Alors s'ouvre une série de biographies particulières[63]des peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs, architectes duxviiiesiècle, bien maigres biographies, hélas! formées en général d'un petit nombre de feuillets détachés d'un recueil, et de rares notices de quelques pages, que j'ai cherché à grossir ici, avec un morceau manuscrit émané d'un artiste, là avec un petit paquet de lettres, plus loin avec les notes d'un carnet de poche, plus loin encore avec une supplique racontant une vie: autographes qui, ainsi mêlés aux plaquettes imprimées, font un petit corps d'histoire artistique, où il se rencontre pas mal d'inédit.
J'ai dit biographies détachées de quelques recueils, et en effet, sans l'Ordre chronologique des deuils de cour, petit in-12, publié en 1766, et dont la suite a paru sous le titre duNécrologe des hommes célèbres de la France, nous n'aurions pour ainsi dire pas de biographies d'Aubry, de Boucher, de Deshays, de Drouais, de Gravelot, de Leprince, de Carle Vanloo, etc.
Passons en revue, au nom de chaque artiste, quelque plaquette rare ou quelque bout de papier autographe.
Boucher de Villers.«Précis pour le sieur Boucher de Villers, peintre, dessinateur des médailles pour le cabinet du Roi, contre le sieur Costel, apothicaire.» Un procès imprimé, dans lequel la verve d'un Coqueley de Chaussepierre amusa un moment la galerie aux dépens d'un Purgon «possédant la plus jolie figure d'apothicaire sans comparaison qu'il y eut à Paris», mais qui toutefois se refusait à payer son portrait, sous prétexte qu'il n'était pas ressemblant.
Boissieu.«Hommage rendu à la mémoire de Jean-Jacques de Boissieu par le conseil du Conservatoire des Arts de Lyon, dans la séance du 9 mars 1810. De l'imprimerie de Cutty.»
Caffieri.Une lettre autographe signée de Jean-Jacques Caffieri à un confrère, nous permet d'ajouter au volumineux volume, publié par M. Guiffrey, un document inédit, dans lequel le sculpteur fixe le prix de ses statues et de ses bustes:
Paris, 6 décembre 1791.Monsieur et cher confrère,J'ai appris avec grand plaisir que l'Impératrice de Russie vous avoit nommé son premier peintre. Son choix justifie sa sagacité et j'aime la voir toujours rendre justice aux talents. Je vous fais mon sincère compliment de cet événement qui prouve que si le mérite est quelquefois opprimé, il est aussi récompensé. Je ne doute pas que dans la place que vous allés occuper, vous ne méritiez bientôt toute la confiance de la souveraine et si par hasard elle projetoit de faire ériger quelque statue, ou si vous trouviez l'occasion de l'engager à le faire, je vous prie de vous ressouvenir d'un ancien ami. Je désire depuis longtemps travailler pour cette grande princesse et ce seroit un bien honneur pour moi que mes talents puissent lui être agréables. Je remets mes intérêts entre vos mains, persuadé qu'ils ne peuvent être mieux placés, et que vous ferés quelque chose en faveur de l'ancienne amitié. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, non des succès, ils sont assurés d'avance, mais une bonne santé et bien des agréments.Je suis, avec la plus parfaite estime et sincère amitié, votre très humble et très obéissant serviteur.Caffieri.Vous trouverés cy-joint une liste des statues que j'ai faites et des bustes que je possède. Vous savés que le prix d'une statue de six pieds en fournissant le marbre est de vingt mille livres et les bustes de quatre mille livres.
Paris, 6 décembre 1791.
Monsieur et cher confrère,
J'ai appris avec grand plaisir que l'Impératrice de Russie vous avoit nommé son premier peintre. Son choix justifie sa sagacité et j'aime la voir toujours rendre justice aux talents. Je vous fais mon sincère compliment de cet événement qui prouve que si le mérite est quelquefois opprimé, il est aussi récompensé. Je ne doute pas que dans la place que vous allés occuper, vous ne méritiez bientôt toute la confiance de la souveraine et si par hasard elle projetoit de faire ériger quelque statue, ou si vous trouviez l'occasion de l'engager à le faire, je vous prie de vous ressouvenir d'un ancien ami. Je désire depuis longtemps travailler pour cette grande princesse et ce seroit un bien honneur pour moi que mes talents puissent lui être agréables. Je remets mes intérêts entre vos mains, persuadé qu'ils ne peuvent être mieux placés, et que vous ferés quelque chose en faveur de l'ancienne amitié. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, non des succès, ils sont assurés d'avance, mais une bonne santé et bien des agréments.
Je suis, avec la plus parfaite estime et sincère amitié, votre très humble et très obéissant serviteur.
Caffieri.
Vous trouverés cy-joint une liste des statues que j'ai faites et des bustes que je possède. Vous savés que le prix d'une statue de six pieds en fournissant le marbre est de vingt mille livres et les bustes de quatre mille livres.
Cochin.Un recueil de lettres de Charles-Nicolas Cochin que j'ai données en mon fascicule sur cet artiste dans «l'Art duxviiiesiècle».
Coypel.Du peintre au fin coloris, à l'accentuation aiguë et spirituelle du dessin, de ce Charles Coypelsi peu connu, le traité d'association pour la publication de ses dessins de Don Quichotte:
Aujourd'huy vingt-trois mars mil sept cent vingt et un, nous Charles Coypel, Claude Martinot et Philippe le Reboullet, sommes convenus de faire graver à frais communs la suite de l'histoire de Dom Guichot (sic) d'après les tableaux de mondit sieur Coypel, et pour y parvenir, de fournir chacun, la somme de cinquante livres par mois, qui sera insérée dans un registre, que mondit sieur Coypel veut bien tenir. Et sommes aussi convenus, que les planches gravées resteront entre les mains de mondit sieur Coypel, qui veut bien aussi se charger du soin de l'impression. Fait triple entre nous à Paris le jour et an cy-dessus.Charles Coypel,Le Reboullet,C. Martinot.
Aujourd'huy vingt-trois mars mil sept cent vingt et un, nous Charles Coypel, Claude Martinot et Philippe le Reboullet, sommes convenus de faire graver à frais communs la suite de l'histoire de Dom Guichot (sic) d'après les tableaux de mondit sieur Coypel, et pour y parvenir, de fournir chacun, la somme de cinquante livres par mois, qui sera insérée dans un registre, que mondit sieur Coypel veut bien tenir. Et sommes aussi convenus, que les planches gravées resteront entre les mains de mondit sieur Coypel, qui veut bien aussi se charger du soin de l'impression. Fait triple entre nous à Paris le jour et an cy-dessus.
Charles Coypel,Le Reboullet,C. Martinot.
Falconet.«Éloge de M. Falconet, sculpteur, par M. Robin peintre, extrait du Tribut de la société nationale des Neuf Sœurs, Paris 1791.»
Favanne.«Mémoire pour servir à la vie de M. de Favanne, peintre ordinaire du Roy et recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. A Paris, chez la veuve Pierres, 1753.»
Fragonard.De l'aimable peintre-poète, aux autographes introuvables, un billet donnant un spécimen de son écriture:
Monsieur,Fragonard (Jean-Honoré), artiste peintre d'histoire, cy-devant logé gallerie du Louvre et de présent 2earrondissement, Palais-Royal, chez Véry, restaurateur.Requiert comme rentier et peintre, un numéropouréchanger un billet de banque de France de 500 francs, no508.Je suis avec respect et reconnaissance.Fragonard,20 novembre[64].A Monsieur,Monsieur De Rouen,Maire du 2earrondissement.
Monsieur,
Fragonard (Jean-Honoré), artiste peintre d'histoire, cy-devant logé gallerie du Louvre et de présent 2earrondissement, Palais-Royal, chez Véry, restaurateur.
Requiert comme rentier et peintre, un numéropouréchanger un billet de banque de France de 500 francs, no508.
Je suis avec respect et reconnaissance.
Fragonard,
20 novembre[64].
A Monsieur,
Monsieur De Rouen,Maire du 2earrondissement.
François.De l'habile graveur en fac-similé de crayon, une lettre, datée de 1760, et adressée à Cochin, dans laquelle le graveur lorrain sollicite la gravure des dessins du Roy, disant qu'il a le plus grand besoin de l'obtention de cette grâce.
Fredou.Un mémoire de ce peintre nous renseigne sur les difficultés, qu'en ces temps, un artiste avait à toucher l'argent d'une commande:
Mémoire.En 1763, Frédou, premier peintre de monseigneur le comte de Provence, a été chargé par le sieur Berthier de peindre les portraits qui lui seroient indiqués par lui et par le sieur L'Enfant (Lenfant) dans les tableaux de la salle d'audience de l'hôtel de la Guerre, le marché en ayant été fait et arrêté entre le sieur Berthier et Frédou, à soixante-douze livres pour chaque tête, en présence de Messieurs Lenfant et Causette (Cosette), peintres attachés à l'hôtel de la Guerre.Le sieur Frédou, après avoir peint dix têtes des portraits énoncés et reçus par les sieurs Berthier et L'Enfant dans les tableaux énoncés ci-dessus, a discontinué cet ouvrageen 1764, à cause des changements que le sieur Berthier a jugé à propos de faire. La demande du payement en a été faite plusieurs fois au sieur Berthier, qui a toujours retardé, disant que cet ouvrage n'était pas fini. Le sieur Frédou, ne pouvant rien obtenir du sieur Berthier, a présenté un placet, en forme de mémoire, à monseigneur le duc de Choiseuil, le 14 juin 1765, qui a ordonné (de payer) le sieur Berthier le 14 août suivant. Le sieur Berthier a mandé à Frédou de venir toucher chez le suisse de l'hôtel de la Guerre, 300 livres, à compte sur celle de 720 convenues pour les dix têtes de portraits faits par Frédou, à raison de 72 livres par chaque tête.
Mémoire.
En 1763, Frédou, premier peintre de monseigneur le comte de Provence, a été chargé par le sieur Berthier de peindre les portraits qui lui seroient indiqués par lui et par le sieur L'Enfant (Lenfant) dans les tableaux de la salle d'audience de l'hôtel de la Guerre, le marché en ayant été fait et arrêté entre le sieur Berthier et Frédou, à soixante-douze livres pour chaque tête, en présence de Messieurs Lenfant et Causette (Cosette), peintres attachés à l'hôtel de la Guerre.
Le sieur Frédou, après avoir peint dix têtes des portraits énoncés et reçus par les sieurs Berthier et L'Enfant dans les tableaux énoncés ci-dessus, a discontinué cet ouvrageen 1764, à cause des changements que le sieur Berthier a jugé à propos de faire. La demande du payement en a été faite plusieurs fois au sieur Berthier, qui a toujours retardé, disant que cet ouvrage n'était pas fini. Le sieur Frédou, ne pouvant rien obtenir du sieur Berthier, a présenté un placet, en forme de mémoire, à monseigneur le duc de Choiseuil, le 14 juin 1765, qui a ordonné (de payer) le sieur Berthier le 14 août suivant. Le sieur Berthier a mandé à Frédou de venir toucher chez le suisse de l'hôtel de la Guerre, 300 livres, à compte sur celle de 720 convenues pour les dix têtes de portraits faits par Frédou, à raison de 72 livres par chaque tête.
Il restait donc 422 livres à payer, et Fredou adressait pour toucher son argent plusieurs mémoires, en 1771 et en 1772, qui restaient sans réponse. Enfin on lui opposait un reçu d'une somme de 840 francs, touchée des mains de la duchesse de Grammont, pour un portrait du Roi.
Mais (reprend le plaignant) cet article n'a aucun rapport à ce que le sieur Frédou demande pour les ouvrages qu'il a faits pour le Roy à l'hôtel de la Guerre. Les invectives ont suivi les mauvaises raisons du sieur Berthier, qui a aussi dit à monsieur Banière que s'il me payoit la somme que je demande de 420 livres, qui m'est si légitimement due, il seroit tourmenté par une infinité de personnes pour pareille demande, et qu'il en couteroit au Roy plus de quatre cent mille livres. Ensuite a dit au sieur Frédou qu'il le ferait arrêter par quatre invalides et le feroit conduire en prison. Le sieur Frédou l'a défié de faire une pareille sottise, en lui disant qu'il ne le craignoit pas, et qu'on ne fait arrêter que les malfaiteurs et les fripons. Monsieur Banière lui a imposé silence, en représentant de respecter le lieu où cette scène se passoit, et en assurant au sieur Frédou (qu'il rendroit) compte à VotreGrandeur de ce qui s'est passé dans son bureau entre le sieur Berthier et luy, en présence du sieur Prévost, peintre du cabinet du Roy......
Mais (reprend le plaignant) cet article n'a aucun rapport à ce que le sieur Frédou demande pour les ouvrages qu'il a faits pour le Roy à l'hôtel de la Guerre. Les invectives ont suivi les mauvaises raisons du sieur Berthier, qui a aussi dit à monsieur Banière que s'il me payoit la somme que je demande de 420 livres, qui m'est si légitimement due, il seroit tourmenté par une infinité de personnes pour pareille demande, et qu'il en couteroit au Roy plus de quatre cent mille livres. Ensuite a dit au sieur Frédou qu'il le ferait arrêter par quatre invalides et le feroit conduire en prison. Le sieur Frédou l'a défié de faire une pareille sottise, en lui disant qu'il ne le craignoit pas, et qu'on ne fait arrêter que les malfaiteurs et les fripons. Monsieur Banière lui a imposé silence, en représentant de respecter le lieu où cette scène se passoit, et en assurant au sieur Frédou (qu'il rendroit) compte à VotreGrandeur de ce qui s'est passé dans son bureau entre le sieur Berthier et luy, en présence du sieur Prévost, peintre du cabinet du Roy......
Gaucher.Une brochurette de la plus grande rareté, intitulée «Voyage au havre de Grâce par C.-E. Gaucher, à Paris, an VI», contenant une petite notice sur le graveur.
—Une série de billets de Gaucher, adressés au citoyen Renouard en 1795, billets dans lesquels, le délicat et consciencieux graveur parle longuement du soin qu'il apporte au petit portrait de La Fontaine, se plaignant «de sa maudite goutte qui l'empêche de sortir», et proposant, pour une nouvelle édition de Télémaque, une étude sur Fénelon par son beau-frère Poulain de Flins.
Gravelot.Une série de lettres données sur cet artiste dans mon fascicule de «l'Art duxviiiesiècle».
Greuze.«Greuze, ou l'Accordée de village, par Mmede Valori, 1813.» Pièce de théâtre qui contient, en tête, la notice la plus documentaire sur le peintredela Cruche cassée.
Hall.«Hall, sa vie, ses œuvres, sa correspondance, par Frédéric Villot, Paris, 1867.» Curieuse étude, à laquelle manque cette lettre un peu lâche, adressée en 1790, à l'Orateur du peuple[65]qui accusait la jolie femme du miniaturiste d'avoir jeté, à l'Opéra, des pommes, de sa loge, aux patriotes munis de martinets,pour fouetter les femmes en cocardes blanches, applaudissant le chœur d'Iphigénie:
Plusieurs personnes, monsieur, ayant attribué à ma femme l'anecdote de l'Opéra, insérée dans l'Orateur du peuple, je dois à la vérité d'affirmer que ma femme a passé toute la soirée de ce jour chez M. Desmarets, marchand de tableaux à l'hôtel Bullion, rue Platrière, avec M. et MmeGrétry, M. et MmeSauvage, peintre du Roi, plusieurs officiers du bataillon de Saint-Eustache, ainsi qu'avec M. Berthélemy, aussi peintre du Roi, et plusieurs autres personnes que M. Desmarets pourroit indiquer.La conformité de nom avec un M. Hallé, aussi peintre, et qui a épousé une certaine baronne, pourroit avoir donné lieu à ce quiproquo pour moi extrêmement désagréable. La très petite différence du nom m'a été souvent préjudiciable. Veuillez, Monsieur, après vous être assuré du fait et de la vérité, insérer dans votre plus prochain numéro que MmeHallé qui a causé la scène de l'Opéra n'est pas MmeHall femme du peintre du Roi; j'attends de vous cet acte de justice et j'ai l'honneur d'être avec estime, etc.Signé:Hall, peintre du Roi,Rue Favart, 4.Ce 22 décembre 1790.
Plusieurs personnes, monsieur, ayant attribué à ma femme l'anecdote de l'Opéra, insérée dans l'Orateur du peuple, je dois à la vérité d'affirmer que ma femme a passé toute la soirée de ce jour chez M. Desmarets, marchand de tableaux à l'hôtel Bullion, rue Platrière, avec M. et MmeGrétry, M. et MmeSauvage, peintre du Roi, plusieurs officiers du bataillon de Saint-Eustache, ainsi qu'avec M. Berthélemy, aussi peintre du Roi, et plusieurs autres personnes que M. Desmarets pourroit indiquer.
La conformité de nom avec un M. Hallé, aussi peintre, et qui a épousé une certaine baronne, pourroit avoir donné lieu à ce quiproquo pour moi extrêmement désagréable. La très petite différence du nom m'a été souvent préjudiciable. Veuillez, Monsieur, après vous être assuré du fait et de la vérité, insérer dans votre plus prochain numéro que MmeHallé qui a causé la scène de l'Opéra n'est pas MmeHall femme du peintre du Roi; j'attends de vous cet acte de justice et j'ai l'honneur d'être avec estime, etc.
Signé:Hall, peintre du Roi,Rue Favart, 4.
Ce 22 décembre 1790.
Houdon.«Copie de la lettre de M. Houdon, sculpteur, à M. le Président de la Société des Amis de la Constitution.»—«Réflexions sur les concours en général et sur celui de la statue de J.-J. Rousseau en particulier, par Houdon, sculpteur du Roy et de l'Académie de peinture, sculpture et gravure.»
Hubert-Robert.(Extrait du Moniteur du 29 avril1808.) Notice de quatre pages, consacrée à l'aimable et galant peintre des ruines.
Jeaurat.«Notice de la vie et des ouvrages de M. Étienne Jeaurat, Doyen de l'Académie royale de peinture, Recteur et ancien chancelier de ladite Académie, garde honoraire des tableaux du Roi. A Versailles.» Rarissime brochure in-4, à laquelle j'ai pu joindre cette lettre autographe:
A Paris, ce 27 juin 1754.Monsieur,Permettez-moy d'avoir l'honneur de vous représenter que je suis le plus ancien professeur de l'Académie roiale de peinture sans avoir de pension. Celle de M. Cazes est vacante actuellement par sa mort; je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien me l'accorder. Je suis placé immédiatement après M. de Vermont qui jouit de cet honneur par vos judicieuses attentions. Je me flatte, Monsieur, que vous voudrez bien me les continuer, en ne préférant pas ceux qui ont rendu à l'Académie moins de services que moy: il y a dix-sept ans que je professe, et j'ose dire avec une assiduité irréprochable. Vous connoissez trop les arts, Monsieur, l'émulation des artistes, pour que je n'aie pas lieu d'espérer cette grâce dont vous êtes entièrement le maître. Dans cette confiance j'ay l'honneur d'être très respectueusement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.Jeaurat[66].
A Paris, ce 27 juin 1754.
Monsieur,
Permettez-moy d'avoir l'honneur de vous représenter que je suis le plus ancien professeur de l'Académie roiale de peinture sans avoir de pension. Celle de M. Cazes est vacante actuellement par sa mort; je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien me l'accorder. Je suis placé immédiatement après M. de Vermont qui jouit de cet honneur par vos judicieuses attentions. Je me flatte, Monsieur, que vous voudrez bien me les continuer, en ne préférant pas ceux qui ont rendu à l'Académie moins de services que moy: il y a dix-sept ans que je professe, et j'ose dire avec une assiduité irréprochable. Vous connoissez trop les arts, Monsieur, l'émulation des artistes, pour que je n'aie pas lieu d'espérer cette grâce dont vous êtes entièrement le maître. Dans cette confiance j'ay l'honneur d'être très respectueusement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
Jeaurat[66].
Lagrenée.L'état des tableaux faits par Lagrenée l'aîné, le journal sur lequel il les notait, au fur et à mesure de leur composition, en y joignant les prixde vente et les noms des acquéreurs: journal que j'ai donné intégralement dans ma seconde édition des «Portraits intimes duxviiiesiècle».
MmeLebrun.«Précis historique de la vie de la citoyenne Lebrun, peintre, par le citoyen Lebrun. An deuxième de la République une et indivisible.» Rare brochure de la Révolution où le mari venge sa femme des calomnies courant le monde, et affirme que le portrait du ministre Calonne n'a été payé que 3,600 livres en billets de la Caisse d'escompte, renfermés dans une tabatière, qui valait au plus 1,200 livres.
Les Mémoires de MmeVigée-Lebrun, publiés en 1835, ont eu un teinturier, mais ils ont été mis seulement en bon français, d'après des notes vraiment rédigées par l'artiste, et, à ce sujet, je suis heureux de donner une lettre inédite que je possède, et qui nous montre MmeLebrun s'entretenant, en 1825, avec Aimé Martin, de la composition de ces mémoires:
Ce 23 novembre 1825.Enfin, mon bien bon, j'ai commencé ce que vous m'aviez tant redemandé depuis plusieurs années. Vous savez combien j'ai d'aversion pour faire ce que vous appelez mes mémoires. Car il faut bien, malgré tous les événements dont j'ai été spectatrice, que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux pour les autres que, vrai sous ce rapport, j'y avais renoncé; mais M. de Gasperini, qui comme vous m'a pressé de les écrire, m'y a déterminé en me disant: «Eh bien, Madame, si vous ne les faites pas vous même, on les fera après vous, etDieu sait comme on les écrira!»J'ai compris cette raison, ayant été souvent si méconnue, si calomniée, et je me suis décidée, depuis quelques mois, à noter ce dont je me rappelle dans tous les temps, dans tous les lieux. Vous n'y trouverez ni styl(sic)[67]ni phrases, ni périodes. Je trace seulement les faits avec simplicité et vérité, comme on écrit une lettre à son amie.Vous avez déjà très bien exposé, dans votre notice, quelques principaux événements de ma vie. On a pu croire par le beau côté que j'ai été la femme la plus heureuse. Eh bien, mon ami, ces hommages, ces distinctions si honorables, si flatteuses, ont été traversés par des peines bien cruelles, causées par ce qui m'était le plus proche et le plus cher! Aussi c'est ce qui m'a souvent fait penser qu'il ne faut envier le sort de personne, même de ceux que l'on croit les plus heureux. Je ne mets pas au rang de ces peines de cœur, les traits envenimés de la calomnie qui m'a toujours poursuivie. Je les ai dédaignés parce qu'ils n'étaient dictés que par des gens qui ne m'avaient jamais connue. Malgré l'intérêt que je porterai sur les événements remarquables, que ma position dans le monde m'a mis à même de voir de près, ainsi que les personnages les plus distingués de l'Europe que j'ai bien connus, je crains que mes mémoires ne paraissent fades en comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous saurés que je loge à présent, rue Neuve-des-Capucines, no9.Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre chère et aimable compagne.Venez me voir en attendant que je plante la crémaière(sic)qui sera lorsque je serai tout à fait arranjée(sic).Je suis toujours les samedis soirs, mais en très petit comité.»
Ce 23 novembre 1825.
Enfin, mon bien bon, j'ai commencé ce que vous m'aviez tant redemandé depuis plusieurs années. Vous savez combien j'ai d'aversion pour faire ce que vous appelez mes mémoires. Car il faut bien, malgré tous les événements dont j'ai été spectatrice, que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux pour les autres que, vrai sous ce rapport, j'y avais renoncé; mais M. de Gasperini, qui comme vous m'a pressé de les écrire, m'y a déterminé en me disant: «Eh bien, Madame, si vous ne les faites pas vous même, on les fera après vous, etDieu sait comme on les écrira!»J'ai compris cette raison, ayant été souvent si méconnue, si calomniée, et je me suis décidée, depuis quelques mois, à noter ce dont je me rappelle dans tous les temps, dans tous les lieux. Vous n'y trouverez ni styl(sic)[67]ni phrases, ni périodes. Je trace seulement les faits avec simplicité et vérité, comme on écrit une lettre à son amie.
Vous avez déjà très bien exposé, dans votre notice, quelques principaux événements de ma vie. On a pu croire par le beau côté que j'ai été la femme la plus heureuse. Eh bien, mon ami, ces hommages, ces distinctions si honorables, si flatteuses, ont été traversés par des peines bien cruelles, causées par ce qui m'était le plus proche et le plus cher! Aussi c'est ce qui m'a souvent fait penser qu'il ne faut envier le sort de personne, même de ceux que l'on croit les plus heureux. Je ne mets pas au rang de ces peines de cœur, les traits envenimés de la calomnie qui m'a toujours poursuivie. Je les ai dédaignés parce qu'ils n'étaient dictés que par des gens qui ne m'avaient jamais connue. Malgré l'intérêt que je porterai sur les événements remarquables, que ma position dans le monde m'a mis à même de voir de près, ainsi que les personnages les plus distingués de l'Europe que j'ai bien connus, je crains que mes mémoires ne paraissent fades en comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous saurés que je loge à présent, rue Neuve-des-Capucines, no9.
Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre chère et aimable compagne.
Venez me voir en attendant que je plante la crémaière(sic)qui sera lorsque je serai tout à fait arranjée(sic).
Je suis toujours les samedis soirs, mais en très petit comité.»
Le Clerc.Un mémoire de ce peintre adressé àFrançois de Neufchateau, le 21 fructidor an VI, et dans lequel il demande la place de professeur à la cinquième école centrale de la Seine, nous donne un petit morceau de la biographie de cet artiste qui n'en a pas:
... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme attaché par lui à la manufacture d'Aubusson; j'étois chargé de faire les tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux ans.....La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans différents genres de peintures propres à être exécutées dans cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir à en obtenir l'agrément.Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé l'étude du dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de principes et d'études ont été gravées dans le goût du crayon, d'après mes ouvrages. Et le débit continuel qui s'en fait, tant en France que dans tous les États de l'Europe, où l'on cultive les beaux-arts, constate d'une manière certaine leur utilité publique: voilà les titres que je présentois à l'appui de ma demande, et auxquels je joignois les portes que la Révolution m'a fait éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une quantité d'objets précieux et utiles à mon art furent détruits, sans que j'aie obtenu aucune part des secours distribués alors, en vertu d'un décret de la Convention, aux sçavants et aux artistes qui ont souffert de la Révolution.Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a deux ans, vivement solliciter une place, ma détresse n'a pu qu'augmenter depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui, ayant embrassé mon état,sont dans le cours de leurs études, et par conséquent à ma charge.Le Clerc[68],Peintre, rue des Noyers, no30.
... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme attaché par lui à la manufacture d'Aubusson; j'étois chargé de faire les tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux ans.....
La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans différents genres de peintures propres à être exécutées dans cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir à en obtenir l'agrément.
Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé l'étude du dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de principes et d'études ont été gravées dans le goût du crayon, d'après mes ouvrages. Et le débit continuel qui s'en fait, tant en France que dans tous les États de l'Europe, où l'on cultive les beaux-arts, constate d'une manière certaine leur utilité publique: voilà les titres que je présentois à l'appui de ma demande, et auxquels je joignois les portes que la Révolution m'a fait éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une quantité d'objets précieux et utiles à mon art furent détruits, sans que j'aie obtenu aucune part des secours distribués alors, en vertu d'un décret de la Convention, aux sçavants et aux artistes qui ont souffert de la Révolution.
Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a deux ans, vivement solliciter une place, ma détresse n'a pu qu'augmenter depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui, ayant embrassé mon état,sont dans le cours de leurs études, et par conséquent à ma charge.
Le Clerc[68],Peintre, rue des Noyers, no30.
Lemoyne.«Vie ou éloge historique de Jean-Baptiste Lemoyne, ancien Directeur et Recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture par Dandré-Bardon, Paris, 1779»; rare brochure, ainsi que celles dont Dandré-Bardon est l'auteur.
Malbeste.Nous publions ici le traité passé par ce graveur avec le libraire Lamy pour la gravure de «la Revue de la maison du Roi, par Moreau», traité qui, avec le petit motif gravé en spécimen, avec les échelonnements des payements, avec la gratification en cas d'exactitude, avec le nombre d'épreuves d'eaux-fortes avant la lettre et d'épreuves ordinaires accordées à l'artiste, peut être considéré comme un type et comme un modèle des traités passés, en ce temps, entre un éditeur et un graveur.
Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Paris, quai des Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par Moreau le jeune, représentant «la Revue faite par le Roy des troupes de sa maison à la plaine des Sablons»; nous, Georges Malbeste, graveur, demeurant aussi à Paris, rue Saint-Martin, no242, demandant cetouvrage, et ayant fait un petit groupe[69]d'après ledit dessein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon talent, dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés, avons fait le traité et convention, cy après écrits.1oMoi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers lui de graver exactement ledit dessein, de même format que la planche de la Revue du Roy, gravée par Lepaon, de commencer tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore à ne rien épargner pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'après ledit dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur Lamy tant le susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois faire la gravure.2oLe prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire, s'il y écheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a été fait et convenu entre nous à trois mille trois cents livres, payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont lepremierde deux cent soixante-quinze livres a été fait à l'instant, moi, dit Malbeste, reconnaissant avoir reçu du mondit sieur Lamy, la dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens quitte, et à l'égard dusecondterme de payement de pareille somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque la première opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte sera à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait d'ici à la mi-mars prochain. Letroisièmepayement de cinq cent cinquante livres, aussitôt que la gravure de la dite planche à l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir fait dans le mois de juin prochain. Lequatrièmepayement de deux cent soixante-quinze livressera exigible, lorsque les cieux de ladite planche seront à moitié faits, ce qui sera dans le mois de septembre prochain. Lecinquièmepayement, aussi de deux cent soixante quinze livres, échoira lorsque les cieux de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de décembre de l'année prochaine. Lesixièmepayement, encore de deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié de février mil sept cent quatre-vingt-sept. Leseptièmepayement, de même de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la gravure des dites figures sera achevée, ce qui sera dans le mois de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Lehuitièmepayement, pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la planche sera aux premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Leneuvièmeet dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq livres sera faitlorsque tous les ouvrages à faire pour ladite gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche dûement gravée, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept.Déclarant réciproquement que, par l'indication des époques de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste dû du prix de ladite gravure, nous n'entendons que déterminer la proportion convenue entre nous de la progression des payements à celle de l'avancement de l'ouvrage, de manière à n'exiger aucune autre avance, et conséquemment que sans attendre les époques cy-dessus énoncées, si moi, dit Malbeste, parviens à les anticiper en avançant les ouvrages, les divers payements du prix me seront faits aussitôt que je seray parvenu aux différents degrés cy-dessus; je serai tenu d'attendre, pour exiger le payement, jusqu'à ce que j'aie complété la partie de l'ouvrage correspondante, sans pouvoir l'exiger plus tôt, et, à cet effet, de donner connaissance de l'état des travaux à mondit sieur Lamy.3oIndépendamment des termes de payement cy-dessus stipulés, auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire à leur échéance, je m'engage en outre de payer par forme de gratification audit sieur Malbeste, s'il me rend ladite planche bien et dûement gravée, finie et prête à en tirer des épreuves, pour être mises en vente d'ici au dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme de trois cents livres, que je lui payerai en même temps que celle de huit cent vingt-cinq livres du dernier terme cy-dessus stipulé, laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche n'était pas gravée, finie et rendue ledit jour dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le cas, où moi, dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite planche d'icy au dernier juin mil sept cent quatre-vingt-sept, je m'engage à souffrir par forme d'indemnité, une diminution de trois cent livres sur le montant du prix cy-dessus stipulé de trois mille trois cent livres, au moyen de quoi le dernier terme de payement ne sera plus dans ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au lieu de huit cent vingt-cinq.4oIl est réservé à moi, dit Malbeste, douze estampes à l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec la lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impression payés par moi, dit Lamy, promettant expressément moi, dit Malbeste, de ne faire tirer aucune épreuve de la dite planche par aucun autre imprimeur que M. Dubu, promettant aussi de n'en faire tirer que deux épreuves à chacun des différents degrés de perfection de la dite planche, et à mesure que la gravure avancera.Tout ce qui est écrit cy-dessus a été convenu entre nous sous notre promesse réciproque de l'exécuter de bonne foy, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Fait double à Paris, le douze décembre mil sept cent quatre-vingt-cinq.G. Malbeste.
Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Paris, quai des Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par Moreau le jeune, représentant «la Revue faite par le Roy des troupes de sa maison à la plaine des Sablons»; nous, Georges Malbeste, graveur, demeurant aussi à Paris, rue Saint-Martin, no242, demandant cetouvrage, et ayant fait un petit groupe[69]d'après ledit dessein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon talent, dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés, avons fait le traité et convention, cy après écrits.
1oMoi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers lui de graver exactement ledit dessein, de même format que la planche de la Revue du Roy, gravée par Lepaon, de commencer tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore à ne rien épargner pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'après ledit dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur Lamy tant le susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois faire la gravure.
2oLe prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire, s'il y écheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a été fait et convenu entre nous à trois mille trois cents livres, payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont lepremierde deux cent soixante-quinze livres a été fait à l'instant, moi, dit Malbeste, reconnaissant avoir reçu du mondit sieur Lamy, la dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens quitte, et à l'égard dusecondterme de payement de pareille somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque la première opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte sera à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait d'ici à la mi-mars prochain. Letroisièmepayement de cinq cent cinquante livres, aussitôt que la gravure de la dite planche à l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir fait dans le mois de juin prochain. Lequatrièmepayement de deux cent soixante-quinze livressera exigible, lorsque les cieux de ladite planche seront à moitié faits, ce qui sera dans le mois de septembre prochain. Lecinquièmepayement, aussi de deux cent soixante quinze livres, échoira lorsque les cieux de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de décembre de l'année prochaine. Lesixièmepayement, encore de deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié de février mil sept cent quatre-vingt-sept. Leseptièmepayement, de même de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la gravure des dites figures sera achevée, ce qui sera dans le mois de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Lehuitièmepayement, pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la planche sera aux premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Leneuvièmeet dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq livres sera faitlorsque tous les ouvrages à faire pour ladite gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche dûement gravée, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept.
Déclarant réciproquement que, par l'indication des époques de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste dû du prix de ladite gravure, nous n'entendons que déterminer la proportion convenue entre nous de la progression des payements à celle de l'avancement de l'ouvrage, de manière à n'exiger aucune autre avance, et conséquemment que sans attendre les époques cy-dessus énoncées, si moi, dit Malbeste, parviens à les anticiper en avançant les ouvrages, les divers payements du prix me seront faits aussitôt que je seray parvenu aux différents degrés cy-dessus; je serai tenu d'attendre, pour exiger le payement, jusqu'à ce que j'aie complété la partie de l'ouvrage correspondante, sans pouvoir l'exiger plus tôt, et, à cet effet, de donner connaissance de l'état des travaux à mondit sieur Lamy.
3oIndépendamment des termes de payement cy-dessus stipulés, auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire à leur échéance, je m'engage en outre de payer par forme de gratification audit sieur Malbeste, s'il me rend ladite planche bien et dûement gravée, finie et prête à en tirer des épreuves, pour être mises en vente d'ici au dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme de trois cents livres, que je lui payerai en même temps que celle de huit cent vingt-cinq livres du dernier terme cy-dessus stipulé, laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche n'était pas gravée, finie et rendue ledit jour dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le cas, où moi, dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite planche d'icy au dernier juin mil sept cent quatre-vingt-sept, je m'engage à souffrir par forme d'indemnité, une diminution de trois cent livres sur le montant du prix cy-dessus stipulé de trois mille trois cent livres, au moyen de quoi le dernier terme de payement ne sera plus dans ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au lieu de huit cent vingt-cinq.
4oIl est réservé à moi, dit Malbeste, douze estampes à l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec la lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impression payés par moi, dit Lamy, promettant expressément moi, dit Malbeste, de ne faire tirer aucune épreuve de la dite planche par aucun autre imprimeur que M. Dubu, promettant aussi de n'en faire tirer que deux épreuves à chacun des différents degrés de perfection de la dite planche, et à mesure que la gravure avancera.
Tout ce qui est écrit cy-dessus a été convenu entre nous sous notre promesse réciproque de l'exécuter de bonne foy, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Fait double à Paris, le douze décembre mil sept cent quatre-vingt-cinq.
G. Malbeste.
Marillier.Du vignettiste à la mode, dont l'existence est tout à fait inconnue, voici une lettre qui nous le montre, à la fin de sa vie, retournant à son premier métier, à la gravure:
Beaulieu, le 13 germinal an XII (3 avril 1804).Il est très vrai que l'eau-forte que j'ai faite pour vous m'avoit effrayé par la nouveauté de son objet, par la perfection du dessin et par mon inexpérience dans la partie d'architecture; mais mettant une sorte d'amour-propre à lutter contre les difficultés, j'ai employé pour les vaincre beaucoup de temps et de soins. Néanmoins je craignois de n'avoir pas réussi à votre gré, et je le craignois d'autant plus, que le vernis de la planche que M. Degenth m'avoit préparée étant venu à s'écalier(sic)pendant la morsure, je ne présumois pas que les épreuves pussent offrir un ton de couleur suffisant. Vous avez la bonté de me rassurer; cependant, tant que je n'auroi pas vu d'épreuves, je croiroi que la satisfaction que vous me témoignez est l'effet de votre indulgence. Si monsieur Degenth, qui a eu la complaisance de me les faire tirer, ne les a pas remises à mon frère, je vous prie de lui dire de les remettre à M. Ferousat, mon voisin, porteur de cette lettre, qui aura la bonté de me les apporter.Vous pourrez aussi profiter de cette occasion pour me faire parvenir mes honoraires, que j'aurois désiré que vous fixassiez vous-même; mais puisque vous me forcez à m'expliquer sur cet objet, si vous trouvez que huit louis soient trop cher relativement aux spéculations commerciales, vous pouvez réduire cette somme au niveau des autres, attendu que ma première ambition est celle d'imiter votre honnêteté.Je vous prie aussi de retenir, sur ce que vous remettrez à mon voisin, le prix du port de la planche et du tirage que M. Degenth a avancé pour moi, n'étant pas juste qu'en m'obligeant, il en soit pour ses frais.Comme le nouvel exercice que je fais de la gravure, doit me rendre peu à peu la facilité et l'expérience que j'avois acquises en ce genre, je pense que, si vous me chargez de nouvelle besogne, vous en serez plus content; vous pouvez du moins être persuadé que j'y apporterois tous mes soins.J'ai l'honneur d'être, avec un véritable attachement,Votre serviteur,Marillier.
Beaulieu, le 13 germinal an XII (3 avril 1804).
Il est très vrai que l'eau-forte que j'ai faite pour vous m'avoit effrayé par la nouveauté de son objet, par la perfection du dessin et par mon inexpérience dans la partie d'architecture; mais mettant une sorte d'amour-propre à lutter contre les difficultés, j'ai employé pour les vaincre beaucoup de temps et de soins. Néanmoins je craignois de n'avoir pas réussi à votre gré, et je le craignois d'autant plus, que le vernis de la planche que M. Degenth m'avoit préparée étant venu à s'écalier(sic)pendant la morsure, je ne présumois pas que les épreuves pussent offrir un ton de couleur suffisant. Vous avez la bonté de me rassurer; cependant, tant que je n'auroi pas vu d'épreuves, je croiroi que la satisfaction que vous me témoignez est l'effet de votre indulgence. Si monsieur Degenth, qui a eu la complaisance de me les faire tirer, ne les a pas remises à mon frère, je vous prie de lui dire de les remettre à M. Ferousat, mon voisin, porteur de cette lettre, qui aura la bonté de me les apporter.
Vous pourrez aussi profiter de cette occasion pour me faire parvenir mes honoraires, que j'aurois désiré que vous fixassiez vous-même; mais puisque vous me forcez à m'expliquer sur cet objet, si vous trouvez que huit louis soient trop cher relativement aux spéculations commerciales, vous pouvez réduire cette somme au niveau des autres, attendu que ma première ambition est celle d'imiter votre honnêteté.
Je vous prie aussi de retenir, sur ce que vous remettrez à mon voisin, le prix du port de la planche et du tirage que M. Degenth a avancé pour moi, n'étant pas juste qu'en m'obligeant, il en soit pour ses frais.
Comme le nouvel exercice que je fais de la gravure, doit me rendre peu à peu la facilité et l'expérience que j'avois acquises en ce genre, je pense que, si vous me chargez de nouvelle besogne, vous en serez plus content; vous pouvez du moins être persuadé que j'y apporterois tous mes soins.
J'ai l'honneur d'être, avec un véritable attachement,
Votre serviteur,
Marillier.
La lettre est adressée au graveur Tilliard qui a écrit en marge: «Remis au sieur Feroussat pour M. Marillier la réponse à la présente. J'ai joint un billet de cent quatre-vingt-dix livres, payable au 20 messidor prochain, et 40 francs que j'ai remboursés au sieur Degent, font les 8 louis portés en la présente.»
Marin.Du continuateur et de l'émule de Clodion, un petit recueil de mémoires et de lettres nous permet de donner quelques détails inédits sur sa vie. C'est d'abord un mémoire daté du 19evendémiaire, an IV de la République, où il se plaint d'avoir eu brisé, au Salon, un modèle en terre représentant la Maternité, exécuté pour le citoyen Pillot, et brisé de manière à ne pouvoir être réparé, les têtes ayant été emportées, sans doute, dit-il, «afin d'en copier les expressions et les intentions». Il estime sa perte à la somme de 5,000 livres et sollicite une indemnité de la commission d'Instruction.
Dans un autre mémoire, il réclame pour une statue en plâtre, mesurant 2m80, et représentant une Paix offrant l'olivier, exécutée pour la fête du 18 brumaire an X,et pour en avoir fait faire le moule à creux perdu,remonté et réparé le plâtre, présidé au transport et à la mise en place dans le Temple: le tout avec célérité, tant de jour que de nuit, et l'emploi dispendieux d'hommes nécessaires, il réclame 3,000 livres, prix convenu.
Puis, dans une lettre, datée de février 1814, et adressée à M. Vern, le sculpteur annonce son installation définitive à Lyon:
Le lendemain du jour(écrit-il)où je suis arrivé, je me suis présenté à mes collègues et au directeur de cet établissement, M. Artaux. Ils ont pensé que, vu la circonstance, je devais loger au Palais des Arts, ci-devant palais de Notre-Dame de Saint-Pierre; vous pensés bien, mon ami, combien j'ai été sensible à ces douces paroles, et que de suite, sans délibérer un instant, j'ai été chercher mon petit bagage à l'hôtel du Parc, où j'avais passé la nuit avec grande inquiétude... Me voilà donc, depuis trois semaines, occupé par ce nouvel emploi, donnant des leçons de sculpture, et dans les intervalles, occupé à faire quelques petites choses pour moi, en attendant les beaux jours pour exécuter quelque chose pour le Salon, si le temps le permet.Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, fort âgée et très dévote, dont la cuisine est douce et bonne... Je n'éprouve pas cet ennui mortel que fait éprouver un déplacement, je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais dans des réflexions accablantes, au lieu que par le travail je m'oublie, et crois souvent être à Paris, et voir toutes mes affections. Une chose à laquelle j'ai peine à m'habituer, c'est ce tambour presque perpétuel...
Le lendemain du jour(écrit-il)où je suis arrivé, je me suis présenté à mes collègues et au directeur de cet établissement, M. Artaux. Ils ont pensé que, vu la circonstance, je devais loger au Palais des Arts, ci-devant palais de Notre-Dame de Saint-Pierre; vous pensés bien, mon ami, combien j'ai été sensible à ces douces paroles, et que de suite, sans délibérer un instant, j'ai été chercher mon petit bagage à l'hôtel du Parc, où j'avais passé la nuit avec grande inquiétude... Me voilà donc, depuis trois semaines, occupé par ce nouvel emploi, donnant des leçons de sculpture, et dans les intervalles, occupé à faire quelques petites choses pour moi, en attendant les beaux jours pour exécuter quelque chose pour le Salon, si le temps le permet.
Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, fort âgée et très dévote, dont la cuisine est douce et bonne... Je n'éprouve pas cet ennui mortel que fait éprouver un déplacement, je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais dans des réflexions accablantes, au lieu que par le travail je m'oublie, et crois souvent être à Paris, et voir toutes mes affections. Une chose à laquelle j'ai peine à m'habituer, c'est ce tambour presque perpétuel...
Dans une autre lettre datée du 4 juillet, Marin dit:
Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont pas payés en totalité; depuis un an, l'on ne touche que les deux tiers de ce qui est accordé: cela se rétablira peut-être un jour.....
Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont pas payés en totalité; depuis un an, l'on ne touche que les deux tiers de ce qui est accordé: cela se rétablira peut-être un jour.....
Mais, en dépit de cette perspective, Marin s'ennuie à Lyon; il se rappelle au souvenir du maréchal Gouvion Saint-Cyr, et dit à son correspondant, qui s'est mis à sa disposition, que la seule chose à faire pour lui, est de travailler à le rapprocher de Paris et de ses amis, et que le jour où il lui en écrira la certitude,ce sera mon bon réveil du matin.
Une dernière lettre du 10 août 1815, toujours datée de Lyon, est une longue lamentation:
Combien le séjour de Lyon me devient insupportable et je cherchais journellement à invoquer la raison pour me donner la force de supporter une privation aussi grande que celle de ne pas être auprès de mes amis... Quel pays pour un sculpteur que la ville de Lyon! quel pays où l'on ne peut pas compter un ami, et dans les instants où l'on en pourroit avoir plus de besoin! Quelle consolation n'éprouve-t-on pas après avoir causé avec un ami! Combien vous m'avez fait éprouver de fois ce bon temps! Ces instants se retracent sans cesse à ma mémoire... que de tableaux doux et aimables!... Avec quelle complaisance la mémoire les retrace au cœur! Aimables rêveries et tendres ressouvenirs, quand pourrai-je en retrouver les souvenirs enchanteurs... J'ai péniblement travaillé de mon art sans travaux commandés. Rien ne fatigue le génie comme de se voir dans un pays... où les habitants ne daignent pas regarder: c'est l'argent seul, c'est ce qui en rapporte qui a prise dans cette ville. Oui certes, il y a de grandes fortunes... mais ce n'est pas le pays des arts, ni des artistes, grand Dieu! Quel maudit espoir m'a porté à si bon marché dans cette ville... J'éprouve encore, mon ami, une contrariété qui n'est pas petite, c'est de ne pas être payé de la totalité de mes appointements, au lieu de cent louis par an, je ne touche que 1400 francs.....
Combien le séjour de Lyon me devient insupportable et je cherchais journellement à invoquer la raison pour me donner la force de supporter une privation aussi grande que celle de ne pas être auprès de mes amis... Quel pays pour un sculpteur que la ville de Lyon! quel pays où l'on ne peut pas compter un ami, et dans les instants où l'on en pourroit avoir plus de besoin! Quelle consolation n'éprouve-t-on pas après avoir causé avec un ami! Combien vous m'avez fait éprouver de fois ce bon temps! Ces instants se retracent sans cesse à ma mémoire... que de tableaux doux et aimables!... Avec quelle complaisance la mémoire les retrace au cœur! Aimables rêveries et tendres ressouvenirs, quand pourrai-je en retrouver les souvenirs enchanteurs... J'ai péniblement travaillé de mon art sans travaux commandés. Rien ne fatigue le génie comme de se voir dans un pays... où les habitants ne daignent pas regarder: c'est l'argent seul, c'est ce qui en rapporte qui a prise dans cette ville. Oui certes, il y a de grandes fortunes... mais ce n'est pas le pays des arts, ni des artistes, grand Dieu! Quel maudit espoir m'a porté à si bon marché dans cette ville... J'éprouve encore, mon ami, une contrariété qui n'est pas petite, c'est de ne pas être payé de la totalité de mes appointements, au lieu de cent louis par an, je ne touche que 1400 francs.....
Masquelier.«Notice nécrologique sur N.-F. Masquelier,dit le Jeune, graveur lillois. Lue à la Société d'Amateurs des sciences et arts de Lille, dans sa séance du 11 août 1809, par Bottin, membre résident.»
Moreau.Notice sur M. Moreau (extrait duMoniteur, no355, an 1814). Notice qui, jointe aux notes biographiques par Lemonnier, écrites à la sollicitation de la Société philotechnique, dont Moreau faisait partie, et à la nécrologie, perdue dans le volume de Ponce sur les Beaux-arts, résume ce que les contemporains ont imprimé sur le merveilleux dessinateur.
Mique.«Dénonciation de Richard Mique, architecte de la Reine, ses cruautés, ses barbaries envers son frère qu'il a renié et fait mourir à Bicêtre, et présentée à l'Assemblée nationale par Catherine Mique, fille de l'infortuné Mique.»
Catherine Mique dénonce son oncle, comme ayant accusé son père de désertion, de supposition de personne, de bigamie, de profanation des sacrements. Cette dénonciation devait, à quelques années de là, faire périr l'architecte de la Reine, dans la fournée des 58 personnes du 19 messidor an II.
Natoire.«Mémoire pour le sieur Natoire, peintre du Roi, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, Directeur de l'Académie royale de France à Rome, défendeur, contre le sieur Adrien Mouton, ci-devant l'un des élèves de ladite académie. C'est le mémoire à propos du billet de confession de Mouton qui fit tant de bruit.»
Nini.«Jean-Baptiste Nini, ses terres cuites par A. Villers, Blois 1862.» Petite brochure devenuerare, contenant un essai de catalogue des médaillons de l'original ciseleur en terre.
Paris.«Notice sur M. Paris (Pierre-Adrien), architecte du Roi et dessinateur de son cabinet (sans lieu ni date).
Portail.«Notice sur le peintre Pierre Portail par Dugast-Matifeux» (sans lieu ni date).
Quenedey.De l'inventeur du physionotrace, une lettre autographe, adressée au maire du IIearrondissement, le 1erfévrier 1816:
Edme Quenedey, né dans la paroisse de Riceys-le-Haut (Aube) le 17 décembre 1756; un peu moins d'un an de l'âge requis pour l'exemption naturelle; mais ayant des douleurs rhumatismales alternativement qui souvent me privent de l'usage du bras gauche, et ayant tous les hivers un rhume cathareux qui me fait cracher le sang. En voilà beaucoup plus, monsieur, pour me faire préférer de coucher en prison, pourvu qu'elle soit à l'abri des injures du temps, à faire faction, au milieu de la rue, de nuit, soit en hiver, soit en été...
Edme Quenedey, né dans la paroisse de Riceys-le-Haut (Aube) le 17 décembre 1756; un peu moins d'un an de l'âge requis pour l'exemption naturelle; mais ayant des douleurs rhumatismales alternativement qui souvent me privent de l'usage du bras gauche, et ayant tous les hivers un rhume cathareux qui me fait cracher le sang. En voilà beaucoup plus, monsieur, pour me faire préférer de coucher en prison, pourvu qu'elle soit à l'abri des injures du temps, à faire faction, au milieu de la rue, de nuit, soit en hiver, soit en été...
Rosalba.«Diario degli anni MDCCXX et MDCCXXI, scritto di propria mano in Parigi da Rosalba Carriera, dipintrice famosa, publicato D. Giovanni Vianelli. Venezia, nella Stamperia Coletti, 1793.» C'est le journal du séjour en France de laPintresseau pastel, et qu'a traduit M. Sensier.
Saint-Aubin.Une série de placets et lettres d'Augustin de Saint-Aubin, dont j'ai donné la plus grande partie en le fascicule des Saint-Aubin, dans «l'Art duxviiiesiècle».
Saint-Non.«Notice de Jean-Claude Richard deSaint-Non, abbé commendataire de l'abbaye de Poultières, diocèse de Langres, amateur honoraire de l'Académie de peinture par Gabriel Brizard. De l'imprimerie de Clousier, 1792.» Notice rare de l'abbé aquafortiste.
Sauvage.D'une correspondance de ce peintre, imitateur en grisaille de la sculpture, avec M. de Fontanel, garde des dessins de l'Académie de Montpellier, j'extrais une lettre:
Monsieur et ami,Si je n'ai pas répondu tout de suite à celle que vous m'avez adressée, c'est que je suis presque toujours absent de chez moi, aiant une besogne considérable à Saint-Cloud où je fais le plafond de la chapelle de la Reine. Je suis là pour tout l'hiver: quant à ce que vous me demandéz, j'ai fait toutes les informations possibles sans savoir. Messieurs les entrepreneurs de papier ont bien soin de cacher leurs peintres: ce n'est pas la première fois que je fais ces recherches. L'été dernier, pour obliger une dame de la campagne, j'ai fait différents dessins, comptant sur ces mêmes peintres pour les faire exécuter en papier: je n'ai jamais pu les trouver. Je donnois mes dessins à Robert, marchand de papier sur le boulevard Montmartre, qui me les fit faire et en même tems les fit doubles pour lui. Je suis fâché de n'être pas plus heureux dans mes recherches. Je compte toujours emploier le premier moment que j'aurai pour vous remercier de l'excellent vin de Frontignan, que vous avez eu la bonté d'envoier à madame Sauvage. J'espère que vous trouverez ce genre de boëte assez drôle; l'on m'en demande beaucoup, mais je n'en fais guère, je suis cette année dans le plafond. Je suis à finir celui du cabinet de M. le duc de Praslin; toutes ces grandes choses m'empêchent de m'appliquer au petit, et je n'en suis pas fâché. Je m'en trouve bien de toute façon... Je ne saissi M. de Joubert reviendra bientôt, je n'ai plus de ses nouvelles, et, à son dernier voyage à Paris, je n'ai pas été chez lui. Je ne le vois plus qu'aux assemblées de l'Académie, sans cependant être brouillé, mais je n'ai pas à me louer de son fils, quoiqu'il ait fait tout au monde, pendant le dernier Salon, pour me dissuader de ce que l'on m'avoit dit. Il m'avoit accusé d'avoir engagé son père à se présenter à l'Académie comme amateur, pour le mieux engager à acheter des tableaux. Comme je ne me suis jamais mêlé à faire acheter des tableaux à M. de Joubert qu'il ne m'est arrivé qu'une fois de lui conseiller d'en faire faire un, par Taunay, étant à Rome, ce qu'il a fait. Le tableau a été payé 600 livres, prix que j'ai fait moi-même; j'ai dit après ce propos tenu que je reprendrai le tableau pour 40 louis, car il les vaut. Mais tout cela vient d'un nommé Gaudefrois, raccommodeur de tableaux qui les a empaumés, et cet homme n'aime pas les artistes dans les maisons où il va. Voilà le mot. Je vous dis tout cela entre nous; je vous prie que cela ne passe pas. M. de Joubert m'a toujours comblé d'amitiés, je lui ai dit tout bonnement pourquoi je n'allais plus chez lui; apparemment qu'il en a parlé à son fils, qui m'a accosté et à qui j'ai dit vertement ce que je pensois. Voilà les hommes, Monsieur: il faut les prendre comme ils sont.Je suis bien mortifié de ne pas faire votre affaire; si je puis découvrir quelque chose à cet égard, vous le saurez tout de suite. Pour vos papiers ordinaires, et même du joli, il y a une manufacture nouvelle, rue de Seine, à côté du Jardin du Roi. C'est un Hollandais de ma connaissance, et ami de M. Spandonck, nommé Wemex, si vous vouliez en essayer, vous me le manderez, pour la promptitude je l'ai toujours fait employer avec plaisir.Je suis pour la vie, Monsieur, votre amiSauvage.Surtout motus sur les messieurs Joubert.Paris, ce 13 décembre 1787.
Monsieur et ami,
Si je n'ai pas répondu tout de suite à celle que vous m'avez adressée, c'est que je suis presque toujours absent de chez moi, aiant une besogne considérable à Saint-Cloud où je fais le plafond de la chapelle de la Reine. Je suis là pour tout l'hiver: quant à ce que vous me demandéz, j'ai fait toutes les informations possibles sans savoir. Messieurs les entrepreneurs de papier ont bien soin de cacher leurs peintres: ce n'est pas la première fois que je fais ces recherches. L'été dernier, pour obliger une dame de la campagne, j'ai fait différents dessins, comptant sur ces mêmes peintres pour les faire exécuter en papier: je n'ai jamais pu les trouver. Je donnois mes dessins à Robert, marchand de papier sur le boulevard Montmartre, qui me les fit faire et en même tems les fit doubles pour lui. Je suis fâché de n'être pas plus heureux dans mes recherches. Je compte toujours emploier le premier moment que j'aurai pour vous remercier de l'excellent vin de Frontignan, que vous avez eu la bonté d'envoier à madame Sauvage. J'espère que vous trouverez ce genre de boëte assez drôle; l'on m'en demande beaucoup, mais je n'en fais guère, je suis cette année dans le plafond. Je suis à finir celui du cabinet de M. le duc de Praslin; toutes ces grandes choses m'empêchent de m'appliquer au petit, et je n'en suis pas fâché. Je m'en trouve bien de toute façon... Je ne saissi M. de Joubert reviendra bientôt, je n'ai plus de ses nouvelles, et, à son dernier voyage à Paris, je n'ai pas été chez lui. Je ne le vois plus qu'aux assemblées de l'Académie, sans cependant être brouillé, mais je n'ai pas à me louer de son fils, quoiqu'il ait fait tout au monde, pendant le dernier Salon, pour me dissuader de ce que l'on m'avoit dit. Il m'avoit accusé d'avoir engagé son père à se présenter à l'Académie comme amateur, pour le mieux engager à acheter des tableaux. Comme je ne me suis jamais mêlé à faire acheter des tableaux à M. de Joubert qu'il ne m'est arrivé qu'une fois de lui conseiller d'en faire faire un, par Taunay, étant à Rome, ce qu'il a fait. Le tableau a été payé 600 livres, prix que j'ai fait moi-même; j'ai dit après ce propos tenu que je reprendrai le tableau pour 40 louis, car il les vaut. Mais tout cela vient d'un nommé Gaudefrois, raccommodeur de tableaux qui les a empaumés, et cet homme n'aime pas les artistes dans les maisons où il va. Voilà le mot. Je vous dis tout cela entre nous; je vous prie que cela ne passe pas. M. de Joubert m'a toujours comblé d'amitiés, je lui ai dit tout bonnement pourquoi je n'allais plus chez lui; apparemment qu'il en a parlé à son fils, qui m'a accosté et à qui j'ai dit vertement ce que je pensois. Voilà les hommes, Monsieur: il faut les prendre comme ils sont.
Je suis bien mortifié de ne pas faire votre affaire; si je puis découvrir quelque chose à cet égard, vous le saurez tout de suite. Pour vos papiers ordinaires, et même du joli, il y a une manufacture nouvelle, rue de Seine, à côté du Jardin du Roi. C'est un Hollandais de ma connaissance, et ami de M. Spandonck, nommé Wemex, si vous vouliez en essayer, vous me le manderez, pour la promptitude je l'ai toujours fait employer avec plaisir.
Je suis pour la vie, Monsieur, votre ami
Sauvage.
Surtout motus sur les messieurs Joubert.
Paris, ce 13 décembre 1787.
Surugue.Une lettre du graveur Louis Surugue, datée du 30 octobre et adressée à M. Lemoine, receveur général des salines du Roi, à Moyenvic en Lorraine, nous donne de son vivant le prix de ses gravures. Le portrait de la Sylvia coûte 2 livres, celui de la Desmares 2 livres 2 sols, le portrait de la marquise *** (Mmede Mouchy) en habit de bal, 2 livres. La Camargo et la Sallé, grandes estampes dans des paysages, sont au prix de 3 livres, chacune.
Swebach.De ce peintre, devenu directeur de la manufacture impériale de Russie, une volumineuse correspondance pendant les années 1819-1820, adressée à Louis Larcher de Saint-Vincent, nous le montre pendant ces années, brocantant là-bas, selon son expression, «comme un diable».
Saint-Pétersbourg, le 13 mars 1809.Mon cher Louis,Pour les terres et la maison de Château-Thierry[70], fais pour le mieux et comme pour toy, voulant me débarrasser de ces deux drogues, et ayant l'intention de réunir le plus possible en argent comptant, en ce moment ayant en plus de ce que tu as en main, une trentaine de mille francs, dont partie est déjà à Paris, et espérant encore, d'ici à mon départ, augmenter mon lopin, quitte à voir ce que j'en ferai quand je serai à Paris.Tu seras vraiment étonné quant tu reverras Édouard, qui est devenu un grand et beau garçon, ayant très bonne tournureet un talent auquel tu ne t'attends pas. Je te promets que le premier tableau qu'il fera à Paris, sera pour toy.Quant à mes espérances ici, elles sont bien faibles. On promet ici beaucoup et on ne tient rien. J'ai affaire aux plus vilaines gens qu'on puisse connaître. Les Russes ne sont pas beaux à voir chez eux, et, je le répète, il faut mériter d'être pendu chez nous pour venir ici.Le climat et tout ce que l'on m'a fait souffrir ici, ont détruit ma santé, et de plus je désespère d'être récompensé, et ce n'est qu'à force de privations que j'ai amassé quelque chose, pour qu'il ne soit pas dit, que j'avais fait huit cents lieues, en pure perte.Écris-moi quand tu pourras, je n'ai plus que toi, les autres m'abandonnent. Ma sœur ne me donne plus de nouvelles, parce que j'ai refusé de lui prêter 45,000 francs; Maillard parce que je ne veux pas qu'il vende mes tableaux et en employe l'argent, enfin qu'en bon ami, je ne veux pas faire bourse commune.J'espère après le jour heureux, où je pourrai vous embrasser tous, et boire, à votre bonheur, ce bon vin de France, dont je ne bois pas tout mon saoul dans ce maudit pays.J'espère à mon retour vivre tranquille au milieu de mes enfants et du peu d'amis que j'ai. Je serai peu riche, mais je suis sans ambition, je travaillerai jusqu'à la fin de mes jours, mais pour m'amuser, et je n'espère qu'après le repos. Ma tâche en ce monde approche de sa fin.......Swebach.Saint-Pétersbourg, ce 26 juillet 1819.Mon cher Louis,Je viens d'expédier pour France deux caisses que je t'adresse.Je prépare tout pour mon retour, malgré que je ne puisse pas encore indiquer l'époque juste, n'étant pas dans un pays où l'on puisse faire toujours ce que l'on veut, et dont il me tarde fort de sortir.Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte un peu mieux et je crois que je pourrai reconduire ma pauvre carcasse en France, et que nous pourrons rire encore quelquefois aux dépens des ultra des deux côtés, étant tout naturel qu'à mon âge on soit tout ventre. En rentrant, je pourrai dire avoir vu de près toute espèce de forme de gouvernement, et pourrai t'en donner des nouvelles.Chose assez drôle, c'est que dans ce pays, dans le moment, nous sommes entourés de trois forêts qui brûlent, dont la plus éloignée est à deux heures. Ces forêts se sont enflammées par la force et continuité de la chaleur excessive, que nous avons éprouvée ici, depuis plus de six semaines. Elle a été de 35° à l'ombre. Voilà un avantage de ce pays. Les hivers sont longs à la vérité, mais ordinairement secs et vraiment superbes, et l'été court, mais aussi beau qu'en Italie. Ce qui rend le climat pernicieux est la transition subite de la chaleur au froid, ce que j'ai vu arriver quelquefois plusieurs fois dans un jour. La végétation est superbe et d'une rapidité étonnante, et c'est dans ce pays qu'existent les plus beaux jardins à l'anglaise du monde, les nôtres ne sont que des miniatures à côté, en raison de la cherté du terrain, qui ici ne coûte rien.....Saint-Pétersbourg, 20 janvier 1820.Mon cher Louis,Du reste, mes affaires vont assez bien. Outre les 1,200 fr. de rente que tu as entre les mains, il y en a encore 1,400 entre celles de M. Baguenault, banquier, plus 11,008 francs en caisse chez lui, et 12 à 15 à recevoir ici. Mon engagement est fini, on m'a fait des propositions extravagantes pour me retenir, que j'ai refusées. On s'est rebattu sur mon fils; j'ai refusé de même, Édouard ayant besoin de Paris pour son talent. Je suis en attendant les papiers qui me sont nécessaires, pour partir à Moscou. J'ai vendu tous mes effets, voitures, chevaux et autres, et je bous d'impatience, attendu qu'il m'est promis par le ministre l'ordre de Sainte-Anne pour récompense de mes services, et que de jour en jour je l'attends.....Ce 2 mars 1820, Moscou.Mon cher Louis,J'ai fait de bonnes affaires ici. Je rapporte une énorme quantité de curiosités, telles que pierres gravées et bijoux. J'ai reçu beaucoup de cadeaux. Enfin je suis fêté d'une manière extraordinaire, et s'il ne m'arrive pas d'être malade en route, tu me verras à Paris fort content. En cas de malheur, tu sauras qu'il me reste encore 16 à 17,000 francs sur M. Baguenault, banquier. J'en rapporte encore 10,000 et un peu plus de 25,000 livres de boîtes dorées, de bagues en brillants et autres pièces précieuses, turquoises superbes, talismans turcs et arabes, antiques, pierres gravées de toute espèce. Tu vois que mon voyage a mieux fini qu'il n'avait commencé. Mes tableaux ici font fureur. J'ai constamment cinq à six seigneurs qui se les disputent, à mesure que je les fais, et j'en profite pour leur vendre plus cher...Moscou, ce 15 mars 1820.Mon cher Louis,Je me porte bien et j'ai vendu ici pour près de 8,000 fr. de tableaux, et comme il m'en restait encore pour près de 30,000 francs, et que je n'ai pas le temps de les vendre comme je le désirerais, j'ai pris le parti de les troquer contre de belles pierres gravées et beaux camées antiques et autres bijoux et curiosités de facile transport, ayant l'intention, à mon passage en Allemagne, de tâcher de m'en défaire avec avantage. Nous sommes ici continuellement en bombance, les seigneurs nous envoient leurs voitures, et nous allons de fêtes en fêtes..... Voilà enfin notre voyage qui tire à sa fin, assez heureusement; nous passons par Vienne et Munich après avoir traversé la Pologne et la Russie dans sa plus grande longueur, et le résultat sûr dudit voyage est 60,000 fr., 25,000 à 30,000 fr. d'objets précieux, et la croix de Sainte-Anne: toutes ces choses ne sont pas trop bêtes, et il me semble que cela valait la peine de les venir chercher. J'ai bien souffert à la vérité, mais je crois cependant que je rapporterai mes os dans ma patrie.Si tu vois Maillard, préviens-le de mon arrivée; je rapporte en France du lapis, du superbe outremer venant des Indes et de la Chine par les Boukares, de plus la collection complète des jades, agates, marbres, porphyres de Sibérie et d'Asie, en outre plus de cinquante bagues antiques, camées, pierres gravées et autres; en plus, j'ai reçu des cadeaux de plusieurs seigneurs et j'en ai d'un prince Baratinski et de Yousof et d'un comte Golowine[71]. J'ai aussi une collection de belles améthystes, topazes, aigues-marines, rubis, émeraudes, opales et cornalines... J'ai brocanté dans cetteville comme un diable. L'outremer se vend ici à la livre. Je n'exporte pas de fourrures, elles sont ici plus chères qu'à Paris...
Saint-Pétersbourg, le 13 mars 1809.
Mon cher Louis,
Pour les terres et la maison de Château-Thierry[70], fais pour le mieux et comme pour toy, voulant me débarrasser de ces deux drogues, et ayant l'intention de réunir le plus possible en argent comptant, en ce moment ayant en plus de ce que tu as en main, une trentaine de mille francs, dont partie est déjà à Paris, et espérant encore, d'ici à mon départ, augmenter mon lopin, quitte à voir ce que j'en ferai quand je serai à Paris.
Tu seras vraiment étonné quant tu reverras Édouard, qui est devenu un grand et beau garçon, ayant très bonne tournureet un talent auquel tu ne t'attends pas. Je te promets que le premier tableau qu'il fera à Paris, sera pour toy.
Quant à mes espérances ici, elles sont bien faibles. On promet ici beaucoup et on ne tient rien. J'ai affaire aux plus vilaines gens qu'on puisse connaître. Les Russes ne sont pas beaux à voir chez eux, et, je le répète, il faut mériter d'être pendu chez nous pour venir ici.
Le climat et tout ce que l'on m'a fait souffrir ici, ont détruit ma santé, et de plus je désespère d'être récompensé, et ce n'est qu'à force de privations que j'ai amassé quelque chose, pour qu'il ne soit pas dit, que j'avais fait huit cents lieues, en pure perte.
Écris-moi quand tu pourras, je n'ai plus que toi, les autres m'abandonnent. Ma sœur ne me donne plus de nouvelles, parce que j'ai refusé de lui prêter 45,000 francs; Maillard parce que je ne veux pas qu'il vende mes tableaux et en employe l'argent, enfin qu'en bon ami, je ne veux pas faire bourse commune.
J'espère après le jour heureux, où je pourrai vous embrasser tous, et boire, à votre bonheur, ce bon vin de France, dont je ne bois pas tout mon saoul dans ce maudit pays.
J'espère à mon retour vivre tranquille au milieu de mes enfants et du peu d'amis que j'ai. Je serai peu riche, mais je suis sans ambition, je travaillerai jusqu'à la fin de mes jours, mais pour m'amuser, et je n'espère qu'après le repos. Ma tâche en ce monde approche de sa fin.......
Swebach.
Saint-Pétersbourg, ce 26 juillet 1819.
Mon cher Louis,
Je viens d'expédier pour France deux caisses que je t'adresse.
Je prépare tout pour mon retour, malgré que je ne puisse pas encore indiquer l'époque juste, n'étant pas dans un pays où l'on puisse faire toujours ce que l'on veut, et dont il me tarde fort de sortir.
Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte un peu mieux et je crois que je pourrai reconduire ma pauvre carcasse en France, et que nous pourrons rire encore quelquefois aux dépens des ultra des deux côtés, étant tout naturel qu'à mon âge on soit tout ventre. En rentrant, je pourrai dire avoir vu de près toute espèce de forme de gouvernement, et pourrai t'en donner des nouvelles.
Chose assez drôle, c'est que dans ce pays, dans le moment, nous sommes entourés de trois forêts qui brûlent, dont la plus éloignée est à deux heures. Ces forêts se sont enflammées par la force et continuité de la chaleur excessive, que nous avons éprouvée ici, depuis plus de six semaines. Elle a été de 35° à l'ombre. Voilà un avantage de ce pays. Les hivers sont longs à la vérité, mais ordinairement secs et vraiment superbes, et l'été court, mais aussi beau qu'en Italie. Ce qui rend le climat pernicieux est la transition subite de la chaleur au froid, ce que j'ai vu arriver quelquefois plusieurs fois dans un jour. La végétation est superbe et d'une rapidité étonnante, et c'est dans ce pays qu'existent les plus beaux jardins à l'anglaise du monde, les nôtres ne sont que des miniatures à côté, en raison de la cherté du terrain, qui ici ne coûte rien.....
Saint-Pétersbourg, 20 janvier 1820.
Mon cher Louis,
Du reste, mes affaires vont assez bien. Outre les 1,200 fr. de rente que tu as entre les mains, il y en a encore 1,400 entre celles de M. Baguenault, banquier, plus 11,008 francs en caisse chez lui, et 12 à 15 à recevoir ici. Mon engagement est fini, on m'a fait des propositions extravagantes pour me retenir, que j'ai refusées. On s'est rebattu sur mon fils; j'ai refusé de même, Édouard ayant besoin de Paris pour son talent. Je suis en attendant les papiers qui me sont nécessaires, pour partir à Moscou. J'ai vendu tous mes effets, voitures, chevaux et autres, et je bous d'impatience, attendu qu'il m'est promis par le ministre l'ordre de Sainte-Anne pour récompense de mes services, et que de jour en jour je l'attends.....
Ce 2 mars 1820, Moscou.
Mon cher Louis,
J'ai fait de bonnes affaires ici. Je rapporte une énorme quantité de curiosités, telles que pierres gravées et bijoux. J'ai reçu beaucoup de cadeaux. Enfin je suis fêté d'une manière extraordinaire, et s'il ne m'arrive pas d'être malade en route, tu me verras à Paris fort content. En cas de malheur, tu sauras qu'il me reste encore 16 à 17,000 francs sur M. Baguenault, banquier. J'en rapporte encore 10,000 et un peu plus de 25,000 livres de boîtes dorées, de bagues en brillants et autres pièces précieuses, turquoises superbes, talismans turcs et arabes, antiques, pierres gravées de toute espèce. Tu vois que mon voyage a mieux fini qu'il n'avait commencé. Mes tableaux ici font fureur. J'ai constamment cinq à six seigneurs qui se les disputent, à mesure que je les fais, et j'en profite pour leur vendre plus cher...
Moscou, ce 15 mars 1820.
Mon cher Louis,
Je me porte bien et j'ai vendu ici pour près de 8,000 fr. de tableaux, et comme il m'en restait encore pour près de 30,000 francs, et que je n'ai pas le temps de les vendre comme je le désirerais, j'ai pris le parti de les troquer contre de belles pierres gravées et beaux camées antiques et autres bijoux et curiosités de facile transport, ayant l'intention, à mon passage en Allemagne, de tâcher de m'en défaire avec avantage. Nous sommes ici continuellement en bombance, les seigneurs nous envoient leurs voitures, et nous allons de fêtes en fêtes..... Voilà enfin notre voyage qui tire à sa fin, assez heureusement; nous passons par Vienne et Munich après avoir traversé la Pologne et la Russie dans sa plus grande longueur, et le résultat sûr dudit voyage est 60,000 fr., 25,000 à 30,000 fr. d'objets précieux, et la croix de Sainte-Anne: toutes ces choses ne sont pas trop bêtes, et il me semble que cela valait la peine de les venir chercher. J'ai bien souffert à la vérité, mais je crois cependant que je rapporterai mes os dans ma patrie.
Si tu vois Maillard, préviens-le de mon arrivée; je rapporte en France du lapis, du superbe outremer venant des Indes et de la Chine par les Boukares, de plus la collection complète des jades, agates, marbres, porphyres de Sibérie et d'Asie, en outre plus de cinquante bagues antiques, camées, pierres gravées et autres; en plus, j'ai reçu des cadeaux de plusieurs seigneurs et j'en ai d'un prince Baratinski et de Yousof et d'un comte Golowine[71]. J'ai aussi une collection de belles améthystes, topazes, aigues-marines, rubis, émeraudes, opales et cornalines... J'ai brocanté dans cetteville comme un diable. L'outremer se vend ici à la livre. Je n'exporte pas de fourrures, elles sont ici plus chères qu'à Paris...
Vanloo.«Vie de Jean-Baptiste Vanloo, professeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, par M. Dandré-Bardon, recteur. Paris, Louis Cellot, 1779.»
Vanloo.«Description d'un tableau représentant le sacrifice d'Iphigénie par Carle Vanloo (par Caylus). Paris, Duchesne, 1757.»
Wailly.«Notice historique sur Charles de Wailly, architecte... Lue à la séance publique de la Société philotechnique, le 20 brumaire an VII, par Joseph Lavallée. De l'imprimerie de la Société des amis des arts, an VII.»
Willefils. Une supplique à la duchesse d'Angoulême, en date du 9 janvier 1825, du malheureux peintre, âgé de 73 ans, ayant perdu, aux mauvais jours de la Révolution, la fortune amassée par son père, et incapable de payer la pension à Charenton de sa femme, devenue folle.
Nous terminerons cette étude des livres d'art, par une énumération des livres concernant la curiosité et une revue des catalogues de vente duxviiiesiècle.
Et d'abord un petit livre rarissime, qui mérite d'ouvrir le chapitre de la curiosité:Relation en forme de lettre,sur les dépenses suggérées par un goût outré pour des curiosités passagères, ou par une passion désordonnée pour différents genres de compilations. Terminéepar un expédient de bienfaisance[72]. C'est une facétie passant en revue les goûts et les manies du temps. On y rencontre le collectionneur de médailles, le collectionneur de coquilles dont les cabinets étaient si nombreux à cette époque; le collectionneur d'estampes «qui a enfoui 40,000 écus dans l'obscurité de 60 portefeuilles»; le collectionneur de partitions de musique, qui possède tous les divertissements, cantates, cantatilles, recueils de chansons, sonates, concertos, duos, solos, enfin tout ce qui a été imprimé ou gravé en fait de musique, depuis quarante ans; le collectionneur de biscuits et de terres cuites représentant tous les amours et les savoyards, les nymphes et les vielleuses, et qui échangerait l'Andromède du Puget, pour les statuettes de Manelli, de la Tonnelli, ou de quelque virtuose du boulevard; le collectionneur d'argenterie et de boîtes baroques, demandant, tous les jours, un renouvellement de la forme, et dont l'opulenceinquiètene veut pas se contenter de l'orfèvrerie de Balin et du vieux Germain, de la bijouterie de Georges; le collectionneur de tentures de la Chine, qui se défait de ses tapisseries de Flandres, de Beauvais, des Gobelins, pour se procurer «les extravagantes beautés des peintres chinois». Mais de tous ces amateurs le type le plus passionné est une collectionneuse de porcelaines, qui, après avoir donné dans la Chine et le Japon, dégoûtée par l'avilissement apporté à cesporcelaines par les envois de la Compagnie des Indes, s'est jetée dans le Saxe, et après avoir dit que l'argenterie n'est bonne que pour des commis, des vieux militaires, s'écrie: «J'avoue que le Saxe coûte un peu cher... Mais aussi j'ai huit services de tables complets, indépendamment de ce que j'ai déboursé pour faire remonter en Saxe mes glaces, mes lustres, mes pendules, ma toilette et ma garde-robe. En vérité, j'ai une passion pour le Saxe qui va jusqu'à l'adoration. Enfin je suis Saxe des pieds jusqu'à la tête..... Il n'y a pas jusqu'à mon almanach et mes livres de piété qui ne soient reliés en Saxe.»
A cette brochure il faut joindre: «Réflexions sur la peinture et la gravure, accompagnées d'une courte dissertation sur le commerce de la curiosité et les ventes en général, par Joullain fils aîné, 1786»; «leRépertoire des tableaux, dessins et estampes, ouvrage utile aux amateurs, 1788»; et parmi les livres modernes, leLivre-Journalde Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du Roi, qui contient, de 1748 à 1758, les achats desjolitéset bibelots de tous les curieux et les curieuses du temps: livres parmi lesquels doit prendre sa place: «la Confession publique du brocanteur, Amsterdam, 1776», brochurette où le sieurFerre-la-Mule, au moment de mourir dans une tempête, confesse tous lestrucsdes marchands de tableaux du temps, trucs bien innocents, quand on les compare à ceux des marchands de tableaux contemporains.
Maintenant, faisons le dénombrement des catalogues originaux.
Sur deux planches, rangés par ordre de dates, se succèdent tous ces petits et gros catalogues de vente, montrant, en une sorte d'obituaire des amateurs et des artistes duxviiiesiècle, le passage aux enchères, depuis le règne de Louis XV jusqu'à la Révolution, de tout le joli et exquis mobilier d'art du temps: pauvres petites brochurettes autrefois si méprisées, et dont, en face l'Institut, j'ai vu remplie toute une boîte de bouquiniste à 20 centimes, et dans laquelle j'ai acheté le catalogue de Boucher, et dans laquelle se trouvait, au même prix, celui du peintre de Troy, ce catalogue qui vient de se vendre 1,000 francs à la vente de M. Reiset.
Le catalogue sommaire des dessins de grands maîtres d'Italie, des Pays-Bas, de France... du cabinet de feu M.Crozat(1741), la plus extraordinaire collection de dessins qui fut jamais, et composée des dessins de Jabach qui n'avaient pas été cédés au Roi, des dessins de M. de la Noue, l'un des plus grands curieux de France, des dessins que mademoiselle Stella avait trouvés dans la succession de son oncle, des dessins provenant des débris de la collection Vasari, des dessins des Carrache achetés aux héritiers de Pierre Mignard, d'une partie considérable de dessins de Raphaël, découverts par le collectionneur à Urbin, des dessins de Rubens sortant du cabinet d'Antoine Triest, évêque de Gand, des dessins provenant des ventes de milord Sommersà Londres et de Van der Schilling à Amsterdam.
Le catalogue raisonné de diverses curiosités du cabinet de feu M.Quentin de Lorangère(1744); le catalogue de l'énorme collection de tableaux, dessins, estampes, dans lequel est insérée l'intéressante notice de Gersaint sur Watteau.
Le catalogue raisonné d'une collection considérable de diverses curiosités, en tous genres, contenues dans les cabinets de feu M.Bonnier de la Mosson, Bailly et Capitaine des chasses de la Varenne des Thuileries (1744). Et c'étaient chez Bonnier de la Mosson: 1oun cabinet d'anatomie, 2oun cabinet de chimie, 3oun cabinet de pharmacie, 4oun cabinet de drogues, 5oun cabinet du tour, 6oun premier cabinet d'histoire naturelle, contenant les animaux en fiole, 7oun second cabinet d'histoire naturelle contenant les animaux desséchés, 8oun cabinet de physique, 9oun troisième cabinet d'histoire naturelle contenant l'herbier, les coquilles parmi lesquelles se trouvait la fameuse coquille nommée laScalata, la seule existante à Paris, et que M. Bonnier avait achetée 1,500 livres en Hollande: ces neuf cabinets ornés «de tout ce que l'art a pu imaginer de mieux et de plus agréable» comme sculpture recherchée et délicate, glaces, dessus de portes, etc.
Le catalogue.... de feu M. le chevalier dela Roque(1745). M. de la Roque était l'ancien gendarme de la garde du Roi, à la jambe emportée par la canonnade de Malplaquet, le privilégié du Mercure, l'ami de Watteau, dont il passait à sa vente les deuxtableaux des «Fatigues» et des «Délassements de la guerre.»
Le catalogue des tableaux du cabinet de M.Crozat, baron de Thiers (1745), l'inestimable collection passée en Russie.
Le catalogue raisonné des bijoux, porcelaines, bronzes, laques, lustres de cristal de roche, pendules de goût.... provenant de la succession de M.Angran, vicomte deFonspertuis(1747). C'est la collection des plus rares porcelaines de la Chine et du Japon, le cabinet où les amateurs allaient apprendre à connaître levraiet lebeau, et qui renfermait les plus parfaits morceaux d'ancien bleu, avant la substitution de l'émail à l'azur naturel, et les morceaux les plus gras et les plus crémeux d'ancien blanc.
Le catalogue de tableaux et des objets d'ébénisterie... du sieurCressent, ébéniste du palais et de feu S. A. I. Monseigneur le duc d'Orléans (1747), dont les travaux rivalisaient avec ceux de Boule, et dont l'expert vante le contour simple et noble de ses commodes, et l'incrustation épaisse et pleine de ses boîtes à pendules.
Et des catalogues, j'en passe, comme j'en ai déjà beaucoup passé, et comme j'en passerai encore plus, faisant une course à vol d'oiseau, à travers cet immense inventaire de la curiosité.
Le catalogue d'une collection de tableaux, dessins estampes... de M.Le Lorrain(1758), lorsqu'il avait l'honneur d'être choisi par l'Impératrice de Russie pour être son peintre.
Le catalogue des tableaux... du comte deVence(1760), vente où s'adjugeaient pour 550 livres «l'Écureuse» et le «Garçon cabaretier» de Chardin, ces deux merveilles de la peinture laiteuse, dont nous avons vu revendre l'un 23,200 fr., à la vente de Camille Marcille.
Le catalogue de tableaux... de feu messire Germain-LouisChauvelin, ministre d'État (1762) parmi lesquels figuraient les tableaux de Watteau, connus sous les titres de la «Lorgneuse» et de «l'Accord parfait».
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de feu J.-B. deTroy, directeur de l'Académie de Rome (1764), où se trouvait une collection d'esquisses de choix de l'école française.
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... deDeshays, peintre du Roy (1765), vente dans laquelle étaient livrés aux enchères une grande quantité d'études et de dessins du gendre de Boucher.
Le catalogue de tableaux, sculptures, dessins, estampes, porcelaines, bijoux, meubles précieux... du duc deTallard(1766). Un cabinet en général formé de tableaux de l'école italienne, et où le duc n'avait consenti à admettre des maîtres de l'école flamande «qu'autant qu'ils avaient travaillé dans le genre noble et sublime». Dans les sculptures, bronzes, meubles précieux, était vendue une série de magnifiques lustres en bronze, à propos desquels l'expert déclarait que, «quoique les lustres de cristal aient absolument prévalu pour la décoration des appartements, un lustre de bronze doré a plus de noblesse et convient bien mieux pour un cabinet de peinture,où un lustre de cristal devient trop brillant et rompt le bel accord, que tout amateur de peinture doit rechercher dans l'assemblage des chefs-d'œuvre de l'art».
Le catalogue... du peintreAved(1766), auquel il faut joindre le catalogue de sa seconde vente faite en 1770. Ce peintre, qui passait pour un des plus parfaits connaisseurs d'Europe, et qui avait mis dans sa collection tout son patrimoine et le bien de sa femme, avait réuni un choix de tableaux et de dessins de ses contemporains, et toute une suite de natures mortes de son ami, et collaborateur dans la peinture de portraits, Chardin.
Le catalogue des effets curieux... du cabinet de feu M. deSelle, trésorier de la Marine (1766), qui contenait, parmi des tableaux et des porcelaines, une suite de marbres, de bronzes, de terres cuites de François Girardon, Auguier, le Lorrain, Gaspard de Marsy, Antoine Coysevoix.
Le catalogue de tableaux originaux de différents maîtres, miniatures, dessins, estampes sous verre, de feu Mmela marquise dePompadour(1766); petite plaquette de 32 pages, ne contenant que 99 numéros, et où n'apparaît rien de son somptueux mobilier, que nous retrouverons plus tard à la vente de son frère, le marquis de Ménars. Cette vente ne renferme de remarquable et de digne de la favorite, que les deux grandes compositions de Boucher «le Lever et le Coucher du soleil», qui font aujourd'hui partie de la collection de M. Richard Wallace.
Le catalogue des statues en pierre, en plâtre, enterre et bronzes, modèles et ustensiles d'atelier qui seront vendus chez le sieurAycard, sculpteur, à la Petite Pologne, près la barrière du faubourg Saint-Honoré.
Le catalogue raisonné des tableaux, dessins, estampes et autres effets curieux, après le décès de M. deJulienne(1767), l'amateur par excellence du siècle, et dont la vente des tableaux de toutes les écoles, des laques les plus recherchés, des meubles de l'ébéniste Boule, était annoncée dans une vignette, par une Renommée apprenant à l'Europe que le cabinet de M. de Julienne était à vendre.
Le catalogue de tableaux, groupes, figures de bronze, porcelaines rares... de feu M.Gaignat, ancien secrétaire du cabinet du Roy (1768); une des collections, dit l'expert Remy, les plus recommandables entre toutes par l'excellence des choix. Les porcelaines de la Chine et du Japon sortaient des cabinets de S. A. R. Madame la duchesse d'Orléans, de la comtesse de Verrue, du prince de Carignan, du comte de Fontenai, le plus grand connaisseur en porcelaines.
Le catalogue du sieurAmand, peintre du Roy en son Académie royale de peinture, devant avoir lieu le 30 juin 1769 et jours suivants, rue du Cul-de-sac de la Bouteille, et consistant en tableaux, dessins, estampes et autres ustensiles à l'usage de la peinture. Ce catalogue, avec sa courte notice biographique, qui est, ainsi que pour un certain nombre de petits peintres obscurs duxviiiesiècle, tout ce qu'onpossède à peu près de documents sur leur vie ignorée, nous montre la misère d'une vente d'artiste de ce temps, d'un artiste qui n'est pas à la mode. On y voit son grand tableau de «Mercure et Argus» se vendre 49 livres, son autre tableau de «Psyché abandonnée par l'Amour» 52 livres, enfin son tableau de «Soliman II devant lequel on déshabille des femmes esclaves», ne pas dépasser 80 livres.
Le catalogue... de feu M.Cayeux, sculpteur (1769); une importante réunion de dessins, parmi lesquels il y en avait de Bouchardon, de Boucher, de Vanloo, de Pierre, de Natoire, de Jeaurat, de Cochin fils, de Greuze.
Le catalogue des tableaux, figures, bustes de marbre, bas-reliefs de terre cuite, morceaux d'ivoire... de M.Lalive de Jully(1769); collection contenant les plus beaux échantillons de l'art français depuis Simon Vouet jusqu'à Vien, et où se trouvait «le Père de famille lisant la Bible» de Greuze, et le curieux portrait de Watteau par la Rosalba.
Le catalogue de tableaux, groupes de bronze, porcelaines... de M.Beringhen, premier écuyer du Roi (1770), qui avait toute une collection d'animaux, de vaches, de singes, enbleu céleste et violet.
Le catalogue raisonné des tableaux, estampes, bronzes, terres cuites, laques, porcelaines de différentes sortes... de feu M.Boucher, premier peintre du Roi (1771). A propos de ce catalogue, répétons que les catalogues qui n'avaient pas été employés avant nous, dans la biographie des gens, sont lesnaturels et les seuls introducteurs, en ce temps, dans les milieux de leur vie, et que pour l'explication du talent des artistes, ces inventaires dédaignés apportent de curieux renseignements. C'est ainsi que nous avons pu donner de la pastorale enrubannée du Maître, et la charrue et la herse et le petit bateau de pêcheur: des modèles-joujoux; c'est ainsi que nous avons pu montrer le coloristevermillonnédes dernières années, peignant dans un tendre embrasement de tons de coquillages et d'éclairs de matières précieuses.
Le catalogue de tableaux à l'huile, à gouache et au pastel, peintures de la Chine, enluminures, dessins précieux, estampes... de feuHuquier, graveur (1771). Une nombreuse réunion de dessins et d'estampes renfermant un grand nombre d'académies, de tous les maîtres. On y remarquait une suite de recueils de dessins reliés en volumes, parmi lesquels il y avait 45 dessins de monuments de Rome par Poussin, les 150 dessins originaux à la sanguine de Gillot pour les fables de Lamotte, 39 dessins faits d'après les plombs de Meissonnier, une suite de 150 charges à la plume et au bistre pour l'illustration des Songes pantagruéliques de Pantagruel, par Huquier. Les dessins et les estampes laissés par Huquier étaient en si grande quantité, qu'une seconde vente avait lieu la même année.
Le catalogue ou plutôt les deux catalogues de MlleClairon(1773), dont la vente se faisait rue du Bacq, près le Pont-Royal. La collection préférée dela tragédienne était une collection d'histoire naturelle avec les divisions en minéraux, cristallisations, stalactites, pierres calcaires, agates, cailloux, jaspes, pétrifications, pierres fines, coraux, madrépores-antroites, méandrites, tubipores, fougipores, millepores, rétépores, lithophites, éponges, alcyons, vermiculaires, lépas, oreilles de mer, nautiles, limaires nérites, buccins, tonnes, casques, rochers, pourpres, volutes, olives, porcelaines, huîtres, peignes, cœurs, tellines, moules, oursins, opercules, coquilles terrestres, fluviatiles, étoiles de mer. La seconde vente qui avait lieu un mois après, montrait aux regards des curieux, au milieu d'habillements de sauvages, de costumes turcs, de choses exotiques et d'estampes, les objets de ville usuels et familiers de la grande actrice: une navette de laque rouge à cartouche de laque noir et or, doublée de nacre et garnie en or; une écritoire de trois pièces, en cristal de roche, garnie en or, sur un plateau en éventail de laque fond noir avec arbres et fabriques en or et bordure aventurinée; un souvenir d'or de couleur avec des cartouches à portraits et cure-oreille d'or d'Allemagne; une montre ovale, à huit pans, dans une boîte de cristal de roche d'un travail ancien et délicat; un porte-crayon et un dé d'or; un étui à aiguilles d'or; un berloquier d'acier garni de cinq flacons, d'une paire de ciseaux damasquinés d'or, d'une lorgnette à deux verres, d'un tire-bouchon d'argent en olive à secret, d'un couteau de nacre de perle, garni de deux lames dont une d'or.
Le catalogue de dessins... de M.Lempereur(1773) où se trouvait une suite de plus de quarante dessins de Bouchardon.
Le catalogue de tableaux... de feuM. Jacqmin, joaillier du Roi et de la Couronne (1773), à la vente duquel la «Naissance de Vénus» de Boucher, gravée par Levasseur, se vendait 480 livres, et bon nombre de boîtes en émail de Mailly et de Rouquet.
Le catalogue de tableaux originaux... de M. le C. de D. (1774). C'est la vente de Du Barry le Roué, après sa fuite de France, à la mort de Louis XV. Cette vente contenait des Watteau, des Boucher, des Greuze.
Le catalogue raisonné des différents objets de curiosités dans les sciences et dans les arts qui composaient le cabinet de feu M.Mariette, rédigé par Basan (1775); précieuse collection presque uniquement composée de dessins et d'estampes, et qui montait à 288,500 livres.
Le catalogue des tableaux, figures, bustes... du duc deSaint-Aignan(1776) qui possédait les deux jolis tableaux de Subleyras, connus sous les titres du «Faucon» et des «Oyes du frère Philippe».
Le catalogue de dessins... de M.Neyman, orné d'un frontispice de Choffart (1776), et contenant 1,266 numéros de dessins de maîtres.
Le catalogue de tableaux précieux, miniatures, gouaches... de M.Blondel de Gagny(1776), vente où repassaient le Murillo, le Rembrandt, le Teniers, le Wouwermans de la comtesse de Verrue.
Le catalogue de tableaux, dessins précieux, vases de marbre et de bronze, porcelaines de premier choix, ouvrages du célèbre Boule... qui composent le cabinet de M.Randon de Boisset(1777). C'est le catalogue d'un financier de goût, aux achats conseillés par Boucher, Greuze, Hubert-Robert, et où les plus beaux tableaux flamands et français voisinaient avec des marbres les plus rares de l'Italie, et où posaient, sur les plus parfaits meubles de Boule, des porcelainesde la première qualité coloriée, comme les collectionneurs n'en avaient pas vu passer en vente depuis trente-cinq ans.
Le catalogue de tableaux italiens, français, hollandais... dont la vente se fera le lundi 17 février 1777 et jours suivants, à trois heures de relevée, rue Saint-Honoré, hôtel d'Aligre. Cette vente anonyme est la vente faite par MmeDu Barry, dans les premiers embarras d'argent de sa disgrâce, et dont nous avons raconté les détails dans son histoire[73]. Parmi les tableaux importants livrés aux enchères, signalons un tout petit tableau (H. 6 p., L. 10 p.) de Gabriel de Saint-Aubin, représentant un peintre dessinant un modèle de femme nue, couchée sur un canapé, sujet que le petit maître a gravé lui-même à l'eau-forte de sa pointe la plus spirituelle. Il serait intéressant de retrouver ce tableautin, qui fixerait sur le faire à l'huile de ce gribouilleur de génie à l'aquarelle, et dont on ne possède pas une peinture de genre authentique.