Chapter 12

Un papillon couleur de flamme,Ailes ouvertes, s'est poséSur le frais calice roséD'une fleur dont il suce l'âme.Puis l'oublieux reprend son vol...Et la pauvre fleur délaissée,Se penche et va mourir, bercéePar la chanson du rossignol...

Un papillon couleur de flamme,Ailes ouvertes, s'est poséSur le frais calice roséD'une fleur dont il suce l'âme.

Un papillon couleur de flamme,

Ailes ouvertes, s'est posé

Sur le frais calice rosé

D'une fleur dont il suce l'âme.

Puis l'oublieux reprend son vol...Et la pauvre fleur délaissée,Se penche et va mourir, bercéePar la chanson du rossignol...

Puis l'oublieux reprend son vol...

Et la pauvre fleur délaissée,

Se penche et va mourir, bercée

Par la chanson du rossignol...

et ensuite, de Claude Larcher, un sonnet inédit aussi et que je lui avais copié. Cher Claude! Eût-il jamais soupçonné que ce soupir exhalé deson âme malade servirait un jour à traduire un désespoir causé par un des confrères qui l'ont décidément fait oublier? Et que Camille était belle, tandis qu'elle récitait cette élégie où tenaient pour moi tant d'émouvants souvenirs de la douleur de mon ami mort,—cette douleur mystérieuse dont j'aurai été le seul et vrai confident:

Que de vers je t'ai faits, que tu n'as jamais lus!Que de fleurs j'ai pour toi tendrement moissonnées,Fraîches fleurs qui se sont entre mes doigts fanéesSans que je t'aie offert ces beaux bouquets perdus!Que d'intimes chagrins tu ne vis pas non plus!Pensant à toi, combien j'ai pleuré de journées!Ces larmes, les as-tu seulement soupçonnées?...Vers brûlés! Parfums morts! Sanglots inentendus!Sans doute j'aurais dû te révéler le drameQue ce mortel amour déchaînait dans mon âme.Je le voulais. Et puis je me disais: «Pourquoi?Pour flatter son orgueil en lui montrant ma plaie?...»Tu le vois. C'est toujours ce doute affreux sur toi.Je n'ai même pas cru que ta pitié fut vraie.

Que de vers je t'ai faits, que tu n'as jamais lus!Que de fleurs j'ai pour toi tendrement moissonnées,Fraîches fleurs qui se sont entre mes doigts fanéesSans que je t'aie offert ces beaux bouquets perdus!

Que de vers je t'ai faits, que tu n'as jamais lus!

Que de fleurs j'ai pour toi tendrement moissonnées,

Fraîches fleurs qui se sont entre mes doigts fanées

Sans que je t'aie offert ces beaux bouquets perdus!

Que d'intimes chagrins tu ne vis pas non plus!Pensant à toi, combien j'ai pleuré de journées!Ces larmes, les as-tu seulement soupçonnées?...Vers brûlés! Parfums morts! Sanglots inentendus!

Que d'intimes chagrins tu ne vis pas non plus!

Pensant à toi, combien j'ai pleuré de journées!

Ces larmes, les as-tu seulement soupçonnées?...

Vers brûlés! Parfums morts! Sanglots inentendus!

Sans doute j'aurais dû te révéler le drameQue ce mortel amour déchaînait dans mon âme.Je le voulais. Et puis je me disais: «Pourquoi?

Sans doute j'aurais dû te révéler le drame

Que ce mortel amour déchaînait dans mon âme.

Je le voulais. Et puis je me disais: «Pourquoi?

Pour flatter son orgueil en lui montrant ma plaie?...»Tu le vois. C'est toujours ce doute affreux sur toi.Je n'ai même pas cru que ta pitié fut vraie.

Pour flatter son orgueil en lui montrant ma plaie?...»

Tu le vois. C'est toujours ce doute affreux sur toi.

Je n'ai même pas cru que ta pitié fut vraie.

Elle dit encore quelques autres morceaux. Puis, brusquement, avec une gaminerie qui pour une seconde me rassura, elle commença de faire cesimitationstoujours ignobles comme la vulgarité. La divine Julia Bartet, ce Tanagra souffrant et si finement vibrant d'Antigone, la souple et poignante Réjane deGerminie Lacerteux, la pathétiqueJane Hading deSapho, la mutine Jeanne Granier et la tragique Marthe Brandès furent tour à tour, pour elle, le prétexte d'une mimique qui attestait une étude du jeu de ces rares artistes, profonde jusqu'à la science, et cette espièglerie de singe dont m'avait parlé Molan, jusqu'à ce qu'ayant annoncé Sarah Bernhardt dansPhèdre, un frisson me courut par tout le corps. Elle commençait:

«... Juste ciel, qu'ai-je fait aujourd'hui?Mon époux va paraître et mon fils avec lui...»

Tout d'un coup, je me rappelaiAdrienne Lecouvreur, et cette scène où la comédienne voyant Maurice de Saxe, qu'elle aime, coqueter avec la duchesse de Bouillon, durant une représentation de salon, récite les mêmes vers de Racine, et finit par insulter sa rivale en lui appliquant tout haut l'imprécation de la reine incestueuse du poète... Camille, comédienne comme Adrienne, amoureuse comme elle, trahie comme elle et dans des conditions dont je discernai soudain l'étrange similitude, avait-elle de sang-froid prémédité la même vengeance? Ou bien l'excès de son chagrin lui inspirait-il, sur place, ce moyen d'outrager son indigne amant et sa maîtresse, emprunté aux réminiscences de son métier? Je lisais distinctement sur son visage maintenant une terrible intention,et je l'écoutais pousser en regardant Jacques le cri admirable:

«Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés,L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés...»

Et déjà son émotion trop forte l'empêchait d'imiter l'accent chanté de l'admirable Sarah. Elle les prononçait à sa manière et pour son propre compte, les vers du poète, et elle s'avançait au bord de la petite scène, avec le geste dénonciateur qui est dansAdrienne. Son bras se dirigeait vers Mmede Bonnivet. Elle dardait sur son ennemie un regard d'où jaillissait l'éclair d'une jalousie affolée et elle jetait les mots irréparables:

«... Je sais mes perfidies,Œnone, et ne suis pas de ces femmes hardiesQui goûtant dans le crime une honteuse paix,Ont su se faire un front qui ne rougit jamais...»

«... Je sais mes perfidies,Œnone, et ne suis pas de ces femmes hardiesQui goûtant dans le crime une honteuse paix,Ont su se faire un front qui ne rougit jamais...»

«... Je sais mes perfidies,

Œnone, et ne suis pas de ces femmes hardies

Qui goûtant dans le crime une honteuse paix,

Ont su se faire un front qui ne rougit jamais...»


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