[p. 64]PL. III,n° 26.Pl 3 26Ici Guillaume vint à Bayeux où Harold lui prête serment.Pl 3 26 imNous voici à Bayeux, qui va être témoin du plus grave événement qui ait signalé la présence de Harold en Normandie. Ce seigneur promet solennellement à Guillaume de l'aider de tout son pouvoir à s'établir sur le trône d'Angleterre, après la mort du vieux roi Édouard! La Tapisserie nous représente Harold prêtant ce serment sur les reliques les plus vénérées.Est-ce bien à Bayeux que ce serment fut prêté? Les historiens ne sont pas d'accord. Guillaume de Poitiers dit que c'est à Bonneville-sur-Touques, Ordéric Vital à Rouen, mais Robert Wace et la Tapisserie indiquent Bayeux. Il y eut, d'ailleurs, au moins deux promesses. La première fut faite, vraisemblablement, au cours d'une conversation intime; mais Guillaume ne s'en contenta pas, et voulut en obtenir une autre plus solennelle, accompagnée d'un serment prêté sur reliques, devant de nombreux témoins; c'est cette dernière qui est ici représentée.Wace62nous dit qu'Harold aurait étendu la main sur une riche tenture qui dissimulait les plus insignes reliques, et aurait été épouvanté en constatant sur quels[p. 65]corps saints il avait juré, et par suite, la gravité exceptionnelle de son serment. La Tapisserie, au contraire, nous montre Harold prêtant serment dans les conditions les plus normales. Les deux reliquaires sont bien en évidence, sur deux autels revêtus de tentures. Guillaume et les autres Normands indiquent de la main Harold, pour signaler à notre attention le serment qu'il prête.A ce moment, Harold était à la discrétion de Guillaume qui, en cas de refus, l'eût, peut-être, gardé prisonnier en Normandie; mais, a-t-il été trompé en quelque manière sur la gravité du serment qu'il prêtait? nous ne pouvons le croire, malgré la formelle accusation de Wace. Car, comme Fowke63le remarque avec raison, Harold, sommé d'exécuter sa promesse, dira quelle n'a aucune valeur parce qu'il n'était pas libre; mais jamais il ne se plaindra d'avoir été victime d'une fraude, ou d'une supercherie.Deux compagnons de Harold assistent à cette scène. Leur attitude est caractéristique. Le premier semble menacer son maître du doigt comme pour accentuer les graves conséquences d'un tel serment; l'autre reprend épouvanté le chemin de l'Angleterre. Ce dernier porte un manteau très spécial, doublé de fourrures, que nous ne retrouvons pas ailleurs dans la Tapisserie.Sur la motte du château de Bayeux sont deux oiseaux qui ont dans le bec un même bâton. Peut-on, avec Fowke, voir là un symbole de l'attachement qui, après le serment, liait Harold à Guillaume64?
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PL. III,n° 26.
Ici Guillaume vint à Bayeux où Harold lui prête serment.
Nous voici à Bayeux, qui va être témoin du plus grave événement qui ait signalé la présence de Harold en Normandie. Ce seigneur promet solennellement à Guillaume de l'aider de tout son pouvoir à s'établir sur le trône d'Angleterre, après la mort du vieux roi Édouard! La Tapisserie nous représente Harold prêtant ce serment sur les reliques les plus vénérées.
Est-ce bien à Bayeux que ce serment fut prêté? Les historiens ne sont pas d'accord. Guillaume de Poitiers dit que c'est à Bonneville-sur-Touques, Ordéric Vital à Rouen, mais Robert Wace et la Tapisserie indiquent Bayeux. Il y eut, d'ailleurs, au moins deux promesses. La première fut faite, vraisemblablement, au cours d'une conversation intime; mais Guillaume ne s'en contenta pas, et voulut en obtenir une autre plus solennelle, accompagnée d'un serment prêté sur reliques, devant de nombreux témoins; c'est cette dernière qui est ici représentée.
Wace62nous dit qu'Harold aurait étendu la main sur une riche tenture qui dissimulait les plus insignes reliques, et aurait été épouvanté en constatant sur quels[p. 65]corps saints il avait juré, et par suite, la gravité exceptionnelle de son serment. La Tapisserie, au contraire, nous montre Harold prêtant serment dans les conditions les plus normales. Les deux reliquaires sont bien en évidence, sur deux autels revêtus de tentures. Guillaume et les autres Normands indiquent de la main Harold, pour signaler à notre attention le serment qu'il prête.
A ce moment, Harold était à la discrétion de Guillaume qui, en cas de refus, l'eût, peut-être, gardé prisonnier en Normandie; mais, a-t-il été trompé en quelque manière sur la gravité du serment qu'il prêtait? nous ne pouvons le croire, malgré la formelle accusation de Wace. Car, comme Fowke63le remarque avec raison, Harold, sommé d'exécuter sa promesse, dira quelle n'a aucune valeur parce qu'il n'était pas libre; mais jamais il ne se plaindra d'avoir été victime d'une fraude, ou d'une supercherie.
Deux compagnons de Harold assistent à cette scène. Leur attitude est caractéristique. Le premier semble menacer son maître du doigt comme pour accentuer les graves conséquences d'un tel serment; l'autre reprend épouvanté le chemin de l'Angleterre. Ce dernier porte un manteau très spécial, doublé de fourrures, que nous ne retrouvons pas ailleurs dans la Tapisserie.
Sur la motte du château de Bayeux sont deux oiseaux qui ont dans le bec un même bâton. Peut-on, avec Fowke, voir là un symbole de l'attachement qui, après le serment, liait Harold à Guillaume64?