XXIX

XXIX

Les jours avaient passé. Les jours rapides et niveleurs de l'existence parisienne, où tout s'oublie, tout s'efface, disparaît si promptement.

A l'heure où la foule est le plus dense à l'Exposition de tableaux du Grand-Palais, MmeDarquet fit son apparition dans les salles, accompagnée de MmeDurand de l'Isle, et poussant triomphalement devant elle Cady, dont le portrait était le succès—presque le scandale—du Salon de cette année-là.

—Ecarte donc ton manteau! s'écriait la mère avec impatience. C'est absurde, tu auras trop chaud tout à l'heure.

Affectant une candide incompréhension, Cady qui s'esclaffait intérieurement, répondait en boutonnant plus étroitement son long pardessus:

—Mais non, maman, au contraire, je gèle... Il fait humide, ici.

Elle savait que la sollicitude de sa mère n'avait pour but que de permettre au public de remarquer le costume gris du portrait et de provoquer la reconnaissance de l'original de la toile en vogue.

Depuis l'ouverture du Salon de la Société nationale, MmeDarquet y venait pour la troisième fois, emmenant toujours Cady avec elle. En ce moment, la faveur de Baby avait une éclipse.

Arrivée à la salle où le tableau de Jacques Laumière se révélait de loin par la foule compacte qui se pressait devant lui. MmeDarquet, affectant une lassitude extrême, se laissa tomber sur le canapé central.

—Je suis déjà brisée! déclara-t-elle haut. Ma foi, je vais attendre ici Laumière qui nous fera visiter les autres salles.

MmeDurand de l'Isle approuva avec son obséquiosité ordinaire.

—Oh! ce sera délicieux!... Quelle bonne fortune pour moi que vous me permettiez de vous accompagner!...

MmeDarquet ne l'écoutait pas, rappelant durement sa fille qui s'écartait.

—Cady! où vas-tu?... Assieds-toi près de nous, tout de suite!

La fillette essaya de regimber.

—Mais, maman, je peux bien regarder les tableaux de l'autre salle!... Ici, je les connais par cœur.

—Assieds-toi, je te dis! ordonna Noémi, et ouvre ton pardessus. Tu es grotesque, emmitouflée comme pour sortir en auto... Défais-toi, tu entends?

Cady obéit avec tant de mauvaise humeur et de brusquerie que deux boutons du pardessus sautèrent.

Puis, elle se jeta sur le divan, repoussant son chapeau en arrière et croisant ses jambes gainées de soie noire.

—Là! marmotta-t-elle entre ses dents, la pose y est!... N'y a maintenant qu'à passer faire la quête parmi tous ces types qui vont me zieuter!

MmeDarquet ne l'entendit point, adressant des paroles quelconques à son amie, avec un air de détachement, radieuse parce que plusieurs personnes avaient reconnu la fillette et se la montraient en chuchotant. Peu après, un revirement se produisait dans la salle. On délaissait le portrait pour se repaître de la vue du modèle vivant, que l'on appréciait tout bas, ou même tout haut.

Une envie folle démangeait Cady de contorsionner son visage en une série de grimaces hideuses, ou de se livrer à des cabrioles, ou de simuler une attaque d'épilepsie.

Elle eut un soupir d'aise en apercevant Victor Renaudin qui fendait la foule et s'approchait, le chapeau à la main.

MmeDarquet se leva avec empressement, enchantée de cette diversion. Elle avait assez de tact pour comprendre que la scène qu'elle avait provoquée, si elle se prolongeait, risquait de sombrer dans le ridicule.

—C'est vous, Renaudin?... Enchantée de vous rencontrer... Vous avez vu le portrait de Cady?... Oh! Jacques Laumière a fait une œuvre vraiment curieuse avec ma petite fille!... Nous l'attendions précisément pour continuer notre promenade... Et même, il se fait bien attendre...

Le jeune juge sourit, point du tout dupe de la comédie que jouait la dame pour la galerie.

—Je crains que vous ne l'attendiez longtemps... Je l'ai aperçu tout à l'heure, à la sculpture...

Et, se tournant vers MmeDurand de l'Isle.

—Il était justement avec madame votre fille et deux autres dames, en train de conférencier...

—Vous avez vu ma fille? Vous lui avez parlé? demanda la grosse dame avec précipitation, la respiration écourtée par une subite émotion.

Cady, qui s'était levée pour serrer la main du jeune homme, lui donna une bourrade sournoise. Il pinça les lèvres pour dissimuler un sourire.

—Je l'ai vue, oui, madame, mais de très loin.

—Il fallait aller la retrouver!... Vous lui auriez fait tant de plaisir!... Précisément, elle me disait ce matin qu'elle serait si heureuse de visiter le Salon en votre compagnie.

Renaudin salua respectueusement, et répondit avec une nuance d'ironie qui passa inaperçue de la veuve, mais que MmeDarquet remarqua:

—Je suis extrêmement flatté, madame, mais, madame votre fille est en bien meilleures mains avec Laumière, qui est artiste. Moi, je ne suis qu'un amateur... un ignorant.

Noémi coupa avec irritation les protestations louangeuses où son amie allait s'embourber.

—Pas de fausse modestie, Renaudin. Vous êtes un connaisseur en peinture et une véritable encyclopédie pour tout ce qui touche aux artistes... Venez avec nous et servez-nous de guide, puisque Laumière nous délaisse!... Allons, Cady, marche devant... Et vous, chère amie, accompagnez-nous.

MmeDurand se récusa avec vivacité.

—Chère madame, voulez-vous me permettre d'aller chercher ma fille?... Elle sera charmée de vous voir, et nous vous rejoindrons dans dix minutes.

MmeDarquet jeta un coup d'œil sur le jeune juge qui demeurait impassible.

—Bien, allez... Nous suivrons les salles de gauche.

Mais, lorsque la veuve eut disparu, de toute la vitesse que lui permettait son extrême corpulence, Noémi Darquet s'arrêta au seuil de la première salle.

—Dites-moi, Renaudin... Je me sens extraordinairement lasse... Voulez-vous que nous allions prendre une tasse de thé en bas?

Le jeune homme s'inclina.

—A vos ordres.

Comme ils se dirigeaient vers l'escalier, elle le questionna en souriant.

—Alors, c'est non?

Il feignit de ne point la comprendre, quoiqu'il saisît parfaitement le sens de cette brève demande.

—Quoi donc?

—Vous refusez d'épouser cette pauvre Fernande de l'Isle?... Elle est délicieuse, cependant.

Il hocha la tête.

—Ecoutez!... Je suis doux de caractère, pourtant je me soucie fort peu d'être battu par ma femme... et il paraît qu'elle rossait son premier époux!

—Quelle calomnie et quelle sottise! c'est bien plutôt lui qui se livrait à des sévices sur elle!

Renaudin prit un air naïf.

—Ah! c'est possible, après tout, je croyais que c'était l'inverse. Et puis, tenez, je crois que cela me déplairait encore davantage... L'idée que ma femme a pu être corrigée par un autre me serait insupportable.

MmeDarquet eut un léger éclat de rire.

—Vous aimez mieux que ce soit vous qui vous livriez à cet exercice?

—Non, mais je préfère un corps indemne... à tous points de vue, d'ailleurs.

MmeDarquet redevint sérieuse.

—Tout cela, ce sont des plaisanteries ou de méchants potins... Fernande n'a eu que des démêlés d'intérêts avec son mari, qui était un triste sire.

—Ah! oui, fit Renaudin avec détachement. C'est lui qui avait la fortune... et le mauvais goût de vouloir la garder après la séparation.

MmeDarquet ne put s'empêcher de rire de nouveau.

—Mon Dieu, que vous êtes devenu rosse depuis que vous êtes Parisien!

Le jeune homme s'inclina avec une gratitude sincère.

—Grâce au poste inespéré que je vous dois, madame, je ne l'oublie pas, croyez-le bien!... Mais il serait peu généreux de votre part et pas du tout dans votre caractère d'exiger de ma reconnaissance que j'épouse une femme qui, je vous le dirai très franchement, m'inspire une aversion tout à fait insurmontable, toute séduisante, et probablement tout honnête et charmante qu'elle soit!...

MmeDarquet pinça les lèvres, vexée.

—Voilà qui est on ne peut plus net, j'espère!...

Il la regarda hardiment.

—J'ai une assez haute opinion de vous, madame,pour être certain que ma sincérité—ma brutalité même—ne me nuira pas près de vous.

Elle se rasséréna, ne sachant pas résister à un compliment, sous quelque forme qu'il se présentât.

Et le sourire revenu sur ses lèvres, elle jeta ses amies par-dessus bord avec désinvolture.

—Ecoutez, j'en suis désolée pour ces dames aux yeux de qui vous étiez le mari rêvé!... Mais, je vous aime trop pour vous en vouloir... Après tout, vous êtes libre de choisir une femme à votre gré!...

Il eut un geste.

—Oh! je vous assure qu'actuellement le mariage c'est le dernier de mes soucis!

MmeDarquet réfléchissait.

—D'ailleurs, Mmede l'Isle aura une compensation... Malifer nous quitte, pourvu d'une sous-préfecture, je déciderai Cyprien à donner sa place au frère de Fernande.

Renaudin s'inclina avec une gravité impeccable.

—Pour M. Darquet, ce sera une excellente acquisition.

MmeDarquet le menaça du doigt.

—Taisez-vous, mauvais pince-sans-rire!... Ce petit garçon n'a peut-être pas une intelligence hors ligne ni des moyens extraordinaires.

—Je le crois aussi!...

—N'importe! il représente bien, et il a foi en lui, du moins en son avenir. C'est beaucoup.

Imperturbable, en apparence à cent lieues de cette conversation, Cady n'en perdait pas un mot.

Lorsque sa mère les distança pour aller s'asseoir à une table du buffet, elle glissa tout bas, en serrant sournoisement la main de son ami:

—Je m'amuse comme une petite folle!

Il répondit presque involontairement à la pression des doigts de la fillette et lui jeta un regard long, ambigu.

—Tu ne t'amusais pas autant, il y a un mois, dans mon cabinet, murmura-t-il.

Elle se détacha de lui, le visage soudain morose, fermé.

—Oh! que c'est bête! dit-elle avec dédain, du bout des lèvres. Qui est-ce qui songe à cela, à présent? C'est de l'histoire ancienne!...

En effet, le «drame de la rue Pierre-Charron», qui, durant un temps, avait éveillé la curiosité publique, tombait déjà dans la nuit du passé.

L'affaire avait dû être classée, l'instruction ne découvrant aucune piste digne d'être suivie.

A contre-cœur, le député et sa femme s'étaient résignés; lui, à la perte d'une somme assez ronde; elle, au crève-cœur de la disparition de la plupart de ses bijoux. Cependant, certains, dont faisait partie la plus belle rivière de diamants que Cady avait enlevée de son écrin le jour précédant le vol n'avaient pas été dérobés, le chiffonnier seul ayant été visité et vidé.

Mais, pour Victor Renaudin, il restait une énigme dont évidemment Cady seule avait la clef, et qu'il ne renonçait pas à déchiffrer.

MmeDarquet leva son face-à-main: depuis que sa vue baissait légèrement, elle se prétendait myope.

—Tiens, mais, on dirait Lénine.

Cady s'était dressée, réprimant une hilarité.

—Maman, je vois mes cousines Serveroy avec MmeGarnier!... Vous me permettez d'aller les chercher?

Et, avant d'avoir reçu la réponse, elle bondissait entre les chaises et faisait irruption dans l'allée bordée de massifs et de statues où évoluaient les deux jeunes filles, serrées de près par l'athlétique Russe.

C'était cette vision qui avait excité le rire de Cady.

Elle se réjouit plus encore de la mine déconfite du diplomate, lorsque, brusquement arrêté, il reconnut la fille de son ami Darquet, et la vit embrasser celles qu'il poursuivait.

—Venez prendre une tasse de thé au buffet! s'écria Cady très haut, maman vous invite.

Marie-Annette jeta, surprise:

—Comment, ma tante est là, avec toi?

Cady fit une volte-face inopinée qui la mit nez à nez avec Lénine.

—Oh! c'est vous? s'exclama-t-elle, feignant l'étonnement. Venez aussi, maman sera enchantée.

Marie-Annette lui écrasa le bras, chuchotant dans son oreille, très excitée:

—Ma chère, ce gros nous file depuis une demi-heure!

Cady, imperturbable, les yeux pétillants, fit les présentations.

—M. Alexis Lénine, de l'ambassade de Russie... Mes cousines Serveroy, Alice et Marie-Annette, que vous ne connaissez pas, je crois?

Elle et le diplomate se dévisageaient, étouffant une envie de rire, tant à cause de l'aventure actuelle que par suite de leurs ressouvenirs personnels.

Lénine fit une grimace et porta la main à son cou, dont la cicatrice invisible sous les vêtements n'était pourtant pas complètement fermée.

Cady ne baissa pas les yeux, un contentement et un défi dans son regard hardi.

Tous deux secrètement avaient devant les yeux le tableau de la nuit de leur singulière rencontre... Le cabinet de toilette de la demi-mondaine... l'élan furieux de l'homme à moitié ivre... la blessure, le sang répandu...

Lénine frôla la fillette, les yeux luisants.

—Petit serpent! petit serpent!

—Comment, vous suivez les petites filles à présent? Ça ne vous réussit guère pourtant!

Il grogna quelque chose d'inintelligible, et, la quittant, il s'avança avec empressement pour répondre au geste de bienvenue de MmeDarquet.

—Charmé de la bonne occasion de vous serrer la main, madame! Darquet n'est pas ici?

—A la Chambre, monsieur Lénine! Séance importante, aujourd'hui. La discussion sur le budget de la marine.

Et tout en faisant place au nouvel arrivant, elle saluait ses nièces d'un sourire distrait.

MmeGarnier, un peu gênée, crut devoir expliquer:

—J'ai amené ces demoiselles qui avaient grand désir de voir le portrait de Cady.

—Bien, bien. A propos, madame Garnier, vous serez bientôt déchargée de votre service supplémentaire auprès de Cady. Nous avons enfin découvert une personne tout à fait bien.

L'institutrice s'intéressa:

—Une jeune fille?

—Non, non! Une femme de mon âge. Une de mes anciennes amies, très distinguée, veuve d'un officier, restée sans fortune. Et je me décide à lui confier également Jeanne. Oh! ces Anglaises et ces Allemandes!

Elle acheva sa phrase d'un geste excédé. MmeGarnier dissimula un sourire, au rappel de la dernière déconvenue de MmeDarquet, dont la bonne allemande destinée à Baby, pourvue de tant de références, avait accouché prématurément, trois jours après son arrivée de Saxe.

Tandis que Lénine et Renaudin causaient, les jeunes filles bavardaient à voix basse, avec de légers rires étouffés et cinglants qui chatouillaient le Russe.

Pas très jolie, la petite Marie-Annette, mais si nerveuse, si vibrante, si étrange jusque dans les crispations morbides de son visage, qui se terminaient par une détente que l'on eût dite voluptueuse...

Et cette Cady!...

L'épaisse silhouette du sénateur Le Moël se dressa tout à coup devant la table où fumait le thé.

—Ah! ah! je vous trouve enfin! s'écria-t-il avec animation. Noémi, vous ne savez donc pas ce qui se passe?...

MmeDarquet lui sourit gracieusement.

—Mais non. Asseyez-vous donc, cher ami.

Le vieillard se laissa tomber entre Renaudin et sa pseudo-belle-fille.

—Alors, vous ne savez rien? jubila-t-il. Eh bien, je suis heureux d'être le premier à vous apprendre que Cyprien sera probablement ministre demain!...

Noémi tressaillit tout entière; une pâleur l'envahit; ses yeux s'illuminèrent; elle eut une seconde d'éclat éblouissant, ses beaux traits tendus par un triomphe qui n'était pas dépourvu d'angoisse.

—Vous dites?

—Le ministère vient de tomber. Oh! comme toujours, quand on s'y attendait le moins... Sur une question à côté... une ineptie!... Mais Cyprien a eu le mot juste, et tous les honneurs de la séance sont pour lui!...

Renversée sur sa chaise, comme ivre, Noémi prononça, la voix altérée:

—Président du conseil, alors?

Le Moël secoua la tête.

—Non, non, il ne veut pas... Martin-Menier ou Lucien Daveaux, probablement.

Elle hocha la tête, remuant mille pensées profondes.

—Il a raison. Donc, il prendra le Commerce?

—Je le suppose.

Lénine dit très haut, joyeusement:

—Tous mes compliments, madame!

Victor Renaudin s'inclina, vraiment ému.

—Je suis bien heureux pour M. Darquet.

Pour l'entourage du député, c'était l'avènement suprême de tous; la presque certitude de la réalisation de tous les souhaits, de toutes les ambitions.

MmeDarquet prit spontanément la main du jeune magistrat et la serra avec force.

—Merci!

Quinze ans plus tôt, ce garçon actif, d'une ambition mesurée et persévérante que, sur certains points, elle sentait de sa trempe, eût tout obtenu d'elle, aux heures de fièvre et d'émotion.

Elle se leva.

—Adieu, mes amis... je rentre, nous avons à causer, Cyprien et moi.

Le Moël attendri et radieux jeta un billet de cent francs sur la table, repoussant du geste le jeune magistrat, qui s'apprêtait à payer.

—Du tout, c'est moi qui règle! Garçon, ici, vivement!... Noémi, attendez-moi, j'ai mon auto, je vous mettrai chez vous. Moi aussi, j'ai à parler à votre mari.

Marie-Annette et Alice jetaient des regards d'envie à leur cousine.

—Que tu as de la veine!

La fillette fit un geste d'indifférence.

—La belle jambe que ça me fera? Pour moi, c'est trop tôt... Quand je serai à l'âge de sortir et de me marier, il y aura beau temps que le ministère sera dans le seau!

Quand elles sortirent, avenue d'Antin, MmeDarquet montait déjà dans la limousine du sénateur,distribuant des sourires et des poignées de main à une vingtaine d'amis soudain surgis.

L'auto s'ébranla.

—Alors, elle me plaque? fit Cady amèrement.

Renaudin, qui la suivait, dit avec douceur:

—Ta mère a un peu perdu la tête, cela se comprend... Mais, je suis là, moi.

MmeGarnier s'approchait empressée:

—Nous allons mettre MlleDarquet chez elle.

Cady la repoussa du geste, sèchement.

—Pas la peine, Renaudin me reconduit.

Sans écouter les représentations timides de l'institutrice, sans dire adieu à ses cousines, elle s'accrocha au bras du jeune homme et le poussa.

—Va, va vite!... Qu'on soit débarrassé d'eux tous!...

Et tandis qu'ils remontaient vers l'avenue des Champs-Elysées, elle déclara, pensive:

—Ecoute, que je te dise... Avec ces histoires de ministère... d'institutrice qui est une vraie femme du monde, je crois que c'est fini de rire pour moi... Ça ne sera plus Cady... Je vas devenir MlleHélène Darquet.

Renaudin pressa contre lui le bras fragile de la fillette, avec un rien d'émotion dont il n'aurait su dire la cause.

—Pour moi, murmura-t-il, malgré le temps, malgré les circonstances, tu seras toujours Cady.

Elle sourit mélancoliquement.

—La petite Cady!...

Il appuya avec tendresse:

—Ma petite Cady.


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