Suis-je amant, ou poëte? et ma mélancolieCède-t-elle aux accès de leur tendre folie?Non, Vesper et la lune ont des effets plus lentsSur mes yeux endurcis aux spectacles sanglants.
Suis-je amant, ou poëte? et ma mélancolieCède-t-elle aux accès de leur tendre folie?Non, Vesper et la lune ont des effets plus lentsSur mes yeux endurcis aux spectacles sanglants.
Suis-je amant, ou poëte? et ma mélancolie
Cède-t-elle aux accès de leur tendre folie?
Non, Vesper et la lune ont des effets plus lents
Sur mes yeux endurcis aux spectacles sanglants.
LA TRISTESSE.
Eh bien! trouble-toi donc d'un plus sombre délire.Orgueilleux conquérant, long-temps chef d'un empire,Un ver à tes pieds rampe autour du saint parvis;Je lui prête une voix ... médite ses avis.
Eh bien! trouble-toi donc d'un plus sombre délire.Orgueilleux conquérant, long-temps chef d'un empire,Un ver à tes pieds rampe autour du saint parvis;Je lui prête une voix ... médite ses avis.
Eh bien! trouble-toi donc d'un plus sombre délire.
Orgueilleux conquérant, long-temps chef d'un empire,
Un ver à tes pieds rampe autour du saint parvis;
Je lui prête une voix ... médite ses avis.
CHARLES-QUINT.
Qu'es-tu devant un prince, ô créature vile?
Qu'es-tu devant un prince, ô créature vile?
Qu'es-tu devant un prince, ô créature vile?
LE VER.
Moi, je ne suis qu'un ver, misérable reptile;Mais rampant sur la fange où tu sommeilleras,Je dis à l'aigle altier: «Je t'attends ici-bas.»
Moi, je ne suis qu'un ver, misérable reptile;Mais rampant sur la fange où tu sommeilleras,Je dis à l'aigle altier: «Je t'attends ici-bas.»
Moi, je ne suis qu'un ver, misérable reptile;
Mais rampant sur la fange où tu sommeilleras,
Je dis à l'aigle altier: «Je t'attends ici-bas.»
LA TRISTESSE.
Cet insecte abandonne une tête mortelleDont le crâne enfermait la plus docte cervelle:Il te vient avertir qu'au tombeau dont il sort,Il rongera ta chair, pâture de la mort.Toi donc qui, des grandeurs quittant la folle envie,Abdiquas la couronne, abdique aussi la vie.Tu tiens encor au monde après t'en être exclus,Fuis-le plus loin encor; va-t'en où l'on n'est plus.Mais, avec faste orné des habits funéraires,Ne pars point froid et nu, comme les morts vulgaires;Et préside, vivant, de l'oreille et de l'œilAux chants de ton trépas, aux pompes de ton deuil,Spectateur animé des larmes que, peut-être,Feindront tes serviteurs aux cendres de leur maître.
Cet insecte abandonne une tête mortelleDont le crâne enfermait la plus docte cervelle:Il te vient avertir qu'au tombeau dont il sort,Il rongera ta chair, pâture de la mort.Toi donc qui, des grandeurs quittant la folle envie,Abdiquas la couronne, abdique aussi la vie.Tu tiens encor au monde après t'en être exclus,Fuis-le plus loin encor; va-t'en où l'on n'est plus.Mais, avec faste orné des habits funéraires,Ne pars point froid et nu, comme les morts vulgaires;Et préside, vivant, de l'oreille et de l'œilAux chants de ton trépas, aux pompes de ton deuil,Spectateur animé des larmes que, peut-être,Feindront tes serviteurs aux cendres de leur maître.
Cet insecte abandonne une tête mortelle
Dont le crâne enfermait la plus docte cervelle:
Il te vient avertir qu'au tombeau dont il sort,
Il rongera ta chair, pâture de la mort.
Toi donc qui, des grandeurs quittant la folle envie,
Abdiquas la couronne, abdique aussi la vie.
Tu tiens encor au monde après t'en être exclus,
Fuis-le plus loin encor; va-t'en où l'on n'est plus.
Mais, avec faste orné des habits funéraires,
Ne pars point froid et nu, comme les morts vulgaires;
Et préside, vivant, de l'oreille et de l'œil
Aux chants de ton trépas, aux pompes de ton deuil,
Spectateur animé des larmes que, peut-être,
Feindront tes serviteurs aux cendres de leur maître.
Ainsi dit la Tristesse au fragile empereurMais le drame infernal ici change d'horreur;Et, par d'affreux ressorts que la magie invente,La scène, au dénouement, se noircit d'épouvante.D'innombrables Démons marchent en saints prélatsDans le temple qui s'ouvre et qui reçoit leurs pas.Les crêpes de la nuit, sépulcrale tenture,Du dôme et des piliers couvrent l'architecture;Des dragons enlacés font reluire en tous lieux,Tels que des lampes d'or, leurs gueules et leurs yeux:Ils éclairent la nef, le chœur, et sa barrière;Et d'une croix de feu la sanglante lumièreDomine un sarcophage, où des titres d'orgueilArgentent les velours, ornements du cercueil,Édifice paré d'emblêmes héroïquesDont le néant s'inscrit en lettres magnifiques.Une chapelle ardente, au haut de cent degrés,Porte un Diable servi par des diables mitrés:Sa messe fait répondre en son chant mortuaireDix mille diables noirs, échos du sanctuaire,Qui poussent, au-delà d'un triple paradis,Les lugubres clameurs d'un bas De profundis.Cependant Charles-Quint, livide, l'œil farouche,S'étend au lit de plomb, froide et dernière couche,Où, près d'un grand linceul, psalmodiant soudain,La Tristesse et la Mort, une torche à la main,Exposent la pâleur des traits de la victime,Qu'un vaste deuil isole, et suspend dans l'abyme;Et le serpent sonore, et l'orgue aux voix de fer,D'une ample symphonie ébranle tout l'Enfer.
Ainsi dit la Tristesse au fragile empereurMais le drame infernal ici change d'horreur;Et, par d'affreux ressorts que la magie invente,La scène, au dénouement, se noircit d'épouvante.
Ainsi dit la Tristesse au fragile empereur
Mais le drame infernal ici change d'horreur;
Et, par d'affreux ressorts que la magie invente,
La scène, au dénouement, se noircit d'épouvante.
D'innombrables Démons marchent en saints prélatsDans le temple qui s'ouvre et qui reçoit leurs pas.Les crêpes de la nuit, sépulcrale tenture,Du dôme et des piliers couvrent l'architecture;Des dragons enlacés font reluire en tous lieux,Tels que des lampes d'or, leurs gueules et leurs yeux:Ils éclairent la nef, le chœur, et sa barrière;Et d'une croix de feu la sanglante lumièreDomine un sarcophage, où des titres d'orgueilArgentent les velours, ornements du cercueil,Édifice paré d'emblêmes héroïquesDont le néant s'inscrit en lettres magnifiques.Une chapelle ardente, au haut de cent degrés,Porte un Diable servi par des diables mitrés:Sa messe fait répondre en son chant mortuaireDix mille diables noirs, échos du sanctuaire,Qui poussent, au-delà d'un triple paradis,Les lugubres clameurs d'un bas De profundis.Cependant Charles-Quint, livide, l'œil farouche,S'étend au lit de plomb, froide et dernière couche,Où, près d'un grand linceul, psalmodiant soudain,La Tristesse et la Mort, une torche à la main,Exposent la pâleur des traits de la victime,Qu'un vaste deuil isole, et suspend dans l'abyme;Et le serpent sonore, et l'orgue aux voix de fer,D'une ample symphonie ébranle tout l'Enfer.
D'innombrables Démons marchent en saints prélats
Dans le temple qui s'ouvre et qui reçoit leurs pas.
Les crêpes de la nuit, sépulcrale tenture,
Du dôme et des piliers couvrent l'architecture;
Des dragons enlacés font reluire en tous lieux,
Tels que des lampes d'or, leurs gueules et leurs yeux:
Ils éclairent la nef, le chœur, et sa barrière;
Et d'une croix de feu la sanglante lumière
Domine un sarcophage, où des titres d'orgueil
Argentent les velours, ornements du cercueil,
Édifice paré d'emblêmes héroïques
Dont le néant s'inscrit en lettres magnifiques.
Une chapelle ardente, au haut de cent degrés,
Porte un Diable servi par des diables mitrés:
Sa messe fait répondre en son chant mortuaire
Dix mille diables noirs, échos du sanctuaire,
Qui poussent, au-delà d'un triple paradis,
Les lugubres clameurs d'un bas De profundis.
Cependant Charles-Quint, livide, l'œil farouche,
S'étend au lit de plomb, froide et dernière couche,
Où, près d'un grand linceul, psalmodiant soudain,
La Tristesse et la Mort, une torche à la main,
Exposent la pâleur des traits de la victime,
Qu'un vaste deuil isole, et suspend dans l'abyme;
Et le serpent sonore, et l'orgue aux voix de fer,
D'une ample symphonie ébranle tout l'Enfer.
LA TRISTESSE.
Homme! des rois ainsi finit la race entière.
Homme! des rois ainsi finit la race entière.
Homme! des rois ainsi finit la race entière.
LA MORT.
De la poussière né, retourne à la poussière.
De la poussière né, retourne à la poussière.
De la poussière né, retourne à la poussière.
LA TRISTESSE.
La Mort te paraissait loin de toi; la voici.
La Mort te paraissait loin de toi; la voici.
La Mort te paraissait loin de toi; la voici.
LA MORT.
Héros qui me bravais, pourquoi frémir ici?
Héros qui me bravais, pourquoi frémir ici?
Héros qui me bravais, pourquoi frémir ici?
CHARLES-QUINT.
Me pouvais-je alarmer d'un futur anathême!Je ne crus point en Dieu.
Me pouvais-je alarmer d'un futur anathême!Je ne crus point en Dieu.
Me pouvais-je alarmer d'un futur anathême!
Je ne crus point en Dieu.
LA MORT.
Tu t'es donc fait toi-même?
Tu t'es donc fait toi-même?
Tu t'es donc fait toi-même?
LA TRISTESSE.
Sage et puissant mortel, ton esprit connut-ilComment ta faible vie a prolongé son fil?
Sage et puissant mortel, ton esprit connut-ilComment ta faible vie a prolongé son fil?
Sage et puissant mortel, ton esprit connut-il
Comment ta faible vie a prolongé son fil?
LA MORT.
Tremble qu'en le coupant je ne te précipiteEn quelque espace, horrible à ton cœur qui palpite.
Tremble qu'en le coupant je ne te précipiteEn quelque espace, horrible à ton cœur qui palpite.
Tremble qu'en le coupant je ne te précipite
En quelque espace, horrible à ton cœur qui palpite.
CHARLES-QUINT.
Je me suis dit que l'homme, au néant destiné,Redevient à sa fin tel qu'avant d'être né.
Je me suis dit que l'homme, au néant destiné,Redevient à sa fin tel qu'avant d'être né.
Je me suis dit que l'homme, au néant destiné,
Redevient à sa fin tel qu'avant d'être né.
LA TRISTESSE.
Je l'ignore, et te laisse au tourment de ce doute.
Je l'ignore, et te laisse au tourment de ce doute.
Je l'ignore, et te laisse au tourment de ce doute.
LA MORT.
Ame coupable! viens: sais-tu quelle est ta route?Sors du sang et des os qu'il est temps de quitter.
Ame coupable! viens: sais-tu quelle est ta route?Sors du sang et des os qu'il est temps de quitter.
Ame coupable! viens: sais-tu quelle est ta route?
Sors du sang et des os qu'il est temps de quitter.
CHARLES-QUINT.
J'en tressaille en mes flancs.
J'en tressaille en mes flancs.
J'en tressaille en mes flancs.
LA TRISTESSE.
Que peux-tu regretter?Tourne tes propres yeux sur ta vile dépouille.Le trouble qui l'émeut, la sueur qui la souille,De sa fragilité sont les signes certains.
Que peux-tu regretter?Tourne tes propres yeux sur ta vile dépouille.Le trouble qui l'émeut, la sueur qui la souille,De sa fragilité sont les signes certains.
Que peux-tu regretter?
Tourne tes propres yeux sur ta vile dépouille.
Le trouble qui l'émeut, la sueur qui la souille,
De sa fragilité sont les signes certains.
CHARLES-QUINT.
Hélas! dans tout le cours de mes errants destins,Brûlante d'une ardeur en mes veines cachée,Ainsi qu'un fumier vil ma chair s'est desséchée!Mes jours évanouis ont emporté sa fleur.Las du monde, en ces murs j'ai traîné ma douleur...Pourquoi seul m'enfoncé-je aux bois voisins du Tage,En hibou lamentable, en pélican sauvage?Pourquoi naguère assis au trône des cités?Pourquoi dans ce linceul, terme des vanités?De tous ces mouvements quelle raison décide?Qu'étais-je? hélas! que suis-je? et qu'est-ce qui nous guide?Ces hommes, ces concerts, que j'entends, que je voi,Tous ces objets sont-ils en mes sens, hors de moi?Espace, éternité, qu'êtes-vous? quelle flammeTrop vive aux yeux du corps, luit pour les yeux de l'ame?Est-ce que mes terreurs peuplent de visionsCes cercles infinis, sphères d'illusions?L'esprit de la lumière, en des cieux sans limite,Règne ... il ouvre l'enfer à la race maudite...Devant son tribunal quel sera mon appui?Trônes, puissance, rangs, tout croule devant lui.
Hélas! dans tout le cours de mes errants destins,Brûlante d'une ardeur en mes veines cachée,Ainsi qu'un fumier vil ma chair s'est desséchée!Mes jours évanouis ont emporté sa fleur.Las du monde, en ces murs j'ai traîné ma douleur...Pourquoi seul m'enfoncé-je aux bois voisins du Tage,En hibou lamentable, en pélican sauvage?Pourquoi naguère assis au trône des cités?Pourquoi dans ce linceul, terme des vanités?De tous ces mouvements quelle raison décide?Qu'étais-je? hélas! que suis-je? et qu'est-ce qui nous guide?Ces hommes, ces concerts, que j'entends, que je voi,Tous ces objets sont-ils en mes sens, hors de moi?Espace, éternité, qu'êtes-vous? quelle flammeTrop vive aux yeux du corps, luit pour les yeux de l'ame?Est-ce que mes terreurs peuplent de visionsCes cercles infinis, sphères d'illusions?L'esprit de la lumière, en des cieux sans limite,Règne ... il ouvre l'enfer à la race maudite...Devant son tribunal quel sera mon appui?Trônes, puissance, rangs, tout croule devant lui.
Hélas! dans tout le cours de mes errants destins,
Brûlante d'une ardeur en mes veines cachée,
Ainsi qu'un fumier vil ma chair s'est desséchée!
Mes jours évanouis ont emporté sa fleur.
Las du monde, en ces murs j'ai traîné ma douleur...
Pourquoi seul m'enfoncé-je aux bois voisins du Tage,
En hibou lamentable, en pélican sauvage?
Pourquoi naguère assis au trône des cités?
Pourquoi dans ce linceul, terme des vanités?
De tous ces mouvements quelle raison décide?
Qu'étais-je? hélas! que suis-je? et qu'est-ce qui nous guide?
Ces hommes, ces concerts, que j'entends, que je voi,
Tous ces objets sont-ils en mes sens, hors de moi?
Espace, éternité, qu'êtes-vous? quelle flamme
Trop vive aux yeux du corps, luit pour les yeux de l'ame?
Est-ce que mes terreurs peuplent de visions
Ces cercles infinis, sphères d'illusions?
L'esprit de la lumière, en des cieux sans limite,
Règne ... il ouvre l'enfer à la race maudite...
Devant son tribunal quel sera mon appui?
Trônes, puissance, rangs, tout croule devant lui.
LA TRISTESSE.
Est-il vrai que toujours les morts en paix sommeillent?La trompette a sonné ... les voilà qui s'éveillent!La terre voit par-tout les tombes se briser...Que d'hommes se levant tout prêts à t'accuser!Les uns, trempés encor des ruisseaux de leurs larmes,Te présentent leurs fils mutilés par les armes:Les autres, par leur sang qu'ont versé tes arrêtsInscrivent les horreurs de tes ordres secrets.Roi guerrier, vaincras-tu les nombreuses phalangesDes ames qui, planant sur les ailes des anges,S'élancent de la nuit pour t'accabler d'effroi,Et crier dans le ciel: Anathême sur toi!Juge inique! réponds au seul juge suprême...L'univers est présent, et tous les siècles même.Tant de peuples jamais, ni tant de majesté,N'entourèrent le trône où tu fus écouté.Parle, déploie au jour ta noble conscience...Pourquoi balbutier? où donc est ta science?Quoi! tu restes honteux, muet, et sans couleur!Ici trop de lumière, éclairant ta pâleur,Révèle de tes traits les bassesses obscures,Et des plis de ton cœur les profondes souillures.Fuis donc! fuis, si tu peux, même le souvenir;Et cherche le néant, ton dernier avenir.
Est-il vrai que toujours les morts en paix sommeillent?La trompette a sonné ... les voilà qui s'éveillent!La terre voit par-tout les tombes se briser...Que d'hommes se levant tout prêts à t'accuser!Les uns, trempés encor des ruisseaux de leurs larmes,Te présentent leurs fils mutilés par les armes:Les autres, par leur sang qu'ont versé tes arrêtsInscrivent les horreurs de tes ordres secrets.Roi guerrier, vaincras-tu les nombreuses phalangesDes ames qui, planant sur les ailes des anges,S'élancent de la nuit pour t'accabler d'effroi,Et crier dans le ciel: Anathême sur toi!Juge inique! réponds au seul juge suprême...L'univers est présent, et tous les siècles même.Tant de peuples jamais, ni tant de majesté,N'entourèrent le trône où tu fus écouté.Parle, déploie au jour ta noble conscience...Pourquoi balbutier? où donc est ta science?Quoi! tu restes honteux, muet, et sans couleur!Ici trop de lumière, éclairant ta pâleur,Révèle de tes traits les bassesses obscures,Et des plis de ton cœur les profondes souillures.Fuis donc! fuis, si tu peux, même le souvenir;Et cherche le néant, ton dernier avenir.
Est-il vrai que toujours les morts en paix sommeillent?
La trompette a sonné ... les voilà qui s'éveillent!
La terre voit par-tout les tombes se briser...
Que d'hommes se levant tout prêts à t'accuser!
Les uns, trempés encor des ruisseaux de leurs larmes,
Te présentent leurs fils mutilés par les armes:
Les autres, par leur sang qu'ont versé tes arrêts
Inscrivent les horreurs de tes ordres secrets.
Roi guerrier, vaincras-tu les nombreuses phalanges
Des ames qui, planant sur les ailes des anges,
S'élancent de la nuit pour t'accabler d'effroi,
Et crier dans le ciel: Anathême sur toi!
Juge inique! réponds au seul juge suprême...
L'univers est présent, et tous les siècles même.
Tant de peuples jamais, ni tant de majesté,
N'entourèrent le trône où tu fus écouté.
Parle, déploie au jour ta noble conscience...
Pourquoi balbutier? où donc est ta science?
Quoi! tu restes honteux, muet, et sans couleur!
Ici trop de lumière, éclairant ta pâleur,
Révèle de tes traits les bassesses obscures,
Et des plis de ton cœur les profondes souillures.
Fuis donc! fuis, si tu peux, même le souvenir;
Et cherche le néant, ton dernier avenir.
CHARLES-QUINT.
O ciel! ô Dieu du ciel! prends pitié de mon ame!
O ciel! ô Dieu du ciel! prends pitié de mon ame!
O ciel! ô Dieu du ciel! prends pitié de mon ame!
LA MORT.
Regarde ces torrents de l'infernale flamme...!Les cieux, qui sous tes pieds se roulent à grand bruit,T'abandonnent au gouffre où mon vol te poursuit.Telles qu'une hydre ouvrant ses gueules avec joie,Les bouches de l'abyme, affamé de sa proie,T'engloutissent parmi les brigands couronnés,Qu'aux yeux des nations ma faulx a détrônés.
Regarde ces torrents de l'infernale flamme...!Les cieux, qui sous tes pieds se roulent à grand bruit,T'abandonnent au gouffre où mon vol te poursuit.Telles qu'une hydre ouvrant ses gueules avec joie,Les bouches de l'abyme, affamé de sa proie,T'engloutissent parmi les brigands couronnés,Qu'aux yeux des nations ma faulx a détrônés.
Regarde ces torrents de l'infernale flamme...!
Les cieux, qui sous tes pieds se roulent à grand bruit,
T'abandonnent au gouffre où mon vol te poursuit.
Telles qu'une hydre ouvrant ses gueules avec joie,
Les bouches de l'abyme, affamé de sa proie,
T'engloutissent parmi les brigands couronnés,
Qu'aux yeux des nations ma faulx a détrônés.
CHARLES-QUINT.
Arrête, affreuse mort!...
Arrête, affreuse mort!...
Arrête, affreuse mort!...
LA MORT.
Non, mes mains rigoureusesVont punir, lâche acteur, tes obsèques menteuses.Ne t'aperçois-tu pas que, resté sans témoin,La foule, en te raillant, s'est écoulée au loin?Et qu'enlevé déja de tes linceuls funestes,On t'a mis en un lit ... où je veux que tu restes.
Non, mes mains rigoureusesVont punir, lâche acteur, tes obsèques menteuses.Ne t'aperçois-tu pas que, resté sans témoin,La foule, en te raillant, s'est écoulée au loin?Et qu'enlevé déja de tes linceuls funestes,On t'a mis en un lit ... où je veux que tu restes.
Non, mes mains rigoureuses
Vont punir, lâche acteur, tes obsèques menteuses.
Ne t'aperçois-tu pas que, resté sans témoin,
La foule, en te raillant, s'est écoulée au loin?
Et qu'enlevé déja de tes linceuls funestes,
On t'a mis en un lit ... où je veux que tu restes.
CHARLES-QUINT.
Où suis-je?... ô songe horrible! ah! je m'éveille enfin...Doux éclat!... je revois les rayons du matin...
Où suis-je?... ô songe horrible! ah! je m'éveille enfin...Doux éclat!... je revois les rayons du matin...
Où suis-je?... ô songe horrible! ah! je m'éveille enfin...
Doux éclat!... je revois les rayons du matin...
LA MORT.
Que dis-tu? la nuit règne, et l'hémisphère est sombre.
Que dis-tu? la nuit règne, et l'hémisphère est sombre.
Que dis-tu? la nuit règne, et l'hémisphère est sombre.
CHARLES-QUINT.
Non, mes yeux sont ouverts...
Non, mes yeux sont ouverts...
Non, mes yeux sont ouverts...
LA MORT.
Sous les voiles de l'ombreLe délire t'aveugle, et porte en ton cerveauUn faux jour, et l'horreur d'un désordre nouveau:Des organes troublés effroyable chimère!Meurs donc, meurs! il est temps, roi fou, que je t'enterre.
Sous les voiles de l'ombreLe délire t'aveugle, et porte en ton cerveauUn faux jour, et l'horreur d'un désordre nouveau:Des organes troublés effroyable chimère!Meurs donc, meurs! il est temps, roi fou, que je t'enterre.
Sous les voiles de l'ombre
Le délire t'aveugle, et porte en ton cerveau
Un faux jour, et l'horreur d'un désordre nouveau:
Des organes troublés effroyable chimère!
Meurs donc, meurs! il est temps, roi fou, que je t'enterre.
Elle arrache aussitôt l'ame à ce noble corps,Qui n'est plus rien: Dieu seul sait ce qu'il fait des morts.Ici la toile tombe, et finit l'acte immense.Mais au parterre ému quelle guerre commence!Que je compare au bruit des torrents et des airsLes applaudissements, les sifflets des enfers;Que je rappelle ici les volcans, les tempêtes,En éternel écho des poétiques têtes,Mes vers ne feront pas ouïr à l'auditeurCe cirque furieux, tout vociférateur.Oh! c'est en cet instant, Muse, que je t'invoque!Prête, prête à mon luth un son perçant et rauque,Qui plaise à la discorde et l'imite en ses cris;Et non ces doux accents dont les cœurs sont épris,Qui charment les humains de langueurs si touchantes,Et font aimer la paix, alors que tu la chantes.Le tumulte confus du cirque ténébreuxLong-temps de tous les bruits ne fit qu'un bruit affreux:Mais comme, sous les flots d'une épaisse fumée,Au faîte d'une ville en des feux abymée,Se perd dans un chaos la face des objets,Jusqu'à l'heure où, lançant quelques lumineux jets,La flamme en ces vapeurs éclaire enfin la vue:Ainsi, lorsque la foule applaudit, siffle, et hue,Tout se confond d'abord; mais enfin les clameursDistinguent deux partis au milieu des rumeurs:L'un, s'écriant, bravo! veut voir l'auteur paraître,L'autre, criant, à bas! frémit de le connaître.Le rideau cependant remonte; et mille voixFont trembler les piliers et le cintre à-la-fois.Sans frayeur de l'orage, apparaît au théâtreL'acteur, encor sali de carmin et de plâtre,Qui, dépouillé des traits de Charles-Quint joué,Et du manteau tragique aussitôt secoué,A repris des Démons les gigantesques formes,Et leurs mains, et leurs pieds, armés d'ongles énormes.Ce mime est de l'enfer, où son art s'enflamma,Le sublime Lekain, le terrible Talma;Sensible et déchirant, nul ne fut plus habileA peindre l'ame humaine en sa face mobile;Son vaste sein, foyer d'un cœur tout véhément,De pathétique empli, l'épanche largement:S'il imite l'effroi, le remords sur le trône,Son front pâle ressemble au front de la Gorgone:S'il veut des passions exhaler les douleurs,Brisée en longs sanglots, sa voix se fond en pleurs:Le parterre, frappé de sa magie extrême,Pense, au malheur qu'il feint, voir le malheur lui-même.L'acteur ouvrit la bouche, et crut, par ses accents,Surmonter la hauteur des bruits retentissants:Mais ses lèvres formaient des paroles perdues.Ainsi des noirs hivers quand les neiges fonduesSur les flancs des rochers tombent avec fracas,Si, du torrent grossi traversant les éclats,Les voix de deux pasteurs s'appellent des deux rives,Son cours emporte et rompt leurs clameurs fugitives.La fureur des Démons, et huppés, et titrés,Descend de loge en loge aux plus bas des degrés:Là, des derniers lutins l'épaisse populaceAutour des cabaleurs, et se rue, et s'entasse.Ainsi, lorsque les grands accordent aux petitsCes jeux, payés si cher, qu'on leur donnegratis,Du plus vil peuple on voit la multitude immenseCouvrir un cirque entier, sali de sa présence:Ainsi l'amas infect de Diables tout fangeuxFormait le centre obscur du parterre orageux.Ce sont bandits, experts en tous métiers perfides:Les uns, noirs recruteurs, sont fumants d'homicides;D'autres, en plein marché, vendeurs non scrupuleux,Ont des litres menteurs, et des poids frauduleux:Ceux-là chez nos Thémis s'inscrivent en faussaires;Ceux-ci, sur leurs fourneaux, impurs apothicaires,Dosent leur arsenic en de coupables mains,Et de l'humeur de vivre ils purgent les humains.D'autres, fatals Hermès, altèrent la monnaie;D'autres sont croque-morts, le sépulcre les paie:Apprentis carabins, ceux-là, d'un coup mortel,Hâtent l'agonisant, convoité du scalpel.Huissiers, greffiers, et clercs, engeance de vampires,Ivrognes, débauchés, filoux, escrocs et sbires,Sirènes des égoûts, harangères Vénus,Sous les bourgeons en fleurs vendant leurs charmes nus;Des enfers, en un mot, la plus vile canailleTout-à-coup se déchaîne, et hue, et siffle, et braille.Elle garda long-temps un silence hébété,Muette d'ignorance et de stupidité:Ces ressorts que chez nous le vulgaire idolâtre,Les éclatants décors, les beaux coups de théâtre,Et le lustre étoilé des princes histrions,Avaient conquis, ravi ses admirations:Mais, répondant aux cris des nobles galeries,Jusqu'aux voûtes monta le cri de ses furies.Telle, quand des états les chefs ambitieuxDonnent le premier branle aux partis factieux,L'écume des ruisseaux, la plèbe enorgueillieGronde, fait bouillonner sa plus infâme lie,S'emporte, se déborde; et, sous le joug des lois,De la démagogie hurlent toutes les voix:Telle, de ces damnés la cohue insolenteAu vaste amphithéâtre imprime l'épouvante.Tout rugit: cependant le Stentor des DémonsFait sortir ce discours de ses larges poumons;Perché sur un haut banc, en épervier farouche,Qu'attache un pied crochu sur une vieille souche:«Par un juste suffrage accueillons notre acteur,»Dit-il, «mais que du drame il nous taise l'auteur.«Son ouvrage sans goût, sans règle, sans morale,«N'a qu'une vérité hideuse ou triviale.«J'ai frémi, mais d'horreur; j'ai ri, mais de pitié.«Le monstre qui le fit doit être châtié,«Écorché, scié, cuit ... il faut que sur la claie«On le traîne, percé d'une éternelle plaie;«Ou qu'il soit à l'oubli condamné sans retour:«L'orgueil est d'un auteur le plus cruel vautour.«Mais non, de notre enfer déchaînons la critique;«Qu'il se torde à jamais sous sa dent satirique,«Et que, de tous les sens en lambeaux déchiré,«Il rende au noir chaos ce qu'il en a tiré.»Il dit, roulant un œil où pétille sa rage,Qui des autres lutins recherche le suffrage:Mais l'un des plus bouillants, qui veut lui répliquer,Sentant à ses esprits les paroles manquer,Pour mieux humilier sa critique verbeuse,Lui tire, en grimaçant, une langue moqueuse.Celui-ci, pour punir ce dédain trivial,Se tourne, en lui montrant son anti-facial.Le bruit s'accroît. Voici qu'un autre Diable grimpe,Ami du nourrisson de l'infernal Olympe:Son aigre voix glapit sur le vacarme entier.Tel entre des tambours perce un fifre guerrier.«Est-ce en vain qu'en ces vers, peintre de la nature,«Le poëte, arrachant tout masque à l'imposture,«Produit, s'écria-t-il, sans peur, sans préjugé,«Du fécond univers un vivant abrégé?«L'abandonnera-t-on aux cris de la cabale?«Comment du goût, des mœurs, est-il donc le scandale?«Il ne saurait blesser les règles des rhéteurs,«Étant hors de la loi des classiques auteurs;«Non moins original que le furent eux-mêmes«Ces hardis inventeurs de nos doctes systêmes,«On les siffla jadis; on le hue à son tour:«De l'avenir peut-être il deviendra l'amour.«Son style, en descendant du ton noble au vulgaire,«Évite mieux l'ennui qu'en un mode ordinaire.«A quoi bon asservir l'esprit, né dans son sein,«Au modèle idéal de l'antique dessin?«La nature est diverse, immense, affreuse, et belle:«Son tableau grand, bizarre, et varié comme elle,«Alliant tous les tons, rompant chaque unité,«Échappe à la froideur de l'uniformité.«Les peuples, qu'instruirait le cours d'un tel ouvrage,«Voyant périr deux rois, les plus grands de leur âge,«L'un, en cerveau brûlé, l'autre, d'un mal impur,«Sentiraient que des lois le seul empire est sûr.«N'est-ce rien que d'avoir calculé dans sa tête«Ce vaste plan moral? l'auteur est-il si bête?«Sa fable, dites-vous, mérite un châtiment:«Que peint-il? ce qu'au monde on fait impunément.«Ne frémissons-nous pas, tout damnés que nous sommes,«Lorsqu'il nous faut, témoins des cruautés des hommes,«Voir les tigres, les ours, orner leurs écussons,«Et leur gloire nourrir et corbeaux et poissons?«Voir les peuples agneaux immolés en hosties;«Le crime sur l'autel asseoir ses dynasties;«Haine, avarice, orgueil, sous de saints capuchons,«Dans nos ardents brasiers attiser les brandons;«Voir le rire apprêter la corde aux calvinistes,«Et la pudeur en proie au viol des papistes;«Voir baptiser de sang d'incrédules beautés,«Dont la Luxure en froc fouette les nudités:«Des bibles, des missels, voir les sinets mystiques«Cousus, d'un doigt railleur, aux fesses hérétiques,«Par d'enjoués bourreaux, par de gais assassins...«Ah! nous-mêmes, près d'eux, nous serions de vrais saints!«Osons dire tout...! Non. Notre pudeur m'arrête;«Je vous ferais dresser les cornes sur la tête!«L'antropophage impie, en son acharnement,«Ne fait pas ce qu'ils font, religieusement.«Quoi! ces hommes, d'un Dieu se prétendant l'image,«L'un par l'autre écrasés, n'écoutent que leur rage!«Quoi! ces monstres pourront, dans leurs hideux transports,«Percer de traits aigus les ames et les corps,«Et viendront nous chanter ces mots, Indépendance,«Charité, Sainteté, Chasteté, Tolérance!«Oh! préférons l'horreur de nos punitions«A ce qu'ont inventé leurs noires passions!«Souffrons donc qu'un spectacle aux enfers nous retrace«Les vices que sur terre on envisage en face.«Craignez-vous que, honteux d'être moqué de nous,«L'homme ne se corrige?... Ah! tranquillisez-vous;«Ses mœurs seront toujours criminelles, infâmes,«Dût-on, chez les mortels, jouer même nos drames.«Là, qui les jugerait? un famélique essaim,«Vendant le fiel jaloux qui bouillonne en son sein,«Dont l'immoralité, ne prêchant que morale,«Noie honneur et bon sens dans son encre vénale.«Qui les écouterait? des spectateurs légers,«Faibles cerveaux, émus par des traits passagers,«Et de qui la mémoire, en sa marche incertaine,«Oublie où s'attacha le long fil d'une scène;«Peu faits pour mesurer par quels puissants efforts«Vers un seul but profond tendent de grands ressorts.«Honneur à ce travail! il est digne d'un Diable.«Craignons que la colère injuste, impitoyable,«Comme chez les humains, ne dicte nos arrêts,«Dont l'affront éternel nous flétrisse à jamais.«Un ouvrage a, par-fois, les beautés qu'on lui nie.«Gare au sot tribunal qui proscrit le génie!»A ce mot, ô discorde! ô désordre! ô terreur!Le cirque est une arène où combat la fureur.Les princes infernaux lancent dans le parterreTrente griffons armés, pour terminer la guerre:La rage s'en accroît; on mugit autour d'eux.Les Diablesses, fuyant ce spectacle hideux,Volent, jetant des cris en nocturnes chouettes.Des loges et du cintre on perce les retraites;Et se précipitant des plus hauts des balconsSur les derniers des bancs roulent mille Démons.Tous ceux de qui la foudre avait brûlé les ailes,Titans, demi-roués en leurs chûtes cruelles,Bondissent en tombant: telle, d'un pesant choc,Si du sommet d'un mont le temps détache un roc,Sa masse retentit sur la plaine ébranlée.Figure, si tu peux, cette horrible mêlée,O Muse! aide ma vue à mesurer le tourDu parquet infernal éclairé d'un faux jour,Plus vaste que ne sont les abymes stérilesDes ardents souterrains, dévorateurs des villes;Et non moins spacieux que le cercle étoiléQu'embrasse un esprit docte, à qui rien n'est voilé;Hauteur, d'où les humains, bornés dans leurs limites,Paraissent à son œil des mouches et des mites.Misérables damnés! votre dernier loisirS'écoule en ces fureurs promptes à vous saisir:L'inflexible Destin déja commande aux HeuresDe vous rendre aux tourments de vos tristes demeures.Xiphorane descend, et s'écriant trois fois:«Anarchie!» Oh! quel monstre apparut à sa voix!Hydre informe et sans yeux, de ses mains furieuses,Elle-même abattant ses têtes odieuses,En nourrit une seule; et d'un bandeau sanglantSur ses propres débris la couronne en hurlant:Cette tête aggrandie, et d'elle encor frappée,Tombe, et l'hydre renaît de sang toujours trempée.Tel est le monstre. «Accours, épouse du Chaos,«Toi qui souffles la guerre, et qui hais le repos,«Des équitables lois ennemie éternelle,«Dans tes cent mains, dit-il, que la flamme étincelle.»L'hydre aveugle l'entend, plane, et d'un vague essorS'abat des hauts plafonds sur les balustres d'or:Des décorations la rougeâtre lumièreAllume tout-à-coup sa torche incendiaire.Sous vingt trombes de feu, piliers, voûtes, lambris,Croulent sur les démons embrasés et meurtris;Et, tel qu'un puits sans fond, le gouffre à ces ruinesOuvre, en les entraînant, ses routes intestines.Leur immense théâtre en cendres se réduit,Et ne laisse après soi que le vide et la nuit.Sauve-moi de leur gouffre, ô Dieu vengeur du crime!Dieu, pour qui notre monde est un point dans l'abyme!Théose!être éternel, présent à l'infini!A tout ce qui se meut ton mystère est uni.Être que tout ignore, et que pourtant mon ameInvoque, et sent par-tout quand s'élève sa flamme!Dieu, principe sans forme, inaccessible à tous,Créateur des soleils qui rayonnent sur nous,Auteur de tant de cieux inconnus de la terre,Tu formas les tissus de la mouche éphémère;Tu n'as pas négligé le ressort palpitantDe son corps invisible, atôme d'un instant;Et la moindre vapeur, globule de rosée,Suit ta loi souveraine aux sphères imposée.Tout n'est que profondeur qui cache ton pouvoir.Toi, que j'ose implorer, te puis-je concevoir?Sais-je ce que je suis? pourquoi j'entends et pense?Si ton souffle bientôt retire ma présenceDu théâtre vivant où chacun est acteur,Ah! que de l'ordre au moins un moment spectateur,Je voie, avant ma mort, l'homme sincère et libre,Des lois, reines du monde, observer l'équilibre,Saper du fol orgueil l'édifice abattu,N'aspirer qu'aux grandeurs de la noble vertu,Gouverner par Thémis république ou royaume,Juger d'un œil égal le palais et le chaume,Ouvrir son toit, son cœur, à l'humble adversité,Ne plus, d'un joug sanglant, fouler l'humanité,Enrichir par le fer la seule agriculture,Paisible conquérant, explorer la Nature,Et des Arts, du Commerce, étendant le pouvoir,Envahir hardiment les trésors du savoir!Dieu! qu'au néant, enfin, rentre l'Hypocrisie,Qui change en un enfer le trajet de la vie;Et je rendrai sans peine, au sein de l'univers,Cette ame qui te cherche, et qui dicta mes vers.
Elle arrache aussitôt l'ame à ce noble corps,Qui n'est plus rien: Dieu seul sait ce qu'il fait des morts.
Elle arrache aussitôt l'ame à ce noble corps,
Qui n'est plus rien: Dieu seul sait ce qu'il fait des morts.
Ici la toile tombe, et finit l'acte immense.Mais au parterre ému quelle guerre commence!
Ici la toile tombe, et finit l'acte immense.
Mais au parterre ému quelle guerre commence!
Que je compare au bruit des torrents et des airsLes applaudissements, les sifflets des enfers;Que je rappelle ici les volcans, les tempêtes,En éternel écho des poétiques têtes,Mes vers ne feront pas ouïr à l'auditeurCe cirque furieux, tout vociférateur.Oh! c'est en cet instant, Muse, que je t'invoque!Prête, prête à mon luth un son perçant et rauque,Qui plaise à la discorde et l'imite en ses cris;Et non ces doux accents dont les cœurs sont épris,Qui charment les humains de langueurs si touchantes,Et font aimer la paix, alors que tu la chantes.Le tumulte confus du cirque ténébreuxLong-temps de tous les bruits ne fit qu'un bruit affreux:Mais comme, sous les flots d'une épaisse fumée,Au faîte d'une ville en des feux abymée,Se perd dans un chaos la face des objets,Jusqu'à l'heure où, lançant quelques lumineux jets,La flamme en ces vapeurs éclaire enfin la vue:Ainsi, lorsque la foule applaudit, siffle, et hue,Tout se confond d'abord; mais enfin les clameursDistinguent deux partis au milieu des rumeurs:L'un, s'écriant, bravo! veut voir l'auteur paraître,L'autre, criant, à bas! frémit de le connaître.Le rideau cependant remonte; et mille voixFont trembler les piliers et le cintre à-la-fois.
Que je compare au bruit des torrents et des airs
Les applaudissements, les sifflets des enfers;
Que je rappelle ici les volcans, les tempêtes,
En éternel écho des poétiques têtes,
Mes vers ne feront pas ouïr à l'auditeur
Ce cirque furieux, tout vociférateur.
Oh! c'est en cet instant, Muse, que je t'invoque!
Prête, prête à mon luth un son perçant et rauque,
Qui plaise à la discorde et l'imite en ses cris;
Et non ces doux accents dont les cœurs sont épris,
Qui charment les humains de langueurs si touchantes,
Et font aimer la paix, alors que tu la chantes.
Le tumulte confus du cirque ténébreux
Long-temps de tous les bruits ne fit qu'un bruit affreux:
Mais comme, sous les flots d'une épaisse fumée,
Au faîte d'une ville en des feux abymée,
Se perd dans un chaos la face des objets,
Jusqu'à l'heure où, lançant quelques lumineux jets,
La flamme en ces vapeurs éclaire enfin la vue:
Ainsi, lorsque la foule applaudit, siffle, et hue,
Tout se confond d'abord; mais enfin les clameurs
Distinguent deux partis au milieu des rumeurs:
L'un, s'écriant, bravo! veut voir l'auteur paraître,
L'autre, criant, à bas! frémit de le connaître.
Le rideau cependant remonte; et mille voix
Font trembler les piliers et le cintre à-la-fois.
Sans frayeur de l'orage, apparaît au théâtreL'acteur, encor sali de carmin et de plâtre,Qui, dépouillé des traits de Charles-Quint joué,Et du manteau tragique aussitôt secoué,A repris des Démons les gigantesques formes,Et leurs mains, et leurs pieds, armés d'ongles énormes.Ce mime est de l'enfer, où son art s'enflamma,Le sublime Lekain, le terrible Talma;Sensible et déchirant, nul ne fut plus habileA peindre l'ame humaine en sa face mobile;Son vaste sein, foyer d'un cœur tout véhément,De pathétique empli, l'épanche largement:S'il imite l'effroi, le remords sur le trône,Son front pâle ressemble au front de la Gorgone:S'il veut des passions exhaler les douleurs,Brisée en longs sanglots, sa voix se fond en pleurs:Le parterre, frappé de sa magie extrême,Pense, au malheur qu'il feint, voir le malheur lui-même.L'acteur ouvrit la bouche, et crut, par ses accents,Surmonter la hauteur des bruits retentissants:Mais ses lèvres formaient des paroles perdues.Ainsi des noirs hivers quand les neiges fonduesSur les flancs des rochers tombent avec fracas,Si, du torrent grossi traversant les éclats,Les voix de deux pasteurs s'appellent des deux rives,Son cours emporte et rompt leurs clameurs fugitives.La fureur des Démons, et huppés, et titrés,Descend de loge en loge aux plus bas des degrés:Là, des derniers lutins l'épaisse populaceAutour des cabaleurs, et se rue, et s'entasse.Ainsi, lorsque les grands accordent aux petitsCes jeux, payés si cher, qu'on leur donnegratis,Du plus vil peuple on voit la multitude immenseCouvrir un cirque entier, sali de sa présence:Ainsi l'amas infect de Diables tout fangeuxFormait le centre obscur du parterre orageux.Ce sont bandits, experts en tous métiers perfides:Les uns, noirs recruteurs, sont fumants d'homicides;D'autres, en plein marché, vendeurs non scrupuleux,Ont des litres menteurs, et des poids frauduleux:Ceux-là chez nos Thémis s'inscrivent en faussaires;Ceux-ci, sur leurs fourneaux, impurs apothicaires,Dosent leur arsenic en de coupables mains,Et de l'humeur de vivre ils purgent les humains.D'autres, fatals Hermès, altèrent la monnaie;D'autres sont croque-morts, le sépulcre les paie:Apprentis carabins, ceux-là, d'un coup mortel,Hâtent l'agonisant, convoité du scalpel.Huissiers, greffiers, et clercs, engeance de vampires,Ivrognes, débauchés, filoux, escrocs et sbires,Sirènes des égoûts, harangères Vénus,Sous les bourgeons en fleurs vendant leurs charmes nus;Des enfers, en un mot, la plus vile canailleTout-à-coup se déchaîne, et hue, et siffle, et braille.Elle garda long-temps un silence hébété,Muette d'ignorance et de stupidité:Ces ressorts que chez nous le vulgaire idolâtre,Les éclatants décors, les beaux coups de théâtre,Et le lustre étoilé des princes histrions,Avaient conquis, ravi ses admirations:Mais, répondant aux cris des nobles galeries,Jusqu'aux voûtes monta le cri de ses furies.Telle, quand des états les chefs ambitieuxDonnent le premier branle aux partis factieux,L'écume des ruisseaux, la plèbe enorgueillieGronde, fait bouillonner sa plus infâme lie,S'emporte, se déborde; et, sous le joug des lois,De la démagogie hurlent toutes les voix:Telle, de ces damnés la cohue insolenteAu vaste amphithéâtre imprime l'épouvante.Tout rugit: cependant le Stentor des DémonsFait sortir ce discours de ses larges poumons;Perché sur un haut banc, en épervier farouche,Qu'attache un pied crochu sur une vieille souche:«Par un juste suffrage accueillons notre acteur,»Dit-il, «mais que du drame il nous taise l'auteur.«Son ouvrage sans goût, sans règle, sans morale,«N'a qu'une vérité hideuse ou triviale.«J'ai frémi, mais d'horreur; j'ai ri, mais de pitié.«Le monstre qui le fit doit être châtié,«Écorché, scié, cuit ... il faut que sur la claie«On le traîne, percé d'une éternelle plaie;«Ou qu'il soit à l'oubli condamné sans retour:«L'orgueil est d'un auteur le plus cruel vautour.«Mais non, de notre enfer déchaînons la critique;«Qu'il se torde à jamais sous sa dent satirique,«Et que, de tous les sens en lambeaux déchiré,«Il rende au noir chaos ce qu'il en a tiré.»
Sans frayeur de l'orage, apparaît au théâtre
L'acteur, encor sali de carmin et de plâtre,
Qui, dépouillé des traits de Charles-Quint joué,
Et du manteau tragique aussitôt secoué,
A repris des Démons les gigantesques formes,
Et leurs mains, et leurs pieds, armés d'ongles énormes.
Ce mime est de l'enfer, où son art s'enflamma,
Le sublime Lekain, le terrible Talma;
Sensible et déchirant, nul ne fut plus habile
A peindre l'ame humaine en sa face mobile;
Son vaste sein, foyer d'un cœur tout véhément,
De pathétique empli, l'épanche largement:
S'il imite l'effroi, le remords sur le trône,
Son front pâle ressemble au front de la Gorgone:
S'il veut des passions exhaler les douleurs,
Brisée en longs sanglots, sa voix se fond en pleurs:
Le parterre, frappé de sa magie extrême,
Pense, au malheur qu'il feint, voir le malheur lui-même.
L'acteur ouvrit la bouche, et crut, par ses accents,
Surmonter la hauteur des bruits retentissants:
Mais ses lèvres formaient des paroles perdues.
Ainsi des noirs hivers quand les neiges fondues
Sur les flancs des rochers tombent avec fracas,
Si, du torrent grossi traversant les éclats,
Les voix de deux pasteurs s'appellent des deux rives,
Son cours emporte et rompt leurs clameurs fugitives.
La fureur des Démons, et huppés, et titrés,
Descend de loge en loge aux plus bas des degrés:
Là, des derniers lutins l'épaisse populace
Autour des cabaleurs, et se rue, et s'entasse.
Ainsi, lorsque les grands accordent aux petits
Ces jeux, payés si cher, qu'on leur donnegratis,
Du plus vil peuple on voit la multitude immense
Couvrir un cirque entier, sali de sa présence:
Ainsi l'amas infect de Diables tout fangeux
Formait le centre obscur du parterre orageux.
Ce sont bandits, experts en tous métiers perfides:
Les uns, noirs recruteurs, sont fumants d'homicides;
D'autres, en plein marché, vendeurs non scrupuleux,
Ont des litres menteurs, et des poids frauduleux:
Ceux-là chez nos Thémis s'inscrivent en faussaires;
Ceux-ci, sur leurs fourneaux, impurs apothicaires,
Dosent leur arsenic en de coupables mains,
Et de l'humeur de vivre ils purgent les humains.
D'autres, fatals Hermès, altèrent la monnaie;
D'autres sont croque-morts, le sépulcre les paie:
Apprentis carabins, ceux-là, d'un coup mortel,
Hâtent l'agonisant, convoité du scalpel.
Huissiers, greffiers, et clercs, engeance de vampires,
Ivrognes, débauchés, filoux, escrocs et sbires,
Sirènes des égoûts, harangères Vénus,
Sous les bourgeons en fleurs vendant leurs charmes nus;
Des enfers, en un mot, la plus vile canaille
Tout-à-coup se déchaîne, et hue, et siffle, et braille.
Elle garda long-temps un silence hébété,
Muette d'ignorance et de stupidité:
Ces ressorts que chez nous le vulgaire idolâtre,
Les éclatants décors, les beaux coups de théâtre,
Et le lustre étoilé des princes histrions,
Avaient conquis, ravi ses admirations:
Mais, répondant aux cris des nobles galeries,
Jusqu'aux voûtes monta le cri de ses furies.
Telle, quand des états les chefs ambitieux
Donnent le premier branle aux partis factieux,
L'écume des ruisseaux, la plèbe enorgueillie
Gronde, fait bouillonner sa plus infâme lie,
S'emporte, se déborde; et, sous le joug des lois,
De la démagogie hurlent toutes les voix:
Telle, de ces damnés la cohue insolente
Au vaste amphithéâtre imprime l'épouvante.
Tout rugit: cependant le Stentor des Démons
Fait sortir ce discours de ses larges poumons;
Perché sur un haut banc, en épervier farouche,
Qu'attache un pied crochu sur une vieille souche:
«Par un juste suffrage accueillons notre acteur,»
Dit-il, «mais que du drame il nous taise l'auteur.
«Son ouvrage sans goût, sans règle, sans morale,
«N'a qu'une vérité hideuse ou triviale.
«J'ai frémi, mais d'horreur; j'ai ri, mais de pitié.
«Le monstre qui le fit doit être châtié,
«Écorché, scié, cuit ... il faut que sur la claie
«On le traîne, percé d'une éternelle plaie;
«Ou qu'il soit à l'oubli condamné sans retour:
«L'orgueil est d'un auteur le plus cruel vautour.
«Mais non, de notre enfer déchaînons la critique;
«Qu'il se torde à jamais sous sa dent satirique,
«Et que, de tous les sens en lambeaux déchiré,
«Il rende au noir chaos ce qu'il en a tiré.»
Il dit, roulant un œil où pétille sa rage,Qui des autres lutins recherche le suffrage:Mais l'un des plus bouillants, qui veut lui répliquer,Sentant à ses esprits les paroles manquer,Pour mieux humilier sa critique verbeuse,Lui tire, en grimaçant, une langue moqueuse.Celui-ci, pour punir ce dédain trivial,Se tourne, en lui montrant son anti-facial.Le bruit s'accroît. Voici qu'un autre Diable grimpe,Ami du nourrisson de l'infernal Olympe:Son aigre voix glapit sur le vacarme entier.Tel entre des tambours perce un fifre guerrier.
Il dit, roulant un œil où pétille sa rage,
Qui des autres lutins recherche le suffrage:
Mais l'un des plus bouillants, qui veut lui répliquer,
Sentant à ses esprits les paroles manquer,
Pour mieux humilier sa critique verbeuse,
Lui tire, en grimaçant, une langue moqueuse.
Celui-ci, pour punir ce dédain trivial,
Se tourne, en lui montrant son anti-facial.
Le bruit s'accroît. Voici qu'un autre Diable grimpe,
Ami du nourrisson de l'infernal Olympe:
Son aigre voix glapit sur le vacarme entier.
Tel entre des tambours perce un fifre guerrier.
«Est-ce en vain qu'en ces vers, peintre de la nature,«Le poëte, arrachant tout masque à l'imposture,«Produit, s'écria-t-il, sans peur, sans préjugé,«Du fécond univers un vivant abrégé?«L'abandonnera-t-on aux cris de la cabale?«Comment du goût, des mœurs, est-il donc le scandale?«Il ne saurait blesser les règles des rhéteurs,«Étant hors de la loi des classiques auteurs;«Non moins original que le furent eux-mêmes«Ces hardis inventeurs de nos doctes systêmes,«On les siffla jadis; on le hue à son tour:«De l'avenir peut-être il deviendra l'amour.«Son style, en descendant du ton noble au vulgaire,«Évite mieux l'ennui qu'en un mode ordinaire.«A quoi bon asservir l'esprit, né dans son sein,«Au modèle idéal de l'antique dessin?«La nature est diverse, immense, affreuse, et belle:«Son tableau grand, bizarre, et varié comme elle,«Alliant tous les tons, rompant chaque unité,«Échappe à la froideur de l'uniformité.«Les peuples, qu'instruirait le cours d'un tel ouvrage,«Voyant périr deux rois, les plus grands de leur âge,«L'un, en cerveau brûlé, l'autre, d'un mal impur,«Sentiraient que des lois le seul empire est sûr.«N'est-ce rien que d'avoir calculé dans sa tête«Ce vaste plan moral? l'auteur est-il si bête?«Sa fable, dites-vous, mérite un châtiment:«Que peint-il? ce qu'au monde on fait impunément.«Ne frémissons-nous pas, tout damnés que nous sommes,«Lorsqu'il nous faut, témoins des cruautés des hommes,«Voir les tigres, les ours, orner leurs écussons,«Et leur gloire nourrir et corbeaux et poissons?«Voir les peuples agneaux immolés en hosties;«Le crime sur l'autel asseoir ses dynasties;«Haine, avarice, orgueil, sous de saints capuchons,«Dans nos ardents brasiers attiser les brandons;«Voir le rire apprêter la corde aux calvinistes,«Et la pudeur en proie au viol des papistes;«Voir baptiser de sang d'incrédules beautés,«Dont la Luxure en froc fouette les nudités:«Des bibles, des missels, voir les sinets mystiques«Cousus, d'un doigt railleur, aux fesses hérétiques,«Par d'enjoués bourreaux, par de gais assassins...«Ah! nous-mêmes, près d'eux, nous serions de vrais saints!«Osons dire tout...! Non. Notre pudeur m'arrête;«Je vous ferais dresser les cornes sur la tête!«L'antropophage impie, en son acharnement,«Ne fait pas ce qu'ils font, religieusement.«Quoi! ces hommes, d'un Dieu se prétendant l'image,«L'un par l'autre écrasés, n'écoutent que leur rage!«Quoi! ces monstres pourront, dans leurs hideux transports,«Percer de traits aigus les ames et les corps,«Et viendront nous chanter ces mots, Indépendance,«Charité, Sainteté, Chasteté, Tolérance!«Oh! préférons l'horreur de nos punitions«A ce qu'ont inventé leurs noires passions!«Souffrons donc qu'un spectacle aux enfers nous retrace«Les vices que sur terre on envisage en face.«Craignez-vous que, honteux d'être moqué de nous,«L'homme ne se corrige?... Ah! tranquillisez-vous;«Ses mœurs seront toujours criminelles, infâmes,«Dût-on, chez les mortels, jouer même nos drames.«Là, qui les jugerait? un famélique essaim,«Vendant le fiel jaloux qui bouillonne en son sein,«Dont l'immoralité, ne prêchant que morale,«Noie honneur et bon sens dans son encre vénale.«Qui les écouterait? des spectateurs légers,«Faibles cerveaux, émus par des traits passagers,«Et de qui la mémoire, en sa marche incertaine,«Oublie où s'attacha le long fil d'une scène;«Peu faits pour mesurer par quels puissants efforts«Vers un seul but profond tendent de grands ressorts.«Honneur à ce travail! il est digne d'un Diable.«Craignons que la colère injuste, impitoyable,«Comme chez les humains, ne dicte nos arrêts,«Dont l'affront éternel nous flétrisse à jamais.«Un ouvrage a, par-fois, les beautés qu'on lui nie.«Gare au sot tribunal qui proscrit le génie!»A ce mot, ô discorde! ô désordre! ô terreur!Le cirque est une arène où combat la fureur.
«Est-ce en vain qu'en ces vers, peintre de la nature,
«Le poëte, arrachant tout masque à l'imposture,
«Produit, s'écria-t-il, sans peur, sans préjugé,
«Du fécond univers un vivant abrégé?
«L'abandonnera-t-on aux cris de la cabale?
«Comment du goût, des mœurs, est-il donc le scandale?
«Il ne saurait blesser les règles des rhéteurs,
«Étant hors de la loi des classiques auteurs;
«Non moins original que le furent eux-mêmes
«Ces hardis inventeurs de nos doctes systêmes,
«On les siffla jadis; on le hue à son tour:
«De l'avenir peut-être il deviendra l'amour.
«Son style, en descendant du ton noble au vulgaire,
«Évite mieux l'ennui qu'en un mode ordinaire.
«A quoi bon asservir l'esprit, né dans son sein,
«Au modèle idéal de l'antique dessin?
«La nature est diverse, immense, affreuse, et belle:
«Son tableau grand, bizarre, et varié comme elle,
«Alliant tous les tons, rompant chaque unité,
«Échappe à la froideur de l'uniformité.
«Les peuples, qu'instruirait le cours d'un tel ouvrage,
«Voyant périr deux rois, les plus grands de leur âge,
«L'un, en cerveau brûlé, l'autre, d'un mal impur,
«Sentiraient que des lois le seul empire est sûr.
«N'est-ce rien que d'avoir calculé dans sa tête
«Ce vaste plan moral? l'auteur est-il si bête?
«Sa fable, dites-vous, mérite un châtiment:
«Que peint-il? ce qu'au monde on fait impunément.
«Ne frémissons-nous pas, tout damnés que nous sommes,
«Lorsqu'il nous faut, témoins des cruautés des hommes,
«Voir les tigres, les ours, orner leurs écussons,
«Et leur gloire nourrir et corbeaux et poissons?
«Voir les peuples agneaux immolés en hosties;
«Le crime sur l'autel asseoir ses dynasties;
«Haine, avarice, orgueil, sous de saints capuchons,
«Dans nos ardents brasiers attiser les brandons;
«Voir le rire apprêter la corde aux calvinistes,
«Et la pudeur en proie au viol des papistes;
«Voir baptiser de sang d'incrédules beautés,
«Dont la Luxure en froc fouette les nudités:
«Des bibles, des missels, voir les sinets mystiques
«Cousus, d'un doigt railleur, aux fesses hérétiques,
«Par d'enjoués bourreaux, par de gais assassins...
«Ah! nous-mêmes, près d'eux, nous serions de vrais saints!
«Osons dire tout...! Non. Notre pudeur m'arrête;
«Je vous ferais dresser les cornes sur la tête!
«L'antropophage impie, en son acharnement,
«Ne fait pas ce qu'ils font, religieusement.
«Quoi! ces hommes, d'un Dieu se prétendant l'image,
«L'un par l'autre écrasés, n'écoutent que leur rage!
«Quoi! ces monstres pourront, dans leurs hideux transports,
«Percer de traits aigus les ames et les corps,
«Et viendront nous chanter ces mots, Indépendance,
«Charité, Sainteté, Chasteté, Tolérance!
«Oh! préférons l'horreur de nos punitions
«A ce qu'ont inventé leurs noires passions!
«Souffrons donc qu'un spectacle aux enfers nous retrace
«Les vices que sur terre on envisage en face.
«Craignez-vous que, honteux d'être moqué de nous,
«L'homme ne se corrige?... Ah! tranquillisez-vous;
«Ses mœurs seront toujours criminelles, infâmes,
«Dût-on, chez les mortels, jouer même nos drames.
«Là, qui les jugerait? un famélique essaim,
«Vendant le fiel jaloux qui bouillonne en son sein,
«Dont l'immoralité, ne prêchant que morale,
«Noie honneur et bon sens dans son encre vénale.
«Qui les écouterait? des spectateurs légers,
«Faibles cerveaux, émus par des traits passagers,
«Et de qui la mémoire, en sa marche incertaine,
«Oublie où s'attacha le long fil d'une scène;
«Peu faits pour mesurer par quels puissants efforts
«Vers un seul but profond tendent de grands ressorts.
«Honneur à ce travail! il est digne d'un Diable.
«Craignons que la colère injuste, impitoyable,
«Comme chez les humains, ne dicte nos arrêts,
«Dont l'affront éternel nous flétrisse à jamais.
«Un ouvrage a, par-fois, les beautés qu'on lui nie.
«Gare au sot tribunal qui proscrit le génie!»
A ce mot, ô discorde! ô désordre! ô terreur!
Le cirque est une arène où combat la fureur.
Les princes infernaux lancent dans le parterreTrente griffons armés, pour terminer la guerre:La rage s'en accroît; on mugit autour d'eux.Les Diablesses, fuyant ce spectacle hideux,Volent, jetant des cris en nocturnes chouettes.Des loges et du cintre on perce les retraites;Et se précipitant des plus hauts des balconsSur les derniers des bancs roulent mille Démons.Tous ceux de qui la foudre avait brûlé les ailes,Titans, demi-roués en leurs chûtes cruelles,Bondissent en tombant: telle, d'un pesant choc,Si du sommet d'un mont le temps détache un roc,Sa masse retentit sur la plaine ébranlée.
Les princes infernaux lancent dans le parterre
Trente griffons armés, pour terminer la guerre:
La rage s'en accroît; on mugit autour d'eux.
Les Diablesses, fuyant ce spectacle hideux,
Volent, jetant des cris en nocturnes chouettes.
Des loges et du cintre on perce les retraites;
Et se précipitant des plus hauts des balcons
Sur les derniers des bancs roulent mille Démons.
Tous ceux de qui la foudre avait brûlé les ailes,
Titans, demi-roués en leurs chûtes cruelles,
Bondissent en tombant: telle, d'un pesant choc,
Si du sommet d'un mont le temps détache un roc,
Sa masse retentit sur la plaine ébranlée.
Figure, si tu peux, cette horrible mêlée,O Muse! aide ma vue à mesurer le tourDu parquet infernal éclairé d'un faux jour,Plus vaste que ne sont les abymes stérilesDes ardents souterrains, dévorateurs des villes;Et non moins spacieux que le cercle étoiléQu'embrasse un esprit docte, à qui rien n'est voilé;Hauteur, d'où les humains, bornés dans leurs limites,Paraissent à son œil des mouches et des mites.
Figure, si tu peux, cette horrible mêlée,
O Muse! aide ma vue à mesurer le tour
Du parquet infernal éclairé d'un faux jour,
Plus vaste que ne sont les abymes stériles
Des ardents souterrains, dévorateurs des villes;
Et non moins spacieux que le cercle étoilé
Qu'embrasse un esprit docte, à qui rien n'est voilé;
Hauteur, d'où les humains, bornés dans leurs limites,
Paraissent à son œil des mouches et des mites.
Misérables damnés! votre dernier loisirS'écoule en ces fureurs promptes à vous saisir:L'inflexible Destin déja commande aux HeuresDe vous rendre aux tourments de vos tristes demeures.
Misérables damnés! votre dernier loisir
S'écoule en ces fureurs promptes à vous saisir:
L'inflexible Destin déja commande aux Heures
De vous rendre aux tourments de vos tristes demeures.
Xiphorane descend, et s'écriant trois fois:«Anarchie!» Oh! quel monstre apparut à sa voix!Hydre informe et sans yeux, de ses mains furieuses,Elle-même abattant ses têtes odieuses,En nourrit une seule; et d'un bandeau sanglantSur ses propres débris la couronne en hurlant:Cette tête aggrandie, et d'elle encor frappée,Tombe, et l'hydre renaît de sang toujours trempée.Tel est le monstre. «Accours, épouse du Chaos,«Toi qui souffles la guerre, et qui hais le repos,«Des équitables lois ennemie éternelle,«Dans tes cent mains, dit-il, que la flamme étincelle.»L'hydre aveugle l'entend, plane, et d'un vague essorS'abat des hauts plafonds sur les balustres d'or:Des décorations la rougeâtre lumièreAllume tout-à-coup sa torche incendiaire.Sous vingt trombes de feu, piliers, voûtes, lambris,Croulent sur les démons embrasés et meurtris;Et, tel qu'un puits sans fond, le gouffre à ces ruinesOuvre, en les entraînant, ses routes intestines.Leur immense théâtre en cendres se réduit,Et ne laisse après soi que le vide et la nuit.
Xiphorane descend, et s'écriant trois fois:
«Anarchie!» Oh! quel monstre apparut à sa voix!
Hydre informe et sans yeux, de ses mains furieuses,
Elle-même abattant ses têtes odieuses,
En nourrit une seule; et d'un bandeau sanglant
Sur ses propres débris la couronne en hurlant:
Cette tête aggrandie, et d'elle encor frappée,
Tombe, et l'hydre renaît de sang toujours trempée.
Tel est le monstre. «Accours, épouse du Chaos,
«Toi qui souffles la guerre, et qui hais le repos,
«Des équitables lois ennemie éternelle,
«Dans tes cent mains, dit-il, que la flamme étincelle.»
L'hydre aveugle l'entend, plane, et d'un vague essor
S'abat des hauts plafonds sur les balustres d'or:
Des décorations la rougeâtre lumière
Allume tout-à-coup sa torche incendiaire.
Sous vingt trombes de feu, piliers, voûtes, lambris,
Croulent sur les démons embrasés et meurtris;
Et, tel qu'un puits sans fond, le gouffre à ces ruines
Ouvre, en les entraînant, ses routes intestines.
Leur immense théâtre en cendres se réduit,
Et ne laisse après soi que le vide et la nuit.
Sauve-moi de leur gouffre, ô Dieu vengeur du crime!Dieu, pour qui notre monde est un point dans l'abyme!Théose!être éternel, présent à l'infini!A tout ce qui se meut ton mystère est uni.Être que tout ignore, et que pourtant mon ameInvoque, et sent par-tout quand s'élève sa flamme!Dieu, principe sans forme, inaccessible à tous,Créateur des soleils qui rayonnent sur nous,Auteur de tant de cieux inconnus de la terre,Tu formas les tissus de la mouche éphémère;Tu n'as pas négligé le ressort palpitantDe son corps invisible, atôme d'un instant;Et la moindre vapeur, globule de rosée,Suit ta loi souveraine aux sphères imposée.Tout n'est que profondeur qui cache ton pouvoir.Toi, que j'ose implorer, te puis-je concevoir?Sais-je ce que je suis? pourquoi j'entends et pense?Si ton souffle bientôt retire ma présenceDu théâtre vivant où chacun est acteur,Ah! que de l'ordre au moins un moment spectateur,Je voie, avant ma mort, l'homme sincère et libre,Des lois, reines du monde, observer l'équilibre,Saper du fol orgueil l'édifice abattu,N'aspirer qu'aux grandeurs de la noble vertu,Gouverner par Thémis république ou royaume,Juger d'un œil égal le palais et le chaume,Ouvrir son toit, son cœur, à l'humble adversité,Ne plus, d'un joug sanglant, fouler l'humanité,Enrichir par le fer la seule agriculture,Paisible conquérant, explorer la Nature,Et des Arts, du Commerce, étendant le pouvoir,Envahir hardiment les trésors du savoir!Dieu! qu'au néant, enfin, rentre l'Hypocrisie,Qui change en un enfer le trajet de la vie;Et je rendrai sans peine, au sein de l'univers,Cette ame qui te cherche, et qui dicta mes vers.
Sauve-moi de leur gouffre, ô Dieu vengeur du crime!
Dieu, pour qui notre monde est un point dans l'abyme!
Théose!être éternel, présent à l'infini!
A tout ce qui se meut ton mystère est uni.
Être que tout ignore, et que pourtant mon ame
Invoque, et sent par-tout quand s'élève sa flamme!
Dieu, principe sans forme, inaccessible à tous,
Créateur des soleils qui rayonnent sur nous,
Auteur de tant de cieux inconnus de la terre,
Tu formas les tissus de la mouche éphémère;
Tu n'as pas négligé le ressort palpitant
De son corps invisible, atôme d'un instant;
Et la moindre vapeur, globule de rosée,
Suit ta loi souveraine aux sphères imposée.
Tout n'est que profondeur qui cache ton pouvoir.
Toi, que j'ose implorer, te puis-je concevoir?
Sais-je ce que je suis? pourquoi j'entends et pense?
Si ton souffle bientôt retire ma présence
Du théâtre vivant où chacun est acteur,
Ah! que de l'ordre au moins un moment spectateur,
Je voie, avant ma mort, l'homme sincère et libre,
Des lois, reines du monde, observer l'équilibre,
Saper du fol orgueil l'édifice abattu,
N'aspirer qu'aux grandeurs de la noble vertu,
Gouverner par Thémis république ou royaume,
Juger d'un œil égal le palais et le chaume,
Ouvrir son toit, son cœur, à l'humble adversité,
Ne plus, d'un joug sanglant, fouler l'humanité,
Enrichir par le fer la seule agriculture,
Paisible conquérant, explorer la Nature,
Et des Arts, du Commerce, étendant le pouvoir,
Envahir hardiment les trésors du savoir!
Dieu! qu'au néant, enfin, rentre l'Hypocrisie,
Qui change en un enfer le trajet de la vie;
Et je rendrai sans peine, au sein de l'univers,
Cette ame qui te cherche, et qui dicta mes vers.
FIN.
ON TROUVE DU MÊME AUTEUR,
Chez BARBA, libraire, galerie du Palais-Royal, derriere le Théâtre-Français.
Chez NEPVEU, libraire, passage des Panoramas, nº 26.
Chez LALOY, libraire, rue de Richelieu, vis-à-vis la rue Feydeau.
Les quatre Métamorphoses, poëmes.
Chez FIRMIN-DIDOT, imprimeur du Roi, de l'Institut, et de la Marine, rue Jacob, nº 24.
Les Éditions dePlauteet deChristophe-Colomb, comédies en 3 actes et en vers, et deBaudouin,empereur, tragédie en 3 actes, sont à refaire, ayant été détruites dans un incendie.
Corrections.La premiere ligne indique l'original, la seconde la correction:p.256:LA VIELLE.LA VIEILLE.
La premiere ligne indique l'original, la seconde la correction:
p.256: