Mon amie la laitière est venue prendre de mes nouvelles tout à l’heure jusque dans ma chambre, et s’assurer par elle-même que je suis sortie d’affaire sans difficulté.
Elle en croit à peine ses yeux, et m’a avoué tout droit qu’elle m’a tenue pour morte une heure durant.
Ce que c’est pourtant que les choses ; me voilà sans une égratignure, et ce plaisant d’âne, qui a cru certainement tirer du meilleur côté, garde l’écurie avec un rhume terrible, des bottes de paille autour de lui et des boissons chaudes servies dans son auge.
La bonne femme ne s’en tourmente pas, d’ailleurs. Il est sujet, paraît-il, à ces petites misères, et les sabots dans ses pantoufles, il s’en guérit assez vite.
Tout est donc pour le mieux, et j’ai fait asseoir ma visiteuse, ravie que j’étais de l’aubaine, et très décidée à la faire causer longtemps.
Naturellement, au bout d’un instant, mon équipée est revenue sur le tapis, et comme je riais en écoutant ses exclamations de frayeur et de pitié :
— Il est sûr, m’a-t-elle dit d’un air pensif, que pour une jeunesse, la vie n’est point gaie par ici, et on conçoit que vous cherchiez à changer quelquefois…
Elle a réfléchi encore un peu, puis, tout naïvement, elle m’a demandé si je ne pensais pas que le meilleur moyen serait encore de me marier et de m’en aller, et si ma tante ne s’occupait pas d’y pourvoir ?
J’ai répondu non, sans rire cette fois et, au moment où elle passait la porte, je l’ai entendue qui marmottait entre ses dents :
— Il y aurait la mère Lancien, peut-être, pour un bon conseil.
Je n’ai pas songé sur l’heure à la questionner, mais il me tarde d’être à demain et de me faire dire qui est cette mère Lancien, aux conseils d’or, qui me tirerait peut-être de peine, s’il fallait en croire ma laitière…