De l’énorme hypogée qui généralement s’enfonce sous terre à proportion qu’il s’élève au-dessus, rayonnent d’innombrables, d’interminables couloirs qui s’étendent au loin, à des distances qu’on n’a pas encore pu mesurer, jusqu’aux arbres, aux broussailles, aux herbes, aux maisons qui fournissent la cellulose. C’est ainsi que certaines parties de l’île de Ceylan et de l’Australie, principalementThursday Islandet l’archipel de Cap York, sur des kilomètres d’étendue, sont minées par les galeries souterraines de ces gnomes et rendues complètement inhabitables.
Au Transvaal et à Natal, le sol, d’un bout à l’autre du pays, est sillonné de termitières ; et Cl. Fuller y a trouvé, sur deux petites surfaces de 635 mètres carrés, quatorze et seize nids appartenant à six espèces différentes. Dans le Haut-Katanga, on rencontre souvent, par hectare, une termitière haute de six mètres.
Au rebours de la fourmi qui circule librement à la surface du sol, les termites, excepté les adultes ailés dont nous parlerons tout à l’heure, ne quittent pas les chaudes et humides ténèbres de leur tombeau. Ils ne cheminent jamais à découvert et naissent, vivent et meurent sans voir la lumière du jour. En un mot, il n’est pas d’insectes plus secrets. Ils sont voués à l’ombre éternelle. Si, pour se ravitailler, il leur faut franchir des obstacles qu’ils ne peuvent percer, les ingénieurs et les pionniers de la cité sont réquisitionnés. Ils construisent de solides galeries formées de débris de bois savamment malaxés et de matière fécale. Ces galeries sont tubulaires quand elles n’ont pas de soutien ; mais leurs techniciens, avec une habileté remarquable, tirent parti des moindres circonstances qui permettent la plus minime économie de travail et de matière première. Ils agrandissent, rectifient, raccordent, polissent les crevasses profitables. Si la galerie court le long d’une paroi, elle deviendra semi-tubulaire ; si elle peut suivre l’angle formé par deux murs, elle sera simplement couverte de ciment, ce qui épargne deux tiers de la besogne. Dans ces couloirs, strictement mesurés à la taille de l’insecte, de distance en distance, sont ménagés des garages analogues à ceux de nos étroites routes de montagne, afin de permettre aux porteurs encombrés de vivres de se croiser sans difficulté. Parfois, comme l’a observé Smeathmann, quand le trafic est intense, ils réservent une voie à l’aller et une autre au retour.
Ne quittons pas cet hypogée sans appeler l’attention sur une des plus étranges, des plus mystérieuses particularités de ce monde qui renferme tant d’étrangetés et de mystères. J’ai déjà fait allusion à l’humidité surprenante et invariable qu’ils parviennent à entretenir dans leurs demeures, malgré l’aridité de l’air et du sol calcinés, malgré les implacables ardeurs des interminables étés tropicaux qui tarissent les sources, dévorent tout ce qui vit sur terre et dessèchent jusqu’aux racines des grands arbres. Le phénomène est tellement anormal, que le DrDavid Livingstone, le grand explorateur doublé d’un naturaliste extrêmement consciencieux que Stanley rejoignit en 1871 sur les bords du lac Tanganyika, déconcerté, se demande si, par des procédés qui nous sont encore inconnus, les habitants de la termitière ne réussissent pas à combiner l’oxygène de l’atmosphère avec l’hydrogène de leur alimentation végétale, de manière qu’à mesure qu’elle s’évapore, ils reconstituent l’eau dont ils ont besoin. La question n’est pas encore résolue, mais l’hypothèse est parfaitement vraisemblable. Nous aurons à constater plus d’une fois que les termites sont des chimistes et des biologistes qui pourraient nous donner des leçons.