VPrise de Termes.

A l’entrée du printemps, Simon s’empare de Minerve, où il brûle « maint hérétique et mainte folle hérétique qui braillent dans le feu » ; puis, ayant confié Carcassonne à Guillaume de Contre, les croisés viennent assiéger Termes.

A l’entrée du printemps, Simon s’empare de Minerve, où il brûle « maint hérétique et mainte folle hérétique qui braillent dans le feu » ; puis, ayant confié Carcassonne à Guillaume de Contre, les croisés viennent assiéger Termes.

Raimon de Termes ne les prise pas un bouton, car je crois qu’on ne vit jamais plus fort château. Là, les croisés passèrent les fêtes de la Pentecôte, de Pâques, de l’Ascension, et la moitié de l’hiver, à ce que dit la chanson. Jamais on ne vit garnison si puissante que celle qu’il y eut en ce château du Roussillon, du côté de l’Aragon et de la Catalogne. On fit là mainte joute, on y brisa maint arçon, et maint chevalier et maint Brabançon y moururent, mainte enseigne et maint riche gonfanons y furent perdus, que les assiégés plantèrent de force là-haut sur le donjon malgré ceux de l’ost, qu’ils le voulussent où non. Ni mangonneaux ni pierrières ne font à ceux de Termes la valeur d’un bouton de dommage : ils ont assez de vivres, viande fraîche et porc salé, vin et eau pour boire, et pain à foison. Si Dieu ne leur envoie quelque méchef, jamais on ne les vaincra !

Voulez-vous savoir, Seigneurs, comment Termes fut pris, et comment Jésus-Christ y fit grand miracle ? L’ost demeura à l’entour jusqu’à ce que, au bout de neuf mois, l’eau ayant tari, les assiégés en manquèrent. Ils avaient bien assez de vin pour deux ou trois mois ; mais je ne crois pas qu’on puisse vivre sans eau. A ce moment, tomba une grande pluie, un grand déluge (que Dieu et Foi me gardent !) dont mal leur advint : dans des tonnes et des bassins, ils recueillirent beaucoup de cette eau, dont ils se servirent pour pétrir et pour préparer leurs aliments. Ils furent pris alors d’une telle dyssenterie qu’ils en perdaient la tête et résolurent de s’enfuir plutôt que de mourir ainsi sans confession. Ils ont mis les dames de la ville dans le donjon, et, quand vint la nuit noire, sans que personne s’en aperçût, ils sortirent du château, n’emportant, je crois, d’autre bagage que des deniers.

Alors Raimon de Termes dit qu’on l’attendît, qu’il retournait là-bas. En chemin, les Français le rencontrèrent et le menèrent auprès du comte fort. Les autres, Catalans et Aragonais, s’enfuirent pour éviter d’être tués. Mais le comte de Montfort montra grande courtoisie, car il ne prit pas aux dames la valeur d’une pougeoise[12], ni d’un denier monnayé.

[12]Petite monnaie frappée au Puy.

[12]Petite monnaie frappée au Puy.


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