CHARTRES.—IMPRIMERIE GARNIER

Elle, atrocement pâle, inerte, demeura quelques secondes sans entendre les actes de contrition du jeune paysan; puis, les yeux hagards, elle parut sortir d'une évocation lointaine.

Ce fut d'une voix douce, brisée, d'une voix éteinte comme si toute une existence ancienne la séparait de l'atmosphère ambiante et de la minute actuelle, qu'elle dit à Sussel en le forçant de se relever:

—Moi vous pardonner, mon ami? C'est vous qui devriez me pardonner, vous et le monde, et le ciel que j'ai offensés.... Merci plutôt de m'avoir rappelée à la conscience.... Va, enterrons ce terrible secret dans notre cœur; enterrons-le, non par égard pour moi qui mérite tous les opprobres, mais par pitié pour le comte, pour toi, et surtout pour notre enfant.... Va, Sussel, adieu, embrasse ce petit être innocent, ton fils... le futur maître de tes autres fils..., des fils que te donnera ta Trine chérie... sois heureux en ta femme et en tes enfants, mon Sussel.... Adieu....

Il colla ses lèvres de paysan au front du petit Jean, et se retira l'âme déchirée, cachant mal son bouleversement, chérissant toujours Trine, mais s'avouant l'aimer avec moins de plénitude et de sérénité.

C'était comme si l'ange de leur foyer avait déployé ses ailes et pris son essor pour ne plus jamais revenir.

Cependant, au dehors, le cortège des paysans se reformait. Les pèlerins des mêmes paroisses se groupaient derrière leurs prêtres et leurs anciens. Les chevaux, des drapelets de papier peinturé passés dans leurs oreillères, hennissaient joyeusement et grattaient la terre de leurs sabots. Le soleil matinal incendiait les étoiles d'or du dôme.

Lorsque le comte et la comtesse rejoignirent ceux de Santhoven, un dernier cantique à la Vierge montait de la multitude. Tous s'agenouillèrent, le visage tourné vers l'église pour recevoir la bénédiction du doyen de Montaigu.

Sussel priait aux côtés de Trine. L'air grave de son promis frappa la jeune fille, et elle remarqua que le fier gars n'agitait plus aussi crânement qu'à l'arrivée de la bannière des Xavériens.

La comtesse récitait la salutation angélique, la prière des prières, avec une exaltation de naufragée qui appelle au secours. Elle disait: «Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous.... Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni...»

NOTES:[1]Nations, les corporations ouvrières du port d'Anvers.[2]Bacs, patrons des nations.[3]Steen, maison-forte, burg.[4]Lesbleus, les libéraux.CHARTRES.—IMPRIMERIE GARNIEROriginal en couleur NF Z 43-120-8DU MÊME AUTEURA LA MÊME LIBRAIRIELE CYCLE PATIBULAIRE (2eédition)...... 1 vol.MES COMMUNIONS (2eédition)............ 1 vol.ESCAL-VIGOR, roman (3eédition).........1 vol.

NOTES:

[1]Nations, les corporations ouvrières du port d'Anvers.

[1]Nations, les corporations ouvrières du port d'Anvers.

[2]Bacs, patrons des nations.

[2]Bacs, patrons des nations.

[3]Steen, maison-forte, burg.

[3]Steen, maison-forte, burg.

[4]Lesbleus, les libéraux.

[4]Lesbleus, les libéraux.

DU MÊME AUTEUR

A LA MÊME LIBRAIRIE

LE CYCLE PATIBULAIRE (2eédition)...... 1 vol.

MES COMMUNIONS (2eédition)............ 1 vol.

ESCAL-VIGOR, roman (3eédition).........1 vol.


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