Chapter 8

— Vous m'avez promis la vie sauve, dit le parfumeur.

— Et, de mon côté, je vous tiendrai parole.

— Mais, dit René, du côté de la reine mère?

— Oh! de ce côté, dit Charles, cela ne me regarde plus: si l'on vous attaque, défendez-vous.

— Sire, puis-je quitter la France quand je croirai ma vie menacée?

— Je vous répondrai à cela dans quinze jours.

— Mais en attendant…

Charles posa, en fronçant le sourcil, son doigt sur ses lèvres livides.

— Oh! soyez tranquille, Sire. Et, trop heureux d'en être quitte à si bon marché, le Florentin s'inclina et sortit. Derrière lui, la nourrice apparut à la porte de sa chambre.

— Qu'y a-t-il donc, mon Charlot? dit-elle.

— Nourrice, il y a que j'ai marché dans la rosée, et que cela m'a fait mal.

— En effet, tu es bien pâle, mon Charlot.

— C'est que je suis bien faible. Donne-moi le bras, nourrice, pour aller jusqu'à mon lit.

La nourrice s'avança vivement. Charles s'appuya sur elle et gagna sa chambre.

— Maintenant, dit Charles, je me mettrai au lit tout seul.

— Et si maître Ambroise Paré vient?

— Tu lui diras que je vais mieux et que je n'ai plus besoin de lui.

— Mais, en attendant, que prendras-tu?

— Oh! une médecine bien simple, dit Charles, des blancs d'oeufs battus dans du lait. À propos, nourrice, continua-t-il, ce pauvre Actéon est mort. Il faudra, demain matin, le faire enterrer dans un coin du jardin du Louvre. C'était un de mes meilleurs amis… Je lui ferai faire un tombeau… Si j'en ai le temps.

XXIIILe bois de Vincennes

Ainsi que l'ordre en avait été donné par Charles IX, Henri fut conduit le même soir au bois de Vincennes. C'est ainsi qu'on appelait à cette époque le fameux château dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un débris, fragment colossal qui suffit à donner une idée de sa grandeur passée.

Le voyage se fit en litière. Quatre gardes marchaient de chaque côté. M. de Nancey, porteur de l'ordre qui devait ouvrir à Henri les portes de la prison protectrice, marchait le premier.

À la poterne du donjon, on s'arrêta. M. de Nancey descendit de cheval, ouvrit la portière fermée à cadenas, et invita respectueusement le roi à descendre.

Henri obéit sans faire la moindre observation. Toute demeure lui semblait plus sûre que le Louvre, et dix portes se fermant sur lui se fermaient en même temps entre lui et Catherine de Médicis.

Le prisonnier royal traversa le pont-levis entre deux soldats, franchit les trois portes du bas du donjon et les trois portes du bas de l'escalier; puis, toujours précédé de M. de Nancey, il monta un étage. Arrivé là, le capitaine des gardes, voyant qu'il s'apprêtait encore à monter, lui dit:

— Monseigneur, arrêtez-vous là.

— Ah! ah! ah! dit Henri en s'arrêtant, il paraît qu'on me fait les honneurs du premier étage.

— Sire, répondit M. de Nancey, on vous traite en tête couronnée.

— Diable! diable! se dit Henri, deux ou trois étages de plus ne m'auraient aucunement humilié. Je serai trop bien ici: on se doutera de quelque chose.

— Votre Majesté veut-elle me suivre? dit M. de Nancey.

— Ventre-saint-gris! dit le roi de Navarre, vous savez bien, monsieur, qu'il ne s'agit point ici de ce que je veux ou de ce que je ne veux pas, mais de ce qu'ordonne mon frère Charles. Ordonne- t-il de vous suivre?

— Oui, Sire.

— En ce cas, je vous suis, monsieur. On s'engagea dans une espèce de corridor à l'extrémité duquel on se trouva dans une salle assez vaste, aux murs sombres et d'un aspect parfaitement lugubre.

Henri regarda autour de lui avec un regard qui n'était pas exempt d'inquiétude.

— Où sommes-nous? dit-il.

— Nous traversons la salle de la question, Monseigneur.

— Ah! ah! fit le roi. Et il regarda plus attentivement. Il y avait un peu de tout dans cette chambre: des brocs et des chevalets pour la question de l'eau, des coins et des maillets pour la question des brodequins; en outre, des sièges de pierre destinés aux malheureux qui attendaient la torture faisaient à peu près le tour de la salle, et au-dessus de ces sièges, à ces sièges eux-mêmes, au pied de ces sièges, étaient des anneaux de fer scellés dans le mur sans autre symétrie que celle de l'art tortionnaire. Mais leur proximité des sièges indiquait assez qu'ils étaient là pour attendre les membres de ceux qui seraient assis.

Henri continua son chemin sans dire une parole, mais ne perdant pas un détail de tout cet appareil hideux qui écrivait, pour ainsi dire, l'histoire de la douleur sur les murailles.

Cette attention à regarder autour de lui fit que Henri ne regarda point à ses pieds et trébucha.

— Eh! dit-il, qu'est-ce donc que cela?

Et il montrait une espèce de sillon creusé sur la dalle humide qui faisait le plancher.

— C'est la gouttière, Sire.

— Il pleut donc, ici?

— Oui, Sire, du sang.

— Ah! ah! dit Henri, fort bien. Est-ce que nous n'arriverons pas bientôt à ma chambre?

— Si fait, Monseigneur, nous y sommes, dit une ombre qui se dessinait dans l'obscurité et qui devenait, à mesure qu'on s'approchait d'elle, plus visible et plus palpable.

Henri, qui croyait avoir reconnu la voix, fit quelques pas et reconnut la figure.

— Tiens! c'est vous, Beaulieu, dit-il, et que diable faites-vous ici?

— Sire, je viens de recevoir ma nomination au gouvernement de la forteresse de Vincennes.

— Eh bien, mon cher ami, votre début vous fait honneur; un roi pour prisonnier, ce n'est point mal.

— Pardon, Sire, reprit Beaulieu, mais avant vous j'ai déjà reçu deux gentilshommes.

— Lesquels? Ah! pardon, je commets, peut-être une indiscrétion.Dans ce cas, prenons que je n'ai rien dit.

— Monseigneur, on ne m'a pas recommandé le secret. Ce sontMM. de La Mole et de Coconnas.

— Ah! c'est vrai, je les ai vu arrêter, ces pauvres gentilshommes; et comment supportent-ils ce malheur?

— D'une façon tout opposée, l'un est gai, l'autre est triste; l'un chante, l'autre gémit.

— Et lequel gémit?

— M. de La Mole, Sire.

— Ma foi, dit Henri, je comprends plutôt celui qui gémit que celui qui chante. D'après ce que j'en vois, la prison n'est pas une chose bien gaie. Et à quel étage sont-ils logés?

— Tout en haut, au quatrième. Henri poussa un soupir. C'est là qu'il eût voulu être.

— Allons, monsieur de Beaulieu, dit Henri, ayez la bonté de m'indiquer ma chambre, j'ai hâte de m'y voir, étant très fatigué de la journée que je viens de passer.

— Voici Monseigneur, dit Beaulieu, montrant à Henri une porte tout ouverte.

— Numéro 2, dit Henri; et pourquoi pas le numéro 1?

— Parce qu'il est retenu, Monseigneur.

— Ah! ah! il paraît alors que vous attendez un prisonnier de meilleure noblesse que moi?

— Je n'ai pas dit, Monseigneur, que ce fût un prisonnier.

— Et qui est-ce donc?

— Que Monseigneur n'insiste point, car je serais forcé de manquer, en gardant le silence, à l'obéissance que je lui dois.

— Ah! c'est autre chose, dit Henri. Et il devint plus pensif encore qu'il n'était; ce numéro 1 l'intriguait visiblement. Au reste, le gouverneur ne démentit pas sa politesse première. Avec mille précautions oratoires il installa Henri dans sa chambre, lui fit toutes ses excuses des commodités qui pouvaient lui manquer, plaça deux soldats à sa porte et sortit.

— Maintenant, dit le gouverneur s'adressant au guichetier, passons aux autres.

Le guichetier marcha devant. On reprit le même chemin qu'on venait de faire, on traversa la salle de la question, on franchit le corridor, on arriva à l'escalier; et toujours suivant son guide, M. de Beaulieu monta trois étages.

En arrivant au haut de ces trois étages, qui, y compris le premier, en faisaient quatre, le guichetier ouvrit successivement trois portes ornées chacune de deux serrures et de trois énormes verrous.

Il touchait à peine à la troisième porte que l'on entendit une voix joyeuse qui s'écriait:

— Eh! mordi! ouvrez donc quand ce ne serait que pour donner de l'air. Votre poêle est tellement chaud qu'on étouffe ici.

Et Coconnas, qu'à son juron favori le lecteur a déjà reconnu sans doute, ne fit qu'un bond de l'endroit où il était jusqu'à la porte.

— Un instant, mon gentilhomme, dit le guichetier, je ne viens pas pour vous faire sortir, je viens pour entrer et monsieur le gouverneur me suit.

— Monsieur le gouverneur! dit Coconnas, et que vient-il faire?

— Vous visiter.

— C'est beaucoup d'honneur qu'il me fait, répondit Coconnas; que monsieur le gouverneur soit le bienvenu.

M. de Beaulieu entra effectivement et comprima aussitôt le sourire cordial de Coconnas par une de ces politesses glaciales qui sont propres aux gouverneurs de forteresses, aux geôliers et aux bourreaux.

— Avez-vous de l'argent, monsieur? demanda-t-il au prisonnier.

— Moi, dit Coconnas, pas un écu!

— Des bijoux?

— J'ai une bague.

— Voulez-vous permettre que je vous fouille?

— Mordi! s'écria Coconnas rougissant de colère, bien vous prend d'être en prison et moi aussi.

— Il faut tout souffrir pour le service du roi.

— Mais, dit le Piémontais, les honnêtes gens qui dévalisent sur le Pont-Neuf sont donc, comme vous, au service du roi? Mordi! j'étais bien injuste, monsieur, car jusqu'à présent je les avais pris pour des voleurs.

— Monsieur, je vous salue, dit Beaulieu. Geôlier, enfermez monsieur.

Le gouverneur s'en alla emportant la bague de Coconnas, laquelle était une fort belle émeraude que madame de Nevers lui avait donnée pour lui rappeler la couleur de ses yeux.

— À l'autre, dit-il en sortant. On traversa une chambre vide, et le jeu des trois portes, des six serrures et des neuf verrous recommença. La dernière porte s'ouvrit, et un soupir fut le premier bruit qui frappa les visiteurs. La chambre était plus lugubre encore d'aspect que celle d'où M. de Beaulieu venait de sortir. Quatre meurtrières longues et étroites qui allaient en diminuant de l'intérieur à l'extérieur éclairaient faiblement ce triste séjour. De plus des barreaux de fer croisés avec assez d'art pour que la vue fût sans cesse arrêtée par une ligne opaque, empêchaient que par les meurtrières le prisonnier pût même voir le ciel. Des filets ogiviques partaient de chaque angle de la salle et allaient se réunir au milieu du plafond, où ils s'épanouissaient en rosace. La Mole était assis dans un coin, et malgré la visite et les visiteurs, il resta comme s'il n'eût rien entendu.

Le gouverneur s'arrêta sur le seuil et regarda un instant le prisonnier, qui demeurait immobile, la tête dans ses mains.

— Bonsoir, monsieur de la Mole, dit Beaulieu. Le jeune homme leva lentement la tête.

— Bonsoir, monsieur, dit-il.

— Monsieur, continua le gouverneur, je viens vous fouiller.

— C'est inutile, dit La Mole, je vais vous remettre tout ce que j'ai.

— Qu'avez-vous?

— Trois cents écus environ, ces bijoux, ces bagues.

— Donnez, monsieur, dit le gouverneur.

— Voici.

La Mole retourna ses poches, dégarnit ses doigts, et arracha l'agrafe de son chapeau.

— N'avez-vous rien de plus?

— Non pas que je sache.

— Et ce cordon de soie serré à votre cou, que porte-t-il? demanda le gouverneur.

— Monsieur, ce n'est pas un joyau, c'est une relique.

— Donnez.

— Comment! vous exigez?…

— J'ai ordre de ne vous laisser que vos vêtements, et une relique n'est point un vêtement.

La Mole fit un mouvement de colère, qui, au milieu du calme douloureux et digne qui le distinguait, parut plus effrayant encore à ces gens habitués aux rudes émotions.

Mais il se remit presque aussitôt.

— C'est bien, monsieur, dit-il, et vous allez voir ce que vous demandez.

Alors se détournant comme pour s'approcher de la lumière, il détacha la prétendue relique, laquelle n'était autre qu'un médaillon contenant un portrait qu'il tira du médaillon et qu'il porta à ses lèvres. Mais après l'avoir baisé à plusieurs reprises, il feignit de le laisser tomber; et appuyant violemment dessus le talon de sa botte, il l'écrasa en mille morceaux.

— Monsieur! … dit le gouverneur. Et il se baissa pour voir s'il ne pourrait pas sauver de la destruction l'objet inconnu que La Mole voulait lui dérober; mais la miniature était littéralement en poussière.

— Le roi voulait avoir ce joyau, dit La Mole, mais il n'avait aucun droit sur le portrait qu'il renfermait. Maintenant voici le médaillon, vous le pouvez prendre.

— Monsieur, dit Beaulieu, je me plaindrai au roi. Et sans prendre congé du prisonnier par une seule parole, il se retira si courroucé, qu'il laissa au guichetier le soin de fermer les portes sans présider à leur fermeture. Le geôlier fit quelques pas pour sortir, et voyant que M. de Beaulieu descendait déjà les premières marches de l'escalier:

— Ma foi! monsieur, dit-il en se retournant, bien m'en a pris de vous inviter à me donner tout de suite les cent écus moyennant lesquels je consens à vous laisser parler à votre compagnon; car si vous ne les aviez pas donnés, le gouvernement vous les eût pris avec les trois cents autres, et ma conscience ne me permettrait plus de rien faire pour vous; mais j'ai été payé d'avance, je vous ai promis que vous verriez votre camarade… venez… un honnête homme n'a que sa parole… Seulement si cela est possible, autant pour vous que pour moi, ne causez pas politique.

La Mole sortit de sa chambre et se trouva en face de Coconnas qui arpentait les dalles de la chambre du milieu. Les deux amis se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.

Le guichetier fit semblant de s'essuyer le coin de l'oeil et sortit pour veiller à ce qu'on ne surprit pas les prisonniers, ou plutôt à ce qu'on ne le surprît pas lui-même.

— Ah! te voilà, dit Coconnas; eh bien, cet affreux gouverneur t'a fait sa visite?

— Comme à toi, je présume.

— Et il t'a tout pris?

— Comme à toi aussi.

— Oh! moi, je n'avais pas grand-chose, une bague de Henriette, voilà tout.

— Et de l'argent comptant?

— J'avais donné tout ce que je possédais à ce brave homme de guichetier pour qu'il nous procurât cette entrevue.

— Ah! ah! dit La Mole, il paraît qu'il reçoit des deux mains.

— Tu l'as donc payé aussi, toi?

— Je lui ai donné cent écus.

— Tant mieux que notre guichetier soit un misérable!

— Sans doute, on en fera tout ce qu'on voudra avec de l'argent, et, il faut l'espérer, l'argent ne nous manquera point.

— Maintenant, comprends-tu ce qui nous arrive?

— Parfaitement… Nous avons été trahis.

— Par cet exécrable duc d'Alençon. J'avais bien raison de vouloir lui tordre le cou, moi.

— Et crois-tu que notre affaire est grave?

— J'en ai peur.

— Ainsi, il y a à craindre… la question.

— Je ne te cache pas que j'y ai déjà songé.

— Que diras-tu si on en vient là?

— Et toi?

— Moi, je garderai le silence, répondit La Mole avec une rougeur fébrile.

— Tu te tairas? s'écria Coconnas.

— Oui, si j'en ai la force.

— Eh bien, moi, dit Coconnas, si on me fait cette infamie, je te garantis que je dirai bien des choses.

— Mais quelles choses? demanda vivement La Mole.

— Oh! sois tranquille, de ces choses qui empêcheront pendant quelque temps M. d'Alençon de dormir.

La Mole allait répliquer, lorsque le geôlier, qui sans doute avait entendu quelque bruit, accourut, poussa chacun des deux amis dans sa chambre et referma la porte sur lui.

XXIVLa figure de cire

Depuis huit jours, Charles était cloué dans son lit par une fièvre de langueur entrecoupée par des accès violents qui ressemblaient à des attaques d'épilepsie. Pendant ces accès, il poussait parfois des hurlements qu'écoutaient avec effroi les gardes qui veillaient dans son antichambre, et que répétaient dans leurs profondeurs les échos du vieux Louvre, éveillés depuis quelque temps par tant de bruits sinistres. Puis, ces accès passés, écrasé de fatigue, l'oeil éteint, il se laissait aller aux bras de sa nourrice avec des silences qui tenaient à la fois du mépris et de la terreur.

Dire ce que, chacun de son côté, sans se communiquer leurs sensations, car la mère et son fils se fuyaient plutôt qu'ils ne se cherchaient; dire ce que Catherine de Médicis et le duc d'Alençon remuaient de pensées sinistres au fond de leur coeur, ce serait vouloir peindre ce fourmillement hideux qu'on voit grouiller au fond d'un nid de vipères.

Henri avait été enfermé dans sa chambre; et, sur sa propre recommandation à Charles, personne n'avait obtenu la permission de le voir, pas même Marguerite. C'était aux yeux de tous une disgrâce complète. Catherine et d'Alençon respiraient, le croyant perdu, et Henri buvait et mangeait plus tranquillement, s'espérant oublié.

À la cour nul ne soupçonnait la cause de la maladie du roi. Maître Ambroise Paré et Mazille, son collègue, avaient reconnu une inflammation d'estomac, se trompant de la cause au résultat, voilà tout. Ils avaient, en conséquence, prescrit un régime adoucissant qui ne pouvait qu'aider au breuvage particulier indiqué par René, que Charles recevait trois fois par jour de la main de sa nourrice, et qui faisait sa principale nourriture.

La Mole et Coconnas étaient à Vincennes, au secret le plus rigoureux. Marguerite et madame de Nevers avaient fait dix tentatives pour arriver jusqu'à eux, ou tout au moins pour leur faire passer un billet, et n'y étaient point parvenues.

Un matin, au milieu des éternelles alternatives de bien et de mal qu'il éprouvait, Charles se sentit un peu mieux, et voulut qu'on laissât entrer toute la cour qui, comme d'habitude, quoique le lever n'eût plus lieu, se présentait tous les matins. Les portes furent donc ouvertes, et l'on put reconnaître, à la pâleur de ses joues, au jaunissement de son front d'ivoire, à la flamme fébrile qui jaillissait de ses yeux caves et entourés d'un cercle de bistre, quels effroyables ravages avait faits sur le jeune monarque la maladie inconnue dont il était atteint.

La chambre royale fut bientôt pleine de courtisans curieux et intéressés.

Catherine, d'Alençon et Marguerite furent avertis que le roi recevait. Tous trois entrèrent à peu d'intervalle l'un de l'autre, Catherine calme, d'Alençon souriant, Marguerite abattue.

Catherine s'assit au chevet du lit de son fils, sans remarquer le regard avec lequel celui-ci l'avait vue s'approcher.

M. d'Alençon se plaça au pied, et se tint debout. Marguerite s'appuya à un meuble, et, voyant le front pâle, le visage amaigri et l'oeil enfoncé de son frère, elle ne put retenir un soupir et une larme. Charles, auquel rien n'échappait, vit cette larme, entendit ce soupir, et de la tête fit un signe imperceptible à Marguerite. Ce signe, si imperceptible qu'il fût, éclaira le visage de la pauvre reine de Navarre, à qui Henri n'avait eu le temps de rien dire, ou peut-être même n'avait voulu rien dire. Elle craignait pour son mari, elle tremblait pour son amant.

Pour elle-même elle ne redoutait rien, elle connaissait trop bienLa Mole, et savait qu'elle pouvait compter sur lui.

— Eh bien, mon cher fils, dit Catherine, comment vous trouvez- vous?

— Mieux, ma mère, mieux.

— Et que disent vos médecins?

— Mes médecins? ah! ce sont de grands docteurs, ma mère, dit Charles en éclatant de rire, et j'ai un suprême plaisir, je l'avoue, à les entendre discuter sur ma maladie. Nourrice, donne- moi à boire.

La nourrice apporta à Charles une tasse de sa potion ordinaire.

— Et que vous font-ils prendre, mon fils?

— Oh! madame, qui connaît quelque chose à leurs préparations? répondit le roi en avalant vivement le breuvage.

— Ce qu'il faudrait à mon frère, dit François, ce serait de pouvoir se lever et prendre le beau soleil; la chasse, qu'il aime tant, lui ferait grand bien.

— Oui, dit Charles, avec un sourire dont il fut impossible au duc de deviner l'expression, cependant la dernière m'a fait grand mal.

Charles avait dit ces mots d'une façon si étrange que la conversation, à laquelle les assistants ne s'étaient pas un instant mêlés, en resta là. Puis il fit un signe de tête. Les courtisans comprirent que la réception était achevée, et se retirèrent les uns après les autres.

D'Alençon fit un mouvement pour s'approcher de son frère, mais un sentiment intérieur l'arrêta. Il salua, et sortit. Marguerite se jeta sur la main décharnée que son frère lui tendait, la serra et la baisa, et sortit à son tour.

— Bonne Margot, murmura Charles. Catherine seule resta, conservant sa place au chevet du lit. Charles, en se trouvant en tête-à-tête avec elle, se recula vers la ruelle avec le même sentiment de terreur qui fait qu'on recule devant un serpent. C'est que Charles, instruit par les aveux de René, puis peut-être mieux encore par le silence et la méditation, n'avait plus même le bonheur de douter.

Il savait parfaitement à qui et à quoi attribuer sa mort.

Aussi, lorsque Catherine se rapprocha du lit et allongea vers son fils une main froide comme son regard, celui-ci frissonna et eut peur.

— Vous demeurez, madame? lui dit-il.

— Oui, mon fils, répondit Catherine, j'ai à vous entretenir de choses importantes.

— Parlez, madame, dit Charles en se reculant encore.

— Sire, dit la reine, je vous ai entendu affirmer tout à l'heure que vos médecins étaient de grands docteurs…

— Et je l'affirme encore, madame.

— Cependant qu'ont-ils fait depuis que vous êtes malade?

— Rien, c'est vrai… mais si vous aviez entendu ce qu'ils ont dit… en vérité, madame, on voudrait être malade rien que pour entendre de si savantes dissertations.

— Eh bien, moi, mon fils, voulez-vous que je vous dise une chose?

— Comment donc? dites, ma mère.

— Eh bien, je soupçonne que tous ces grands docteurs ne connaissent rien à votre maladie!

— Vraiment, madame!

— Qu'ils voient peut-être un résultat, mais que la cause leur échappe.

— C'est possible, dit Charles ne comprenant pas où sa mère en voulait venir.

— De sorte qu'ils traitent le symptôme au lieu de traiter le mal.

— Sur mon âme! reprit Charles étonné, je crois que vous avez raison, ma mère.

— Eh bien, moi, mon fils, dit Catherine, comme il ne convient ni à mon coeur ni au bien de l'État que vous soyez malade si longtemps, attendu que le moral pourrait finir par s'affecter chez vous, j'ai rassemblé les plus savants docteurs.

— En art médical, madame?

— Non, dans un art plus profond, dans l'art qui permet non seulement de lire dans les corps, mais encore dans les coeurs.

— Ah! le bel art, madame, fit Charles, et qu'on a raison de ne pas l'enseigner aux rois! Et vos recherches ont eu un résultat? continua-t-il.

— Oui.

— Lequel?

— Celui que j'espérais; et j'apporte à Votre Majesté le remède qui doit guérir son corps et son esprit.

Charles frissonna. Il crut que sa mère, trouvant qu'il vivait trop longtemps encore, avait résolu d'achever sciemment ce qu'elle avait commencé sans le savoir.

— Et où est-il, ce remède? dit Charles en se soulevant sur un coude et en regardant sa mère.

— Il est dans le mal même, répondit Catherine.

— Alors où est le mal?

— Écoutez-moi, mon fils, dit Catherine. Avez-vous entendu dire parfois qu'il est des ennemis secrets dont la vengeance à distance assassine la victime?

— Par le fer ou par le poison? demanda Charles sans perdre un instant de vue la physionomie impassible de sa mère.

— Non, par des moyens bien autrement sûrs, bien autrement terribles, dit Catherine.

— Expliquez-vous.

— Mon fils, demanda la Florentine, avez-vous foi aux pratiques de la cabale et de la magie? Charles comprima un sourire de mépris et d'incrédulité.

— Beaucoup, dit-il.

— Eh bien, dit vivement Catherine, de là viennent vos souffrances. Un ennemi de Votre Majesté, qui n'eût point osé vous attaquer en face, a conspiré dans l'ombre. Il a dirigé contre la personne de Votre Majesté une conspiration d'autant plus terrible qu'il n'avait pas de complices, et que les fils mystérieux de cette conspiration étaient insaisissables.

— Ma foi, non! dit Charles révolté par tant d'astuce.

— Cherchez bien, mon fils, dit Catherine, rappelez-vous certains projets d'évasion qui devaient assurer l'impunité au meurtrier.

— Au meurtrier! s'écria Charles, au meurtrier, dites-vous? on a donc essayé de me tuer, ma mère?

L'oeil chatoyant de Catherine roula hypocritement sous sa paupière plissée.

— Oui, mon fils: vous en doutez peut-être, vous; mais moi, j'en ai acquis la certitude.

— Je ne doute jamais de ce que vous me dites, répondit amèrement le roi. Et comment a-t-on essayé de me tuer? Je suis curieux de le savoir.

— Par la magie, mon fils.

— Expliquez-vous, madame, dit Charles ramené par le dégoût à son rôle d'observateur.

— Si ce conspirateur que je veux désigner… et que Votre Majesté a déjà désigné du fond du coeur… ayant tout disposé pour ses batteries, étant sûr du succès, eût réussi à s'esquiver, nul peut- être n'eût pénétré la cause des souffrances de Votre Majesté; mais heureusement, Sire, votre frère veillait sur vous.

— Quel frère?

— Votre frère d'Alençon.

— Ah! oui, c'est vrai; j'oublie toujours que j'ai un frère, murmura Charles en riant avec amertume. Et vous dites donc, madame…

— Qu'il a heureusement révélé le côté matériel de la conspiration à Votre Majesté. Mais tandis qu'il ne cherchait, lui, enfant inexpérimenté, que les traces d'un complot ordinaire, que les preuves d'une escapade de jeune homme, je cherchais, moi, des preuves d'une action bien plus importante; car je connais la portée de l'esprit du coupable.

— Ah ça! mais, ma mère, on dirait que vous parlez du roi de Navarre? dit Charles voulant voir jusqu'où irait cette dissimulation florentine.

Catherine baissa hypocritement les yeux.

— Je l'ai fait arrêter, ce me semble, et conduire à Vincennes pour l'escapade en question, continua le roi; serait-il donc encore plus coupable que je ne le soupçonne?

— Sentez-vous la fièvre qui vous dévore? demanda Catherine.

— Oui, certes, madame, dit Charles en fronçant le sourcil.

— Sentez-vous la chaleur brûlante qui ronge votre coeur et vos entrailles?

— Oui, madame, répondit Charles en s'assombrissant de plus en plus.

— Et les douleurs aiguës de tête qui passent par vos yeux pour arriver à votre cerveau, comme autant de coups de flèches?

— Oui, oui, madame; oh! je sens bien tout cela! oh! vous savez bien décrire mon mal!

— Eh bien, cela est tout simple, dit la Florentine; regardez… Et elle tira de dessous son manteau un objet qu'elle présenta au roi.

C'était une figurine de cire jaunâtre, haute de six pouces à peu près. Cette figure était vêtue d'abord d'une robe étoilée d'or, en cire, comme la figurine; puis d'un manteau royal de même matière.

— Eh bien, demanda Charles, qu'est-ce que cette petite statue?

— Voyez ce qu'elle a sur la tête, dit Catherine.

— Une couronne, répondit Charles.

— Et au coeur?

— Une aiguille.

— Eh bien, Sire, vous reconnaissez-vous?

— Moi?

— Oui, vous, avec votre couronne, avec votre manteau?

— Et qui donc a fait cette figure? dit Charles que cette comédie fatiguait; le roi de Navarre, sans doute?

— Non pas, Sire.

— Non pas! … alors je ne vous comprends plus.

— Je dis _non, _reprit Catherine, parce que Votre Majesté pourrait tenir au fait exact. J'aurais dit _oui _si Votre Majesté m'eût posé la question d'une autre façon.

Charles ne répondit pas. Il essayait de pénétrer toutes les pensées de cette âme ténébreuse, qui se refermait sans cesse devant lui au moment où il se croyait tout prêt à y lire.

— Sire, continua Catherine, cette statue a été trouvée, par les soins de votre procureur général Laguesle, au logis de l'homme qui, le jour de la chasse au vol, tenait un cheval de main tout prêt pour le roi de Navarre.

— Chez M. de La Mole? dit Charles.

— Chez lui-même; et, s'il vous plaît, regardez encore cette aiguille d'acier qui perce le coeur, et voyez quelle lettre est écrite sur l'étiquette qu'elle porte.

— Je vois un M, dit Charles.

— C'est-à-dire mort; c'est la formule magique, Sire. L'inventeur écrit ainsi son voeu sur la plaie même qu'il creuse. S'il eût voulu frapper de folie, comme le duc de Bretagne fit pour le roi Charles VI, il eût enfoncé l'épingle dans la tête et il eût mis un F au lieu d'un M.

— Ainsi, dit Charles IX, à votre avis, madame, celui qui en veut à mes jours, c'est M. de La Mole?

— Oui, comme le poignard en veut au coeur; oui, mais derrière le poignard, il y a le bras qui le pousse.

— Et voilà toute la cause du mal dont je suis atteint? le jour où le charme sera détruit, le mal cessera? Mais comment s'y prendre? demanda Charles; vous le savez, vous, ma bonne mère; mais moi, tout au contraire de vous, qui vous en êtes occupée toute votre vie, je suis fort ignorant en cabale et en magie.

— La mort de l'inventeur rompt le charme, voilà tout. Le jour où le charme sera détruit, le mal cessera, dit Catherine.

— Vraiment! dit Charles d'un air étonné.

— Comment! vous ne savez pas cela?

— Dame! je ne suis pas sorcier, dit le roi.

— Eh bien, maintenant, dit Catherine, Votre Majesté est convaincue, n'est ce pas?

— Certainement.

— La conviction va chasser l'inquiétude?

— Complètement.

— Ce n'est point par complaisance que vous le dites?

— Non, ma mère; c'est du fond de mon coeur. Le visage deCatherine se dérida.

— Dieu soit loué! s'écria-t-elle, comme si elle eût cru en Dieu.

— Oui, Dieu soit loué! reprit ironiquement Charles. Je sais maintenant comme vous à qui attribuer l'état où je me trouve, et par conséquent qui punir.

— Et nous punirons…

— M. de La Mole: n'avez-vous pas dit qu'il était le coupable?

— J'ai dit qu'il était l'instrument.

— Eh bien, dit Charles, M. de La Mole d'abord; c'est le plus important. Toutes ces crises dont je suis atteint peuvent faire naître autour de nous de dangereux soupçons. Il est urgent que la lumière se fasse, et qu'à l'éclat que jettera cette lumière la vérité se découvre.

— Ainsi, M. de La Mole…?

— Me va admirablement comme coupable: je l'accepte donc.Commençons par lui d'abord; et s'il a un complice, il parlera.

— Oui, murmura Catherine; s'il ne parle pas, on le fera parler. Nous avons des moyens infaillibles pour cela. Puis tout haut en se levant:

— Vous permettez donc, Sire, que l'instruction commence?

— Je le désire, madame, répondit Charles, et… le plus tôt sera le mieux.

Catherine serra la main de son fils sans comprendre le tressaillement nerveux qui agita cette main en serrant la sienne, et sortit sans entendre le rire sardonique du roi et la sourde et terrible imprécation qui suivit ce rire.

Le roi se demandait s'il n'y avait pas danger à laisser aller ainsi cette femme qui, en quelques heures, ferait peut-être tant de besogne qu'il n'y aurait plus moyen d'y remédier.

En ce moment, comme il regardait la portière retombant derrière Catherine, il entendit un léger froissement derrière lui, et se retournant il aperçut Marguerite qui soulevait la tapisserie retombant devant le corridor qui conduisait chez sa nourrice.

Marguerite dont la pâleur, les yeux hagards et la poitrine oppressée décelaient la plus violente émotion:

— Oh! Sire, Sire! s'écria Marguerite en se précipitant vers le lit de son frère, vous savez bien qu'elle ment!

— Qui,elle?demanda Charles.

— Écoutez, Charles: certes, c'est terrible d'accuser sa mère; mais je me suis doutée qu'elle resterait près de vous pour les poursuivre encore. Mais, sur ma vie, sur la vôtre, sur notre âme à tous les deux, je vous dis qu'elle ment!

— Les poursuivre! … qui poursuit-elle?…

Tous les deux parlaient bas par instinct: on eût dit qu'ils avaient peur de s'entendre eux-mêmes.

— Henri d'abord, votre Henriot, qui vous aime, qui vous est dévoué plus que personne au monde.

— Tu le crois, Margot? dit Charles.

— Oh! Sire, j'en suis sûre.

— Eh bien, moi aussi, dit Charles.

— Alors, si vous en êtes sûr, mon frère, dit Marguerite étonnée, pourquoi l'avez-vous fait arrêter et conduire à Vincennes?

— Parce qu'il me l'a demandé lui-même.

— Il vous l'a demandé, Sire?…

— Oui, il a de singulières idées, Henriot. Peut-être se trompe-t- il, peut-être a-t-il raison; mais enfin, une de ses idées, c'est qu'il est plus en sûreté dans ma disgrâce que dans ma faveur, loin de moi que près de moi, à Vincennes qu'au Louvre.

— Ah! je comprends, dit Marguerite, et il est en sûreté alors?

— Dame! aussi en sûreté que peut l'être un homme dont Beaulieu me répond sur sa tête.

— Oh! merci, mon frère, voilà pour Henri. Mais…

— Mais quoi? demanda Charles.

— Mais il y a une autre personne, Sire, à laquelle j'ai tort de m'intéresser peut-être, mais à laquelle je m'intéresse enfin.

— Et quelle est cette personne?

— Sire, épargnez-moi… j'oserais à peine le nommer à mon frère, et n'ose le nommer à mon roi.

— M. de La Mole, n'est-ce pas? dit Charles.

— Hélas! dit Marguerite, vous avez voulu le tuer une fois, Sire, et il n'a échappé que par miracle à votre vengeance royale.

— Et cela, Marguerite, quand il était coupable d'un seul crime; mais maintenant qu'il en a commis deux…

— Sire, il n'est pas coupable du second.

— Mais, dit Charles, n'as-tu pas entendu ce qu'a dit notre bonne mère, pauvre Margot?

— Oh! je vous ai déjà dit, Charles, reprit Marguerite en baissant la voix, je vous ai déjà dit qu'elle mentait.

— Vous ne savez peut-être pas qu'il existe une figure de cire qui a été saisie chez M. de La Mole?

— Si fait, mon frère, je le sais.

— Que cette figure est percée au coeur par une aiguille, et que l'aiguille qui la blesse ainsi porte une petite bannière avec un M?

— Je le sais encore.

— Que cette figure a un manteau royal sur les épaules et une couronne royale sur la tête?

— Je sais tout cela.

— Eh bien, qu'avez-vous à dire?

— J'ai à dire que cette petite figure qui porte un manteau royal sur les épaules et une couronne royale sur la tête est la représentation d'une femme et non d'un homme.

— Bah! dit Charles; et cette aiguille qui lui perce le coeur?

— C'était un charme pour se faire aimer de cette femme et non un maléfice pour faire mourir un homme.

— Mais cette lettre M?

— Elle ne veut pas dire: MORT, comme l'a dit la reine mère.

— Que veut-elle donc dire, alors? demanda Charles.

— Elle veut dire… elle veut dire le nom de la femme queM. de La Mole aimait.

— Et cette femme se nomme?

— Cette femme se nomme Marguerite, mon frère, dit la reine de Navarre en tombant à genoux devant le lit du roi, en prenant sa main dans les deux siennes, et en appuyant son visage baigné de larmes sur cette main.

— Ma soeur, silence! dit Charles en promenant autour de lui un regard étincelant sous un sourcil froncé; car, de même que vous avez entendu, vous, on pourrait vous entendre à votre tour.

— Oh! que m'importe! dit Marguerite en relevant la tête et que le monde entier n'est-il là pour m'écouter! devant le monde entier, je déclarerais qu'il est infâme d'abuser de l'amour d'un gentilhomme pour souiller sa réputation d'un soupçon d'assassinat.

— Margot, si je te disais que je sais aussi bien que toi ce qui est et ce qui n'est pas?

— Mon frère!

— Si je te disais que M. de La Mole est innocent?

— Vous le savez?

— Si je te disais que je connais le vrai coupable?

— Le vrai coupable! s'écria Marguerite; mais il y a donc eu un crime commis?

— Oui. Volontaire ou involontaire, il y a eu un crime commis.

— Sur vous?

— Sur moi.

— Impossible!

— Impossible?… Regarde-moi, Margot.

La jeune femme regarda son frère et frissonna en le voyant si pâle.

— Margot, je n'ai pas trois mois à vivre, dit Charles.

— Vous, mon frère! Toi, mon Charles! s'écria-t-elle.

— Margot, je suis empoisonné. Marguerite jeta un cri.

— Tais-toi donc, dit Charles; il faut qu'on croie que je meurs par magie.

— Et vous connaissez le coupable?

— Je le connais.

— Vous avez dit que ce n'est pas La Mole?

— Non, ce n'est pas lui.

— Ce n'est pas Henri non plus, certainement… Grand Dieu! serait-ce…?

— Qui?

— Mon frère… d'Alençon?… murmura Marguerite.

— Peut-être.

— Ou bien, ou bien… (Marguerite baissa la voix comme épouvantée elle même de ce qu'elle allait dire.) ou bien… notre mère?

Charles se tut. Marguerite le regarda, lut dans son regard tout ce qu'elle y cherchait, et tomba toujours à genoux et demi-renversée sur un fauteuil.

— Oh! mon Dieu! mon Dieu! murmura-t-elle, c'est impossible!

— Impossible! dit Charles avec un rire strident; il est fâcheux que René ne soit pas ici, il te raconterait mon histoire.

— Lui, René?

— Oui. Il te raconterait, par exemple, qu'une femme à laquelle il n'ose rien refuser a été lui demander un livre de chasse enfoui dans sa bibliothèque; qu'un poison subtil a été versé sur chaque page de ce livre; que le poison, destiné à quelqu'un, je ne sais à qui, est tombé par un caprice du hasard, ou par un châtiment du ciel, sur une autre personne que celle à qui il était destiné. Mais en l'absence de René, si tu veux voir le livre, il est là, dans mon cabinet, et, écrit de la main du Florentin, tu verras que ce livre, qui contient dans ses feuilles la mort de vingt personnes encore, a été donné de sa main à sa compatriote.

— Silence, Charles, à ton tour, silence! dit Marguerite.

— Tu vois bien maintenant qu'il faut qu'on croie que je meurs par magie.

— Mais c'est inique, mais c'est affreux! grâce! grâce! vous savez bien qu'il est innocent.

— Oui, je le sais, mais il faut qu'on le croie coupable. Souffre donc la mort de ton amant; c'est peu pour sauver l'honneur de la maison de France. Je souffre bien la mort pour que le secret meure avec moi.

Marguerite courba la tête, comprenant qu'il n'y avait rien à faire pour sauver La Mole du côté du roi, et se retira toute pleurante et n'ayant plus d'espoir qu'en ses propres ressources.

Pendant ce temps, comme l'avait prévu Charles, Catherine ne perdait pas une minute, et elle écrivait au procureur général Laguesle une lettre dont l'histoire a conservé jusqu'au dernier mot, et qui jette sur toute cette affaire de sanglantes lueurs:

«Monsieur le procureur, ce soir on me dit pour certain que La Mole a fait le sacrilège. En son logis à Paris, on a trouvé beaucoup de méchantes choses, comme des livres et des papiers. Je vous prie d'appeler le premier président et d'instruire au plus vite l'affaire de la figure de cire à laquelle ils ont donné un coup au coeur, et ce, contre le roi[6].

XXVLes boucliers invisibles

Le lendemain du jour où Catherine avait écrit la lettre qu'on vient de lire, le gouverneur entra chez Coconnas avec un appareil des plus imposants: il se composait de deux hallebardiers et de quatre robes noires.

Coconnas était invité à descendre dans une salle où le procureur Laguesle et deux juges l'attendaient pour l'interroger selon les instructions de Catherine.

Pendant les huit jours qu'il avait passés en prison, Coconnas avait beaucoup réfléchi; sans compter que chaque jour La Mole et lui, réunis un instant pour les soins de leur geôlier qui, sans leur rien dire, leur avait fait cette surprise que selon toute probabilité ils ne devaient pas à sa seule philanthropie; sans compter, disons-nous, que La Mole et lui s'étaient recordés sur la conduite qu'ils avaient à tenir et qui était une négation absolue, il était donc persuadé qu'avec un peu d'adresse son affaire prendrait la meilleure tournure, les charges n'étaient pas plus fortes pour eux que pour les autres. Henri et Marguerite n'avaient fait aucune tentative de fuite, ils ne pouvaient donc être compromis dans une affaire où les principaux coupables étaient libres. Coconnas ignorait que Henri habitât le même château que lui, et la complaisance de son geôlier lui apprenait qu'au-dessus de sa tête planaient des protections qu'il appelait ses_ boucliers invisibles_.

Jusque-là, les interrogatoires avaient porté sur les desseins du roi de Navarre, sur les projets de fuite et sur la part que les deux amis devaient prendre à cette fuite. À tous ces interrogatoires, Coconnas avait constamment répondu d'une façon plus que vague et beaucoup plus qu'adroite; il s'apprêtait encore à répondre de la même façon, et d'avance il avait préparé toutes ses petites reparties, lorsqu'il s'aperçut tout à coup que l'interrogatoire avait changé d'objet.

Il s'agissait d'une ou de plusieurs visites faites à René, d'une ou de plusieurs figures de cire faites à l'instigation de La Mole.

Coconnas, tout préparé qu'il était, crut remarquer que l'accusation perdait beaucoup de son intensité, puisqu'il ne s'agissait plus, au lieu d'avoir trahi un roi, que d'avoir fait une statue de reine; encore cette statue était-elle haute de huit à dix pouces tout au plus.

Il répondit donc fort gaiement que ni lui ni son ami ne jouaient plus depuis longtemps à la poupée, et remarqua avec plaisir que plusieurs fois ses réponses avaient eu le privilège de faire sourire ses juges.

On n'avait pas encore dit en vers: _j'ai ri, me voilà désarmé; _mais cela s'était déjà beaucoup dit en prose. Et Coconnas crut avoir à moitié désarmé ses juges parce qu'ils avaient souri.

Son interrogatoire terminé, il remonta donc dans sa chambre si chantant, si bruyant, que La Mole, pour qui il faisait tout ce tapage, dut en tirer les plus heureuses conséquences.

On le fit descendre à son tour. La Mole, comme Coconnas, vit avec étonnement l'accusation abandonner sa première voie et entrer dans une voie nouvelle. On l'interrogea sur ses visites à René. Il répondit qu'il avait été chez le Florentin une fois seulement. On lui demanda si cette fois il ne lui avait pas commandé une figure de cire. Il répondit que René lui avait montré cette figure toute faite. On lui demanda si cette figure ne représentait pas un homme. Il répondit qu'elle représentait une femme. On lui demanda si le charme n'avait point pour but de faire mourir cet homme. Il répondit que le but de ce charme était de se faire aimer de cette femme.

Ces questions furent faites, tournées et retournées de cent façons différentes; mais à toutes ces questions, sous quelque face qu'elles lui fussent présentées, La Mole fit constamment les mêmes réponses.

Les juges se regardèrent avec une sorte d'indécision, ne sachant que trop dire ni que faire devant une pareille simplicité, lorsqu'un billet apporté au procureur général trancha la difficulté.

Il était conçu en ces termes:

«Si l'accusé nie, recourez à la question.» C.»

Le procureur mit le billet dans sa poche, sourit à La Mole, et le congédia poliment. La Mole rentra dans son cachot presque aussi rassuré sinon presque aussi joyeux que Coconnas.

— Je crois que tout va bien, dit-il.

Une heure après il entendit des pas et vit un billet qui se glissait sous la porte, sans voir quelle main lui donnait le mouvement. Il le prit, tout en pensant que la dépêche venait, selon toute probabilité, du guichetier.

En voyant ce billet, un espoir presque aussi douloureux qu'une déception lui était venu au coeur; il espérait que ce billet était de Marguerite, dont il n'avait eu aucune nouvelle depuis qu'il était prisonnier. Il s'en saisit tout tremblant. L'écriture faillit le faire mourir de joie.

«Courage, disait le billet, je veille.»

— Ah! si elle veille, s'écria La Mole en couvrant de baisers ce papier qu'avait touché une main si chère, si elle veille, je suis sauvé! …

Il faut, pour que La Mole comprenne ce billet et pour qu'il ait foi avec Coconnas dans ce que le Piémontais appelait sesboucliers invisibles, que nous ramenions le lecteur à cette petite maison, à cette chambre où tant de scènes d'un bonheur enivrant, où tant de parfums, à peine évaporés, où tant de doux souvenirs, devenus depuis des angoisses, brisaient le coeur d'une femme à demi renversée sur des coussins de velours.

— Être reine, être forte, être jeune, être riche, être belle, et souffrir ce que je souffre! s'écriait cette femme; oh! c'est impossible!

Puis, dans son agitation, elle se levait, marchait, s'arrêtait tout à coup, appuyait son front brûlant contre quelque marbre glacé, se relevait pâle et le visage couvert de larmes, se tordait les bras avec des cris, et retombait brisée sur quelque fauteuil.

Tout à coup la tapisserie qui séparait l'appartement de la rue Cloche-Percée de l'appartement de la rue Tizon se souleva; un frémissement soyeux effleura la boiserie, et la duchesse de Nevers apparut.

— Oh! s'écria Marguerite, c'est toi! Avec quelle impatience je t'attendais! Eh bien, quelles nouvelles?

— Mauvaises, mauvaises, ma pauvre amie. Catherine pousse elle- même l'instruction, et en ce moment encore elle est à Vincennes.

— Et René?

— Il est arrêté.

— Avant que tu aies pu lui parler?

— Oui.

— Et nos prisonniers?

— J'ai de leurs nouvelles.

— Par le guichetier?

— Toujours.

— Eh bien?

— Eh bien, ils communiquent chaque jour ensemble. Avant-hier on les a fouillés. La Mole a brisé ton portrait plutôt que de le livrer.

— Ce cher La Mole!

— Annibal a ri au nez des inquisiteurs.

— Bon Annibal! Mais après?

— On les a interrogés ce matin sur la fuite du roi, sur ses projets de rébellion en Navarre, et ils n'ont rien dit.

— Oh! je savais bien qu'ils garderaient le silence; mais ce silence les tue aussi bien que s'ils parlaient.

— Oui, mais nous les sauvons, nous.

— Tu as donc pensé à notre entreprise?

— Je ne me suis occupée que de cela depuis hier.

— Eh bien?

— Je viens de conclure avec Beaulieu. Ah! ma chère reine, quel homme difficile et cupide! Cela coûtera la vie d'un homme et trois cent mille écus.

— Tu dis qu'il est difficile et cupide… et cependant il ne demande que la vie d'un homme et trois cent mille écus… Mais c'est pour rien!

— Pour rien… trois cent mille écus! … Mais tous tes joyaux et tous les miens n'y suffiraient pas.

— Oh! qu'à cela ne tienne. Le roi de Navarre paiera, le duc d'Alençon paiera, mon frère Charles paiera, ou sinon…

— Allons! tu raisonnes comme une folle. Je les ai, les trois cent mille écus.

— Toi?

— Oui, moi.

— Et comment te les es-tu procurés?

— Ah! voilà!

— C'est un secret?

— Pour tout le monde, excepté pour toi.

— Oh! mon Dieu! dit Marguerite souriant au milieu de ses larmes, les aurais-tu volés?

— Tu en jugeras.

— Voyons.

— Tu te rappelles cet horrible Nantouillet?

— Le richard, l'usurier?

— Si tu veux.

— Eh bien?

— Eh bien! tant il y a qu'un jour en voyant passer certaine femme blonde, aux yeux verts, coiffée de trois rubis posés l'un au front, les deux autres aux tempes, coiffure qui lui va si bien, et ignorant que cette femme était une duchesse, ce richard, cet usurier s'écria: «Pour trois baisers à la place de ces trois rubis, je ferais naître trois diamants de cent mille écus chacun!»

— Eh bien, Henriette?

— Eh bien, ma chère, les diamants sont éclos et vendus.

— Oh! Henriette! Henriette! murmura Marguerite.

— Tiens! s'écria la duchesse avec un accent d'impudeur naïf et sublime à la fois, qui résume et le siècle et la femme, tiens! j'aime Annibal, moi!

— C'est vrai, dit Marguerite en souriant et en rougissant tout à la fois, tu l'aimes beaucoup, tu l'aimes trop même. Et cependant elle lui serra la main.

— Donc, continua Henriette, grâce à nos trois diamants les trois cent mille écus et l'homme sont prêts.

— L'homme? quel homme?

— L'homme à tuer: tu oublies qu'il faut tuer un homme.

— Et tu as trouvé l'homme qu'il te fallait?

— Parfaitement.

— Au même prix? demanda en souriant Marguerite.

— Au même prix! j'en eusse trouvé mille, répondit Henriette. Non, non; moyennant cinq cents écus, tout bonnement.

— Pour cinq cents écus tu as trouvé un homme qui a consenti à se faire tuer?

— Que veux-tu! il faut bien vivre.

— Ma chère amie, je ne te comprends plus. Voyons, parle clairement; les énigmes prennent trop de temps à deviner dans la situation où nous nous trouvons.

— Eh bien, écoute: le geôlier auquel est confiée la garde de La Mole et de Coconnas est un ancien soldat qui sait ce que c'est qu'une blessure; il veut bien aider à sauver nos amis, mais il ne veut pas perdre sa place. Un coup de poignard adroitement placé fera l'affaire; nous lui donnerons une récompense, et l'État un dédommagement. De cette façon, le brave homme recevra des deux mains, et aura renouvelé la fable du pélican.

— Mais, dit Marguerite, un coup de poignard…

— Sois tranquille, c'est Annibal qui le donnera.

— Au fait, dit en riant Marguerite, il a donné trois coups tant d'épée que de poignard à La Mole, et La Mole n'en est pas mort; il y a donc tout lieu d'espérer.

— Méchante! tu mériterais que j'en restasse là.

— Oh! non, non, au contraire; dis-moi le reste, je t'en supplie.Comment les sauverons-nous, voyons?

— Eh bien, voici l'affaire: la chapelle est le seul lieu du château où puissent pénétrer les femmes qui ne sont point prisonnières. On nous fait cacher derrière l'autel: sous la nappe de l'autel, ils trouvent deux poignards. La porte de la sacristie est ouverte d'avance; Coconnas frappe son geôlier qui tombe et fait semblant d'être mort; nous apparaissons, nous jetons chacune un manteau sur les épaules de nos amis; nous fuyons avec eux par la petite porte de la sacristie, et comme nous avons le mot d'ordre, nous sortons sans empêchement.

— Et une fois sortis?

— Deux chevaux les attendent à la porte; ils sautent dessus, quittent l'Île-de-France et gagnent la Lorraine, d'où de temps en temps ils reviennent incognito.

— Oh! tu me rends la vie, dit Marguerite. Ainsi nous les sauverons?

— J'en répondrais presque.

— Et cela bientôt?

— Dame! dans trois ou quatre jours; Beaulieu nous préviendra.

— Mais si l'on te reconnaît dans les environs de Vincennes, cela peut faire du tort à notre projet.

— Comment veux-tu que l'on me reconnaisse? Je sors en religieuse avec une coiffe, grâce à laquelle on ne me voit pas même le bout du nez.

— C'est que nous ne pouvons prendre trop de précautions.

— Je le sais bien, mordi! comme dirait le pauvre Annibal.

— Et le roi de Navarre, t'en es-tu informée?

— Je n'ai eu garde d'y manquer.

— Eh bien?

— Eh bien, il n'a jamais été si joyeux, à ce qu'il paraît; il rit, il chante, il fait bonne chère, et ne demande qu'une chose, c'est d'être bien gardé.

— Il a raison. Et ma mère?

— Je te l'ai dit, elle pousse tant qu'elle peut le procès.

— Oui, mais elle ne se doute de rien relativement à nous?

— Comment voudrais-tu qu'elle se doutât de quelque chose? Tous ceux qui sont du secret ont intérêt à le garder. Ah! j'ai su qu'elle avait fait dire aux juges de Paris de se tenir prêts.

— Agissons vite, Henriette. Si nos pauvres captifs changeaient de prison, tout serait à recommencer.

— Sois tranquille, je désire autant que toi de les voir dehors.

— Oh! oui, je le sais bien, et merci, merci cent fois de ce que tu fais pour en arriver là.

— Adieu, Marguerite, adieu. Je me remets en campagne.

— Et tu es sûre de Beaulieu?

— Je l'espère.

— Du guichetier?

— Il a promis.

— Des chevaux?

— Ils seront les meilleurs de l'écurie du duc de Nevers.

— Je t'adore, Henriette. Et Marguerite se jeta au cou de son amie, après quoi les deux femmes se séparèrent, se promettant de se revoir le lendemain et tous les jours au même lieu et à la même heure. C'étaient ces deux créatures charmantes et dévouées que Coconnas appelait avec une si saine raison ses boucliers invisibles.

XXVILes juges

— Eh bien, mon brave ami, dit Coconnas à La Mole, lorsque les deux compagnons se retrouvèrent ensemble à la suite de l'interrogatoire où, pour la première fois, il avait été question de la figure de cire, il me semble que tout marche à ravir et que nous ne tarderons pas à être abandonnés des juges, ce qui est un diagnostic tout opposé à celui de l'abandon des médecins; car lorsque le médecin abandonne le malade, c'est qu'il ne peut plus le sauver; mais, tout au contraire, quand le juge abandonne l'accusé, c'est qu'il perd l'espoir de lui faire couper la tête.

— Oui, dit La Mole; il me semble même qu'à cette politesse, à cette facilité des geôliers, à l'élasticité des portes, je reconnais nos nobles amies; mais je ne reconnais pas M. de Beaulieu, à ce qu'on m'avait dit, du moins.

— Je le reconnais bien, moi, dit Coconnas; seulement cela coûtera cher; mais, baste! l'une est princesse, l'autre est reine; elles sont riches toutes deux, et jamais elles n'auront occasion de faire un si bon emploi de leur argent. Maintenant, récapitulons bien notre leçon: on nous mène à la chapelle, on nous laisse là sous la garde de notre guichetier, nous trouvons à l'endroit indiqué chacun un poignard; je pratique un trou dans le ventre de notre guide…

— Oh! non, pas dans le ventre, tu lui volerais ses cinq cents écus; dans le bras.

— Ah! oui, dans le bras ce serait le perdre, pauvre cher homme! on verrait bien qu'il y a mis de la complaisance, et moi aussi. Non, non, dans le côté droit, en glissant adroitement le long des côtes: c'est un coup vraisemblable et innocent.

— Allons, va pour celui-là; ensuite…

— Ensuite tu barricades la grande porte avec des bancs tandis que nos deux princesses s'élancent de l'autel où elles sont cachées et que Henriette ouvre la petite porte. Ah! ma foi! je l'aime aujourd'hui Henriette, il faut qu'elle m'ait fait quelque infidélité pour que cela me reprenne ainsi.


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