Trop ignorante masse!Sentirais-tu dans l'air toujours changer ta place,Si tu n'apercevais de moments en momentsDes astres d'alentour les divers changements?Le terme de leur cours, leur vîtesse inégale,Ne t'instruisent-ils pas par leur double intervalle?C'est ainsi qu'un chasseur, en décochant deux traits,Les juge lents ou prompts d'autant que loin ou prèsVers le but de leur vol un même instant les porte:Et tout ce qui se meut s'estime de la sorte.
Trop ignorante masse!Sentirais-tu dans l'air toujours changer ta place,Si tu n'apercevais de moments en momentsDes astres d'alentour les divers changements?Le terme de leur cours, leur vîtesse inégale,Ne t'instruisent-ils pas par leur double intervalle?C'est ainsi qu'un chasseur, en décochant deux traits,Les juge lents ou prompts d'autant que loin ou prèsVers le but de leur vol un même instant les porte:Et tout ce qui se meut s'estime de la sorte.
Trop ignorante masse!
Sentirais-tu dans l'air toujours changer ta place,
Si tu n'apercevais de moments en moments
Des astres d'alentour les divers changements?
Le terme de leur cours, leur vîtesse inégale,
Ne t'instruisent-ils pas par leur double intervalle?
C'est ainsi qu'un chasseur, en décochant deux traits,
Les juge lents ou prompts d'autant que loin ou près
Vers le but de leur vol un même instant les porte:
Et tout ce qui se meut s'estime de la sorte.
L'ESPACE.
Oui, des corps circulant dans ma capacité,La pesanteur s'égale à leur vélocité;C'est par nos seuls avis que l'homme qui te sondeSait que ta lune agit sur les reflux de l'onde,Et connaît que ton pôle en sa nutationBorne à vingt-cinq mille ans sa révolution:C'est peu que de prévoir les phases des planètes,Il suit dans notre sein les retours des comètes,Trace la parabole où leurs feux sont perdus,Et prédit aux mortels qu'ils ne les verront plus.
Oui, des corps circulant dans ma capacité,La pesanteur s'égale à leur vélocité;C'est par nos seuls avis que l'homme qui te sondeSait que ta lune agit sur les reflux de l'onde,Et connaît que ton pôle en sa nutationBorne à vingt-cinq mille ans sa révolution:C'est peu que de prévoir les phases des planètes,Il suit dans notre sein les retours des comètes,Trace la parabole où leurs feux sont perdus,Et prédit aux mortels qu'ils ne les verront plus.
Oui, des corps circulant dans ma capacité,
La pesanteur s'égale à leur vélocité;
C'est par nos seuls avis que l'homme qui te sonde
Sait que ta lune agit sur les reflux de l'onde,
Et connaît que ton pôle en sa nutation
Borne à vingt-cinq mille ans sa révolution:
C'est peu que de prévoir les phases des planètes,
Il suit dans notre sein les retours des comètes,
Trace la parabole où leurs feux sont perdus,
Et prédit aux mortels qu'ils ne les verront plus.
LA TERRE.
Ce petit être-là reçut un haut génie!
Ce petit être-là reçut un haut génie!
Ce petit être-là reçut un haut génie!
LE TEMPS.
Non, le temps éternel, l'étendue infinie,Où le temps mesurable et l'espace apparentEmportent l'univers et passent en courant,Sont pour l'homme des mots qu'il ne saurait entendre;Son esprit jusque-là ne put jamais s'étendre;Et n'attachant à tout qu'un sens matériel,Derrière un ciel franchi n'imagine qu'un ciel.Il faut que des moments, des lieux et des figures,Pour être comparés, lui prêtent leurs mesures;Et le temps fixe et vrai, le vide illimité,Se cache autant à lui que la divinité.Que de choses pourtant, véritables mystères,Que sa science ignore, et nomme des chimères!Dieu même, à sa faiblesse invisible en tout point,Parce qu'il est voilé, lui semble n'être point.
Non, le temps éternel, l'étendue infinie,Où le temps mesurable et l'espace apparentEmportent l'univers et passent en courant,Sont pour l'homme des mots qu'il ne saurait entendre;Son esprit jusque-là ne put jamais s'étendre;Et n'attachant à tout qu'un sens matériel,Derrière un ciel franchi n'imagine qu'un ciel.Il faut que des moments, des lieux et des figures,Pour être comparés, lui prêtent leurs mesures;Et le temps fixe et vrai, le vide illimité,Se cache autant à lui que la divinité.Que de choses pourtant, véritables mystères,Que sa science ignore, et nomme des chimères!Dieu même, à sa faiblesse invisible en tout point,Parce qu'il est voilé, lui semble n'être point.
Non, le temps éternel, l'étendue infinie,
Où le temps mesurable et l'espace apparent
Emportent l'univers et passent en courant,
Sont pour l'homme des mots qu'il ne saurait entendre;
Son esprit jusque-là ne put jamais s'étendre;
Et n'attachant à tout qu'un sens matériel,
Derrière un ciel franchi n'imagine qu'un ciel.
Il faut que des moments, des lieux et des figures,
Pour être comparés, lui prêtent leurs mesures;
Et le temps fixe et vrai, le vide illimité,
Se cache autant à lui que la divinité.
Que de choses pourtant, véritables mystères,
Que sa science ignore, et nomme des chimères!
Dieu même, à sa faiblesse invisible en tout point,
Parce qu'il est voilé, lui semble n'être point.
L'ESPACE.
Eh! l'homme, qui toujours examine et compare,Médite peu le fond, et son esprit s'égare.Par le temps et l'espace il compte les instants,Et ne sait ce que c'est que l'espace et le temps.Un an est un long siècle à son impatience;Un siècle n'est qu'un jour pour sa vaine espérance:Son orgueil ne voit pas que tout son avenirDans le passé rapide est tout près de finir.Terre, un quart de ton globe, inutile domaine,Aux mortels couronnés paraît suffire à peine;Tandis que leurs sujets, n'arpentant qu'un jardin,S'étonnent des grandeurs de son étroit confin.Ainsi, toujours trompé sur tout ce qu'il embrasse,L'homme se croit durable et sans borne en sa place;La mort vient, le dépouille, et je reprends sur luiJusqu'au lieu resserré d'où son corps même a fui:Car, tout passe en mon sein, emporté par les âges;Le monde en doit sortir, et même ses images.
Eh! l'homme, qui toujours examine et compare,Médite peu le fond, et son esprit s'égare.Par le temps et l'espace il compte les instants,Et ne sait ce que c'est que l'espace et le temps.Un an est un long siècle à son impatience;Un siècle n'est qu'un jour pour sa vaine espérance:Son orgueil ne voit pas que tout son avenirDans le passé rapide est tout près de finir.Terre, un quart de ton globe, inutile domaine,Aux mortels couronnés paraît suffire à peine;Tandis que leurs sujets, n'arpentant qu'un jardin,S'étonnent des grandeurs de son étroit confin.Ainsi, toujours trompé sur tout ce qu'il embrasse,L'homme se croit durable et sans borne en sa place;La mort vient, le dépouille, et je reprends sur luiJusqu'au lieu resserré d'où son corps même a fui:Car, tout passe en mon sein, emporté par les âges;Le monde en doit sortir, et même ses images.
Eh! l'homme, qui toujours examine et compare,
Médite peu le fond, et son esprit s'égare.
Par le temps et l'espace il compte les instants,
Et ne sait ce que c'est que l'espace et le temps.
Un an est un long siècle à son impatience;
Un siècle n'est qu'un jour pour sa vaine espérance:
Son orgueil ne voit pas que tout son avenir
Dans le passé rapide est tout près de finir.
Terre, un quart de ton globe, inutile domaine,
Aux mortels couronnés paraît suffire à peine;
Tandis que leurs sujets, n'arpentant qu'un jardin,
S'étonnent des grandeurs de son étroit confin.
Ainsi, toujours trompé sur tout ce qu'il embrasse,
L'homme se croit durable et sans borne en sa place;
La mort vient, le dépouille, et je reprends sur lui
Jusqu'au lieu resserré d'où son corps même a fui:
Car, tout passe en mon sein, emporté par les âges;
Le monde en doit sortir, et même ses images.
LE TEMPS.
Un drame néanmoins va montrer aux démonsCe que font les mortels pour leurs rangs et leurs noms,Et l'âge où Charles-Quint, en fatiguant sa vie,A cru s'éterniser sur ta superficie.
Un drame néanmoins va montrer aux démonsCe que font les mortels pour leurs rangs et leurs noms,Et l'âge où Charles-Quint, en fatiguant sa vie,A cru s'éterniser sur ta superficie.
Un drame néanmoins va montrer aux démons
Ce que font les mortels pour leurs rangs et leurs noms,
Et l'âge où Charles-Quint, en fatiguant sa vie,
A cru s'éterniser sur ta superficie.
LA TERRE.
Où donc est le théâtre où ses traits sont offerts?
Où donc est le théâtre où ses traits sont offerts?
Où donc est le théâtre où ses traits sont offerts?
L'ESPACE.
Aux enfers.
Aux enfers.
Aux enfers.
LA TERRE.
En quels lieux sont cachés les enfers?
En quels lieux sont cachés les enfers?
En quels lieux sont cachés les enfers?
L'ESPACE.
L'erreur se les figure au centre de ton globe:Une comète au loin dans la nuit les dérobe,Monde errant, embrasé, plus vaste que le tien;Car, dans l'immensité, ton orbe entier n'est rien.Tu le sais: dans le vide il est tant de demeures!Adieu! poursuis ta route, et roule au gré des heures.
L'erreur se les figure au centre de ton globe:Une comète au loin dans la nuit les dérobe,Monde errant, embrasé, plus vaste que le tien;Car, dans l'immensité, ton orbe entier n'est rien.Tu le sais: dans le vide il est tant de demeures!Adieu! poursuis ta route, et roule au gré des heures.
L'erreur se les figure au centre de ton globe:
Une comète au loin dans la nuit les dérobe,
Monde errant, embrasé, plus vaste que le tien;
Car, dans l'immensité, ton orbe entier n'est rien.
Tu le sais: dans le vide il est tant de demeures!
Adieu! poursuis ta route, et roule au gré des heures.
Là finit le prologue, on voit tout s'éclipser;L'acte, image du siècle, enfin va commencer.Mais sur la scène encor s'abaisse un second voile:La fausse renommée y brille en une toileOù le pinceau traça le triomphe des chars,Au temple de mémoire entraînant les Césars.Quelques sages, témoins de leurs superbes rôles,Soit dédain, soit pitié qui haussât leurs épaules,Courrouçaient d'un souris les centaures d'acierQui de leur sabre nu croyaient les effrayer.On voyait des grandeurs les cimes orageusesSur des remparts en feu, qu'en ses courses fangeusesEntourait de replis un long fleuve sanglant.Les noirs torrents du Styx, le Phlégéton brûlant,Dont l'horreur fabuleuse épouvante les ames,N'ont rien de plus affreux, dans leurs eaux, dans leurs flammes,Qu'un cours de sang humain, roulant à gros bouillons,Où surnagent encor, en proie aux tourbillons,Des pieds, des corps tronqués, des mains, de pâles têtes.Cependant le vainqueur, dont les palmes sont prêtes,Traverse le carnage; et, rougi de ce sang,L'affreux jour qui s'y plonge en s'y réfléchissantFait reluire au passage une pourpre enflammée,Vêtement du héros cher à la renommée;Tandis qu'un peuple aveugle entend de toutes partsLes trompettes, les chants, les cris, et les pétards.L'enfer se plaît à voir que du sang qui s'étaleLa lueur rejaillit en pourpre triomphale.Le peintre est applaudi par les noirs spectateurs.La toile enfin remonte, et fait place aux acteurs.
Là finit le prologue, on voit tout s'éclipser;L'acte, image du siècle, enfin va commencer.Mais sur la scène encor s'abaisse un second voile:La fausse renommée y brille en une toileOù le pinceau traça le triomphe des chars,Au temple de mémoire entraînant les Césars.Quelques sages, témoins de leurs superbes rôles,Soit dédain, soit pitié qui haussât leurs épaules,Courrouçaient d'un souris les centaures d'acierQui de leur sabre nu croyaient les effrayer.On voyait des grandeurs les cimes orageusesSur des remparts en feu, qu'en ses courses fangeusesEntourait de replis un long fleuve sanglant.Les noirs torrents du Styx, le Phlégéton brûlant,Dont l'horreur fabuleuse épouvante les ames,N'ont rien de plus affreux, dans leurs eaux, dans leurs flammes,Qu'un cours de sang humain, roulant à gros bouillons,Où surnagent encor, en proie aux tourbillons,Des pieds, des corps tronqués, des mains, de pâles têtes.Cependant le vainqueur, dont les palmes sont prêtes,Traverse le carnage; et, rougi de ce sang,L'affreux jour qui s'y plonge en s'y réfléchissantFait reluire au passage une pourpre enflammée,Vêtement du héros cher à la renommée;Tandis qu'un peuple aveugle entend de toutes partsLes trompettes, les chants, les cris, et les pétards.
Là finit le prologue, on voit tout s'éclipser;
L'acte, image du siècle, enfin va commencer.
Mais sur la scène encor s'abaisse un second voile:
La fausse renommée y brille en une toile
Où le pinceau traça le triomphe des chars,
Au temple de mémoire entraînant les Césars.
Quelques sages, témoins de leurs superbes rôles,
Soit dédain, soit pitié qui haussât leurs épaules,
Courrouçaient d'un souris les centaures d'acier
Qui de leur sabre nu croyaient les effrayer.
On voyait des grandeurs les cimes orageuses
Sur des remparts en feu, qu'en ses courses fangeuses
Entourait de replis un long fleuve sanglant.
Les noirs torrents du Styx, le Phlégéton brûlant,
Dont l'horreur fabuleuse épouvante les ames,
N'ont rien de plus affreux, dans leurs eaux, dans leurs flammes,
Qu'un cours de sang humain, roulant à gros bouillons,
Où surnagent encor, en proie aux tourbillons,
Des pieds, des corps tronqués, des mains, de pâles têtes.
Cependant le vainqueur, dont les palmes sont prêtes,
Traverse le carnage; et, rougi de ce sang,
L'affreux jour qui s'y plonge en s'y réfléchissant
Fait reluire au passage une pourpre enflammée,
Vêtement du héros cher à la renommée;
Tandis qu'un peuple aveugle entend de toutes parts
Les trompettes, les chants, les cris, et les pétards.
L'enfer se plaît à voir que du sang qui s'étaleLa lueur rejaillit en pourpre triomphale.Le peintre est applaudi par les noirs spectateurs.La toile enfin remonte, et fait place aux acteurs.
L'enfer se plaît à voir que du sang qui s'étale
La lueur rejaillit en pourpre triomphale.
Le peintre est applaudi par les noirs spectateurs.
La toile enfin remonte, et fait place aux acteurs.
La toile se lève. Description du lieu de la scène. L'amiralBonnivet, endormi dans sa tente, aperçoit l'image de sa maîtresse, qui lui reproche d'avoir entraîné les Français en Italie, moins pour leur gloire que par le desir de la revoir à Milan. Entretien deClément Marotet de l'amiral. Apparition de l'ombrede Bayardau pied d'un chêne, devant leConnétable de Bourbon, qu'il laisse avec laConscience. Scène entrela Conscienceetle Connétabletransfuge. Dialogue de laMortet d'uneFourmi. Pressentiment que s'exprime à soi-mêmele chêneantique sous lequel apparut Bayard. Histoire et chûte de ce vieux arbre, arraché par des soldats.
LA PANHYPOCRISIADE.
Lethéâtre présente, en un château gothique,Une chambre, que pare un lit non moins antique:La nuit y règne encor sous deux rideaux épaisBrodés à larges fleurs, surmontés par un dais.Là, s'agite en dormant un chef plein de vaillance,Qui pour François-Premier a manié la lance,Bonnivet, dont le camp siége au bord du Tésin:Les vîtraux sont blanchis des rayons du matin.Vers le lit du guerrier une image se glisse;Fille du souvenir, c'est la belle Clérice.
Lethéâtre présente, en un château gothique,Une chambre, que pare un lit non moins antique:La nuit y règne encor sous deux rideaux épaisBrodés à larges fleurs, surmontés par un dais.Là, s'agite en dormant un chef plein de vaillance,Qui pour François-Premier a manié la lance,Bonnivet, dont le camp siége au bord du Tésin:Les vîtraux sont blanchis des rayons du matin.Vers le lit du guerrier une image se glisse;Fille du souvenir, c'est la belle Clérice.
Lethéâtre présente, en un château gothique,
Une chambre, que pare un lit non moins antique:
La nuit y règne encor sous deux rideaux épais
Brodés à larges fleurs, surmontés par un dais.
Là, s'agite en dormant un chef plein de vaillance,
Qui pour François-Premier a manié la lance,
Bonnivet, dont le camp siége au bord du Tésin:
Les vîtraux sont blanchis des rayons du matin.
Vers le lit du guerrier une image se glisse;
Fille du souvenir, c'est la belle Clérice.
L'IMAGE DE CLÉRICE.
Tu languis, amiral! n'est-ce donc pas pour moiQue tu fis traverser les Alpes à ton roi?Si j'en crois les baisers et les mots de ta bouche,Milan n'eut rien pour toi de plus doux que ma couche.Moi, folle Italienne, ardente en mon amour,Je te fis oublier tes Lucrèces de cour:D'autant plus préférable à ces illustres belles,Qu'alors qu'on les subjugue on est fatigué d'elles;Tandis que sans façon me laissant obtenir,Quand on sort de mes bras, on veut y revenir.L'abandon inquiet de vos prudes maîtressesNe vaut pas les transports de mes vives caresses,Et leur triste scrupule, et leurs plaisirs gênésEmbrasent moins vos sens que mes sens effrénés.Mon port a-t-il perdu ses graces attrayantes?Ai-je les yeux moins vifs, les lèvres moins riantes,Le col moins blanc, le sein moins ferme et moins poli,Le bras, le pied, le..... quoi? qu'ai-je de moins joli?Ah! mon cher Bonnivet! tu brûles, tu soupires,Et l'ardeur qui t'émeut dit ce que tu desires.....Viens donc.
Tu languis, amiral! n'est-ce donc pas pour moiQue tu fis traverser les Alpes à ton roi?Si j'en crois les baisers et les mots de ta bouche,Milan n'eut rien pour toi de plus doux que ma couche.Moi, folle Italienne, ardente en mon amour,Je te fis oublier tes Lucrèces de cour:D'autant plus préférable à ces illustres belles,Qu'alors qu'on les subjugue on est fatigué d'elles;Tandis que sans façon me laissant obtenir,Quand on sort de mes bras, on veut y revenir.L'abandon inquiet de vos prudes maîtressesNe vaut pas les transports de mes vives caresses,Et leur triste scrupule, et leurs plaisirs gênésEmbrasent moins vos sens que mes sens effrénés.Mon port a-t-il perdu ses graces attrayantes?Ai-je les yeux moins vifs, les lèvres moins riantes,Le col moins blanc, le sein moins ferme et moins poli,Le bras, le pied, le..... quoi? qu'ai-je de moins joli?Ah! mon cher Bonnivet! tu brûles, tu soupires,Et l'ardeur qui t'émeut dit ce que tu desires.....Viens donc.
Tu languis, amiral! n'est-ce donc pas pour moi
Que tu fis traverser les Alpes à ton roi?
Si j'en crois les baisers et les mots de ta bouche,
Milan n'eut rien pour toi de plus doux que ma couche.
Moi, folle Italienne, ardente en mon amour,
Je te fis oublier tes Lucrèces de cour:
D'autant plus préférable à ces illustres belles,
Qu'alors qu'on les subjugue on est fatigué d'elles;
Tandis que sans façon me laissant obtenir,
Quand on sort de mes bras, on veut y revenir.
L'abandon inquiet de vos prudes maîtresses
Ne vaut pas les transports de mes vives caresses,
Et leur triste scrupule, et leurs plaisirs gênés
Embrasent moins vos sens que mes sens effrénés.
Mon port a-t-il perdu ses graces attrayantes?
Ai-je les yeux moins vifs, les lèvres moins riantes,
Le col moins blanc, le sein moins ferme et moins poli,
Le bras, le pied, le..... quoi? qu'ai-je de moins joli?
Ah! mon cher Bonnivet! tu brûles, tu soupires,
Et l'ardeur qui t'émeut dit ce que tu desires.....
Viens donc.
BONNIVET.
O ma Clérice! objet aimable et beau!Déja tu m'apparus vers ce double ruisseauQui, mêlant ses tributs pour former la Durance,Des rocs de Briançon coule avec abondance.Là, dans ma couche ainsi réveillant mes desirs,Tu me vins de Milan retracer les plaisirs:Tes appas demi-nus me ravirent en songe;Et quand de tes baisers je goûtais le mensonge,Tu semblas t'échapper comme une ombre sans corps,Loin du lit qu'en désordre avaient mis tes transports.
O ma Clérice! objet aimable et beau!Déja tu m'apparus vers ce double ruisseauQui, mêlant ses tributs pour former la Durance,Des rocs de Briançon coule avec abondance.Là, dans ma couche ainsi réveillant mes desirs,Tu me vins de Milan retracer les plaisirs:Tes appas demi-nus me ravirent en songe;Et quand de tes baisers je goûtais le mensonge,Tu semblas t'échapper comme une ombre sans corps,Loin du lit qu'en désordre avaient mis tes transports.
O ma Clérice! objet aimable et beau!
Déja tu m'apparus vers ce double ruisseau
Qui, mêlant ses tributs pour former la Durance,
Des rocs de Briançon coule avec abondance.
Là, dans ma couche ainsi réveillant mes desirs,
Tu me vins de Milan retracer les plaisirs:
Tes appas demi-nus me ravirent en songe;
Et quand de tes baisers je goûtais le mensonge,
Tu semblas t'échapper comme une ombre sans corps,
Loin du lit qu'en désordre avaient mis tes transports.
L'IMAGE DE CLÉRICE.
J'ai voulu, te laissant le regret de ma perte,Au sein de l'Italie à tes armes rouverte,T'attirer doucement par le secret pouvoirQue j'ai sur tout Français épris de mon œil noir.Mon orgueil a bien ri, s'il faut parler sans feinte,Quand, plein de ma mémoire en tous tes sens empreinte,Au conseil de ton roi, par cent nobles raisons,Tu poussas son armée à repasser les monts.Ah! de ton éloquence héroïque, suprême,Ma flamme était la source inconnue à toi-même.Tu crus, en confondant les plus sages guerriers,N'avoir devant les yeux que l'honneur des lauriers;Tu ne voyais que moi: j'étais la seule envieDont l'attrait t'amenât sous les murs de Pavie.Les peuples ont-ils cru qu'un magnanime roiAu milieu des périls entraînât, sur ta foi,Ses soldats, et la fleur des preux de sa famille,Pour rendre un libertin à l'amour d'une fille?Tel est le monde! Allons; aux assiégés vaincusReprends-moi dans Pavie, et presse le blocus.(L'image disparaît.)
J'ai voulu, te laissant le regret de ma perte,Au sein de l'Italie à tes armes rouverte,T'attirer doucement par le secret pouvoirQue j'ai sur tout Français épris de mon œil noir.Mon orgueil a bien ri, s'il faut parler sans feinte,Quand, plein de ma mémoire en tous tes sens empreinte,Au conseil de ton roi, par cent nobles raisons,Tu poussas son armée à repasser les monts.Ah! de ton éloquence héroïque, suprême,Ma flamme était la source inconnue à toi-même.Tu crus, en confondant les plus sages guerriers,N'avoir devant les yeux que l'honneur des lauriers;Tu ne voyais que moi: j'étais la seule envieDont l'attrait t'amenât sous les murs de Pavie.Les peuples ont-ils cru qu'un magnanime roiAu milieu des périls entraînât, sur ta foi,Ses soldats, et la fleur des preux de sa famille,Pour rendre un libertin à l'amour d'une fille?Tel est le monde! Allons; aux assiégés vaincusReprends-moi dans Pavie, et presse le blocus.(L'image disparaît.)
J'ai voulu, te laissant le regret de ma perte,
Au sein de l'Italie à tes armes rouverte,
T'attirer doucement par le secret pouvoir
Que j'ai sur tout Français épris de mon œil noir.
Mon orgueil a bien ri, s'il faut parler sans feinte,
Quand, plein de ma mémoire en tous tes sens empreinte,
Au conseil de ton roi, par cent nobles raisons,
Tu poussas son armée à repasser les monts.
Ah! de ton éloquence héroïque, suprême,
Ma flamme était la source inconnue à toi-même.
Tu crus, en confondant les plus sages guerriers,
N'avoir devant les yeux que l'honneur des lauriers;
Tu ne voyais que moi: j'étais la seule envie
Dont l'attrait t'amenât sous les murs de Pavie.
Les peuples ont-ils cru qu'un magnanime roi
Au milieu des périls entraînât, sur ta foi,
Ses soldats, et la fleur des preux de sa famille,
Pour rendre un libertin à l'amour d'une fille?
Tel est le monde! Allons; aux assiégés vaincus
Reprends-moi dans Pavie, et presse le blocus.
(L'image disparaît.)
BONNIVET,s'éveillant.
Que dit-elle?.... Ah! j'entends la trompette qui sonne.Déja sur l'horizon le jour naissant rayonne.....Levons-nous..... dans mon camp devançons le soleil.Quoi donc? à quel objet rêvais-je en mon sommeil?A Clérice!... Elle-même.... Oh! l'étrange folie!....Son amour m'aurait fait rentrer dans l'Italie!Non, non, dans les périls dont je me sens pressé,Ce lâche sentiment ne m'eût jamais poussé:Vous n'êtes pas, madame, une seconde Hélène;Votre Milan n'est pas l'Ilion qui m'amène.Non, je n'ai point pour vous suivi le roi des rois;Je n'ai point follement, jaloux de vains exploits,Pour me reconquérir vos faveurs et vos charmes,Ebranlé tout-à-coup les Alpes sous mes armes,Et porté mes canons sur des rocs sourcilleuxOù jamais n'ont tonné que les foudres des cieux.Qui? moi! pour contenter mes amoureux caprices,Mettre une armée entière au bord des précipices,Exposer un grand roi, ses parents, ses soldats;Les conduire en aveugle à de lointains combats!Pour qui? pour ma maîtresse offerte à ma mémoire?Non, mon cœur n'écouta que la voix de la gloire;Et sans qu'à mes projets un fol amour ait part,Je vins ici venger nos affronts et Bayard.
Que dit-elle?.... Ah! j'entends la trompette qui sonne.Déja sur l'horizon le jour naissant rayonne.....Levons-nous..... dans mon camp devançons le soleil.Quoi donc? à quel objet rêvais-je en mon sommeil?A Clérice!... Elle-même.... Oh! l'étrange folie!....Son amour m'aurait fait rentrer dans l'Italie!Non, non, dans les périls dont je me sens pressé,Ce lâche sentiment ne m'eût jamais poussé:Vous n'êtes pas, madame, une seconde Hélène;Votre Milan n'est pas l'Ilion qui m'amène.Non, je n'ai point pour vous suivi le roi des rois;Je n'ai point follement, jaloux de vains exploits,Pour me reconquérir vos faveurs et vos charmes,Ebranlé tout-à-coup les Alpes sous mes armes,Et porté mes canons sur des rocs sourcilleuxOù jamais n'ont tonné que les foudres des cieux.Qui? moi! pour contenter mes amoureux caprices,Mettre une armée entière au bord des précipices,Exposer un grand roi, ses parents, ses soldats;Les conduire en aveugle à de lointains combats!Pour qui? pour ma maîtresse offerte à ma mémoire?Non, mon cœur n'écouta que la voix de la gloire;Et sans qu'à mes projets un fol amour ait part,Je vins ici venger nos affronts et Bayard.
Que dit-elle?.... Ah! j'entends la trompette qui sonne.
Déja sur l'horizon le jour naissant rayonne.....
Levons-nous..... dans mon camp devançons le soleil.
Quoi donc? à quel objet rêvais-je en mon sommeil?
A Clérice!... Elle-même.... Oh! l'étrange folie!....
Son amour m'aurait fait rentrer dans l'Italie!
Non, non, dans les périls dont je me sens pressé,
Ce lâche sentiment ne m'eût jamais poussé:
Vous n'êtes pas, madame, une seconde Hélène;
Votre Milan n'est pas l'Ilion qui m'amène.
Non, je n'ai point pour vous suivi le roi des rois;
Je n'ai point follement, jaloux de vains exploits,
Pour me reconquérir vos faveurs et vos charmes,
Ebranlé tout-à-coup les Alpes sous mes armes,
Et porté mes canons sur des rocs sourcilleux
Où jamais n'ont tonné que les foudres des cieux.
Qui? moi! pour contenter mes amoureux caprices,
Mettre une armée entière au bord des précipices,
Exposer un grand roi, ses parents, ses soldats;
Les conduire en aveugle à de lointains combats!
Pour qui? pour ma maîtresse offerte à ma mémoire?
Non, mon cœur n'écouta que la voix de la gloire;
Et sans qu'à mes projets un fol amour ait part,
Je vins ici venger nos affronts et Bayard.
BONNIVET.
C'est vous, galant Marot! vous, levé dès l'aurore!
C'est vous, galant Marot! vous, levé dès l'aurore!
C'est vous, galant Marot! vous, levé dès l'aurore!
MAROT.
Oui, j'aime à voir l'éclat dont l'orient se dore;Et le dieu des beaux vers m'emplit de feux nouveaux,Quand l'heure matinale attèle ses chevaux.J'aime à voir de son char la lumière vermeilleLuire au camp des Français, que le clairon éveille;Et, brillant dans l'azur, l'astre de LuciferEmailler les vallons étincelants de fer.
Oui, j'aime à voir l'éclat dont l'orient se dore;Et le dieu des beaux vers m'emplit de feux nouveaux,Quand l'heure matinale attèle ses chevaux.J'aime à voir de son char la lumière vermeilleLuire au camp des Français, que le clairon éveille;Et, brillant dans l'azur, l'astre de LuciferEmailler les vallons étincelants de fer.
Oui, j'aime à voir l'éclat dont l'orient se dore;
Et le dieu des beaux vers m'emplit de feux nouveaux,
Quand l'heure matinale attèle ses chevaux.
J'aime à voir de son char la lumière vermeille
Luire au camp des Français, que le clairon éveille;
Et, brillant dans l'azur, l'astre de Lucifer
Emailler les vallons étincelants de fer.
BONNIVET.
Si vous ne me parliez sur le ton des poëtes,Je vous méconnaîtrais, armé comme vous l'êtes.
Si vous ne me parliez sur le ton des poëtes,Je vous méconnaîtrais, armé comme vous l'êtes.
Si vous ne me parliez sur le ton des poëtes,
Je vous méconnaîtrais, armé comme vous l'êtes.
MAROT.
Je ne ferais nul cas d'un poëte de courQui n'endosserait point la cuirasse à son tour.
Je ne ferais nul cas d'un poëte de courQui n'endosserait point la cuirasse à son tour.
Je ne ferais nul cas d'un poëte de cour
Qui n'endosserait point la cuirasse à son tour.
BONNIVET.
Marot veut que son sang, grace à quelques prouesses,Lui mérite les pleurs des plus nobles princesses.
Marot veut que son sang, grace à quelques prouesses,Lui mérite les pleurs des plus nobles princesses.
Marot veut que son sang, grace à quelques prouesses,
Lui mérite les pleurs des plus nobles princesses.
MAROT.
Marot chez les neuf sœurs survivra plus d'un jour,Blessé du fer de Mars et des traits de l'Amour.
Marot chez les neuf sœurs survivra plus d'un jour,Blessé du fer de Mars et des traits de l'Amour.
Marot chez les neuf sœurs survivra plus d'un jour,
Blessé du fer de Mars et des traits de l'Amour.
BONNIVET.
La propre sœur du roi, si j'en crois la chronique,Vous l'aura dit, peut-être, en un style saphique.
La propre sœur du roi, si j'en crois la chronique,Vous l'aura dit, peut-être, en un style saphique.
La propre sœur du roi, si j'en crois la chronique,
Vous l'aura dit, peut-être, en un style saphique.
MAROT.
La sœur de notre roi, duchesse d'Alençon,Protège en moi du Pinde un humble nourrisson:Je l'aide quelquefois des avis de ma museA tourner plaisamment un conte qui l'amuse.Mais les grands sont jaloux quand elle me sourit,Et fait céder pour moi l'étiquette à l'esprit.
La sœur de notre roi, duchesse d'Alençon,Protège en moi du Pinde un humble nourrisson:Je l'aide quelquefois des avis de ma museA tourner plaisamment un conte qui l'amuse.Mais les grands sont jaloux quand elle me sourit,Et fait céder pour moi l'étiquette à l'esprit.
La sœur de notre roi, duchesse d'Alençon,
Protège en moi du Pinde un humble nourrisson:
Je l'aide quelquefois des avis de ma muse
A tourner plaisamment un conte qui l'amuse.
Mais les grands sont jaloux quand elle me sourit,
Et fait céder pour moi l'étiquette à l'esprit.
BONNIVET.
Marguerite, en secret, vous met, dit-on, en verve?
Marguerite, en secret, vous met, dit-on, en verve?
Marguerite, en secret, vous met, dit-on, en verve?
MAROT.
La Pallas de nos jours doit être ma Minerve.Est-ce un sujet de glose aux malins envieux?
La Pallas de nos jours doit être ma Minerve.Est-ce un sujet de glose aux malins envieux?
La Pallas de nos jours doit être ma Minerve.
Est-ce un sujet de glose aux malins envieux?
BONNIVET.
Que fait donc votre muse, absente de ses yeux?
Que fait donc votre muse, absente de ses yeux?
Que fait donc votre muse, absente de ses yeux?
MAROT.
Elle chante le roi, pour qui je prends l'épée.
Elle chante le roi, pour qui je prends l'épée.
Elle chante le roi, pour qui je prends l'épée.
BONNIVET.
Brave rimeur, courage! A quand votre épopée?
Brave rimeur, courage! A quand votre épopée?
Brave rimeur, courage! A quand votre épopée?
MAROT.
Le Parnasse, amiral, est plus lent à forcerQue vos remparts tonnants, si prompts à renverser.Un poëme renaît sur d'héroïques cendres.Nous n'avons qu'un Homère; il est tant d'Alexandres!N'imaginez donc pas, en vous raillant toujours,Qu'un poëte, en soldat, marche au gré des tambours.
Le Parnasse, amiral, est plus lent à forcerQue vos remparts tonnants, si prompts à renverser.Un poëme renaît sur d'héroïques cendres.Nous n'avons qu'un Homère; il est tant d'Alexandres!N'imaginez donc pas, en vous raillant toujours,Qu'un poëte, en soldat, marche au gré des tambours.
Le Parnasse, amiral, est plus lent à forcer
Que vos remparts tonnants, si prompts à renverser.
Un poëme renaît sur d'héroïques cendres.
Nous n'avons qu'un Homère; il est tant d'Alexandres!
N'imaginez donc pas, en vous raillant toujours,
Qu'un poëte, en soldat, marche au gré des tambours.
BONNIVET.
Vous, n'imaginez pas qu'en ses folles boufféesVotre docte Phébus élève nos trophées.
Vous, n'imaginez pas qu'en ses folles boufféesVotre docte Phébus élève nos trophées.
Vous, n'imaginez pas qu'en ses folles bouffées
Votre docte Phébus élève nos trophées.
MAROT.
Non; l'honneur d'un guerrier a d'autres fondementsQui prêtent à nos vers d'utiles ornements.
Non; l'honneur d'un guerrier a d'autres fondementsQui prêtent à nos vers d'utiles ornements.
Non; l'honneur d'un guerrier a d'autres fondements
Qui prêtent à nos vers d'utiles ornements.
BONNIVET.
Ah! les héros outrés et la fiction pure,Des œuvres d'Apollon sont la seule parure;Et de grands mots, tirés du latin et du grec,Enrichissent leur fonds, quelquefois pauvre et sec.Voilà ce qui soutient les vaines renomméesDes beaux diseurs de rien, en paroles rimées.
Ah! les héros outrés et la fiction pure,Des œuvres d'Apollon sont la seule parure;Et de grands mots, tirés du latin et du grec,Enrichissent leur fonds, quelquefois pauvre et sec.Voilà ce qui soutient les vaines renomméesDes beaux diseurs de rien, en paroles rimées.
Ah! les héros outrés et la fiction pure,
Des œuvres d'Apollon sont la seule parure;
Et de grands mots, tirés du latin et du grec,
Enrichissent leur fonds, quelquefois pauvre et sec.
Voilà ce qui soutient les vaines renommées
Des beaux diseurs de rien, en paroles rimées.
MAROT.
Si je connais votre art ainsi que vous le mien,Je confesse qu'ici je n'en parle pas bien.Chacun notre métier: perdons la frénésieMoi, de parler de guerre, et vous, de poésie.Souffrez qu'ici Marot, cavalier mal-expert,Use à son gré du temps que vous jugez qu'il perd;Que, sans titre en vos camps, rimant son badinage,Il offre à plus d'un siècle un miroir de son âge.Venez; le roi vous mande, et va tenir conseil.L'Europe ne doit plus voir un double soleil:Valois dit qu'il est temps que Charles-Quint lui cède.
Si je connais votre art ainsi que vous le mien,Je confesse qu'ici je n'en parle pas bien.Chacun notre métier: perdons la frénésieMoi, de parler de guerre, et vous, de poésie.Souffrez qu'ici Marot, cavalier mal-expert,Use à son gré du temps que vous jugez qu'il perd;Que, sans titre en vos camps, rimant son badinage,Il offre à plus d'un siècle un miroir de son âge.Venez; le roi vous mande, et va tenir conseil.L'Europe ne doit plus voir un double soleil:Valois dit qu'il est temps que Charles-Quint lui cède.
Si je connais votre art ainsi que vous le mien,
Je confesse qu'ici je n'en parle pas bien.
Chacun notre métier: perdons la frénésie
Moi, de parler de guerre, et vous, de poésie.
Souffrez qu'ici Marot, cavalier mal-expert,
Use à son gré du temps que vous jugez qu'il perd;
Que, sans titre en vos camps, rimant son badinage,
Il offre à plus d'un siècle un miroir de son âge.
Venez; le roi vous mande, et va tenir conseil.
L'Europe ne doit plus voir un double soleil:
Valois dit qu'il est temps que Charles-Quint lui cède.
BONNIVET.
S'il m'écoute, il vaincra.
S'il m'écoute, il vaincra.
S'il m'écoute, il vaincra.
MAROT.
Que Dieu vous soit en aide!
Que Dieu vous soit en aide!
Que Dieu vous soit en aide!
BONNIVET.
Lannoy veut nous surprendre... Ah! je jure qu'avant,Les nonnes de Pavie, en leur étroit couventRecevront mes soudards comme révérends pères.
Lannoy veut nous surprendre... Ah! je jure qu'avant,Les nonnes de Pavie, en leur étroit couventRecevront mes soudards comme révérends pères.
Lannoy veut nous surprendre... Ah! je jure qu'avant,
Les nonnes de Pavie, en leur étroit couvent
Recevront mes soudards comme révérends pères.
MAROT.
Bon! que comme Marie elles soient vierges-mères.
Bon! que comme Marie elles soient vierges-mères.
Bon! que comme Marie elles soient vierges-mères.
Ils sortent; les démons rirent aux grands éclats,Que la virginité, dévolue aux prélats,Dût-être un jour en proie aux baisers à moustaches:Car de l'honneur dévot le diable aime les taches.Tout a changé d'aspect: dix jours sont écoulés.La scène offre aux regards des chemins isolés;Ils tendent vers un camp dont l'enceinte est voisine:Sur de larges vallons Pavie au loin domine.Le soleil qui se couche éclaire encor les frontsDes arbres dont le soir déja noircit les troncs:Là, d'un chêne élevé la grande ombre s'allonge.Un coursier, qui hennit sous le frein d'or qu'il ronge,Porte en ce lieu Bourbon, connétable fameux,Transfuge de la France, et proscrit belliqueux.C'est l'heure où du sommeil accourent les fantômes;Où les esprits ailés, les Sylphes et les Gnômes,Courbent, en voltigeant, la bruyère des bois,Et remplissent les airs de murmurantes voix.Sous d'humides vapeurs tout semble se confondre;Le jour est prêt à fuir, et la nuit prête à fondre.
Ils sortent; les démons rirent aux grands éclats,Que la virginité, dévolue aux prélats,Dût-être un jour en proie aux baisers à moustaches:Car de l'honneur dévot le diable aime les taches.
Ils sortent; les démons rirent aux grands éclats,
Que la virginité, dévolue aux prélats,
Dût-être un jour en proie aux baisers à moustaches:
Car de l'honneur dévot le diable aime les taches.
Tout a changé d'aspect: dix jours sont écoulés.La scène offre aux regards des chemins isolés;Ils tendent vers un camp dont l'enceinte est voisine:Sur de larges vallons Pavie au loin domine.Le soleil qui se couche éclaire encor les frontsDes arbres dont le soir déja noircit les troncs:Là, d'un chêne élevé la grande ombre s'allonge.Un coursier, qui hennit sous le frein d'or qu'il ronge,Porte en ce lieu Bourbon, connétable fameux,Transfuge de la France, et proscrit belliqueux.C'est l'heure où du sommeil accourent les fantômes;Où les esprits ailés, les Sylphes et les Gnômes,Courbent, en voltigeant, la bruyère des bois,Et remplissent les airs de murmurantes voix.Sous d'humides vapeurs tout semble se confondre;Le jour est prêt à fuir, et la nuit prête à fondre.
Tout a changé d'aspect: dix jours sont écoulés.
La scène offre aux regards des chemins isolés;
Ils tendent vers un camp dont l'enceinte est voisine:
Sur de larges vallons Pavie au loin domine.
Le soleil qui se couche éclaire encor les fronts
Des arbres dont le soir déja noircit les troncs:
Là, d'un chêne élevé la grande ombre s'allonge.
Un coursier, qui hennit sous le frein d'or qu'il ronge,
Porte en ce lieu Bourbon, connétable fameux,
Transfuge de la France, et proscrit belliqueux.
C'est l'heure où du sommeil accourent les fantômes;
Où les esprits ailés, les Sylphes et les Gnômes,
Courbent, en voltigeant, la bruyère des bois,
Et remplissent les airs de murmurantes voix.
Sous d'humides vapeurs tout semble se confondre;
Le jour est prêt à fuir, et la nuit prête à fondre.
BOURBON.
Soleil! en t'éloignant tu vois mes camps agir:L'astre d'un prince ingrat comme toi va rougir;Et, me fuyant demain, sa splendeur éclipséeCédera pour sa honte à ma gloire offensée.Heureux François-Premier, tremble d'être puniPar ce même mortel que ta haine a banni.Charles-Quint que je sers, mon juste et nouveau maître,Des brigues de ta cour me vengera peut-être;Et je te convaincrai, plaisir digne de moi!Qu'un sujet outragé peut avilir un roi.Que vois-je?... est-ce une erreur, une chimère vaine?...Quel guerrier m'apparaît appuyé sous ce chêne?.....C'est celui qu'à Rébec j'ai vu de sang baigné,Me jeter en mourant un regard indigné!C'est lui! je reconnais ses traits, et sa stature,Sa longue épée en croix, et sa pesante armure.....Écarte-toi, fantôme! et sors de mon chemin....!Pour m'arracher la bride il étend une main....!Avance, ô mon coursier!... Presse le pas! te dis-je....Quoi! son crin se hérisse, il recule.... ô prodige!Bourbon même, Bourbon de crainte est combattu......Et toi, chez les vivants pourquoi reparais-tu?Rentre au lit de la mort, ou cette lance.....
Soleil! en t'éloignant tu vois mes camps agir:L'astre d'un prince ingrat comme toi va rougir;Et, me fuyant demain, sa splendeur éclipséeCédera pour sa honte à ma gloire offensée.Heureux François-Premier, tremble d'être puniPar ce même mortel que ta haine a banni.Charles-Quint que je sers, mon juste et nouveau maître,Des brigues de ta cour me vengera peut-être;Et je te convaincrai, plaisir digne de moi!Qu'un sujet outragé peut avilir un roi.Que vois-je?... est-ce une erreur, une chimère vaine?...Quel guerrier m'apparaît appuyé sous ce chêne?.....C'est celui qu'à Rébec j'ai vu de sang baigné,Me jeter en mourant un regard indigné!C'est lui! je reconnais ses traits, et sa stature,Sa longue épée en croix, et sa pesante armure.....Écarte-toi, fantôme! et sors de mon chemin....!Pour m'arracher la bride il étend une main....!Avance, ô mon coursier!... Presse le pas! te dis-je....Quoi! son crin se hérisse, il recule.... ô prodige!Bourbon même, Bourbon de crainte est combattu......Et toi, chez les vivants pourquoi reparais-tu?Rentre au lit de la mort, ou cette lance.....
Soleil! en t'éloignant tu vois mes camps agir:
L'astre d'un prince ingrat comme toi va rougir;
Et, me fuyant demain, sa splendeur éclipsée
Cédera pour sa honte à ma gloire offensée.
Heureux François-Premier, tremble d'être puni
Par ce même mortel que ta haine a banni.
Charles-Quint que je sers, mon juste et nouveau maître,
Des brigues de ta cour me vengera peut-être;
Et je te convaincrai, plaisir digne de moi!
Qu'un sujet outragé peut avilir un roi.
Que vois-je?... est-ce une erreur, une chimère vaine?...
Quel guerrier m'apparaît appuyé sous ce chêne?.....
C'est celui qu'à Rébec j'ai vu de sang baigné,
Me jeter en mourant un regard indigné!
C'est lui! je reconnais ses traits, et sa stature,
Sa longue épée en croix, et sa pesante armure.....
Écarte-toi, fantôme! et sors de mon chemin....!
Pour m'arracher la bride il étend une main....!
Avance, ô mon coursier!... Presse le pas! te dis-je....
Quoi! son crin se hérisse, il recule.... ô prodige!
Bourbon même, Bourbon de crainte est combattu......
Et toi, chez les vivants pourquoi reparais-tu?
Rentre au lit de la mort, ou cette lance.....
L'OMBRE DE BAYARD.
Approche.Je suis le chevalier sans peur et sans reproche.
Approche.Je suis le chevalier sans peur et sans reproche.
Approche.
Je suis le chevalier sans peur et sans reproche.
BOURBON.
Qui t'a fait du tombeau quitter la froide nuit?
Qui t'a fait du tombeau quitter la froide nuit?
Qui t'a fait du tombeau quitter la froide nuit?
L'OMBRE DE BAYARD.
Bayard vient consterner l'orgueil qui te conduit.
Bayard vient consterner l'orgueil qui te conduit.
Bayard vient consterner l'orgueil qui te conduit.
BOURBON.
Ton roi, dont l'amitié t'honora dans ta vie,Humilia souvent ma vertu poursuivie:Lui dûmes-nous tous deux garder la même foi?
Ton roi, dont l'amitié t'honora dans ta vie,Humilia souvent ma vertu poursuivie:Lui dûmes-nous tous deux garder la même foi?
Ton roi, dont l'amitié t'honora dans ta vie,
Humilia souvent ma vertu poursuivie:
Lui dûmes-nous tous deux garder la même foi?
L'OMBRE DE BAYARD.
L'honneur pour nos pareils n'a qu'une même loi.
L'honneur pour nos pareils n'a qu'une même loi.
L'honneur pour nos pareils n'a qu'une même loi.
BOURBON.
J'abhorrais d'un tyran l'injustice hautaine.
J'abhorrais d'un tyran l'injustice hautaine.
J'abhorrais d'un tyran l'injustice hautaine.
L'OMBRE DE BAYARD.
Lorsqu'il daigna de moi, modeste capitaine,Recevoir l'accolade, aux champs de Marignan,Valois s'annonca-t-il en superbe tyran,Lui qui devant l'honneur de la chevalerieCourba sa tête auguste, espoir de la patrie?
Lorsqu'il daigna de moi, modeste capitaine,Recevoir l'accolade, aux champs de Marignan,Valois s'annonca-t-il en superbe tyran,Lui qui devant l'honneur de la chevalerieCourba sa tête auguste, espoir de la patrie?
Lorsqu'il daigna de moi, modeste capitaine,
Recevoir l'accolade, aux champs de Marignan,
Valois s'annonca-t-il en superbe tyran,
Lui qui devant l'honneur de la chevalerie
Courba sa tête auguste, espoir de la patrie?
BOURBON.
Il voulut d'un prestige exalter nos vertus,Pour vaincre ses rivaux par nos mains abattus.
Il voulut d'un prestige exalter nos vertus,Pour vaincre ses rivaux par nos mains abattus.
Il voulut d'un prestige exalter nos vertus,
Pour vaincre ses rivaux par nos mains abattus.
L'OMBRE DE BAYARD.
Tu les sers contre lui, Connétable perfide!Regarde à tes côtés cette vierge rigide:Elle te redira qu'on doit au lit d'honneurMourir pour son pays sans reproche et sans peur.Adieu! va, déloyal! ton vil triomphe approche:Mais tu n'éviteras la peur ni le reproche.(L'ombre disparaît.)
Tu les sers contre lui, Connétable perfide!Regarde à tes côtés cette vierge rigide:Elle te redira qu'on doit au lit d'honneurMourir pour son pays sans reproche et sans peur.Adieu! va, déloyal! ton vil triomphe approche:Mais tu n'éviteras la peur ni le reproche.(L'ombre disparaît.)
Tu les sers contre lui, Connétable perfide!
Regarde à tes côtés cette vierge rigide:
Elle te redira qu'on doit au lit d'honneur
Mourir pour son pays sans reproche et sans peur.
Adieu! va, déloyal! ton vil triomphe approche:
Mais tu n'éviteras la peur ni le reproche.
(L'ombre disparaît.)
BOURBON.
Où suis-je?... Oracle affreux qui confond mon orgueil!O spectre tout armé, déserteur du cercueil,Serais-tu des enfers l'organe et le ministre?Arrête, ombre sévère!... Ah! quel adieu sinistre!...Il s'enfonce à travers l'épaisseur des forêts,Silencieux comme elle, et sombre en tous ses traits...Il fuit.... il a soufflé le désordre en mon ame....O mânes redoutés!... Mais toi, maligne femme,Toi, parle; que veux-tu? l'horreur de cet instantDoit-elle provoquer ton sourire insultant?Pourquoi, d'un blanc si pur couverte tout entière,Me blesser dans la nuit par ta vive lumière?
Où suis-je?... Oracle affreux qui confond mon orgueil!O spectre tout armé, déserteur du cercueil,Serais-tu des enfers l'organe et le ministre?Arrête, ombre sévère!... Ah! quel adieu sinistre!...Il s'enfonce à travers l'épaisseur des forêts,Silencieux comme elle, et sombre en tous ses traits...Il fuit.... il a soufflé le désordre en mon ame....O mânes redoutés!... Mais toi, maligne femme,Toi, parle; que veux-tu? l'horreur de cet instantDoit-elle provoquer ton sourire insultant?Pourquoi, d'un blanc si pur couverte tout entière,Me blesser dans la nuit par ta vive lumière?
Où suis-je?... Oracle affreux qui confond mon orgueil!
O spectre tout armé, déserteur du cercueil,
Serais-tu des enfers l'organe et le ministre?
Arrête, ombre sévère!... Ah! quel adieu sinistre!...
Il s'enfonce à travers l'épaisseur des forêts,
Silencieux comme elle, et sombre en tous ses traits...
Il fuit.... il a soufflé le désordre en mon ame....
O mânes redoutés!... Mais toi, maligne femme,
Toi, parle; que veux-tu? l'horreur de cet instant
Doit-elle provoquer ton sourire insultant?
Pourquoi, d'un blanc si pur couverte tout entière,
Me blesser dans la nuit par ta vive lumière?
LA CONSCIENCE.
Traître! la Conscience enfin te veut parler.
Traître! la Conscience enfin te veut parler.
Traître! la Conscience enfin te veut parler.
BOURBON.
Importune! à mon camp laisse moi revoler.
Importune! à mon camp laisse moi revoler.
Importune! à mon camp laisse moi revoler.
LA CONSCIENCE.
L'ombre du preux Bayard m'ordonna de te suivre:N'attends pas que de moi nul effort te délivre.Je ne te quitte plus.
L'ombre du preux Bayard m'ordonna de te suivre:N'attends pas que de moi nul effort te délivre.Je ne te quitte plus.
L'ombre du preux Bayard m'ordonna de te suivre:
N'attends pas que de moi nul effort te délivre.
Je ne te quitte plus.
BOURBON.
Eh bien, suis mon coursier.
Eh bien, suis mon coursier.
Eh bien, suis mon coursier.
LA CONSCIENCE.
J'ai des ailes: sur toi je fonds en épervier.
J'ai des ailes: sur toi je fonds en épervier.
J'ai des ailes: sur toi je fonds en épervier.
BOURBON.
Crois-tu m'épouvanter comme un enfant timide?
Crois-tu m'épouvanter comme un enfant timide?
Crois-tu m'épouvanter comme un enfant timide?
LA CONSCIENCE.
Ma présence a glacé plus d'un cœur intrépide.Je te rendrai la paix, si tu me fais jugerQue sans crime tu vends ton bras à l'étranger.
Ma présence a glacé plus d'un cœur intrépide.Je te rendrai la paix, si tu me fais jugerQue sans crime tu vends ton bras à l'étranger.
Ma présence a glacé plus d'un cœur intrépide.
Je te rendrai la paix, si tu me fais juger
Que sans crime tu vends ton bras à l'étranger.
BOURBON.
N'ai-je pas de Valois, par un zélé service,Conquis et mérité la faveur protectrice?
N'ai-je pas de Valois, par un zélé service,Conquis et mérité la faveur protectrice?
N'ai-je pas de Valois, par un zélé service,
Conquis et mérité la faveur protectrice?
LA CONSCIENCE.
Du rang de connétable il paya tes exploits,Et son amitié tendre aggrandit tes emplois.
Du rang de connétable il paya tes exploits,Et son amitié tendre aggrandit tes emplois.
Du rang de connétable il paya tes exploits,
Et son amitié tendre aggrandit tes emplois.
BOURBON.
Bientôt l'ingrat lui-même, en brisant son ouvrage,Ne m'a-t-il pas ravi jusqu'à mon héritage?
Bientôt l'ingrat lui-même, en brisant son ouvrage,Ne m'a-t-il pas ravi jusqu'à mon héritage?
Bientôt l'ingrat lui-même, en brisant son ouvrage,
Ne m'a-t-il pas ravi jusqu'à mon héritage?
LA CONSCIENCE.
Ta fière indépendance, ambitieux soldat,Dans l'état prétendait s'ériger un état.
Ta fière indépendance, ambitieux soldat,Dans l'état prétendait s'ériger un état.
Ta fière indépendance, ambitieux soldat,
Dans l'état prétendait s'ériger un état.
BOURBON.
Sa mère m'y forçait: Louise, à qui la FranceLaisse aujourd'hui porter le poids de la régence,Calomniait par-tout mes projets soupçonnés;Depuis que, méprisant ses amours surannés,Je refusai mes sens et mon jeune veuvageA l'offre de son lit dont m'écartait son âge.Une vieille coquette, implacable en ce point,Poursuit qui la dédaigne, et ne pardonne point.Elle me dépouilla de mon bien légitime:Fallait-il au couteau me livrer en victime?Elle, sa cour, son fils, ne m'opprimaient-ils pas?Quel vil principe ont eu nos illustres débats!
Sa mère m'y forçait: Louise, à qui la FranceLaisse aujourd'hui porter le poids de la régence,Calomniait par-tout mes projets soupçonnés;Depuis que, méprisant ses amours surannés,Je refusai mes sens et mon jeune veuvageA l'offre de son lit dont m'écartait son âge.Une vieille coquette, implacable en ce point,Poursuit qui la dédaigne, et ne pardonne point.Elle me dépouilla de mon bien légitime:Fallait-il au couteau me livrer en victime?Elle, sa cour, son fils, ne m'opprimaient-ils pas?Quel vil principe ont eu nos illustres débats!
Sa mère m'y forçait: Louise, à qui la France
Laisse aujourd'hui porter le poids de la régence,
Calomniait par-tout mes projets soupçonnés;
Depuis que, méprisant ses amours surannés,
Je refusai mes sens et mon jeune veuvage
A l'offre de son lit dont m'écartait son âge.
Une vieille coquette, implacable en ce point,
Poursuit qui la dédaigne, et ne pardonne point.
Elle me dépouilla de mon bien légitime:
Fallait-il au couteau me livrer en victime?
Elle, sa cour, son fils, ne m'opprimaient-ils pas?
Quel vil principe ont eu nos illustres débats!
LA CONSCIENCE.
Toujours d'un beau prétexte on se farde à soi-mêmeSes petites noirceurs, son infamie extrême:Mais, démentant au fond les dehors affectés,J'éclaire les méchants sur leurs difformités.Il valait mieux attendre, et détromper ton maître,Que d'encourir sa haine, et devenir un traître.
Toujours d'un beau prétexte on se farde à soi-mêmeSes petites noirceurs, son infamie extrême:Mais, démentant au fond les dehors affectés,J'éclaire les méchants sur leurs difformités.Il valait mieux attendre, et détromper ton maître,Que d'encourir sa haine, et devenir un traître.
Toujours d'un beau prétexte on se farde à soi-même
Ses petites noirceurs, son infamie extrême:
Mais, démentant au fond les dehors affectés,
J'éclaire les méchants sur leurs difformités.
Il valait mieux attendre, et détromper ton maître,
Que d'encourir sa haine, et devenir un traître.
BOURBON.
Pour les peuples ingrats et les rois insolents,Des traîtres tels que moi sont des Coriolans.
Pour les peuples ingrats et les rois insolents,Des traîtres tels que moi sont des Coriolans.
Pour les peuples ingrats et les rois insolents,
Des traîtres tels que moi sont des Coriolans.
LA CONSCIENCE.
S'appuyer de grands noms aux pervers est facile:Si tu fais le Romain, imite donc Camille:Proscrit des sénateurs, exilé généreux,Il ne s'en est vengé qu'en triomphant pour eux:Et si Coriolan a droit qu'on le révère,C'est par son repentir, né des pleurs d'une mère.Cesse donc, en rival d'un malheureux héros,D'embraser ton pays au prix de ton repos:Ou si son noble exemple a pour toi quelques charmes,La patrie est ta mère; eh bien! rends lui les armes.
S'appuyer de grands noms aux pervers est facile:Si tu fais le Romain, imite donc Camille:Proscrit des sénateurs, exilé généreux,Il ne s'en est vengé qu'en triomphant pour eux:Et si Coriolan a droit qu'on le révère,C'est par son repentir, né des pleurs d'une mère.Cesse donc, en rival d'un malheureux héros,D'embraser ton pays au prix de ton repos:Ou si son noble exemple a pour toi quelques charmes,La patrie est ta mère; eh bien! rends lui les armes.
S'appuyer de grands noms aux pervers est facile:
Si tu fais le Romain, imite donc Camille:
Proscrit des sénateurs, exilé généreux,
Il ne s'en est vengé qu'en triomphant pour eux:
Et si Coriolan a droit qu'on le révère,
C'est par son repentir, né des pleurs d'une mère.
Cesse donc, en rival d'un malheureux héros,
D'embraser ton pays au prix de ton repos:
Ou si son noble exemple a pour toi quelques charmes,
La patrie est ta mère; eh bien! rends lui les armes.
BOURBON.
Chacun dirait bientôt que faible, irrésolu,Je ne n'ai rien su jamais de ce que j'ai voulu,Que, tour-à-tour quittant l'empereur et la France,J'ai doublement trahi l'une et l'autre puissance;Et qu'entre ces partis, homme toujours douteux,Je mérite à-la-fois le mépris de tous deux.
Chacun dirait bientôt que faible, irrésolu,Je ne n'ai rien su jamais de ce que j'ai voulu,Que, tour-à-tour quittant l'empereur et la France,J'ai doublement trahi l'une et l'autre puissance;Et qu'entre ces partis, homme toujours douteux,Je mérite à-la-fois le mépris de tous deux.
Chacun dirait bientôt que faible, irrésolu,
Je ne n'ai rien su jamais de ce que j'ai voulu,
Que, tour-à-tour quittant l'empereur et la France,
J'ai doublement trahi l'une et l'autre puissance;
Et qu'entre ces partis, homme toujours douteux,
Je mérite à-la-fois le mépris de tous deux.
LA CONSCIENCE.
C'est donc la vanité qui seule t'aiguillonneDans le chemin du crime où ton cœur s'abandonne?Insensé! ton orgueil a-t-il moins à souffrirParmi ces étrangers à qui tu vins t'offrir?Les rivaux, dont ta gloire excite le murmure,Te disputent ta place en te nommant parjure:L'ombrageux Charles-Quint soupçonne qu'aujourd'huiPerfide envers ton roi, tu peux l'être envers lui.Il repaît ton espoir de promesses frivoles:Tu le sers par des faits, il s'acquitte en paroles;Et Pesquaire, et Lannoy, tes compagnons guerriers,D'un sourcil dédaigneux insultent tes lauriers:Le regard des soldats et leur malin sourireTe dit ce que leur bouche a besoin de te dire;Et ton crime t'expose à l'affront que tu fuis,Chez ceux que tu quittas, et chez ceux que tu suis.Ah! qu'il eût mieux valu, recherchant la retraite,Dévorant, loin des cours, une douleur muette,Te montrer au-dessus de tes fiers ennemis,Et digne des grandeurs où le sort t'eût remis!Que produit en ces lieux ton courage inutile?Tout transfuge est à charge à qui lui donne asyle;Un mépris défiant accueille ses secours.Je te plains: le dépit t'agite à mes discours;Ils pénètrent ton cœur non moins que les morsuresD'un aspic dont le fiel irrite les piqûres.....Où vas-tu donc? pourquoi tes éperons sanglantsD'un innocent cheval déchirent-ils les flancs?...Tu reviens malgré toi sous ces rameaux funèbres,Sous ce chêne, où Bayard est sorti des ténèbres:Ses traits, ses derniers mots t'ont frappé de terreur.
C'est donc la vanité qui seule t'aiguillonneDans le chemin du crime où ton cœur s'abandonne?Insensé! ton orgueil a-t-il moins à souffrirParmi ces étrangers à qui tu vins t'offrir?Les rivaux, dont ta gloire excite le murmure,Te disputent ta place en te nommant parjure:L'ombrageux Charles-Quint soupçonne qu'aujourd'huiPerfide envers ton roi, tu peux l'être envers lui.Il repaît ton espoir de promesses frivoles:Tu le sers par des faits, il s'acquitte en paroles;Et Pesquaire, et Lannoy, tes compagnons guerriers,D'un sourcil dédaigneux insultent tes lauriers:Le regard des soldats et leur malin sourireTe dit ce que leur bouche a besoin de te dire;Et ton crime t'expose à l'affront que tu fuis,Chez ceux que tu quittas, et chez ceux que tu suis.Ah! qu'il eût mieux valu, recherchant la retraite,Dévorant, loin des cours, une douleur muette,Te montrer au-dessus de tes fiers ennemis,Et digne des grandeurs où le sort t'eût remis!Que produit en ces lieux ton courage inutile?Tout transfuge est à charge à qui lui donne asyle;Un mépris défiant accueille ses secours.Je te plains: le dépit t'agite à mes discours;Ils pénètrent ton cœur non moins que les morsuresD'un aspic dont le fiel irrite les piqûres.....Où vas-tu donc? pourquoi tes éperons sanglantsD'un innocent cheval déchirent-ils les flancs?...Tu reviens malgré toi sous ces rameaux funèbres,Sous ce chêne, où Bayard est sorti des ténèbres:Ses traits, ses derniers mots t'ont frappé de terreur.
C'est donc la vanité qui seule t'aiguillonne
Dans le chemin du crime où ton cœur s'abandonne?
Insensé! ton orgueil a-t-il moins à souffrir
Parmi ces étrangers à qui tu vins t'offrir?
Les rivaux, dont ta gloire excite le murmure,
Te disputent ta place en te nommant parjure:
L'ombrageux Charles-Quint soupçonne qu'aujourd'hui
Perfide envers ton roi, tu peux l'être envers lui.
Il repaît ton espoir de promesses frivoles:
Tu le sers par des faits, il s'acquitte en paroles;
Et Pesquaire, et Lannoy, tes compagnons guerriers,
D'un sourcil dédaigneux insultent tes lauriers:
Le regard des soldats et leur malin sourire
Te dit ce que leur bouche a besoin de te dire;
Et ton crime t'expose à l'affront que tu fuis,
Chez ceux que tu quittas, et chez ceux que tu suis.
Ah! qu'il eût mieux valu, recherchant la retraite,
Dévorant, loin des cours, une douleur muette,
Te montrer au-dessus de tes fiers ennemis,
Et digne des grandeurs où le sort t'eût remis!
Que produit en ces lieux ton courage inutile?
Tout transfuge est à charge à qui lui donne asyle;
Un mépris défiant accueille ses secours.
Je te plains: le dépit t'agite à mes discours;
Ils pénètrent ton cœur non moins que les morsures
D'un aspic dont le fiel irrite les piqûres.....
Où vas-tu donc? pourquoi tes éperons sanglants
D'un innocent cheval déchirent-ils les flancs?...
Tu reviens malgré toi sous ces rameaux funèbres,
Sous ce chêne, où Bayard est sorti des ténèbres:
Ses traits, ses derniers mots t'ont frappé de terreur.
BOURBON.
Conscience, tais-toi! tu n'es rien qu'une erreur,Des sens désordonnés un vaporeux prestige.....A te craindre, à t'ouïr, quelle force m'oblige?Peux-tu m'ôter mes biens, mon crédit et mon rang?Peux-tu blesser ma chair, et répandre mon sang?As-tu, pour m'attaquer, une pique, une épée?.....Menteuse vision de toute ame trompée,Tes scrupules craintifs alarment les dévots,Les femmes, les mourants, et non pas les héros.
Conscience, tais-toi! tu n'es rien qu'une erreur,Des sens désordonnés un vaporeux prestige.....A te craindre, à t'ouïr, quelle force m'oblige?Peux-tu m'ôter mes biens, mon crédit et mon rang?Peux-tu blesser ma chair, et répandre mon sang?As-tu, pour m'attaquer, une pique, une épée?.....Menteuse vision de toute ame trompée,Tes scrupules craintifs alarment les dévots,Les femmes, les mourants, et non pas les héros.
Conscience, tais-toi! tu n'es rien qu'une erreur,
Des sens désordonnés un vaporeux prestige.....
A te craindre, à t'ouïr, quelle force m'oblige?
Peux-tu m'ôter mes biens, mon crédit et mon rang?
Peux-tu blesser ma chair, et répandre mon sang?
As-tu, pour m'attaquer, une pique, une épée?.....
Menteuse vision de toute ame trompée,
Tes scrupules craintifs alarment les dévots,
Les femmes, les mourants, et non pas les héros.
LA CONSCIENCE.
Superbe! à ma rigueur ne crois pas te soustraire:Je punis tes pareils ainsi que le vulgaire.Inévitable, prompte à condamner le mal,Tout coupable frémit devant mon tribunal.On ne me voit en main le glaive ni la lance:Mais de mon équité l'invisible vengeanceS'arme de traits aigus dont je perce le cœurDe tel qui me bravait par un discours moqueur.C'est moi qui fais rougir l'altière courtisaneDe l'or dont l'enrichit l'amour qu'elle profane;C'est moi qui, trahissant les voleurs les plus fins,Par-fois, sur leur visage écrivis leurs larcins.Souvent pour le forçat échappé de la chaîneMon secret jugement est la plus rude gêne:Au meurtrier obscur comme au noble brigand,Je montre, à tous les coins, l'échafaud qui l'attend.J'humilie à ma voix plus d'un Séjan illustre,Devant l'homme qui n'a que sa vertu pour lustre:Je pince nuit et jour les vils AmphitryonsQui laissent Jupiter aggrandir leurs maisons;Je mords la Danaé qui l'appelle à son aide;Et ma verge en courroux fouette son Ganymède.Pour toi, héros de titre et non héros de fait,Je te ferai sentir qu'on te fuit, qu'on te hait,Que, te rendant la vie à toi-même importune,Tourmenté sur la roue où te mit la fortune,Sans retour arraché des routes du devoir,Ton audace est en toi l'effet du désespoir.Pars donc! rejoins ton camp; va singer le grand homme.
Superbe! à ma rigueur ne crois pas te soustraire:Je punis tes pareils ainsi que le vulgaire.Inévitable, prompte à condamner le mal,Tout coupable frémit devant mon tribunal.On ne me voit en main le glaive ni la lance:Mais de mon équité l'invisible vengeanceS'arme de traits aigus dont je perce le cœurDe tel qui me bravait par un discours moqueur.C'est moi qui fais rougir l'altière courtisaneDe l'or dont l'enrichit l'amour qu'elle profane;C'est moi qui, trahissant les voleurs les plus fins,Par-fois, sur leur visage écrivis leurs larcins.Souvent pour le forçat échappé de la chaîneMon secret jugement est la plus rude gêne:Au meurtrier obscur comme au noble brigand,Je montre, à tous les coins, l'échafaud qui l'attend.J'humilie à ma voix plus d'un Séjan illustre,Devant l'homme qui n'a que sa vertu pour lustre:Je pince nuit et jour les vils AmphitryonsQui laissent Jupiter aggrandir leurs maisons;Je mords la Danaé qui l'appelle à son aide;Et ma verge en courroux fouette son Ganymède.Pour toi, héros de titre et non héros de fait,Je te ferai sentir qu'on te fuit, qu'on te hait,Que, te rendant la vie à toi-même importune,Tourmenté sur la roue où te mit la fortune,Sans retour arraché des routes du devoir,Ton audace est en toi l'effet du désespoir.Pars donc! rejoins ton camp; va singer le grand homme.
Superbe! à ma rigueur ne crois pas te soustraire:
Je punis tes pareils ainsi que le vulgaire.
Inévitable, prompte à condamner le mal,
Tout coupable frémit devant mon tribunal.
On ne me voit en main le glaive ni la lance:
Mais de mon équité l'invisible vengeance
S'arme de traits aigus dont je perce le cœur
De tel qui me bravait par un discours moqueur.
C'est moi qui fais rougir l'altière courtisane
De l'or dont l'enrichit l'amour qu'elle profane;
C'est moi qui, trahissant les voleurs les plus fins,
Par-fois, sur leur visage écrivis leurs larcins.
Souvent pour le forçat échappé de la chaîne
Mon secret jugement est la plus rude gêne:
Au meurtrier obscur comme au noble brigand,
Je montre, à tous les coins, l'échafaud qui l'attend.
J'humilie à ma voix plus d'un Séjan illustre,
Devant l'homme qui n'a que sa vertu pour lustre:
Je pince nuit et jour les vils Amphitryons
Qui laissent Jupiter aggrandir leurs maisons;
Je mords la Danaé qui l'appelle à son aide;
Et ma verge en courroux fouette son Ganymède.
Pour toi, héros de titre et non héros de fait,
Je te ferai sentir qu'on te fuit, qu'on te hait,
Que, te rendant la vie à toi-même importune,
Tourmenté sur la roue où te mit la fortune,
Sans retour arraché des routes du devoir,
Ton audace est en toi l'effet du désespoir.
Pars donc! rejoins ton camp; va singer le grand homme.
BOURBON.
Laisse-moi.
Laisse-moi.
Laisse-moi.
LA CONSCIENCE.
Je te suis.
Je te suis.
Je te suis.
BOURBON.
Quoi! toujours?
Quoi! toujours?
Quoi! toujours?
LA CONSCIENCE.
Jusqu'à Rome.
Jusqu'à Rome.
Jusqu'à Rome.
Elle dit: mais Bourbon, lançant un œil hagardAutour du sombre chêne où reparut Bayard,Pique de l'éperon; et du pied, en arrière,Son coursier en partant touche une fourmillière,Populeuse cité, qu'écrase en un momentDe ses amples greniers l'entier écroulement.Les démons, dont la vue est perçante et divine,Pleins d'un vif intérêt contemplent sa ruine:Des rangs les plus lointains de leur cirque étendu,Ils attachent leurs yeux sur ce peuple éperdu,Dont se sauve à grand'peine une fourmi tremblante,Qui, grimpant au travers de l'arène roulante,Dans le commun naufrage enfin trouvant un port,Atteint le haut d'une herbe; et là, parle à la Mort.
Elle dit: mais Bourbon, lançant un œil hagardAutour du sombre chêne où reparut Bayard,Pique de l'éperon; et du pied, en arrière,Son coursier en partant touche une fourmillière,Populeuse cité, qu'écrase en un momentDe ses amples greniers l'entier écroulement.Les démons, dont la vue est perçante et divine,Pleins d'un vif intérêt contemplent sa ruine:Des rangs les plus lointains de leur cirque étendu,Ils attachent leurs yeux sur ce peuple éperdu,Dont se sauve à grand'peine une fourmi tremblante,Qui, grimpant au travers de l'arène roulante,Dans le commun naufrage enfin trouvant un port,Atteint le haut d'une herbe; et là, parle à la Mort.
Elle dit: mais Bourbon, lançant un œil hagard
Autour du sombre chêne où reparut Bayard,
Pique de l'éperon; et du pied, en arrière,
Son coursier en partant touche une fourmillière,
Populeuse cité, qu'écrase en un moment
De ses amples greniers l'entier écroulement.
Les démons, dont la vue est perçante et divine,
Pleins d'un vif intérêt contemplent sa ruine:
Des rangs les plus lointains de leur cirque étendu,
Ils attachent leurs yeux sur ce peuple éperdu,
Dont se sauve à grand'peine une fourmi tremblante,
Qui, grimpant au travers de l'arène roulante,
Dans le commun naufrage enfin trouvant un port,
Atteint le haut d'une herbe; et là, parle à la Mort.
LA FOURMI.
Où fuirai-je? ô désastre! ah! tout tombe en poussière...Quel gouffre ensevelit ma nation entière?Eh quoi! la terre, hélas! ébranlant ses soutiens,Engloutit nos travaux, nos familles, nos biens...Ciel! protège la cime où je fuis la tempête;O Mort! épargne-moi: cruelle Mort! arrête.Je suis seule échappée aux abymes ouverts.....Prétends-tu qu'avec moi finisse l'univers?
Où fuirai-je? ô désastre! ah! tout tombe en poussière...Quel gouffre ensevelit ma nation entière?Eh quoi! la terre, hélas! ébranlant ses soutiens,Engloutit nos travaux, nos familles, nos biens...Ciel! protège la cime où je fuis la tempête;O Mort! épargne-moi: cruelle Mort! arrête.Je suis seule échappée aux abymes ouverts.....Prétends-tu qu'avec moi finisse l'univers?
Où fuirai-je? ô désastre! ah! tout tombe en poussière...
Quel gouffre ensevelit ma nation entière?
Eh quoi! la terre, hélas! ébranlant ses soutiens,
Engloutit nos travaux, nos familles, nos biens...
Ciel! protège la cime où je fuis la tempête;
O Mort! épargne-moi: cruelle Mort! arrête.
Je suis seule échappée aux abymes ouverts.....
Prétends-tu qu'avec moi finisse l'univers?
LA MORT.
Que dis-tu, faible insecte, et quelle est ta pensée?Toute ta république à jamais renverséeChangera seulement ton étroit horizon:L'ordre de l'univers en souffrira-t-il? Non.
Que dis-tu, faible insecte, et quelle est ta pensée?Toute ta république à jamais renverséeChangera seulement ton étroit horizon:L'ordre de l'univers en souffrira-t-il? Non.
Que dis-tu, faible insecte, et quelle est ta pensée?
Toute ta république à jamais renversée
Changera seulement ton étroit horizon:
L'ordre de l'univers en souffrira-t-il? Non.
LA FOURMI.
Ah! Dieu qui fit pour nous l'ombre, la clarté pure,Les eaux, les fleurs, les fruits, et toute la nature,Ne t'a pas commandé de nous exterminer.
Ah! Dieu qui fit pour nous l'ombre, la clarté pure,Les eaux, les fleurs, les fruits, et toute la nature,Ne t'a pas commandé de nous exterminer.
Ah! Dieu qui fit pour nous l'ombre, la clarté pure,
Les eaux, les fleurs, les fruits, et toute la nature,
Ne t'a pas commandé de nous exterminer.
LA MORT.
Le Dieu qui fit vos jours m'a dit de les borner.Ce Dieu fit tout pour vous comme pour chaque raceDont la foule innombrable arrive au monde, et passe.
Le Dieu qui fit vos jours m'a dit de les borner.Ce Dieu fit tout pour vous comme pour chaque raceDont la foule innombrable arrive au monde, et passe.
Le Dieu qui fit vos jours m'a dit de les borner.
Ce Dieu fit tout pour vous comme pour chaque race
Dont la foule innombrable arrive au monde, et passe.
LA FOURMI.
O triste Mort! fléau de la création!
O triste Mort! fléau de la création!
O triste Mort! fléau de la création!
LA MORT.
Moi! je la reproduis par la destruction.Chaque individu meurt, l'espèce est éternelle:Je dois les frapper tous, et ne puis rien sur elle.Quand je viens les saisir, Dieu qui sait bien pourquoiNe voit pas que la mort ait rien de triste en soi.
Moi! je la reproduis par la destruction.Chaque individu meurt, l'espèce est éternelle:Je dois les frapper tous, et ne puis rien sur elle.Quand je viens les saisir, Dieu qui sait bien pourquoiNe voit pas que la mort ait rien de triste en soi.
Moi! je la reproduis par la destruction.
Chaque individu meurt, l'espèce est éternelle:
Je dois les frapper tous, et ne puis rien sur elle.
Quand je viens les saisir, Dieu qui sait bien pourquoi
Ne voit pas que la mort ait rien de triste en soi.
LA FOURMI.
Ainsi donc, sans pitié tu m'ôteras la vie,Comme à ce peuple, hélas! tu l'as déja ravie!Eh! qu'avions-nous besoin d'établir nos maisons,D'y nourrir nos enfants à l'abri des saisons,Et de tant signaler notre active industrie,Nos politiques lois, nos soins pour la patrie?
Ainsi donc, sans pitié tu m'ôteras la vie,Comme à ce peuple, hélas! tu l'as déja ravie!Eh! qu'avions-nous besoin d'établir nos maisons,D'y nourrir nos enfants à l'abri des saisons,Et de tant signaler notre active industrie,Nos politiques lois, nos soins pour la patrie?
Ainsi donc, sans pitié tu m'ôteras la vie,
Comme à ce peuple, hélas! tu l'as déja ravie!
Eh! qu'avions-nous besoin d'établir nos maisons,
D'y nourrir nos enfants à l'abri des saisons,
Et de tant signaler notre active industrie,
Nos politiques lois, nos soins pour la patrie?
LA MORT.