
Le roi n'a contre lui nul sujet de colère:Qu'ai-je à craindre? il envoye un ordre salutaireSuspendre de ces lieux mon triste enlèvement....L'ordre a bientôt suivi mon avertissement!Mais si de mon époux la violence extrême....
Le roi n'a contre lui nul sujet de colère:
Qu'ai-je à craindre? il envoye un ordre salutaire
Suspendre de ces lieux mon triste enlèvement....
L'ordre a bientôt suivi mon avertissement!
Mais si de mon époux la violence extrême....
LA FERRONNIÈRE.
On entre ... ô Dieu! que vois-je? ah! c'est le roi lui-même.Me trompé-je? le roi! qui l'amène?...
On entre ... ô Dieu! que vois-je? ah! c'est le roi lui-même.Me trompé-je? le roi! qui l'amène?...
On entre ... ô Dieu! que vois-je? ah! c'est le roi lui-même.
Me trompé-je? le roi! qui l'amène?...
FRANÇOIS-PREMIER.
L'amour.
L'amour.
L'amour.
LA FERRONNIÈRE.
Ah! sire....
Ah! sire....
Ah! sire....
FRANÇOIS-PREMIER.
Oui, pour vous voir il a quitté sa cour:Vous vaincre est à ses yeux la gloire la plus chère.
Oui, pour vous voir il a quitté sa cour:Vous vaincre est à ses yeux la gloire la plus chère.
Oui, pour vous voir il a quitté sa cour:
Vous vaincre est à ses yeux la gloire la plus chère.
LA FERRONNIÈRE.
Eh sire!... qui vous peut résister sur la terre?...
Eh sire!... qui vous peut résister sur la terre?...
Eh sire!... qui vous peut résister sur la terre?...
A ces mots, qu'en tremblant elle a balbutiés,Le roi, que le respect prosternait à ses pieds,Se relève ardemment, et vers l'alcove entraîneLa belle, entre ses mains se défendant à peine;Toute émue, et roulant ses beaux yeux aveuglés,Par l'orgueil, la surprise, et la frayeur troublés;Palpitante aux assauts du héros téméraire:Ainsi l'autour ravit la colombe en sa serre.Les Démons, égayés de son doux embarras,Près du hardi vainqueur la pressant dans ses bras,Admiraient les effets si prompts, si manifestes,Le quelques mots confus qu'éclaircissaient des gestes.Sitôt! se disaient-ils; elle se rend! eh quoi?Est-ce éblouissement, magie, amour, effroi?Mais sur le couple heureux des rideaux se fermèrent:La scène resta vide; et les ris éclatèrent.La foule s'attendait, les voyant s'éclipser,Que de nouveaux acteurs viendraient les remplacer;Mais l'auteur, voilant tout en sa folle licence,Pour comique ressort présenta leur absence.Les Diables, qui d'abord en rirent étonnés,Regardèrent enfin les diablesses au nez:Leur sexe plein d'ardeur se peint tout en images:Tout le feu des enfers colora leurs visages.Déja les vieux Démons, si zélés pour les mœurs,Opposaient leur murmure à cent lutins rimeurs,Beaux-esprits farfadets, dont la troupe idolâtreToujours chante Vénus, ses lys, et son albâtre,Et que faisait pâmer le voile ingénieuxQui laissait entrevoir ce qu'il cachait aux yeux.C'est ainsi qu'un grand art montre ce qu'il dérobe;Tel on sent mieux le nu sous les plis d'une robe:Tel, disait-on encore, un habile pinceauTraçant Agamemnon le voila d'un manteau,Ne sachant pas quels pleurs prêterait le génieA ce père, témoin du sort d'Iphigénie.Le silence animé ne se prolongea pas:Les plaisirs des mortels sont rapides, hélas!Nul monarque en amour n'a de pouvoir suprême:La belle reparut, vermeille, et le roi, blême.Mais avant de quitter ces lieux, encore obscurs,Le héros, de son sceptre, avait touché les murs:O miracle soudain! la tendre FerronnièreVit son toit se changer en palais de lumière.Les lambris, les plafonds, revêtus de cristaux,Réfléchirent l'éclat des plus rares métaux;De candélabres d'or ses foyers rayonnèrent;De velours argentés ses fenêtres s'ornèrent;De glands d'or soutenu, son lit, chargé d'un dais,Devint un sanctuaire à ses divins attraits;De riches diamants ses écrins se garnirent;En ses vastes haras trente étalons hénnirent;Salaire des baisers que, d'un cœur délicat,Le monarque ravit à l'époux avocat.La novice Phryné, trop facile conquête,Sentit mille vapeurs gonfler sa jeune tête;Son orgueil éventé s'entoura de valets,Et monta sur un char, pour fuir les camouflets.Cependant son époux, en proie au chagrin sombre,Erra deux jours, deux nuits, grondant encor dans l'ombre;Il traîne un corps maigri, faible, et sans aliments:Son désordre éperdu signale ses tourments:Immobile, debout, l'œil sans vue, il soupire,Tel qu'un homme frappé d'un aveugle délire.
A ces mots, qu'en tremblant elle a balbutiés,Le roi, que le respect prosternait à ses pieds,Se relève ardemment, et vers l'alcove entraîneLa belle, entre ses mains se défendant à peine;Toute émue, et roulant ses beaux yeux aveuglés,Par l'orgueil, la surprise, et la frayeur troublés;Palpitante aux assauts du héros téméraire:Ainsi l'autour ravit la colombe en sa serre.Les Démons, égayés de son doux embarras,Près du hardi vainqueur la pressant dans ses bras,Admiraient les effets si prompts, si manifestes,Le quelques mots confus qu'éclaircissaient des gestes.Sitôt! se disaient-ils; elle se rend! eh quoi?Est-ce éblouissement, magie, amour, effroi?Mais sur le couple heureux des rideaux se fermèrent:La scène resta vide; et les ris éclatèrent.La foule s'attendait, les voyant s'éclipser,Que de nouveaux acteurs viendraient les remplacer;Mais l'auteur, voilant tout en sa folle licence,Pour comique ressort présenta leur absence.Les Diables, qui d'abord en rirent étonnés,Regardèrent enfin les diablesses au nez:Leur sexe plein d'ardeur se peint tout en images:Tout le feu des enfers colora leurs visages.Déja les vieux Démons, si zélés pour les mœurs,Opposaient leur murmure à cent lutins rimeurs,Beaux-esprits farfadets, dont la troupe idolâtreToujours chante Vénus, ses lys, et son albâtre,Et que faisait pâmer le voile ingénieuxQui laissait entrevoir ce qu'il cachait aux yeux.C'est ainsi qu'un grand art montre ce qu'il dérobe;Tel on sent mieux le nu sous les plis d'une robe:Tel, disait-on encore, un habile pinceauTraçant Agamemnon le voila d'un manteau,Ne sachant pas quels pleurs prêterait le génieA ce père, témoin du sort d'Iphigénie.Le silence animé ne se prolongea pas:Les plaisirs des mortels sont rapides, hélas!Nul monarque en amour n'a de pouvoir suprême:La belle reparut, vermeille, et le roi, blême.Mais avant de quitter ces lieux, encore obscurs,Le héros, de son sceptre, avait touché les murs:O miracle soudain! la tendre FerronnièreVit son toit se changer en palais de lumière.Les lambris, les plafonds, revêtus de cristaux,Réfléchirent l'éclat des plus rares métaux;De candélabres d'or ses foyers rayonnèrent;De velours argentés ses fenêtres s'ornèrent;De glands d'or soutenu, son lit, chargé d'un dais,Devint un sanctuaire à ses divins attraits;De riches diamants ses écrins se garnirent;En ses vastes haras trente étalons hénnirent;Salaire des baisers que, d'un cœur délicat,Le monarque ravit à l'époux avocat.La novice Phryné, trop facile conquête,Sentit mille vapeurs gonfler sa jeune tête;Son orgueil éventé s'entoura de valets,Et monta sur un char, pour fuir les camouflets.
A ces mots, qu'en tremblant elle a balbutiés,
Le roi, que le respect prosternait à ses pieds,
Se relève ardemment, et vers l'alcove entraîne
La belle, entre ses mains se défendant à peine;
Toute émue, et roulant ses beaux yeux aveuglés,
Par l'orgueil, la surprise, et la frayeur troublés;
Palpitante aux assauts du héros téméraire:
Ainsi l'autour ravit la colombe en sa serre.
Les Démons, égayés de son doux embarras,
Près du hardi vainqueur la pressant dans ses bras,
Admiraient les effets si prompts, si manifestes,
Le quelques mots confus qu'éclaircissaient des gestes.
Sitôt! se disaient-ils; elle se rend! eh quoi?
Est-ce éblouissement, magie, amour, effroi?
Mais sur le couple heureux des rideaux se fermèrent:
La scène resta vide; et les ris éclatèrent.
La foule s'attendait, les voyant s'éclipser,
Que de nouveaux acteurs viendraient les remplacer;
Mais l'auteur, voilant tout en sa folle licence,
Pour comique ressort présenta leur absence.
Les Diables, qui d'abord en rirent étonnés,
Regardèrent enfin les diablesses au nez:
Leur sexe plein d'ardeur se peint tout en images:
Tout le feu des enfers colora leurs visages.
Déja les vieux Démons, si zélés pour les mœurs,
Opposaient leur murmure à cent lutins rimeurs,
Beaux-esprits farfadets, dont la troupe idolâtre
Toujours chante Vénus, ses lys, et son albâtre,
Et que faisait pâmer le voile ingénieux
Qui laissait entrevoir ce qu'il cachait aux yeux.
C'est ainsi qu'un grand art montre ce qu'il dérobe;
Tel on sent mieux le nu sous les plis d'une robe:
Tel, disait-on encore, un habile pinceau
Traçant Agamemnon le voila d'un manteau,
Ne sachant pas quels pleurs prêterait le génie
A ce père, témoin du sort d'Iphigénie.
Le silence animé ne se prolongea pas:
Les plaisirs des mortels sont rapides, hélas!
Nul monarque en amour n'a de pouvoir suprême:
La belle reparut, vermeille, et le roi, blême.
Mais avant de quitter ces lieux, encore obscurs,
Le héros, de son sceptre, avait touché les murs:
O miracle soudain! la tendre Ferronnière
Vit son toit se changer en palais de lumière.
Les lambris, les plafonds, revêtus de cristaux,
Réfléchirent l'éclat des plus rares métaux;
De candélabres d'or ses foyers rayonnèrent;
De velours argentés ses fenêtres s'ornèrent;
De glands d'or soutenu, son lit, chargé d'un dais,
Devint un sanctuaire à ses divins attraits;
De riches diamants ses écrins se garnirent;
En ses vastes haras trente étalons hénnirent;
Salaire des baisers que, d'un cœur délicat,
Le monarque ravit à l'époux avocat.
La novice Phryné, trop facile conquête,
Sentit mille vapeurs gonfler sa jeune tête;
Son orgueil éventé s'entoura de valets,
Et monta sur un char, pour fuir les camouflets.
Cependant son époux, en proie au chagrin sombre,Erra deux jours, deux nuits, grondant encor dans l'ombre;Il traîne un corps maigri, faible, et sans aliments:Son désordre éperdu signale ses tourments:Immobile, debout, l'œil sans vue, il soupire,Tel qu'un homme frappé d'un aveugle délire.
Cependant son époux, en proie au chagrin sombre,
Erra deux jours, deux nuits, grondant encor dans l'ombre;
Il traîne un corps maigri, faible, et sans aliments:
Son désordre éperdu signale ses tourments:
Immobile, debout, l'œil sans vue, il soupire,
Tel qu'un homme frappé d'un aveugle délire.
O crime qui m'accable autant qu'il m'avilit!Un autre est en ses bras! un autre est en mon lit!Mon cœur, tout comprimé de rage et de colère,Se gonfle de sanglots et soudain se resserre.Je sens de mes chagrins l'orage s'amasser,Et je n'ai point de pleurs que je puisse verser.Ah! pour moi nul espoir n'aurait autant de charmes,Hélas! que le plaisir de répandre des larmes.Malheureux! de ton sexe as-tu perdu l'orgueil?Quand tes cris de ta porte ont fatigué le seuil,Ont-ils calmé tes maux? non, et de la parjureMes propres lâchetés n'ont fait qu'aigrir l'injure:Je me suis dit trop tôt qu'ivre de son amantL'infidèle peut-être a ri de mon tourment.Tu me connais bien mal, ô criminelle femme!Si tu ris de la plaie ouverte dans mon ame.Des vanités d'époux je sens peu l'aiguillon:Que m'importe une ville, insensé tourbillon,Où le bruit de ma honte a grossi les scandalesEmportés dans le cours des galantes annales!Qu'importent des regards plus lâches que malinsDans les cercles étroits de mes obscurs voisins!C'est ma félicité cruellement ravie,C'est l'erreur d'un amour, chimère de ma vie,C'est un long avenir corrompu par l'ennui,C'est mon bonheur perdu, que je plains aujourd'hui.Je plains de ma candeur les douces imprudencesEn un cœur mal jugé versant mes confidences.Je regrette ces jours sereins et radieux,Qui semblaient pour moi seul éclairés par ses yeux,Quand ma timide épouse, en foulant les prairies,Suivait de mon amour les tendres rêveries!Je fondais sans orgueil l'espoir d'un sort heureuxSur la paix, sur les biens d'un hymen vertueux!Mon hymen, ma vertu, font mon ignominie.Il n'est donc nul recours contre la tyrannie,Puisque les rois, nommés les protecteurs des lois,Pour usurper nos lits pénètrent sous nos toits;Et rendent périlleux à la foi conjugaleD'éviter de leur or l'influence fatale!A quoi, près d'eux, le cœur ose-t-il se lier?Honneur, amour, il faut tout leur sacrifier.Crédule, je pensais, dérobant ma fortune,Parmi les rangs cachés de la foule commune,Prouver, en cultivant une chaste union,Qu'un mortel vit heureux, libre d'ambition:Ah! que n'ai-je plutôt, distrait par milles intrigues,Fait de ma lâche épouse un instrument de brigues!Plus redouté peut-être, on m'aurait épargné:Ou, renonçant moi-même à mon lit dédaigné,Je n'eusse été jaloux que du regard des princes,Et jouirais des biens volés sur les provinces.Où m'a réduit l'amour et la loi du devoir?A mourir seul au monde, en proie au désespoir.Tyran, qui te complais en des bras infidèles,Voilà, tyran, le fruit de tes leçons cruelles!Et, si j'armais mon bras, tu me ferais jeterSur l'indigne échafaud où tu devrais monter,Toi, qui pour un caprice insolemment profanesUne épouse rangée au rang des courtisanes,Et pour jamais détruis la paix d'un citoyenQui n'a que son amour et sa foi pour tout bien!Seul, trahi, sur la terre ai-je même un asyle?La parjure a souillé mon heureux domicile:Oserais-je y rentrer? pourrai-je soutenirL'aspect d'un lieu rempli du triste souvenirDe tant de voluptés et de jours d'alégresse,Dont ma couche et nos murs me parleraient sans cesse?Irai-je en ces hameaux, où près de moi souventLe soleil la voyait briller en se levant;Où l'écho de la nuit se plaisait à répandreNos amoureux serments, qu'il ne doit plus entendre?L'aube, le soir, les bois, les plaines, et les eaux,En m'offrant sa présence irriteraient mes maux:Tout, dans la ville, aux champs, la rend à ma pensée:Où fuir? où me soustraire à ma rage insensée!Où m'éviter moi même?... ô supplice!.... commentEndurer de mon cœur l'affreux déchirement?...Mais qu'entends-je? que vois-je?... une retraite impureOù dansent follement l'ivresse et la luxure.Ces amants insensés d'un aveugle plaisirOnt-ils quelques chagrins qui les viennent saisir?Non; écoutons leurs chants et leur joie effrénée....Ici, point de pudeur: ici, point d'hyménée:En ce sérail le vice achète les amours....Eh bien! plus de vertu: suivons les mœurs des cours;Et noyons dans le vin ma démence jalouse.Parmi de vils objets, moins vils que mon épouse:En un brutal sommeil peut-être enseveli,Mes cuisantes douleurs céderont à l'oubli.
O crime qui m'accable autant qu'il m'avilit!Un autre est en ses bras! un autre est en mon lit!Mon cœur, tout comprimé de rage et de colère,Se gonfle de sanglots et soudain se resserre.Je sens de mes chagrins l'orage s'amasser,Et je n'ai point de pleurs que je puisse verser.Ah! pour moi nul espoir n'aurait autant de charmes,Hélas! que le plaisir de répandre des larmes.Malheureux! de ton sexe as-tu perdu l'orgueil?Quand tes cris de ta porte ont fatigué le seuil,Ont-ils calmé tes maux? non, et de la parjureMes propres lâchetés n'ont fait qu'aigrir l'injure:Je me suis dit trop tôt qu'ivre de son amantL'infidèle peut-être a ri de mon tourment.Tu me connais bien mal, ô criminelle femme!Si tu ris de la plaie ouverte dans mon ame.Des vanités d'époux je sens peu l'aiguillon:Que m'importe une ville, insensé tourbillon,Où le bruit de ma honte a grossi les scandalesEmportés dans le cours des galantes annales!Qu'importent des regards plus lâches que malinsDans les cercles étroits de mes obscurs voisins!C'est ma félicité cruellement ravie,C'est l'erreur d'un amour, chimère de ma vie,C'est un long avenir corrompu par l'ennui,C'est mon bonheur perdu, que je plains aujourd'hui.Je plains de ma candeur les douces imprudencesEn un cœur mal jugé versant mes confidences.Je regrette ces jours sereins et radieux,Qui semblaient pour moi seul éclairés par ses yeux,Quand ma timide épouse, en foulant les prairies,Suivait de mon amour les tendres rêveries!Je fondais sans orgueil l'espoir d'un sort heureuxSur la paix, sur les biens d'un hymen vertueux!Mon hymen, ma vertu, font mon ignominie.Il n'est donc nul recours contre la tyrannie,Puisque les rois, nommés les protecteurs des lois,Pour usurper nos lits pénètrent sous nos toits;Et rendent périlleux à la foi conjugaleD'éviter de leur or l'influence fatale!A quoi, près d'eux, le cœur ose-t-il se lier?Honneur, amour, il faut tout leur sacrifier.Crédule, je pensais, dérobant ma fortune,Parmi les rangs cachés de la foule commune,Prouver, en cultivant une chaste union,Qu'un mortel vit heureux, libre d'ambition:Ah! que n'ai-je plutôt, distrait par milles intrigues,Fait de ma lâche épouse un instrument de brigues!Plus redouté peut-être, on m'aurait épargné:Ou, renonçant moi-même à mon lit dédaigné,Je n'eusse été jaloux que du regard des princes,Et jouirais des biens volés sur les provinces.Où m'a réduit l'amour et la loi du devoir?A mourir seul au monde, en proie au désespoir.Tyran, qui te complais en des bras infidèles,Voilà, tyran, le fruit de tes leçons cruelles!Et, si j'armais mon bras, tu me ferais jeterSur l'indigne échafaud où tu devrais monter,Toi, qui pour un caprice insolemment profanesUne épouse rangée au rang des courtisanes,Et pour jamais détruis la paix d'un citoyenQui n'a que son amour et sa foi pour tout bien!Seul, trahi, sur la terre ai-je même un asyle?La parjure a souillé mon heureux domicile:Oserais-je y rentrer? pourrai-je soutenirL'aspect d'un lieu rempli du triste souvenirDe tant de voluptés et de jours d'alégresse,Dont ma couche et nos murs me parleraient sans cesse?Irai-je en ces hameaux, où près de moi souventLe soleil la voyait briller en se levant;Où l'écho de la nuit se plaisait à répandreNos amoureux serments, qu'il ne doit plus entendre?L'aube, le soir, les bois, les plaines, et les eaux,En m'offrant sa présence irriteraient mes maux:Tout, dans la ville, aux champs, la rend à ma pensée:Où fuir? où me soustraire à ma rage insensée!Où m'éviter moi même?... ô supplice!.... commentEndurer de mon cœur l'affreux déchirement?...Mais qu'entends-je? que vois-je?... une retraite impureOù dansent follement l'ivresse et la luxure.Ces amants insensés d'un aveugle plaisirOnt-ils quelques chagrins qui les viennent saisir?Non; écoutons leurs chants et leur joie effrénée....Ici, point de pudeur: ici, point d'hyménée:En ce sérail le vice achète les amours....Eh bien! plus de vertu: suivons les mœurs des cours;Et noyons dans le vin ma démence jalouse.Parmi de vils objets, moins vils que mon épouse:En un brutal sommeil peut-être enseveli,Mes cuisantes douleurs céderont à l'oubli.
O crime qui m'accable autant qu'il m'avilit!
Un autre est en ses bras! un autre est en mon lit!
Mon cœur, tout comprimé de rage et de colère,
Se gonfle de sanglots et soudain se resserre.
Je sens de mes chagrins l'orage s'amasser,
Et je n'ai point de pleurs que je puisse verser.
Ah! pour moi nul espoir n'aurait autant de charmes,
Hélas! que le plaisir de répandre des larmes.
Malheureux! de ton sexe as-tu perdu l'orgueil?
Quand tes cris de ta porte ont fatigué le seuil,
Ont-ils calmé tes maux? non, et de la parjure
Mes propres lâchetés n'ont fait qu'aigrir l'injure:
Je me suis dit trop tôt qu'ivre de son amant
L'infidèle peut-être a ri de mon tourment.
Tu me connais bien mal, ô criminelle femme!
Si tu ris de la plaie ouverte dans mon ame.
Des vanités d'époux je sens peu l'aiguillon:
Que m'importe une ville, insensé tourbillon,
Où le bruit de ma honte a grossi les scandales
Emportés dans le cours des galantes annales!
Qu'importent des regards plus lâches que malins
Dans les cercles étroits de mes obscurs voisins!
C'est ma félicité cruellement ravie,
C'est l'erreur d'un amour, chimère de ma vie,
C'est un long avenir corrompu par l'ennui,
C'est mon bonheur perdu, que je plains aujourd'hui.
Je plains de ma candeur les douces imprudences
En un cœur mal jugé versant mes confidences.
Je regrette ces jours sereins et radieux,
Qui semblaient pour moi seul éclairés par ses yeux,
Quand ma timide épouse, en foulant les prairies,
Suivait de mon amour les tendres rêveries!
Je fondais sans orgueil l'espoir d'un sort heureux
Sur la paix, sur les biens d'un hymen vertueux!
Mon hymen, ma vertu, font mon ignominie.
Il n'est donc nul recours contre la tyrannie,
Puisque les rois, nommés les protecteurs des lois,
Pour usurper nos lits pénètrent sous nos toits;
Et rendent périlleux à la foi conjugale
D'éviter de leur or l'influence fatale!
A quoi, près d'eux, le cœur ose-t-il se lier?
Honneur, amour, il faut tout leur sacrifier.
Crédule, je pensais, dérobant ma fortune,
Parmi les rangs cachés de la foule commune,
Prouver, en cultivant une chaste union,
Qu'un mortel vit heureux, libre d'ambition:
Ah! que n'ai-je plutôt, distrait par milles intrigues,
Fait de ma lâche épouse un instrument de brigues!
Plus redouté peut-être, on m'aurait épargné:
Ou, renonçant moi-même à mon lit dédaigné,
Je n'eusse été jaloux que du regard des princes,
Et jouirais des biens volés sur les provinces.
Où m'a réduit l'amour et la loi du devoir?
A mourir seul au monde, en proie au désespoir.
Tyran, qui te complais en des bras infidèles,
Voilà, tyran, le fruit de tes leçons cruelles!
Et, si j'armais mon bras, tu me ferais jeter
Sur l'indigne échafaud où tu devrais monter,
Toi, qui pour un caprice insolemment profanes
Une épouse rangée au rang des courtisanes,
Et pour jamais détruis la paix d'un citoyen
Qui n'a que son amour et sa foi pour tout bien!
Seul, trahi, sur la terre ai-je même un asyle?
La parjure a souillé mon heureux domicile:
Oserais-je y rentrer? pourrai-je soutenir
L'aspect d'un lieu rempli du triste souvenir
De tant de voluptés et de jours d'alégresse,
Dont ma couche et nos murs me parleraient sans cesse?
Irai-je en ces hameaux, où près de moi souvent
Le soleil la voyait briller en se levant;
Où l'écho de la nuit se plaisait à répandre
Nos amoureux serments, qu'il ne doit plus entendre?
L'aube, le soir, les bois, les plaines, et les eaux,
En m'offrant sa présence irriteraient mes maux:
Tout, dans la ville, aux champs, la rend à ma pensée:
Où fuir? où me soustraire à ma rage insensée!
Où m'éviter moi même?... ô supplice!.... comment
Endurer de mon cœur l'affreux déchirement?...
Mais qu'entends-je? que vois-je?... une retraite impure
Où dansent follement l'ivresse et la luxure.
Ces amants insensés d'un aveugle plaisir
Ont-ils quelques chagrins qui les viennent saisir?
Non; écoutons leurs chants et leur joie effrénée....
Ici, point de pudeur: ici, point d'hyménée:
En ce sérail le vice achète les amours....
Eh bien! plus de vertu: suivons les mœurs des cours;
Et noyons dans le vin ma démence jalouse.
Parmi de vils objets, moins vils que mon épouse:
En un brutal sommeil peut-être enseveli,
Mes cuisantes douleurs céderont à l'oubli.
Il entre en ce séjour plein de nymphes bachiques,Où les aimables Grecs, cerveaux si poétiques,Eussent cru voir Cypris, et le dieu des festins,Et Priape, éclatant de la pourpre des vins:Car du libertinage, et de l'ivrognerie,Ils se créaient des dieux, grace à l'allégorie,Froide pour les esprits nés sans inventions,Mais seule animant tout au gré des fictions;Et de noms adoucis, et de riantes faces,Aux objets odieux prêtant même des graces:Elle a peuplé l'olympe; et fait parler iciL'Ivresse, aux yeux troublés, et libre de souci.
Il entre en ce séjour plein de nymphes bachiques,Où les aimables Grecs, cerveaux si poétiques,Eussent cru voir Cypris, et le dieu des festins,Et Priape, éclatant de la pourpre des vins:Car du libertinage, et de l'ivrognerie,Ils se créaient des dieux, grace à l'allégorie,Froide pour les esprits nés sans inventions,Mais seule animant tout au gré des fictions;Et de noms adoucis, et de riantes faces,Aux objets odieux prêtant même des graces:Elle a peuplé l'olympe; et fait parler iciL'Ivresse, aux yeux troublés, et libre de souci.
Il entre en ce séjour plein de nymphes bachiques,
Où les aimables Grecs, cerveaux si poétiques,
Eussent cru voir Cypris, et le dieu des festins,
Et Priape, éclatant de la pourpre des vins:
Car du libertinage, et de l'ivrognerie,
Ils se créaient des dieux, grace à l'allégorie,
Froide pour les esprits nés sans inventions,
Mais seule animant tout au gré des fictions;
Et de noms adoucis, et de riantes faces,
Aux objets odieux prêtant même des graces:
Elle a peuplé l'olympe; et fait parler ici
L'Ivresse, aux yeux troublés, et libre de souci.
L'IVRESSE.
Noie, époux affligé, tes chagrins dans ma coupe.Les consolations sont mon aimable troupe!Avec elles toujours parcourant l'univers,J'allége des humains les ennuis et les fers.De l'orgueil d'Alexandre, au milieu de l'Asie,J'ai même soulagé la longue frénésie.En mes philtres joyeux j'ai su par-fois, dit-on,Tremper le cœur de fer du malheureux Caton.C'est peu que des héros j'aie adouci les peines;Je déride le peuple attristé de ses chaînes,Et qui, de ses bourreaux se délivrant enfin,S'abreuverait de sang s'il ne buvait du vin.L'eau du Léthé se mêle au doux jus de la treille.Vois, à travers mon prisme, Hébé fraîche et vermeille,Qui, le verre à la main, riante à tes côtés,Vers toi de son beau corps penche les nudités.Bois, chante, ris, folâtre, obéis aux capricesQu'inspirent tour-à-tour ces folles mérétrices.Tes yeux sont éblouis.... quitte la table.... eh-bien!Le bandeau de l'amour vaut-il mieux que le mien!
Noie, époux affligé, tes chagrins dans ma coupe.Les consolations sont mon aimable troupe!Avec elles toujours parcourant l'univers,J'allége des humains les ennuis et les fers.De l'orgueil d'Alexandre, au milieu de l'Asie,J'ai même soulagé la longue frénésie.En mes philtres joyeux j'ai su par-fois, dit-on,Tremper le cœur de fer du malheureux Caton.C'est peu que des héros j'aie adouci les peines;Je déride le peuple attristé de ses chaînes,Et qui, de ses bourreaux se délivrant enfin,S'abreuverait de sang s'il ne buvait du vin.L'eau du Léthé se mêle au doux jus de la treille.Vois, à travers mon prisme, Hébé fraîche et vermeille,Qui, le verre à la main, riante à tes côtés,Vers toi de son beau corps penche les nudités.Bois, chante, ris, folâtre, obéis aux capricesQu'inspirent tour-à-tour ces folles mérétrices.Tes yeux sont éblouis.... quitte la table.... eh-bien!Le bandeau de l'amour vaut-il mieux que le mien!
Noie, époux affligé, tes chagrins dans ma coupe.
Les consolations sont mon aimable troupe!
Avec elles toujours parcourant l'univers,
J'allége des humains les ennuis et les fers.
De l'orgueil d'Alexandre, au milieu de l'Asie,
J'ai même soulagé la longue frénésie.
En mes philtres joyeux j'ai su par-fois, dit-on,
Tremper le cœur de fer du malheureux Caton.
C'est peu que des héros j'aie adouci les peines;
Je déride le peuple attristé de ses chaînes,
Et qui, de ses bourreaux se délivrant enfin,
S'abreuverait de sang s'il ne buvait du vin.
L'eau du Léthé se mêle au doux jus de la treille.
Vois, à travers mon prisme, Hébé fraîche et vermeille,
Qui, le verre à la main, riante à tes côtés,
Vers toi de son beau corps penche les nudités.
Bois, chante, ris, folâtre, obéis aux caprices
Qu'inspirent tour-à-tour ces folles mérétrices.
Tes yeux sont éblouis.... quitte la table.... eh-bien!
Le bandeau de l'amour vaut-il mieux que le mien!
PREMIÈRE COURTISANE.
Retire-toi, ma sœur; et laisse ta compagneFaire avec lui mousser le nectar de Champagne.
Retire-toi, ma sœur; et laisse ta compagneFaire avec lui mousser le nectar de Champagne.
Retire-toi, ma sœur; et laisse ta compagne
Faire avec lui mousser le nectar de Champagne.
DEUXIÈME COURTISANE.
Non, j'aime ce jeune homme et ses emportements:Pourquoi l'enlève-t-elle à mes embrassements?
Non, j'aime ce jeune homme et ses emportements:Pourquoi l'enlève-t-elle à mes embrassements?
Non, j'aime ce jeune homme et ses emportements:
Pourquoi l'enlève-t-elle à mes embrassements?
PREMIÈRE COURTISANE.
Son âge a peu besoin du secours de tes charmes:Réserve à ton vieillard tes appas et tes armes!
Son âge a peu besoin du secours de tes charmes:Réserve à ton vieillard tes appas et tes armes!
Son âge a peu besoin du secours de tes charmes:
Réserve à ton vieillard tes appas et tes armes!
DEUXIÈME COURTISANE.
Ses mains ont beaucoup d'or: mais ses riches présentsFont-ils aimer son front argenté par les ans?Ce barbon édenté, goutteux sexagénaire,Vil objet de dégoûts, a-t-il de quoi me plaire?Son seul aspect suffit pour nous humilierD'un sort qui du plaisir nous a fait un métier.
Ses mains ont beaucoup d'or: mais ses riches présentsFont-ils aimer son front argenté par les ans?Ce barbon édenté, goutteux sexagénaire,Vil objet de dégoûts, a-t-il de quoi me plaire?Son seul aspect suffit pour nous humilierD'un sort qui du plaisir nous a fait un métier.
Ses mains ont beaucoup d'or: mais ses riches présents
Font-ils aimer son front argenté par les ans?
Ce barbon édenté, goutteux sexagénaire,
Vil objet de dégoûts, a-t-il de quoi me plaire?
Son seul aspect suffit pour nous humilier
D'un sort qui du plaisir nous a fait un métier.
PREMIÈRE COURTISANE.
Ma sœur, j'ai vu le monde, et je suis ton aînée.D'une dame autrefois compagne fortunée,Un méchant séducteur m'enleva de son toit,Et m'abandonna mère aux lieux où l'on nous voit.Ce monde, il m'en souvient et j'en garde l'image,De ton respect, crois-moi, mérite peu l'hommage.Les avares parents, les intérêts jaloux,A de jeunes beautés donnent de vieux époux;Et par-fois, sans remords, un père de familleA la plus riche dot vend la fleur de sa fille;Fleur que souvent l'amour a fait épanouir,Mais que rajeunit l'art pour qui veut en jouir.
Ma sœur, j'ai vu le monde, et je suis ton aînée.D'une dame autrefois compagne fortunée,Un méchant séducteur m'enleva de son toit,Et m'abandonna mère aux lieux où l'on nous voit.Ce monde, il m'en souvient et j'en garde l'image,De ton respect, crois-moi, mérite peu l'hommage.Les avares parents, les intérêts jaloux,A de jeunes beautés donnent de vieux époux;Et par-fois, sans remords, un père de familleA la plus riche dot vend la fleur de sa fille;Fleur que souvent l'amour a fait épanouir,Mais que rajeunit l'art pour qui veut en jouir.
Ma sœur, j'ai vu le monde, et je suis ton aînée.
D'une dame autrefois compagne fortunée,
Un méchant séducteur m'enleva de son toit,
Et m'abandonna mère aux lieux où l'on nous voit.
Ce monde, il m'en souvient et j'en garde l'image,
De ton respect, crois-moi, mérite peu l'hommage.
Les avares parents, les intérêts jaloux,
A de jeunes beautés donnent de vieux époux;
Et par-fois, sans remords, un père de famille
A la plus riche dot vend la fleur de sa fille;
Fleur que souvent l'amour a fait épanouir,
Mais que rajeunit l'art pour qui veut en jouir.
DEUXIÈME COURTISANE.
Celles dont nul pouvoir n'a gêné les tendresses,Épouses qu'on honore, au moins sont leurs maîtresses;Et libres de leur choix, ne font pas comme nousUn infâme trafic des baisers les plus doux.
Celles dont nul pouvoir n'a gêné les tendresses,Épouses qu'on honore, au moins sont leurs maîtresses;Et libres de leur choix, ne font pas comme nousUn infâme trafic des baisers les plus doux.
Celles dont nul pouvoir n'a gêné les tendresses,
Épouses qu'on honore, au moins sont leurs maîtresses;
Et libres de leur choix, ne font pas comme nous
Un infâme trafic des baisers les plus doux.
PREMIÈRE COURTISANE.
L'amour du jeu, ma sœur, l'orgueil d'un équipage,Et les atours coquets, ruineux étalage,Réduisent leur misère aux emprunts délicatsQu'aux frais de leur pudeur acquittent leurs appas.Les ministres, les grands, dispensateurs des places,Leur cèdent la faveur que marchandent leurs graces;Et, pour les attirer, leur soin industrieuxFait ce qu'en nos réduits nous ne faisons pas mieux.
L'amour du jeu, ma sœur, l'orgueil d'un équipage,Et les atours coquets, ruineux étalage,Réduisent leur misère aux emprunts délicatsQu'aux frais de leur pudeur acquittent leurs appas.Les ministres, les grands, dispensateurs des places,Leur cèdent la faveur que marchandent leurs graces;Et, pour les attirer, leur soin industrieuxFait ce qu'en nos réduits nous ne faisons pas mieux.
L'amour du jeu, ma sœur, l'orgueil d'un équipage,
Et les atours coquets, ruineux étalage,
Réduisent leur misère aux emprunts délicats
Qu'aux frais de leur pudeur acquittent leurs appas.
Les ministres, les grands, dispensateurs des places,
Leur cèdent la faveur que marchandent leurs graces;
Et, pour les attirer, leur soin industrieux
Fait ce qu'en nos réduits nous ne faisons pas mieux.
DEUXIÈME COURTISANE.
L'amour, en occupant le loisir de leurs heures,Vient brûler son encens dans leurs propres demeures,Sans que la faim, rouvrant leur porte à tous moments,Les appelle au dehors pour quêter des amants,Et les force, en un jour trente fois rajustées,A reprendre à l'envi leurs parures quittées,Et feignant la jeunesse avec des traits usés,A pétrir de leur teint les lys recomposés.
L'amour, en occupant le loisir de leurs heures,Vient brûler son encens dans leurs propres demeures,Sans que la faim, rouvrant leur porte à tous moments,Les appelle au dehors pour quêter des amants,Et les force, en un jour trente fois rajustées,A reprendre à l'envi leurs parures quittées,Et feignant la jeunesse avec des traits usés,A pétrir de leur teint les lys recomposés.
L'amour, en occupant le loisir de leurs heures,
Vient brûler son encens dans leurs propres demeures,
Sans que la faim, rouvrant leur porte à tous moments,
Les appelle au dehors pour quêter des amants,
Et les force, en un jour trente fois rajustées,
A reprendre à l'envi leurs parures quittées,
Et feignant la jeunesse avec des traits usés,
A pétrir de leur teint les lys recomposés.
PREMIÈRE COURTISANE.
Détrompe-toi, ma sœur.... ah! de leurs tristes ridesJ'ai vu le fard discret souvent masquer les vides;Et, grace à beaucoup d'art, quarante ans rajeunisOffrent une Vénus aux jeunes Adonis.Leurs bains mystérieux, leurs toilettes rivales,Du soir jusqu'à la nuit les montrent nos égales;Et dans les lieux publics leurs jupes vont brillerAux yeux de l'homme ardent à les en dépouiller.Heureuses quand leur front, étincelant d'aigrettes,D'un loyer de bijoux ne grossit pas leur dettes!Car ces vaines beautés en leur cercle aujourd'huiSe parent comme nous des diamants d'autrui.
Détrompe-toi, ma sœur.... ah! de leurs tristes ridesJ'ai vu le fard discret souvent masquer les vides;Et, grace à beaucoup d'art, quarante ans rajeunisOffrent une Vénus aux jeunes Adonis.Leurs bains mystérieux, leurs toilettes rivales,Du soir jusqu'à la nuit les montrent nos égales;Et dans les lieux publics leurs jupes vont brillerAux yeux de l'homme ardent à les en dépouiller.Heureuses quand leur front, étincelant d'aigrettes,D'un loyer de bijoux ne grossit pas leur dettes!Car ces vaines beautés en leur cercle aujourd'huiSe parent comme nous des diamants d'autrui.
Détrompe-toi, ma sœur.... ah! de leurs tristes rides
J'ai vu le fard discret souvent masquer les vides;
Et, grace à beaucoup d'art, quarante ans rajeunis
Offrent une Vénus aux jeunes Adonis.
Leurs bains mystérieux, leurs toilettes rivales,
Du soir jusqu'à la nuit les montrent nos égales;
Et dans les lieux publics leurs jupes vont briller
Aux yeux de l'homme ardent à les en dépouiller.
Heureuses quand leur front, étincelant d'aigrettes,
D'un loyer de bijoux ne grossit pas leur dettes!
Car ces vaines beautés en leur cercle aujourd'hui
Se parent comme nous des diamants d'autrui.
DEUXIÈME COURTISANE.
Oh! n'assimile pas nos mœurs que l'on mépriseAux mœurs sages d'un monde, où chaque femme épriseReçoit d'un homme seul mille soins assidus,Sans profaner son lit et ses baisers vendus.
Oh! n'assimile pas nos mœurs que l'on mépriseAux mœurs sages d'un monde, où chaque femme épriseReçoit d'un homme seul mille soins assidus,Sans profaner son lit et ses baisers vendus.
Oh! n'assimile pas nos mœurs que l'on méprise
Aux mœurs sages d'un monde, où chaque femme éprise
Reçoit d'un homme seul mille soins assidus,
Sans profaner son lit et ses baisers vendus.
PREMIÈRE COURTISANE.
Innocente! eh, vraiment, tu penses en vestale!Apprends que chaque épouse à l'ardeur maritaleJoint toujours en secret le feu de quelque amant,Second mari lui-même, et trompé décemment;Et par-fois un rival, en oiseau de passage,Dérobe aux deux amis quelque tendre partage.Moquons-nous donc, ma sœur, de ces femmes de bien:Leur commerce est facile et ne nous cède en rien.Nous, filles de plaisir, et sans hypocrisie,Des hommes trompons-nous la foi, la jalousie?Plus que nous ne valons nous ne nous prisons pas;Et ce n'est point aux cœurs que nous tendons nos lacs.Crois-moi donc; fuis, ma sœur, l'indigence importune:Sans honte, et sans dégoûts, travaille à ta fortune.L'or établit les rangs dans la société:Si tu n'en acquiers point, la dure pauvreté,Aux vents des carrefours exposant ta jeunesse,Hâtera sur tes fleurs l'hiver de la vieillesse:Mais si tu t'enrichis, long-temps fraîche aux regards,Couchée en des palais, et roulée en des chars,Nous te verrons passer en brillant météore;Et cet organe heureux du plaisir qu'on adore,De tes prospérités instrument féminin,Nous semblera, lui seul, comme un ressort divin,Soutenir dans Paris tes splendeurs souveraines,Et de tes prompts coursiers les élégantes rênes:Et l'hymen te pourra transformer quelque jourDe catin à la ville en duchesse à la cour.
Innocente! eh, vraiment, tu penses en vestale!Apprends que chaque épouse à l'ardeur maritaleJoint toujours en secret le feu de quelque amant,Second mari lui-même, et trompé décemment;Et par-fois un rival, en oiseau de passage,Dérobe aux deux amis quelque tendre partage.Moquons-nous donc, ma sœur, de ces femmes de bien:Leur commerce est facile et ne nous cède en rien.Nous, filles de plaisir, et sans hypocrisie,Des hommes trompons-nous la foi, la jalousie?Plus que nous ne valons nous ne nous prisons pas;Et ce n'est point aux cœurs que nous tendons nos lacs.Crois-moi donc; fuis, ma sœur, l'indigence importune:Sans honte, et sans dégoûts, travaille à ta fortune.L'or établit les rangs dans la société:Si tu n'en acquiers point, la dure pauvreté,Aux vents des carrefours exposant ta jeunesse,Hâtera sur tes fleurs l'hiver de la vieillesse:Mais si tu t'enrichis, long-temps fraîche aux regards,Couchée en des palais, et roulée en des chars,Nous te verrons passer en brillant météore;Et cet organe heureux du plaisir qu'on adore,De tes prospérités instrument féminin,Nous semblera, lui seul, comme un ressort divin,Soutenir dans Paris tes splendeurs souveraines,Et de tes prompts coursiers les élégantes rênes:Et l'hymen te pourra transformer quelque jourDe catin à la ville en duchesse à la cour.
Innocente! eh, vraiment, tu penses en vestale!
Apprends que chaque épouse à l'ardeur maritale
Joint toujours en secret le feu de quelque amant,
Second mari lui-même, et trompé décemment;
Et par-fois un rival, en oiseau de passage,
Dérobe aux deux amis quelque tendre partage.
Moquons-nous donc, ma sœur, de ces femmes de bien:
Leur commerce est facile et ne nous cède en rien.
Nous, filles de plaisir, et sans hypocrisie,
Des hommes trompons-nous la foi, la jalousie?
Plus que nous ne valons nous ne nous prisons pas;
Et ce n'est point aux cœurs que nous tendons nos lacs.
Crois-moi donc; fuis, ma sœur, l'indigence importune:
Sans honte, et sans dégoûts, travaille à ta fortune.
L'or établit les rangs dans la société:
Si tu n'en acquiers point, la dure pauvreté,
Aux vents des carrefours exposant ta jeunesse,
Hâtera sur tes fleurs l'hiver de la vieillesse:
Mais si tu t'enrichis, long-temps fraîche aux regards,
Couchée en des palais, et roulée en des chars,
Nous te verrons passer en brillant météore;
Et cet organe heureux du plaisir qu'on adore,
De tes prospérités instrument féminin,
Nous semblera, lui seul, comme un ressort divin,
Soutenir dans Paris tes splendeurs souveraines,
Et de tes prompts coursiers les élégantes rênes:
Et l'hymen te pourra transformer quelque jour
De catin à la ville en duchesse à la cour.
TROISIÈME COURTISANE,accourant.
Fuyons! fuyons!
Fuyons! fuyons!
Fuyons! fuyons!
PREMIÈRE COURTISANE.
D'où naît la crainte ou tu te livres?...Quel bruit!....
D'où naît la crainte ou tu te livres?...Quel bruit!....
D'où naît la crainte ou tu te livres?...
Quel bruit!....
TROISIÈME COURTISANE.
Entendez-vous ces capitaines ivres,Brisant meubles, miroirs, criant, blasphémant Dieu?...Je fuis tremblante, et nue....
Entendez-vous ces capitaines ivres,Brisant meubles, miroirs, criant, blasphémant Dieu?...Je fuis tremblante, et nue....
Entendez-vous ces capitaines ivres,
Brisant meubles, miroirs, criant, blasphémant Dieu?...
Je fuis tremblante, et nue....
TOUTES.
Au vol! au meurtre! au feu!...
Au vol! au meurtre! au feu!...
Au vol! au meurtre! au feu!...
A ces cris se relève, étonné du tumulte,Le mari qui venait d'oublier son insulte.La porte est enfoncée: on entre; on se débat:Mais la scène changeant dérobe le combat.On voit la Ferronnière en sa chambre nouvelle:Une riche splendeur ne la rend que plus belle;Et ses yeux, non encor du faste détrompés,Brillent de plus de feux par son éclat frappés.Hélas! qui, devant elle, ose encor reparaître?C'est son mari: vient-il se venger de son maître?
A ces cris se relève, étonné du tumulte,Le mari qui venait d'oublier son insulte.La porte est enfoncée: on entre; on se débat:Mais la scène changeant dérobe le combat.
A ces cris se relève, étonné du tumulte,
Le mari qui venait d'oublier son insulte.
La porte est enfoncée: on entre; on se débat:
Mais la scène changeant dérobe le combat.
On voit la Ferronnière en sa chambre nouvelle:Une riche splendeur ne la rend que plus belle;Et ses yeux, non encor du faste détrompés,Brillent de plus de feux par son éclat frappés.Hélas! qui, devant elle, ose encor reparaître?C'est son mari: vient-il se venger de son maître?
On voit la Ferronnière en sa chambre nouvelle:
Une riche splendeur ne la rend que plus belle;
Et ses yeux, non encor du faste détrompés,
Brillent de plus de feux par son éclat frappés.
Hélas! qui, devant elle, ose encor reparaître?
C'est son mari: vient-il se venger de son maître?
L'ÉPOUX.
Madame, est-il au moins permis à votre épouxD'entrer en ce séjour et d'approcher de vous?Et l'orgueil d'avoir pu soumettre un diadêmeVous fait-il oublier tout devoir et moi-même?Non, non, il vous souvient, peut-être avec terreur,Que je vous adorai jusques à la fureur:C'est donc en furieux qu'ici je viens vous direQue sur moi la raison a perdu tout empire.L'outrage le plus noir qui me doive toucherDe mon cœur malheureux n'a pu vous arracher.Je ne me connais plus depuis votre inconstance,Parjure! et contre vous, faible, sans résistance,Au hasard en tous lieux je porte en soupirantMes cruels souvenirs, mon désespoir errant,Et de vos traits encor l'image ineffaçableVous ramène ici même un époux implacable.Mais je m'en punirai, mais je dois vous punir....Eh, quoi donc? loin de vous ne me puis-je bannir?L'espace où vous vivez n'est qu'un point sur la terre:Il est d'autres climats que le soleil éclaire:Il est par-tout des cieux, des jours, des nuits pour moi.Mais est-il une femme aussi belle que toi?Perfide! où donc fuirai-je? où réparer ma perte?De mes regrets par-tout l'image m'est offerte.Ma vie est attachée aux seuls lieux où tu vis.Si mes pas dans la tombe étaient par toi suivis,La mort te ravirait au tyran qui m'offense....Oui, c'est mon dernier vœu: ce sera ma vengeance....Vois ce couteau levé... tremble!...
Madame, est-il au moins permis à votre épouxD'entrer en ce séjour et d'approcher de vous?Et l'orgueil d'avoir pu soumettre un diadêmeVous fait-il oublier tout devoir et moi-même?Non, non, il vous souvient, peut-être avec terreur,Que je vous adorai jusques à la fureur:C'est donc en furieux qu'ici je viens vous direQue sur moi la raison a perdu tout empire.L'outrage le plus noir qui me doive toucherDe mon cœur malheureux n'a pu vous arracher.Je ne me connais plus depuis votre inconstance,Parjure! et contre vous, faible, sans résistance,Au hasard en tous lieux je porte en soupirantMes cruels souvenirs, mon désespoir errant,Et de vos traits encor l'image ineffaçableVous ramène ici même un époux implacable.Mais je m'en punirai, mais je dois vous punir....Eh, quoi donc? loin de vous ne me puis-je bannir?L'espace où vous vivez n'est qu'un point sur la terre:Il est d'autres climats que le soleil éclaire:Il est par-tout des cieux, des jours, des nuits pour moi.Mais est-il une femme aussi belle que toi?Perfide! où donc fuirai-je? où réparer ma perte?De mes regrets par-tout l'image m'est offerte.Ma vie est attachée aux seuls lieux où tu vis.Si mes pas dans la tombe étaient par toi suivis,La mort te ravirait au tyran qui m'offense....Oui, c'est mon dernier vœu: ce sera ma vengeance....Vois ce couteau levé... tremble!...
Madame, est-il au moins permis à votre époux
D'entrer en ce séjour et d'approcher de vous?
Et l'orgueil d'avoir pu soumettre un diadême
Vous fait-il oublier tout devoir et moi-même?
Non, non, il vous souvient, peut-être avec terreur,
Que je vous adorai jusques à la fureur:
C'est donc en furieux qu'ici je viens vous dire
Que sur moi la raison a perdu tout empire.
L'outrage le plus noir qui me doive toucher
De mon cœur malheureux n'a pu vous arracher.
Je ne me connais plus depuis votre inconstance,
Parjure! et contre vous, faible, sans résistance,
Au hasard en tous lieux je porte en soupirant
Mes cruels souvenirs, mon désespoir errant,
Et de vos traits encor l'image ineffaçable
Vous ramène ici même un époux implacable.
Mais je m'en punirai, mais je dois vous punir....
Eh, quoi donc? loin de vous ne me puis-je bannir?
L'espace où vous vivez n'est qu'un point sur la terre:
Il est d'autres climats que le soleil éclaire:
Il est par-tout des cieux, des jours, des nuits pour moi.
Mais est-il une femme aussi belle que toi?
Perfide! où donc fuirai-je? où réparer ma perte?
De mes regrets par-tout l'image m'est offerte.
Ma vie est attachée aux seuls lieux où tu vis.
Si mes pas dans la tombe étaient par toi suivis,
La mort te ravirait au tyran qui m'offense....
Oui, c'est mon dernier vœu: ce sera ma vengeance....
Vois ce couteau levé... tremble!...
LA FERRONNIÈRE.
O dieux! quel courroux!...Épargnez-moi.... je tombe en pleurs à vos genoux....
O dieux! quel courroux!...Épargnez-moi.... je tombe en pleurs à vos genoux....
O dieux! quel courroux!...
Épargnez-moi.... je tombe en pleurs à vos genoux....
L'ÉPOUX.
Tu ne fléchiras point mon cœur inexorable.Infidèle! quel crime au tien est comparable?La pudeur colorait les roses de ton front;Tu semblais chaste et pure, et m'as couvert d'affront.Si tes yeux ont brillé d'une fausse innocence,Si de tes traits charmants la trompeuse décence,Si ta bouche, et ton sein que glace ma rigueur,Respira l'imposture et mentit à mon cœur,Quel homme goûtera l'aimable confiance,Danger, dont mon amour fit trop d'expérience?L'effet le plus cruel des lâches trahisonsEst de remplir les cœurs de doute et de poisons,Et, prêtant aux vertus l'apparence des crimes,De livrer aux soupçons les plus pures victimes.Subis donc sans murmure un juste châtiment.Que notre sang se mêle aux yeux de ton amant,Qu'il teigne ces habits, ton indigne parure....Ornements fastueux, gages de mon injure,Ah! tombez en lambeaux par mes mains déchirés....O ciel!... la mort se peint dans ses traits altérés....La couleur à son front tout-à-coup est ravie....Sa gorge palpitante.... ah! reviens à la vie!....Modère tes sanglots! cesse de t'effrayer....Non, ton mari n'est point un affreux meurtrier.Sur ton corps demi-nu mes lèvres enflammées....Renais à tant d'ardeurs en mes sens allumées....Que fais-je?.... de son œil quels éclairs sont sortis!....O transports que jamais je n'avais ressentis!Du courroux au pardon incroyable passage!Baisers trempés de pleurs, plaisirs mêlés de rage,Achevez, embrasez un mortel éperdu!....
Tu ne fléchiras point mon cœur inexorable.Infidèle! quel crime au tien est comparable?La pudeur colorait les roses de ton front;Tu semblais chaste et pure, et m'as couvert d'affront.Si tes yeux ont brillé d'une fausse innocence,Si de tes traits charmants la trompeuse décence,Si ta bouche, et ton sein que glace ma rigueur,Respira l'imposture et mentit à mon cœur,Quel homme goûtera l'aimable confiance,Danger, dont mon amour fit trop d'expérience?L'effet le plus cruel des lâches trahisonsEst de remplir les cœurs de doute et de poisons,Et, prêtant aux vertus l'apparence des crimes,De livrer aux soupçons les plus pures victimes.Subis donc sans murmure un juste châtiment.Que notre sang se mêle aux yeux de ton amant,Qu'il teigne ces habits, ton indigne parure....Ornements fastueux, gages de mon injure,Ah! tombez en lambeaux par mes mains déchirés....O ciel!... la mort se peint dans ses traits altérés....La couleur à son front tout-à-coup est ravie....Sa gorge palpitante.... ah! reviens à la vie!....Modère tes sanglots! cesse de t'effrayer....Non, ton mari n'est point un affreux meurtrier.Sur ton corps demi-nu mes lèvres enflammées....Renais à tant d'ardeurs en mes sens allumées....Que fais-je?.... de son œil quels éclairs sont sortis!....O transports que jamais je n'avais ressentis!Du courroux au pardon incroyable passage!Baisers trempés de pleurs, plaisirs mêlés de rage,Achevez, embrasez un mortel éperdu!....
Tu ne fléchiras point mon cœur inexorable.
Infidèle! quel crime au tien est comparable?
La pudeur colorait les roses de ton front;
Tu semblais chaste et pure, et m'as couvert d'affront.
Si tes yeux ont brillé d'une fausse innocence,
Si de tes traits charmants la trompeuse décence,
Si ta bouche, et ton sein que glace ma rigueur,
Respira l'imposture et mentit à mon cœur,
Quel homme goûtera l'aimable confiance,
Danger, dont mon amour fit trop d'expérience?
L'effet le plus cruel des lâches trahisons
Est de remplir les cœurs de doute et de poisons,
Et, prêtant aux vertus l'apparence des crimes,
De livrer aux soupçons les plus pures victimes.
Subis donc sans murmure un juste châtiment.
Que notre sang se mêle aux yeux de ton amant,
Qu'il teigne ces habits, ton indigne parure....
Ornements fastueux, gages de mon injure,
Ah! tombez en lambeaux par mes mains déchirés....
O ciel!... la mort se peint dans ses traits altérés....
La couleur à son front tout-à-coup est ravie....
Sa gorge palpitante.... ah! reviens à la vie!....
Modère tes sanglots! cesse de t'effrayer....
Non, ton mari n'est point un affreux meurtrier.
Sur ton corps demi-nu mes lèvres enflammées....
Renais à tant d'ardeurs en mes sens allumées....
Que fais-je?.... de son œil quels éclairs sont sortis!....
O transports que jamais je n'avais ressentis!
Du courroux au pardon incroyable passage!
Baisers trempés de pleurs, plaisirs mêlés de rage,
Achevez, embrasez un mortel éperdu!....
Il l'embrasse, il succombe, et n'est plus entendu:Un court silence règne; et l'épouse pâmée,Aux baisers d'un époux doucement ranimée,Souriant au superbe en sa couche abattu,Dit à voix basse:
Il l'embrasse, il succombe, et n'est plus entendu:Un court silence règne; et l'épouse pâmée,Aux baisers d'un époux doucement ranimée,Souriant au superbe en sa couche abattu,Dit à voix basse:
Il l'embrasse, il succombe, et n'est plus entendu:
Un court silence règne; et l'épouse pâmée,
Aux baisers d'un époux doucement ranimée,
Souriant au superbe en sa couche abattu,
Dit à voix basse:
LA FERRONNIÈRE.
Eh bien! m'assassineras-tu?
Eh bien! m'assassineras-tu?
Eh bien! m'assassineras-tu?
Mais lui, se relevant:
Mais lui, se relevant:
Mais lui, se relevant:
L'ÉPOUX.
Non, plus honteux encore,Sans retour je te fuis! désormais je t'abhorre.Adieu! non moins perfide à l'époux qu'à l'amant,Je te laisse au mépris: c'est le plus long tourment.
Non, plus honteux encore,Sans retour je te fuis! désormais je t'abhorre.Adieu! non moins perfide à l'époux qu'à l'amant,Je te laisse au mépris: c'est le plus long tourment.
Non, plus honteux encore,
Sans retour je te fuis! désormais je t'abhorre.
Adieu! non moins perfide à l'époux qu'à l'amant,
Je te laisse au mépris: c'est le plus long tourment.
Il dit, et sort: mais toi, toi, pâle Syphilite,Monstre du nouveau monde, et fille d'Aphrodite,De la volage en pleurs tu viens troubler le sang:Tel un reptile impur sous les fleurs s'élançant,Infecte de son dard la bergère amoureuseQui les osa cueillir d'une main malheureuse.Au sortir du sérail, asyle empoisonné,Le monstre, qui suivit l'époux abandonné,Toucha la Ferronnière, et pour le venger d'elleSon aspect flétrissant consterna l'infidèle.
Il dit, et sort: mais toi, toi, pâle Syphilite,Monstre du nouveau monde, et fille d'Aphrodite,De la volage en pleurs tu viens troubler le sang:Tel un reptile impur sous les fleurs s'élançant,Infecte de son dard la bergère amoureuseQui les osa cueillir d'une main malheureuse.Au sortir du sérail, asyle empoisonné,Le monstre, qui suivit l'époux abandonné,Toucha la Ferronnière, et pour le venger d'elleSon aspect flétrissant consterna l'infidèle.
Il dit, et sort: mais toi, toi, pâle Syphilite,
Monstre du nouveau monde, et fille d'Aphrodite,
De la volage en pleurs tu viens troubler le sang:
Tel un reptile impur sous les fleurs s'élançant,
Infecte de son dard la bergère amoureuse
Qui les osa cueillir d'une main malheureuse.
Au sortir du sérail, asyle empoisonné,
Le monstre, qui suivit l'époux abandonné,
Toucha la Ferronnière, et pour le venger d'elle
Son aspect flétrissant consterna l'infidèle.
SYPHILITE.
Beauté, si fière encor de tes brillants attraits,Sens-tu mes doigts de plomb s'imprimer sur tes traits?Sens-tu se dépouiller l'or de ta chevelure?Pleure de ton beau col la flottante parure!Pleure tes lys tombés au printemps de tes jours!Ton jeune âge se ride et fait fuir les amours.Des plaisirs criminels fatale corruptrice,Reconnais-moi: mon fiel en tes veines se glisse.Tu n'oseras pourtant de ton sein attristé,Confuse, repousser un amant redouté;Et perdus l'un par l'autre, et punis de vos crimes,Tous deux vous périrez mes illustres victimes.Pleure! tu vas mourir; et lui, vers le tombeauCourbant son corps, hélas! triste et honteux fardeau,Long-temps plein de langueur, penchera sur son trôneUn front pesant et las du poids de sa couronne;Et lui-même abhorrant l'opprobre de son sort,Pour le salut de tous implorera sa mort.Qu'un tel exemple apprenne aux souverains du mondeA fuir les voluptés, de qui la source immondeÉpanche un noir venin dans tous leurs sens flétris,Et même éteint le feu des plus nobles esprits!Puisse enfin ton trépas effrayer les épousesQui se vendent au luxe, aux vanités jalouses!Car l'amour ne fut pas ton séducteur fatal:C'est le vil Chrysophis, c'est ce dieu de métal,C'est l'or qui t'a charmée, et qui, souillant ta couche,Mit un infâme prix aux baisers de ta bouche:Nouvelle Eve, éblouie au serpent adoré,Du Pérou, du Mexique, en Europe attiré,Monstre, que, pour tout fruit de leur conquête avare,Traînèrent à ma suite et Cortez et Pizarre.
Beauté, si fière encor de tes brillants attraits,Sens-tu mes doigts de plomb s'imprimer sur tes traits?Sens-tu se dépouiller l'or de ta chevelure?Pleure de ton beau col la flottante parure!Pleure tes lys tombés au printemps de tes jours!Ton jeune âge se ride et fait fuir les amours.Des plaisirs criminels fatale corruptrice,Reconnais-moi: mon fiel en tes veines se glisse.Tu n'oseras pourtant de ton sein attristé,Confuse, repousser un amant redouté;Et perdus l'un par l'autre, et punis de vos crimes,Tous deux vous périrez mes illustres victimes.Pleure! tu vas mourir; et lui, vers le tombeauCourbant son corps, hélas! triste et honteux fardeau,Long-temps plein de langueur, penchera sur son trôneUn front pesant et las du poids de sa couronne;Et lui-même abhorrant l'opprobre de son sort,Pour le salut de tous implorera sa mort.Qu'un tel exemple apprenne aux souverains du mondeA fuir les voluptés, de qui la source immondeÉpanche un noir venin dans tous leurs sens flétris,Et même éteint le feu des plus nobles esprits!Puisse enfin ton trépas effrayer les épousesQui se vendent au luxe, aux vanités jalouses!Car l'amour ne fut pas ton séducteur fatal:C'est le vil Chrysophis, c'est ce dieu de métal,C'est l'or qui t'a charmée, et qui, souillant ta couche,Mit un infâme prix aux baisers de ta bouche:Nouvelle Eve, éblouie au serpent adoré,Du Pérou, du Mexique, en Europe attiré,Monstre, que, pour tout fruit de leur conquête avare,Traînèrent à ma suite et Cortez et Pizarre.
Beauté, si fière encor de tes brillants attraits,
Sens-tu mes doigts de plomb s'imprimer sur tes traits?
Sens-tu se dépouiller l'or de ta chevelure?
Pleure de ton beau col la flottante parure!
Pleure tes lys tombés au printemps de tes jours!
Ton jeune âge se ride et fait fuir les amours.
Des plaisirs criminels fatale corruptrice,
Reconnais-moi: mon fiel en tes veines se glisse.
Tu n'oseras pourtant de ton sein attristé,
Confuse, repousser un amant redouté;
Et perdus l'un par l'autre, et punis de vos crimes,
Tous deux vous périrez mes illustres victimes.
Pleure! tu vas mourir; et lui, vers le tombeau
Courbant son corps, hélas! triste et honteux fardeau,
Long-temps plein de langueur, penchera sur son trône
Un front pesant et las du poids de sa couronne;
Et lui-même abhorrant l'opprobre de son sort,
Pour le salut de tous implorera sa mort.
Qu'un tel exemple apprenne aux souverains du monde
A fuir les voluptés, de qui la source immonde
Épanche un noir venin dans tous leurs sens flétris,
Et même éteint le feu des plus nobles esprits!
Puisse enfin ton trépas effrayer les épouses
Qui se vendent au luxe, aux vanités jalouses!
Car l'amour ne fut pas ton séducteur fatal:
C'est le vil Chrysophis, c'est ce dieu de métal,
C'est l'or qui t'a charmée, et qui, souillant ta couche,
Mit un infâme prix aux baisers de ta bouche:
Nouvelle Eve, éblouie au serpent adoré,
Du Pérou, du Mexique, en Europe attiré,
Monstre, que, pour tout fruit de leur conquête avare,
Traînèrent à ma suite et Cortez et Pizarre.