NOTES:

FIN DE LA TABLE DU SECOND VOLUME

ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 4 JANVIER 1920SUR LES PRESSESDE L'IMPRIMERIE ALENÇONNAISEF. GRISARD,Administrateur11, RUE DES MARCHERIES, 11ALENÇON (ORNE)

NOTES:[1]Ce qu'une lettre à écrire à une femme d'esprit que l'on aime un peu est à l'égard de la simple conversation, la sculpture l'est à l'égard de la peinture. Dans les deux genres, la grande difficulté est de ne pas marquer trop ce qui ne mérite que d'être indiqué.[2]On se souvient de la cavatine d'Otello: le chant triomphe, et l'accompagnement dit à Othello: Tu mourras.[3]Le Faux Pourceaugnac, le Comédien d'Etampes, lesMémoires d'un colonel de hussards,etc., leDeceiver deceivedde Drury-Lane, etc. L'high lifedans toute l'Europe ne vit que de vanité. C'est pour cela peut-être que cette classe, la seule qui cultive la musique hors de l'Italie, a le cœur si anti-musical, et qu'en revanche elle a tant de goût pour les livres français.LesContes morauxde Marmontel sont le sublime de l'esprit et de la délicatesse pour un grand seigneur de Pétersbourg. (De la Russie, par Passovant et Clarke.)[4]Édition de 1854: «Le prince déguisé avec Cenerentola.» N. D. L. E.[5]Lorsque je cite hardiment un mauvais vers d'un libretto italien au public le plus difficile de l'Europe, on sent bien que mon unique prétention ne peut être que de rappeler lacantilenaet l'accompagnement que Rossini a faits sur ce vers. Comment obtenir un tel résultat d'un lecteur qui depuis six mois n'est pas allé aux Bouffes? Je récuse donc tout lecteur qui, dans les six mois qui ont précédé la lecture de cette note, n'est pas allé à Louvois au moins dix fois, et n'a pas lu depuis deux ans un livre de discussion sérieuse sur les principes des Beaux-Arts, par exemple l'ouvrage de M. l'abbé Dubos surla poésie et la Peinture, ou lesPrincipes du Goûtde Paine Knight, ou leTraité du Beaud'Alison, ou quelque traité allemand sur ce que nos voisins appellent l'esthétique.[6]Empoisonnement de l'honnête Ganganelli, qui, placé à une fenêtre de son palais de Montecavallo éclairée par le soleil, s'amusait à éblouir les passants avec la réverbération d'un miroir. Singulier effet du poison jésuitique![7]Ces mœurs sont peintes admirablement et avec une naïveté singulière dans les seize comédies de Gherardo de'Rossi. A l'exception des grandes inconvenances sociales, telles que l'incendie par vengeance, l'empoisonnement et autres événements trop forts pour la comédie, et dont la peinture, comme chose possible dans les États de Sa Sainteté, aurait pu compromettre la tranquillité de M. de'Rossi, qui est banquier à Rome, tout y est. Ces comédies et lesConfessions de Carlo Gozzisont les pièces justificatives de tout ce qu'on avance ici sur ce pays singulier, qui, au milieu de lasécheressemoderne, produit encore des Canova, des Viganò, des Rossini, tandis que nous n'avons, à quelques expressions près, que des charlatans plus ou moins adroits à courir la pension.[8]«Tenez le prince en gaieté, moi je vais à la cave.»—On dit en Italie, d'une voix qui ne se fait pas entendre:Canta in cantina.[9]«Je crois déjà voir tel de mes voisins qui me prend à part dans un coin, et me dit: Monsieur le baron, daigneriez-vous présenter ce placet à votre royale fille?Voilà pour prendre le chocolat; et à l'instant une quadruple me tombe dans la main. Je réponds: Ce n'est pas le crédit qui me manque, mais votre quadruple est-elle de poids?»Telles sont les mœurs de la malheureuse Rome, telles sont les plaisanteries qui n'y sont pas sifflées! telle est la manière de traiter les affaires dans les États du pape! A Paris, nous avons plus de délicatesse. Deux jeunes gens qui taisaient de grandes et bonnes affaires avec le ministre de la ***, pensèrent qu'ils pourraient doubler la quantité des bordereaux fictifs qu'ils présentaient tous les mois à la signature, s'ils parvenaient à faire un cadeau agréable au citoyen ministre. Après avoir couru quelque temps les environs de Paris, ils trouvèrent enfin un château fort agréable, au milieu d'une jolie terre, non loin de Mon..... Nos jeunes gens achètent la terre, et font arranger le château dans le goût le plus moderne et avec toute l'élégance possible. Quand toutes les réparations furent achevées, les parquets cirés, les pendules montées, l'un des fournisseurs dit à son ami: Jouissons huit jours de notre château avant de le donner au ministre, le résultat de cette idée lumineuse fut la présence de vingt jolies femmes et de leurs amis, de grands dîners tous les jours, des bals tous les soirs. Enfin le terme fatal arrive; l'un des amis prend tristement les clefs du château et va les présenter au citoyen ministre. «Le château sera humide.» Telles sont les seules paroles du ministre en recevant le cadeau.—«Impossible citoyen ministre, nous avons pris la précaution de l'habiter huit jours avant de vous l'offrir.» Et avec quelles gens l'avez-vous habité?—«Ma foi, avec des hôtes fort aimables, avec nos amis ordinaires.»—«C'est-à-dire, reprend le ministre en fronçant le sourcil, que vous avez osé introduire des femmes suspectes dans mon château; je vous trouve, je l'avoue, d'une rare impertinence. Allez, citoyen, et à l'avenir sachez garder plus de respect pour un ministre.» A ces mots, le fournisseur s'éclipse et le citoyen ministre demande ses chevaux pour aller à sa terre.[10]1 «Fût-elle cachée dans le sein de Jupiter.» On voit que la mythologie est la providence des mauvais poëtes, en Italie comme en France.[11]Nous avons réduit nos meilleurs acteurs comiques Samson et Monrose, à n'être que des gens qui nous répètent un bon conteque nous savons. Notre sourcilleuse pruderie ne veut rien d'imprévu. Le seul Potier a peut-être le privilège de nous faire riresans conséquence. C'est que nous pouvons mépriser son genre à notre aise.[12]Je m'attends bien que, si les littérateurs français lisent cette page, ils vont s'écrier en colère: Mais nous rions beaucoup! Il n'y a même que le Français en Europe qui sache rire![13]le prince de Darmstadt rappelle les beaux jours de l'empereur Charles VI, qui passait pour le premier contre-pointiste de ses États. Ce prince, ami des arts, ne manque pas une répétition de son Opéra, et bat la mesure dans sa loge; il a donné son ordre à tous les musiciens de son orchestre, qui est excellent.[14]L'un des cent opéras de Joseph Mosca.[15]En septembre 1823, Velluti chante à Livourne l'opéra de Morlacchi, intituléTebaldo e Isolina, où se trouve la célèbre romance.[16]Cettestagionecommence le 10 avril; lastagionedu carnaval, le 26 décembre, seconde fête de Noël; et celle de l'automne, le 15 août.[17]Voir les dissertations imprimées à Berlin sur cette ouverture en 1819.[18]Ce commencement du premier acte a le caractère des Poésies de Crabbe, quelquefois l'énergie des Ballades de Burns.[19]C'est le même principe que pour les tableaux du Corrège et les marbres antiques. Il y a une description dubeauqui convient à tous les arts, depuis un duetto bouffe jusqu'à l'architecture de l'intérieur d'une prison. Des pilastres grecs dans une prison consolent.[20]Si l'on supprime une mesure de la première phrase que chante Ninette, on sent qu'il manque quelque chose; ce qui n'a guère lieu chez Rossini que dans les mouvements de valse, du moins dans les opéras de saseconde manière.[21]Opéra célèbre en France il y a vingt ans; c'est le sujet si beau d'une fille-mère, abandonnée par son amant. Comparez l'air de Rossini avecla Famille suisse de Weigell, chef-d'œuvre de simplicité allemande qui parut trop simple au public de Milan en 1819.[22]Je vois les juifs de Pologne comme les voleurs d'un autre genre deFondi, au royaume de Naples; la faute, l'unique faute est aux gouvernements dont l'imprévoyancecréede tels êtres. Les juifs français, depuis Napoléon, sont comme les autres citoyens, seulement un peu plus avares.[23]Malheureux! s'écrie le capitaine, et il se jette sur moi l'épée à la main.[24]Magis sine vitiis quam cum virtutibus. Un talent calculé pour les Parisiens de 1810, c'était celui de madame Barilli. Le public de Louvois a fait depuis des progrès immenses, ce qui ne veut point dire que l'excellente Barilli n'eût encore aujourd'hui un fort beau succès. Quatre ou cinq cents personnes de Paris ont fait l'éducation de leur oreille, et sont d'aussi bons juges que les dix mille spectateurs qui fréquentent les théâtres de San-Carlo ou de la Scala.[25]Plus pompeux que touchant. Le style de Paul Véronèse ou de Buffon. Ce style est lesublimedes cœurs froids. Il fait beaucoup d'effet en province.L'harmonie du commencement de ce duetto rappelle l'introduction duBarbier. On adresse le même reproche à quelques parties dufinaledu premier acte. Il y a des ressemblances entre l'airMi manca la vocedeMosèet le quintettoUn Padre, una figlia.On dit que le morceau qui suit la condamnation de Ninetto rappelle un chœur de la Vestale:Détachez ces bandeaux.[26]Il ne fallait pas faire un soldat français si tremblanten paroles. L'auteur du Libretto n'a pas songé à la vanité du pays où il place la scène de son ouvrage; il a peint un malheureux avec vérité. Voilà la grossièreté que les connaisseurs français reprochent aux personnages du Guerchin.[27]«Nous voici seuls: amour seconde ma flamme et mes vœux. Belle Ninette, si vous n'êtes pas barbare, daignez m'accorder une place dans votre cœur.»[28]Voir les admirables Mémoires de mistress Hutchinson, et les procès de Sidney et de tant d'autres. Voir certains détails de procès criminels dans Voltaire. Voir....[29]Il Podestà—Ora è mia, son contento,Ah! sei giunto,felice momento,Lo spavento piegar la farà.[30]Si l'on attaque les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal Consalvi. Voir Laorens:Tableau de Rome; Simond, Gorani.[31]Le caractère du podestat a été peint avec esprit et énergie par Duclos, dans le roman de laBaronne de Luz. Le juge libertin de Duclos s'appelle Thuring; celui de laGazza ladradoit être joué avec une teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il faut faire ressortir la qualité de goguenard.[32]Le plaisirdramatiquene se voit plus que chez le peuple, à la Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.[33]Exemple frappant du défaut de Rossini dans saseconde manière; il écrit un air avec lesagrémentsque son chanteur exécute avec facilité.[34]Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple, dans l'air:Batti, batti, o bel MazettodeDon Juan.[35]Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en 1520.[36]«Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se défendre.»Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc. On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur français. Ces messieurs attaquent lesparolesd'un libretto; voyez la grande colère duMiroircontre le cra, cra du Taddeo de l'Italiana in Algeri. Pour moi, je m'attaque auxsituationsfausses; les paroles d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas. J'ai lu celles de laGazzapour la première fois, en écrivant la présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique en note au bas de la page, pour nommer un air.Depuis le milieu du premier acte de laGazza, tout est tristesse et désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'horreur; le podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un sujet à peu près semblable (le Déserteur), Sedaine évita toutes ces sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel, l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française compterait un homme de génie de plus.La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut, au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus inutile pour les arts que la protection des sots riches et l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à admettre Sedaine; jugez des autres.[37]Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère un peu la véritésimpleetunede la parole de l'homme passionné. Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est cette parole. Racine altère pour orner; les mœurs de 1670 lui demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature.Guillaume Tellde Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'Iphigénie en Aulide.[38]«Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»[39]Prison de l'historien Giannone.[40]Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans honte, ducafé, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs successeurs?[41]On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dansOtello.[42]L'honneur national!grand argument musical duMiroird'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout bonnement l'art d'en appeler auxpassionsdes gens tropoccupéspour avoir une opinion.[43]Il y a quelque temps que, dansTancrède, l'orchestre de Louvois exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le duettoAh! se de'mali miei, un demi-ton plus haut que la note écrite; il est on ut, on le chante enre. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra criait:Messieurs, attention au démanché![44]Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt à le louer.[45]Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce quicoûte bien cher, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an 1830.[46]Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges àl'italienne, et faire d'autres corridors latéraux.[47]Voirla Renomméedes premiers jours de septembre 1819, autant que je puis m'en souvenir, et les autres journaux.[48]Voir ci-après les chapitres relatifs auchanttel qu'il était en 1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les idées dans les conversations dont je viens de parler.[49]Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donnerMoïseà Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique deMoïseunPierre l'Ermite, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on fera deslibrettipassables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est impossible en France, même à Toulouse.[50]Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même chant! Excellente critique.[51]Nous sommes accoutumés à voir les montagnesfaire ombresur le ciel; première scène deDon Juan, à la reprise de septembre 1823.[52]C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.[53]Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire et de les élever au sublime. Le superbe poëmeJob, le Lévite d'Ephraïm, l'épisode deRuth, sont faciles à arranger enopera seria. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a essayé une tragédie intitulée:la Passion de Jésus.[54]Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture d'Otello, Rossini a fait un air pourOsiride.[55]Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute traduction eût été fort inexacte.[56]Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques, et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.[57]Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains, c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.[58]Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils, reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez dedouceurdans son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en 1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi que le bon Mayer, l'auteur deGinevra di Scozia.[59]Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique; le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les environs de Cologne.[60]C'est par lemouvementque la musique élève l'âme jusqu'aux sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir un instant comme un homme d'esprit.C'est par l'immobilitéque la sculpture parvient à faire concevoir ce même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le présent chapitre.[61]Voir les singuliers raisonnements duJournal des Débatsd'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie du récitatif; lechantlui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et le raisonnement ne peut y conduire.[62]Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes de vingt-cinq ans.[63]Mémorial de Sainte-Hélène, de M. le comte de Las-Cases, tome IV; révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures curieuses des patriotes déportés aux Bouches duCattaro, décrites par M. Apostoli, de Padoue, dans sesLettere Sirmiensi, 1809.[64]Natum pati et agere fortia, vers fait pour saint Ignace de Loyola.[65]Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est vrai que le ciel a oublié de placer un cœur dans le voisinage de ce gosier sublime.[66]Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien,biscromay veut dire double croche. N. D. L. E.[67]Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)[68]Et les premiers essais de Rossini:la Cambiale di Matrimonio,l'Equivoco stravagante,Ciro in Babilonia,la Scala di seta,l'Occasione fa il ladro,il Figlio per azzardo.[69]Il avait vingt-deux ans.[70]L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il bouda comme un enfant tout le temps des représentations de l'Aureliano: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est entièrement mené par un valet de chambre.[71]Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des mouvements du cœur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas demots françaispour traduire avec exactitude et clarté les noms des diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de me servir quelquefois desmots italiens. Je suis obligé de sacrifier à la précision et à la clarté.[72]Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras:Elisabetta,Otello,Armida,Mosè,Ricciardo e Zoraïde,Ermione,la Donna del Lago,Maometto secondo, etZelmira; 1815 à 1822.[73]L'airdi tanti palpitia été chanté avec succès, sous nos yeux, en troistonsdifférents.[74]Marchesi changeait chaque soir toutes lesfioriturede ses rôles. (Milan, 1794.)[75]Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur Edwards.[76]Calculés sur nos besoinsactuels; cette musique est éminemmentromantique.[77]La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables. Elle était Romaine.[78]Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour lesGorgheggiet autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure commepria che spuntidans leMariage secret. Rossini eût écrit les agréments de cet air. Il est du genre qu'on appelle à Naplesaria di narrazione.[79]Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie antiche.»[80]Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit à traduire son âme pardes sons; et les longues soirées de la captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont plusdifficilesqu'aucun concerto.[81]Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamaisstentati(forcés).[82]Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.[83]Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres de rente.[84]Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie de sa gloire.[85]On dirait en italien:Una voce pura o velata, debole o forte, piena o soltile, stridula o smorzata.[86]Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près lePrato della Valle, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intituléRome, Naples et Florence en1817.[87]Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus qu'avec l'Isolinade Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.[88]En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement,orecchianti; la qualité contraire est exprimée par le motprofessore. On vous dira à Florence:Zuchelli è un professore; ce qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il sait fort bien la musique.[89]J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.[90]Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donnerles Horacesavec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en entreprise commela Scala.[91]Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle deSchauroth, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la folie du génie.[92]Transcrire dans la partition desHoraces, les paroles de l'air célèbre:Quelle pupille tenere, telles qu'elles sont chantées.[93]C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois jours après Desdemona.[94]Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans legenre simple, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de l'auteur deZelmire.[95]C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle deCuriaziodansles Horacesde Cimarosa: Roméo et Médée.[96]La clarinette, par exemple, a deuxregistres. Les sons bas ne semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces, le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements.Voirles expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de bon esprit pour rapporter avecsimplicitéles résultats de cet essai, et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence. Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.[97]Madame Todi chanta à Venise en1795ou1796, et à Paris en 1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait plus que chez des gens fort âgés, à la fin duXVIIIesiècle. Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.[98]Cettepacatezzades gestes et du chant distingue madame Pasta de toutes les grandes actrices que j'ai vues.[99]Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.[100]Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans laRosa biancaplusieurs agréments de la prière de Desdemona.[101]Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le chant; mais comme en amour lenaturelest indispensable, il faut que la vois exécute une choseinventée pour elle, qui ne la gêne pas, et que l'âme du chanteur trouvedélicieuse, au moment où il chante.[102]Voirle Corsairedu 3 octobre 1823.[103]C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre, composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de 1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos symphonistes, nous ne verrons jamais lapartie improviséedu beau chant.[104]Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.[105]Lebeau idéaldans tous les genres n'a qu'une mesureraisonnable; c'est le degré de notre émotion.[106]Voirdans leMémorial de Sainte-Hélène, tome IV, un passage intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête:Liberté, égalité. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne soient vendues à l'épicier.[107]Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus clair et plus agréable chez Rossini.[108]Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.[109]Tel de mes voisins qui préfèreMosèàTancrède, aimera mieux laSemiramide e sempre bene; si nous sommes de bonne foi, nous avons tous deux raison.[110]Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès qu'une jeune personne ne peut pas monter ausolou aula, on dit ici qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans lesDébatsde juillet 1823.[111]M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction duComte de Carmagnola(1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir unShakspearetraduit de ce style! C'est dans leComte de Carmagnolaque se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite auXIXesiècle, du moins à mon avis:I fratelli hanno ucciso i fratelli![112]On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné.Odoardo e Cristinaavec le plus grand succès (1822). On a placé dansOdoardoles plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.[113]«Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»[114]Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle Colbrand.[115]Si je cite souventle Mariage Secret, c'est qu'il est au nombre des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq cents dilettanti auxquels je m'adresse.[116]En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en Amérique? etc.[117]Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur la mer.[118]S'il convient jamais à M. Rossini de contester quelque phrase de ces chapitres, je la désavoue par avance; je serais au désespoir de manquer de délicatesse envers l'un des hommes pour qui j'ai le respect le plus senti. Je n'admets qu'unenoblesse, celle des talents, ensuite celle de la haute vertu; les gens qui ont fait de grandes choses ou qui sont immensément riches peuvent être admis ensuite.[119]Le comique, en Italie, c'est se tromper dans la route du bonheur que l'on brûle d'atteindre, et ce bonheur n'est pas toujours et uniquement placé dans l'imitation des manières de la haute-société.[120]La musique ne laisse aucun monument en Italie; je me suis vu souvent dans la nécessité d'écrire vingt lettres pour savoir avec précision l'époque de la composition d'un opéra, et souvent l'on m'a donné en réponse trois ou quatre dates également probables. J'ai des lettres qui me disent queCiro, opéra de Rossini, a été représenté pour la première fois en deux villes et en trois années différentes. Par ces considérations, je prie le lecteur bénévole de pardonner quelques erreurs de détail; il fallait beaucoup plus de temps et de patience que je n'en ai pour lui présenter une véritable histoire de Rossini, inattaquable dans toutes ses assertions. Tout ce que je puis espérer, c'est que les conclusions générales que l'auteur tire des faits montreront que suivant sa manière de voir et de sentir, il les a envisagés d'une manière correcte.[121]Je laisse leurs noms italiens aux saisons théâtrales; nous n'avons point d'usages correspondants, et par conséquent toute traduction serait inexacte. On sait qu'à chaque saison les troupes chantantes se renouvellent. Lastagione del carnovalecommence le 26 décembre; laprimaveracommence le 10 avril, et l'autunnole 15 août. Dans certaines villes, les époques de l'autunnoet de laprimaveravarient un peu: à Milan, il y a quelquefois unautunnino. Quant au carnaval, il commence invariablement le jour de la seconde fête de Noël.[122]Qui chante encore avec succès, en 1823, au théâtre dela Scala; sa voix est aussi belle qu'il y a dix ans. Madame Belloc, fille d'un officier cisalpin chassé de sa patrie, a débuté à Bourg en Bresse au mois de janvier 1800.[123]A trois voix, dit M. Prunières. N. D. L. E.[124]Les notes relatives à ce chapitre, qui sont désignées par des lettres capitales, ont été fournies par un ancien administrateur des théâtres. L'auteur prévient, dans la première édition, qu'il a cru ne pas devoir changer une seule expression à ces notes écrites au crayon en marge de son manuscrit. (Note de l'édition de1854.)C'est pour ce chapitre que Stendhal avait obtenu la collaboration de son ami le baron de Mareste. N. D. L. E.[125]Je me règle d'après le budget du Théâtre du Roi (Opéra-Italien) à Londres. Ce budget est fort bon à connaître. La dépense totale est de 1.200.000 fr. à Londres. J'ai consulté le cahier des charges du théâtre dela Scalade Milan.[126]J'insiste sur cette somme de vingt mille francs. J'ai tout lieu de croire que ce quidésespèrel'administration subalterne, c'est qu'il y a bénéfice sur le théâtre de Louvois.[127]Engager tout simplement Sanquirico et un de ses élèves, à tant par an ou tant par décoration; il y aura encore économie. Ici je croîs qu'il faudrait dire un mot de l'immense supériorité des décorations italiennes sur les nôtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des prix. Si, par exemple, on pouvait établir comme fait que les décorations dela Lampe merveilleuseont coûté cent mille francs, et que le même nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n'auraient coûté que douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l'art, les décoration italiennes auraient été bien supérieures{*}, il me semble que ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que de gens sont intéressés à déguiser l'abus que je signale! Interroger M. Aumer, l'auteur du ballet d'Alfred le Grand, sur le pris des décorations à Milan.{*} VoirRome Naples et Florence en1817, page 10.Si l'on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage Daguerre; il a beaucoup de talent, et qu'on le fasse peindre à détrempe et non à l'huile; que toute décoration soit mise de côté après avoir servi cent fois. C'est encore traiter le public de Paris avec bien de la mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante représentations au plus, souvent après trois jours.Le ventilateur du théâtre Louvois vient de coûter trente-huit mille francs, et l'on y prend mal à la tête au bout d'une heure. Je serais curieux de voir le compte de cette dépense de trente-huit mille francs. Les abus sur l'achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il faudrait acheter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les fit maintenir au degré indiqué d'après là température extérieure. Pourquoi allumer du feu quand l'air extérieur est à dix degrés? Le gaz échauffe beaucoup.[128]Cette somme devrait donc être portée au budget de la ville de Paris, dont les habitants ont le plaisir de la musique, et dont l'octroifait des bénéfices par la présence de dix mille étrangers riches.[129]L'élection peut se faire de la manière la plus simple, au moyen d'un registre déposé à l'administration du théâtre.[130]Comme l'esprit français est un peu moutonnier en affaires de spectacles, il faudrait appuyer de divers exemples l'organisation de cette commission, et dire que de temps immémorial le grand théâtre de Turin, l'un des premiers de l'Italie, est sous la direction d'une société de nobles (dei cavalieri) qui ont à peu près les fonctions que l'auteur attribuerait aux propriétaires de loges à l'année du théâtre de Louvois. Je crois qu'il en est de même à Bologne pour le théâtre Communal (le grand théâtre).La Pergolade Florence est pareillement sous l'inspection des notables; et j'ai ouï dire qu'il en est de même dans plusieurs autres villes d'Italie. Le théâtre du Roi à Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L'auteur ne propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n'ait éprouvé ailleurs les bons résultats depuis nombre d'années. Voici les noms des personnes chargées de l'administration du Théâtre-Italien à Londres pour 1824:Les lords Hertford,Lowther,Aylesford,Mountedgecumb,et M. le comte Santantonio, noble sicilien.Le théâtre dela Scalaeut pour entrepreneur, de 1778 à 1788, M. le comte de Castelbarco, les marquis Fagnani et Calderara, et le prince di Rocca-Sinibalda. Actuellement, l'usage a prévalu de mettre l'entreprise sous le nom d'un commis. (Testa di Ferro.)[131]Si l'on veut que le goût de la musique italienne se perfectionne en France, il faut ajouter deux professeurs et une classe de chant italien au Conservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de déclamation italienne. Pellegrini ou Zuchelli seraient des hommes très précieux pour donner des leçons; mais bientôt nous verrions un Français remplir la place de professeur de chant italien. Nul doute qu'avec des maîtres italiens, le Conservatoire de Paris ne fournit des sujets distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres d'Italie pour se perfectionner, comme afaitnotre madame Mainvielle-Fodor. Il faudrait mettre trois ou quatre pairs de France, amateurs riches, à la tête du Conservatoire.Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particulièrement vers les Pyrénées, des enfants de douze à quinze ans, ayant de belles voix. Il n'y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles voix au delà des Alpes que dans le midi de la France{*}. La différence qu'il y a, c'est 1º que l'enfant italien de douze ans entend bien chanter à l'église et dans la rue; 2º il entend mettre au-dessus de tout le talent du chant.{*} On doit la mention la plus honorable à M. Choron, qui, par son zèle pour la musique, a fait d'immenses sacrifices. Un ministre de l'intérieur, jaloux de faire son métier, protègerait efficacement ce bon citoyen.[132]Sans doute il serait à désirer que l'on donnât deux représentations par mois au grand Opéra; mais l'administration supérieure n'y consentira jamais. Au bout d'un an et non de vingt, l'Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné{*}. Cependant, on pourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas ou l'entreprise de Louvois aurait à se couvrir de dépenses extraordinaires.{*} En 1823, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état de chanter unquartettode laGazza ladraou de laCamilla; aussi ce théâtre ne produit-il pas letiersde ce qu'il coûte.[133]Je crois qu'il faudrait terminer le chapitre en indiquant un moyen de salut pour le Théâtre-Italien, qui me paraît immanquable: c'est d'engager Rossini pendant deux ans, en lui faisant écrire trois opéras par an. Nul doute que Rossini ne vint avec plaisir si l'engagement était avantageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour Feydeau. Il ferait pour ce dernier théâtre un opéra par semaine; sa fortune serait assurée. Nicolo s'est bien fait jusqu'à trente mille francs par an avec ses œuvres: jugez du succès de Rossini.L'arrivée de Rossini et son établissement à Paris rehausserait à l'étranger le théâtre de Louvois; les chanteurs feraientà pugnipour y être engagés, et la troupe serait bientôt complète. M. Caraffa, qui est à Paris, et dont laGabrielle de Vergya soutenu deux ans de suite la concurrence avec l'Elisabethde Rossini, travaillerait pour Louvois: et, si l'on commençait à vouloir de la musique nouvelle à Paris, les fondations du Théâtre-Italien seraient inébranlables. Les auteurs de libretti italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus distingués d'Italie{*}.{*} Je connais de M. Pellico, maintenant en prison au Spielberg, et le premier poète tragique d'Italie, quatre ou cinq opérassérieetbuffequi me semblent des chefs-d'œuvre; il y a des foules de situations fortes esquissées avec hardiesse.La mise en scène des ouvrages de Rossini actuellement représentés gagnerait infiniment. L'œil du maître verrait une infinité de taches, telles qu'altérations des temps par l'orchestre, tapage hors de propos dudit orchestre, etc., etc. L'engouement des badauds serait prodigieux, et les recettes s'en ressentiraient. Veut-on payer Rossini sans bourse délier et très-généreusement? que les premières représentations de ses opéras soient données rue Le Peletier età son bénéfice. A trois opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à ceci les concerts, les pièces qu'il ferait pour Feydeau, la vente de sa musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété très-lucrative. Il gagnerait près de soixante mille francs par an.[134]Sujets que l'on pourrait engager.D'abord et avant tout autre, madame Mainvielle; elle chante fort bien, et d'ailleurs elle est Française. Beaucoup de gens disent du mal de Louvois par patriotisme.Davide, tenore.Donzelli,idem.Lablache, buffo cantante.Debegnis, buffo comico.Ambrosi, basso.Curioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien.L. Mari, tenore, chanta fort bien dansl'Aurelianoin Palmira, à Milan en 1814.MesdamesPisaroni, contralto.Schiassetti, prima donna à Munich.Dardanelli, prima donna buffa.Schiva.Fabbrica.Ronzi Debegnis, prima donna buffa.Mariani, contralto excellent.Mombelli, prima donna.Et plusieurs autres qui ont débuté depuis deux ans, mais dont les succès n'ont pas encore passé les Alpes. M. Benelli, l'un des entrepreneurs du théâtre de Londres, est actuellement en Italie (octobre 1823), occupé à recruter. Il nous manque un agent de l'adresse de M. Benelli, et un surveillant comme M. le chevalier Petrachi. Le noble Vénitien possesseur du théâtre deSan-Lucapourrait nous donner de bons avis; l'on s'est bien trouvé à Londres des conseils de M. le marquis de Santantonio.[135]Si vous voulez bâtir une salle de spectacle à Paris, ce à quoi il faudra bien en venir d'ici à trente ans, vous trouverez les proportions exactes dela Scaladans un ouvrage publié en 1819 par M. Landriani, à Milan. La façade est bien au-dessous de celle deSan-Carlo; les corridors sont étroits et sans air, et le parterre trop horizontal; au demeurant, c'est le premier théâtre du monde. Une salle de spectacle parfaite serait isolée comme le théâtre Favart, et environnée des quatre côtés par des portiques comme ceux de la rue Castiglione. Tel était, ce me semble le théâtre de Moscou, que nous ne vîmes que pendant vingt-quatre heures. Par cette disposition simple, cent voitures peuvent charger à la fois.Je vois une place superbe pour une salle digne de la capitale de l'Europe et du monde, vis-à-vis du boulevard de la Madeleine, entre la rue du Faubourg-Saint-Honoré et la rue de Surène.S'il s'agit de faire une petite salle excellente pour la musique, copiez la salleCarcanoà Milan, en y joignant la façade du théâtre de Como{*}.{*} M. Canonica, architecte renommé, qui a construit plusieurs théâtres en Lombardie, disait un jour en ma présence que les lois de l'acoustique sont encore peu connues. Le théâtreCarcanoà Milan s'est trouvé excellent pour la musique, on l'y entend beaucoup mieux qu'au théâtreRé; tous les deux cependant ont été construits avec les mêmes soins et par le même architecte, M. Canonica. La salle de la rue Le Peletier est fort sonore; elle est construite en bois.Si vous voulez une salle plus grande, copiez le charmant théâtre de Brescia; rien n'est plus joli. (Lejolid'Italie est lemagnifiqueen France; lebeaud'Italie semble lugubre aux Français.) Si vous voulez une salle infiniment petite prenez le théâtre de Volterra ou celui de Como. Le plagiat est permis en architecture, à moins toutefois que nos architectes ne nous le défendent au nom de l'honneur national. M. Bianchi de Lugano, architecte, a de beaux plans de salles de spectacle; M. Bianchi a relevé le théâtre deSan-Carloen 1817.[136]Un établissement de ce genre manque aux agréments de la civilisation de Paris. Il faudrait un foyer trois fois plus grand que celui de la salle de la rue Le Peletier, et louer tout l'étage correspondant de la maison voisine pour y établir un cabinet littéraire, un café, des billards. L'essentiel serait qu'on établit des abonnements. Dans l'intérêt de la société et non desprivilégiés, je propose un privilège. Cet abonnement devrait être fort cher, et se réduirait au quart pour les gens payant mille francs d'impôt, pour les membres de l'Institut, pour les avocats de Paris, etc., etc., et autres notabilités sociales. La chose essentielle dans un salon public est d'éloigner les jeunes gens sans fortune, qui finissent par y établir un ton grossier.[137]Rome doit la plupart de ses embellissements, sous Napoléon, à M. Martial Daru, intendant, de la couronne, amateur fort éclairé et ami intime de Canova; et entre autres les travaux de la colonne Trajane.[138]Il venait au théâtre, en 1806, indiquer aux chanteurs le vraimouvementde certains morceaux de Cimarosa. C'est un homme d'esprit, mais qui, de 1818 à 1823, a eu peur du partiultrâ, et a voulu, avant tout, rester ministre.[139]M. le cardinal Consalvi a fait faire le buste de Cimarosa par Canova; ce buste était placé, en 1816, au Panthéon, à côté du buste et du tombeau de Raphaël. Mais le cardinal Consalvi, cédant de plus en plus au partiultrâ, et, malheureusement pour sa réputation, cédant en des choses de plus d'importance, a consenti que le buste de son ami fut exilé au Capitole, parmi des centaines de bustes antiques. Il était monument au Panthéon, et touchait les cœurs nés pour les arts; au Capitole, il n'est plus qu'objet de curiosité.[140]Beau libretto rempli de situations fortes; musique qui est bien loin d'être sans génie.[141]La prison des carbonari est tout près dans une île voisine de Venise.[142]Quand la piété le permet. Réponse connue d'un grand personnage:Non voglio abbrucciar le mie chiappe per voi.[143]Cassel, à la fin de 1823, comparé à Darmstadt, où l'opéra nouveau est le grand intérêt.[144]A Paris, les jeux, entre autres choses, fournissent des pensions aux écrivains dévots qui écrivent sur la morale. Le drôle de siècle que le nôtre![145]Salvatore Viganò a donné, en 1804,Coriolan; 1805,Tamiri,la Vanarella; 1812,les Strelitz,Richard Cœur-de-Lion,Clotilde,il Noce di Benevento,l'Alunno della Giumenta; 1813,Prométhée,Samandria liberata; 1815,les Hussites,Numa Pompilius,Myrrha ou la Vengeance de Vénus,Psammi roi d'Égypte,les Trois Oranges; 1818,Dedale,Otelloetla Vestale. Il ne reste de ces chefs-d'œuvre que la musique arrangée par Viganò. Je conseille de prendre chez Ricordi, à Milan, la musique d'Otello, dela Vestaleet deMyrrha.[146]Un opéra bien chanté est différent tous lès jours, à cause des nuances et agréments du chant.[147]Je voudrais bien que l'on imprimât huit volumes in-8º, formés par deux mille lettres dans lesquelles Diderot rend compte à sa maîtresse de tout ce qui se passait, de son temps, à Paris. C'est ce que Diderot a fait de mieux.[148]A l'exception de M. Dragonetti et de deux ou trois autres symphonistes, le théâtre de Londres n'a pas de grands talents; la nation est plus insensible; et cependant tout va beaucoup mieux pour la musique à Londres qu'à Paris: c'est qu'il n'y a pas de parti contraire ni d'honneur.[149]Les miniatures maniérées, sans effet et sans grandiose, que l'on nous donne à Louvois et à l'Opéra, coûtent cinq ou six fois davantage. Se rappeler lavue de Romeà la reprise desHoraces, le 14 août 1823. On voit bien que David est absent; la peinture tombe, et revient au galop au genrenationalde Boucher. Voir l'exposition de l'industrie en 1823.[150]Sanquirick est la prononciation milanaise du mot italienSanquirico.[151]Rien de plus funeste qu'une fausse application des sciences; on marche alors dans l'erreur avec une raideur de persuasion bien ridicule. Voyez les mathématiques appliquées aux probabilités; voyez les raisonnements d'un philosophe français sur le duetto, cités plus haut.Des gens, fournis d'ailleurs d'une très-bonne dialectique, raisonnent fort conséquemment sur des faits qui leur sont invisibles. Le raisonnement en musique ne conduit jamais qu'aurécitatif obligé; le chant, l'ariaest unart nouveaudont il fautavoir le sentiment. Or, ce sentiment est fort rare en France au nord de la Loire. Il est fort commun à Toulouse et dans les Pyrénées. Rappelez-vous les petits polissons qui chantaient sous nos fenêtres de Pierrefite{*}, et que vous fîtes monter. Toulouse, par ses chants, par ses idées religieuses, par je ne sais quelle couleur sombre, me rappelle toujours une ville de l'État du Pape. On justifie en 1829 la condamnation de Calas.{*} Route de Cauterets.[152]Gens pleins d'éloquence, et au moins égaux en talent à tout ce qu'on possède en France ou en Angleterre depuis la mort de Sheridan ou de Grattan.[153]J'espère, en arrivant à cette partie de ma brochure, que les cinq sixièmes des gens pour qui elle n'est pas écrite auront fermé le livre. Je me permets ici plusieurs idées que j'aurais effacées dans les premières pages. Pouvons-nous espérer de la perfectibilité de l'esprit humain que l'on inventera pour le public l'art de choisir les écrivains qui lui conviennent, et pour les auteurs l'art de choisir leur public? Avez-vous lu avec délices les romans de Walter Scott et les brochures de M. Courier? j'écris pour vous. Avez-vous lu avec délices l'Histoire de Cromwel, les Mélanges de M. Villemain et les Histoires de MM. Lacretelle ou Raoul Rochette? fermez ce livre-ci, il est chimérique, inconvenant et plat.[154]Stendhal veut dire unjettatore. N. D. L. E.[155]Il ne peut être question de vanité et du plaisir d'être distingué en public par une femme à la mode, dans un pays où la première nécessité est de se faire oublier d'une douzaine de ministres fort méchants, et qui n'ont rien à faire. Quand tout cela serait faux aujourd'hui, cela était vrai il y a cinquante ans, lorsqu'on faisait mourir en prison l'historien Giannone; or les lois ne passent dans les mœurs qu'au bout d'un siècle.[156]Saint Philippe Neri invente l'oratorio en 15... Voir la scène du moine dans laMandragora, excellente comédie de Machiavel. Le moine se plaint de ce qu'on ne fait plus de processions le soir.[157]Lettre de M. Courier sur la tache d'encre, le savant Furia et le chambellan Pulcini, 1812.[158]Les Casaciello sont comme les Vestris; celui qui règne auxFlorentins, le Feydeau de Naples, est le troisième du nom.[159]Un sot à mes côtés est content du mauvais spectacle qu'on nous donne ce soir au Gymnase, me dit Guasco; il n'a rien vu d'aussi amusant de toute la journée. Moi, j'ai vu des choses charmantes et souvent d'une angélique beauté, grâce à mon imagination folle. Il est vrai que j'ai eu l'air gauche dans un salon.[160]Le jeune Kreutzer de Vienne a fait une cantate sublime; c'est une des espérances de la musique. Si la vanité ou l'avarice ne gâtent pas Delphine Shaurott, et si elle va en Italie, elle sera la Paganini du piano.[161]Madame la comtesse de ****, près Halberstadt. LeFreyschützest une tradition populaire dont J. Paul a fait un roman touchant, et Maria Weber un opéra bruyant.[162]On m'a montré à Liverpool des enfants de quatorze ans qui travaillaient de seize à dix-huit heures par jour Je me promenais par hasard ce jour-là avec des dandies de dix-huit ans qui ont cent mille francs de rente et pas une idée, pas même celle de jeter un schelling à ces pauvres petits malheureux. L'Italien est tyrannisé, mais il a tout son temps à lui; le lazzarone de Naples suit librement ses passions comme un sanglier au fond des forêts; je le tiens pour moins malheureux et surtout pour moins abruti que l'ouvrier de Birmingham. Et l'abrutissement moral est un mal contagieux; la grossièreté de l'ouvrier est bien loin d'être sans influence sur le lord.[163]Traduction de leurs cris, que mon cicérone me fit impromptu.[164]Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, page 56. (Page 49 de l'édition duDivan. N. D. L. E.).[165]Un préfet, sous Napoléon, fait appeler un élève de M. le professeur Broussonet à Montpellier, et lui dit gravement:Monsieur, la thèse que vous avez soutenue hier n'est pas catholique.Cette thèse avait rapport à une maladie du bas-ventre qui rend triste; il fallait dire que c'était l'âmequi rend triste.[166]Préface aux derniers chants deDon Juan. Ces derniers chants sont ce que j'ai lu de plus beau en poésie depuis vingt ans. L'assaut d'Ismaïl m'a fait oublier tout l'ennui de Caïn.[167]Nous avons reproduit scrupuleusement, pour cette lettre de Mademoiselle de Lespinasse, sur laquelle se termine l'édition originale deLa Vie de Rossini, le texte donné par Stendhal, et nous n'avons pas voulu lui substituer celui des éditions critiques. N. D. L. E.[168]Cette note et la liste suivante apparaissent seulement pour la première fois dans l'édition de 1854, due aux soins de Romain Colomb. Préparées ou non par des notes de Stendhal, elles n'en sont pas moins utiles et intéressantes. N. D. L. E.[169]Biographie des musiciens, t. VII, p. 485.[170]Rossini devint en effet à cette époque le conseiller intime, l'âme de l'Opéra, alors dirigé par M. Lubbert. On peut, en consultant les journaux et surtout les feuilles satiriques du temps, juger, d'après les plaisanteries dont il fut l'objet, de l'importance du rôle qu'on lui attribuait dans la direction de l'Académie royale de musique.[171]Le théâtre Italien était alors à la salle Favart.[172]Cet incendie eut lieu au mois de janvier 1838.[173]Cette notice se trouve dans la deuxième édition de laVie de Rossini(1824) à la suite de la préface. N. D. L. E.[174]Lefinaledont je parle rend sensible cette vérité, que la tranquillité est la condition essentielle d'un certain genre de beauté, par exemple la beauté de Dresde durant une belle journée d'automne. Cefinaleest l'un des morceaux ou la musique se rapproche le plus de la sculpture antique vue à Rome dans un musée solitaire et silencieux.

[1]Ce qu'une lettre à écrire à une femme d'esprit que l'on aime un peu est à l'égard de la simple conversation, la sculpture l'est à l'égard de la peinture. Dans les deux genres, la grande difficulté est de ne pas marquer trop ce qui ne mérite que d'être indiqué.

[1]Ce qu'une lettre à écrire à une femme d'esprit que l'on aime un peu est à l'égard de la simple conversation, la sculpture l'est à l'égard de la peinture. Dans les deux genres, la grande difficulté est de ne pas marquer trop ce qui ne mérite que d'être indiqué.

[2]On se souvient de la cavatine d'Otello: le chant triomphe, et l'accompagnement dit à Othello: Tu mourras.

[2]On se souvient de la cavatine d'Otello: le chant triomphe, et l'accompagnement dit à Othello: Tu mourras.

[3]Le Faux Pourceaugnac, le Comédien d'Etampes, lesMémoires d'un colonel de hussards,etc., leDeceiver deceivedde Drury-Lane, etc. L'high lifedans toute l'Europe ne vit que de vanité. C'est pour cela peut-être que cette classe, la seule qui cultive la musique hors de l'Italie, a le cœur si anti-musical, et qu'en revanche elle a tant de goût pour les livres français.LesContes morauxde Marmontel sont le sublime de l'esprit et de la délicatesse pour un grand seigneur de Pétersbourg. (De la Russie, par Passovant et Clarke.)

[3]Le Faux Pourceaugnac, le Comédien d'Etampes, lesMémoires d'un colonel de hussards,etc., leDeceiver deceivedde Drury-Lane, etc. L'high lifedans toute l'Europe ne vit que de vanité. C'est pour cela peut-être que cette classe, la seule qui cultive la musique hors de l'Italie, a le cœur si anti-musical, et qu'en revanche elle a tant de goût pour les livres français.

LesContes morauxde Marmontel sont le sublime de l'esprit et de la délicatesse pour un grand seigneur de Pétersbourg. (De la Russie, par Passovant et Clarke.)

[4]Édition de 1854: «Le prince déguisé avec Cenerentola.» N. D. L. E.

[4]Édition de 1854: «Le prince déguisé avec Cenerentola.» N. D. L. E.

[5]Lorsque je cite hardiment un mauvais vers d'un libretto italien au public le plus difficile de l'Europe, on sent bien que mon unique prétention ne peut être que de rappeler lacantilenaet l'accompagnement que Rossini a faits sur ce vers. Comment obtenir un tel résultat d'un lecteur qui depuis six mois n'est pas allé aux Bouffes? Je récuse donc tout lecteur qui, dans les six mois qui ont précédé la lecture de cette note, n'est pas allé à Louvois au moins dix fois, et n'a pas lu depuis deux ans un livre de discussion sérieuse sur les principes des Beaux-Arts, par exemple l'ouvrage de M. l'abbé Dubos surla poésie et la Peinture, ou lesPrincipes du Goûtde Paine Knight, ou leTraité du Beaud'Alison, ou quelque traité allemand sur ce que nos voisins appellent l'esthétique.

[5]Lorsque je cite hardiment un mauvais vers d'un libretto italien au public le plus difficile de l'Europe, on sent bien que mon unique prétention ne peut être que de rappeler lacantilenaet l'accompagnement que Rossini a faits sur ce vers. Comment obtenir un tel résultat d'un lecteur qui depuis six mois n'est pas allé aux Bouffes? Je récuse donc tout lecteur qui, dans les six mois qui ont précédé la lecture de cette note, n'est pas allé à Louvois au moins dix fois, et n'a pas lu depuis deux ans un livre de discussion sérieuse sur les principes des Beaux-Arts, par exemple l'ouvrage de M. l'abbé Dubos surla poésie et la Peinture, ou lesPrincipes du Goûtde Paine Knight, ou leTraité du Beaud'Alison, ou quelque traité allemand sur ce que nos voisins appellent l'esthétique.

[6]Empoisonnement de l'honnête Ganganelli, qui, placé à une fenêtre de son palais de Montecavallo éclairée par le soleil, s'amusait à éblouir les passants avec la réverbération d'un miroir. Singulier effet du poison jésuitique!

[6]Empoisonnement de l'honnête Ganganelli, qui, placé à une fenêtre de son palais de Montecavallo éclairée par le soleil, s'amusait à éblouir les passants avec la réverbération d'un miroir. Singulier effet du poison jésuitique!

[7]Ces mœurs sont peintes admirablement et avec une naïveté singulière dans les seize comédies de Gherardo de'Rossi. A l'exception des grandes inconvenances sociales, telles que l'incendie par vengeance, l'empoisonnement et autres événements trop forts pour la comédie, et dont la peinture, comme chose possible dans les États de Sa Sainteté, aurait pu compromettre la tranquillité de M. de'Rossi, qui est banquier à Rome, tout y est. Ces comédies et lesConfessions de Carlo Gozzisont les pièces justificatives de tout ce qu'on avance ici sur ce pays singulier, qui, au milieu de lasécheressemoderne, produit encore des Canova, des Viganò, des Rossini, tandis que nous n'avons, à quelques expressions près, que des charlatans plus ou moins adroits à courir la pension.

[7]Ces mœurs sont peintes admirablement et avec une naïveté singulière dans les seize comédies de Gherardo de'Rossi. A l'exception des grandes inconvenances sociales, telles que l'incendie par vengeance, l'empoisonnement et autres événements trop forts pour la comédie, et dont la peinture, comme chose possible dans les États de Sa Sainteté, aurait pu compromettre la tranquillité de M. de'Rossi, qui est banquier à Rome, tout y est. Ces comédies et lesConfessions de Carlo Gozzisont les pièces justificatives de tout ce qu'on avance ici sur ce pays singulier, qui, au milieu de lasécheressemoderne, produit encore des Canova, des Viganò, des Rossini, tandis que nous n'avons, à quelques expressions près, que des charlatans plus ou moins adroits à courir la pension.

[8]«Tenez le prince en gaieté, moi je vais à la cave.»—On dit en Italie, d'une voix qui ne se fait pas entendre:Canta in cantina.

[8]«Tenez le prince en gaieté, moi je vais à la cave.»—On dit en Italie, d'une voix qui ne se fait pas entendre:Canta in cantina.

[9]«Je crois déjà voir tel de mes voisins qui me prend à part dans un coin, et me dit: Monsieur le baron, daigneriez-vous présenter ce placet à votre royale fille?Voilà pour prendre le chocolat; et à l'instant une quadruple me tombe dans la main. Je réponds: Ce n'est pas le crédit qui me manque, mais votre quadruple est-elle de poids?»Telles sont les mœurs de la malheureuse Rome, telles sont les plaisanteries qui n'y sont pas sifflées! telle est la manière de traiter les affaires dans les États du pape! A Paris, nous avons plus de délicatesse. Deux jeunes gens qui taisaient de grandes et bonnes affaires avec le ministre de la ***, pensèrent qu'ils pourraient doubler la quantité des bordereaux fictifs qu'ils présentaient tous les mois à la signature, s'ils parvenaient à faire un cadeau agréable au citoyen ministre. Après avoir couru quelque temps les environs de Paris, ils trouvèrent enfin un château fort agréable, au milieu d'une jolie terre, non loin de Mon..... Nos jeunes gens achètent la terre, et font arranger le château dans le goût le plus moderne et avec toute l'élégance possible. Quand toutes les réparations furent achevées, les parquets cirés, les pendules montées, l'un des fournisseurs dit à son ami: Jouissons huit jours de notre château avant de le donner au ministre, le résultat de cette idée lumineuse fut la présence de vingt jolies femmes et de leurs amis, de grands dîners tous les jours, des bals tous les soirs. Enfin le terme fatal arrive; l'un des amis prend tristement les clefs du château et va les présenter au citoyen ministre. «Le château sera humide.» Telles sont les seules paroles du ministre en recevant le cadeau.—«Impossible citoyen ministre, nous avons pris la précaution de l'habiter huit jours avant de vous l'offrir.» Et avec quelles gens l'avez-vous habité?—«Ma foi, avec des hôtes fort aimables, avec nos amis ordinaires.»—«C'est-à-dire, reprend le ministre en fronçant le sourcil, que vous avez osé introduire des femmes suspectes dans mon château; je vous trouve, je l'avoue, d'une rare impertinence. Allez, citoyen, et à l'avenir sachez garder plus de respect pour un ministre.» A ces mots, le fournisseur s'éclipse et le citoyen ministre demande ses chevaux pour aller à sa terre.

[9]«Je crois déjà voir tel de mes voisins qui me prend à part dans un coin, et me dit: Monsieur le baron, daigneriez-vous présenter ce placet à votre royale fille?Voilà pour prendre le chocolat; et à l'instant une quadruple me tombe dans la main. Je réponds: Ce n'est pas le crédit qui me manque, mais votre quadruple est-elle de poids?»

Telles sont les mœurs de la malheureuse Rome, telles sont les plaisanteries qui n'y sont pas sifflées! telle est la manière de traiter les affaires dans les États du pape! A Paris, nous avons plus de délicatesse. Deux jeunes gens qui taisaient de grandes et bonnes affaires avec le ministre de la ***, pensèrent qu'ils pourraient doubler la quantité des bordereaux fictifs qu'ils présentaient tous les mois à la signature, s'ils parvenaient à faire un cadeau agréable au citoyen ministre. Après avoir couru quelque temps les environs de Paris, ils trouvèrent enfin un château fort agréable, au milieu d'une jolie terre, non loin de Mon..... Nos jeunes gens achètent la terre, et font arranger le château dans le goût le plus moderne et avec toute l'élégance possible. Quand toutes les réparations furent achevées, les parquets cirés, les pendules montées, l'un des fournisseurs dit à son ami: Jouissons huit jours de notre château avant de le donner au ministre, le résultat de cette idée lumineuse fut la présence de vingt jolies femmes et de leurs amis, de grands dîners tous les jours, des bals tous les soirs. Enfin le terme fatal arrive; l'un des amis prend tristement les clefs du château et va les présenter au citoyen ministre. «Le château sera humide.» Telles sont les seules paroles du ministre en recevant le cadeau.—«Impossible citoyen ministre, nous avons pris la précaution de l'habiter huit jours avant de vous l'offrir.» Et avec quelles gens l'avez-vous habité?—«Ma foi, avec des hôtes fort aimables, avec nos amis ordinaires.»—«C'est-à-dire, reprend le ministre en fronçant le sourcil, que vous avez osé introduire des femmes suspectes dans mon château; je vous trouve, je l'avoue, d'une rare impertinence. Allez, citoyen, et à l'avenir sachez garder plus de respect pour un ministre.» A ces mots, le fournisseur s'éclipse et le citoyen ministre demande ses chevaux pour aller à sa terre.

[10]1 «Fût-elle cachée dans le sein de Jupiter.» On voit que la mythologie est la providence des mauvais poëtes, en Italie comme en France.

[10]1 «Fût-elle cachée dans le sein de Jupiter.» On voit que la mythologie est la providence des mauvais poëtes, en Italie comme en France.

[11]Nous avons réduit nos meilleurs acteurs comiques Samson et Monrose, à n'être que des gens qui nous répètent un bon conteque nous savons. Notre sourcilleuse pruderie ne veut rien d'imprévu. Le seul Potier a peut-être le privilège de nous faire riresans conséquence. C'est que nous pouvons mépriser son genre à notre aise.

[11]Nous avons réduit nos meilleurs acteurs comiques Samson et Monrose, à n'être que des gens qui nous répètent un bon conteque nous savons. Notre sourcilleuse pruderie ne veut rien d'imprévu. Le seul Potier a peut-être le privilège de nous faire riresans conséquence. C'est que nous pouvons mépriser son genre à notre aise.

[12]Je m'attends bien que, si les littérateurs français lisent cette page, ils vont s'écrier en colère: Mais nous rions beaucoup! Il n'y a même que le Français en Europe qui sache rire!

[12]Je m'attends bien que, si les littérateurs français lisent cette page, ils vont s'écrier en colère: Mais nous rions beaucoup! Il n'y a même que le Français en Europe qui sache rire!

[13]le prince de Darmstadt rappelle les beaux jours de l'empereur Charles VI, qui passait pour le premier contre-pointiste de ses États. Ce prince, ami des arts, ne manque pas une répétition de son Opéra, et bat la mesure dans sa loge; il a donné son ordre à tous les musiciens de son orchestre, qui est excellent.

[13]le prince de Darmstadt rappelle les beaux jours de l'empereur Charles VI, qui passait pour le premier contre-pointiste de ses États. Ce prince, ami des arts, ne manque pas une répétition de son Opéra, et bat la mesure dans sa loge; il a donné son ordre à tous les musiciens de son orchestre, qui est excellent.

[14]L'un des cent opéras de Joseph Mosca.

[14]L'un des cent opéras de Joseph Mosca.

[15]En septembre 1823, Velluti chante à Livourne l'opéra de Morlacchi, intituléTebaldo e Isolina, où se trouve la célèbre romance.

[15]En septembre 1823, Velluti chante à Livourne l'opéra de Morlacchi, intituléTebaldo e Isolina, où se trouve la célèbre romance.

[16]Cettestagionecommence le 10 avril; lastagionedu carnaval, le 26 décembre, seconde fête de Noël; et celle de l'automne, le 15 août.

[16]Cettestagionecommence le 10 avril; lastagionedu carnaval, le 26 décembre, seconde fête de Noël; et celle de l'automne, le 15 août.

[17]Voir les dissertations imprimées à Berlin sur cette ouverture en 1819.

[17]Voir les dissertations imprimées à Berlin sur cette ouverture en 1819.

[18]Ce commencement du premier acte a le caractère des Poésies de Crabbe, quelquefois l'énergie des Ballades de Burns.

[18]Ce commencement du premier acte a le caractère des Poésies de Crabbe, quelquefois l'énergie des Ballades de Burns.

[19]C'est le même principe que pour les tableaux du Corrège et les marbres antiques. Il y a une description dubeauqui convient à tous les arts, depuis un duetto bouffe jusqu'à l'architecture de l'intérieur d'une prison. Des pilastres grecs dans une prison consolent.

[19]C'est le même principe que pour les tableaux du Corrège et les marbres antiques. Il y a une description dubeauqui convient à tous les arts, depuis un duetto bouffe jusqu'à l'architecture de l'intérieur d'une prison. Des pilastres grecs dans une prison consolent.

[20]Si l'on supprime une mesure de la première phrase que chante Ninette, on sent qu'il manque quelque chose; ce qui n'a guère lieu chez Rossini que dans les mouvements de valse, du moins dans les opéras de saseconde manière.

[20]Si l'on supprime une mesure de la première phrase que chante Ninette, on sent qu'il manque quelque chose; ce qui n'a guère lieu chez Rossini que dans les mouvements de valse, du moins dans les opéras de saseconde manière.

[21]Opéra célèbre en France il y a vingt ans; c'est le sujet si beau d'une fille-mère, abandonnée par son amant. Comparez l'air de Rossini avecla Famille suisse de Weigell, chef-d'œuvre de simplicité allemande qui parut trop simple au public de Milan en 1819.

[21]Opéra célèbre en France il y a vingt ans; c'est le sujet si beau d'une fille-mère, abandonnée par son amant. Comparez l'air de Rossini avecla Famille suisse de Weigell, chef-d'œuvre de simplicité allemande qui parut trop simple au public de Milan en 1819.

[22]Je vois les juifs de Pologne comme les voleurs d'un autre genre deFondi, au royaume de Naples; la faute, l'unique faute est aux gouvernements dont l'imprévoyancecréede tels êtres. Les juifs français, depuis Napoléon, sont comme les autres citoyens, seulement un peu plus avares.

[22]Je vois les juifs de Pologne comme les voleurs d'un autre genre deFondi, au royaume de Naples; la faute, l'unique faute est aux gouvernements dont l'imprévoyancecréede tels êtres. Les juifs français, depuis Napoléon, sont comme les autres citoyens, seulement un peu plus avares.

[23]Malheureux! s'écrie le capitaine, et il se jette sur moi l'épée à la main.

[23]Malheureux! s'écrie le capitaine, et il se jette sur moi l'épée à la main.

[24]Magis sine vitiis quam cum virtutibus. Un talent calculé pour les Parisiens de 1810, c'était celui de madame Barilli. Le public de Louvois a fait depuis des progrès immenses, ce qui ne veut point dire que l'excellente Barilli n'eût encore aujourd'hui un fort beau succès. Quatre ou cinq cents personnes de Paris ont fait l'éducation de leur oreille, et sont d'aussi bons juges que les dix mille spectateurs qui fréquentent les théâtres de San-Carlo ou de la Scala.

[24]Magis sine vitiis quam cum virtutibus. Un talent calculé pour les Parisiens de 1810, c'était celui de madame Barilli. Le public de Louvois a fait depuis des progrès immenses, ce qui ne veut point dire que l'excellente Barilli n'eût encore aujourd'hui un fort beau succès. Quatre ou cinq cents personnes de Paris ont fait l'éducation de leur oreille, et sont d'aussi bons juges que les dix mille spectateurs qui fréquentent les théâtres de San-Carlo ou de la Scala.

[25]Plus pompeux que touchant. Le style de Paul Véronèse ou de Buffon. Ce style est lesublimedes cœurs froids. Il fait beaucoup d'effet en province.L'harmonie du commencement de ce duetto rappelle l'introduction duBarbier. On adresse le même reproche à quelques parties dufinaledu premier acte. Il y a des ressemblances entre l'airMi manca la vocedeMosèet le quintettoUn Padre, una figlia.On dit que le morceau qui suit la condamnation de Ninetto rappelle un chœur de la Vestale:Détachez ces bandeaux.

[25]Plus pompeux que touchant. Le style de Paul Véronèse ou de Buffon. Ce style est lesublimedes cœurs froids. Il fait beaucoup d'effet en province.

L'harmonie du commencement de ce duetto rappelle l'introduction duBarbier. On adresse le même reproche à quelques parties dufinaledu premier acte. Il y a des ressemblances entre l'airMi manca la vocedeMosèet le quintetto

Un Padre, una figlia.

On dit que le morceau qui suit la condamnation de Ninetto rappelle un chœur de la Vestale:Détachez ces bandeaux.

[26]Il ne fallait pas faire un soldat français si tremblanten paroles. L'auteur du Libretto n'a pas songé à la vanité du pays où il place la scène de son ouvrage; il a peint un malheureux avec vérité. Voilà la grossièreté que les connaisseurs français reprochent aux personnages du Guerchin.

[26]Il ne fallait pas faire un soldat français si tremblanten paroles. L'auteur du Libretto n'a pas songé à la vanité du pays où il place la scène de son ouvrage; il a peint un malheureux avec vérité. Voilà la grossièreté que les connaisseurs français reprochent aux personnages du Guerchin.

[27]«Nous voici seuls: amour seconde ma flamme et mes vœux. Belle Ninette, si vous n'êtes pas barbare, daignez m'accorder une place dans votre cœur.»

[27]«Nous voici seuls: amour seconde ma flamme et mes vœux. Belle Ninette, si vous n'êtes pas barbare, daignez m'accorder une place dans votre cœur.»

[28]Voir les admirables Mémoires de mistress Hutchinson, et les procès de Sidney et de tant d'autres. Voir certains détails de procès criminels dans Voltaire. Voir....

[28]Voir les admirables Mémoires de mistress Hutchinson, et les procès de Sidney et de tant d'autres. Voir certains détails de procès criminels dans Voltaire. Voir....

[29]Il Podestà—Ora è mia, son contento,Ah! sei giunto,felice momento,Lo spavento piegar la farà.

[29]Il Podestà—Ora è mia, son contento,Ah! sei giunto,felice momento,Lo spavento piegar la farà.

[30]Si l'on attaque les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal Consalvi. Voir Laorens:Tableau de Rome; Simond, Gorani.

[30]Si l'on attaque les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal Consalvi. Voir Laorens:Tableau de Rome; Simond, Gorani.

[31]Le caractère du podestat a été peint avec esprit et énergie par Duclos, dans le roman de laBaronne de Luz. Le juge libertin de Duclos s'appelle Thuring; celui de laGazza ladradoit être joué avec une teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il faut faire ressortir la qualité de goguenard.

[31]Le caractère du podestat a été peint avec esprit et énergie par Duclos, dans le roman de laBaronne de Luz. Le juge libertin de Duclos s'appelle Thuring; celui de laGazza ladradoit être joué avec une teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il faut faire ressortir la qualité de goguenard.

[32]Le plaisirdramatiquene se voit plus que chez le peuple, à la Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.

[32]Le plaisirdramatiquene se voit plus que chez le peuple, à la Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.

[33]Exemple frappant du défaut de Rossini dans saseconde manière; il écrit un air avec lesagrémentsque son chanteur exécute avec facilité.

[33]Exemple frappant du défaut de Rossini dans saseconde manière; il écrit un air avec lesagrémentsque son chanteur exécute avec facilité.

[34]Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple, dans l'air:Batti, batti, o bel MazettodeDon Juan.

[34]Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple, dans l'air:Batti, batti, o bel MazettodeDon Juan.

[35]Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en 1520.

[35]Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en 1520.

[36]«Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se défendre.»Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc. On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur français. Ces messieurs attaquent lesparolesd'un libretto; voyez la grande colère duMiroircontre le cra, cra du Taddeo de l'Italiana in Algeri. Pour moi, je m'attaque auxsituationsfausses; les paroles d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas. J'ai lu celles de laGazzapour la première fois, en écrivant la présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique en note au bas de la page, pour nommer un air.Depuis le milieu du premier acte de laGazza, tout est tristesse et désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'horreur; le podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un sujet à peu près semblable (le Déserteur), Sedaine évita toutes ces sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel, l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française compterait un homme de génie de plus.La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut, au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus inutile pour les arts que la protection des sots riches et l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à admettre Sedaine; jugez des autres.

[36]«Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se défendre.»

Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc. On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur français. Ces messieurs attaquent lesparolesd'un libretto; voyez la grande colère duMiroircontre le cra, cra du Taddeo de l'Italiana in Algeri. Pour moi, je m'attaque auxsituationsfausses; les paroles d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas. J'ai lu celles de laGazzapour la première fois, en écrivant la présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique en note au bas de la page, pour nommer un air.

Depuis le milieu du premier acte de laGazza, tout est tristesse et désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'horreur; le podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un sujet à peu près semblable (le Déserteur), Sedaine évita toutes ces sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel, l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française compterait un homme de génie de plus.

La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut, au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus inutile pour les arts que la protection des sots riches et l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à admettre Sedaine; jugez des autres.

[37]Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère un peu la véritésimpleetunede la parole de l'homme passionné. Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est cette parole. Racine altère pour orner; les mœurs de 1670 lui demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature.Guillaume Tellde Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'Iphigénie en Aulide.

[37]Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère un peu la véritésimpleetunede la parole de l'homme passionné. Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est cette parole. Racine altère pour orner; les mœurs de 1670 lui demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature.Guillaume Tellde Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'Iphigénie en Aulide.

[38]«Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»

[38]«Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»

[39]Prison de l'historien Giannone.

[39]Prison de l'historien Giannone.

[40]Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans honte, ducafé, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs successeurs?

[40]Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans honte, ducafé, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs successeurs?

[41]On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dansOtello.

[41]On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dansOtello.

[42]L'honneur national!grand argument musical duMiroird'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout bonnement l'art d'en appeler auxpassionsdes gens tropoccupéspour avoir une opinion.

[42]L'honneur national!grand argument musical duMiroird'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout bonnement l'art d'en appeler auxpassionsdes gens tropoccupéspour avoir une opinion.

[43]Il y a quelque temps que, dansTancrède, l'orchestre de Louvois exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le duettoAh! se de'mali miei, un demi-ton plus haut que la note écrite; il est on ut, on le chante enre. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra criait:Messieurs, attention au démanché!

[43]Il y a quelque temps que, dansTancrède, l'orchestre de Louvois exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le duettoAh! se de'mali miei, un demi-ton plus haut que la note écrite; il est on ut, on le chante enre. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra criait:Messieurs, attention au démanché!

[44]Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt à le louer.

[44]Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt à le louer.

[45]Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce quicoûte bien cher, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an 1830.

[45]Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce quicoûte bien cher, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an 1830.

[46]Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges àl'italienne, et faire d'autres corridors latéraux.

[46]Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges àl'italienne, et faire d'autres corridors latéraux.

[47]Voirla Renomméedes premiers jours de septembre 1819, autant que je puis m'en souvenir, et les autres journaux.

[47]Voirla Renomméedes premiers jours de septembre 1819, autant que je puis m'en souvenir, et les autres journaux.

[48]Voir ci-après les chapitres relatifs auchanttel qu'il était en 1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les idées dans les conversations dont je viens de parler.

[48]Voir ci-après les chapitres relatifs auchanttel qu'il était en 1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les idées dans les conversations dont je viens de parler.

[49]Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donnerMoïseà Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique deMoïseunPierre l'Ermite, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on fera deslibrettipassables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est impossible en France, même à Toulouse.

[49]Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donnerMoïseà Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique deMoïseunPierre l'Ermite, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on fera deslibrettipassables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est impossible en France, même à Toulouse.

[50]Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même chant! Excellente critique.

[50]Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même chant! Excellente critique.

[51]Nous sommes accoutumés à voir les montagnesfaire ombresur le ciel; première scène deDon Juan, à la reprise de septembre 1823.

[51]Nous sommes accoutumés à voir les montagnesfaire ombresur le ciel; première scène deDon Juan, à la reprise de septembre 1823.

[52]C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.

[52]C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.

[53]Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire et de les élever au sublime. Le superbe poëmeJob, le Lévite d'Ephraïm, l'épisode deRuth, sont faciles à arranger enopera seria. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a essayé une tragédie intitulée:la Passion de Jésus.

[53]Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire et de les élever au sublime. Le superbe poëmeJob, le Lévite d'Ephraïm, l'épisode deRuth, sont faciles à arranger enopera seria. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a essayé une tragédie intitulée:la Passion de Jésus.

[54]Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture d'Otello, Rossini a fait un air pourOsiride.

[54]Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture d'Otello, Rossini a fait un air pourOsiride.

[55]Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute traduction eût été fort inexacte.

[55]Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute traduction eût été fort inexacte.

[56]Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques, et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.

[56]Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques, et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.

[57]Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains, c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.

[57]Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains, c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.

[58]Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils, reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez dedouceurdans son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en 1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi que le bon Mayer, l'auteur deGinevra di Scozia.

[58]Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils, reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez dedouceurdans son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en 1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi que le bon Mayer, l'auteur deGinevra di Scozia.

[59]Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique; le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les environs de Cologne.

[59]Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique; le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les environs de Cologne.

[60]C'est par lemouvementque la musique élève l'âme jusqu'aux sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir un instant comme un homme d'esprit.C'est par l'immobilitéque la sculpture parvient à faire concevoir ce même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le présent chapitre.

[60]C'est par lemouvementque la musique élève l'âme jusqu'aux sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir un instant comme un homme d'esprit.

C'est par l'immobilitéque la sculpture parvient à faire concevoir ce même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.

J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le présent chapitre.

[61]Voir les singuliers raisonnements duJournal des Débatsd'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie du récitatif; lechantlui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et le raisonnement ne peut y conduire.

[61]Voir les singuliers raisonnements duJournal des Débatsd'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie du récitatif; lechantlui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et le raisonnement ne peut y conduire.

[62]Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes de vingt-cinq ans.

[62]Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes de vingt-cinq ans.

[63]Mémorial de Sainte-Hélène, de M. le comte de Las-Cases, tome IV; révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures curieuses des patriotes déportés aux Bouches duCattaro, décrites par M. Apostoli, de Padoue, dans sesLettere Sirmiensi, 1809.

[63]Mémorial de Sainte-Hélène, de M. le comte de Las-Cases, tome IV; révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures curieuses des patriotes déportés aux Bouches duCattaro, décrites par M. Apostoli, de Padoue, dans sesLettere Sirmiensi, 1809.

[64]Natum pati et agere fortia, vers fait pour saint Ignace de Loyola.

[64]Natum pati et agere fortia, vers fait pour saint Ignace de Loyola.

[65]Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est vrai que le ciel a oublié de placer un cœur dans le voisinage de ce gosier sublime.

[65]Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est vrai que le ciel a oublié de placer un cœur dans le voisinage de ce gosier sublime.

[66]Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien,biscromay veut dire double croche. N. D. L. E.

[66]Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien,biscromay veut dire double croche. N. D. L. E.

[67]Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)

[67]Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)

[68]Et les premiers essais de Rossini:la Cambiale di Matrimonio,l'Equivoco stravagante,Ciro in Babilonia,la Scala di seta,l'Occasione fa il ladro,il Figlio per azzardo.

[68]Et les premiers essais de Rossini:la Cambiale di Matrimonio,l'Equivoco stravagante,Ciro in Babilonia,la Scala di seta,l'Occasione fa il ladro,il Figlio per azzardo.

[69]Il avait vingt-deux ans.

[69]Il avait vingt-deux ans.

[70]L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il bouda comme un enfant tout le temps des représentations de l'Aureliano: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est entièrement mené par un valet de chambre.

[70]L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il bouda comme un enfant tout le temps des représentations de l'Aureliano: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est entièrement mené par un valet de chambre.

[71]Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des mouvements du cœur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas demots françaispour traduire avec exactitude et clarté les noms des diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de me servir quelquefois desmots italiens. Je suis obligé de sacrifier à la précision et à la clarté.

[71]Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des mouvements du cœur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas demots françaispour traduire avec exactitude et clarté les noms des diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de me servir quelquefois desmots italiens. Je suis obligé de sacrifier à la précision et à la clarté.

[72]Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras:Elisabetta,Otello,Armida,Mosè,Ricciardo e Zoraïde,Ermione,la Donna del Lago,Maometto secondo, etZelmira; 1815 à 1822.

[72]Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras:Elisabetta,Otello,Armida,Mosè,Ricciardo e Zoraïde,Ermione,la Donna del Lago,Maometto secondo, etZelmira; 1815 à 1822.

[73]L'airdi tanti palpitia été chanté avec succès, sous nos yeux, en troistonsdifférents.

[73]L'airdi tanti palpitia été chanté avec succès, sous nos yeux, en troistonsdifférents.

[74]Marchesi changeait chaque soir toutes lesfioriturede ses rôles. (Milan, 1794.)

[74]Marchesi changeait chaque soir toutes lesfioriturede ses rôles. (Milan, 1794.)

[75]Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur Edwards.

[75]Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur Edwards.

[76]Calculés sur nos besoinsactuels; cette musique est éminemmentromantique.

[76]Calculés sur nos besoinsactuels; cette musique est éminemmentromantique.

[77]La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables. Elle était Romaine.

[77]La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables. Elle était Romaine.

[78]Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour lesGorgheggiet autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure commepria che spuntidans leMariage secret. Rossini eût écrit les agréments de cet air. Il est du genre qu'on appelle à Naplesaria di narrazione.

[78]Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour lesGorgheggiet autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure commepria che spuntidans leMariage secret. Rossini eût écrit les agréments de cet air. Il est du genre qu'on appelle à Naplesaria di narrazione.

[79]Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie antiche.»

[79]Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie antiche.»

[80]Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit à traduire son âme pardes sons; et les longues soirées de la captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont plusdifficilesqu'aucun concerto.

[80]Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit à traduire son âme pardes sons; et les longues soirées de la captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont plusdifficilesqu'aucun concerto.

[81]Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamaisstentati(forcés).

[81]Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamaisstentati(forcés).

[82]Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.

[82]Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.

[83]Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres de rente.

[83]Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres de rente.

[84]Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie de sa gloire.

[84]Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie de sa gloire.

[85]On dirait en italien:Una voce pura o velata, debole o forte, piena o soltile, stridula o smorzata.

[85]On dirait en italien:Una voce pura o velata, debole o forte, piena o soltile, stridula o smorzata.

[86]Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près lePrato della Valle, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intituléRome, Naples et Florence en1817.

[86]Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près lePrato della Valle, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intituléRome, Naples et Florence en1817.

[87]Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus qu'avec l'Isolinade Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.

[87]Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus qu'avec l'Isolinade Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.

[88]En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement,orecchianti; la qualité contraire est exprimée par le motprofessore. On vous dira à Florence:Zuchelli è un professore; ce qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il sait fort bien la musique.

[88]En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement,orecchianti; la qualité contraire est exprimée par le motprofessore. On vous dira à Florence:Zuchelli è un professore; ce qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il sait fort bien la musique.

[89]J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.

[89]J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.

[90]Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donnerles Horacesavec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en entreprise commela Scala.

[90]Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donnerles Horacesavec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en entreprise commela Scala.

[91]Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle deSchauroth, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la folie du génie.

[91]Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle deSchauroth, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la folie du génie.

[92]Transcrire dans la partition desHoraces, les paroles de l'air célèbre:Quelle pupille tenere, telles qu'elles sont chantées.

[92]Transcrire dans la partition desHoraces, les paroles de l'air célèbre:Quelle pupille tenere, telles qu'elles sont chantées.

[93]C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois jours après Desdemona.

[93]C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois jours après Desdemona.

[94]Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans legenre simple, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de l'auteur deZelmire.

[94]Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans legenre simple, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de l'auteur deZelmire.

[95]C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle deCuriaziodansles Horacesde Cimarosa: Roméo et Médée.

[95]C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle deCuriaziodansles Horacesde Cimarosa: Roméo et Médée.

[96]La clarinette, par exemple, a deuxregistres. Les sons bas ne semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces, le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements.Voirles expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de bon esprit pour rapporter avecsimplicitéles résultats de cet essai, et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence. Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.

[96]La clarinette, par exemple, a deuxregistres. Les sons bas ne semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces, le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements.Voirles expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de bon esprit pour rapporter avecsimplicitéles résultats de cet essai, et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence. Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.

[97]Madame Todi chanta à Venise en1795ou1796, et à Paris en 1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait plus que chez des gens fort âgés, à la fin duXVIIIesiècle. Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.

[97]Madame Todi chanta à Venise en1795ou1796, et à Paris en 1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait plus que chez des gens fort âgés, à la fin duXVIIIesiècle. Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.

[98]Cettepacatezzades gestes et du chant distingue madame Pasta de toutes les grandes actrices que j'ai vues.

[98]Cettepacatezzades gestes et du chant distingue madame Pasta de toutes les grandes actrices que j'ai vues.

[99]Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.

[99]Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.

[100]Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans laRosa biancaplusieurs agréments de la prière de Desdemona.

[100]Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans laRosa biancaplusieurs agréments de la prière de Desdemona.

[101]Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le chant; mais comme en amour lenaturelest indispensable, il faut que la vois exécute une choseinventée pour elle, qui ne la gêne pas, et que l'âme du chanteur trouvedélicieuse, au moment où il chante.

[101]Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le chant; mais comme en amour lenaturelest indispensable, il faut que la vois exécute une choseinventée pour elle, qui ne la gêne pas, et que l'âme du chanteur trouvedélicieuse, au moment où il chante.

[102]Voirle Corsairedu 3 octobre 1823.

[102]Voirle Corsairedu 3 octobre 1823.

[103]C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre, composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de 1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos symphonistes, nous ne verrons jamais lapartie improviséedu beau chant.

[103]C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre, composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de 1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos symphonistes, nous ne verrons jamais lapartie improviséedu beau chant.

[104]Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.

[104]Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.

[105]Lebeau idéaldans tous les genres n'a qu'une mesureraisonnable; c'est le degré de notre émotion.

[105]Lebeau idéaldans tous les genres n'a qu'une mesureraisonnable; c'est le degré de notre émotion.

[106]Voirdans leMémorial de Sainte-Hélène, tome IV, un passage intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête:Liberté, égalité. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne soient vendues à l'épicier.

[106]Voirdans leMémorial de Sainte-Hélène, tome IV, un passage intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête:Liberté, égalité. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne soient vendues à l'épicier.

[107]Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus clair et plus agréable chez Rossini.

[107]Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus clair et plus agréable chez Rossini.

[108]Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.

[108]Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.

[109]Tel de mes voisins qui préfèreMosèàTancrède, aimera mieux laSemiramide e sempre bene; si nous sommes de bonne foi, nous avons tous deux raison.

[109]Tel de mes voisins qui préfèreMosèàTancrède, aimera mieux laSemiramide e sempre bene; si nous sommes de bonne foi, nous avons tous deux raison.

[110]Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès qu'une jeune personne ne peut pas monter ausolou aula, on dit ici qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans lesDébatsde juillet 1823.

[110]Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès qu'une jeune personne ne peut pas monter ausolou aula, on dit ici qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans lesDébatsde juillet 1823.

[111]M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction duComte de Carmagnola(1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir unShakspearetraduit de ce style! C'est dans leComte de Carmagnolaque se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite auXIXesiècle, du moins à mon avis:I fratelli hanno ucciso i fratelli!

[111]M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction duComte de Carmagnola(1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir unShakspearetraduit de ce style! C'est dans leComte de Carmagnolaque se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite auXIXesiècle, du moins à mon avis:

I fratelli hanno ucciso i fratelli!

[112]On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné.Odoardo e Cristinaavec le plus grand succès (1822). On a placé dansOdoardoles plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.

[112]On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné.Odoardo e Cristinaavec le plus grand succès (1822). On a placé dansOdoardoles plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.

[113]«Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»

[113]«Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»

[114]Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle Colbrand.

[114]Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle Colbrand.

[115]Si je cite souventle Mariage Secret, c'est qu'il est au nombre des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq cents dilettanti auxquels je m'adresse.

[115]Si je cite souventle Mariage Secret, c'est qu'il est au nombre des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq cents dilettanti auxquels je m'adresse.

[116]En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en Amérique? etc.

[116]En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en Amérique? etc.

[117]Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur la mer.

[117]Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur la mer.

[118]S'il convient jamais à M. Rossini de contester quelque phrase de ces chapitres, je la désavoue par avance; je serais au désespoir de manquer de délicatesse envers l'un des hommes pour qui j'ai le respect le plus senti. Je n'admets qu'unenoblesse, celle des talents, ensuite celle de la haute vertu; les gens qui ont fait de grandes choses ou qui sont immensément riches peuvent être admis ensuite.

[118]S'il convient jamais à M. Rossini de contester quelque phrase de ces chapitres, je la désavoue par avance; je serais au désespoir de manquer de délicatesse envers l'un des hommes pour qui j'ai le respect le plus senti. Je n'admets qu'unenoblesse, celle des talents, ensuite celle de la haute vertu; les gens qui ont fait de grandes choses ou qui sont immensément riches peuvent être admis ensuite.

[119]Le comique, en Italie, c'est se tromper dans la route du bonheur que l'on brûle d'atteindre, et ce bonheur n'est pas toujours et uniquement placé dans l'imitation des manières de la haute-société.

[119]Le comique, en Italie, c'est se tromper dans la route du bonheur que l'on brûle d'atteindre, et ce bonheur n'est pas toujours et uniquement placé dans l'imitation des manières de la haute-société.

[120]La musique ne laisse aucun monument en Italie; je me suis vu souvent dans la nécessité d'écrire vingt lettres pour savoir avec précision l'époque de la composition d'un opéra, et souvent l'on m'a donné en réponse trois ou quatre dates également probables. J'ai des lettres qui me disent queCiro, opéra de Rossini, a été représenté pour la première fois en deux villes et en trois années différentes. Par ces considérations, je prie le lecteur bénévole de pardonner quelques erreurs de détail; il fallait beaucoup plus de temps et de patience que je n'en ai pour lui présenter une véritable histoire de Rossini, inattaquable dans toutes ses assertions. Tout ce que je puis espérer, c'est que les conclusions générales que l'auteur tire des faits montreront que suivant sa manière de voir et de sentir, il les a envisagés d'une manière correcte.

[120]La musique ne laisse aucun monument en Italie; je me suis vu souvent dans la nécessité d'écrire vingt lettres pour savoir avec précision l'époque de la composition d'un opéra, et souvent l'on m'a donné en réponse trois ou quatre dates également probables. J'ai des lettres qui me disent queCiro, opéra de Rossini, a été représenté pour la première fois en deux villes et en trois années différentes. Par ces considérations, je prie le lecteur bénévole de pardonner quelques erreurs de détail; il fallait beaucoup plus de temps et de patience que je n'en ai pour lui présenter une véritable histoire de Rossini, inattaquable dans toutes ses assertions. Tout ce que je puis espérer, c'est que les conclusions générales que l'auteur tire des faits montreront que suivant sa manière de voir et de sentir, il les a envisagés d'une manière correcte.

[121]Je laisse leurs noms italiens aux saisons théâtrales; nous n'avons point d'usages correspondants, et par conséquent toute traduction serait inexacte. On sait qu'à chaque saison les troupes chantantes se renouvellent. Lastagione del carnovalecommence le 26 décembre; laprimaveracommence le 10 avril, et l'autunnole 15 août. Dans certaines villes, les époques de l'autunnoet de laprimaveravarient un peu: à Milan, il y a quelquefois unautunnino. Quant au carnaval, il commence invariablement le jour de la seconde fête de Noël.

[121]Je laisse leurs noms italiens aux saisons théâtrales; nous n'avons point d'usages correspondants, et par conséquent toute traduction serait inexacte. On sait qu'à chaque saison les troupes chantantes se renouvellent. Lastagione del carnovalecommence le 26 décembre; laprimaveracommence le 10 avril, et l'autunnole 15 août. Dans certaines villes, les époques de l'autunnoet de laprimaveravarient un peu: à Milan, il y a quelquefois unautunnino. Quant au carnaval, il commence invariablement le jour de la seconde fête de Noël.

[122]Qui chante encore avec succès, en 1823, au théâtre dela Scala; sa voix est aussi belle qu'il y a dix ans. Madame Belloc, fille d'un officier cisalpin chassé de sa patrie, a débuté à Bourg en Bresse au mois de janvier 1800.

[122]Qui chante encore avec succès, en 1823, au théâtre dela Scala; sa voix est aussi belle qu'il y a dix ans. Madame Belloc, fille d'un officier cisalpin chassé de sa patrie, a débuté à Bourg en Bresse au mois de janvier 1800.

[123]A trois voix, dit M. Prunières. N. D. L. E.

[123]A trois voix, dit M. Prunières. N. D. L. E.

[124]Les notes relatives à ce chapitre, qui sont désignées par des lettres capitales, ont été fournies par un ancien administrateur des théâtres. L'auteur prévient, dans la première édition, qu'il a cru ne pas devoir changer une seule expression à ces notes écrites au crayon en marge de son manuscrit. (Note de l'édition de1854.)C'est pour ce chapitre que Stendhal avait obtenu la collaboration de son ami le baron de Mareste. N. D. L. E.

[124]Les notes relatives à ce chapitre, qui sont désignées par des lettres capitales, ont été fournies par un ancien administrateur des théâtres. L'auteur prévient, dans la première édition, qu'il a cru ne pas devoir changer une seule expression à ces notes écrites au crayon en marge de son manuscrit. (Note de l'édition de1854.)

C'est pour ce chapitre que Stendhal avait obtenu la collaboration de son ami le baron de Mareste. N. D. L. E.

[125]Je me règle d'après le budget du Théâtre du Roi (Opéra-Italien) à Londres. Ce budget est fort bon à connaître. La dépense totale est de 1.200.000 fr. à Londres. J'ai consulté le cahier des charges du théâtre dela Scalade Milan.

[125]Je me règle d'après le budget du Théâtre du Roi (Opéra-Italien) à Londres. Ce budget est fort bon à connaître. La dépense totale est de 1.200.000 fr. à Londres. J'ai consulté le cahier des charges du théâtre dela Scalade Milan.

[126]J'insiste sur cette somme de vingt mille francs. J'ai tout lieu de croire que ce quidésespèrel'administration subalterne, c'est qu'il y a bénéfice sur le théâtre de Louvois.

[126]J'insiste sur cette somme de vingt mille francs. J'ai tout lieu de croire que ce quidésespèrel'administration subalterne, c'est qu'il y a bénéfice sur le théâtre de Louvois.

[127]Engager tout simplement Sanquirico et un de ses élèves, à tant par an ou tant par décoration; il y aura encore économie. Ici je croîs qu'il faudrait dire un mot de l'immense supériorité des décorations italiennes sur les nôtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des prix. Si, par exemple, on pouvait établir comme fait que les décorations dela Lampe merveilleuseont coûté cent mille francs, et que le même nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n'auraient coûté que douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l'art, les décoration italiennes auraient été bien supérieures{*}, il me semble que ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que de gens sont intéressés à déguiser l'abus que je signale! Interroger M. Aumer, l'auteur du ballet d'Alfred le Grand, sur le pris des décorations à Milan.{*} VoirRome Naples et Florence en1817, page 10.Si l'on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage Daguerre; il a beaucoup de talent, et qu'on le fasse peindre à détrempe et non à l'huile; que toute décoration soit mise de côté après avoir servi cent fois. C'est encore traiter le public de Paris avec bien de la mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante représentations au plus, souvent après trois jours.Le ventilateur du théâtre Louvois vient de coûter trente-huit mille francs, et l'on y prend mal à la tête au bout d'une heure. Je serais curieux de voir le compte de cette dépense de trente-huit mille francs. Les abus sur l'achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il faudrait acheter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les fit maintenir au degré indiqué d'après là température extérieure. Pourquoi allumer du feu quand l'air extérieur est à dix degrés? Le gaz échauffe beaucoup.

[127]Engager tout simplement Sanquirico et un de ses élèves, à tant par an ou tant par décoration; il y aura encore économie. Ici je croîs qu'il faudrait dire un mot de l'immense supériorité des décorations italiennes sur les nôtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des prix. Si, par exemple, on pouvait établir comme fait que les décorations dela Lampe merveilleuseont coûté cent mille francs, et que le même nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n'auraient coûté que douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l'art, les décoration italiennes auraient été bien supérieures{*}, il me semble que ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que de gens sont intéressés à déguiser l'abus que je signale! Interroger M. Aumer, l'auteur du ballet d'Alfred le Grand, sur le pris des décorations à Milan.

{*} VoirRome Naples et Florence en1817, page 10.

Si l'on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage Daguerre; il a beaucoup de talent, et qu'on le fasse peindre à détrempe et non à l'huile; que toute décoration soit mise de côté après avoir servi cent fois. C'est encore traiter le public de Paris avec bien de la mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante représentations au plus, souvent après trois jours.

Le ventilateur du théâtre Louvois vient de coûter trente-huit mille francs, et l'on y prend mal à la tête au bout d'une heure. Je serais curieux de voir le compte de cette dépense de trente-huit mille francs. Les abus sur l'achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il faudrait acheter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les fit maintenir au degré indiqué d'après là température extérieure. Pourquoi allumer du feu quand l'air extérieur est à dix degrés? Le gaz échauffe beaucoup.

[128]Cette somme devrait donc être portée au budget de la ville de Paris, dont les habitants ont le plaisir de la musique, et dont l'octroifait des bénéfices par la présence de dix mille étrangers riches.

[128]Cette somme devrait donc être portée au budget de la ville de Paris, dont les habitants ont le plaisir de la musique, et dont l'octroifait des bénéfices par la présence de dix mille étrangers riches.

[129]L'élection peut se faire de la manière la plus simple, au moyen d'un registre déposé à l'administration du théâtre.

[129]L'élection peut se faire de la manière la plus simple, au moyen d'un registre déposé à l'administration du théâtre.

[130]Comme l'esprit français est un peu moutonnier en affaires de spectacles, il faudrait appuyer de divers exemples l'organisation de cette commission, et dire que de temps immémorial le grand théâtre de Turin, l'un des premiers de l'Italie, est sous la direction d'une société de nobles (dei cavalieri) qui ont à peu près les fonctions que l'auteur attribuerait aux propriétaires de loges à l'année du théâtre de Louvois. Je crois qu'il en est de même à Bologne pour le théâtre Communal (le grand théâtre).La Pergolade Florence est pareillement sous l'inspection des notables; et j'ai ouï dire qu'il en est de même dans plusieurs autres villes d'Italie. Le théâtre du Roi à Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L'auteur ne propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n'ait éprouvé ailleurs les bons résultats depuis nombre d'années. Voici les noms des personnes chargées de l'administration du Théâtre-Italien à Londres pour 1824:Les lords Hertford,Lowther,Aylesford,Mountedgecumb,et M. le comte Santantonio, noble sicilien.Le théâtre dela Scalaeut pour entrepreneur, de 1778 à 1788, M. le comte de Castelbarco, les marquis Fagnani et Calderara, et le prince di Rocca-Sinibalda. Actuellement, l'usage a prévalu de mettre l'entreprise sous le nom d'un commis. (Testa di Ferro.)

[130]Comme l'esprit français est un peu moutonnier en affaires de spectacles, il faudrait appuyer de divers exemples l'organisation de cette commission, et dire que de temps immémorial le grand théâtre de Turin, l'un des premiers de l'Italie, est sous la direction d'une société de nobles (dei cavalieri) qui ont à peu près les fonctions que l'auteur attribuerait aux propriétaires de loges à l'année du théâtre de Louvois. Je crois qu'il en est de même à Bologne pour le théâtre Communal (le grand théâtre).La Pergolade Florence est pareillement sous l'inspection des notables; et j'ai ouï dire qu'il en est de même dans plusieurs autres villes d'Italie. Le théâtre du Roi à Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L'auteur ne propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n'ait éprouvé ailleurs les bons résultats depuis nombre d'années. Voici les noms des personnes chargées de l'administration du Théâtre-Italien à Londres pour 1824:

Les lords Hertford,Lowther,Aylesford,Mountedgecumb,et M. le comte Santantonio, noble sicilien.

Le théâtre dela Scalaeut pour entrepreneur, de 1778 à 1788, M. le comte de Castelbarco, les marquis Fagnani et Calderara, et le prince di Rocca-Sinibalda. Actuellement, l'usage a prévalu de mettre l'entreprise sous le nom d'un commis. (Testa di Ferro.)

[131]Si l'on veut que le goût de la musique italienne se perfectionne en France, il faut ajouter deux professeurs et une classe de chant italien au Conservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de déclamation italienne. Pellegrini ou Zuchelli seraient des hommes très précieux pour donner des leçons; mais bientôt nous verrions un Français remplir la place de professeur de chant italien. Nul doute qu'avec des maîtres italiens, le Conservatoire de Paris ne fournit des sujets distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres d'Italie pour se perfectionner, comme afaitnotre madame Mainvielle-Fodor. Il faudrait mettre trois ou quatre pairs de France, amateurs riches, à la tête du Conservatoire.Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particulièrement vers les Pyrénées, des enfants de douze à quinze ans, ayant de belles voix. Il n'y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles voix au delà des Alpes que dans le midi de la France{*}. La différence qu'il y a, c'est 1º que l'enfant italien de douze ans entend bien chanter à l'église et dans la rue; 2º il entend mettre au-dessus de tout le talent du chant.{*} On doit la mention la plus honorable à M. Choron, qui, par son zèle pour la musique, a fait d'immenses sacrifices. Un ministre de l'intérieur, jaloux de faire son métier, protègerait efficacement ce bon citoyen.

[131]Si l'on veut que le goût de la musique italienne se perfectionne en France, il faut ajouter deux professeurs et une classe de chant italien au Conservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de déclamation italienne. Pellegrini ou Zuchelli seraient des hommes très précieux pour donner des leçons; mais bientôt nous verrions un Français remplir la place de professeur de chant italien. Nul doute qu'avec des maîtres italiens, le Conservatoire de Paris ne fournit des sujets distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres d'Italie pour se perfectionner, comme afaitnotre madame Mainvielle-Fodor. Il faudrait mettre trois ou quatre pairs de France, amateurs riches, à la tête du Conservatoire.

Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particulièrement vers les Pyrénées, des enfants de douze à quinze ans, ayant de belles voix. Il n'y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles voix au delà des Alpes que dans le midi de la France{*}. La différence qu'il y a, c'est 1º que l'enfant italien de douze ans entend bien chanter à l'église et dans la rue; 2º il entend mettre au-dessus de tout le talent du chant.

{*} On doit la mention la plus honorable à M. Choron, qui, par son zèle pour la musique, a fait d'immenses sacrifices. Un ministre de l'intérieur, jaloux de faire son métier, protègerait efficacement ce bon citoyen.

[132]Sans doute il serait à désirer que l'on donnât deux représentations par mois au grand Opéra; mais l'administration supérieure n'y consentira jamais. Au bout d'un an et non de vingt, l'Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné{*}. Cependant, on pourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas ou l'entreprise de Louvois aurait à se couvrir de dépenses extraordinaires.{*} En 1823, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état de chanter unquartettode laGazza ladraou de laCamilla; aussi ce théâtre ne produit-il pas letiersde ce qu'il coûte.

[132]Sans doute il serait à désirer que l'on donnât deux représentations par mois au grand Opéra; mais l'administration supérieure n'y consentira jamais. Au bout d'un an et non de vingt, l'Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné{*}. Cependant, on pourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas ou l'entreprise de Louvois aurait à se couvrir de dépenses extraordinaires.

{*} En 1823, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état de chanter unquartettode laGazza ladraou de laCamilla; aussi ce théâtre ne produit-il pas letiersde ce qu'il coûte.

[133]Je crois qu'il faudrait terminer le chapitre en indiquant un moyen de salut pour le Théâtre-Italien, qui me paraît immanquable: c'est d'engager Rossini pendant deux ans, en lui faisant écrire trois opéras par an. Nul doute que Rossini ne vint avec plaisir si l'engagement était avantageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour Feydeau. Il ferait pour ce dernier théâtre un opéra par semaine; sa fortune serait assurée. Nicolo s'est bien fait jusqu'à trente mille francs par an avec ses œuvres: jugez du succès de Rossini.L'arrivée de Rossini et son établissement à Paris rehausserait à l'étranger le théâtre de Louvois; les chanteurs feraientà pugnipour y être engagés, et la troupe serait bientôt complète. M. Caraffa, qui est à Paris, et dont laGabrielle de Vergya soutenu deux ans de suite la concurrence avec l'Elisabethde Rossini, travaillerait pour Louvois: et, si l'on commençait à vouloir de la musique nouvelle à Paris, les fondations du Théâtre-Italien seraient inébranlables. Les auteurs de libretti italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus distingués d'Italie{*}.{*} Je connais de M. Pellico, maintenant en prison au Spielberg, et le premier poète tragique d'Italie, quatre ou cinq opérassérieetbuffequi me semblent des chefs-d'œuvre; il y a des foules de situations fortes esquissées avec hardiesse.La mise en scène des ouvrages de Rossini actuellement représentés gagnerait infiniment. L'œil du maître verrait une infinité de taches, telles qu'altérations des temps par l'orchestre, tapage hors de propos dudit orchestre, etc., etc. L'engouement des badauds serait prodigieux, et les recettes s'en ressentiraient. Veut-on payer Rossini sans bourse délier et très-généreusement? que les premières représentations de ses opéras soient données rue Le Peletier età son bénéfice. A trois opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à ceci les concerts, les pièces qu'il ferait pour Feydeau, la vente de sa musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété très-lucrative. Il gagnerait près de soixante mille francs par an.

[133]Je crois qu'il faudrait terminer le chapitre en indiquant un moyen de salut pour le Théâtre-Italien, qui me paraît immanquable: c'est d'engager Rossini pendant deux ans, en lui faisant écrire trois opéras par an. Nul doute que Rossini ne vint avec plaisir si l'engagement était avantageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour Feydeau. Il ferait pour ce dernier théâtre un opéra par semaine; sa fortune serait assurée. Nicolo s'est bien fait jusqu'à trente mille francs par an avec ses œuvres: jugez du succès de Rossini.

L'arrivée de Rossini et son établissement à Paris rehausserait à l'étranger le théâtre de Louvois; les chanteurs feraientà pugnipour y être engagés, et la troupe serait bientôt complète. M. Caraffa, qui est à Paris, et dont laGabrielle de Vergya soutenu deux ans de suite la concurrence avec l'Elisabethde Rossini, travaillerait pour Louvois: et, si l'on commençait à vouloir de la musique nouvelle à Paris, les fondations du Théâtre-Italien seraient inébranlables. Les auteurs de libretti italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus distingués d'Italie{*}.

{*} Je connais de M. Pellico, maintenant en prison au Spielberg, et le premier poète tragique d'Italie, quatre ou cinq opérassérieetbuffequi me semblent des chefs-d'œuvre; il y a des foules de situations fortes esquissées avec hardiesse.

La mise en scène des ouvrages de Rossini actuellement représentés gagnerait infiniment. L'œil du maître verrait une infinité de taches, telles qu'altérations des temps par l'orchestre, tapage hors de propos dudit orchestre, etc., etc. L'engouement des badauds serait prodigieux, et les recettes s'en ressentiraient. Veut-on payer Rossini sans bourse délier et très-généreusement? que les premières représentations de ses opéras soient données rue Le Peletier età son bénéfice. A trois opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à ceci les concerts, les pièces qu'il ferait pour Feydeau, la vente de sa musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété très-lucrative. Il gagnerait près de soixante mille francs par an.

[134]Sujets que l'on pourrait engager.D'abord et avant tout autre, madame Mainvielle; elle chante fort bien, et d'ailleurs elle est Française. Beaucoup de gens disent du mal de Louvois par patriotisme.Davide, tenore.Donzelli,idem.Lablache, buffo cantante.Debegnis, buffo comico.Ambrosi, basso.Curioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien.L. Mari, tenore, chanta fort bien dansl'Aurelianoin Palmira, à Milan en 1814.MesdamesPisaroni, contralto.Schiassetti, prima donna à Munich.Dardanelli, prima donna buffa.Schiva.Fabbrica.Ronzi Debegnis, prima donna buffa.Mariani, contralto excellent.Mombelli, prima donna.Et plusieurs autres qui ont débuté depuis deux ans, mais dont les succès n'ont pas encore passé les Alpes. M. Benelli, l'un des entrepreneurs du théâtre de Londres, est actuellement en Italie (octobre 1823), occupé à recruter. Il nous manque un agent de l'adresse de M. Benelli, et un surveillant comme M. le chevalier Petrachi. Le noble Vénitien possesseur du théâtre deSan-Lucapourrait nous donner de bons avis; l'on s'est bien trouvé à Londres des conseils de M. le marquis de Santantonio.

[134]Sujets que l'on pourrait engager.

D'abord et avant tout autre, madame Mainvielle; elle chante fort bien, et d'ailleurs elle est Française. Beaucoup de gens disent du mal de Louvois par patriotisme.

Davide, tenore.Donzelli,idem.Lablache, buffo cantante.Debegnis, buffo comico.Ambrosi, basso.Curioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien.L. Mari, tenore, chanta fort bien dansl'Aurelianoin Palmira, à Milan en 1814.

Mesdames

Pisaroni, contralto.Schiassetti, prima donna à Munich.Dardanelli, prima donna buffa.Schiva.Fabbrica.Ronzi Debegnis, prima donna buffa.Mariani, contralto excellent.Mombelli, prima donna.

Et plusieurs autres qui ont débuté depuis deux ans, mais dont les succès n'ont pas encore passé les Alpes. M. Benelli, l'un des entrepreneurs du théâtre de Londres, est actuellement en Italie (octobre 1823), occupé à recruter. Il nous manque un agent de l'adresse de M. Benelli, et un surveillant comme M. le chevalier Petrachi. Le noble Vénitien possesseur du théâtre deSan-Lucapourrait nous donner de bons avis; l'on s'est bien trouvé à Londres des conseils de M. le marquis de Santantonio.

[135]Si vous voulez bâtir une salle de spectacle à Paris, ce à quoi il faudra bien en venir d'ici à trente ans, vous trouverez les proportions exactes dela Scaladans un ouvrage publié en 1819 par M. Landriani, à Milan. La façade est bien au-dessous de celle deSan-Carlo; les corridors sont étroits et sans air, et le parterre trop horizontal; au demeurant, c'est le premier théâtre du monde. Une salle de spectacle parfaite serait isolée comme le théâtre Favart, et environnée des quatre côtés par des portiques comme ceux de la rue Castiglione. Tel était, ce me semble le théâtre de Moscou, que nous ne vîmes que pendant vingt-quatre heures. Par cette disposition simple, cent voitures peuvent charger à la fois.Je vois une place superbe pour une salle digne de la capitale de l'Europe et du monde, vis-à-vis du boulevard de la Madeleine, entre la rue du Faubourg-Saint-Honoré et la rue de Surène.S'il s'agit de faire une petite salle excellente pour la musique, copiez la salleCarcanoà Milan, en y joignant la façade du théâtre de Como{*}.{*} M. Canonica, architecte renommé, qui a construit plusieurs théâtres en Lombardie, disait un jour en ma présence que les lois de l'acoustique sont encore peu connues. Le théâtreCarcanoà Milan s'est trouvé excellent pour la musique, on l'y entend beaucoup mieux qu'au théâtreRé; tous les deux cependant ont été construits avec les mêmes soins et par le même architecte, M. Canonica. La salle de la rue Le Peletier est fort sonore; elle est construite en bois.Si vous voulez une salle plus grande, copiez le charmant théâtre de Brescia; rien n'est plus joli. (Lejolid'Italie est lemagnifiqueen France; lebeaud'Italie semble lugubre aux Français.) Si vous voulez une salle infiniment petite prenez le théâtre de Volterra ou celui de Como. Le plagiat est permis en architecture, à moins toutefois que nos architectes ne nous le défendent au nom de l'honneur national. M. Bianchi de Lugano, architecte, a de beaux plans de salles de spectacle; M. Bianchi a relevé le théâtre deSan-Carloen 1817.

[135]Si vous voulez bâtir une salle de spectacle à Paris, ce à quoi il faudra bien en venir d'ici à trente ans, vous trouverez les proportions exactes dela Scaladans un ouvrage publié en 1819 par M. Landriani, à Milan. La façade est bien au-dessous de celle deSan-Carlo; les corridors sont étroits et sans air, et le parterre trop horizontal; au demeurant, c'est le premier théâtre du monde. Une salle de spectacle parfaite serait isolée comme le théâtre Favart, et environnée des quatre côtés par des portiques comme ceux de la rue Castiglione. Tel était, ce me semble le théâtre de Moscou, que nous ne vîmes que pendant vingt-quatre heures. Par cette disposition simple, cent voitures peuvent charger à la fois.

Je vois une place superbe pour une salle digne de la capitale de l'Europe et du monde, vis-à-vis du boulevard de la Madeleine, entre la rue du Faubourg-Saint-Honoré et la rue de Surène.

S'il s'agit de faire une petite salle excellente pour la musique, copiez la salleCarcanoà Milan, en y joignant la façade du théâtre de Como{*}.

{*} M. Canonica, architecte renommé, qui a construit plusieurs théâtres en Lombardie, disait un jour en ma présence que les lois de l'acoustique sont encore peu connues. Le théâtreCarcanoà Milan s'est trouvé excellent pour la musique, on l'y entend beaucoup mieux qu'au théâtreRé; tous les deux cependant ont été construits avec les mêmes soins et par le même architecte, M. Canonica. La salle de la rue Le Peletier est fort sonore; elle est construite en bois.

Si vous voulez une salle plus grande, copiez le charmant théâtre de Brescia; rien n'est plus joli. (Lejolid'Italie est lemagnifiqueen France; lebeaud'Italie semble lugubre aux Français.) Si vous voulez une salle infiniment petite prenez le théâtre de Volterra ou celui de Como. Le plagiat est permis en architecture, à moins toutefois que nos architectes ne nous le défendent au nom de l'honneur national. M. Bianchi de Lugano, architecte, a de beaux plans de salles de spectacle; M. Bianchi a relevé le théâtre deSan-Carloen 1817.

[136]Un établissement de ce genre manque aux agréments de la civilisation de Paris. Il faudrait un foyer trois fois plus grand que celui de la salle de la rue Le Peletier, et louer tout l'étage correspondant de la maison voisine pour y établir un cabinet littéraire, un café, des billards. L'essentiel serait qu'on établit des abonnements. Dans l'intérêt de la société et non desprivilégiés, je propose un privilège. Cet abonnement devrait être fort cher, et se réduirait au quart pour les gens payant mille francs d'impôt, pour les membres de l'Institut, pour les avocats de Paris, etc., etc., et autres notabilités sociales. La chose essentielle dans un salon public est d'éloigner les jeunes gens sans fortune, qui finissent par y établir un ton grossier.

[136]Un établissement de ce genre manque aux agréments de la civilisation de Paris. Il faudrait un foyer trois fois plus grand que celui de la salle de la rue Le Peletier, et louer tout l'étage correspondant de la maison voisine pour y établir un cabinet littéraire, un café, des billards. L'essentiel serait qu'on établit des abonnements. Dans l'intérêt de la société et non desprivilégiés, je propose un privilège. Cet abonnement devrait être fort cher, et se réduirait au quart pour les gens payant mille francs d'impôt, pour les membres de l'Institut, pour les avocats de Paris, etc., etc., et autres notabilités sociales. La chose essentielle dans un salon public est d'éloigner les jeunes gens sans fortune, qui finissent par y établir un ton grossier.

[137]Rome doit la plupart de ses embellissements, sous Napoléon, à M. Martial Daru, intendant, de la couronne, amateur fort éclairé et ami intime de Canova; et entre autres les travaux de la colonne Trajane.

[137]Rome doit la plupart de ses embellissements, sous Napoléon, à M. Martial Daru, intendant, de la couronne, amateur fort éclairé et ami intime de Canova; et entre autres les travaux de la colonne Trajane.

[138]Il venait au théâtre, en 1806, indiquer aux chanteurs le vraimouvementde certains morceaux de Cimarosa. C'est un homme d'esprit, mais qui, de 1818 à 1823, a eu peur du partiultrâ, et a voulu, avant tout, rester ministre.

[138]Il venait au théâtre, en 1806, indiquer aux chanteurs le vraimouvementde certains morceaux de Cimarosa. C'est un homme d'esprit, mais qui, de 1818 à 1823, a eu peur du partiultrâ, et a voulu, avant tout, rester ministre.

[139]M. le cardinal Consalvi a fait faire le buste de Cimarosa par Canova; ce buste était placé, en 1816, au Panthéon, à côté du buste et du tombeau de Raphaël. Mais le cardinal Consalvi, cédant de plus en plus au partiultrâ, et, malheureusement pour sa réputation, cédant en des choses de plus d'importance, a consenti que le buste de son ami fut exilé au Capitole, parmi des centaines de bustes antiques. Il était monument au Panthéon, et touchait les cœurs nés pour les arts; au Capitole, il n'est plus qu'objet de curiosité.

[139]M. le cardinal Consalvi a fait faire le buste de Cimarosa par Canova; ce buste était placé, en 1816, au Panthéon, à côté du buste et du tombeau de Raphaël. Mais le cardinal Consalvi, cédant de plus en plus au partiultrâ, et, malheureusement pour sa réputation, cédant en des choses de plus d'importance, a consenti que le buste de son ami fut exilé au Capitole, parmi des centaines de bustes antiques. Il était monument au Panthéon, et touchait les cœurs nés pour les arts; au Capitole, il n'est plus qu'objet de curiosité.

[140]Beau libretto rempli de situations fortes; musique qui est bien loin d'être sans génie.

[140]Beau libretto rempli de situations fortes; musique qui est bien loin d'être sans génie.

[141]La prison des carbonari est tout près dans une île voisine de Venise.

[141]La prison des carbonari est tout près dans une île voisine de Venise.

[142]Quand la piété le permet. Réponse connue d'un grand personnage:Non voglio abbrucciar le mie chiappe per voi.

[142]Quand la piété le permet. Réponse connue d'un grand personnage:Non voglio abbrucciar le mie chiappe per voi.

[143]Cassel, à la fin de 1823, comparé à Darmstadt, où l'opéra nouveau est le grand intérêt.

[143]Cassel, à la fin de 1823, comparé à Darmstadt, où l'opéra nouveau est le grand intérêt.

[144]A Paris, les jeux, entre autres choses, fournissent des pensions aux écrivains dévots qui écrivent sur la morale. Le drôle de siècle que le nôtre!

[144]A Paris, les jeux, entre autres choses, fournissent des pensions aux écrivains dévots qui écrivent sur la morale. Le drôle de siècle que le nôtre!

[145]Salvatore Viganò a donné, en 1804,Coriolan; 1805,Tamiri,la Vanarella; 1812,les Strelitz,Richard Cœur-de-Lion,Clotilde,il Noce di Benevento,l'Alunno della Giumenta; 1813,Prométhée,Samandria liberata; 1815,les Hussites,Numa Pompilius,Myrrha ou la Vengeance de Vénus,Psammi roi d'Égypte,les Trois Oranges; 1818,Dedale,Otelloetla Vestale. Il ne reste de ces chefs-d'œuvre que la musique arrangée par Viganò. Je conseille de prendre chez Ricordi, à Milan, la musique d'Otello, dela Vestaleet deMyrrha.

[145]Salvatore Viganò a donné, en 1804,Coriolan; 1805,Tamiri,la Vanarella; 1812,les Strelitz,Richard Cœur-de-Lion,Clotilde,il Noce di Benevento,l'Alunno della Giumenta; 1813,Prométhée,Samandria liberata; 1815,les Hussites,Numa Pompilius,Myrrha ou la Vengeance de Vénus,Psammi roi d'Égypte,les Trois Oranges; 1818,Dedale,Otelloetla Vestale. Il ne reste de ces chefs-d'œuvre que la musique arrangée par Viganò. Je conseille de prendre chez Ricordi, à Milan, la musique d'Otello, dela Vestaleet deMyrrha.

[146]Un opéra bien chanté est différent tous lès jours, à cause des nuances et agréments du chant.

[146]Un opéra bien chanté est différent tous lès jours, à cause des nuances et agréments du chant.

[147]Je voudrais bien que l'on imprimât huit volumes in-8º, formés par deux mille lettres dans lesquelles Diderot rend compte à sa maîtresse de tout ce qui se passait, de son temps, à Paris. C'est ce que Diderot a fait de mieux.

[147]Je voudrais bien que l'on imprimât huit volumes in-8º, formés par deux mille lettres dans lesquelles Diderot rend compte à sa maîtresse de tout ce qui se passait, de son temps, à Paris. C'est ce que Diderot a fait de mieux.

[148]A l'exception de M. Dragonetti et de deux ou trois autres symphonistes, le théâtre de Londres n'a pas de grands talents; la nation est plus insensible; et cependant tout va beaucoup mieux pour la musique à Londres qu'à Paris: c'est qu'il n'y a pas de parti contraire ni d'honneur.

[148]A l'exception de M. Dragonetti et de deux ou trois autres symphonistes, le théâtre de Londres n'a pas de grands talents; la nation est plus insensible; et cependant tout va beaucoup mieux pour la musique à Londres qu'à Paris: c'est qu'il n'y a pas de parti contraire ni d'honneur.

[149]Les miniatures maniérées, sans effet et sans grandiose, que l'on nous donne à Louvois et à l'Opéra, coûtent cinq ou six fois davantage. Se rappeler lavue de Romeà la reprise desHoraces, le 14 août 1823. On voit bien que David est absent; la peinture tombe, et revient au galop au genrenationalde Boucher. Voir l'exposition de l'industrie en 1823.

[149]Les miniatures maniérées, sans effet et sans grandiose, que l'on nous donne à Louvois et à l'Opéra, coûtent cinq ou six fois davantage. Se rappeler lavue de Romeà la reprise desHoraces, le 14 août 1823. On voit bien que David est absent; la peinture tombe, et revient au galop au genrenationalde Boucher. Voir l'exposition de l'industrie en 1823.

[150]Sanquirick est la prononciation milanaise du mot italienSanquirico.

[150]Sanquirick est la prononciation milanaise du mot italienSanquirico.

[151]Rien de plus funeste qu'une fausse application des sciences; on marche alors dans l'erreur avec une raideur de persuasion bien ridicule. Voyez les mathématiques appliquées aux probabilités; voyez les raisonnements d'un philosophe français sur le duetto, cités plus haut.Des gens, fournis d'ailleurs d'une très-bonne dialectique, raisonnent fort conséquemment sur des faits qui leur sont invisibles. Le raisonnement en musique ne conduit jamais qu'aurécitatif obligé; le chant, l'ariaest unart nouveaudont il fautavoir le sentiment. Or, ce sentiment est fort rare en France au nord de la Loire. Il est fort commun à Toulouse et dans les Pyrénées. Rappelez-vous les petits polissons qui chantaient sous nos fenêtres de Pierrefite{*}, et que vous fîtes monter. Toulouse, par ses chants, par ses idées religieuses, par je ne sais quelle couleur sombre, me rappelle toujours une ville de l'État du Pape. On justifie en 1829 la condamnation de Calas.{*} Route de Cauterets.

[151]Rien de plus funeste qu'une fausse application des sciences; on marche alors dans l'erreur avec une raideur de persuasion bien ridicule. Voyez les mathématiques appliquées aux probabilités; voyez les raisonnements d'un philosophe français sur le duetto, cités plus haut.

Des gens, fournis d'ailleurs d'une très-bonne dialectique, raisonnent fort conséquemment sur des faits qui leur sont invisibles. Le raisonnement en musique ne conduit jamais qu'aurécitatif obligé; le chant, l'ariaest unart nouveaudont il fautavoir le sentiment. Or, ce sentiment est fort rare en France au nord de la Loire. Il est fort commun à Toulouse et dans les Pyrénées. Rappelez-vous les petits polissons qui chantaient sous nos fenêtres de Pierrefite{*}, et que vous fîtes monter. Toulouse, par ses chants, par ses idées religieuses, par je ne sais quelle couleur sombre, me rappelle toujours une ville de l'État du Pape. On justifie en 1829 la condamnation de Calas.

{*} Route de Cauterets.

[152]Gens pleins d'éloquence, et au moins égaux en talent à tout ce qu'on possède en France ou en Angleterre depuis la mort de Sheridan ou de Grattan.

[152]Gens pleins d'éloquence, et au moins égaux en talent à tout ce qu'on possède en France ou en Angleterre depuis la mort de Sheridan ou de Grattan.

[153]J'espère, en arrivant à cette partie de ma brochure, que les cinq sixièmes des gens pour qui elle n'est pas écrite auront fermé le livre. Je me permets ici plusieurs idées que j'aurais effacées dans les premières pages. Pouvons-nous espérer de la perfectibilité de l'esprit humain que l'on inventera pour le public l'art de choisir les écrivains qui lui conviennent, et pour les auteurs l'art de choisir leur public? Avez-vous lu avec délices les romans de Walter Scott et les brochures de M. Courier? j'écris pour vous. Avez-vous lu avec délices l'Histoire de Cromwel, les Mélanges de M. Villemain et les Histoires de MM. Lacretelle ou Raoul Rochette? fermez ce livre-ci, il est chimérique, inconvenant et plat.

[153]J'espère, en arrivant à cette partie de ma brochure, que les cinq sixièmes des gens pour qui elle n'est pas écrite auront fermé le livre. Je me permets ici plusieurs idées que j'aurais effacées dans les premières pages. Pouvons-nous espérer de la perfectibilité de l'esprit humain que l'on inventera pour le public l'art de choisir les écrivains qui lui conviennent, et pour les auteurs l'art de choisir leur public? Avez-vous lu avec délices les romans de Walter Scott et les brochures de M. Courier? j'écris pour vous. Avez-vous lu avec délices l'Histoire de Cromwel, les Mélanges de M. Villemain et les Histoires de MM. Lacretelle ou Raoul Rochette? fermez ce livre-ci, il est chimérique, inconvenant et plat.

[154]Stendhal veut dire unjettatore. N. D. L. E.

[154]Stendhal veut dire unjettatore. N. D. L. E.

[155]Il ne peut être question de vanité et du plaisir d'être distingué en public par une femme à la mode, dans un pays où la première nécessité est de se faire oublier d'une douzaine de ministres fort méchants, et qui n'ont rien à faire. Quand tout cela serait faux aujourd'hui, cela était vrai il y a cinquante ans, lorsqu'on faisait mourir en prison l'historien Giannone; or les lois ne passent dans les mœurs qu'au bout d'un siècle.

[155]Il ne peut être question de vanité et du plaisir d'être distingué en public par une femme à la mode, dans un pays où la première nécessité est de se faire oublier d'une douzaine de ministres fort méchants, et qui n'ont rien à faire. Quand tout cela serait faux aujourd'hui, cela était vrai il y a cinquante ans, lorsqu'on faisait mourir en prison l'historien Giannone; or les lois ne passent dans les mœurs qu'au bout d'un siècle.

[156]Saint Philippe Neri invente l'oratorio en 15... Voir la scène du moine dans laMandragora, excellente comédie de Machiavel. Le moine se plaint de ce qu'on ne fait plus de processions le soir.

[156]Saint Philippe Neri invente l'oratorio en 15... Voir la scène du moine dans laMandragora, excellente comédie de Machiavel. Le moine se plaint de ce qu'on ne fait plus de processions le soir.

[157]Lettre de M. Courier sur la tache d'encre, le savant Furia et le chambellan Pulcini, 1812.

[157]Lettre de M. Courier sur la tache d'encre, le savant Furia et le chambellan Pulcini, 1812.

[158]Les Casaciello sont comme les Vestris; celui qui règne auxFlorentins, le Feydeau de Naples, est le troisième du nom.

[158]Les Casaciello sont comme les Vestris; celui qui règne auxFlorentins, le Feydeau de Naples, est le troisième du nom.

[159]Un sot à mes côtés est content du mauvais spectacle qu'on nous donne ce soir au Gymnase, me dit Guasco; il n'a rien vu d'aussi amusant de toute la journée. Moi, j'ai vu des choses charmantes et souvent d'une angélique beauté, grâce à mon imagination folle. Il est vrai que j'ai eu l'air gauche dans un salon.

[159]Un sot à mes côtés est content du mauvais spectacle qu'on nous donne ce soir au Gymnase, me dit Guasco; il n'a rien vu d'aussi amusant de toute la journée. Moi, j'ai vu des choses charmantes et souvent d'une angélique beauté, grâce à mon imagination folle. Il est vrai que j'ai eu l'air gauche dans un salon.

[160]Le jeune Kreutzer de Vienne a fait une cantate sublime; c'est une des espérances de la musique. Si la vanité ou l'avarice ne gâtent pas Delphine Shaurott, et si elle va en Italie, elle sera la Paganini du piano.

[160]Le jeune Kreutzer de Vienne a fait une cantate sublime; c'est une des espérances de la musique. Si la vanité ou l'avarice ne gâtent pas Delphine Shaurott, et si elle va en Italie, elle sera la Paganini du piano.

[161]Madame la comtesse de ****, près Halberstadt. LeFreyschützest une tradition populaire dont J. Paul a fait un roman touchant, et Maria Weber un opéra bruyant.

[161]Madame la comtesse de ****, près Halberstadt. LeFreyschützest une tradition populaire dont J. Paul a fait un roman touchant, et Maria Weber un opéra bruyant.

[162]On m'a montré à Liverpool des enfants de quatorze ans qui travaillaient de seize à dix-huit heures par jour Je me promenais par hasard ce jour-là avec des dandies de dix-huit ans qui ont cent mille francs de rente et pas une idée, pas même celle de jeter un schelling à ces pauvres petits malheureux. L'Italien est tyrannisé, mais il a tout son temps à lui; le lazzarone de Naples suit librement ses passions comme un sanglier au fond des forêts; je le tiens pour moins malheureux et surtout pour moins abruti que l'ouvrier de Birmingham. Et l'abrutissement moral est un mal contagieux; la grossièreté de l'ouvrier est bien loin d'être sans influence sur le lord.

[162]On m'a montré à Liverpool des enfants de quatorze ans qui travaillaient de seize à dix-huit heures par jour Je me promenais par hasard ce jour-là avec des dandies de dix-huit ans qui ont cent mille francs de rente et pas une idée, pas même celle de jeter un schelling à ces pauvres petits malheureux. L'Italien est tyrannisé, mais il a tout son temps à lui; le lazzarone de Naples suit librement ses passions comme un sanglier au fond des forêts; je le tiens pour moins malheureux et surtout pour moins abruti que l'ouvrier de Birmingham. Et l'abrutissement moral est un mal contagieux; la grossièreté de l'ouvrier est bien loin d'être sans influence sur le lord.

[163]Traduction de leurs cris, que mon cicérone me fit impromptu.

[163]Traduction de leurs cris, que mon cicérone me fit impromptu.

[164]Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, page 56. (Page 49 de l'édition duDivan. N. D. L. E.).

[164]Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, page 56. (Page 49 de l'édition duDivan. N. D. L. E.).

[165]Un préfet, sous Napoléon, fait appeler un élève de M. le professeur Broussonet à Montpellier, et lui dit gravement:Monsieur, la thèse que vous avez soutenue hier n'est pas catholique.Cette thèse avait rapport à une maladie du bas-ventre qui rend triste; il fallait dire que c'était l'âmequi rend triste.

[165]Un préfet, sous Napoléon, fait appeler un élève de M. le professeur Broussonet à Montpellier, et lui dit gravement:Monsieur, la thèse que vous avez soutenue hier n'est pas catholique.Cette thèse avait rapport à une maladie du bas-ventre qui rend triste; il fallait dire que c'était l'âmequi rend triste.

[166]Préface aux derniers chants deDon Juan. Ces derniers chants sont ce que j'ai lu de plus beau en poésie depuis vingt ans. L'assaut d'Ismaïl m'a fait oublier tout l'ennui de Caïn.

[166]Préface aux derniers chants deDon Juan. Ces derniers chants sont ce que j'ai lu de plus beau en poésie depuis vingt ans. L'assaut d'Ismaïl m'a fait oublier tout l'ennui de Caïn.

[167]Nous avons reproduit scrupuleusement, pour cette lettre de Mademoiselle de Lespinasse, sur laquelle se termine l'édition originale deLa Vie de Rossini, le texte donné par Stendhal, et nous n'avons pas voulu lui substituer celui des éditions critiques. N. D. L. E.

[167]Nous avons reproduit scrupuleusement, pour cette lettre de Mademoiselle de Lespinasse, sur laquelle se termine l'édition originale deLa Vie de Rossini, le texte donné par Stendhal, et nous n'avons pas voulu lui substituer celui des éditions critiques. N. D. L. E.

[168]Cette note et la liste suivante apparaissent seulement pour la première fois dans l'édition de 1854, due aux soins de Romain Colomb. Préparées ou non par des notes de Stendhal, elles n'en sont pas moins utiles et intéressantes. N. D. L. E.

[168]Cette note et la liste suivante apparaissent seulement pour la première fois dans l'édition de 1854, due aux soins de Romain Colomb. Préparées ou non par des notes de Stendhal, elles n'en sont pas moins utiles et intéressantes. N. D. L. E.

[169]Biographie des musiciens, t. VII, p. 485.

[169]Biographie des musiciens, t. VII, p. 485.

[170]Rossini devint en effet à cette époque le conseiller intime, l'âme de l'Opéra, alors dirigé par M. Lubbert. On peut, en consultant les journaux et surtout les feuilles satiriques du temps, juger, d'après les plaisanteries dont il fut l'objet, de l'importance du rôle qu'on lui attribuait dans la direction de l'Académie royale de musique.

[170]Rossini devint en effet à cette époque le conseiller intime, l'âme de l'Opéra, alors dirigé par M. Lubbert. On peut, en consultant les journaux et surtout les feuilles satiriques du temps, juger, d'après les plaisanteries dont il fut l'objet, de l'importance du rôle qu'on lui attribuait dans la direction de l'Académie royale de musique.

[171]Le théâtre Italien était alors à la salle Favart.

[171]Le théâtre Italien était alors à la salle Favart.

[172]Cet incendie eut lieu au mois de janvier 1838.

[172]Cet incendie eut lieu au mois de janvier 1838.

[173]Cette notice se trouve dans la deuxième édition de laVie de Rossini(1824) à la suite de la préface. N. D. L. E.

[173]Cette notice se trouve dans la deuxième édition de laVie de Rossini(1824) à la suite de la préface. N. D. L. E.

[174]Lefinaledont je parle rend sensible cette vérité, que la tranquillité est la condition essentielle d'un certain genre de beauté, par exemple la beauté de Dresde durant une belle journée d'automne. Cefinaleest l'un des morceaux ou la musique se rapproche le plus de la sculpture antique vue à Rome dans un musée solitaire et silencieux.

[174]Lefinaledont je parle rend sensible cette vérité, que la tranquillité est la condition essentielle d'un certain genre de beauté, par exemple la beauté de Dresde durant une belle journée d'automne. Cefinaleest l'un des morceaux ou la musique se rapproche le plus de la sculpture antique vue à Rome dans un musée solitaire et silencieux.


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