Chapter 10

Toi qui vivais tant pour Sophie,Pour ton enfant, pour son bonheur,Viens m’inspirer, ombre chérie...Porte tes accents dans mon cœur.Viens effacer de ma penséeL’affreux souvenir d’un Suard,Qui mit ta belle destinéeEntre les aléas du hasard...[145]Depuis 1808, Napoléon portait sur lui, dans un sachet, le poison préparé par Cabanis. En 1812, il reçut d’Yvan, son chirurgien, un poison d’une formule différente. (Frédéric Masson.Revue de famille, 1ermars 1893.)[146]Bibliothécaire de l’Institut en 1842.[147]Ce sont les termes du procès-verbal d’arrestation. Ce détail permit de reconnaître l’identité du philosophe. Il avait échangé sa montre, en avril 1792, contre celle de son beau-frère, le général de Grouchy.[148]Le divorce fut prononcé le 18 mai, c’est-à-dire plus de six semaines après la mort ignorée de Condorcet «pour cause de séparation de fait depuis plus de six mois, la dame Grouchy étant domiciliée dans la commune depuis deux ans et demi et ledit Condorcet étant séparé d’elle depuis plus de dix mois par son évasion». Signé: «P.-J.-G. Cabanis, médecin, trente-six ans, domicilié à Auteuil, témoin et Benoît, officier public.»—Le divorce fut une précaution que prirent, à cette époque, beaucoup de femmes d’émigrés. Mmede La Fayette n’agit pas ainsi. Elle revendiqua toujours très haut son titre deCitoyenne La Fayette, et le général, plus tard, s’en montrait fier. (Voir dans sesMémoires, t. V, sa lettre à M. de Maubourg.)[149]Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Jacobins, amis de la Constitution de 1793, séante aux Jacobins à Paris, no524, 9ejour, 2emois de l’an second. (Séance du septidi brumaire.)—Ducos fut condamné à mort le 9 brumaire an II.[150]Mémoires, t. II, p. 106.[151]Elle conservait même une influence pour le bien. C’est ainsi qu’en novembre 1793, elle recommandait son neveu Fréteau à Laplace et à Lacroix, alors professeur d’artillerie à Besançon. Archives Fréteau de Pény.[152]Nancy est l’abréviation anglaise de Suzanne, nom alors fort à la mode. La belle-sœur de Brissot s’appelait Nancy Dupont. Les extraits de la correspondance de Ginguené que nous donnons ici sont inédits. Ils ont été recueillis par l’auteur, dans les papiers de Ginguené gracieusement communiqués par M. Parry, fils de James Parry, fils adoptif de Ginguené et de sa femme.[153]Ces lettres sont écrites sur de petits morceaux de papier que Ginguené cachait dans un ourlet du linge sale qu’il renvoyait. Sur la note ostensible du linge, il soulignait la première lettre de la pièce où se trouvait le billet. C’est à peu près le système qu’employait André Chénier pour envoyer aux siens ses immortelles poésies.[154]C’est ainsi que s’habillait MmeGinguené quand elle allait devant la prison pour chercher à apercevoir le captif. Elle était ainsi plus reconnaissable.[155]Dans la notice manuscrite déjà citée qui se trouve à la bibliothèque de l’Institut.[156]Vergniaudpar C. Vatel, t. I, p.LXVIII.[157]Archives Fréteau de Pény. Cette lettre est scellée d’un cachet de cire rouge portant ces mots:La Vérité.[158]Félicité Fréteau, qui devint la vicomtesse de Mazancourt.[159]Cette rectification fut prononcée par jugement du 12 ventôse an III. Le 21 pluviôse an III, dans le «procès-verbal des déclarations reçues pour la rectification» apparaissent comme témoins Cabanis et Joseph-François Baudelaire, demeurant à Auteuil. Acte dressé par Jean Libert, juge de paix du canton de Passy.—Ce Baudelaire, allié aux Condorcet, était le père du poète.[160]Emmanuel Fréteau, qui fut élève d’artillerie, aide de camp de Menou et quitta l’armée pour entrer dans la magistrature.[161]Mariée à M. Filleul de Fosse. Elle devint presque folle; un jour, on la trouva morte dans un fossé en Normandie.[162]MmeColin de Plancy.[163]Nées après la mort de M. Fréteau.[164]Archives Fréteau de Pény.[165]Archives Fréteau de Pény.[166]Archives Fréteau de Pény. Le 8 messidor an IV, le conseil des Cinq-Cents déclarait: «Considérant qu’après avoir coopéré à établir la liberté et à fonder la République, ils l’ont scellée de leur sang et sont morts victimes de leur dévouement à la Patrie et de leur respect pour les droits de la nation,» c’est le préambule du décret qui accordait un secours annuel de 2.000 francs aux veuves des Girondins Valazé, Pétion, Carra, Buzot, Gorsas, Brissot, Salle et Gardien,réduites à l’indigence. Mmede Condorcet ne reçut rien.—Les Archives nationales renferment certains documents relatifs aux scellés de Condorcet, à leur levée, etc. F7. 4652. 27 pluviôse: Le Comité de sûreté générale ordonne que les scellés soient mis sur les papiers de Condorcet. 21 frimaire an III: levée desdits scellés.—Sans date: Marie-Louise Sophie Grouchy, veuve Condorcet, expose qu’on a levé les scellés, mais pas le séquestre des biens à cause de la communauté entre elle et son mari.—Sans date: Grouchy, général de brigade, réclame la levée des scellés sur les effets de Cardot pour en extraire les contrats de rente à lui confiés pour en toucher les arrérages. 6 nivôse 1793: Le Comité de sûreté générale fait droit à cette réclamation et Cardot est extrait de prison pour assister à la levée des scellés.—Sans date: Le citoyen Cardot informe le Comité que s’étant présenté à la section le 21 fructidor lors de l’Assemblée primaire, il en fut rejeté comme désarmé et ayant voulu représenter qu’un décret de la Convention l’y autorisait, le citoyen Rossignol l’a mis à la porte en le maltraitant et l’a consigné au corps de garde.—Sans date: Cardot, négociant, rue Saint-Denis, 28, section des Amis de la Patrie, renouvelle sa plainte.[167]5 janvier 1795. Archives Fréteau de Pény.[168]Précepteur des enfants Fréteau. En effet, en nivôse de l’an III, le département de l’Aisne reçut un arrêté ordonnant de surseoir à la vente des biens de Condorcet.[169]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[170]Il est impossible de comprendre comment Tallien put dire aux Cinq-Cents: «Il y a quatre jours que la veuve de Condorcet est inscrite sur la liste des émigrés.»Journal de Paris, no162, 12 ventôse an VI, p. 672.[171]«Sophie m’a donné hier soir une lettre pour Garat.» Emmanuel Fréteau à sa mère, 23 novembre 1794.—«Je dois me trouver ce soir chez Sophie où il y aura quelques personnes qui peuvent m’être fort utiles.» Le même à la même, 30 novembre 1794.—«Je dîne aujourd’hui avec Sophie chez un des commissaires de l’Instruction publique.» Id., 24 février 1795. Archives Fréteau de Pény.[172]Correspondance inédite de Mallet du Pan avec la cour de Vienne(Edition André, 1884), I, 269, note. De Turin, août 1795: «Le parti dominant Girondin Républicain tient sa cabale principale chez Julie Talma. Sieyès, Chénier, Louvet, Guyomard, Bailleul décident là le destin de l’Etat.» Même renseignement, p. 272, Berne, 2 août 1795.[173]Séparés de fait depuis 1795, Julie et Talma ne furent officiellement divorcés que le 6 février 1801.[174]3 brumaire an II. Déclaration de contribution aux charges de la Commune. Le village, d’ailleurs, n’est pas heureux. D’un rapport de police du 11 nivôse an III, j’extrais ceci: «Un officier de paix a entendu dire, ce matin, au café de la Régence, par une blanchisseuse demeurant à Auteuil, que sept personnes traversant hier la glace de la Seine, près de Longchamps ont été englouties avec le pain qu’elles apportaient à leurs familles; que, dans ces cantons, des malheureux passaient quelquefois deux jours sans pain.» Nécessité de s’occuper de cette disette qui pourrait amener des rassemblements aux barrières. (Tableaux de la Révolution française, par A. Schmidt, Leipzig, 1867-1870, t. II, p. 257.)[175]Je dois à M. Elie de Beaumont, ancien magistrat, la très gracieuse communication de ses papiers de famille. C’est là que j’ai trouvé ces détails sur les occupations et la vie mondaine de Sophie de 1795 à 1797. Les lettres sont échangées entre Pauline Le Couteulx de Canteleu, qui devint vicomtesse de Noailles, et son amie Eléonore Dupaty qui épousa le fils du grand Elie de Beaumont.[176]Baudelaire habitait Auteuil; c’était un ancien prêtre devenu voltairien.[177]Cette lettre justifie le mot de Vatel que «la correspondance de MmeGinguené était remarquable par le naturel et par l’agrément du style».[178]Les Girondins avaient échangé leurs portraits. Jean Debry avait celui de Guadet, tandis que celui-ci avait reçu l’image de Jean Debry. C’est ainsi que le portrait de ce conventionnel se trouve aujourd’hui entre les mains de MmeLacombe-Guadet.[179]Sur la proposition de Daunou, la Convention souscrivit à 3.000 exemplaires de l’Esquisse des progrès de l’esprit humainet ordonna la distribution de cet ouvrage de Condorcet dans toute l’étendue de la République.—Archives de l’Arsenal: 1erpluviôse an VI: Le ministre de l’intérieur Letourneur autorise la remise à la veuve de Condorcet de 540 exemplaires confisqués de l’Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions. 2 ventôse: Mmede Condorcet reconnaît avoir reçu ces volumes.[180]Elles parurent à la suite de sa traduction de laThéorie des sentiments moraux, d’Adam Smith.[181]An III (1795).[182]24 thermidor. Lettre à Jean Debry.[183]Villette, 4 juillet 1789, à son cousin Charles Dupaty. Archives du Paty de Clam.[184]14 mai 1796. Xearrondissement. Témoins: Mailla-Garat et Dominique Garat, tous deux hommes de lettres.[185]Eymar qui appartenait à la noblesse avait adopté les idées nouvelles. On le voyait souvent à Auteuil. Il mourut préfet de Genève en 1800.[186]Il se trouve aujourd’hui dans la salle principale de la bibliothèque de l’Institut.[187]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[188]Manuscrit à la bibliothèque d’Avignon (Musée Calvet). Collection Requien.[189]Les Condorcet, c’est-à-dire Mmede Condorcet, Cabanis et sa femme; car Elisa était trop jeune pour qu’on se préoccupât de son jugement.[190]Talleyrand, à son retour, s’était établi à Auteuil, chez Mmede Boufflers, d’abord, et, ensuite, au château de la Thuilerie, chez son ami le général d’Arçon. Mmede Staël vint, plusieurs fois, y visiter l’ancien évêque d’Autun: elle y rencontrait Daunou, Cabanis et Tracy. Mais, ce ne fut là qu’une époque très courte pendant laquelle les idéologues et la fille de Necker suivirent la même ligne politique.—Sur ce séjour de Talleyrand, à Auteuil, on trouve des renseignements du plus haut intérêt dans un ouvrage rare:Souvenirs d’histoire contemporaine; Episodes militaires et politiques, par le baron Paul de Bourgoing, sénateur, ancien ambassadeur, ancien pair de France. Paris, Dentu, 1864, in-8o. Page 50 et suivantes, M. de Bourgoing raconte que son père chargé de mission à Copenhague, vit en Scanie le roi de Suède Gustave IV qui, hostile d’abord à la France, puis subjugué par le génie du premier consul, fit des ouvertures à Bourgoing père et lui parla même, comme au nom de plusieurs autres souverains, de la possibilité de voir un jour Bonaparte monter sur le trône. Bourgoing, sans rien répondre de positif, fit part, dans ses lettres particulières, de ces ouvertures à Talleyrand: «C’est à Auteuil que lui fut adressée cette partie confidentielle de la correspondance du ministre en Danemark. Ma mère et mes sœurs avaient passé quelques semaines de la belle saison dans cette maison de campagne de l’habile ministre. M. de Talleyrand s’empressa de porter à Malmaison l’information de ces instances indirectes.»Bourgoing ayant été nommé ministre en Suède prononça, lors de sa réception à la cour, un discours où l’on crut voir l’annonce de l’Empire. Le premier consul se mit en colère et disgracia Bourgoing d’autant que, dans l’intervalle, Gustave IV avait changé d’avis sur le premier consul et sur la France.On voit combien, dans ces années, Auteuil était un centre politique où tout se traitait, affaires extérieures ou intérieures: presque tous les événements graves de l’époque furent préparés ou discutés dans ce petit village.[191]Necker.[192]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[193]Le groupe Chateaubriand, Fontanes, Joubert, etc.[194]A cause de la présence de MmeCabanis et de son mari, Mmede Condorcet venait encore par moments à Auteuil; mais ce village lui rappelait de trop tristes souvenirs et, dès qu’elle eut recouvré sa fortune, elle chercha une nouvelle habitation. La proximité fatigante de Paris fut aussi pour quelque chose dans la résolution qu’elle prit de se transporter à la Maisonnette.—Le 28 septembre 1806, Mmede Rémusat écrivait à son mari, alors à Mayence: «Je pense à toi dans cette petite retraite d’Auteuil qui me plairait si elle était plus solitaire. Mais il faut convenir que ma mère a raison et que les oisifs de Paris ont trop beau jeu pour y venir importuner à tous les moments du jour. On nous accable de visites et nous nous réfugierons à Paris pour y vivre plus seules et plus économiquement.» La même correspondante, le 4 octobre, donnait la contre-partie: «Ce que j’aime d’Auteuil, c’est que la vérité seule y arrive et qu’on ne vous raconte les faux bruits que lorsqu’ils sont démentis.»Lettres de Mmede Rémusat(II, p. 19 et 26).[195]La propriété appartint donc successivement aux rois de France, aux Annonciades, à la Nation, à la municipalité de Meulan et à Chévremont, acquéreur de la Nation. Entre celui-ci et Mmede Condorcet se placent cinq acquéreurs. Le 9 juillet 1823, MmeO’Connor la vendit à M. Loiselet pour 22.000 francs. Depuis 1860, elle est dans la famille de M. Roger, le propriétaire actuel. Mmede Condorcet, les 6 prairial et 25 fructidor de l’an VI, acheta la plus grande partie de la propriété pour 8.600 livres. Elle compléta par l’acquisition de la chapelle Sainte-Avoie avec un terrain de 30 ares, 62 centiares, le 5 août 1807, moyennant 2.400 francs.Ces renseignements sont dus à l’obligeance du propriétaire actuel, M. Roger, que je suis heureux de remercier ici pour ses communications si précises.—Une histoire locale raconte que lesMémoires d’Outre-Tombefurent rédigés à la Maisonnette. Jusqu’au mois de novembre 1817, ils sont datés de la Vallée-aux-Loups. Après cette date et tant que vécut Mmede Condorcet, Chateaubriand ne vint pas à la Maisonnette. Postérieurement à 1823, je n’ai rien trouvé qui confirme, ni qui infirme l’allégation de l’historien.[196]Guizot, dans lesMémoires pour servir à l’histoire de mon temps, t. I, ch.VII, a donné une description de la Maisonnette au temps de Mmede Condorcet. Cette description est encore vraie aujourd’hui tant les choses ont peu changé.[197]Inédit. Cette lettre et les suivantes font partie de la collection de l’auteur.[198]Mmede Charrière.[199]La Grande Rue Verte est devenue, par ordonnance du 4 novembre 1846, rue de Penthièvre, mais a repris son ancien nom de 1848 à 1852. En 1690, on l’appelait chemin des Marais; en 1734, il n’y avait encore aucune construction; en 1750, elle s’appelle rue du Chemin-Vert, puis Grande Rue Verte. La Petite Rue Verte est devenue rue de Matignon. Mmede Condorcet demeura quelque temps, en 1805, au no2 de cette rue, chez Mailla-Garat. Elle habita aussi rue de Marigny. Dans une lettre de 1806, elle donne cette adresse: Grande Rue Verte, près de la Caserne. Enfin, à l’Annuaire du Commercede 1812, je la vois inscrite: Grande Rue Verte, no30. Elle quitta le faubourg Saint-Honoré à la fin de sa vie, puisqu’elle mourut, 68, rue de Seine.[200]Deutsche Rundschaude décembre 1881. Hase naquit en 1780, se fixa en France où il fut attaché d’abord à la Bibliothèque nationale, puis devint professeur de langues orientales et membre de l’Institut.[201]Journal intime de Benjamin Constant et lettres à sa famille et à ses amis, précédés d’une introduction par Melegari. Paris, Ollendorff, 1895, p. 93, 102 et 107.[202]Mémoires sur le Consulat(par Thibaudeau), p. 34.[203]Mailla-Garat. Lettre inédite, de la collection de l’auteur.[204]Les Mémoires du général La Fayette, et spécialement le Vevolume qui comprend (p. 148 et suivantes), une notice intitulée:Mes rapports avec le Premier Consul, sont à consulter avec fruit sur ce rôle unique joué par La Fayette dans l’opposition. Ses relations avec Cabanis y sont analysées avec finesse et bienveillance.[205]Mémoires sur le Consulatpar Thibaudeau. Napoléon regardait tous les philosophes comme desboudeurs d’Auteuil(le mot est de lui), mûrs pour le Sénat, et il pensait volontiers, comme Chateaubriand, que l’Institut était une «tanière de philosophes».[206]Il habitait Auteuil en 1796 et avait alors vingt-huit ans. Il était neveu de Dominique Garat. Lors de sa nomination au Tribunat, on avait dit:Pourquoi ce petit homme est-il au Tribunat?C’est que ce petit homme a son oncle au Sénat.Mailla-Garat fut, dans la suite, employé par Daunou, aux Archives; ami de Mmede Coigny, il demeurait chez elle.[207]Daunou.[208]Taillandier p. 121-122.[209]Taillandier avoue ces entretiens. V. aussi lesMémoiresde Rovigo, de Thibaudeau et de Fouché, l’Histoire de Francede Bignon,Dix ans d’exil, par Mmede Staël, et lesMémoires d’outre-tombe.[210]Nous employons ce titre très ingénieux donné par M. Lalanne et non par Fauriel au curieux manuscrit trouvé dans les archives de l’Institut.[211]Garat, avec sa belle inconscience, écrivait dans son ouvrage sur Moreau: «A cette époque, il fallait tout le courage des conspirations pour oser seulement se communiquer ses pensées. Moreau, que je ne connaissais guère que par sa gloire, et moi qui ne lui étais connu que par quelques lignes écrites,garantie si peu sûre des vrais sentiments d’un homme, nous ouvrîmes nos âmes tout entières l’un à l’autre. Sans cesse occupés de la chose publique, nous avions sans cesse le besoin de nous voir. Nous nous réunissions à l’une des barrières de Paris, chez un ami commun, dans un appartement à la fois chambre à coucher, bibliothèque et salon d’un homme de lettres. C’est là que, seul, couvert d’une redingote et à pied, se rendait le vainqueur de Hohenlinden.»[212]Taillandier, p. 117 et 118.[213]Préfet, légionnaire et baron, Honoré Riouffe, dit Toussaint, était né à Rouen, le 1eravril 1764. Il avait fréquenté, autrefois, chez Julie Talma et avait même correspondu avec elle, à l’époque où il était acteur au Théâtre de la République à Rouen.[214]Je dois communication de cette lettre à M. le professeur Pingaud dont les travaux sur la Révolution sont si remarqués. Dans les papiers de Jean Debry, il a trouvé quatre lettres de Mmede Condorcet: celle que nous venons de donner en partie; deux autres lettres de 1811, toujours relatives à Emeric; et une lettre datée de Meulan, an VII, dans laquelle Mmede Condorcet félicite Jean Debry du mariage de sa fille et l’invite à venir la voir dans sa nouvelle propriété.[215]Cette lettre, véritable profession de foi, a été donnée dans leSalon de MmeHelvétius, p. 180, 181 et 182.[216]Sur le procès de Moreau et le rôle qu’y jouèrent les Idéologues, voir l’ouvrage cité dans la note précédente aux pages 186 et 187.[217]Genève, 3 frimaire an XI.[218]Archives du Paty de Clam. De 1801 à 1804, Mmede Condorcet s’occupe aussi, avec Cabanis et Garat, de la publication des œuvres complètes de son mari.[219]Marc-François Guillois, rédacteur auMoniteur, connu par des travaux littéraires, dont quelques-uns furent entrepris en collaboration avec le père de Paul de Saint-Victor.[220]V.Pendant la Terreur: Le poète Roucher.[221]A MmeGuillois, Auteuil, 11 germinal an XIII.[222]Papiers de famille de l’auteur.—Voici encore quelques-unes de ces pensées d’Eulalie: «Je ne connais point de remède au défaut de tact. C’est un vice de l’organisation du cœur. Si ce premier avertissement plus prompt que la pensée ne la devance pas, tout est dit.»—«Quel dommage qu’il y ait pour l’homme que son génie inspire des lendemains comme pour le vulgaire. Un aujourd’hui de plusieurs jours ferait naître des chefs-d’œuvre que sa vie ne produira jamais. L’âme et l’esprit ont leurs crises comme la nature. Tous les grands mouvements sont rares; leur fait est d’enfanter toujours quelque chose d’extraordinaire.»—«Enthousiasme, confiance, bonté exquise, délicatesse de cœur, vivacité de tout, beau idéal, fraîcheur de sentiments, tous fruits impossibles à conserver sur un arbre que les orages du monde ont battu et souvent renversé pour toujours.»—N’est-ce pas la pensée et presque la phrase de Sophie sur «la coupe enchantée que la main du temps renverse pour la femme au milieu de sa carrière»?[223]On a vu,plus haut, ce que pensait de lui Benjamin Constant.[224]Auteuil, 21 brumaire an XIII. Bibliothèque de l’Institut.[225]MmeO’Connor eut cinq garçons qu’elle allaita tous; les trois premiers moururent jeunes. Elle mourut subitement en 1859; son mari était mort le 26 avril 1852. Il fut inhumé dans le parc du Bignon.—Une lettre d’O’Connor à Parent-Réal, en juillet 1810 (collection Frédéric Masson), dans laquelle le général s’occupe des intérêts de MmeLachèze, est écrite sur le papier des armées républicaines et orné du bonnet phrygien. Tout O’Connor est dans ce détail.—Je dois aux recherches si heureuses de M. le vicomte de Grouchy la communication de diverses pièces concernant les intérêts d’Elisa: 6 brumaire an VI (27 octobre 1797): Mmede Condorcet, agissant comme tutrice, demande à vendre des biens dans l’Aisne, près de Saint-Quentin, pour 25.000 francs.—12 thermidor an VI: Mmede Condorcet demande qu’on fixe le montant de l’éducation de sa fille. Le revenu net des terres situées dans l’Aisne, dans l’Orne et à Ribemont, déduction faite d’une rente de 3.800 francs, étant de 9.900 francs, la dépense de la mineure Condorcet est fixée à 4.000 francs.—28 mai 1803, nomination d’une tutrice (Mmede Condorcet) et d’un subrogé tuteur (Larroque, homme de lois); membres du conseil de famille: des Forges de Beaussé, messager d’État; Lachèze, juge au tribunal de cassation; Grouchy, général de division et Laromiguière.—26 juillet 1806 (Archives nationales, AA, 45, no1349). Lettre de Mmede Condorcet, relativement à des biens dans l’Orne qui lui ont été repris et qui, d’après les intentions de l’Empereur, doivent être échangés contre d’autres domaines et non pas contre de l’argent.[226]23 janvier 1807.[227]Le marquis de Grouchy était très âgé et lui-même gravement malade. Cabanis craignit de le fatiguer par sa présence; de là, son établissement à Rueil. M. de Grouchy, d’ailleurs, ne tarda pas à mourir; il s’éteignit, le 23 avril 1808, à 8 heures du matin, âgé de quatre-vingt-treize ans et demi.[228]Dont quelques extraits ont été donnés, pour la première fois, par l’auteur dans leSalon de MmeHelvétius.[229]Papiers de famille de l’auteur.[230]Chateaubriand, dans lesMémoires d’outre-tombe, a cité un fragment d’une des belles pièces de Manzoni sur Napoléon: «Il éprouva tout: la gloire plus grande après le péril, la fuite et la victoire, la royauté et le triste exil, deux fois dans la poudre, deux fois sur l’autel. Il se nomma. Deux siècles, l’un contre l’autre armés, se tournèrent vers lui, comme attendant leur sort. Il fit silence et s’établit arbitre entre eux.»[231]Ce fut une fille, Juliette-Claudine, du nom de Fauriel qui s’appelait Claude.[232]Il y passa tout l’été et l’automne de 1820, pendant que Mmede Condorcet était retenue à Paris par sa santé.[233]Journal intimede Benjamin Constant. Ollendorff, 1895, p. 118. Le lendemain, il se rencontre encore avec Fauriel chez MmeRécamier.[234]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Ces deux billets sont écrits sur un papier dans le filigrane duquel on voit le profil de Napoléon, empereur des Français et roi d’Italie.[235]Mot arabe qui signifie:ma chère âme ou mon cher cœur. Fauriel avait appris quelques mots de cette langue à Mmede Condorcet.[236]Voir cette sortie contre l’Idéologie dans leMoniteurdu 21 décembre 1812 ou dans laCorrespondance de Napoléon, XXIV, p.398-399.[237]Ou du conseil d’État, comme Guizot.[238]Archives nationales. F. 7. 6788. 20 octobre 1815. «Le sieur Bontemps est arrêté pour loger chez lui la sœur du général Grouchy. Bontemps, employé au ministère de la marine, rue des Vieilles-Tuileries, ayant loué partie de sa maison à la dame Cabanis, sœur du général Grouchy, qui reçoit habituellement chez elle sa belle-sœur. Cette dernière a avoué à un sieur Boutard, demeurant en face, qu’elle était inquiète de son mari jusqu’à ce qu’il fût arrivé à destination. Il y a huit ans que MmeCabanis demeure rue des Vieilles-Tuileries, no47. La somme de 6.000 livres de sa pension pourrait être mieux employée. La rue des Vieilles-Tuileries, faubourg Saint-Germain, est extrêmement mal habitée. Tous les soirs, on chante des horreurs contre la famille de Bourbon.»[239]Voir auxpièces annexesl’explication donnée par Grouchy de sa conduite dans ces circonstances.[240]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 14 et seq.[241]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 46 etcircà.[242]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[243]Lettre communiquée par M. le vicomte de Grouchy. La pension Hix, alors située 10, rue de Matignon, et plus tard, 5, rue de Berri, avait une réputation considérable; en dehors des jeunes de Grouchy, elle compta comme élèves Alfred de Vigny et les enfants de Barante, de Ségur, de Wagram, de Valmy, Tascher de la Pagerie, etc. Cette pension suivait les cours du collège Bonaparte, aujourd’hui Lycée Condorcet. Ernest de Grouchy, ancien préfet, ancien député, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1879. Il était le beau-père du général de Miribel.[244]Propriété du maréchal de Grouchy, en Normandie. On voit, par la suite de cette lettre, que Mmede Condorcet continuait à exercer son influence douce, mais pénétrante et très réelle sur tous ceux qui l’approchaient.[245]Sur MmeGinguené, en dehors de ce qui a été dit d’elle, soit dans ce volume, soit dans leSalon de MmeHelvétius, je signalerai l’ouvrage de Lady Morgan, intitulé France, 1817, au t. II, p. 276 à 282, il est longuement question de Nancy Ginguené; signalons toutefois l’erreur qui place à Eaubonne une propriété qui, effectivement, était située à Saint-Prix. A part ce détail, la description est parfaitement exacte.[246]Ginguené était mort le 16 novembre 1816; sa femme mourut le 14 octobre 1832. La tombe de Mmede Condorcet est des plus simples: «Ici repose Marie-Louise-Sophie Grouchy, veuve Condorcet, décédée à Paris, le 8 septembre 1822.» Elle est placée tout près de Nicolo, Cherubini, Bellini, Boïeldieu, Chopin, Lakanal, Lesueur, Denon, Regnault de Saint-Jean-d’Angély, Delille, Target, Saint-Lambert, Elzéar de Sabran et Suard![247]Préface par M. Lud. Lalanne desDerniers jours du Consulat, p. v.[248]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Emmanuel de Grouchy, chargé d’affaires de France à Turin, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1839. Il était le père de M. le vicomte de Grouchy.[249]Lettre communiquée par Mmela générale de Miribel, petite-nièce de Mmede Condorcet. Cette lettre annonce le mariage d’Annette Cabanis avec son cousin Charles Dupaty, le sculpteur, membre de l’Institut. Henri de Grouchy demeurait, à cette époque, à Vigny, près de Meulan: toujours le même joli coin![250]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Il ne mourut qu’en 1844.[251]Et cependant, MmeO’Connor jeune fille s’intéressait aux moindres indispositions de Fauriel qu’elle appelait leGentleman; plus tard et jusqu’en 1822, les enfants O’Connor écrivaient à Fauriel comme au plus aimé des grands-pères. Les lettres manuscrites qui sont à l’Institut en font foi.[252]Cette pièce et la suivante ont été communiquées à l’auteur par M. le vicomte de Grouchy.

Toi qui vivais tant pour Sophie,Pour ton enfant, pour son bonheur,Viens m’inspirer, ombre chérie...Porte tes accents dans mon cœur.Viens effacer de ma penséeL’affreux souvenir d’un Suard,Qui mit ta belle destinéeEntre les aléas du hasard...[145]Depuis 1808, Napoléon portait sur lui, dans un sachet, le poison préparé par Cabanis. En 1812, il reçut d’Yvan, son chirurgien, un poison d’une formule différente. (Frédéric Masson.Revue de famille, 1ermars 1893.)[146]Bibliothécaire de l’Institut en 1842.[147]Ce sont les termes du procès-verbal d’arrestation. Ce détail permit de reconnaître l’identité du philosophe. Il avait échangé sa montre, en avril 1792, contre celle de son beau-frère, le général de Grouchy.[148]Le divorce fut prononcé le 18 mai, c’est-à-dire plus de six semaines après la mort ignorée de Condorcet «pour cause de séparation de fait depuis plus de six mois, la dame Grouchy étant domiciliée dans la commune depuis deux ans et demi et ledit Condorcet étant séparé d’elle depuis plus de dix mois par son évasion». Signé: «P.-J.-G. Cabanis, médecin, trente-six ans, domicilié à Auteuil, témoin et Benoît, officier public.»—Le divorce fut une précaution que prirent, à cette époque, beaucoup de femmes d’émigrés. Mmede La Fayette n’agit pas ainsi. Elle revendiqua toujours très haut son titre deCitoyenne La Fayette, et le général, plus tard, s’en montrait fier. (Voir dans sesMémoires, t. V, sa lettre à M. de Maubourg.)[149]Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Jacobins, amis de la Constitution de 1793, séante aux Jacobins à Paris, no524, 9ejour, 2emois de l’an second. (Séance du septidi brumaire.)—Ducos fut condamné à mort le 9 brumaire an II.[150]Mémoires, t. II, p. 106.[151]Elle conservait même une influence pour le bien. C’est ainsi qu’en novembre 1793, elle recommandait son neveu Fréteau à Laplace et à Lacroix, alors professeur d’artillerie à Besançon. Archives Fréteau de Pény.[152]Nancy est l’abréviation anglaise de Suzanne, nom alors fort à la mode. La belle-sœur de Brissot s’appelait Nancy Dupont. Les extraits de la correspondance de Ginguené que nous donnons ici sont inédits. Ils ont été recueillis par l’auteur, dans les papiers de Ginguené gracieusement communiqués par M. Parry, fils de James Parry, fils adoptif de Ginguené et de sa femme.[153]Ces lettres sont écrites sur de petits morceaux de papier que Ginguené cachait dans un ourlet du linge sale qu’il renvoyait. Sur la note ostensible du linge, il soulignait la première lettre de la pièce où se trouvait le billet. C’est à peu près le système qu’employait André Chénier pour envoyer aux siens ses immortelles poésies.[154]C’est ainsi que s’habillait MmeGinguené quand elle allait devant la prison pour chercher à apercevoir le captif. Elle était ainsi plus reconnaissable.[155]Dans la notice manuscrite déjà citée qui se trouve à la bibliothèque de l’Institut.[156]Vergniaudpar C. Vatel, t. I, p.LXVIII.[157]Archives Fréteau de Pény. Cette lettre est scellée d’un cachet de cire rouge portant ces mots:La Vérité.[158]Félicité Fréteau, qui devint la vicomtesse de Mazancourt.[159]Cette rectification fut prononcée par jugement du 12 ventôse an III. Le 21 pluviôse an III, dans le «procès-verbal des déclarations reçues pour la rectification» apparaissent comme témoins Cabanis et Joseph-François Baudelaire, demeurant à Auteuil. Acte dressé par Jean Libert, juge de paix du canton de Passy.—Ce Baudelaire, allié aux Condorcet, était le père du poète.[160]Emmanuel Fréteau, qui fut élève d’artillerie, aide de camp de Menou et quitta l’armée pour entrer dans la magistrature.[161]Mariée à M. Filleul de Fosse. Elle devint presque folle; un jour, on la trouva morte dans un fossé en Normandie.[162]MmeColin de Plancy.[163]Nées après la mort de M. Fréteau.[164]Archives Fréteau de Pény.[165]Archives Fréteau de Pény.[166]Archives Fréteau de Pény. Le 8 messidor an IV, le conseil des Cinq-Cents déclarait: «Considérant qu’après avoir coopéré à établir la liberté et à fonder la République, ils l’ont scellée de leur sang et sont morts victimes de leur dévouement à la Patrie et de leur respect pour les droits de la nation,» c’est le préambule du décret qui accordait un secours annuel de 2.000 francs aux veuves des Girondins Valazé, Pétion, Carra, Buzot, Gorsas, Brissot, Salle et Gardien,réduites à l’indigence. Mmede Condorcet ne reçut rien.—Les Archives nationales renferment certains documents relatifs aux scellés de Condorcet, à leur levée, etc. F7. 4652. 27 pluviôse: Le Comité de sûreté générale ordonne que les scellés soient mis sur les papiers de Condorcet. 21 frimaire an III: levée desdits scellés.—Sans date: Marie-Louise Sophie Grouchy, veuve Condorcet, expose qu’on a levé les scellés, mais pas le séquestre des biens à cause de la communauté entre elle et son mari.—Sans date: Grouchy, général de brigade, réclame la levée des scellés sur les effets de Cardot pour en extraire les contrats de rente à lui confiés pour en toucher les arrérages. 6 nivôse 1793: Le Comité de sûreté générale fait droit à cette réclamation et Cardot est extrait de prison pour assister à la levée des scellés.—Sans date: Le citoyen Cardot informe le Comité que s’étant présenté à la section le 21 fructidor lors de l’Assemblée primaire, il en fut rejeté comme désarmé et ayant voulu représenter qu’un décret de la Convention l’y autorisait, le citoyen Rossignol l’a mis à la porte en le maltraitant et l’a consigné au corps de garde.—Sans date: Cardot, négociant, rue Saint-Denis, 28, section des Amis de la Patrie, renouvelle sa plainte.[167]5 janvier 1795. Archives Fréteau de Pény.[168]Précepteur des enfants Fréteau. En effet, en nivôse de l’an III, le département de l’Aisne reçut un arrêté ordonnant de surseoir à la vente des biens de Condorcet.[169]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[170]Il est impossible de comprendre comment Tallien put dire aux Cinq-Cents: «Il y a quatre jours que la veuve de Condorcet est inscrite sur la liste des émigrés.»Journal de Paris, no162, 12 ventôse an VI, p. 672.[171]«Sophie m’a donné hier soir une lettre pour Garat.» Emmanuel Fréteau à sa mère, 23 novembre 1794.—«Je dois me trouver ce soir chez Sophie où il y aura quelques personnes qui peuvent m’être fort utiles.» Le même à la même, 30 novembre 1794.—«Je dîne aujourd’hui avec Sophie chez un des commissaires de l’Instruction publique.» Id., 24 février 1795. Archives Fréteau de Pény.[172]Correspondance inédite de Mallet du Pan avec la cour de Vienne(Edition André, 1884), I, 269, note. De Turin, août 1795: «Le parti dominant Girondin Républicain tient sa cabale principale chez Julie Talma. Sieyès, Chénier, Louvet, Guyomard, Bailleul décident là le destin de l’Etat.» Même renseignement, p. 272, Berne, 2 août 1795.[173]Séparés de fait depuis 1795, Julie et Talma ne furent officiellement divorcés que le 6 février 1801.[174]3 brumaire an II. Déclaration de contribution aux charges de la Commune. Le village, d’ailleurs, n’est pas heureux. D’un rapport de police du 11 nivôse an III, j’extrais ceci: «Un officier de paix a entendu dire, ce matin, au café de la Régence, par une blanchisseuse demeurant à Auteuil, que sept personnes traversant hier la glace de la Seine, près de Longchamps ont été englouties avec le pain qu’elles apportaient à leurs familles; que, dans ces cantons, des malheureux passaient quelquefois deux jours sans pain.» Nécessité de s’occuper de cette disette qui pourrait amener des rassemblements aux barrières. (Tableaux de la Révolution française, par A. Schmidt, Leipzig, 1867-1870, t. II, p. 257.)[175]Je dois à M. Elie de Beaumont, ancien magistrat, la très gracieuse communication de ses papiers de famille. C’est là que j’ai trouvé ces détails sur les occupations et la vie mondaine de Sophie de 1795 à 1797. Les lettres sont échangées entre Pauline Le Couteulx de Canteleu, qui devint vicomtesse de Noailles, et son amie Eléonore Dupaty qui épousa le fils du grand Elie de Beaumont.[176]Baudelaire habitait Auteuil; c’était un ancien prêtre devenu voltairien.[177]Cette lettre justifie le mot de Vatel que «la correspondance de MmeGinguené était remarquable par le naturel et par l’agrément du style».[178]Les Girondins avaient échangé leurs portraits. Jean Debry avait celui de Guadet, tandis que celui-ci avait reçu l’image de Jean Debry. C’est ainsi que le portrait de ce conventionnel se trouve aujourd’hui entre les mains de MmeLacombe-Guadet.[179]Sur la proposition de Daunou, la Convention souscrivit à 3.000 exemplaires de l’Esquisse des progrès de l’esprit humainet ordonna la distribution de cet ouvrage de Condorcet dans toute l’étendue de la République.—Archives de l’Arsenal: 1erpluviôse an VI: Le ministre de l’intérieur Letourneur autorise la remise à la veuve de Condorcet de 540 exemplaires confisqués de l’Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions. 2 ventôse: Mmede Condorcet reconnaît avoir reçu ces volumes.[180]Elles parurent à la suite de sa traduction de laThéorie des sentiments moraux, d’Adam Smith.[181]An III (1795).[182]24 thermidor. Lettre à Jean Debry.[183]Villette, 4 juillet 1789, à son cousin Charles Dupaty. Archives du Paty de Clam.[184]14 mai 1796. Xearrondissement. Témoins: Mailla-Garat et Dominique Garat, tous deux hommes de lettres.[185]Eymar qui appartenait à la noblesse avait adopté les idées nouvelles. On le voyait souvent à Auteuil. Il mourut préfet de Genève en 1800.[186]Il se trouve aujourd’hui dans la salle principale de la bibliothèque de l’Institut.[187]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[188]Manuscrit à la bibliothèque d’Avignon (Musée Calvet). Collection Requien.[189]Les Condorcet, c’est-à-dire Mmede Condorcet, Cabanis et sa femme; car Elisa était trop jeune pour qu’on se préoccupât de son jugement.[190]Talleyrand, à son retour, s’était établi à Auteuil, chez Mmede Boufflers, d’abord, et, ensuite, au château de la Thuilerie, chez son ami le général d’Arçon. Mmede Staël vint, plusieurs fois, y visiter l’ancien évêque d’Autun: elle y rencontrait Daunou, Cabanis et Tracy. Mais, ce ne fut là qu’une époque très courte pendant laquelle les idéologues et la fille de Necker suivirent la même ligne politique.—Sur ce séjour de Talleyrand, à Auteuil, on trouve des renseignements du plus haut intérêt dans un ouvrage rare:Souvenirs d’histoire contemporaine; Episodes militaires et politiques, par le baron Paul de Bourgoing, sénateur, ancien ambassadeur, ancien pair de France. Paris, Dentu, 1864, in-8o. Page 50 et suivantes, M. de Bourgoing raconte que son père chargé de mission à Copenhague, vit en Scanie le roi de Suède Gustave IV qui, hostile d’abord à la France, puis subjugué par le génie du premier consul, fit des ouvertures à Bourgoing père et lui parla même, comme au nom de plusieurs autres souverains, de la possibilité de voir un jour Bonaparte monter sur le trône. Bourgoing, sans rien répondre de positif, fit part, dans ses lettres particulières, de ces ouvertures à Talleyrand: «C’est à Auteuil que lui fut adressée cette partie confidentielle de la correspondance du ministre en Danemark. Ma mère et mes sœurs avaient passé quelques semaines de la belle saison dans cette maison de campagne de l’habile ministre. M. de Talleyrand s’empressa de porter à Malmaison l’information de ces instances indirectes.»Bourgoing ayant été nommé ministre en Suède prononça, lors de sa réception à la cour, un discours où l’on crut voir l’annonce de l’Empire. Le premier consul se mit en colère et disgracia Bourgoing d’autant que, dans l’intervalle, Gustave IV avait changé d’avis sur le premier consul et sur la France.On voit combien, dans ces années, Auteuil était un centre politique où tout se traitait, affaires extérieures ou intérieures: presque tous les événements graves de l’époque furent préparés ou discutés dans ce petit village.[191]Necker.[192]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[193]Le groupe Chateaubriand, Fontanes, Joubert, etc.[194]A cause de la présence de MmeCabanis et de son mari, Mmede Condorcet venait encore par moments à Auteuil; mais ce village lui rappelait de trop tristes souvenirs et, dès qu’elle eut recouvré sa fortune, elle chercha une nouvelle habitation. La proximité fatigante de Paris fut aussi pour quelque chose dans la résolution qu’elle prit de se transporter à la Maisonnette.—Le 28 septembre 1806, Mmede Rémusat écrivait à son mari, alors à Mayence: «Je pense à toi dans cette petite retraite d’Auteuil qui me plairait si elle était plus solitaire. Mais il faut convenir que ma mère a raison et que les oisifs de Paris ont trop beau jeu pour y venir importuner à tous les moments du jour. On nous accable de visites et nous nous réfugierons à Paris pour y vivre plus seules et plus économiquement.» La même correspondante, le 4 octobre, donnait la contre-partie: «Ce que j’aime d’Auteuil, c’est que la vérité seule y arrive et qu’on ne vous raconte les faux bruits que lorsqu’ils sont démentis.»Lettres de Mmede Rémusat(II, p. 19 et 26).[195]La propriété appartint donc successivement aux rois de France, aux Annonciades, à la Nation, à la municipalité de Meulan et à Chévremont, acquéreur de la Nation. Entre celui-ci et Mmede Condorcet se placent cinq acquéreurs. Le 9 juillet 1823, MmeO’Connor la vendit à M. Loiselet pour 22.000 francs. Depuis 1860, elle est dans la famille de M. Roger, le propriétaire actuel. Mmede Condorcet, les 6 prairial et 25 fructidor de l’an VI, acheta la plus grande partie de la propriété pour 8.600 livres. Elle compléta par l’acquisition de la chapelle Sainte-Avoie avec un terrain de 30 ares, 62 centiares, le 5 août 1807, moyennant 2.400 francs.Ces renseignements sont dus à l’obligeance du propriétaire actuel, M. Roger, que je suis heureux de remercier ici pour ses communications si précises.—Une histoire locale raconte que lesMémoires d’Outre-Tombefurent rédigés à la Maisonnette. Jusqu’au mois de novembre 1817, ils sont datés de la Vallée-aux-Loups. Après cette date et tant que vécut Mmede Condorcet, Chateaubriand ne vint pas à la Maisonnette. Postérieurement à 1823, je n’ai rien trouvé qui confirme, ni qui infirme l’allégation de l’historien.[196]Guizot, dans lesMémoires pour servir à l’histoire de mon temps, t. I, ch.VII, a donné une description de la Maisonnette au temps de Mmede Condorcet. Cette description est encore vraie aujourd’hui tant les choses ont peu changé.[197]Inédit. Cette lettre et les suivantes font partie de la collection de l’auteur.[198]Mmede Charrière.[199]La Grande Rue Verte est devenue, par ordonnance du 4 novembre 1846, rue de Penthièvre, mais a repris son ancien nom de 1848 à 1852. En 1690, on l’appelait chemin des Marais; en 1734, il n’y avait encore aucune construction; en 1750, elle s’appelle rue du Chemin-Vert, puis Grande Rue Verte. La Petite Rue Verte est devenue rue de Matignon. Mmede Condorcet demeura quelque temps, en 1805, au no2 de cette rue, chez Mailla-Garat. Elle habita aussi rue de Marigny. Dans une lettre de 1806, elle donne cette adresse: Grande Rue Verte, près de la Caserne. Enfin, à l’Annuaire du Commercede 1812, je la vois inscrite: Grande Rue Verte, no30. Elle quitta le faubourg Saint-Honoré à la fin de sa vie, puisqu’elle mourut, 68, rue de Seine.[200]Deutsche Rundschaude décembre 1881. Hase naquit en 1780, se fixa en France où il fut attaché d’abord à la Bibliothèque nationale, puis devint professeur de langues orientales et membre de l’Institut.[201]Journal intime de Benjamin Constant et lettres à sa famille et à ses amis, précédés d’une introduction par Melegari. Paris, Ollendorff, 1895, p. 93, 102 et 107.[202]Mémoires sur le Consulat(par Thibaudeau), p. 34.[203]Mailla-Garat. Lettre inédite, de la collection de l’auteur.[204]Les Mémoires du général La Fayette, et spécialement le Vevolume qui comprend (p. 148 et suivantes), une notice intitulée:Mes rapports avec le Premier Consul, sont à consulter avec fruit sur ce rôle unique joué par La Fayette dans l’opposition. Ses relations avec Cabanis y sont analysées avec finesse et bienveillance.[205]Mémoires sur le Consulatpar Thibaudeau. Napoléon regardait tous les philosophes comme desboudeurs d’Auteuil(le mot est de lui), mûrs pour le Sénat, et il pensait volontiers, comme Chateaubriand, que l’Institut était une «tanière de philosophes».[206]Il habitait Auteuil en 1796 et avait alors vingt-huit ans. Il était neveu de Dominique Garat. Lors de sa nomination au Tribunat, on avait dit:Pourquoi ce petit homme est-il au Tribunat?C’est que ce petit homme a son oncle au Sénat.Mailla-Garat fut, dans la suite, employé par Daunou, aux Archives; ami de Mmede Coigny, il demeurait chez elle.[207]Daunou.[208]Taillandier p. 121-122.[209]Taillandier avoue ces entretiens. V. aussi lesMémoiresde Rovigo, de Thibaudeau et de Fouché, l’Histoire de Francede Bignon,Dix ans d’exil, par Mmede Staël, et lesMémoires d’outre-tombe.[210]Nous employons ce titre très ingénieux donné par M. Lalanne et non par Fauriel au curieux manuscrit trouvé dans les archives de l’Institut.[211]Garat, avec sa belle inconscience, écrivait dans son ouvrage sur Moreau: «A cette époque, il fallait tout le courage des conspirations pour oser seulement se communiquer ses pensées. Moreau, que je ne connaissais guère que par sa gloire, et moi qui ne lui étais connu que par quelques lignes écrites,garantie si peu sûre des vrais sentiments d’un homme, nous ouvrîmes nos âmes tout entières l’un à l’autre. Sans cesse occupés de la chose publique, nous avions sans cesse le besoin de nous voir. Nous nous réunissions à l’une des barrières de Paris, chez un ami commun, dans un appartement à la fois chambre à coucher, bibliothèque et salon d’un homme de lettres. C’est là que, seul, couvert d’une redingote et à pied, se rendait le vainqueur de Hohenlinden.»[212]Taillandier, p. 117 et 118.[213]Préfet, légionnaire et baron, Honoré Riouffe, dit Toussaint, était né à Rouen, le 1eravril 1764. Il avait fréquenté, autrefois, chez Julie Talma et avait même correspondu avec elle, à l’époque où il était acteur au Théâtre de la République à Rouen.[214]Je dois communication de cette lettre à M. le professeur Pingaud dont les travaux sur la Révolution sont si remarqués. Dans les papiers de Jean Debry, il a trouvé quatre lettres de Mmede Condorcet: celle que nous venons de donner en partie; deux autres lettres de 1811, toujours relatives à Emeric; et une lettre datée de Meulan, an VII, dans laquelle Mmede Condorcet félicite Jean Debry du mariage de sa fille et l’invite à venir la voir dans sa nouvelle propriété.[215]Cette lettre, véritable profession de foi, a été donnée dans leSalon de MmeHelvétius, p. 180, 181 et 182.[216]Sur le procès de Moreau et le rôle qu’y jouèrent les Idéologues, voir l’ouvrage cité dans la note précédente aux pages 186 et 187.[217]Genève, 3 frimaire an XI.[218]Archives du Paty de Clam. De 1801 à 1804, Mmede Condorcet s’occupe aussi, avec Cabanis et Garat, de la publication des œuvres complètes de son mari.[219]Marc-François Guillois, rédacteur auMoniteur, connu par des travaux littéraires, dont quelques-uns furent entrepris en collaboration avec le père de Paul de Saint-Victor.[220]V.Pendant la Terreur: Le poète Roucher.[221]A MmeGuillois, Auteuil, 11 germinal an XIII.[222]Papiers de famille de l’auteur.—Voici encore quelques-unes de ces pensées d’Eulalie: «Je ne connais point de remède au défaut de tact. C’est un vice de l’organisation du cœur. Si ce premier avertissement plus prompt que la pensée ne la devance pas, tout est dit.»—«Quel dommage qu’il y ait pour l’homme que son génie inspire des lendemains comme pour le vulgaire. Un aujourd’hui de plusieurs jours ferait naître des chefs-d’œuvre que sa vie ne produira jamais. L’âme et l’esprit ont leurs crises comme la nature. Tous les grands mouvements sont rares; leur fait est d’enfanter toujours quelque chose d’extraordinaire.»—«Enthousiasme, confiance, bonté exquise, délicatesse de cœur, vivacité de tout, beau idéal, fraîcheur de sentiments, tous fruits impossibles à conserver sur un arbre que les orages du monde ont battu et souvent renversé pour toujours.»—N’est-ce pas la pensée et presque la phrase de Sophie sur «la coupe enchantée que la main du temps renverse pour la femme au milieu de sa carrière»?[223]On a vu,plus haut, ce que pensait de lui Benjamin Constant.[224]Auteuil, 21 brumaire an XIII. Bibliothèque de l’Institut.[225]MmeO’Connor eut cinq garçons qu’elle allaita tous; les trois premiers moururent jeunes. Elle mourut subitement en 1859; son mari était mort le 26 avril 1852. Il fut inhumé dans le parc du Bignon.—Une lettre d’O’Connor à Parent-Réal, en juillet 1810 (collection Frédéric Masson), dans laquelle le général s’occupe des intérêts de MmeLachèze, est écrite sur le papier des armées républicaines et orné du bonnet phrygien. Tout O’Connor est dans ce détail.—Je dois aux recherches si heureuses de M. le vicomte de Grouchy la communication de diverses pièces concernant les intérêts d’Elisa: 6 brumaire an VI (27 octobre 1797): Mmede Condorcet, agissant comme tutrice, demande à vendre des biens dans l’Aisne, près de Saint-Quentin, pour 25.000 francs.—12 thermidor an VI: Mmede Condorcet demande qu’on fixe le montant de l’éducation de sa fille. Le revenu net des terres situées dans l’Aisne, dans l’Orne et à Ribemont, déduction faite d’une rente de 3.800 francs, étant de 9.900 francs, la dépense de la mineure Condorcet est fixée à 4.000 francs.—28 mai 1803, nomination d’une tutrice (Mmede Condorcet) et d’un subrogé tuteur (Larroque, homme de lois); membres du conseil de famille: des Forges de Beaussé, messager d’État; Lachèze, juge au tribunal de cassation; Grouchy, général de division et Laromiguière.—26 juillet 1806 (Archives nationales, AA, 45, no1349). Lettre de Mmede Condorcet, relativement à des biens dans l’Orne qui lui ont été repris et qui, d’après les intentions de l’Empereur, doivent être échangés contre d’autres domaines et non pas contre de l’argent.[226]23 janvier 1807.[227]Le marquis de Grouchy était très âgé et lui-même gravement malade. Cabanis craignit de le fatiguer par sa présence; de là, son établissement à Rueil. M. de Grouchy, d’ailleurs, ne tarda pas à mourir; il s’éteignit, le 23 avril 1808, à 8 heures du matin, âgé de quatre-vingt-treize ans et demi.[228]Dont quelques extraits ont été donnés, pour la première fois, par l’auteur dans leSalon de MmeHelvétius.[229]Papiers de famille de l’auteur.[230]Chateaubriand, dans lesMémoires d’outre-tombe, a cité un fragment d’une des belles pièces de Manzoni sur Napoléon: «Il éprouva tout: la gloire plus grande après le péril, la fuite et la victoire, la royauté et le triste exil, deux fois dans la poudre, deux fois sur l’autel. Il se nomma. Deux siècles, l’un contre l’autre armés, se tournèrent vers lui, comme attendant leur sort. Il fit silence et s’établit arbitre entre eux.»[231]Ce fut une fille, Juliette-Claudine, du nom de Fauriel qui s’appelait Claude.[232]Il y passa tout l’été et l’automne de 1820, pendant que Mmede Condorcet était retenue à Paris par sa santé.[233]Journal intimede Benjamin Constant. Ollendorff, 1895, p. 118. Le lendemain, il se rencontre encore avec Fauriel chez MmeRécamier.[234]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Ces deux billets sont écrits sur un papier dans le filigrane duquel on voit le profil de Napoléon, empereur des Français et roi d’Italie.[235]Mot arabe qui signifie:ma chère âme ou mon cher cœur. Fauriel avait appris quelques mots de cette langue à Mmede Condorcet.[236]Voir cette sortie contre l’Idéologie dans leMoniteurdu 21 décembre 1812 ou dans laCorrespondance de Napoléon, XXIV, p.398-399.[237]Ou du conseil d’État, comme Guizot.[238]Archives nationales. F. 7. 6788. 20 octobre 1815. «Le sieur Bontemps est arrêté pour loger chez lui la sœur du général Grouchy. Bontemps, employé au ministère de la marine, rue des Vieilles-Tuileries, ayant loué partie de sa maison à la dame Cabanis, sœur du général Grouchy, qui reçoit habituellement chez elle sa belle-sœur. Cette dernière a avoué à un sieur Boutard, demeurant en face, qu’elle était inquiète de son mari jusqu’à ce qu’il fût arrivé à destination. Il y a huit ans que MmeCabanis demeure rue des Vieilles-Tuileries, no47. La somme de 6.000 livres de sa pension pourrait être mieux employée. La rue des Vieilles-Tuileries, faubourg Saint-Germain, est extrêmement mal habitée. Tous les soirs, on chante des horreurs contre la famille de Bourbon.»[239]Voir auxpièces annexesl’explication donnée par Grouchy de sa conduite dans ces circonstances.[240]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 14 et seq.[241]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 46 etcircà.[242]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.[243]Lettre communiquée par M. le vicomte de Grouchy. La pension Hix, alors située 10, rue de Matignon, et plus tard, 5, rue de Berri, avait une réputation considérable; en dehors des jeunes de Grouchy, elle compta comme élèves Alfred de Vigny et les enfants de Barante, de Ségur, de Wagram, de Valmy, Tascher de la Pagerie, etc. Cette pension suivait les cours du collège Bonaparte, aujourd’hui Lycée Condorcet. Ernest de Grouchy, ancien préfet, ancien député, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1879. Il était le beau-père du général de Miribel.[244]Propriété du maréchal de Grouchy, en Normandie. On voit, par la suite de cette lettre, que Mmede Condorcet continuait à exercer son influence douce, mais pénétrante et très réelle sur tous ceux qui l’approchaient.[245]Sur MmeGinguené, en dehors de ce qui a été dit d’elle, soit dans ce volume, soit dans leSalon de MmeHelvétius, je signalerai l’ouvrage de Lady Morgan, intitulé France, 1817, au t. II, p. 276 à 282, il est longuement question de Nancy Ginguené; signalons toutefois l’erreur qui place à Eaubonne une propriété qui, effectivement, était située à Saint-Prix. A part ce détail, la description est parfaitement exacte.[246]Ginguené était mort le 16 novembre 1816; sa femme mourut le 14 octobre 1832. La tombe de Mmede Condorcet est des plus simples: «Ici repose Marie-Louise-Sophie Grouchy, veuve Condorcet, décédée à Paris, le 8 septembre 1822.» Elle est placée tout près de Nicolo, Cherubini, Bellini, Boïeldieu, Chopin, Lakanal, Lesueur, Denon, Regnault de Saint-Jean-d’Angély, Delille, Target, Saint-Lambert, Elzéar de Sabran et Suard![247]Préface par M. Lud. Lalanne desDerniers jours du Consulat, p. v.[248]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Emmanuel de Grouchy, chargé d’affaires de France à Turin, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1839. Il était le père de M. le vicomte de Grouchy.[249]Lettre communiquée par Mmela générale de Miribel, petite-nièce de Mmede Condorcet. Cette lettre annonce le mariage d’Annette Cabanis avec son cousin Charles Dupaty, le sculpteur, membre de l’Institut. Henri de Grouchy demeurait, à cette époque, à Vigny, près de Meulan: toujours le même joli coin![250]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Il ne mourut qu’en 1844.[251]Et cependant, MmeO’Connor jeune fille s’intéressait aux moindres indispositions de Fauriel qu’elle appelait leGentleman; plus tard et jusqu’en 1822, les enfants O’Connor écrivaient à Fauriel comme au plus aimé des grands-pères. Les lettres manuscrites qui sont à l’Institut en font foi.[252]Cette pièce et la suivante ont été communiquées à l’auteur par M. le vicomte de Grouchy.

Toi qui vivais tant pour Sophie,Pour ton enfant, pour son bonheur,Viens m’inspirer, ombre chérie...Porte tes accents dans mon cœur.Viens effacer de ma penséeL’affreux souvenir d’un Suard,Qui mit ta belle destinéeEntre les aléas du hasard...

Toi qui vivais tant pour Sophie,

Pour ton enfant, pour son bonheur,

Viens m’inspirer, ombre chérie...

Porte tes accents dans mon cœur.

Viens effacer de ma pensée

L’affreux souvenir d’un Suard,

Qui mit ta belle destinée

Entre les aléas du hasard...

[145]Depuis 1808, Napoléon portait sur lui, dans un sachet, le poison préparé par Cabanis. En 1812, il reçut d’Yvan, son chirurgien, un poison d’une formule différente. (Frédéric Masson.Revue de famille, 1ermars 1893.)

[146]Bibliothécaire de l’Institut en 1842.

[147]Ce sont les termes du procès-verbal d’arrestation. Ce détail permit de reconnaître l’identité du philosophe. Il avait échangé sa montre, en avril 1792, contre celle de son beau-frère, le général de Grouchy.

[148]Le divorce fut prononcé le 18 mai, c’est-à-dire plus de six semaines après la mort ignorée de Condorcet «pour cause de séparation de fait depuis plus de six mois, la dame Grouchy étant domiciliée dans la commune depuis deux ans et demi et ledit Condorcet étant séparé d’elle depuis plus de dix mois par son évasion». Signé: «P.-J.-G. Cabanis, médecin, trente-six ans, domicilié à Auteuil, témoin et Benoît, officier public.»—Le divorce fut une précaution que prirent, à cette époque, beaucoup de femmes d’émigrés. Mmede La Fayette n’agit pas ainsi. Elle revendiqua toujours très haut son titre deCitoyenne La Fayette, et le général, plus tard, s’en montrait fier. (Voir dans sesMémoires, t. V, sa lettre à M. de Maubourg.)

[149]Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Jacobins, amis de la Constitution de 1793, séante aux Jacobins à Paris, no524, 9ejour, 2emois de l’an second. (Séance du septidi brumaire.)—Ducos fut condamné à mort le 9 brumaire an II.

[150]Mémoires, t. II, p. 106.

[151]Elle conservait même une influence pour le bien. C’est ainsi qu’en novembre 1793, elle recommandait son neveu Fréteau à Laplace et à Lacroix, alors professeur d’artillerie à Besançon. Archives Fréteau de Pény.

[152]Nancy est l’abréviation anglaise de Suzanne, nom alors fort à la mode. La belle-sœur de Brissot s’appelait Nancy Dupont. Les extraits de la correspondance de Ginguené que nous donnons ici sont inédits. Ils ont été recueillis par l’auteur, dans les papiers de Ginguené gracieusement communiqués par M. Parry, fils de James Parry, fils adoptif de Ginguené et de sa femme.

[153]Ces lettres sont écrites sur de petits morceaux de papier que Ginguené cachait dans un ourlet du linge sale qu’il renvoyait. Sur la note ostensible du linge, il soulignait la première lettre de la pièce où se trouvait le billet. C’est à peu près le système qu’employait André Chénier pour envoyer aux siens ses immortelles poésies.

[154]C’est ainsi que s’habillait MmeGinguené quand elle allait devant la prison pour chercher à apercevoir le captif. Elle était ainsi plus reconnaissable.

[155]Dans la notice manuscrite déjà citée qui se trouve à la bibliothèque de l’Institut.

[156]Vergniaudpar C. Vatel, t. I, p.LXVIII.

[157]Archives Fréteau de Pény. Cette lettre est scellée d’un cachet de cire rouge portant ces mots:La Vérité.

[158]Félicité Fréteau, qui devint la vicomtesse de Mazancourt.

[159]Cette rectification fut prononcée par jugement du 12 ventôse an III. Le 21 pluviôse an III, dans le «procès-verbal des déclarations reçues pour la rectification» apparaissent comme témoins Cabanis et Joseph-François Baudelaire, demeurant à Auteuil. Acte dressé par Jean Libert, juge de paix du canton de Passy.—Ce Baudelaire, allié aux Condorcet, était le père du poète.

[160]Emmanuel Fréteau, qui fut élève d’artillerie, aide de camp de Menou et quitta l’armée pour entrer dans la magistrature.

[161]Mariée à M. Filleul de Fosse. Elle devint presque folle; un jour, on la trouva morte dans un fossé en Normandie.

[162]MmeColin de Plancy.

[163]Nées après la mort de M. Fréteau.

[164]Archives Fréteau de Pény.

[165]Archives Fréteau de Pény.

[166]Archives Fréteau de Pény. Le 8 messidor an IV, le conseil des Cinq-Cents déclarait: «Considérant qu’après avoir coopéré à établir la liberté et à fonder la République, ils l’ont scellée de leur sang et sont morts victimes de leur dévouement à la Patrie et de leur respect pour les droits de la nation,» c’est le préambule du décret qui accordait un secours annuel de 2.000 francs aux veuves des Girondins Valazé, Pétion, Carra, Buzot, Gorsas, Brissot, Salle et Gardien,réduites à l’indigence. Mmede Condorcet ne reçut rien.—Les Archives nationales renferment certains documents relatifs aux scellés de Condorcet, à leur levée, etc. F7. 4652. 27 pluviôse: Le Comité de sûreté générale ordonne que les scellés soient mis sur les papiers de Condorcet. 21 frimaire an III: levée desdits scellés.—Sans date: Marie-Louise Sophie Grouchy, veuve Condorcet, expose qu’on a levé les scellés, mais pas le séquestre des biens à cause de la communauté entre elle et son mari.—Sans date: Grouchy, général de brigade, réclame la levée des scellés sur les effets de Cardot pour en extraire les contrats de rente à lui confiés pour en toucher les arrérages. 6 nivôse 1793: Le Comité de sûreté générale fait droit à cette réclamation et Cardot est extrait de prison pour assister à la levée des scellés.—Sans date: Le citoyen Cardot informe le Comité que s’étant présenté à la section le 21 fructidor lors de l’Assemblée primaire, il en fut rejeté comme désarmé et ayant voulu représenter qu’un décret de la Convention l’y autorisait, le citoyen Rossignol l’a mis à la porte en le maltraitant et l’a consigné au corps de garde.—Sans date: Cardot, négociant, rue Saint-Denis, 28, section des Amis de la Patrie, renouvelle sa plainte.

[167]5 janvier 1795. Archives Fréteau de Pény.

[168]Précepteur des enfants Fréteau. En effet, en nivôse de l’an III, le département de l’Aisne reçut un arrêté ordonnant de surseoir à la vente des biens de Condorcet.

[169]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.

[170]Il est impossible de comprendre comment Tallien put dire aux Cinq-Cents: «Il y a quatre jours que la veuve de Condorcet est inscrite sur la liste des émigrés.»Journal de Paris, no162, 12 ventôse an VI, p. 672.

[171]«Sophie m’a donné hier soir une lettre pour Garat.» Emmanuel Fréteau à sa mère, 23 novembre 1794.—«Je dois me trouver ce soir chez Sophie où il y aura quelques personnes qui peuvent m’être fort utiles.» Le même à la même, 30 novembre 1794.—«Je dîne aujourd’hui avec Sophie chez un des commissaires de l’Instruction publique.» Id., 24 février 1795. Archives Fréteau de Pény.

[172]Correspondance inédite de Mallet du Pan avec la cour de Vienne(Edition André, 1884), I, 269, note. De Turin, août 1795: «Le parti dominant Girondin Républicain tient sa cabale principale chez Julie Talma. Sieyès, Chénier, Louvet, Guyomard, Bailleul décident là le destin de l’Etat.» Même renseignement, p. 272, Berne, 2 août 1795.

[173]Séparés de fait depuis 1795, Julie et Talma ne furent officiellement divorcés que le 6 février 1801.

[174]3 brumaire an II. Déclaration de contribution aux charges de la Commune. Le village, d’ailleurs, n’est pas heureux. D’un rapport de police du 11 nivôse an III, j’extrais ceci: «Un officier de paix a entendu dire, ce matin, au café de la Régence, par une blanchisseuse demeurant à Auteuil, que sept personnes traversant hier la glace de la Seine, près de Longchamps ont été englouties avec le pain qu’elles apportaient à leurs familles; que, dans ces cantons, des malheureux passaient quelquefois deux jours sans pain.» Nécessité de s’occuper de cette disette qui pourrait amener des rassemblements aux barrières. (Tableaux de la Révolution française, par A. Schmidt, Leipzig, 1867-1870, t. II, p. 257.)

[175]Je dois à M. Elie de Beaumont, ancien magistrat, la très gracieuse communication de ses papiers de famille. C’est là que j’ai trouvé ces détails sur les occupations et la vie mondaine de Sophie de 1795 à 1797. Les lettres sont échangées entre Pauline Le Couteulx de Canteleu, qui devint vicomtesse de Noailles, et son amie Eléonore Dupaty qui épousa le fils du grand Elie de Beaumont.

[176]Baudelaire habitait Auteuil; c’était un ancien prêtre devenu voltairien.

[177]Cette lettre justifie le mot de Vatel que «la correspondance de MmeGinguené était remarquable par le naturel et par l’agrément du style».

[178]Les Girondins avaient échangé leurs portraits. Jean Debry avait celui de Guadet, tandis que celui-ci avait reçu l’image de Jean Debry. C’est ainsi que le portrait de ce conventionnel se trouve aujourd’hui entre les mains de MmeLacombe-Guadet.

[179]Sur la proposition de Daunou, la Convention souscrivit à 3.000 exemplaires de l’Esquisse des progrès de l’esprit humainet ordonna la distribution de cet ouvrage de Condorcet dans toute l’étendue de la République.—Archives de l’Arsenal: 1erpluviôse an VI: Le ministre de l’intérieur Letourneur autorise la remise à la veuve de Condorcet de 540 exemplaires confisqués de l’Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions. 2 ventôse: Mmede Condorcet reconnaît avoir reçu ces volumes.

[180]Elles parurent à la suite de sa traduction de laThéorie des sentiments moraux, d’Adam Smith.

[181]An III (1795).

[182]24 thermidor. Lettre à Jean Debry.

[183]Villette, 4 juillet 1789, à son cousin Charles Dupaty. Archives du Paty de Clam.

[184]14 mai 1796. Xearrondissement. Témoins: Mailla-Garat et Dominique Garat, tous deux hommes de lettres.

[185]Eymar qui appartenait à la noblesse avait adopté les idées nouvelles. On le voyait souvent à Auteuil. Il mourut préfet de Genève en 1800.

[186]Il se trouve aujourd’hui dans la salle principale de la bibliothèque de l’Institut.

[187]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.

[188]Manuscrit à la bibliothèque d’Avignon (Musée Calvet). Collection Requien.

[189]Les Condorcet, c’est-à-dire Mmede Condorcet, Cabanis et sa femme; car Elisa était trop jeune pour qu’on se préoccupât de son jugement.

[190]Talleyrand, à son retour, s’était établi à Auteuil, chez Mmede Boufflers, d’abord, et, ensuite, au château de la Thuilerie, chez son ami le général d’Arçon. Mmede Staël vint, plusieurs fois, y visiter l’ancien évêque d’Autun: elle y rencontrait Daunou, Cabanis et Tracy. Mais, ce ne fut là qu’une époque très courte pendant laquelle les idéologues et la fille de Necker suivirent la même ligne politique.—Sur ce séjour de Talleyrand, à Auteuil, on trouve des renseignements du plus haut intérêt dans un ouvrage rare:Souvenirs d’histoire contemporaine; Episodes militaires et politiques, par le baron Paul de Bourgoing, sénateur, ancien ambassadeur, ancien pair de France. Paris, Dentu, 1864, in-8o. Page 50 et suivantes, M. de Bourgoing raconte que son père chargé de mission à Copenhague, vit en Scanie le roi de Suède Gustave IV qui, hostile d’abord à la France, puis subjugué par le génie du premier consul, fit des ouvertures à Bourgoing père et lui parla même, comme au nom de plusieurs autres souverains, de la possibilité de voir un jour Bonaparte monter sur le trône. Bourgoing, sans rien répondre de positif, fit part, dans ses lettres particulières, de ces ouvertures à Talleyrand: «C’est à Auteuil que lui fut adressée cette partie confidentielle de la correspondance du ministre en Danemark. Ma mère et mes sœurs avaient passé quelques semaines de la belle saison dans cette maison de campagne de l’habile ministre. M. de Talleyrand s’empressa de porter à Malmaison l’information de ces instances indirectes.»

Bourgoing ayant été nommé ministre en Suède prononça, lors de sa réception à la cour, un discours où l’on crut voir l’annonce de l’Empire. Le premier consul se mit en colère et disgracia Bourgoing d’autant que, dans l’intervalle, Gustave IV avait changé d’avis sur le premier consul et sur la France.

On voit combien, dans ces années, Auteuil était un centre politique où tout se traitait, affaires extérieures ou intérieures: presque tous les événements graves de l’époque furent préparés ou discutés dans ce petit village.

[191]Necker.

[192]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.

[193]Le groupe Chateaubriand, Fontanes, Joubert, etc.

[194]A cause de la présence de MmeCabanis et de son mari, Mmede Condorcet venait encore par moments à Auteuil; mais ce village lui rappelait de trop tristes souvenirs et, dès qu’elle eut recouvré sa fortune, elle chercha une nouvelle habitation. La proximité fatigante de Paris fut aussi pour quelque chose dans la résolution qu’elle prit de se transporter à la Maisonnette.—Le 28 septembre 1806, Mmede Rémusat écrivait à son mari, alors à Mayence: «Je pense à toi dans cette petite retraite d’Auteuil qui me plairait si elle était plus solitaire. Mais il faut convenir que ma mère a raison et que les oisifs de Paris ont trop beau jeu pour y venir importuner à tous les moments du jour. On nous accable de visites et nous nous réfugierons à Paris pour y vivre plus seules et plus économiquement.» La même correspondante, le 4 octobre, donnait la contre-partie: «Ce que j’aime d’Auteuil, c’est que la vérité seule y arrive et qu’on ne vous raconte les faux bruits que lorsqu’ils sont démentis.»Lettres de Mmede Rémusat(II, p. 19 et 26).

[195]La propriété appartint donc successivement aux rois de France, aux Annonciades, à la Nation, à la municipalité de Meulan et à Chévremont, acquéreur de la Nation. Entre celui-ci et Mmede Condorcet se placent cinq acquéreurs. Le 9 juillet 1823, MmeO’Connor la vendit à M. Loiselet pour 22.000 francs. Depuis 1860, elle est dans la famille de M. Roger, le propriétaire actuel. Mmede Condorcet, les 6 prairial et 25 fructidor de l’an VI, acheta la plus grande partie de la propriété pour 8.600 livres. Elle compléta par l’acquisition de la chapelle Sainte-Avoie avec un terrain de 30 ares, 62 centiares, le 5 août 1807, moyennant 2.400 francs.

Ces renseignements sont dus à l’obligeance du propriétaire actuel, M. Roger, que je suis heureux de remercier ici pour ses communications si précises.—Une histoire locale raconte que lesMémoires d’Outre-Tombefurent rédigés à la Maisonnette. Jusqu’au mois de novembre 1817, ils sont datés de la Vallée-aux-Loups. Après cette date et tant que vécut Mmede Condorcet, Chateaubriand ne vint pas à la Maisonnette. Postérieurement à 1823, je n’ai rien trouvé qui confirme, ni qui infirme l’allégation de l’historien.

[196]Guizot, dans lesMémoires pour servir à l’histoire de mon temps, t. I, ch.VII, a donné une description de la Maisonnette au temps de Mmede Condorcet. Cette description est encore vraie aujourd’hui tant les choses ont peu changé.

[197]Inédit. Cette lettre et les suivantes font partie de la collection de l’auteur.

[198]Mmede Charrière.

[199]La Grande Rue Verte est devenue, par ordonnance du 4 novembre 1846, rue de Penthièvre, mais a repris son ancien nom de 1848 à 1852. En 1690, on l’appelait chemin des Marais; en 1734, il n’y avait encore aucune construction; en 1750, elle s’appelle rue du Chemin-Vert, puis Grande Rue Verte. La Petite Rue Verte est devenue rue de Matignon. Mmede Condorcet demeura quelque temps, en 1805, au no2 de cette rue, chez Mailla-Garat. Elle habita aussi rue de Marigny. Dans une lettre de 1806, elle donne cette adresse: Grande Rue Verte, près de la Caserne. Enfin, à l’Annuaire du Commercede 1812, je la vois inscrite: Grande Rue Verte, no30. Elle quitta le faubourg Saint-Honoré à la fin de sa vie, puisqu’elle mourut, 68, rue de Seine.

[200]Deutsche Rundschaude décembre 1881. Hase naquit en 1780, se fixa en France où il fut attaché d’abord à la Bibliothèque nationale, puis devint professeur de langues orientales et membre de l’Institut.

[201]Journal intime de Benjamin Constant et lettres à sa famille et à ses amis, précédés d’une introduction par Melegari. Paris, Ollendorff, 1895, p. 93, 102 et 107.

[202]Mémoires sur le Consulat(par Thibaudeau), p. 34.

[203]Mailla-Garat. Lettre inédite, de la collection de l’auteur.

[204]Les Mémoires du général La Fayette, et spécialement le Vevolume qui comprend (p. 148 et suivantes), une notice intitulée:Mes rapports avec le Premier Consul, sont à consulter avec fruit sur ce rôle unique joué par La Fayette dans l’opposition. Ses relations avec Cabanis y sont analysées avec finesse et bienveillance.

[205]Mémoires sur le Consulatpar Thibaudeau. Napoléon regardait tous les philosophes comme desboudeurs d’Auteuil(le mot est de lui), mûrs pour le Sénat, et il pensait volontiers, comme Chateaubriand, que l’Institut était une «tanière de philosophes».

[206]Il habitait Auteuil en 1796 et avait alors vingt-huit ans. Il était neveu de Dominique Garat. Lors de sa nomination au Tribunat, on avait dit:

Pourquoi ce petit homme est-il au Tribunat?C’est que ce petit homme a son oncle au Sénat.

Pourquoi ce petit homme est-il au Tribunat?

C’est que ce petit homme a son oncle au Sénat.

Mailla-Garat fut, dans la suite, employé par Daunou, aux Archives; ami de Mmede Coigny, il demeurait chez elle.

[207]Daunou.

[208]Taillandier p. 121-122.

[209]Taillandier avoue ces entretiens. V. aussi lesMémoiresde Rovigo, de Thibaudeau et de Fouché, l’Histoire de Francede Bignon,Dix ans d’exil, par Mmede Staël, et lesMémoires d’outre-tombe.

[210]Nous employons ce titre très ingénieux donné par M. Lalanne et non par Fauriel au curieux manuscrit trouvé dans les archives de l’Institut.

[211]Garat, avec sa belle inconscience, écrivait dans son ouvrage sur Moreau: «A cette époque, il fallait tout le courage des conspirations pour oser seulement se communiquer ses pensées. Moreau, que je ne connaissais guère que par sa gloire, et moi qui ne lui étais connu que par quelques lignes écrites,garantie si peu sûre des vrais sentiments d’un homme, nous ouvrîmes nos âmes tout entières l’un à l’autre. Sans cesse occupés de la chose publique, nous avions sans cesse le besoin de nous voir. Nous nous réunissions à l’une des barrières de Paris, chez un ami commun, dans un appartement à la fois chambre à coucher, bibliothèque et salon d’un homme de lettres. C’est là que, seul, couvert d’une redingote et à pied, se rendait le vainqueur de Hohenlinden.»

[212]Taillandier, p. 117 et 118.

[213]Préfet, légionnaire et baron, Honoré Riouffe, dit Toussaint, était né à Rouen, le 1eravril 1764. Il avait fréquenté, autrefois, chez Julie Talma et avait même correspondu avec elle, à l’époque où il était acteur au Théâtre de la République à Rouen.

[214]Je dois communication de cette lettre à M. le professeur Pingaud dont les travaux sur la Révolution sont si remarqués. Dans les papiers de Jean Debry, il a trouvé quatre lettres de Mmede Condorcet: celle que nous venons de donner en partie; deux autres lettres de 1811, toujours relatives à Emeric; et une lettre datée de Meulan, an VII, dans laquelle Mmede Condorcet félicite Jean Debry du mariage de sa fille et l’invite à venir la voir dans sa nouvelle propriété.

[215]Cette lettre, véritable profession de foi, a été donnée dans leSalon de MmeHelvétius, p. 180, 181 et 182.

[216]Sur le procès de Moreau et le rôle qu’y jouèrent les Idéologues, voir l’ouvrage cité dans la note précédente aux pages 186 et 187.

[217]Genève, 3 frimaire an XI.

[218]Archives du Paty de Clam. De 1801 à 1804, Mmede Condorcet s’occupe aussi, avec Cabanis et Garat, de la publication des œuvres complètes de son mari.

[219]Marc-François Guillois, rédacteur auMoniteur, connu par des travaux littéraires, dont quelques-uns furent entrepris en collaboration avec le père de Paul de Saint-Victor.

[220]V.Pendant la Terreur: Le poète Roucher.

[221]A MmeGuillois, Auteuil, 11 germinal an XIII.

[222]Papiers de famille de l’auteur.—Voici encore quelques-unes de ces pensées d’Eulalie: «Je ne connais point de remède au défaut de tact. C’est un vice de l’organisation du cœur. Si ce premier avertissement plus prompt que la pensée ne la devance pas, tout est dit.»—«Quel dommage qu’il y ait pour l’homme que son génie inspire des lendemains comme pour le vulgaire. Un aujourd’hui de plusieurs jours ferait naître des chefs-d’œuvre que sa vie ne produira jamais. L’âme et l’esprit ont leurs crises comme la nature. Tous les grands mouvements sont rares; leur fait est d’enfanter toujours quelque chose d’extraordinaire.»—«Enthousiasme, confiance, bonté exquise, délicatesse de cœur, vivacité de tout, beau idéal, fraîcheur de sentiments, tous fruits impossibles à conserver sur un arbre que les orages du monde ont battu et souvent renversé pour toujours.»—N’est-ce pas la pensée et presque la phrase de Sophie sur «la coupe enchantée que la main du temps renverse pour la femme au milieu de sa carrière»?

[223]On a vu,plus haut, ce que pensait de lui Benjamin Constant.

[224]Auteuil, 21 brumaire an XIII. Bibliothèque de l’Institut.

[225]MmeO’Connor eut cinq garçons qu’elle allaita tous; les trois premiers moururent jeunes. Elle mourut subitement en 1859; son mari était mort le 26 avril 1852. Il fut inhumé dans le parc du Bignon.—Une lettre d’O’Connor à Parent-Réal, en juillet 1810 (collection Frédéric Masson), dans laquelle le général s’occupe des intérêts de MmeLachèze, est écrite sur le papier des armées républicaines et orné du bonnet phrygien. Tout O’Connor est dans ce détail.—Je dois aux recherches si heureuses de M. le vicomte de Grouchy la communication de diverses pièces concernant les intérêts d’Elisa: 6 brumaire an VI (27 octobre 1797): Mmede Condorcet, agissant comme tutrice, demande à vendre des biens dans l’Aisne, près de Saint-Quentin, pour 25.000 francs.—12 thermidor an VI: Mmede Condorcet demande qu’on fixe le montant de l’éducation de sa fille. Le revenu net des terres situées dans l’Aisne, dans l’Orne et à Ribemont, déduction faite d’une rente de 3.800 francs, étant de 9.900 francs, la dépense de la mineure Condorcet est fixée à 4.000 francs.—28 mai 1803, nomination d’une tutrice (Mmede Condorcet) et d’un subrogé tuteur (Larroque, homme de lois); membres du conseil de famille: des Forges de Beaussé, messager d’État; Lachèze, juge au tribunal de cassation; Grouchy, général de division et Laromiguière.—26 juillet 1806 (Archives nationales, AA, 45, no1349). Lettre de Mmede Condorcet, relativement à des biens dans l’Orne qui lui ont été repris et qui, d’après les intentions de l’Empereur, doivent être échangés contre d’autres domaines et non pas contre de l’argent.

[226]23 janvier 1807.

[227]Le marquis de Grouchy était très âgé et lui-même gravement malade. Cabanis craignit de le fatiguer par sa présence; de là, son établissement à Rueil. M. de Grouchy, d’ailleurs, ne tarda pas à mourir; il s’éteignit, le 23 avril 1808, à 8 heures du matin, âgé de quatre-vingt-treize ans et demi.

[228]Dont quelques extraits ont été donnés, pour la première fois, par l’auteur dans leSalon de MmeHelvétius.

[229]Papiers de famille de l’auteur.

[230]Chateaubriand, dans lesMémoires d’outre-tombe, a cité un fragment d’une des belles pièces de Manzoni sur Napoléon: «Il éprouva tout: la gloire plus grande après le péril, la fuite et la victoire, la royauté et le triste exil, deux fois dans la poudre, deux fois sur l’autel. Il se nomma. Deux siècles, l’un contre l’autre armés, se tournèrent vers lui, comme attendant leur sort. Il fit silence et s’établit arbitre entre eux.»

[231]Ce fut une fille, Juliette-Claudine, du nom de Fauriel qui s’appelait Claude.

[232]Il y passa tout l’été et l’automne de 1820, pendant que Mmede Condorcet était retenue à Paris par sa santé.

[233]Journal intimede Benjamin Constant. Ollendorff, 1895, p. 118. Le lendemain, il se rencontre encore avec Fauriel chez MmeRécamier.

[234]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Ces deux billets sont écrits sur un papier dans le filigrane duquel on voit le profil de Napoléon, empereur des Français et roi d’Italie.

[235]Mot arabe qui signifie:ma chère âme ou mon cher cœur. Fauriel avait appris quelques mots de cette langue à Mmede Condorcet.

[236]Voir cette sortie contre l’Idéologie dans leMoniteurdu 21 décembre 1812 ou dans laCorrespondance de Napoléon, XXIV, p.398-399.

[237]Ou du conseil d’État, comme Guizot.

[238]Archives nationales. F. 7. 6788. 20 octobre 1815. «Le sieur Bontemps est arrêté pour loger chez lui la sœur du général Grouchy. Bontemps, employé au ministère de la marine, rue des Vieilles-Tuileries, ayant loué partie de sa maison à la dame Cabanis, sœur du général Grouchy, qui reçoit habituellement chez elle sa belle-sœur. Cette dernière a avoué à un sieur Boutard, demeurant en face, qu’elle était inquiète de son mari jusqu’à ce qu’il fût arrivé à destination. Il y a huit ans que MmeCabanis demeure rue des Vieilles-Tuileries, no47. La somme de 6.000 livres de sa pension pourrait être mieux employée. La rue des Vieilles-Tuileries, faubourg Saint-Germain, est extrêmement mal habitée. Tous les soirs, on chante des horreurs contre la famille de Bourbon.»

[239]Voir auxpièces annexesl’explication donnée par Grouchy de sa conduite dans ces circonstances.

[240]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 14 et seq.

[241]Mémoires du maréchal de Grouchy, t. V, p. 46 etcircà.

[242]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut.

[243]Lettre communiquée par M. le vicomte de Grouchy. La pension Hix, alors située 10, rue de Matignon, et plus tard, 5, rue de Berri, avait une réputation considérable; en dehors des jeunes de Grouchy, elle compta comme élèves Alfred de Vigny et les enfants de Barante, de Ségur, de Wagram, de Valmy, Tascher de la Pagerie, etc. Cette pension suivait les cours du collège Bonaparte, aujourd’hui Lycée Condorcet. Ernest de Grouchy, ancien préfet, ancien député, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1879. Il était le beau-père du général de Miribel.

[244]Propriété du maréchal de Grouchy, en Normandie. On voit, par la suite de cette lettre, que Mmede Condorcet continuait à exercer son influence douce, mais pénétrante et très réelle sur tous ceux qui l’approchaient.

[245]Sur MmeGinguené, en dehors de ce qui a été dit d’elle, soit dans ce volume, soit dans leSalon de MmeHelvétius, je signalerai l’ouvrage de Lady Morgan, intitulé France, 1817, au t. II, p. 276 à 282, il est longuement question de Nancy Ginguené; signalons toutefois l’erreur qui place à Eaubonne une propriété qui, effectivement, était située à Saint-Prix. A part ce détail, la description est parfaitement exacte.

[246]Ginguené était mort le 16 novembre 1816; sa femme mourut le 14 octobre 1832. La tombe de Mmede Condorcet est des plus simples: «Ici repose Marie-Louise-Sophie Grouchy, veuve Condorcet, décédée à Paris, le 8 septembre 1822.» Elle est placée tout près de Nicolo, Cherubini, Bellini, Boïeldieu, Chopin, Lakanal, Lesueur, Denon, Regnault de Saint-Jean-d’Angély, Delille, Target, Saint-Lambert, Elzéar de Sabran et Suard!

[247]Préface par M. Lud. Lalanne desDerniers jours du Consulat, p. v.

[248]Manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Emmanuel de Grouchy, chargé d’affaires de France à Turin, officier de la Légion d’honneur, est mort en 1839. Il était le père de M. le vicomte de Grouchy.

[249]Lettre communiquée par Mmela générale de Miribel, petite-nièce de Mmede Condorcet. Cette lettre annonce le mariage d’Annette Cabanis avec son cousin Charles Dupaty, le sculpteur, membre de l’Institut. Henri de Grouchy demeurait, à cette époque, à Vigny, près de Meulan: toujours le même joli coin!

[250]En manuscrit à la bibliothèque de l’Institut. Il ne mourut qu’en 1844.

[251]Et cependant, MmeO’Connor jeune fille s’intéressait aux moindres indispositions de Fauriel qu’elle appelait leGentleman; plus tard et jusqu’en 1822, les enfants O’Connor écrivaient à Fauriel comme au plus aimé des grands-pères. Les lettres manuscrites qui sont à l’Institut en font foi.

[252]Cette pièce et la suivante ont été communiquées à l’auteur par M. le vicomte de Grouchy.


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