LA PANHYPOCRISIADE.CHANT ONZIEME.

Ils disaient, et riaient: près du réduit guerrier,Pour son pape martyr la vieille est à prier:Sur la foi des récits elle croit qu'on l'affame,Et prend tout à la lettre, étant du peuple, et femme.

Ils disaient, et riaient: près du réduit guerrier,Pour son pape martyr la vieille est à prier:Sur la foi des récits elle croit qu'on l'affame,Et prend tout à la lettre, étant du peuple, et femme.

Ils disaient, et riaient: près du réduit guerrier,

Pour son pape martyr la vieille est à prier:

Sur la foi des récits elle croit qu'on l'affame,

Et prend tout à la lettre, étant du peuple, et femme.

LA VIEILLE.

Si mon cœur charitable, en mon abaissement,Aux regards du Très-Haut a su plaire un moment,Daigne, ô vierge éternelle! ô toi, que Dieu fit mère,Et toi, leur doux Jésus, délivrer le saint-père!Qu'il était noble et beau, quand, debout aux autels,Il célébrait vos noms en des jours solennels!Dans les fers maintenant la famine le tue.Mettons en ce panier des fruits, une laitue;Et s'il vient nous bénir du haut de ses remparts,Rodons, et par un signe attirons ses regards....Si la garde me prend, voici ma dernière heure....Mais, en servant le ciel, qu'importe que je meure!Mon Dieu! dans les périls que j'ose ici tenter,Dirige ma faiblesse et daigne m'assister!On court ... ah! la frayeur me trouble les entrailles....C'est le pape!.... à l'écart glissons sous les murailles.

Si mon cœur charitable, en mon abaissement,Aux regards du Très-Haut a su plaire un moment,Daigne, ô vierge éternelle! ô toi, que Dieu fit mère,Et toi, leur doux Jésus, délivrer le saint-père!Qu'il était noble et beau, quand, debout aux autels,Il célébrait vos noms en des jours solennels!Dans les fers maintenant la famine le tue.Mettons en ce panier des fruits, une laitue;Et s'il vient nous bénir du haut de ses remparts,Rodons, et par un signe attirons ses regards....Si la garde me prend, voici ma dernière heure....Mais, en servant le ciel, qu'importe que je meure!Mon Dieu! dans les périls que j'ose ici tenter,Dirige ma faiblesse et daigne m'assister!On court ... ah! la frayeur me trouble les entrailles....C'est le pape!.... à l'écart glissons sous les murailles.

Si mon cœur charitable, en mon abaissement,

Aux regards du Très-Haut a su plaire un moment,

Daigne, ô vierge éternelle! ô toi, que Dieu fit mère,

Et toi, leur doux Jésus, délivrer le saint-père!

Qu'il était noble et beau, quand, debout aux autels,

Il célébrait vos noms en des jours solennels!

Dans les fers maintenant la famine le tue.

Mettons en ce panier des fruits, une laitue;

Et s'il vient nous bénir du haut de ses remparts,

Rodons, et par un signe attirons ses regards....

Si la garde me prend, voici ma dernière heure....

Mais, en servant le ciel, qu'importe que je meure!

Mon Dieu! dans les périls que j'ose ici tenter,

Dirige ma faiblesse et daigne m'assister!

On court ... ah! la frayeur me trouble les entrailles....

C'est le pape!.... à l'écart glissons sous les murailles.

CLÉMENT,sur les remparts.

Mes doigts bénis n'ont plus d'effet sur les soldats.Ah! que vois-je? quelqu'un nous fait signe d'en-bas...C'est une pauvre vieille.... on use de son zèlePour m'adresser peut-être une heureuse nouvelle....Jetez-lui quelque fil vers ce mur écarté....Bon! tirez son panier.... Ciel! on l'avait guetté,On le saisit.

Mes doigts bénis n'ont plus d'effet sur les soldats.Ah! que vois-je? quelqu'un nous fait signe d'en-bas...C'est une pauvre vieille.... on use de son zèlePour m'adresser peut-être une heureuse nouvelle....Jetez-lui quelque fil vers ce mur écarté....Bon! tirez son panier.... Ciel! on l'avait guetté,On le saisit.

Mes doigts bénis n'ont plus d'effet sur les soldats.

Ah! que vois-je? quelqu'un nous fait signe d'en-bas...

C'est une pauvre vieille.... on use de son zèle

Pour m'adresser peut-être une heureuse nouvelle....

Jetez-lui quelque fil vers ce mur écarté....

Bon! tirez son panier.... Ciel! on l'avait guetté,

On le saisit.

UN SOLDAT,en bas, à la vieille.

Coquine!

Coquine!

Coquine!

LA VIEILLE.

Ah, Dieu!... miséricorde!

Ah, Dieu!... miséricorde!

Ah, Dieu!... miséricorde!

LE SOLDAT.

Vieille bigote, viens! ce fil sera ta corde.

Vieille bigote, viens! ce fil sera ta corde.

Vieille bigote, viens! ce fil sera ta corde.

ALARÇON,dans sa tente.

Quelle clameur entends-je?... et qui peut dans ces lieuxFaire entrer ces soldats armés et furieux?

Quelle clameur entends-je?... et qui peut dans ces lieuxFaire entrer ces soldats armés et furieux?

Quelle clameur entends-je?... et qui peut dans ces lieux

Faire entrer ces soldats armés et furieux?

LE SOLDAT.

Commandant, cette femme a bravé la consigne.Sous les murs assiégés elle a passé la ligne,Pour offrir saintement à votre prisonnierLe légume et les fruits saisis dans ce panier.

Commandant, cette femme a bravé la consigne.Sous les murs assiégés elle a passé la ligne,Pour offrir saintement à votre prisonnierLe légume et les fruits saisis dans ce panier.

Commandant, cette femme a bravé la consigne.

Sous les murs assiégés elle a passé la ligne,

Pour offrir saintement à votre prisonnier

Le légume et les fruits saisis dans ce panier.

ALARÇON.

Ah! maraude, reçois le prix de ton offrande.

Ah! maraude, reçois le prix de ton offrande.

Ah! maraude, reçois le prix de ton offrande.

LA VIEILLE.

Grace, grace, seigneur! mon âge....

Grace, grace, seigneur! mon âge....

Grace, grace, seigneur! mon âge....

ALARÇON.

Qu'on la pende.Et n'interrompez plus notre joyeux repas.

Qu'on la pende.Et n'interrompez plus notre joyeux repas.

Qu'on la pende.

Et n'interrompez plus notre joyeux repas.

LA VIEILLE.

O Dieu, mort sur la croix, ne m'abandonne pas!

O Dieu, mort sur la croix, ne m'abandonne pas!

O Dieu, mort sur la croix, ne m'abandonne pas!

CLÉMENT,du haut du fort Saint-Ange.

On sort du pavillon.... C'est elle qu'on ramène...Je vois, je reconnais le soldat qui la traîne....Cette pauvre dévote est dupe de sa foi,Et pour monter au ciel se fait pendre pour moi.Mais peut-être il nous faut cette victime à Rome.Pour qu'au rang des martyrs la légende la nomme:Parfois un tel exemple, en exaltant les cœurs,A soulevé lui seul mille poignards vainqueurs.

On sort du pavillon.... C'est elle qu'on ramène...Je vois, je reconnais le soldat qui la traîne....Cette pauvre dévote est dupe de sa foi,Et pour monter au ciel se fait pendre pour moi.Mais peut-être il nous faut cette victime à Rome.Pour qu'au rang des martyrs la légende la nomme:Parfois un tel exemple, en exaltant les cœurs,A soulevé lui seul mille poignards vainqueurs.

On sort du pavillon.... C'est elle qu'on ramène...

Je vois, je reconnais le soldat qui la traîne....

Cette pauvre dévote est dupe de sa foi,

Et pour monter au ciel se fait pendre pour moi.

Mais peut-être il nous faut cette victime à Rome.

Pour qu'au rang des martyrs la légende la nomme:

Parfois un tel exemple, en exaltant les cœurs,

A soulevé lui seul mille poignards vainqueurs.

Par ces mots inhumains la voix pontificaleTout à coup suscita la rumeur infernale:On n'écouta plus rien; et la colère aigritLes Démons, inventeurs du catholique esprit:Ils craignirent qu'un trait du tableau satiriqueNe fît trop mépriser l'ouvrage œcuménique;Et contre les acteurs le bruit recommençantFit du cirque un chaos par-tout retentissant.Le noir gouvernement des princes de l'abymeDéchaîna ses vengeurs: «O blasphêmes! ô crime!«Quoi! s'écria l'un d'eux, c'est peu que d'endurer«Un style âpre et méchant, propre à nous torturer,«Le sacrilége auteur de la pièce nouvelle«De nos productions raille ici la plus belle,«La papauté! Veut-on, qu'irrité de ce jeu,«Dieu redouble aux enfers les supplices du feu?«Nous ne croyons à rien, mais nous voulons qu'on croie.«De l'Inquisition que le gril se déploie;«Et brûlons Mimopeste, écrivain inspiré«Pour avilir le pape et le culte sacré.«Oui, même à l'Éternel son drame fait injure...«Comment put-il tromper l'inquiète Censure,«Dont, pour le bien de tous, les rigoureux ciseaux«Devaient d'un acte infâme ôter tant de morceaux?«Quel excès de licence épouvantable, impie!«Et jusques à ce jour ici même inouie!«Craignons que cent carreaux ne tombent à-la-fois;«Démons, prosternons-nous, signons-nous d'une croix!»Les seigneurs infernaux, monstres d'hypocrisie,Les diablesses sur-tout, tombant en frénésie,Et qui, faibles d'esprit, mais robustes de corps,Aiment tant à passer des péchés aux remords,Dévotes par vapeurs, chrétiennes par vengeance,Tous de l'auteur alors demandaient la sentence.Mais, ô cris! le théâtre, aussitôt agité,Ouvre à grand bruit au jour sa vaste sommité;Et blanchissant le gouffre, une vive lumièreDécolora le cirque et l'assemblée entière.Tel qu'on voit se ternir et se défigurer,(Si le petit au grand se laisse comparer)Un concours de Phrynés, que la nuit et la danseRassemblent aux flambeaux, brillantes d'élégance;Quand l'aurore se lève, accourt, et fait glisserUn rayon du matin, prompt à les éclipser,Tous les apprêts fleuris des trompeuses bergèresTombent; l'aube fanant leurs roses mensongères,Sur leurs fronts abattus de lascives fureursDe leur fard qui s'écoule efface les couleurs:Tel cet éclat, perçant les voûtes de la salle,Rendant son or plus triste, et son lustre plus pâle,Et des lampions morts effaçant la splendeur,Des princesses d'enfer mit à nu la laideur.ParThéoseenvoyé, cependant Xiphorane,Ministre ailé, descend; et son front diaphaneRayonne couronné d'un azur lumineux;De la nacre et de l'or ses ailes ont les feux:C'est lui qui, des mortels tranchant les destinées,Frappe de coups subits les ames étonnées.«O noirs Démons, dit-il, en votre nuit plongés,«Des querelles de Dieu qui vous a donc chargés?«Son règne est au-dessus des traits de la satire.«En vos dépits amers il permet qu'un vain rire«Console follement votre malignité«Du pouvoir éternel de sa divinité.«Eh! que sont devant lui les dogmes de la terre?«Des voiles mensongers, où sa splendeur s'altère.«Le Sacerdoce aveugle et son zèle imposteur«Le cache à la Raison, qui le révèle au cœur.«Aux plus grossiers humains la Nature l'atteste«Mieux que la chaire antique aux peuples si funeste;«Et l'image formée au gré de vains discours«Ne figura jamaisCELUI QUI FUT TOUJOURS.«Raillez vos cultes faux; le pape est votre ouvrage.«Vos jeux au Créateur ne font aucun ombrage:«Il les voit de trop haut; et vous ne pourriez pas,«Vils esprits de l'enfer, l'atteindre de si bas.»Il dit: et le parterre, à ces hautes paroles,Sentit avec chagrin que ses drames frivolesNe sauraient alarmer le suprême pouvoirDu grand dominateur qu'on ne peut émouvoir.L'esprit qui suscitait la Censure invoquéeVit sa fausse rigueur honteusement moquée:Et Xiphorane alors, remontant vers le jour,Referma le sommet du nocturne séjour.Mais, blessés du rayon qui perça leurs ténèbres,Les Démons quelque temps, sous leurs voûtes funèbres,Restèrent sans oreille, et sans yeux, et sans voix:Le grandThéose, auteur du monde et de ses lois,Qui, dans l'espace immense, anime et pulvérise,Rappela l'épouvante en leur ame surprise.Ainsi, quand tout-à-coup l'atteinte d'un fléauNous glace, et tourne enfin notre œil vers le tombeau,Si de l'éternité la lumière soudaineÉclaire le néant de notre vie humaine,Nous frémissons d'abord; mais tant d'objets pressantsNous rendent aux erreurs dont nous flattent nos sens,Qu'à nous-mêmes ravis, nous nous livrons encoreAu plaisir d'oublier que le temps nous dévore:Ainsi de leur effroi la morne impressionArrêta peu le cours de leur illusion,Puissance qui charma l'assemblée idolâtrePar les nouveaux effets des ressorts du théâtre.Où sont-ils transportés? au pied des Apennins,Lieux où coulent en paix les vertueux destinsDu libre Agathémi, dont la sagesse extrêmePour empire a l'espace, et pour dais le ciel même.Sa grotte est sur des bords que vient de traverserUn héros voyageur, accourant l'embrasser:C'était André Dorie, homme de qui ce sagePrévit un jour la gloire en voyant son visage;Intrépide guerrier, habile sur les mersA dompter du destin les orages divers;Et selon qu'il servit ou l'Espagne, ou la France,De leur sort à son gré décidant la balance:Génois indépendant, qui, fier en ses discours,Fut trop républicain pour être aimé des cours;Mais qui, par son génie errant toujours sur l'onde,Conquit sa liberté, bien si rare en ce monde!

Par ces mots inhumains la voix pontificaleTout à coup suscita la rumeur infernale:On n'écouta plus rien; et la colère aigritLes Démons, inventeurs du catholique esprit:Ils craignirent qu'un trait du tableau satiriqueNe fît trop mépriser l'ouvrage œcuménique;Et contre les acteurs le bruit recommençantFit du cirque un chaos par-tout retentissant.Le noir gouvernement des princes de l'abymeDéchaîna ses vengeurs: «O blasphêmes! ô crime!«Quoi! s'écria l'un d'eux, c'est peu que d'endurer«Un style âpre et méchant, propre à nous torturer,«Le sacrilége auteur de la pièce nouvelle«De nos productions raille ici la plus belle,«La papauté! Veut-on, qu'irrité de ce jeu,«Dieu redouble aux enfers les supplices du feu?«Nous ne croyons à rien, mais nous voulons qu'on croie.«De l'Inquisition que le gril se déploie;«Et brûlons Mimopeste, écrivain inspiré«Pour avilir le pape et le culte sacré.«Oui, même à l'Éternel son drame fait injure...«Comment put-il tromper l'inquiète Censure,«Dont, pour le bien de tous, les rigoureux ciseaux«Devaient d'un acte infâme ôter tant de morceaux?«Quel excès de licence épouvantable, impie!«Et jusques à ce jour ici même inouie!«Craignons que cent carreaux ne tombent à-la-fois;«Démons, prosternons-nous, signons-nous d'une croix!»Les seigneurs infernaux, monstres d'hypocrisie,Les diablesses sur-tout, tombant en frénésie,Et qui, faibles d'esprit, mais robustes de corps,Aiment tant à passer des péchés aux remords,Dévotes par vapeurs, chrétiennes par vengeance,Tous de l'auteur alors demandaient la sentence.Mais, ô cris! le théâtre, aussitôt agité,Ouvre à grand bruit au jour sa vaste sommité;Et blanchissant le gouffre, une vive lumièreDécolora le cirque et l'assemblée entière.Tel qu'on voit se ternir et se défigurer,(Si le petit au grand se laisse comparer)Un concours de Phrynés, que la nuit et la danseRassemblent aux flambeaux, brillantes d'élégance;Quand l'aurore se lève, accourt, et fait glisserUn rayon du matin, prompt à les éclipser,Tous les apprêts fleuris des trompeuses bergèresTombent; l'aube fanant leurs roses mensongères,Sur leurs fronts abattus de lascives fureursDe leur fard qui s'écoule efface les couleurs:Tel cet éclat, perçant les voûtes de la salle,Rendant son or plus triste, et son lustre plus pâle,Et des lampions morts effaçant la splendeur,Des princesses d'enfer mit à nu la laideur.

Par ces mots inhumains la voix pontificale

Tout à coup suscita la rumeur infernale:

On n'écouta plus rien; et la colère aigrit

Les Démons, inventeurs du catholique esprit:

Ils craignirent qu'un trait du tableau satirique

Ne fît trop mépriser l'ouvrage œcuménique;

Et contre les acteurs le bruit recommençant

Fit du cirque un chaos par-tout retentissant.

Le noir gouvernement des princes de l'abyme

Déchaîna ses vengeurs: «O blasphêmes! ô crime!

«Quoi! s'écria l'un d'eux, c'est peu que d'endurer

«Un style âpre et méchant, propre à nous torturer,

«Le sacrilége auteur de la pièce nouvelle

«De nos productions raille ici la plus belle,

«La papauté! Veut-on, qu'irrité de ce jeu,

«Dieu redouble aux enfers les supplices du feu?

«Nous ne croyons à rien, mais nous voulons qu'on croie.

«De l'Inquisition que le gril se déploie;

«Et brûlons Mimopeste, écrivain inspiré

«Pour avilir le pape et le culte sacré.

«Oui, même à l'Éternel son drame fait injure...

«Comment put-il tromper l'inquiète Censure,

«Dont, pour le bien de tous, les rigoureux ciseaux

«Devaient d'un acte infâme ôter tant de morceaux?

«Quel excès de licence épouvantable, impie!

«Et jusques à ce jour ici même inouie!

«Craignons que cent carreaux ne tombent à-la-fois;

«Démons, prosternons-nous, signons-nous d'une croix!»

Les seigneurs infernaux, monstres d'hypocrisie,

Les diablesses sur-tout, tombant en frénésie,

Et qui, faibles d'esprit, mais robustes de corps,

Aiment tant à passer des péchés aux remords,

Dévotes par vapeurs, chrétiennes par vengeance,

Tous de l'auteur alors demandaient la sentence.

Mais, ô cris! le théâtre, aussitôt agité,

Ouvre à grand bruit au jour sa vaste sommité;

Et blanchissant le gouffre, une vive lumière

Décolora le cirque et l'assemblée entière.

Tel qu'on voit se ternir et se défigurer,

(Si le petit au grand se laisse comparer)

Un concours de Phrynés, que la nuit et la danse

Rassemblent aux flambeaux, brillantes d'élégance;

Quand l'aurore se lève, accourt, et fait glisser

Un rayon du matin, prompt à les éclipser,

Tous les apprêts fleuris des trompeuses bergères

Tombent; l'aube fanant leurs roses mensongères,

Sur leurs fronts abattus de lascives fureurs

De leur fard qui s'écoule efface les couleurs:

Tel cet éclat, perçant les voûtes de la salle,

Rendant son or plus triste, et son lustre plus pâle,

Et des lampions morts effaçant la splendeur,

Des princesses d'enfer mit à nu la laideur.

ParThéoseenvoyé, cependant Xiphorane,Ministre ailé, descend; et son front diaphaneRayonne couronné d'un azur lumineux;De la nacre et de l'or ses ailes ont les feux:C'est lui qui, des mortels tranchant les destinées,Frappe de coups subits les ames étonnées.«O noirs Démons, dit-il, en votre nuit plongés,«Des querelles de Dieu qui vous a donc chargés?«Son règne est au-dessus des traits de la satire.«En vos dépits amers il permet qu'un vain rire«Console follement votre malignité«Du pouvoir éternel de sa divinité.«Eh! que sont devant lui les dogmes de la terre?«Des voiles mensongers, où sa splendeur s'altère.«Le Sacerdoce aveugle et son zèle imposteur«Le cache à la Raison, qui le révèle au cœur.«Aux plus grossiers humains la Nature l'atteste«Mieux que la chaire antique aux peuples si funeste;«Et l'image formée au gré de vains discours«Ne figura jamaisCELUI QUI FUT TOUJOURS.«Raillez vos cultes faux; le pape est votre ouvrage.«Vos jeux au Créateur ne font aucun ombrage:«Il les voit de trop haut; et vous ne pourriez pas,«Vils esprits de l'enfer, l'atteindre de si bas.»

ParThéoseenvoyé, cependant Xiphorane,

Ministre ailé, descend; et son front diaphane

Rayonne couronné d'un azur lumineux;

De la nacre et de l'or ses ailes ont les feux:

C'est lui qui, des mortels tranchant les destinées,

Frappe de coups subits les ames étonnées.

«O noirs Démons, dit-il, en votre nuit plongés,

«Des querelles de Dieu qui vous a donc chargés?

«Son règne est au-dessus des traits de la satire.

«En vos dépits amers il permet qu'un vain rire

«Console follement votre malignité

«Du pouvoir éternel de sa divinité.

«Eh! que sont devant lui les dogmes de la terre?

«Des voiles mensongers, où sa splendeur s'altère.

«Le Sacerdoce aveugle et son zèle imposteur

«Le cache à la Raison, qui le révèle au cœur.

«Aux plus grossiers humains la Nature l'atteste

«Mieux que la chaire antique aux peuples si funeste;

«Et l'image formée au gré de vains discours

«Ne figura jamaisCELUI QUI FUT TOUJOURS.

«Raillez vos cultes faux; le pape est votre ouvrage.

«Vos jeux au Créateur ne font aucun ombrage:

«Il les voit de trop haut; et vous ne pourriez pas,

«Vils esprits de l'enfer, l'atteindre de si bas.»

Il dit: et le parterre, à ces hautes paroles,Sentit avec chagrin que ses drames frivolesNe sauraient alarmer le suprême pouvoirDu grand dominateur qu'on ne peut émouvoir.L'esprit qui suscitait la Censure invoquéeVit sa fausse rigueur honteusement moquée:Et Xiphorane alors, remontant vers le jour,Referma le sommet du nocturne séjour.Mais, blessés du rayon qui perça leurs ténèbres,Les Démons quelque temps, sous leurs voûtes funèbres,Restèrent sans oreille, et sans yeux, et sans voix:Le grandThéose, auteur du monde et de ses lois,Qui, dans l'espace immense, anime et pulvérise,Rappela l'épouvante en leur ame surprise.Ainsi, quand tout-à-coup l'atteinte d'un fléauNous glace, et tourne enfin notre œil vers le tombeau,Si de l'éternité la lumière soudaineÉclaire le néant de notre vie humaine,Nous frémissons d'abord; mais tant d'objets pressantsNous rendent aux erreurs dont nous flattent nos sens,Qu'à nous-mêmes ravis, nous nous livrons encoreAu plaisir d'oublier que le temps nous dévore:Ainsi de leur effroi la morne impressionArrêta peu le cours de leur illusion,Puissance qui charma l'assemblée idolâtrePar les nouveaux effets des ressorts du théâtre.

Il dit: et le parterre, à ces hautes paroles,

Sentit avec chagrin que ses drames frivoles

Ne sauraient alarmer le suprême pouvoir

Du grand dominateur qu'on ne peut émouvoir.

L'esprit qui suscitait la Censure invoquée

Vit sa fausse rigueur honteusement moquée:

Et Xiphorane alors, remontant vers le jour,

Referma le sommet du nocturne séjour.

Mais, blessés du rayon qui perça leurs ténèbres,

Les Démons quelque temps, sous leurs voûtes funèbres,

Restèrent sans oreille, et sans yeux, et sans voix:

Le grandThéose, auteur du monde et de ses lois,

Qui, dans l'espace immense, anime et pulvérise,

Rappela l'épouvante en leur ame surprise.

Ainsi, quand tout-à-coup l'atteinte d'un fléau

Nous glace, et tourne enfin notre œil vers le tombeau,

Si de l'éternité la lumière soudaine

Éclaire le néant de notre vie humaine,

Nous frémissons d'abord; mais tant d'objets pressants

Nous rendent aux erreurs dont nous flattent nos sens,

Qu'à nous-mêmes ravis, nous nous livrons encore

Au plaisir d'oublier que le temps nous dévore:

Ainsi de leur effroi la morne impression

Arrêta peu le cours de leur illusion,

Puissance qui charma l'assemblée idolâtre

Par les nouveaux effets des ressorts du théâtre.

Où sont-ils transportés? au pied des Apennins,Lieux où coulent en paix les vertueux destinsDu libre Agathémi, dont la sagesse extrêmePour empire a l'espace, et pour dais le ciel même.Sa grotte est sur des bords que vient de traverserUn héros voyageur, accourant l'embrasser:C'était André Dorie, homme de qui ce sagePrévit un jour la gloire en voyant son visage;Intrépide guerrier, habile sur les mersA dompter du destin les orages divers;Et selon qu'il servit ou l'Espagne, ou la France,De leur sort à son gré décidant la balance:Génois indépendant, qui, fier en ses discours,Fut trop républicain pour être aimé des cours;Mais qui, par son génie errant toujours sur l'onde,Conquit sa liberté, bien si rare en ce monde!

Où sont-ils transportés? au pied des Apennins,

Lieux où coulent en paix les vertueux destins

Du libre Agathémi, dont la sagesse extrême

Pour empire a l'espace, et pour dais le ciel même.

Sa grotte est sur des bords que vient de traverser

Un héros voyageur, accourant l'embrasser:

C'était André Dorie, homme de qui ce sage

Prévit un jour la gloire en voyant son visage;

Intrépide guerrier, habile sur les mers

A dompter du destin les orages divers;

Et selon qu'il servit ou l'Espagne, ou la France,

De leur sort à son gré décidant la balance:

Génois indépendant, qui, fier en ses discours,

Fut trop républicain pour être aimé des cours;

Mais qui, par son génie errant toujours sur l'onde,

Conquit sa liberté, bien si rare en ce monde!

ANDRÉ DORIE.

Heureux Agathémi, tranquille sur ces monts,Exempt des soins nombreux où nous nous consumons,Des hauteurs de la cime où le ciel vous éclaire,Vous regardez en paix les fureurs du vulgaire,Et n'êtes plus ému des troubles des cités.

Heureux Agathémi, tranquille sur ces monts,Exempt des soins nombreux où nous nous consumons,Des hauteurs de la cime où le ciel vous éclaire,Vous regardez en paix les fureurs du vulgaire,Et n'êtes plus ému des troubles des cités.

Heureux Agathémi, tranquille sur ces monts,

Exempt des soins nombreux où nous nous consumons,

Des hauteurs de la cime où le ciel vous éclaire,

Vous regardez en paix les fureurs du vulgaire,

Et n'êtes plus ému des troubles des cités.

AGATHÉMI.

Ah! trop sensible encore à leurs adversités,Je ne suis point un sage; et les malheurs de RomeM'ont tristement prouvé que je ne suis qu'un homme.Zélé, compatissant, je crus les prévenir;Inutile pitié, dont on m'a su punir!

Ah! trop sensible encore à leurs adversités,Je ne suis point un sage; et les malheurs de RomeM'ont tristement prouvé que je ne suis qu'un homme.Zélé, compatissant, je crus les prévenir;Inutile pitié, dont on m'a su punir!

Ah! trop sensible encore à leurs adversités,

Je ne suis point un sage; et les malheurs de Rome

M'ont tristement prouvé que je ne suis qu'un homme.

Zélé, compatissant, je crus les prévenir;

Inutile pitié, dont on m'a su punir!

ANDRÉ DORIE.

Expliquez-vous.

Expliquez-vous.

Expliquez-vous.

AGATHÉMI.

Hélas! un peu d'expérienceDes maux de l'avenir m'a donné la science;Clarté de la raison, et qui me rend devin,Sans miracle, et sans être un prophète divin.Mes yeux contemplaient Rome, et prévirent l'orage.Eh! qui, sans apporter nul obstacle au ravage,Verrait d'un feu subit l'étincelle partirSur des murs, à ses yeux, prêts à s'anéantir?J'ai couru, j'ai crié, présagé les désastres:On m'a cru le jouet du délire et des astres,Et, jeté dans les fers, l'ombre d'une prisonA soudain étouffé la voix de ma raison.Mais trop tôt les vainqueurs détrompèrent la ville!D'Orange, me tirant de mon obscur asyle,Me présenta de l'or, qui ne put me toucher,Me demanda mon nom, que je voulus cacher;Heureux qu'on m'ignorât, fier de ne pas me vendre.Hélas! à mes rochers je revins donc me rendre,Pour jamais convaincu par mes oracles vainsQue sans fruit la sagesse avertit les humains.

Hélas! un peu d'expérienceDes maux de l'avenir m'a donné la science;Clarté de la raison, et qui me rend devin,Sans miracle, et sans être un prophète divin.Mes yeux contemplaient Rome, et prévirent l'orage.Eh! qui, sans apporter nul obstacle au ravage,Verrait d'un feu subit l'étincelle partirSur des murs, à ses yeux, prêts à s'anéantir?J'ai couru, j'ai crié, présagé les désastres:On m'a cru le jouet du délire et des astres,Et, jeté dans les fers, l'ombre d'une prisonA soudain étouffé la voix de ma raison.Mais trop tôt les vainqueurs détrompèrent la ville!D'Orange, me tirant de mon obscur asyle,Me présenta de l'or, qui ne put me toucher,Me demanda mon nom, que je voulus cacher;Heureux qu'on m'ignorât, fier de ne pas me vendre.Hélas! à mes rochers je revins donc me rendre,Pour jamais convaincu par mes oracles vainsQue sans fruit la sagesse avertit les humains.

Hélas! un peu d'expérience

Des maux de l'avenir m'a donné la science;

Clarté de la raison, et qui me rend devin,

Sans miracle, et sans être un prophète divin.

Mes yeux contemplaient Rome, et prévirent l'orage.

Eh! qui, sans apporter nul obstacle au ravage,

Verrait d'un feu subit l'étincelle partir

Sur des murs, à ses yeux, prêts à s'anéantir?

J'ai couru, j'ai crié, présagé les désastres:

On m'a cru le jouet du délire et des astres,

Et, jeté dans les fers, l'ombre d'une prison

A soudain étouffé la voix de ma raison.

Mais trop tôt les vainqueurs détrompèrent la ville!

D'Orange, me tirant de mon obscur asyle,

Me présenta de l'or, qui ne put me toucher,

Me demanda mon nom, que je voulus cacher;

Heureux qu'on m'ignorât, fier de ne pas me vendre.

Hélas! à mes rochers je revins donc me rendre,

Pour jamais convaincu par mes oracles vains

Que sans fruit la sagesse avertit les humains.

ANDRÉ DORIE.

C'est ainsi que, dit-on, le front couvert de cendre,On voyait d'Israël les inspirés descendre,Prédisant à Sion l'ange exterminateur;Et l'organe de Dieu semblait toujours menteur.Sans doute votre foi, dans ces monts retirée,N'a pu voir sans horreur fouler l'arche sacrée,Et son prêtre investi par des soldats cruels?

C'est ainsi que, dit-on, le front couvert de cendre,On voyait d'Israël les inspirés descendre,Prédisant à Sion l'ange exterminateur;Et l'organe de Dieu semblait toujours menteur.Sans doute votre foi, dans ces monts retirée,N'a pu voir sans horreur fouler l'arche sacrée,Et son prêtre investi par des soldats cruels?

C'est ainsi que, dit-on, le front couvert de cendre,

On voyait d'Israël les inspirés descendre,

Prédisant à Sion l'ange exterminateur;

Et l'organe de Dieu semblait toujours menteur.

Sans doute votre foi, dans ces monts retirée,

N'a pu voir sans horreur fouler l'arche sacrée,

Et son prêtre investi par des soldats cruels?

AGATHÉMI.

Non, je n'ai pas frémi pour de trompeurs autels:Le pape n'est qu'un prince, et n'est plus un apôtre;Grand du monde, il s'expose aux revers comme un autre.Je n'ai craint que pour Rome et pour tous ses enfants,Près d'être encore en proie à des Goths triomphants.

Non, je n'ai pas frémi pour de trompeurs autels:Le pape n'est qu'un prince, et n'est plus un apôtre;Grand du monde, il s'expose aux revers comme un autre.Je n'ai craint que pour Rome et pour tous ses enfants,Près d'être encore en proie à des Goths triomphants.

Non, je n'ai pas frémi pour de trompeurs autels:

Le pape n'est qu'un prince, et n'est plus un apôtre;

Grand du monde, il s'expose aux revers comme un autre.

Je n'ai craint que pour Rome et pour tous ses enfants,

Près d'être encore en proie à des Goths triomphants.

ANDRÉ DORIE.

Je vous croyais un saint, caché dans ce refuge.

Je vous croyais un saint, caché dans ce refuge.

Je vous croyais un saint, caché dans ce refuge.

AGATHÉMI.

Sachez quelle est ma foi; je vous en rends le juge.Souvent je méditai, dans le calme des nuits,Le Dieu qui créa tout, et qui fait que je suis.Ce vrai Dieu, quel est-il, disais-je, et quel mystèreL'offre sous tant de noms aux peuples de la terre?Soudain, un feu rapide enlevant mes esprits,Me porta dans les cieux de l'antique Osiris:Surpris de sa grandeur, j'adorais sa statue;Mais j'en touchai la base, elle fut abattue;Et sur les bords du Nil volant de tous côtés,Je renversai d'un choc trente divinités:Ce n'est qu'erreur, me dis-je, en fuyant ces images.Sous le ciel de l'Asie, emporté par deux mages,Je révérai le feu, crus Bélus immortel;Lorsque je vis crouler sa table et son autel.Je revolai plus loin: toujours mêmes exemples.Lama, le grand Lama périt même en ses temples.Mais, toujours parcourant l'empire de l'Éther,Dans l'Olympe des Grecs j'aperçus Jupiter:J'approche, et sur l'Ida vois se réduire en poudreL'amant de Ganymède, et son aigle, et sa foudre.Fatigué, je m'abats sur de noires forêts;J'y trouve un dieu guerrier, le puissant Theutatès:Ma main ose sonder ce colosse homicide;Il se brise, et son chêne écrase le druide.Fausse idole! me dis-je, en échappant des bois.Montons à ce Calvaire, où rayonne une croix;Mon esprit s'éclaira; je vis, à sa lumière,Se pourrir des débris qui tombaient en poussière,Et, frappé d'une voix, dans les airs j'entendis:«Nul mortel n'a reçu la clef du paradis.»Éperdu dans ma course, et l'ame épouvantée,Je revins à ma fange, et rampais en athée:La raison me cria: «Les superstitions«Cachent un Dieu, présent dans ses créations.«Les sphères, les soleils, ouvrages périssables,«L'homme, les animaux, divinités des fables,«N'ont aucun de ses traits inconnus en tout lieu.«Tu ne peux te connaître; et veux connaître Dieu!«Ah! pour le mesurer que peut ton court génie,«Imperceptible anneau de la chaîne infinie?»Le savoir et le vrai m'ont prêté leur appui:Sans comprendre mon Dieu, je comprends jusqu'à lui:Et, mon esprit planant au-dessus des idolesQue nous peint le mensonge en de vaines paroles,Devant le Créateur, plein d'amour et d'effroi,J'abaisse mon orgueil, je me tais, et je croi.

Sachez quelle est ma foi; je vous en rends le juge.Souvent je méditai, dans le calme des nuits,Le Dieu qui créa tout, et qui fait que je suis.Ce vrai Dieu, quel est-il, disais-je, et quel mystèreL'offre sous tant de noms aux peuples de la terre?Soudain, un feu rapide enlevant mes esprits,Me porta dans les cieux de l'antique Osiris:Surpris de sa grandeur, j'adorais sa statue;Mais j'en touchai la base, elle fut abattue;Et sur les bords du Nil volant de tous côtés,Je renversai d'un choc trente divinités:Ce n'est qu'erreur, me dis-je, en fuyant ces images.Sous le ciel de l'Asie, emporté par deux mages,Je révérai le feu, crus Bélus immortel;Lorsque je vis crouler sa table et son autel.Je revolai plus loin: toujours mêmes exemples.Lama, le grand Lama périt même en ses temples.Mais, toujours parcourant l'empire de l'Éther,Dans l'Olympe des Grecs j'aperçus Jupiter:J'approche, et sur l'Ida vois se réduire en poudreL'amant de Ganymède, et son aigle, et sa foudre.Fatigué, je m'abats sur de noires forêts;J'y trouve un dieu guerrier, le puissant Theutatès:Ma main ose sonder ce colosse homicide;Il se brise, et son chêne écrase le druide.Fausse idole! me dis-je, en échappant des bois.Montons à ce Calvaire, où rayonne une croix;Mon esprit s'éclaira; je vis, à sa lumière,Se pourrir des débris qui tombaient en poussière,Et, frappé d'une voix, dans les airs j'entendis:«Nul mortel n'a reçu la clef du paradis.»Éperdu dans ma course, et l'ame épouvantée,Je revins à ma fange, et rampais en athée:La raison me cria: «Les superstitions«Cachent un Dieu, présent dans ses créations.«Les sphères, les soleils, ouvrages périssables,«L'homme, les animaux, divinités des fables,«N'ont aucun de ses traits inconnus en tout lieu.«Tu ne peux te connaître; et veux connaître Dieu!«Ah! pour le mesurer que peut ton court génie,«Imperceptible anneau de la chaîne infinie?»Le savoir et le vrai m'ont prêté leur appui:Sans comprendre mon Dieu, je comprends jusqu'à lui:Et, mon esprit planant au-dessus des idolesQue nous peint le mensonge en de vaines paroles,Devant le Créateur, plein d'amour et d'effroi,J'abaisse mon orgueil, je me tais, et je croi.

Sachez quelle est ma foi; je vous en rends le juge.

Souvent je méditai, dans le calme des nuits,

Le Dieu qui créa tout, et qui fait que je suis.

Ce vrai Dieu, quel est-il, disais-je, et quel mystère

L'offre sous tant de noms aux peuples de la terre?

Soudain, un feu rapide enlevant mes esprits,

Me porta dans les cieux de l'antique Osiris:

Surpris de sa grandeur, j'adorais sa statue;

Mais j'en touchai la base, elle fut abattue;

Et sur les bords du Nil volant de tous côtés,

Je renversai d'un choc trente divinités:

Ce n'est qu'erreur, me dis-je, en fuyant ces images.

Sous le ciel de l'Asie, emporté par deux mages,

Je révérai le feu, crus Bélus immortel;

Lorsque je vis crouler sa table et son autel.

Je revolai plus loin: toujours mêmes exemples.

Lama, le grand Lama périt même en ses temples.

Mais, toujours parcourant l'empire de l'Éther,

Dans l'Olympe des Grecs j'aperçus Jupiter:

J'approche, et sur l'Ida vois se réduire en poudre

L'amant de Ganymède, et son aigle, et sa foudre.

Fatigué, je m'abats sur de noires forêts;

J'y trouve un dieu guerrier, le puissant Theutatès:

Ma main ose sonder ce colosse homicide;

Il se brise, et son chêne écrase le druide.

Fausse idole! me dis-je, en échappant des bois.

Montons à ce Calvaire, où rayonne une croix;

Mon esprit s'éclaira; je vis, à sa lumière,

Se pourrir des débris qui tombaient en poussière,

Et, frappé d'une voix, dans les airs j'entendis:

«Nul mortel n'a reçu la clef du paradis.»

Éperdu dans ma course, et l'ame épouvantée,

Je revins à ma fange, et rampais en athée:

La raison me cria: «Les superstitions

«Cachent un Dieu, présent dans ses créations.

«Les sphères, les soleils, ouvrages périssables,

«L'homme, les animaux, divinités des fables,

«N'ont aucun de ses traits inconnus en tout lieu.

«Tu ne peux te connaître; et veux connaître Dieu!

«Ah! pour le mesurer que peut ton court génie,

«Imperceptible anneau de la chaîne infinie?»

Le savoir et le vrai m'ont prêté leur appui:

Sans comprendre mon Dieu, je comprends jusqu'à lui:

Et, mon esprit planant au-dessus des idoles

Que nous peint le mensonge en de vaines paroles,

Devant le Créateur, plein d'amour et d'effroi,

J'abaisse mon orgueil, je me tais, et je croi.

ANDRÉ DORIE.

Ah! cultivez long-temps, sans qu'aucun soin vous presse,Ces augustes pensers, doux prix de la sagesse:Vous ferez envier votre noble reposAux hommes tels que moi, qu'on appelle héros;Et qui, s'embarrassant de respects misérables,Ne servent pour seuls dieux que des rois leurs semblables;Et de leur inclémence éprouvant le danger,De culte chaque jour sont contraints à changer.

Ah! cultivez long-temps, sans qu'aucun soin vous presse,Ces augustes pensers, doux prix de la sagesse:Vous ferez envier votre noble reposAux hommes tels que moi, qu'on appelle héros;Et qui, s'embarrassant de respects misérables,Ne servent pour seuls dieux que des rois leurs semblables;Et de leur inclémence éprouvant le danger,De culte chaque jour sont contraints à changer.

Ah! cultivez long-temps, sans qu'aucun soin vous presse,

Ces augustes pensers, doux prix de la sagesse:

Vous ferez envier votre noble repos

Aux hommes tels que moi, qu'on appelle héros;

Et qui, s'embarrassant de respects misérables,

Ne servent pour seuls dieux que des rois leurs semblables;

Et de leur inclémence éprouvant le danger,

De culte chaque jour sont contraints à changer.

AGATHÉMI.

J'ai su que des jaloux, vous nommant un rebelle,Privent François-Premier du fruit de votre zèle,Et qu'à son ennemi vous portez vos secours.Le mérite est en butte aux intrigues des cours.

J'ai su que des jaloux, vous nommant un rebelle,Privent François-Premier du fruit de votre zèle,Et qu'à son ennemi vous portez vos secours.Le mérite est en butte aux intrigues des cours.

J'ai su que des jaloux, vous nommant un rebelle,

Privent François-Premier du fruit de votre zèle,

Et qu'à son ennemi vous portez vos secours.

Le mérite est en butte aux intrigues des cours.

ANDRÉ DORIE.

Ma vengeance s'apprête; et ma voix souveraineContre le joug français demain soulève Gêne:Au nom de Charles-Quint, en prince fortuné,Je ferai refleurir les murs où je suis né.

Ma vengeance s'apprête; et ma voix souveraineContre le joug français demain soulève Gêne:Au nom de Charles-Quint, en prince fortuné,Je ferai refleurir les murs où je suis né.

Ma vengeance s'apprête; et ma voix souveraine

Contre le joug français demain soulève Gêne:

Au nom de Charles-Quint, en prince fortuné,

Je ferai refleurir les murs où je suis né.

AGATHÉMI.

De votre noble cœur ce dessein est bien digne;Mais faites plus; rendez votre nom plus insigne:Foulez aux pieds les rangs; et dans votre citéRappelez en ces jours l'antique Liberté;Et que, de l'Italie étonnant les provinces,Un tel bienfait vous place au-dessus des grands princes.

De votre noble cœur ce dessein est bien digne;Mais faites plus; rendez votre nom plus insigne:Foulez aux pieds les rangs; et dans votre citéRappelez en ces jours l'antique Liberté;Et que, de l'Italie étonnant les provinces,Un tel bienfait vous place au-dessus des grands princes.

De votre noble cœur ce dessein est bien digne;

Mais faites plus; rendez votre nom plus insigne:

Foulez aux pieds les rangs; et dans votre cité

Rappelez en ces jours l'antique Liberté;

Et que, de l'Italie étonnant les provinces,

Un tel bienfait vous place au-dessus des grands princes.

ANDRÉ DORIE.

Une ville si faible, entre tant d'ennemis,Défendrait peu les droits qui lui seraient remis.

Une ville si faible, entre tant d'ennemis,Défendrait peu les droits qui lui seraient remis.

Une ville si faible, entre tant d'ennemis,

Défendrait peu les droits qui lui seraient remis.

AGATHÉMI.

Au sein d'un vaste état, votre effroi chimériqueAurait d'autres motifs contre la république:Et des cœurs les plus droits les principes douteuxAinsi chassent toujours la Liberté loin d'eux.La nuit descend des monts: couchez dans ma demeure;Et lorsque du matin luira la première heure,Vous partirez, ému d'un espoir bien plus grand,Que celui dont s'enivre un prince, un conquérant.Vous les surpasserez; croyez-en mon présage:Mon œil juge du cœur sur l'aspect du visage.

Au sein d'un vaste état, votre effroi chimériqueAurait d'autres motifs contre la république:Et des cœurs les plus droits les principes douteuxAinsi chassent toujours la Liberté loin d'eux.La nuit descend des monts: couchez dans ma demeure;Et lorsque du matin luira la première heure,Vous partirez, ému d'un espoir bien plus grand,Que celui dont s'enivre un prince, un conquérant.Vous les surpasserez; croyez-en mon présage:Mon œil juge du cœur sur l'aspect du visage.

Au sein d'un vaste état, votre effroi chimérique

Aurait d'autres motifs contre la république:

Et des cœurs les plus droits les principes douteux

Ainsi chassent toujours la Liberté loin d'eux.

La nuit descend des monts: couchez dans ma demeure;

Et lorsque du matin luira la première heure,

Vous partirez, ému d'un espoir bien plus grand,

Que celui dont s'enivre un prince, un conquérant.

Vous les surpasserez; croyez-en mon présage:

Mon œil juge du cœur sur l'aspect du visage.

Tels que d'un voyageur mille aspects variésRavissent chaque jour les regards égayés;Tel de l'acte qui court le rapide passageSans cesse au spectateur produit une autre image.Il admire à cette heure un des beaux monuments,De la superbe Gêne antiques ornements,Un port, où se miraient des galères rangées,Fières de cent lauriers dont elles sont chargées.Le généreux Dorie, assemblant les soldats,Les nobles, et le peuple, et les vieux magistrats,Maintenant souverain des murs qui l'ont vu naître,En chassa les Français, et seul y parle en maître.Parmi les habitants dont il reçoit l'accueil,Vrai héros, son maintien n'affecte aucun orgueil.Déja les courtisans, dont il est l'espérance,Le caressent des yeux, se courbent par avance:D'autres lui souriant, plus timides flatteurs,Des mouvements de tous ne sont qu'imitateurs;Quelques-uns, désertant leurs partis avec peine,Le vantent d'autant plus qu'ils couvent plus de haine;Et le peuple, en tous temps jouet des factieux,De ses destins futurs alarmé, curieux,Applaudit en espoir aux décrets que vient rendreLe vainqueur, dont enfin la voix se fait entendre.

Tels que d'un voyageur mille aspects variésRavissent chaque jour les regards égayés;Tel de l'acte qui court le rapide passageSans cesse au spectateur produit une autre image.Il admire à cette heure un des beaux monuments,De la superbe Gêne antiques ornements,Un port, où se miraient des galères rangées,Fières de cent lauriers dont elles sont chargées.Le généreux Dorie, assemblant les soldats,Les nobles, et le peuple, et les vieux magistrats,Maintenant souverain des murs qui l'ont vu naître,En chassa les Français, et seul y parle en maître.Parmi les habitants dont il reçoit l'accueil,Vrai héros, son maintien n'affecte aucun orgueil.Déja les courtisans, dont il est l'espérance,Le caressent des yeux, se courbent par avance:D'autres lui souriant, plus timides flatteurs,Des mouvements de tous ne sont qu'imitateurs;Quelques-uns, désertant leurs partis avec peine,Le vantent d'autant plus qu'ils couvent plus de haine;Et le peuple, en tous temps jouet des factieux,De ses destins futurs alarmé, curieux,Applaudit en espoir aux décrets que vient rendreLe vainqueur, dont enfin la voix se fait entendre.

Tels que d'un voyageur mille aspects variés

Ravissent chaque jour les regards égayés;

Tel de l'acte qui court le rapide passage

Sans cesse au spectateur produit une autre image.

Il admire à cette heure un des beaux monuments,

De la superbe Gêne antiques ornements,

Un port, où se miraient des galères rangées,

Fières de cent lauriers dont elles sont chargées.

Le généreux Dorie, assemblant les soldats,

Les nobles, et le peuple, et les vieux magistrats,

Maintenant souverain des murs qui l'ont vu naître,

En chassa les Français, et seul y parle en maître.

Parmi les habitants dont il reçoit l'accueil,

Vrai héros, son maintien n'affecte aucun orgueil.

Déja les courtisans, dont il est l'espérance,

Le caressent des yeux, se courbent par avance:

D'autres lui souriant, plus timides flatteurs,

Des mouvements de tous ne sont qu'imitateurs;

Quelques-uns, désertant leurs partis avec peine,

Le vantent d'autant plus qu'ils couvent plus de haine;

Et le peuple, en tous temps jouet des factieux,

De ses destins futurs alarmé, curieux,

Applaudit en espoir aux décrets que vient rendre

Le vainqueur, dont enfin la voix se fait entendre.

ANDRÉ DORIE.

O citoyens! Dorie est issu parmi vous:A l'enfant de vos murs vos hommages sont doux.Je ne veux point, ingrat à mes destins propices,Par mon ambition avilir mes services,Et, pour un titre altier vous vendant mes exploits,Fonder l'orgueil d'un trône, et non l'honneur des lois.La douce liberté, seule loi naturelle,De tous les cœurs humains est la pente éternelle:L'erreur même en est chère, et j'en ai pour garantsTant d'autels érigés aux fléaux des tyrans.La voix des temps passés répète à notre oreille:«L'homme est toujours divers, Thémis toujours pareille.»Qu'à l'homme donc jamais vos droits ne soient remis;Et qu'ils restent fixés dans la main de Thémis.Hardis navigateurs, craignez-vous les naufrages?Dans une république il est beaucoup d'orages:On y craint les partis dont la haine et l'amourDe tous leurs chocs bruyants ont pour témoin le jour.Mais, sous les fers d'un seul, comptez, comptez le nombreDes victimes d'état qu'on étouffe dans l'ombre.Opposez donc toujours, sous vos fiers étendards,Aux ennemis le glaive, aux tyrans les poignards.Soyez libres, Génois! et préférez pour l'êtreLa pauvreté, la mort, au joug honteux d'un maître;Et j'aurai de ma tombe, heureux libérateur,Fait un sinistre écueil à tout usurpateur.

O citoyens! Dorie est issu parmi vous:A l'enfant de vos murs vos hommages sont doux.Je ne veux point, ingrat à mes destins propices,Par mon ambition avilir mes services,Et, pour un titre altier vous vendant mes exploits,Fonder l'orgueil d'un trône, et non l'honneur des lois.La douce liberté, seule loi naturelle,De tous les cœurs humains est la pente éternelle:L'erreur même en est chère, et j'en ai pour garantsTant d'autels érigés aux fléaux des tyrans.La voix des temps passés répète à notre oreille:«L'homme est toujours divers, Thémis toujours pareille.»Qu'à l'homme donc jamais vos droits ne soient remis;Et qu'ils restent fixés dans la main de Thémis.Hardis navigateurs, craignez-vous les naufrages?Dans une république il est beaucoup d'orages:On y craint les partis dont la haine et l'amourDe tous leurs chocs bruyants ont pour témoin le jour.Mais, sous les fers d'un seul, comptez, comptez le nombreDes victimes d'état qu'on étouffe dans l'ombre.Opposez donc toujours, sous vos fiers étendards,Aux ennemis le glaive, aux tyrans les poignards.Soyez libres, Génois! et préférez pour l'êtreLa pauvreté, la mort, au joug honteux d'un maître;Et j'aurai de ma tombe, heureux libérateur,Fait un sinistre écueil à tout usurpateur.

O citoyens! Dorie est issu parmi vous:

A l'enfant de vos murs vos hommages sont doux.

Je ne veux point, ingrat à mes destins propices,

Par mon ambition avilir mes services,

Et, pour un titre altier vous vendant mes exploits,

Fonder l'orgueil d'un trône, et non l'honneur des lois.

La douce liberté, seule loi naturelle,

De tous les cœurs humains est la pente éternelle:

L'erreur même en est chère, et j'en ai pour garants

Tant d'autels érigés aux fléaux des tyrans.

La voix des temps passés répète à notre oreille:

«L'homme est toujours divers, Thémis toujours pareille.»

Qu'à l'homme donc jamais vos droits ne soient remis;

Et qu'ils restent fixés dans la main de Thémis.

Hardis navigateurs, craignez-vous les naufrages?

Dans une république il est beaucoup d'orages:

On y craint les partis dont la haine et l'amour

De tous leurs chocs bruyants ont pour témoin le jour.

Mais, sous les fers d'un seul, comptez, comptez le nombre

Des victimes d'état qu'on étouffe dans l'ombre.

Opposez donc toujours, sous vos fiers étendards,

Aux ennemis le glaive, aux tyrans les poignards.

Soyez libres, Génois! et préférez pour l'être

La pauvreté, la mort, au joug honteux d'un maître;

Et j'aurai de ma tombe, heureux libérateur,

Fait un sinistre écueil à tout usurpateur.

Dans Gênes, à ces mots, la voix de la patrieFrappa les cieux, les mers, du grand nom de Dorie:Et sur un vieil amas de cent chaînes de fer,S'assit la Vertu libre. Elle étonna l'enfer.

Dans Gênes, à ces mots, la voix de la patrieFrappa les cieux, les mers, du grand nom de Dorie:Et sur un vieil amas de cent chaînes de fer,S'assit la Vertu libre. Elle étonna l'enfer.

Dans Gênes, à ces mots, la voix de la patrie

Frappa les cieux, les mers, du grand nom de Dorie:

Et sur un vieil amas de cent chaînes de fer,

S'assit la Vertu libre. Elle étonna l'enfer.

Tableau de l'intérieur des mers. Entretiens de laMéditerranéeet d'unPhoque. Dialogue d'unRequinet d'unEsquinéis, qui le conduit sur les bords Algériens, où se livre une bataille navale. Repas des monstres marins, qui se nourrissent de la chair des soldats deCharles-Quintet deBarberousse. La scène change de face, et le festin des poissons devient la cause du triomphe de l'empereur: ce spectacle remplit l'intermède, à la suite d'un dialogue entre laMéditerranéeet laMétempsycose. Scène satirique dePasquinet deMarphoriusà ce sujet. Rome disparaît. Les côteaux de Meudon présentent aux spectateurs la demeure deRabelais, qui, visité par laRaison, lui offre, dans ses miroirs magiques, l'image des extravagances du siècle.

LA PANHYPOCRISIADE.

Souventl'illusion produite en nos théâtres,En promenant nos yeux sur les ondes bleuâtres,Les amuse à l'aspect des écueils menaçants,De la vague qui roule en bouillons blanchissants,Et de l'humide plaine, empire des orages,Où les vaisseaux guerriers conjurent leurs naufrages;Jusqu'ici nul tableau de l'abyme des mersN'a plongé nos regards au sein des flots amers,Et dans leur nuit verdâtre, à demi-transparente,Montré le fond du gouffre et son eau dévoranteRongeant avec lenteur ces rochers écumants,Du grand corps de la terre antiques ossements,Appuis long-temps creusés par des masses liquides,Où flottent en suspens ses entrailles avides,Et qui, brisés, fondus, en ses flancs sulfureuxEntraînent des cités et des états nombreux.C'est donc là, c'est au fond du maritime empire,Qu'un nouvel intérêt agit, marche, et respire.La Méditerranée, en un palais d'azur,Tapissé de rubis, et de nacre, et d'or pur,Fille de l'Océan, épouse du Bosphore,Dont l'hymen l'enrichit des tributs de l'aurore,Inquiète, voit fuir tout son peuple nageant.Ses poissons, revêtus d'émeraude et d'argent,Soufflent de leurs nazeaux l'onde élevée en gerbes:Les uns, en déployant leurs avirons superbes,Imbus des feux du jour qui frappe leur émail,Éclairaient les berceaux de l'algue et du corail;Les autres serpentaient sous des torrents de fangeDont cent fleuves troublés versent l'affreux mélange,Et de leur lit obscur sondant la profondeur,D'une croupe luisante éteignaient la splendeur:Mille autres se plongeaient dans les plus noires urnesQue recèlent des mers les cavernes nocturnes.Poursuivi d'un requin, un phoque monstrueux,Lui-même épouvanté, portait l'horreur entre eux.

Souventl'illusion produite en nos théâtres,En promenant nos yeux sur les ondes bleuâtres,Les amuse à l'aspect des écueils menaçants,De la vague qui roule en bouillons blanchissants,Et de l'humide plaine, empire des orages,Où les vaisseaux guerriers conjurent leurs naufrages;Jusqu'ici nul tableau de l'abyme des mersN'a plongé nos regards au sein des flots amers,Et dans leur nuit verdâtre, à demi-transparente,Montré le fond du gouffre et son eau dévoranteRongeant avec lenteur ces rochers écumants,Du grand corps de la terre antiques ossements,Appuis long-temps creusés par des masses liquides,Où flottent en suspens ses entrailles avides,Et qui, brisés, fondus, en ses flancs sulfureuxEntraînent des cités et des états nombreux.C'est donc là, c'est au fond du maritime empire,Qu'un nouvel intérêt agit, marche, et respire.La Méditerranée, en un palais d'azur,Tapissé de rubis, et de nacre, et d'or pur,Fille de l'Océan, épouse du Bosphore,Dont l'hymen l'enrichit des tributs de l'aurore,Inquiète, voit fuir tout son peuple nageant.Ses poissons, revêtus d'émeraude et d'argent,Soufflent de leurs nazeaux l'onde élevée en gerbes:Les uns, en déployant leurs avirons superbes,Imbus des feux du jour qui frappe leur émail,Éclairaient les berceaux de l'algue et du corail;Les autres serpentaient sous des torrents de fangeDont cent fleuves troublés versent l'affreux mélange,Et de leur lit obscur sondant la profondeur,D'une croupe luisante éteignaient la splendeur:Mille autres se plongeaient dans les plus noires urnesQue recèlent des mers les cavernes nocturnes.Poursuivi d'un requin, un phoque monstrueux,Lui-même épouvanté, portait l'horreur entre eux.

Souventl'illusion produite en nos théâtres,

En promenant nos yeux sur les ondes bleuâtres,

Les amuse à l'aspect des écueils menaçants,

De la vague qui roule en bouillons blanchissants,

Et de l'humide plaine, empire des orages,

Où les vaisseaux guerriers conjurent leurs naufrages;

Jusqu'ici nul tableau de l'abyme des mers

N'a plongé nos regards au sein des flots amers,

Et dans leur nuit verdâtre, à demi-transparente,

Montré le fond du gouffre et son eau dévorante

Rongeant avec lenteur ces rochers écumants,

Du grand corps de la terre antiques ossements,

Appuis long-temps creusés par des masses liquides,

Où flottent en suspens ses entrailles avides,

Et qui, brisés, fondus, en ses flancs sulfureux

Entraînent des cités et des états nombreux.

C'est donc là, c'est au fond du maritime empire,

Qu'un nouvel intérêt agit, marche, et respire.

La Méditerranée, en un palais d'azur,

Tapissé de rubis, et de nacre, et d'or pur,

Fille de l'Océan, épouse du Bosphore,

Dont l'hymen l'enrichit des tributs de l'aurore,

Inquiète, voit fuir tout son peuple nageant.

Ses poissons, revêtus d'émeraude et d'argent,

Soufflent de leurs nazeaux l'onde élevée en gerbes:

Les uns, en déployant leurs avirons superbes,

Imbus des feux du jour qui frappe leur émail,

Éclairaient les berceaux de l'algue et du corail;

Les autres serpentaient sous des torrents de fange

Dont cent fleuves troublés versent l'affreux mélange,

Et de leur lit obscur sondant la profondeur,

D'une croupe luisante éteignaient la splendeur:

Mille autres se plongeaient dans les plus noires urnes

Que recèlent des mers les cavernes nocturnes.

Poursuivi d'un requin, un phoque monstrueux,

Lui-même épouvanté, portait l'horreur entre eux.

LA MÉDITERRANÉE.

Pourquoi viens-tu troubler les peuples de mon onde,Phoque étranger? où tend ta course vagabonde?Nul enfant de ta race, aussi grand que tu l'es,N'avait encor touché le seuil de mes palais.

Pourquoi viens-tu troubler les peuples de mon onde,Phoque étranger? où tend ta course vagabonde?Nul enfant de ta race, aussi grand que tu l'es,N'avait encor touché le seuil de mes palais.

Pourquoi viens-tu troubler les peuples de mon onde,

Phoque étranger? où tend ta course vagabonde?

Nul enfant de ta race, aussi grand que tu l'es,

N'avait encor touché le seuil de mes palais.

LE PHOQUE.

Je suis né sous le pôle, où d'éternelles glacesCouvrent des mers du nord les immobiles faces:Mais la guerre, la faim, les harpons des pêcheurs,De ma froide patrie ont accru les rigueurs:J'ai fui, j'ai traversé la région humide,De l'onde hyperborée à l'onde où l'Atlantide,Terre qui nourrissait des animaux humains,Sur ses écroulements nous fraya des chemins.Je ne te dirai pas, secourable déesse,Quels périls en nageant m'ont attaqué sans cesse,De quels dragons hideux l'essaim vint m'assiéger,Comment de gouffre en gouffre il m'a fallu plonger,Et traversant des eaux l'abyme sans mesure,Fuir la dent ennemie, ou chercher ma pâture.Allais-je, quand les vents brisaient les flots moins clairsJouïr sur quelque bord de l'aspect des éclairs,M'échauffer au soleil qui dorait un rivage;Bientôt l'homme, accourant, me chassait de la plage.Tu sais de leur compagne, et de leurs jeunes fils,Combien tous mes pareils sont tendrement épris:La mienne me suivait: un tourbillon avideTous deux nous saisissant d'une force rapide,L'a jettée au plus bas de ces lits souterrainsOù grondent les volcans sous les gouffres marins,Où des monstres, rampant sous la vague profonde,Dorment appesantis au sein caché du monde.Moi, dans les grands déserts de l'humide séjour,Seul, errant, je tentais mille écueils chaque jour.J'abordai ces grands rocs, jadis impénétrables,Que rompit l'Océan de ses pieds redoutables,Lorsque de ton royaume il ouvrit les sentiers,Et divisa d'un choc les continents entiers,Portes de l'occident, ton antique passage:Là, heurté d'un requin, affamé, plein de rage,J'ai vu se présenter la mort entre ses dents....Il me suit.... le voilà qui fend les flots grondants!Déesse! sauve-moi dans tes grottes obscures.

Je suis né sous le pôle, où d'éternelles glacesCouvrent des mers du nord les immobiles faces:Mais la guerre, la faim, les harpons des pêcheurs,De ma froide patrie ont accru les rigueurs:J'ai fui, j'ai traversé la région humide,De l'onde hyperborée à l'onde où l'Atlantide,Terre qui nourrissait des animaux humains,Sur ses écroulements nous fraya des chemins.Je ne te dirai pas, secourable déesse,Quels périls en nageant m'ont attaqué sans cesse,De quels dragons hideux l'essaim vint m'assiéger,Comment de gouffre en gouffre il m'a fallu plonger,Et traversant des eaux l'abyme sans mesure,Fuir la dent ennemie, ou chercher ma pâture.Allais-je, quand les vents brisaient les flots moins clairsJouïr sur quelque bord de l'aspect des éclairs,M'échauffer au soleil qui dorait un rivage;Bientôt l'homme, accourant, me chassait de la plage.Tu sais de leur compagne, et de leurs jeunes fils,Combien tous mes pareils sont tendrement épris:La mienne me suivait: un tourbillon avideTous deux nous saisissant d'une force rapide,L'a jettée au plus bas de ces lits souterrainsOù grondent les volcans sous les gouffres marins,Où des monstres, rampant sous la vague profonde,Dorment appesantis au sein caché du monde.Moi, dans les grands déserts de l'humide séjour,Seul, errant, je tentais mille écueils chaque jour.J'abordai ces grands rocs, jadis impénétrables,Que rompit l'Océan de ses pieds redoutables,Lorsque de ton royaume il ouvrit les sentiers,Et divisa d'un choc les continents entiers,Portes de l'occident, ton antique passage:Là, heurté d'un requin, affamé, plein de rage,J'ai vu se présenter la mort entre ses dents....Il me suit.... le voilà qui fend les flots grondants!Déesse! sauve-moi dans tes grottes obscures.

Je suis né sous le pôle, où d'éternelles glaces

Couvrent des mers du nord les immobiles faces:

Mais la guerre, la faim, les harpons des pêcheurs,

De ma froide patrie ont accru les rigueurs:

J'ai fui, j'ai traversé la région humide,

De l'onde hyperborée à l'onde où l'Atlantide,

Terre qui nourrissait des animaux humains,

Sur ses écroulements nous fraya des chemins.

Je ne te dirai pas, secourable déesse,

Quels périls en nageant m'ont attaqué sans cesse,

De quels dragons hideux l'essaim vint m'assiéger,

Comment de gouffre en gouffre il m'a fallu plonger,

Et traversant des eaux l'abyme sans mesure,

Fuir la dent ennemie, ou chercher ma pâture.

Allais-je, quand les vents brisaient les flots moins clairs

Jouïr sur quelque bord de l'aspect des éclairs,

M'échauffer au soleil qui dorait un rivage;

Bientôt l'homme, accourant, me chassait de la plage.

Tu sais de leur compagne, et de leurs jeunes fils,

Combien tous mes pareils sont tendrement épris:

La mienne me suivait: un tourbillon avide

Tous deux nous saisissant d'une force rapide,

L'a jettée au plus bas de ces lits souterrains

Où grondent les volcans sous les gouffres marins,

Où des monstres, rampant sous la vague profonde,

Dorment appesantis au sein caché du monde.

Moi, dans les grands déserts de l'humide séjour,

Seul, errant, je tentais mille écueils chaque jour.

J'abordai ces grands rocs, jadis impénétrables,

Que rompit l'Océan de ses pieds redoutables,

Lorsque de ton royaume il ouvrit les sentiers,

Et divisa d'un choc les continents entiers,

Portes de l'occident, ton antique passage:

Là, heurté d'un requin, affamé, plein de rage,

J'ai vu se présenter la mort entre ses dents....

Il me suit.... le voilà qui fend les flots grondants!

Déesse! sauve-moi dans tes grottes obscures.

L'ESQUINÉÏS.

Ce phoque aura trouvé quelques retraites sûres;Croyez en votre guide: allons, seigneur Requin,Chercher quelque autre proie, et nous repaître enfin.

Ce phoque aura trouvé quelques retraites sûres;Croyez en votre guide: allons, seigneur Requin,Chercher quelque autre proie, et nous repaître enfin.

Ce phoque aura trouvé quelques retraites sûres;

Croyez en votre guide: allons, seigneur Requin,

Chercher quelque autre proie, et nous repaître enfin.

LE REQUIN.

O chétif animal! ta fausse clairvoyanceA par trop de détours lassé ma patience,Et la proie échappée à nos empressementsDe mon ample estomac irrite les tourments.L'immensité des mers est-elle dépeuplée?Toi-même crains ma gueule à six rangs dentelée.

O chétif animal! ta fausse clairvoyanceA par trop de détours lassé ma patience,Et la proie échappée à nos empressementsDe mon ample estomac irrite les tourments.L'immensité des mers est-elle dépeuplée?Toi-même crains ma gueule à six rangs dentelée.

O chétif animal! ta fausse clairvoyance

A par trop de détours lassé ma patience,

Et la proie échappée à nos empressements

De mon ample estomac irrite les tourments.

L'immensité des mers est-elle dépeuplée?

Toi-même crains ma gueule à six rangs dentelée.

L'ESQUINÉÏS.

Près de votre grandeur sous qui tremblent les eaux,Seigneur Requin, je suis au rang des vermisseaux:Mais j'éclaire pour vous les routes de l'abyme:Si votre abord les trouble, est-ce donc là mon crime?Quand de son grand œil creux ce phoque vous a vu,Il a fui le trépas qu'il a soudain prévu:Ses rames et ses pieds ont triplé de vîtesse.La force est votre lot; le mien est la souplesse;Et vous vous perdriez, mon puissant protecteur,En arrachant la vie à votre conducteur.Aux aveugles transports de vos besoins voracesJe sers d'avant-coureur dans ces vastes espaces,Où brillent devant vous, en fanal radieux,Mon dos rayé d'azur, et l'iris de mes yeux.

Près de votre grandeur sous qui tremblent les eaux,Seigneur Requin, je suis au rang des vermisseaux:Mais j'éclaire pour vous les routes de l'abyme:Si votre abord les trouble, est-ce donc là mon crime?Quand de son grand œil creux ce phoque vous a vu,Il a fui le trépas qu'il a soudain prévu:Ses rames et ses pieds ont triplé de vîtesse.La force est votre lot; le mien est la souplesse;Et vous vous perdriez, mon puissant protecteur,En arrachant la vie à votre conducteur.Aux aveugles transports de vos besoins voracesJe sers d'avant-coureur dans ces vastes espaces,Où brillent devant vous, en fanal radieux,Mon dos rayé d'azur, et l'iris de mes yeux.

Près de votre grandeur sous qui tremblent les eaux,

Seigneur Requin, je suis au rang des vermisseaux:

Mais j'éclaire pour vous les routes de l'abyme:

Si votre abord les trouble, est-ce donc là mon crime?

Quand de son grand œil creux ce phoque vous a vu,

Il a fui le trépas qu'il a soudain prévu:

Ses rames et ses pieds ont triplé de vîtesse.

La force est votre lot; le mien est la souplesse;

Et vous vous perdriez, mon puissant protecteur,

En arrachant la vie à votre conducteur.

Aux aveugles transports de vos besoins voraces

Je sers d'avant-coureur dans ces vastes espaces,

Où brillent devant vous, en fanal radieux,

Mon dos rayé d'azur, et l'iris de mes yeux.

LE REQUIN.

Tais-toi, flatteur; et plonge. On ne voit que reptilesS'unir aux grands poissons, et se prétendre utiles.Fille de l'Océan, j'implore tes secours!Mes entrailles à jeûn grondent depuis deux jours.

Tais-toi, flatteur; et plonge. On ne voit que reptilesS'unir aux grands poissons, et se prétendre utiles.Fille de l'Océan, j'implore tes secours!Mes entrailles à jeûn grondent depuis deux jours.

Tais-toi, flatteur; et plonge. On ne voit que reptiles

S'unir aux grands poissons, et se prétendre utiles.

Fille de l'Océan, j'implore tes secours!

Mes entrailles à jeûn grondent depuis deux jours.

LA MÉDITERRANÉE.

Colosse dévorant, si tes larges nageoires,Si le vaste museau recouvrant tes mâchoires,Si ta masse pesante, en flottant avec bruit,N'annonçaient pas la mort à tout ce qui te fuit,Insatiable au fond des eaux que tu traverses,Tu détruirais des mers les familles diverses.Mais cours où tes pareils sont déja réunis,Tourne tes yeux ardents vers Alger et Tunis,Des bipèdes guerriers, rois, empereurs, corsaires,Terrestres animaux, l'un de l'autre adversaires,En foule sous mes eaux se jettent demi-morts.

Colosse dévorant, si tes larges nageoires,Si le vaste museau recouvrant tes mâchoires,Si ta masse pesante, en flottant avec bruit,N'annonçaient pas la mort à tout ce qui te fuit,Insatiable au fond des eaux que tu traverses,Tu détruirais des mers les familles diverses.Mais cours où tes pareils sont déja réunis,Tourne tes yeux ardents vers Alger et Tunis,Des bipèdes guerriers, rois, empereurs, corsaires,Terrestres animaux, l'un de l'autre adversaires,En foule sous mes eaux se jettent demi-morts.

Colosse dévorant, si tes larges nageoires,

Si le vaste museau recouvrant tes mâchoires,

Si ta masse pesante, en flottant avec bruit,

N'annonçaient pas la mort à tout ce qui te fuit,

Insatiable au fond des eaux que tu traverses,

Tu détruirais des mers les familles diverses.

Mais cours où tes pareils sont déja réunis,

Tourne tes yeux ardents vers Alger et Tunis,

Des bipèdes guerriers, rois, empereurs, corsaires,

Terrestres animaux, l'un de l'autre adversaires,

En foule sous mes eaux se jettent demi-morts.

LE REQUIN.

Allons boire leur sang! Allons manger leurs corps!

Allons boire leur sang! Allons manger leurs corps!

Allons boire leur sang! Allons manger leurs corps!

LA MÉDITERRANÉE.

Tiens! reconnais la route à ces sanglantes marques....Revois déja ton phoque alentour de ces barques:Nourris-toi: laisse-lui sa part à ces festins.L'homme combat là-haut; paix à vos intestins.

Tiens! reconnais la route à ces sanglantes marques....Revois déja ton phoque alentour de ces barques:Nourris-toi: laisse-lui sa part à ces festins.L'homme combat là-haut; paix à vos intestins.

Tiens! reconnais la route à ces sanglantes marques....

Revois déja ton phoque alentour de ces barques:

Nourris-toi: laisse-lui sa part à ces festins.

L'homme combat là-haut; paix à vos intestins.

En achevant ces mots, la sombre Mer le pousseAux bords où les rameurs du fameux Barberousse,Opposés aux rameurs du puissant Charles-Quint,Préparaient un repas au grand peuple requin.

En achevant ces mots, la sombre Mer le pousseAux bords où les rameurs du fameux Barberousse,Opposés aux rameurs du puissant Charles-Quint,Préparaient un repas au grand peuple requin.

En achevant ces mots, la sombre Mer le pousse

Aux bords où les rameurs du fameux Barberousse,

Opposés aux rameurs du puissant Charles-Quint,

Préparaient un repas au grand peuple requin.

L'ESQUINÉÏS.

Ici, par-là, Seigneur!... fondez sur ce navireQui, plein d'hommes vivants, sur les écueils chavire.Avalez ces gens-ci qui, déployant leurs bras,Droit en votre gosier nagent la tête en bas.

Ici, par-là, Seigneur!... fondez sur ce navireQui, plein d'hommes vivants, sur les écueils chavire.Avalez ces gens-ci qui, déployant leurs bras,Droit en votre gosier nagent la tête en bas.

Ici, par-là, Seigneur!... fondez sur ce navire

Qui, plein d'hommes vivants, sur les écueils chavire.

Avalez ces gens-ci qui, déployant leurs bras,

Droit en votre gosier nagent la tête en bas.

LE REQUIN.

Mes frères, les Requins! souffrez, ne vous déplaise,Que j'assiste au banquet, et les gobe à mon aise.Ceux qui sont chauds et nus sont plus appétissants;Les autres, vrais poissons écailleux en tous sens,Sous leurs lames d'airain, d'acier qui s'entrechoque,Résistent en passant à la dent qui les croque.

Mes frères, les Requins! souffrez, ne vous déplaise,Que j'assiste au banquet, et les gobe à mon aise.Ceux qui sont chauds et nus sont plus appétissants;Les autres, vrais poissons écailleux en tous sens,Sous leurs lames d'airain, d'acier qui s'entrechoque,Résistent en passant à la dent qui les croque.

Mes frères, les Requins! souffrez, ne vous déplaise,

Que j'assiste au banquet, et les gobe à mon aise.

Ceux qui sont chauds et nus sont plus appétissants;

Les autres, vrais poissons écailleux en tous sens,

Sous leurs lames d'airain, d'acier qui s'entrechoque,

Résistent en passant à la dent qui les croque.

LE PHOQUE.

Oh! quel amas de chair! je me sens étouffer.

Oh! quel amas de chair! je me sens étouffer.

Oh! quel amas de chair! je me sens étouffer.

LE REQUIN.

Descendez en nos flancs: nous digérons le fer.

Descendez en nos flancs: nous digérons le fer.

Descendez en nos flancs: nous digérons le fer.

Cependant, au milieu des débris du carnage,De morses, des dauphins la multitude nage:Ces monstres comme nous se déchirent enfin,Voyant d'un œil jaloux la part de leur voisin.Mais tandis que la proie en leurs gueules arrive,La Mer, la triste Mer, pousse une voix plaintive;Hélas! sur tous ses bords, jusqu'au dernier des jours,Un lamentable ennui l'agitera toujours;Et des destructions se demandant la cause,Elle gémit; et parle à la Métempsycose.

Cependant, au milieu des débris du carnage,De morses, des dauphins la multitude nage:Ces monstres comme nous se déchirent enfin,Voyant d'un œil jaloux la part de leur voisin.Mais tandis que la proie en leurs gueules arrive,La Mer, la triste Mer, pousse une voix plaintive;Hélas! sur tous ses bords, jusqu'au dernier des jours,Un lamentable ennui l'agitera toujours;Et des destructions se demandant la cause,Elle gémit; et parle à la Métempsycose.

Cependant, au milieu des débris du carnage,

De morses, des dauphins la multitude nage:

Ces monstres comme nous se déchirent enfin,

Voyant d'un œil jaloux la part de leur voisin.

Mais tandis que la proie en leurs gueules arrive,

La Mer, la triste Mer, pousse une voix plaintive;

Hélas! sur tous ses bords, jusqu'au dernier des jours,

Un lamentable ennui l'agitera toujours;

Et des destructions se demandant la cause,

Elle gémit; et parle à la Métempsycose.

LA MÉDITERRANÉE.

D'où vient que dans mes eaux à jamais abymés,Se dévorent ainsi tant d'êtres animés,Que mon lit est sans cesse enrichi de naufrages,Et que mes flots rongeurs, creusant tous les rivages,Vers l'occident poussés d'un éternel penchant,Menacent pas à pas tout le globe en marchant?La vie est fugitive en tout ce qui respire,Comme le cours de l'onde en mon sein qui soupire,Où chaque vague, enflée au gré de mes reflux,Semble dire, je suis! tombe, et déja n'est plus.Quoi? des créations, si tout est périssable,Le néant fut-il donc le but inévitable?

D'où vient que dans mes eaux à jamais abymés,Se dévorent ainsi tant d'êtres animés,Que mon lit est sans cesse enrichi de naufrages,Et que mes flots rongeurs, creusant tous les rivages,Vers l'occident poussés d'un éternel penchant,Menacent pas à pas tout le globe en marchant?La vie est fugitive en tout ce qui respire,Comme le cours de l'onde en mon sein qui soupire,Où chaque vague, enflée au gré de mes reflux,Semble dire, je suis! tombe, et déja n'est plus.Quoi? des créations, si tout est périssable,Le néant fut-il donc le but inévitable?

D'où vient que dans mes eaux à jamais abymés,

Se dévorent ainsi tant d'êtres animés,

Que mon lit est sans cesse enrichi de naufrages,

Et que mes flots rongeurs, creusant tous les rivages,

Vers l'occident poussés d'un éternel penchant,

Menacent pas à pas tout le globe en marchant?

La vie est fugitive en tout ce qui respire,

Comme le cours de l'onde en mon sein qui soupire,

Où chaque vague, enflée au gré de mes reflux,

Semble dire, je suis! tombe, et déja n'est plus.

Quoi? des créations, si tout est périssable,

Le néant fut-il donc le but inévitable?

LA MÉTEMPSYCOSE.

Contemple l'univers dont le double ressort,Principe de durée, est la vie et la mort,Il n'est point de néant; rien ne périt; tout change.Tous les êtres, dans l'ordre où leur chaîne les range,Objets des mêmes soins en leurs instants divers,Aux yeux de la Nature également sont chers.Elle fait circuler le feu dont elle est pleineDu ver à l'éléphant, de l'huître à la baleine;Et l'animal, nourri des sucs du végétal,A la plante à son tour rend l'aliment vital.Ainsi se variant, l'ame, ni la matière,Ne consument jamais leur essence première.Du fond de l'Océan au centre du soleil,L'une, au gré d'un pouvoir à sa masse pareil,S'attire, se transforme et ne peut se détruire:L'autre, enflammant les corps prompts à se reproduire,Prodigue sa vertu, dans les airs, sous les eaux,Du dernier des poissons au premier des oiseaux,De l'humble insecte à l'homme; et ce constant miracleD'un cercle sans repos présente le spectacle.Comme en tous temps les nuits succéderont aux jours,Sur le globe amenés par les mêmes retours;Comme on voit les saisons, qui s'entraînent sans cesse,A la terre enlever et rendre sa jeunesse,Et le même flambeau, qui mesure le temps,Distribuer l'ardeur de ses rayons constants;On voit la même flamme, abondante, infinie,Source d'intelligence à la matière unie,Passer aux animaux, qui passent à jamais,Images de leur race immortelle en ses traits,Et prêter la chaleur aux organes sensiblesDes êtres expirés moules indestructibles.Ces immuables lois des atômes mouvantsFont naître de la mort tous les germes vivants:Voilà comment toujours, et semblable, et nouvelle,Ne s'épuisant jamais, la Nature éternelle,Dévorante à toute heure, et féconde en tout lieu,Attestera sans fin la puissance d'un Dieu!Le plus sublime esprit qu'ait vu le monde encore,Qui le croirait? un homme; oui, jadis Pythagore,Réfléchit, révéla ces pures vérités:Mais les fables, les temps ont voilé ses clartés;Et la transmission de l'ame universelleNe parut qu'un vain rêve au préjugé rebelle.Sans doute qu'arrêtant les regards indiscrets,Le divin Créateur veut cacher ses secrets,Et soulève l'erreur contre la créatureDont l'œil hardi se plonge au sein de la Nature.

Contemple l'univers dont le double ressort,Principe de durée, est la vie et la mort,Il n'est point de néant; rien ne périt; tout change.Tous les êtres, dans l'ordre où leur chaîne les range,Objets des mêmes soins en leurs instants divers,Aux yeux de la Nature également sont chers.Elle fait circuler le feu dont elle est pleineDu ver à l'éléphant, de l'huître à la baleine;Et l'animal, nourri des sucs du végétal,A la plante à son tour rend l'aliment vital.Ainsi se variant, l'ame, ni la matière,Ne consument jamais leur essence première.Du fond de l'Océan au centre du soleil,L'une, au gré d'un pouvoir à sa masse pareil,S'attire, se transforme et ne peut se détruire:L'autre, enflammant les corps prompts à se reproduire,Prodigue sa vertu, dans les airs, sous les eaux,Du dernier des poissons au premier des oiseaux,De l'humble insecte à l'homme; et ce constant miracleD'un cercle sans repos présente le spectacle.Comme en tous temps les nuits succéderont aux jours,Sur le globe amenés par les mêmes retours;Comme on voit les saisons, qui s'entraînent sans cesse,A la terre enlever et rendre sa jeunesse,Et le même flambeau, qui mesure le temps,Distribuer l'ardeur de ses rayons constants;On voit la même flamme, abondante, infinie,Source d'intelligence à la matière unie,Passer aux animaux, qui passent à jamais,Images de leur race immortelle en ses traits,Et prêter la chaleur aux organes sensiblesDes êtres expirés moules indestructibles.Ces immuables lois des atômes mouvantsFont naître de la mort tous les germes vivants:Voilà comment toujours, et semblable, et nouvelle,Ne s'épuisant jamais, la Nature éternelle,Dévorante à toute heure, et féconde en tout lieu,Attestera sans fin la puissance d'un Dieu!Le plus sublime esprit qu'ait vu le monde encore,Qui le croirait? un homme; oui, jadis Pythagore,Réfléchit, révéla ces pures vérités:Mais les fables, les temps ont voilé ses clartés;Et la transmission de l'ame universelleNe parut qu'un vain rêve au préjugé rebelle.Sans doute qu'arrêtant les regards indiscrets,Le divin Créateur veut cacher ses secrets,Et soulève l'erreur contre la créatureDont l'œil hardi se plonge au sein de la Nature.

Contemple l'univers dont le double ressort,

Principe de durée, est la vie et la mort,

Il n'est point de néant; rien ne périt; tout change.

Tous les êtres, dans l'ordre où leur chaîne les range,

Objets des mêmes soins en leurs instants divers,

Aux yeux de la Nature également sont chers.

Elle fait circuler le feu dont elle est pleine

Du ver à l'éléphant, de l'huître à la baleine;

Et l'animal, nourri des sucs du végétal,

A la plante à son tour rend l'aliment vital.

Ainsi se variant, l'ame, ni la matière,

Ne consument jamais leur essence première.

Du fond de l'Océan au centre du soleil,

L'une, au gré d'un pouvoir à sa masse pareil,

S'attire, se transforme et ne peut se détruire:

L'autre, enflammant les corps prompts à se reproduire,

Prodigue sa vertu, dans les airs, sous les eaux,

Du dernier des poissons au premier des oiseaux,

De l'humble insecte à l'homme; et ce constant miracle

D'un cercle sans repos présente le spectacle.

Comme en tous temps les nuits succéderont aux jours,

Sur le globe amenés par les mêmes retours;

Comme on voit les saisons, qui s'entraînent sans cesse,

A la terre enlever et rendre sa jeunesse,

Et le même flambeau, qui mesure le temps,

Distribuer l'ardeur de ses rayons constants;

On voit la même flamme, abondante, infinie,

Source d'intelligence à la matière unie,

Passer aux animaux, qui passent à jamais,

Images de leur race immortelle en ses traits,

Et prêter la chaleur aux organes sensibles

Des êtres expirés moules indestructibles.

Ces immuables lois des atômes mouvants

Font naître de la mort tous les germes vivants:

Voilà comment toujours, et semblable, et nouvelle,

Ne s'épuisant jamais, la Nature éternelle,

Dévorante à toute heure, et féconde en tout lieu,

Attestera sans fin la puissance d'un Dieu!

Le plus sublime esprit qu'ait vu le monde encore,

Qui le croirait? un homme; oui, jadis Pythagore,

Réfléchit, révéla ces pures vérités:

Mais les fables, les temps ont voilé ses clartés;

Et la transmission de l'ame universelle

Ne parut qu'un vain rêve au préjugé rebelle.

Sans doute qu'arrêtant les regards indiscrets,

Le divin Créateur veut cacher ses secrets,

Et soulève l'erreur contre la créature

Dont l'œil hardi se plonge au sein de la Nature.

Ce discours élevé, peu fait pour nos esprits,Des démons, nés savants, fut clairement compris;Et l'applaudissement couvrant la scène entièreDe ce brillant systême accueillit la lumière.Cependant le théâtre, image de nos jours,En spectacles changeants si varié toujours,Reproduit aux regards Rome jadis sanglante,Où du grand Charles-Quint la pompe triomphanteFournit un intermède au drame suspenduDont au gré des démons le fil est détendu.Au bruit de la trompette et de la mousquetade,Paraît de Charles-Quint la noble cavalcade.Des temples jour et nuit passant dans les palais,Des bords siciliens porté de dais en dais,Il revient, orgueilleux du nombre de victimesDont sa flotte engraissa les monstres des abymes,Faire admirer à tous sa magnanimitéEn héros de la paix et de l'humanité.La foule à rangs épais s'étend sur son passage,Où des arcs triomphaux l'immense échafaudageÉlève jusqu'aux cieux mille emblêmes flatteursArrachés aux cerveaux des Apollons menteurs.Les géants terrassés par le dieu des tempêtes,Les Alcides, les Mars, les aigles à deux têtes,Thémis assise encor sur le trône des lois,L'Afrique dans les fers pleurant sur son carquois,Proserpine et Cérès apportant leurs offrandes,L'abondance et les ris couronnés de guirlandes,Et les distiques vains par les muses tracés,Sont les lâches tributs des arts intéressés.Eux, chargeant de festons des planches et des toiles,Y peignirent l'olympe, et mille et mille étoiles,Qui ne trompaient pas mieux que les inscriptionsOù l'empereur se dit l'amour des nations,L'honneur du monde entier, son soleil, et sa gloire,Et le premier des dieux consacrés par l'histoire;Épuisant tous les noms que pourront obtenirTous les héros futurs des flatteurs à venir,Et condamnant ainsi la foule adulatriceA n'être en les louant que basse imitatrice.En ordre se suivaient les troupeaux de guerriers,Blêmes, et las du faix de leurs poudreux lauriers;Les traits secs et bronzés de leur mâle visageAttestaient les travaux subis par leur courage;Et ces tigres, ces ours, nés pour tout ravager,S'avançaient en moutons soumis à leur berger.Les chefs, sur des coursiers les plus beaux de la troupe,Argentés au poitrail, argentés à la croupe,Caracolaient entre eux, s'admirant plus que tous,Et fiers de leurs plumets comme les paons jaloux.Chacun, se rappelant quelques hameaux en cendre,Croyait sur Bucéphale être un autre Alexandre;Et de loin leur orgueil saluait d'un sourisLes balcons où venaient s'offrir leurs Thalestris.Des nombreux fantassins les phalanges plus lentesPortaient de vingt pays les enseignes sanglantes:Leurs pas se mesuraient au bruit de leurs tambours.De la cérémonie augmentant le concours,Les captifs africains, sous leurs habits mauresques,Relevaient ces aspects rendus plus pittoresques.Derrière eux, cheminaient les esclaves chrétiens,Dont avec trop d'éclat on brisa les liens:Des veuves saintement portant des croix, des cierges,Et des filles de Dieu, que l'homme croyait vierges,Bénissant le vainqueur, s'unissaient pour chanterSes modestes vertus qui se laissaient vanter.Sur des chars qui traînaient d'élégantes altesses,Squillace, la plus belle au milieu des princesses,Montrait les lys d'un sein de joie épanoui,Trésor dont l'empereur avait, dit-on, joui.Un brillant équipage attirait après elleL'aimable Bisignan, trahie, et non moins belle;Épouse d'un vieux prince, elle sut galammentDe son jeune empereur faire un heureux amant:Mais de lui négligée, et refusant d'y croire,Du rang de sa rivale elle affecte la gloire,Et, sur ses diamants, dans ses amples velours,Semble éclater le prix de ses libres amours.Un cortége empressé qui suit la favoritePrécède avec splendeur celui de Marguerite,Fille de Charles-Quint, fruit des baisers secretsQui d'une mère pauvre ont souillé les attraits;L'orpheline Vangest, belle et dans l'indigence,Chez un comte flamand cachait son innocence:Son bienfaiteur pervers, courtisan assidu,Se voulut enrichir aux frais de sa vertu:Charles-Quint sur ses pas la vit dans une fête,Et charmé, la voulut revoir en tête-à-tête:Marguerite naquit de leur lit clandestin,Et l'illustre empereur illustra son destin:Mille bouches aussi répétaient à la ronde;«Hommage à la vertu de ce maître du monde!»Alarçon et Dugast, de leurs crimes honteux,Révélaient le salaire en leur luxe pompeux.Le prince Bisignan, plein d'orgueil en son ame,Marchait, levant un front rehaussé par sa femme;Et son génie actif n'attribuait qu'à soiTant de gouvernements qu'il obtint de son roi.Les grands, les chanceliers, les chambellans dociles,Portaient le globe d'or, le pain, les clés des villes.Apôtres du seigneur, confessez qu'en ce lieuVous rendiez à César ce qu'on ne doit qu'à Dieu:Marchiez-vous sous le lin, humbles de contenance?Non, sous des chapes d'or, fiers de votre opulence;Crossés et mitrés d'or, vous guidiez pesammentVotre grave empereur comme un Saint-Sacrement.Les princes de l'état, vos rivaux hypocrites,Étalaient sous les yeux deux couronnes bénites;L'une de fer, jadis l'orgueil des rois lombards;L'autre d'argent, non moins respectable aux regards,Bandeau que d'âge en âge un vieux glaive accompagne,Et qu'autrefois, dans Aix, consacra Charlemagne.Une couronne d'or les suit; mais sa splendeurDu front de Charles-Quint décore la grandeur.Sous le damas et l'or d'un haut dais magnifique,Charles, sur un coursier, fils bouillant de l'Afrique,Dont le col, et le frein, et les pieds brillants d'or,Rélèvent une housse où l'or éclate encor,Tenant un sceptre, enflé de pourpre impériale,Affectait dans son port la clémence royale.Il marchait entouré de nobles chevaliersQue de la toison d'or surchargeaient les colliers,Et qui, du riche dais soutenant l'étalage,Formaient sous le harnois son superbe attelage.Quatre seigneurs tenaient la bride et l'étrier:Le sot peuple en chacun voit un palefrenier:Trop vil, des nobles rangs sait-il quelle est la marque,Que plus les grands sont bas, plus grand est le monarque,Et que ces nobles, fiers de leur servilité,Pour s'arracher la bride avaient deux mois lutté?Le vulgaire, ébloui du train des équipages,Confondait en passant les valets et les pages,Adonis galonnés, que les dames de courPour le même service épuisaient tour-à-tour.Vingt prêtres sur leur mule, ô quel pieux exemple!Conduisent Charles-Quint jusqu'aux parvis du temple:Il entre; et mille feux, jaillissant en éclats,Sur les arcs triomphaux croulants avec fracas,Se consument dans l'air en astres phosphoriques,Et ne laissent, au lieu de ces marbres antiques,Fondement des palais érigés autrefois,Que des amas poudreux de cartons et de bois,Reste décoloré de ces vains artificesPour qui sont des Titus tombés les édifices.Un voile, se roulant devant les spectateurs,Du sanctuaire enfin découvre les acteurs.Au son des instruments déja les voix uniesRemplissent tout le chœur de saintes harmonies:Et lorsque l'empereur, courbé sur un coussin,Du pape couronné sur un trône voisinEut, en baisant son pied, scellé les impostures,On vit, en s'embrassant, rire ces grands augures.

Ce discours élevé, peu fait pour nos esprits,Des démons, nés savants, fut clairement compris;Et l'applaudissement couvrant la scène entièreDe ce brillant systême accueillit la lumière.Cependant le théâtre, image de nos jours,En spectacles changeants si varié toujours,Reproduit aux regards Rome jadis sanglante,Où du grand Charles-Quint la pompe triomphanteFournit un intermède au drame suspenduDont au gré des démons le fil est détendu.

Ce discours élevé, peu fait pour nos esprits,

Des démons, nés savants, fut clairement compris;

Et l'applaudissement couvrant la scène entière

De ce brillant systême accueillit la lumière.

Cependant le théâtre, image de nos jours,

En spectacles changeants si varié toujours,

Reproduit aux regards Rome jadis sanglante,

Où du grand Charles-Quint la pompe triomphante

Fournit un intermède au drame suspendu

Dont au gré des démons le fil est détendu.

Au bruit de la trompette et de la mousquetade,Paraît de Charles-Quint la noble cavalcade.Des temples jour et nuit passant dans les palais,Des bords siciliens porté de dais en dais,Il revient, orgueilleux du nombre de victimesDont sa flotte engraissa les monstres des abymes,Faire admirer à tous sa magnanimitéEn héros de la paix et de l'humanité.La foule à rangs épais s'étend sur son passage,Où des arcs triomphaux l'immense échafaudageÉlève jusqu'aux cieux mille emblêmes flatteursArrachés aux cerveaux des Apollons menteurs.Les géants terrassés par le dieu des tempêtes,Les Alcides, les Mars, les aigles à deux têtes,Thémis assise encor sur le trône des lois,L'Afrique dans les fers pleurant sur son carquois,Proserpine et Cérès apportant leurs offrandes,L'abondance et les ris couronnés de guirlandes,Et les distiques vains par les muses tracés,Sont les lâches tributs des arts intéressés.Eux, chargeant de festons des planches et des toiles,Y peignirent l'olympe, et mille et mille étoiles,Qui ne trompaient pas mieux que les inscriptionsOù l'empereur se dit l'amour des nations,L'honneur du monde entier, son soleil, et sa gloire,Et le premier des dieux consacrés par l'histoire;Épuisant tous les noms que pourront obtenirTous les héros futurs des flatteurs à venir,Et condamnant ainsi la foule adulatriceA n'être en les louant que basse imitatrice.En ordre se suivaient les troupeaux de guerriers,Blêmes, et las du faix de leurs poudreux lauriers;Les traits secs et bronzés de leur mâle visageAttestaient les travaux subis par leur courage;Et ces tigres, ces ours, nés pour tout ravager,S'avançaient en moutons soumis à leur berger.Les chefs, sur des coursiers les plus beaux de la troupe,Argentés au poitrail, argentés à la croupe,Caracolaient entre eux, s'admirant plus que tous,Et fiers de leurs plumets comme les paons jaloux.Chacun, se rappelant quelques hameaux en cendre,Croyait sur Bucéphale être un autre Alexandre;Et de loin leur orgueil saluait d'un sourisLes balcons où venaient s'offrir leurs Thalestris.Des nombreux fantassins les phalanges plus lentesPortaient de vingt pays les enseignes sanglantes:Leurs pas se mesuraient au bruit de leurs tambours.De la cérémonie augmentant le concours,Les captifs africains, sous leurs habits mauresques,Relevaient ces aspects rendus plus pittoresques.Derrière eux, cheminaient les esclaves chrétiens,Dont avec trop d'éclat on brisa les liens:Des veuves saintement portant des croix, des cierges,Et des filles de Dieu, que l'homme croyait vierges,Bénissant le vainqueur, s'unissaient pour chanterSes modestes vertus qui se laissaient vanter.Sur des chars qui traînaient d'élégantes altesses,Squillace, la plus belle au milieu des princesses,Montrait les lys d'un sein de joie épanoui,Trésor dont l'empereur avait, dit-on, joui.Un brillant équipage attirait après elleL'aimable Bisignan, trahie, et non moins belle;Épouse d'un vieux prince, elle sut galammentDe son jeune empereur faire un heureux amant:Mais de lui négligée, et refusant d'y croire,Du rang de sa rivale elle affecte la gloire,Et, sur ses diamants, dans ses amples velours,Semble éclater le prix de ses libres amours.Un cortége empressé qui suit la favoritePrécède avec splendeur celui de Marguerite,Fille de Charles-Quint, fruit des baisers secretsQui d'une mère pauvre ont souillé les attraits;L'orpheline Vangest, belle et dans l'indigence,Chez un comte flamand cachait son innocence:Son bienfaiteur pervers, courtisan assidu,Se voulut enrichir aux frais de sa vertu:Charles-Quint sur ses pas la vit dans une fête,Et charmé, la voulut revoir en tête-à-tête:Marguerite naquit de leur lit clandestin,Et l'illustre empereur illustra son destin:Mille bouches aussi répétaient à la ronde;«Hommage à la vertu de ce maître du monde!»Alarçon et Dugast, de leurs crimes honteux,Révélaient le salaire en leur luxe pompeux.Le prince Bisignan, plein d'orgueil en son ame,Marchait, levant un front rehaussé par sa femme;Et son génie actif n'attribuait qu'à soiTant de gouvernements qu'il obtint de son roi.Les grands, les chanceliers, les chambellans dociles,Portaient le globe d'or, le pain, les clés des villes.Apôtres du seigneur, confessez qu'en ce lieuVous rendiez à César ce qu'on ne doit qu'à Dieu:Marchiez-vous sous le lin, humbles de contenance?Non, sous des chapes d'or, fiers de votre opulence;Crossés et mitrés d'or, vous guidiez pesammentVotre grave empereur comme un Saint-Sacrement.Les princes de l'état, vos rivaux hypocrites,Étalaient sous les yeux deux couronnes bénites;L'une de fer, jadis l'orgueil des rois lombards;L'autre d'argent, non moins respectable aux regards,Bandeau que d'âge en âge un vieux glaive accompagne,Et qu'autrefois, dans Aix, consacra Charlemagne.Une couronne d'or les suit; mais sa splendeurDu front de Charles-Quint décore la grandeur.Sous le damas et l'or d'un haut dais magnifique,Charles, sur un coursier, fils bouillant de l'Afrique,Dont le col, et le frein, et les pieds brillants d'or,Rélèvent une housse où l'or éclate encor,Tenant un sceptre, enflé de pourpre impériale,Affectait dans son port la clémence royale.Il marchait entouré de nobles chevaliersQue de la toison d'or surchargeaient les colliers,Et qui, du riche dais soutenant l'étalage,Formaient sous le harnois son superbe attelage.Quatre seigneurs tenaient la bride et l'étrier:Le sot peuple en chacun voit un palefrenier:Trop vil, des nobles rangs sait-il quelle est la marque,Que plus les grands sont bas, plus grand est le monarque,Et que ces nobles, fiers de leur servilité,Pour s'arracher la bride avaient deux mois lutté?Le vulgaire, ébloui du train des équipages,Confondait en passant les valets et les pages,Adonis galonnés, que les dames de courPour le même service épuisaient tour-à-tour.Vingt prêtres sur leur mule, ô quel pieux exemple!Conduisent Charles-Quint jusqu'aux parvis du temple:Il entre; et mille feux, jaillissant en éclats,Sur les arcs triomphaux croulants avec fracas,Se consument dans l'air en astres phosphoriques,Et ne laissent, au lieu de ces marbres antiques,Fondement des palais érigés autrefois,Que des amas poudreux de cartons et de bois,Reste décoloré de ces vains artificesPour qui sont des Titus tombés les édifices.Un voile, se roulant devant les spectateurs,Du sanctuaire enfin découvre les acteurs.Au son des instruments déja les voix uniesRemplissent tout le chœur de saintes harmonies:Et lorsque l'empereur, courbé sur un coussin,Du pape couronné sur un trône voisinEut, en baisant son pied, scellé les impostures,On vit, en s'embrassant, rire ces grands augures.

Au bruit de la trompette et de la mousquetade,

Paraît de Charles-Quint la noble cavalcade.

Des temples jour et nuit passant dans les palais,

Des bords siciliens porté de dais en dais,

Il revient, orgueilleux du nombre de victimes

Dont sa flotte engraissa les monstres des abymes,

Faire admirer à tous sa magnanimité

En héros de la paix et de l'humanité.

La foule à rangs épais s'étend sur son passage,

Où des arcs triomphaux l'immense échafaudage

Élève jusqu'aux cieux mille emblêmes flatteurs

Arrachés aux cerveaux des Apollons menteurs.

Les géants terrassés par le dieu des tempêtes,

Les Alcides, les Mars, les aigles à deux têtes,

Thémis assise encor sur le trône des lois,

L'Afrique dans les fers pleurant sur son carquois,

Proserpine et Cérès apportant leurs offrandes,

L'abondance et les ris couronnés de guirlandes,

Et les distiques vains par les muses tracés,

Sont les lâches tributs des arts intéressés.

Eux, chargeant de festons des planches et des toiles,

Y peignirent l'olympe, et mille et mille étoiles,

Qui ne trompaient pas mieux que les inscriptions

Où l'empereur se dit l'amour des nations,

L'honneur du monde entier, son soleil, et sa gloire,

Et le premier des dieux consacrés par l'histoire;

Épuisant tous les noms que pourront obtenir

Tous les héros futurs des flatteurs à venir,

Et condamnant ainsi la foule adulatrice

A n'être en les louant que basse imitatrice.

En ordre se suivaient les troupeaux de guerriers,

Blêmes, et las du faix de leurs poudreux lauriers;

Les traits secs et bronzés de leur mâle visage

Attestaient les travaux subis par leur courage;

Et ces tigres, ces ours, nés pour tout ravager,

S'avançaient en moutons soumis à leur berger.

Les chefs, sur des coursiers les plus beaux de la troupe,

Argentés au poitrail, argentés à la croupe,

Caracolaient entre eux, s'admirant plus que tous,

Et fiers de leurs plumets comme les paons jaloux.

Chacun, se rappelant quelques hameaux en cendre,

Croyait sur Bucéphale être un autre Alexandre;

Et de loin leur orgueil saluait d'un souris

Les balcons où venaient s'offrir leurs Thalestris.

Des nombreux fantassins les phalanges plus lentes

Portaient de vingt pays les enseignes sanglantes:

Leurs pas se mesuraient au bruit de leurs tambours.

De la cérémonie augmentant le concours,

Les captifs africains, sous leurs habits mauresques,

Relevaient ces aspects rendus plus pittoresques.

Derrière eux, cheminaient les esclaves chrétiens,

Dont avec trop d'éclat on brisa les liens:

Des veuves saintement portant des croix, des cierges,

Et des filles de Dieu, que l'homme croyait vierges,

Bénissant le vainqueur, s'unissaient pour chanter

Ses modestes vertus qui se laissaient vanter.

Sur des chars qui traînaient d'élégantes altesses,

Squillace, la plus belle au milieu des princesses,

Montrait les lys d'un sein de joie épanoui,

Trésor dont l'empereur avait, dit-on, joui.

Un brillant équipage attirait après elle

L'aimable Bisignan, trahie, et non moins belle;

Épouse d'un vieux prince, elle sut galamment

De son jeune empereur faire un heureux amant:

Mais de lui négligée, et refusant d'y croire,

Du rang de sa rivale elle affecte la gloire,

Et, sur ses diamants, dans ses amples velours,

Semble éclater le prix de ses libres amours.

Un cortége empressé qui suit la favorite

Précède avec splendeur celui de Marguerite,

Fille de Charles-Quint, fruit des baisers secrets

Qui d'une mère pauvre ont souillé les attraits;

L'orpheline Vangest, belle et dans l'indigence,

Chez un comte flamand cachait son innocence:

Son bienfaiteur pervers, courtisan assidu,

Se voulut enrichir aux frais de sa vertu:

Charles-Quint sur ses pas la vit dans une fête,

Et charmé, la voulut revoir en tête-à-tête:

Marguerite naquit de leur lit clandestin,

Et l'illustre empereur illustra son destin:

Mille bouches aussi répétaient à la ronde;

«Hommage à la vertu de ce maître du monde!»

Alarçon et Dugast, de leurs crimes honteux,

Révélaient le salaire en leur luxe pompeux.

Le prince Bisignan, plein d'orgueil en son ame,

Marchait, levant un front rehaussé par sa femme;

Et son génie actif n'attribuait qu'à soi

Tant de gouvernements qu'il obtint de son roi.

Les grands, les chanceliers, les chambellans dociles,

Portaient le globe d'or, le pain, les clés des villes.

Apôtres du seigneur, confessez qu'en ce lieu

Vous rendiez à César ce qu'on ne doit qu'à Dieu:

Marchiez-vous sous le lin, humbles de contenance?

Non, sous des chapes d'or, fiers de votre opulence;

Crossés et mitrés d'or, vous guidiez pesamment

Votre grave empereur comme un Saint-Sacrement.

Les princes de l'état, vos rivaux hypocrites,

Étalaient sous les yeux deux couronnes bénites;

L'une de fer, jadis l'orgueil des rois lombards;

L'autre d'argent, non moins respectable aux regards,

Bandeau que d'âge en âge un vieux glaive accompagne,

Et qu'autrefois, dans Aix, consacra Charlemagne.

Une couronne d'or les suit; mais sa splendeur

Du front de Charles-Quint décore la grandeur.

Sous le damas et l'or d'un haut dais magnifique,

Charles, sur un coursier, fils bouillant de l'Afrique,

Dont le col, et le frein, et les pieds brillants d'or,

Rélèvent une housse où l'or éclate encor,

Tenant un sceptre, enflé de pourpre impériale,

Affectait dans son port la clémence royale.

Il marchait entouré de nobles chevaliers

Que de la toison d'or surchargeaient les colliers,

Et qui, du riche dais soutenant l'étalage,

Formaient sous le harnois son superbe attelage.

Quatre seigneurs tenaient la bride et l'étrier:

Le sot peuple en chacun voit un palefrenier:

Trop vil, des nobles rangs sait-il quelle est la marque,

Que plus les grands sont bas, plus grand est le monarque,

Et que ces nobles, fiers de leur servilité,

Pour s'arracher la bride avaient deux mois lutté?

Le vulgaire, ébloui du train des équipages,

Confondait en passant les valets et les pages,

Adonis galonnés, que les dames de cour

Pour le même service épuisaient tour-à-tour.

Vingt prêtres sur leur mule, ô quel pieux exemple!

Conduisent Charles-Quint jusqu'aux parvis du temple:

Il entre; et mille feux, jaillissant en éclats,

Sur les arcs triomphaux croulants avec fracas,

Se consument dans l'air en astres phosphoriques,

Et ne laissent, au lieu de ces marbres antiques,

Fondement des palais érigés autrefois,

Que des amas poudreux de cartons et de bois,

Reste décoloré de ces vains artifices

Pour qui sont des Titus tombés les édifices.

Un voile, se roulant devant les spectateurs,

Du sanctuaire enfin découvre les acteurs.

Au son des instruments déja les voix unies

Remplissent tout le chœur de saintes harmonies:

Et lorsque l'empereur, courbé sur un coussin,

Du pape couronné sur un trône voisin

Eut, en baisant son pied, scellé les impostures,

On vit, en s'embrassant, rire ces grands augures.

PASQUIN.


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