LXXIV

Cependant le temps marchait avec son impassible régularité, et, quoique harcelée de tous côtés par les bandes de Pronio, de Gaetano Mammone et de Fra-Diavolo, l'armée française suivait, aussi impassible que le temps, sa triple route à travers les Abruzzes, la Terre de Labour et cette partie de la Campanie dont la mer Tyrrhénienne baigne le rivage. On était averti à Naples de tous les mouvements des républicains, et l'on y avait su, dès le 20, que le corps principal, c'est-à-dire celui qui était commandé par le général Championnet en personne, avait campé le 18 au soir à San-Germano et s'avançait sur Capoue par Mignano et Calvi.

Le 20, à huit heures du matin, le prince de Maliterno et le duc de Rocca-Romana, chacun à la tête d'un régiment de volontaires recrutés parmi la jeunesse noble ou riche de Naples et de ses environs, étaient venus prendre congé de la reine et étaient partis pour marcher au-devant des républicains.

Plus le danger approchait, plus se séparaient en deux camps opposés le parti du roi et celui de la reine.

Le parti du roi se composait du cardinal Ruffo, de l'amiral Caracciolo, du ministre de la guerre Ariola, et de tous ceux qui, tenant à l'honneur du nom napolitain, voulaient la résistance à tout prix et la défense de Naples poussée à la dernière extrémité.

Le parti de la reine, se composant de sir William, d'Emma Lyonna, de Nelson, d'Acton, de Castelcicala, de Vanni et de Guidobaldi, voulait l'abandon de Naples, la fuite prompte et sans lutte comme sans délai.

Puis, au milieu de tout cela, un grand trouble agitait l'esprit de la reine; elle craignait d'un moment à l'autre le retour de Ferrari. Le roi, se voyant insolemment trompé, sachant enfin à qui il devait s'en prendre de tous les désastres qui accablaient le royaume, pouvait, comme les natures faibles, puiser dans sa terreur même un moment d'énergie et de volonté... et, pendant ce moment, échapper pour toujours à cette pression qu'opéraient sur lui depuis vingt ans un ministre qu'il n'avait jamais aimé et une épouse qu'il n'aimait plus. Tant qu'elle avait été jeune et belle, Caroline avait eu à sa disposition un moyen infaillible de ramener le roi à elle, et elle en avait usé; mais elle commençait, comme dit Shakspeare, à descendre la vallée de la vie, et le roi, entouré de jeunes et jolies femmes, échappait facilement à ses fascinations.

Dans la soirée, du 20, il y eut conseil d'État: le roi se prononça ouvertement et fermement pour la défense.

Le conseil fut clos à minuit.

De minuit à une heure, la reine resta dans la chambre obscure, et elle ramena chez elle Pasquale de Simone, lequel, reçut des instructions secrètes de la bouche d'Acton, qui l'attendait chez la reine. A une heure et demie, Dick partit pour Bénévent, où, depuis deux jours déjà, avait été envoyé, par un palefrenier de confiance, un des chevaux les plus vites des écuries d'Acton.

La journée du 21 s'ouvrit par un de ces ouragans qui, à Naples, durent habituellement trois jours, et qui ont donné lieu à ce proverbe:Nasce, pasce, mori; il naît, se repaît et meurt.

Malgré les alternatives de pluie tombant par ondées, de vent soufflant par rafales, le peuple, qui avait ce vague sentiment d'une grande catastrophe, encombrait, plein d'émotion, les rues, les places, les carrefours.

Mais ce qui indiquait quelque circonstance extraordinaire, c'est que ce n'était point dans les vieux quartiers que le peuple se pressait; et, quand nous disons le peuple, nous disons cette multitude de mariniers, de pêcheurs et de lazzaroni qui tient lieu de peuple à Naples. On remarquait, au contraire, des groupes nombreux et animés, parlant haut, gesticulant avec rage, dispersés de la strada del Molo à la place du Palais, c'est-à-dire sur toute l'étendue du largo del Castello, du théâtre de San-Carlo et de la rue de Chiaïa. Ces groupes semblaient, tout en enveloppant le palais royal, veiller sur la rue de Tolède et la strada del Piliero. Enfin, au milieu de ces groupes, trois hommes, fatalement connus déjà dans les émeutes précédentes, parlaient plus haut et s'agitaient plus ardemment. Ces trois hommes, c'étaient Pasquale de Simone, le beccaïo, rendu hideux par la cicatrice qui lui balafrait le visage et lui fendait l'oeil, et fra Pacifico, qui, sans être dans le secret, sans savoir de quoi il était question, lâchant la bride à son caractère violent et tapageur, frappait de son bâton de laurier, tantôt le pavé, tantôt la muraille, tantôt le pauvre Jacobino, bouc émissaire des passions du terrible franciscain.

Toute cette foule, sans savoir ce qu'elle attendait, semblait attendre quelqu'un ou quelque chose; et le roi, qui n'en savait pas plus qu'elle, mais que ce rassemblement inquiétait, caché derrière la jalousie d'une fenêtre de l'entre-sol, regardait, tout en caressant machinalement Jupiter, cette foule qui faisait de temps en temps, comme un roulement de tonnerre ou un rugissement de l'eau, entendre le double cri de «Vive le roi!» et de «Mort aux jacobins!»

La reine, qui s'était informée où était le roi, se tenait dans la pièce à côté avec Acton, prête à agir selon les circonstances, tandis qu'Emma, dans l'appartement de la reine, emballait avec la San-Marco les papiers les plus secrets et les bijoux les plus précieux de sa royale amie.

Vers onze heures, un jeune homme déboucha, au grand galop d'un cheval anglais, par le pont de la Madeleine, suivit la Marinella, la strada Nuova, la rue du Pilier, le largo Castello, la rue Saint-Charles, échangea des signes avec Pasquale de Simone et le beccaïo, s'engouffra par la grande porte dans les cours du palais royal, sauta sur les dalles, jeta la bride de son cheval aux mains d'un palefrenier, et, comme s'il eût su d'avance où retrouver la reine, entra dans le cabinet où elle attendait avec Acton, et dont, comme par enchantement, la porte, à son approche, s'ouvrit devant lui.

—Eh bien? demandèrent ensemble la reine et Acton.

—Il me suit, dit-il.

—Dans combien de temps, à peu près, sera-t-il ici?

—Dans une demi-heure.

—Ceux qui l'attendent sont-ils prévenus?

—Oui.

—Eh bien, allez chez moi, et dites à lady Hamilton de prévenir Nelson.

Le jeune homme monta par les escaliers de service avec une rapidité qui indiquait combien lui étaient familiers tous les détours du palais, et transmit à Emma Lyonna les désirs de la reine.

—Avez-vous un homme sûr pour porter un billet à milord Nelson?

—Moi, répondit le jeune homme.

—Vous savez qu'il n'y a pas de temps à perdre.

—Je m'en doute.

—Alors...

Elle prit une plume, de l'encre, une feuille de papier sur le secrétaire de la reine et écrivit cette seule ligne:

«Ce sera probablement pour ce soir; tenez-vous prêt.

»EMMA.»

Le jeune homme, avec la même promptitude qu'il avait mise à monter les escaliers, les descendit, traversa les cours, prit la pente qui conduit au port militaire, se jeta dans une barque, et, malgré le vent et la pluie, se fit conduire auVan-Guard, qui, ses mâts de perroquet abattus, pour donner moins de prise à la tempête, se tenait à cinq ou six encablures du port militaire, affourché sur ses ancres, environné des autres bâtiments anglais et portugais placés sous les ordres de l'amiral Nelson.

Le jeune homme, qui—nos lecteurs l'ont deviné—n'était autre que Richard, se fit reconnaître de l'amiral, monta lestement l'escalier de tribord, trouva Nelson dans sa cabine et lui remit le billet.

—Les ordres de Sa Majesté vont être exécutés, dit Nelson; et, pour que vous en rendiez bon témoignage, vous-même en serez porteur.

—Henry, dit Nelson à son capitaine de pavillon, faites armer le canot et que l'on se tienne prêt à conduire monsieur à bord de l'Alcmène.

Puis, mettant le billet d'Emma dans sa poitrine, il écrivit à son tour:

«Très-secret5.

«Très-secret5.

«Très-secret5.

Note 5:(retour)Inutile de dire que l'auteur a entre les mains tous les autographes de ces billets.

Inutile de dire que l'auteur a entre les mains tous les autographes de ces billets.

»Trois barques et le petit cutter del'Alcmène, armés d'armes blanches seulement, pour se trouver à la Vittoria à sept heures et demie précises.

»Une seule barque accostera; les autres se tiendront à une certaine distance, les rames dressées. La barque qui accostera sera celle duVan-Guard.

»Toutes les barques seront réunies à bord del'Alcmèneavant sept heures, sous les ordres du commandant Hope.

»Les grappins dans les chaloupes.

» Toutes les autres chaloupes duVan-Guardet del'Alcmène, armées de couteaux, et les canots avec leurs caronades seront réunis à bord duVan-Guard, sous le commandement du capitaine Hardi, qui s'en éloignera à huit heures précises pour prendre la mer à moitié chemin du Molosiglio.

»Chaque chaloupe devra porter de quatre à six soldats.

»Dans le cas où l'on aurait besoin de secours, faire des signaux au moyen de feux.

»HORACE NELSON.

»HORACE NELSON.

»HORACE NELSON.

»L'Alcmènese tiendra prête à filer dans la nuit, si la chose est nécessaire.»

Pendant que ces ordres étaient reçus avec un respect égal à la ponctualité avec laquelle ils devaient être exécutés, un second courrier débouchait à son tour du pont de la Madeleine, et, suivant la route du premier, s'engageait sur le quai de la Marinella, longeait la strada Nuova et arrivait à la strada del Piliero.

Là, il commença de trouver la foule plus épaisse, et, malgré son costume, dans lequel il était facile de reconnaître un courrier du cabinet du roi, il éprouva de la difficulté à continuer son chemin, en conservant à son cheval la même allure. D'ailleurs, comme s'ils l'eussent fait exprès, des hommes du peuple se faisaient heurter par son cheval, et, mécontents du heurt, commençaient à l'injurier. Ferrari, car c'était lui, habitué à voir respecter son uniforme, répondit d'abord par quelques coups de fouet solidement sanglés à droite et à gauche. Les lazzaroni s'écartèrent et se turent par habitude. Mais, comme il arrivait à l'angle du théâtre Saint-Charles, un homme voulut croiser le cheval, et le croisa si maladroitement, qu'il fut renversé par lui.

—Mes amis, cria-t-il en tombant, ce n'est pas un courrier du roi, comme son costume pourrait vous le faire croire. C'est un jacobin déguisé qui se sauve! A mort le jacobin! à mort!

Les cris «Le jacobin! le jacobin! à mort le jacobin!» retentirent alors dans la foule.

Pasquale de Simone lança au cheval son couteau, qui entra jusqu'au manche au défaut de l'épaule.

Le beccaïo se précipita à la tête, et, habitué à saigner les brebis et les moutons, il lui ouvrit l'artère du cou.

Le cheval se dressa, hennit de douleur, battit l'air de ses pieds de devant, tandis qu'un flot de sang jaillissait sur les assistants.

La vue du sang a une influence magique sur les peuples méridionaux. A peine les lazzaroni se sentirent-ils arrosés par la rouge et tiède liqueur, à peine respirèrent-ils l'acre parfum qu'elle répand, qu'ils se ruèrent avec des cris féroces sur l'homme et sur le cheval.

Ferrari sentit que, si son cheval s'abattait, il était perdu. Il le soutint tant qu'il put de la bride et des jambes; mais le malheureux animal était blessé mortellement. Il se jeta, en trébuchant, à gauche et à droite, puis il butta des jambes de devant, se releva par un effort désespéré de son maître, et fit un bond en avant. Ferrari sentit que sa monture pliait sous lui. Il n'était qu'à cinquante pas du corps de garde du palais: il appela au secours; mais le bruit de sa voix se perdit dans les cris, cent fois répétés, «A mort le jacobin!» Il saisit un pistolet dans ses fontes, espérant que la détonation serait mieux entendue que ses cris. En ce moment, son cheval s'abattit. La secousse fit partir le pistolet au hasard, et la balle alla frapper un jeune garçon de huit ou dix ans, qui tomba.

—Il assassine les enfants! cria une voix.

A ce cri, fra Pacifico, qui s'était, jusque-là, tenu assez tranquille, se rua dans la foule, qu'il écarta de ses coudes aigus et durs comme des coins de chêne. Il pénétra jusqu'au centre de la mêlée au moment où, tombé avec son cheval, le malheureux Ferrari essayait de se remettre sur ses pieds. Avant qu'il y fût parvenu, la massue du moine s'abattait sur sa tête; il tomba comme un boeuf frappé du maillet. Mais ce n'était point cela qu'on voulait: c'était sous les yeux du roi que Ferrari devait mourir. Les cinq ou six sbires qui étaient dans le secret du drame, entourèrent le corps et le défendirent, tandis que le beccaïo, le traînant par les pieds, criait:

—Place au jacobin!

On laissa le cadavre du cheval où il était, mais après l'avoir dépouillé, et l'on suivit le beccaïo. Au bout de vingt pas, on se trouva en face de la fenêtre du roi. Voulant savoir la cause de cet effroyable tumulte, le roi ouvrit la jalousie. A sa vue, les cris se changèrent en vociférations. En entendant ces hurlements, le roi crut qu'effectivement c'était quelque jacobin dont on faisait justice. Il ne détestait point cette manière de le débarrasser de ces ennemis. Il salua le peuple, le sourire sur les lèvres; le peuple, se sentant encouragé, voulu montrer à son roi qu'il était digne de lui. Il souleva le malheureux Ferrari, sanglant, déchiré, mutilé, mais vivant encore, entre ses bras; le cadavre venait de reprendre connaissance: il ouvrit les yeux, reconnut le roi, étendit les bras vers lui en criant:

—A l'aide! au secours! Sire, c'est moi! moi, votre Ferrari!

A cette vue inattendue, terrible, inexplicable, le roi se rejeta en arrière et alla dans les profondeurs de la chambre tomber à moitié évanoui sur un fauteuil,—tandis qu'au contraire, Jupiter, qui, n'étant ni homme ni roi, n'avait aucune raison d'être ingrat, jeta un hurlement de douleur, et, les yeux sanglants, l'écume à la bouche, sautant par la fenêtre, s'élança au secours de son ami.

Dans ce moment, la porte de la chambre s'ouvrit: la reine entra, saisit le roi par la main, le força de se lever, le traîna vers la fenêtre, et, lui montrant ce peuple de cannibales qui se partageait les morceaux de Ferrari:

—Sire, dit-elle, vous voyez les hommes sur lesquels vous comptez pour la défense de Naples et pour la nôtre; aujourd'hui, ils égorgent vos serviteurs; demain, ils égorgeront nos enfants; après-demain, ils nous égorgeront nous-mêmes. Persistez-vous toujours dans votre désir de rester?

—Faites tout préparer! s'écria le roi: ce soir, je pars...

Et, croyant toujours voir l'égorgement du malheureux Ferrari, croyant toujours entendre sa voix mourante qui appelait au secours, il s'enfuit la tête dans les mains, fermant les yeux, bouchant ses oreilles et se réfugiant dans celle des chambres de ses appartements qui était la plus éloignée de la rue.

Lorsqu'il en sortit, deux heures après, la première chose qu'il vit, fut Jupiter couché tout sanglant sur un morceau de drap qui paraissait, par des restes de fourrure et des fragments de brandebourgs, avoir appartenu au malheureux courrier.

Le roi s'agenouilla près de Jupiter, s'assura que son favori n'avait aucune blessure grave, et, désirant savoir sur quoi le fidèle et courageux animal était couché, il tira de dessous lui, malgré ses gémissements, un fragment de la veste de Ferrari que le chien avait disputé et arraché à ses bourreaux.

Par un hasard providentiel, ce morceau était celui où se trouvait la poche de cuir destinée à renfermer les dépêches; le roi ouvrit le bouton qui la fermait et trouva intact le pli impérial que le courrier rapportait en réponse à sa lettre.

Le roi rendit à Jupiter le lambeau de vêtement, sur lequel celui-ci se recoucha en poussant un hurlement lugubre; puis il rentra dans sa chambre, s'y enferma, décacheta la lettre impériale et lut:

«A mon très-cher frère et aimé cousin, oncle, beau-père, allié et confédéré.

» Je n'ai jamais écrit la lettre que vous m'envoyez par votre courrier Ferrari, et qui est falsifiée d'un bout à l'autre.

»Celle que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté était tout entière de ma main, et, au lieu de l'exciter à entrer en campagne, l'invitait à ne rien tenter avant le mois d'avril prochain, époque seulement où je compte voir arriver nos bons et fidèles alliés les Russes.

»Si les coupables sont de ceux que la justice de Votre Majesté peut atteindre, je ne lui cache point que j'aimerais à les voir punir comme ils le méritent.

»J'ai l'honneur d'être avec respect, de Votre Majesté, le très-cher frère, amé cousin, neveu, gendre, allié et confédéré.

»FRANÇOIS.»

»FRANÇOIS.»

»FRANÇOIS.»

La reine et Acton venaient de commettre un crime inutile.

Nous nous trompons: ce crime avait son utilité, puisqu'il déterminait Ferdinand à quitter Naples et à se réfugier en Sicile!

A partir de ce moment, la fuite, comme nous l'avons dit, fut résolue et fixée au soir même, 21 décembre.

Il fut convenu que le roi, la reine, toute la famille royale,—moins le prince héréditaire, sa femme et sa fille,—sir William, Emma Lyonna, Acton et les plus familiers du palais passeraient en Sicile sur leVan-Guard.

Le roi, on se le rappelle, avait promis à Caracciolo que, s'il quittait Naples, ce ne serait que sur son bâtiment; mais, retombé par la terreur sous le joug de la reine, le roi oublia sa promesse devant deux raisons.

La première, qui venait de lui-même, était la honte qu'il éprouvait en face de l'amiral de quitter Naples, après avoir promis d'y rester.

La seconde, qui venait de la reine, était que Caracciolo, partageant les principes patriotiques de toute la noblesse napolitaine, pourrait, au lieu de conduire le roi en Sicile, le livrer aux jacobins, qui, maîtres d'un pareil otage, le forceraient alors à établir le gouvernement qu'ils voudraient, où, pis encore, lui feraient peut-être son procès, comme les Anglais avaient fait à Charles Ier, et les Français à Louis XVI.

Comme consolation et dédommagement de l'honneur qui lui était enlevé, on décida que l'amiral aurait celui de transporter ensuite le duc de Calabre, sa famille et sa maison.

On prévint les vieilles princesses de France de la résolution prise, les invitant à pourvoir, à l'aide de leurs sept gardes du corps, comme elles l'entendraient, à leur sûreté, et on leur envoya quinze mille ducats pour les aider dans leur fuite.

Ce devoir rempli, on ne s'occupa plus autrement d'elles.

Toute la journée, on descendit et l'on entassa dans le passage secret les bijoux, l'argent, les meubles précieux, les oeuvres d'art, les statues que l'on voulait emporter en Sicile. Le roi eût bien voulu y transporter ses kangourous; mais c'était chose impossible. Il se contenta, par une lettre de sa main, de les recommander au jardinier en chef de Caserte.

Le roi, qui avait sur le coeur la trahison de la reine et d'Acton, dont la lettre de l'empereur lui donnait la preuve, resta enfermé dans ses appartements et refusa d'y recevoir qui que ce fût. La consigne fut sévèrement tenue à l'égard de François Caracciolo, qui, ayant, de son bâtiment, vu des allées et venues et des signaux à bord des navires anglais, se doutait de quelque chose, et à l'égard du marquis Vanni, qui, ayant trouvé la porte de la reine fermée, et sachant par le prince de Castelcicala qu'il était question de départ, venait, en désespoir de cause, heurter à celle du roi.

Celui-ci eut, un instant, l'idée de faire venir le cardinal Ruffo et de se le donner pour compagnon et pour conseiller pendant le voyage; mais il ne lui avait point été difficile de surprendre des signes de mésintelligence entre lui et Nelson. D'ailleurs, on le sait, le cardinal était détesté de la reine, et Ferdinand préféra, comme toujours, son repos aux délicatesses de l'amitié et de la reconnaissance.

Et puis il se dit que, habile comme il l'était, le cardinal se tirerait parfaitement d'affaire tout seul.

L'embarquement fut arrêté pour dix heures du soir. Il fut, en conséquence, convenu qu'à dix heures toutes les personnes qui devaient être, en compagnie de Leurs Majestés, embarquées sur leVanGuard, se rassembleraient dans l'appartement de la reine.

A dix heures sonnantes, le roi entrait, tenant son chien en laisse; c'était le seul ami sur lequel il comptât comme fidélité, et le seul, par conséquent, qu'il emmenât avec lui.

Il avait bien pensé à Ascoli et à Malaspina; mais il avait pensé aussi que, comme le cardinal, ils se tireraient d'affaire tout seuls.

Il jeta les yeux dans l'immense salon éclairé à peine,—on avait craint qu'une trop grande illumination ne donnât des soupçons de départ,—et il vit tous les fugitifs réunis ou plutôt dispersés en différents groupes.

Le groupe principal se composait de la reine, de son fils bien-aimé, le prince Léopold, du jeune prince Albert, des quatre princesses et d'Emma Lyonna.

La reine était assise sur un canapé près d'Emma Lyonna, qui tenait sur ses genoux le prince Albert, son favori, tandis que le prince Léopold appuyait sa tête sur l'épaule de la reine. Les quatre princesses, groupées autour de leur mère, étaient, les unes assises, les autres couchées sur le tapis.

Acton, sir William, le prince de Castelcicala causaient debout dans l'embrasure d'une fenêtre, écoutant le vent siffler et la pluie battre contre les carreaux.

Un autre groupe de dames d'honneur, parmi lesquelles on distinguait la comtesse de San-Marco, confidente intime de la reine, entouraient une table.

Enfin, loin de tous, à peine visible dans l'obscurité, se dessinait la silhouette de Dick, qui avait si habilement et si fidèlement, ce jour même, suivi les ordres de son maître et de la reine, qu'il pouvait aussi regarder un peu désormais comme sa maîtresse.

A l'entrée du roi, chacun se leva et se tourna de son côté; mais lui fit un signe de la main, afin que chacun restât à sa place.

—Ne vous dérangez point, dit-il, ne vous dérangez point, cela n'en vaut plus la peine.

Et il s'assit dans un fauteuil, près de la porte par laquelle il était entré, prenant entre ses genoux la tête de Jupiter.

A la voix de son père, le jeune prince Albert, qui, peu sympathique à la reine, demandait aux autres cet amour si nécessaire et si précieux aux enfants, qu'il cherchait vainement auprès de sa mère, se laissa glisser des genoux d'Emma et alla présenter au roi son front pâle et un peu maladif, noyé dans une forêt de cheveux blonds.

Le roi écarta les cheveux de l'enfant, le baisa au front, et, après l'avoir, pensif, gardé un instant appuyé contre sa poitrine, le renvoya à Emma Lyonna, que l'enfant appelait sapetite mère.

Il se faisait un silence lugubre dans cette salle sombre; ceux qui parlaient, parlaient bas.

C'était à dix heures et demie que le comte de Thurn, Allemand au service de Naples, mis avec le marquis de Nizza, qui commandait la flotte portugaise, sous les ordres de Nelson, devait, par la poterne et l'escalier duColimaçon, pénétrer dans le palais. Le comte de Thurn avait, à cet effet, reçu une clef des appartements de la reine, qui, par une seule porte, solide, presque massive, communiquait avec cette sortie donnant sur le port militaire.

La pendule, au milieu du silence, sonna donc dix heures et demie.

Presque aussitôt, on entendit frapper à la porte de communication.

Pourquoi le comte de Thurn frappait-il, au lieu d'ouvrir, puisqu'il avait la clef?

Dans les circonstances suprêmes comme celle où l'on se trouvait, tout ce qui, dans une autre situation, ne serait qu'une cause de trouble et d'inquiétude, devient une cause de terreur.

La reine tressaillit et se leva.

—Qu'est-ce encore? dit-elle.

Le roi se contenta de regarder; il ne savait rien des dispositions prises.

—Mais, dit Acton toujours calme et logique, ce ne peut être que le comte de Thurn.

—Pourquoi frappe-t-il, puisque je lui ai donné une clef?

—Si Votre Majesté le permet, dit Acton, je vais aller voir.

—Allez, répondit la reine.

Acton alluma un bougeoir et s'engagea dans le corridor. La reine le suivit des yeux avec anxiété. Le silence, de lugubre qu'il était, devint mortel. Au bout de quelques instants, Acton reparut.

—Eh bien? demanda la reine.

—Probablement, la porte n'avait point été ouverte depuis longtemps: la clef s'est brisée dans la serrure. Le comte frappait pour savoir s'il y a un moyen d'ouvrir la porte du dedans. J'ai essayé, il n'y en a point.

—Que faire, alors?

—L'enfoncer.

—Vous lui en avez donné l'ordre?

—Oui, madame, et voilà qu'il l'exécute.

On entendit, en effet, des coups violents frappés contre la porte, puis le craquement de cette porte, qui se brisait.

Tous ces bruits avaient quelque chose de sinistre.

Des pas s'approchèrent, la porte du salon s'ouvrit, le comte de Thurn parut.

—Je demande pardon à Vos Majestés, dit-il, du bruit que je viens de faire et des moyens que j'ai été forcé d'employer; mais la rupture de la clef était un accident impossible à prévoir.

—C'est un présage, dit la reine.

—En tout cas, si c'est un présage, dit le roi avec son bon sens naturel, c'est un présage qui signifie que nous ferions mieux de rester que de partir.

La reine eut peur d'un retour de volonté chez son auguste époux.

—Partons, dit-elle.

—Tout est prêt, madame, dit le comte de Thurn; mais je demande la permission de communiquer au roi un ordre que j'ai reçu, ce soir, de l'amiral Nelson.

Le roi se leva et s'approcha du candélabre, auprès duquel l'attendait le comte de Thurn un papier à la main.

—Lisez, sire, lui dit-il.

—L'ordre est en anglais, dit le roi, et je ne sais pas l'anglais.

—Je vais le traduire à Votre Majesté.

A l'amiral comte de Thurn.«Golfe de Naples, 21 décembre.

A l'amiral comte de Thurn.

«Golfe de Naples, 21 décembre.

»Préparez, pour être brûlées, les frégates et les corvettes napolitaines.»

—Comment dites-vous? demanda le roi.

Le comte de Thurn répéta:

«Préparez, pour être brûlées, les frégates et les corvettes napolitaines.»

—Vous êtes sûr de ne point vous tromper? demanda le roi.

—J'en suis sûr, sire.

—Et pourquoi brûler des frégates et des corvettes qui ont coûté si cher et qu'on a mis dix ans à construire?

—Pour qu'elles ne tombent pas aux mains des Français, sire.

—Mais ne pourrait-on pas les emmener en Sicile?

—Tel est l'ordre de milord Nelson, sire, et c'est pour cela qu'avant de transmettre cet ordre au marquis de Nizza, qui est chargé de son exécution, j'ai voulu le soumettre à Votre Majesté.

—Sire, sire, dit la reine en s'approchant du roi, nous perdons un temps précieux, et pour des misères!

—Peste, madame! s'écria le roi, vous appelez cela des misères? Consultez le budget de la marine depuis dix ans, et vous verrez qu'il monte à plus de cent soixante millions.

—Sire, voilà onze heures qui sonnent, dit la reine, et milord Nelson nous attend.

—Vous avez raison, dit le roi, et milord Nelson n'est pas fait pour attendre, même un roi, même une reine. Vous suivrez les ordres de milord Nelson, monsieur le comte, vous brûlerez ma flotte. Ce que l'Angleterre n'ose pas prendre, elle le brûle. Ah! mon pauvre Caracciolo, que tu avais bien raison, et que j'ai eu tort, moi, de ne pas suivre tes conseils! Allons, messieurs, allons, mesdames, ne faisons point attendre milord Nelson.

Et le roi, prenant le bougeoir des mains d'Acton, marcha le premier; tout le monde le suivit.

Non-seulement la flotte napolitaine était condamnée, mais encore le roi venait de signer son exécution.

Nous avons, depuis ce 21 décembre 1798, vu tant de fuites royales, que ce n'est presque plus la peine aujourd'hui de les décrire. Louis XVIII quittant les Tuileries, le 20 mars,—Charles X fuyant, le 29 juillet,—Louis-Philippe s'esquivant, le 24 février, —nous ont montré une triple variété de ces départs forcés. Et, de nos jours, à Naples, nous avons vu le petit-fils sortir par le même corridor, descendre le même escalier que l'aïeul et quitter pour le sol amer de l'exil la terre bien-aimée de la patrie. Seulement, l'aïeul devait revenir, et, selon toute probabilité, le petit-fils est proscrit à tout jamais.

Mais, à cette époque, c'était Ferdinand qui ouvrait la voie à ces départs nocturnes et furtifs. Aussi marchait-il silencieux, l'oreille tendue, le coeur palpitant. Arrivé au milieu de l'escalier, en face d'une fenêtre donnant sur la descente du Géant, il crut entendre du bruit sur cette descente, qui conduit, par une pente rapide, de la place du Palais à la rue Chiatamone. Il s'arrêta et, le même bruit parvenant une seconde fois à son oreille, il souffla sa bougie, et tout le monde se trouva dans l'obscurité.

Il fallut alors descendre à tâtons et pas à pas l'escalier étroit et difficile dans lequel on était engagé. L'escalier, sans rampe, était roide et dangereux. Cependant, l'on arriva à la dernière marche sans accident, et l'on sentit une franche et humide bouffée de l'air extérieur.

On était à quelques pas de l'embarcadère.

Dans le port militaire, la mer, emprisonnée entre la jetée du môle et celle du port marchand, était assez calme; mais on sentait le vent souffler avec violence, et l'on entendait le bruit des flots venant furieusement se briser contre le rivage.

En arrivant sur l'espèce de quai qui longe les murailles du château, le comte de Thurn jeta un regard rapide et interrogateur sur le ciel. Le ciel était chargé de nuages lourds, bas, rapides; on eût dit une mer aérienne roulant au-dessus de la mer terrestre et s'abaissant pour venir mêler ses vagues aux siennes. Dans cet étroit intervalle existant entre les nuages et l'eau, passaient des bouffées de ce terrible vent du sud-ouest qui fait les naufrages et les désastres, dont le golfe de Naples est si souvent témoin dans les mauvais jours de l'année.

Le roi remarqua le coup d'oeil inquiet du comte de Thurn.

—Si le temps était trop mauvais, lui dit-il, il ne faudrait pourtant pas nous embarquer cette nuit.

—C'est l'ordre de milord, répondit le comte; cependant, si Sa Majesté s'y refuse absolument...

—C'est l'ordre! c'est l'ordre! répéta le roi, impatient; mais s'il y a péril de vie cependant! Voyons, répondez-vous de nous, comte?

—Je ferai tout ce qui sera au pouvoir d'un homme luttant contre le vent et la mer pour vous conduire à bord duVan-Guard.

—Mordieu! ce n'est pas répondre, cela. Vous embarqueriez-vous par une pareille nuit?

—Votre Majesté le voit, puisque je n'attends qu'elle pour la conduire à bord du vaisseau amiral.

—Je dis: si vous étiez à ma place.

—A la place de Votre Majesté, et n'ayant d'ordre à recevoir que des circonstances et de Dieu, j'y regarderais à deux fois.

—Eh bien, demanda la reine impatiente, mais n'osant—tant est puissante la loi de l'étiquette—descendre dans la barque avant son mari, eh bien, qu'attendons-nous?

—Ce que nous attendons? s'écria le roi. N'entendez-vous point ce que dit le comte de Thurn? Le temps est mauvais; il ne répond pas de nous, et il n'y a pas jusqu'à Jupiter qui, en tirant sur sa laisse, ne me donne le conseil de rentrer au palais.

—Rentrez-y donc, monsieur, et faites-nous déchirer tous comme vous avez vu déchirer aujourd'hui un de vos plus fidèles serviteurs. Quant à moi, j'aime encore mieux la mer et les tempêtes que Naples et sa population.

—Mon fidèle serviteur, je le regrette plus que personne, je vous prie de le croire, surtout maintenant que je sais que penser de sa mort. Mais, quant à Naples et à sa population, ce n'est pas moi qui aurais quelque chose à en craindre.

—Oui, je sais cela. Comme elle voit en vous son représentant, elle vous adore. Mais, moi qui n'ai pas le bonheur de jouir de ses sympathies, je pars.

Et, malgré le respect dû à l'étiquette, la reine descendit la première dans le canot.

Les jeunes princesses et le prince Léopold, habitués à obéir à la reine, bien plus qu'au roi, la suivirent comme de jeunes cygnes suivent leur mère.

Le jeune prince Albert, seul, quitta la main d'Emma Lyonna, courut au roi, et, le saisissant par le bras et le tirant du côté de la barque:

—Viens avec nous, père! dit-il.

Le roi n'avait l'habitude de la résistance que lorsqu'il était soutenu. Il regarda autour de lui pour voir s'il trouverait appui dans quelqu'un; mais, sous son regard, qui contenait cependant plus de prières que de menaces, tous les yeux se baissèrent. La reine avait, chez les uns la peur, chez les autres l'égoïsme pour auxiliaire. Il se sentit complètement seul et abandonné, courba la tête, et, se laissant conduire par le petit prince, tirant son chien, le seul qui fût d'avis, comme lui, de ne pas quitter la terre, il descendit à son tour dans la barque et s'assit sur un banc à part, en disant:

—Puisque vous le voulez tous... Allons, viens. Jupiter, viens!

A peine le roi fut-il assis, que le lieutenant qui, pour la barque du roi, tenait lieu de contre-maître, cria:

—Larguez!

Deux matelots armés de gaffes repoussèrent la barque du quai, les rames s'abaissèrent, et la barque nagea vers la sortie du port.

Les canots destinés à recevoir les autres passagers s'approchèrent tour à tour de l'embarcadère, y prirent leur noble chargement et suivirent la barque royale.

Il y avait loin de cette sortie furtive, dans la nuit, malgré les sifflements de la tempête et les hurlements des flots, à cette joyeuse fête du 22 septembre, où, sous les ardents rayons d'un soleil d'automne, par une mer unie, au son de la musique de Cimarosa, au bruit des cloches, au retentissement du canon, on était allé au-devant du vainqueur d'Aboukir. Trois mois à peine, s'étaient passés, et c'était pour fuir ces Français, dont on avait d'une façon trop précoce célébré la défaite, que l'on était obligé, à minuit, dans l'ombre, par une mer mauvaise, d'aller demander l'hospitalité au mêmeVan-Guardque l'on avait reçu en triomphe.

Maintenant, il s'agissait de savoir si l'on pourrait l'atteindre.

Nelson s'était rapproché de l'entrée du port autant que la sûreté de son vaisseau pouvait le lui permettre; mais il restait toujours un quart de mille à franchir entre le port militaire et le vaisseau amiral. Dix fois, pendant ce trajet, les barques pouvaient sombrer.

En effet, plus la barque royale,—et l'on nous permettra, dans cette grave situation, de nous occuper tout particulièrement d'elle,—plus la barque royale s'avançait vers la sortie du port, plus le danger apparaissait réel et menaçant. La mer, poussée comme nous avons dit, par le vent du sud-ouest, c'est-à-dire venant des rivages d'Afrique et d'Espagne, passant entre la Sicile et la Sardaigne, entre Ischia et Capri, sans rencontrer aucun obstacle, depuis les îles Baléares jusqu'au pied du Vésuve, roulait d'énormes vagues qui, en se rapprochant de la terre, se repliaient sur elles-mêmes et menaçaient d'engloutir ces frêles embarcations sous les voûtes humides, qui dans l'obscurité semblaient des gueules de monstres prêtes à les dévorer.

En approchant de cette limite où l'on allait passer d'une mer comparativement calme à une mer furieuse, la reine elle-même sentit son coeur faiblir et sa résolution chanceler. Le roi, de son côté, muet et immobile, tenant son chien entre ses jambes en le serrant convulsivement par le cou, regardait d'un oeil fixe et dilaté par la terreur ces longues vagues qui venaient, comme une troupe de chevaux marins, se heurter au môle, et, se brisant contre l'obstacle de granit, s'écrouler à ses pieds en jetant une plainte sinistre et en faisant voler par-dessus la muraille une écume impalpable et frémissante, qui, dans l'obscurité, semblait une pluie d'argent.

Malgré cette terrible apparition de la mer, le comte de Thurn, fidèle observateur des ordres reçus, essaya de franchir l'obstacle et de dompter la résistance. Debout à l'avant de la barque, cramponné au plancher, grâce à cet équilibre du marin que de longues années de navigation peuvent seules donner, faisant face au vent qui avait enlevé son chapeau et à la mer qui le couvrait de son embrun, il encourageait les rameurs par ces trois mots répétés de temps en temps avec une monotone mais ferme accentuation:

—Nagez ferme! nagez!

La barque avançait.

Mais, arrivée à cette limite que nous avons indiquée, la lutte devint sérieuse. Trois fois, la barque victorieuse surmonta la vague et glissa sur le versant opposé; mais trois fois la vague suivante la repoussa.

Le comte de Thurn comprit lui-même que c'était de la démence que de lutter avec un pareil adversaire et se détourna pour demander au roi:

—Sire, qu'ordonnez-vous?

Mais il n'eut pas même le temps d'achever la phrase. Pendant le mouvement qu'il fit, pendant la seconde qu'il eut l'imprudence d'abandonner la conduite du bateau, une vague, plus haute et plus furieuse que les autres, s'abattit sur l'embarcation et la couvrit d'eau. La barque frémit et craqua. La reine et les jeunes princes, qui crurent leur dernière heure venue, jetèrent un cri; le chien poussa un hurlement lugubre.

—Rentrez! cria le comte de Thurn; c'est vouloir tenter Dieu que de prendre la mer par un pareil temps. D'ailleurs, vers les cinq heures du matin, il est probable que la mer se calmera.

Les rameurs, évidemment enchantés de l'ordre qui leur était donné, par un brusque mouvement, se rejetèrent dans le port et allèrent aborder à l'endroit du quai le plus voisin de la passe.

FIN DU TOME QUATRIÈME.

TABLE

LVI.—Le retourLVII.—Les inquiétudes de NelsonLVIII.—Tout est perdu, voire l'honneurLIX.—Où Sa Majesté commence par ne rien comprendre et finit par n'avoir rien comprisLX.—Où Vanni touche enfin le but qu'il ambitionnait depuis si longtempsLXI.—Ulysse et CircéLXII.—L'interrogatoire de NicolinoLXIII.—L'abbé PronioLXIV.—Le disciple de MachiavelLXV.—Où Michel le Fou est nommé capitaine en attendant qu'il soit nommé colonelLXVI.—Amante, épouseLXVII.—Les deux amirauxLXVIII.—Où est expliquée la différence qu'il y a entre les peuples libres et les peuples indépendantsLXIX.—Les brigandsLXX.—Le souterrainLXXI.—La légende du mont CassinLXXII.—Le frère JosephLXXIII.—Le père et le filsLXXIV.—La réponse de l'empereurLXXV.—La fuite

LVI.—Le retourLVII.—Les inquiétudes de NelsonLVIII.—Tout est perdu, voire l'honneurLIX.—Où Sa Majesté commence par ne rien comprendre et finit par n'avoir rien comprisLX.—Où Vanni touche enfin le but qu'il ambitionnait depuis si longtempsLXI.—Ulysse et CircéLXII.—L'interrogatoire de NicolinoLXIII.—L'abbé PronioLXIV.—Le disciple de MachiavelLXV.—Où Michel le Fou est nommé capitaine en attendant qu'il soit nommé colonelLXVI.—Amante, épouseLXVII.—Les deux amirauxLXVIII.—Où est expliquée la différence qu'il y a entre les peuples libres et les peuples indépendantsLXIX.—Les brigandsLXX.—Le souterrainLXXI.—La légende du mont CassinLXXII.—Le frère JosephLXXIII.—Le père et le filsLXXIV.—La réponse de l'empereurLXXV.—La fuite

LVI.—Le retour

LVII.—Les inquiétudes de Nelson

LVIII.—Tout est perdu, voire l'honneur

LIX.—Où Sa Majesté commence par ne rien comprendre et finit par n'avoir rien compris

LX.—Où Vanni touche enfin le but qu'il ambitionnait depuis si longtemps

LXI.—Ulysse et Circé

LXII.—L'interrogatoire de Nicolino

LXIII.—L'abbé Pronio

LXIV.—Le disciple de Machiavel

LXV.—Où Michel le Fou est nommé capitaine en attendant qu'il soit nommé colonel

LXVI.—Amante, épouse

LXVII.—Les deux amiraux

LXVIII.—Où est expliquée la différence qu'il y a entre les peuples libres et les peuples indépendants

LXIX.—Les brigands

LXX.—Le souterrain

LXXI.—La légende du mont Cassin

LXXII.—Le frère Joseph

LXXIII.—Le père et le fils

LXXIV.—La réponse de l'empereur

LXXV.—La fuite

FIN DE LA TABLE DU TOME QUATRIÈME

_______________________________POISSY—TYP. et STÉR. de V.BOURET.


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