[p. 27]PL. I,n° 2.Pl 1 2Harold, chef des Anglais, se rend à Boshamavec ses hommes d'armes.Pl 1 2 imEvidemment la mission de Harold est toute pacifique. En le voyant partir avec ses compagnons, sans armes, précédé de ses chiens aux colliers garnis d'anneaux ou de grelots36, on ne peut douter qu'il parte pour un voyage d'agrément. Harold seul a son faucon au poing. L'oiseau n'a ni le chaperon, ni le gant, qui n'apparaîtront qu'au commencement du XIIIesiècle. Mais on distingue la courroie de cuir qui servait à attacher l'oiseau sur son perchoir. Déjà la chasse au faucon était un des exercices favoris des Anglo-Saxons; les Normands l'adoptèrent après la conquête et la perfectionnèrent; alors les faucons devinrent des oiseaux de grand luxe, qui atteignirent des prix fabuleux.On s'est demandé si Harold était représenté deux fois dans cette scène; nous ne le pensons pas et ne le reconnaissons que dans l'homme au faucon.Harold porte un manteau fixé sur l'épaule droite par une agrafe; ce manteau est un insigne de sa dignité. En[p. 28]Angleterre, il étaitEarlde Kent, titre parfois traduit en latin de ce temps parduxet appliqué notamment à Harold par l'Annaliste Saxon. L'inscription de la Tapisserie lui donne le titre deduxque porte également Guillaume de Normandie. C'est la reconnaissance de sa haute situation en Angleterre. Guillaume de Poitiers nous le montre en effet comme l'homme le plus considérable de son pays par ses richesses, ses titres, sa puissance.Cunctorum suæ dominationis comitum divitiis et honore ac potentia maximus37.Il était d'ailleurs nécessaire de lui donner un titre connu des Normands à qui la Tapisserie était destinée. Nous ne traduisons pas iciDux, par Duc, parce que ce titre ne devait pas entrer dans la hiérarchie féodale anglaise, avant le XIVesiècle38.M. Fowke39remarque, avec raison, que les chevaux ont la crinière coupée, selon l'usage anglais à cette époque: c'est un caractère important et qu'il ne faut pas oublier dans l'étude de notre tenture.Les hommes portent aussi la moustache et les cheveux assez longs sur la nuque; particularité qui permettra au cours des scènes suivantes, de reconnaître les Anglais des Normands.Les deux chevaliers, au dernier rang de l'escorte de Harold, ont une attitude très caractéristique. Leur geste de main, qui sera répété par d'autres personnages de la[p. 29]Tapisserie40, n'indique-t-il pas leurs préoccupations, leurs inquiétudes sur l'issue du voyage qu'entreprend leur seigneur?Des arbres séparent cette scène de celle qui va suivre. La bizarrerie du dessin n'est pas sans surprendre dans une œuvre qui, malgré ses incorrections, conserve un indiscutable cachet de réalisme. On a remarqué que l'habitude de placer un arbre, une tour, une maison, un château, pour montrer que la scène est terminée et qu'une autre va commencer, est fort ancienne; on la trouve déjà à Rome, dans les bas-reliefs des colonnes de Trajan et d'Antonin. Nous croyons plus conforme à l'esprit général de la Tapisserie, au souci d'exactitude du dessinateur, de voir là une allusion à un fait réel. Pour nous, cet arbre, ou plutôt ce groupe d'arbres, indique que Harold a traversé une contrée boisée, comme celle qui sépare Londres de la côte du Sussex, où se trouve Bosham.
[p. 27]
PL. I,n° 2.
Harold, chef des Anglais, se rend à Boshamavec ses hommes d'armes.
Evidemment la mission de Harold est toute pacifique. En le voyant partir avec ses compagnons, sans armes, précédé de ses chiens aux colliers garnis d'anneaux ou de grelots36, on ne peut douter qu'il parte pour un voyage d'agrément. Harold seul a son faucon au poing. L'oiseau n'a ni le chaperon, ni le gant, qui n'apparaîtront qu'au commencement du XIIIesiècle. Mais on distingue la courroie de cuir qui servait à attacher l'oiseau sur son perchoir. Déjà la chasse au faucon était un des exercices favoris des Anglo-Saxons; les Normands l'adoptèrent après la conquête et la perfectionnèrent; alors les faucons devinrent des oiseaux de grand luxe, qui atteignirent des prix fabuleux.
On s'est demandé si Harold était représenté deux fois dans cette scène; nous ne le pensons pas et ne le reconnaissons que dans l'homme au faucon.
Harold porte un manteau fixé sur l'épaule droite par une agrafe; ce manteau est un insigne de sa dignité. En[p. 28]Angleterre, il étaitEarlde Kent, titre parfois traduit en latin de ce temps parduxet appliqué notamment à Harold par l'Annaliste Saxon. L'inscription de la Tapisserie lui donne le titre deduxque porte également Guillaume de Normandie. C'est la reconnaissance de sa haute situation en Angleterre. Guillaume de Poitiers nous le montre en effet comme l'homme le plus considérable de son pays par ses richesses, ses titres, sa puissance.Cunctorum suæ dominationis comitum divitiis et honore ac potentia maximus37.
Il était d'ailleurs nécessaire de lui donner un titre connu des Normands à qui la Tapisserie était destinée. Nous ne traduisons pas iciDux, par Duc, parce que ce titre ne devait pas entrer dans la hiérarchie féodale anglaise, avant le XIVesiècle38.
M. Fowke39remarque, avec raison, que les chevaux ont la crinière coupée, selon l'usage anglais à cette époque: c'est un caractère important et qu'il ne faut pas oublier dans l'étude de notre tenture.
Les hommes portent aussi la moustache et les cheveux assez longs sur la nuque; particularité qui permettra au cours des scènes suivantes, de reconnaître les Anglais des Normands.
Les deux chevaliers, au dernier rang de l'escorte de Harold, ont une attitude très caractéristique. Leur geste de main, qui sera répété par d'autres personnages de la[p. 29]Tapisserie40, n'indique-t-il pas leurs préoccupations, leurs inquiétudes sur l'issue du voyage qu'entreprend leur seigneur?
Des arbres séparent cette scène de celle qui va suivre. La bizarrerie du dessin n'est pas sans surprendre dans une œuvre qui, malgré ses incorrections, conserve un indiscutable cachet de réalisme. On a remarqué que l'habitude de placer un arbre, une tour, une maison, un château, pour montrer que la scène est terminée et qu'une autre va commencer, est fort ancienne; on la trouve déjà à Rome, dans les bas-reliefs des colonnes de Trajan et d'Antonin. Nous croyons plus conforme à l'esprit général de la Tapisserie, au souci d'exactitude du dessinateur, de voir là une allusion à un fait réel. Pour nous, cet arbre, ou plutôt ce groupe d'arbres, indique que Harold a traversé une contrée boisée, comme celle qui sépare Londres de la côte du Sussex, où se trouve Bosham.