Ce qui est également controversé, ou du moins insuffisamment approfondi, c’est l’importante question des parasites (je ne parle pas des parasites intestinaux), car outre ses habitants légitimes, la termitière héberge un nombre considérable d’écornifleurs qui n’ont pas encore été recensés et examinés comme ceux de la fourmilière. On sait que chez les fourmis ces parasites jouent un rôle intéressant et pullulent de façon fantastique. Wasmann, le grand myrmécologue, en compte, dans la fourmilière, douze cent quarante-six espèces. Les uns viennent simplement chercher, dans la tiède moiteur des galeries souterraines, le vivre et le couvert et y sont charitablement tolérés, car la fourmi est beaucoup moins bourgeoise et avare que ne le croyait le bon La Fontaine ; mais un grand nombre d’autres sont utiles, voire indispensables. Il s’en trouve aussi dont les fonctions sont tout à fait inexplicables, notamment cesAntennophorusque portent la plupart desLasius Mixtus, si bien observés par Charles Janet. Ce sont des sortes de poux, proportionnellement énormes, puisqu’ils sont aussi gros que la tête de la fourmi, qui, toujours proportionnellement, est près de deux fois plus volumineuse que la nôtre. Généralement, sur une de ces fourmis, on compte trois de ces poux qui s’installent soigneusement et méthodiquement, l’un sous le menton, les deux autres, de chaque côté de l’abdomen de leur hôte, de manière à ne pas déséquilibrer sa marche. LeLasius Mixtusqui d’abord répugne à les accueillir, une fois qu’ils ont pris place, les adopte et ne cherche plus à s’en débarrasser. Quel est le martyr de nos saintes légendes qui porterait sans se plaindre, durant toute son existence, une triple charge aussi lourde et aussi encombrante ? L’âpre fourmi de la fable, non seulement s’y résigne, mais soigne et nourrit ses fardeaux, comme s’ils étaient ses enfants. Quand un de cesLasiusorné de ses monstrueux parasites a trouvé, par exemple, une cuillerée de miel, il s’en gorge et rentre au nid. Attirées par la bonne odeur, d’autres fourmis s’approchent et sollicitent leur part de l’aubaine. Généreusement, leLasiusrégurgite le miel dans la bouche des quémandeuses et ses parasites interceptent au passage quelques gouttelettes du précieux liquide. Loin de s’y opposer, il leur facilite le prélèvement de la dîme et, avec ses compagnes, attend que les écornifleurs repus donnent le signal du départ. Il faut croire qu’il éprouve à promener ses gigantesques poux de luxe, qui nous accableraient sous leur poids, d’étranges jouissances que nous ne sommes pas à même de comprendre. Nous comprenons au demeurant fort peu de chose au monde des insectes qui sont guidés par un esprit et par des sens qui n’ont presque rien de commun avec ceux qui nous mènent.
Mais quittons nos fourmis et revenons à notre xylophage. D’après le professeur E. Warren, les hôtes de la termitière connus en 1919 s’élèvent à 496 dont 348 coléoptères. On en découvre chaque jour de nouveaux. On les classe en hôtes vrais (Symphiles) amicalement traités, en hôtes tolérés ou indifférents (Synoeketes), en intrus (Synechtres), pourchassés et en parasites proprement dits (Ectoparasites). Malgré les noms scientifiques qu’on leur donne, la question n’est pas au point et nous attendons une étude plus complète.