Chapter 61

[p. 108]PL. VII,n° 61.Pl 7 61Ici tombèrent beaucoup d'Anglais et de Françaisfrappés ensemble au cours du combat.Pl 7 61 imNous sommes en présence d'un des incidents les plus dramatiques de la bataille, l'attaque du camp anglais. Harold, en général avisé, l'a établi au sommet d'un promontoire escarpé, et, pour le protéger contre toute attaque de cavalerie, il l'a entouré d'un fossé profond, muni d'un parapet sur lequel il a placé des arbres abattus. Il ne semble pas, quoi qu'en ait dit Wace, qu'il y ait eu une véritable palissade. Impossible de trouver une position plus favorable, et pour la défendre, Harold a cette excellente infanterie saxonne, vraiment sans rivale, et qui, avec ses boucliers serrés les uns contre les autres, opposait un véritable mur aux attaques des Normands91.La Tapisserie ne nous fait pas soupçonner les difficultés de la situation. Ces petites palissades très basses, surmontant la crête d'un fossé, même la colline avec ses rampes abruptes, n'en donnent point l'idée exacte. L'art du dessin, encore dans l'enfance, ne permettait pas alors une meilleure représentation.En cet endroit, la lutte fut particulièrement rude. En vain les Normands, archers, fantassins, cavaliers multiplièrent à l'envi leurs efforts, et firent des prodiges de[p. 109]valeur; ils furent repoussés et obligés de se replier. Beaucoup tombèrent dans le profond ravin deMalfosse, où périrent tant d'hommes et de chevaux, que le sol en fut nivelé, nous dit Guillaume de Malmesbury92. La Tapisserie ne laisse entrevoir qu'une partie de la vérité; l'inscription nous parle bien d'un combat violent, mais ne dit rien de cet échec momentané qui fut l'occasion des deux incidents que nous allons trouver.Le motFrancide l'inscription a fait croire à Bolton Corney, l'auteur desResearches and conjectures, que la Tapisserie n'avait été faite qu'après 1203, date de la réunion de la Normandie à la France. Mais, dès le XIesiècle, le mot de « Franci » s'appliquait très bien à l'armée de Guillaume, qui contenait des Bretons, des Poitevins, des Bourguignons, des Flamands, etc., etc.; c'est-à-dire des combattants venus de toutes les régions de l'ancienne Gaule93.Dans leDomesday Book, commencé sous le règne de Guillaume le Conquérant, en 1085, quelques années seulement après la date probable de la remise de la Tapisserie à la cathédrale de Bayeux (1077), les qualificationsFranci homines, Francigenaesont à chaque instant opposées à celle d'Angli, séparant ainsi les conquérants de la population anglaise94.

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PL. VII,n° 61.

Ici tombèrent beaucoup d'Anglais et de Françaisfrappés ensemble au cours du combat.

Nous sommes en présence d'un des incidents les plus dramatiques de la bataille, l'attaque du camp anglais. Harold, en général avisé, l'a établi au sommet d'un promontoire escarpé, et, pour le protéger contre toute attaque de cavalerie, il l'a entouré d'un fossé profond, muni d'un parapet sur lequel il a placé des arbres abattus. Il ne semble pas, quoi qu'en ait dit Wace, qu'il y ait eu une véritable palissade. Impossible de trouver une position plus favorable, et pour la défendre, Harold a cette excellente infanterie saxonne, vraiment sans rivale, et qui, avec ses boucliers serrés les uns contre les autres, opposait un véritable mur aux attaques des Normands91.

La Tapisserie ne nous fait pas soupçonner les difficultés de la situation. Ces petites palissades très basses, surmontant la crête d'un fossé, même la colline avec ses rampes abruptes, n'en donnent point l'idée exacte. L'art du dessin, encore dans l'enfance, ne permettait pas alors une meilleure représentation.

En cet endroit, la lutte fut particulièrement rude. En vain les Normands, archers, fantassins, cavaliers multiplièrent à l'envi leurs efforts, et firent des prodiges de[p. 109]valeur; ils furent repoussés et obligés de se replier. Beaucoup tombèrent dans le profond ravin deMalfosse, où périrent tant d'hommes et de chevaux, que le sol en fut nivelé, nous dit Guillaume de Malmesbury92. La Tapisserie ne laisse entrevoir qu'une partie de la vérité; l'inscription nous parle bien d'un combat violent, mais ne dit rien de cet échec momentané qui fut l'occasion des deux incidents que nous allons trouver.

Le motFrancide l'inscription a fait croire à Bolton Corney, l'auteur desResearches and conjectures, que la Tapisserie n'avait été faite qu'après 1203, date de la réunion de la Normandie à la France. Mais, dès le XIesiècle, le mot de « Franci » s'appliquait très bien à l'armée de Guillaume, qui contenait des Bretons, des Poitevins, des Bourguignons, des Flamands, etc., etc.; c'est-à-dire des combattants venus de toutes les régions de l'ancienne Gaule93.

Dans leDomesday Book, commencé sous le règne de Guillaume le Conquérant, en 1085, quelques années seulement après la date probable de la remise de la Tapisserie à la cathédrale de Bayeux (1077), les qualificationsFranci homines, Francigenaesont à chaque instant opposées à celle d'Angli, séparant ainsi les conquérants de la population anglaise94.


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