XVICE QUE JE FAIS

A Pierre Mortier, pour son enquête duGil Blas.

Ce que je fais, Monsieur ? Des courses dans les bois,A travers des ronciers qui me griffent les manches ;Le tour de mon jardin sous des arceaux de branches ;Le tour de ma maison sur un balcon de bois.Lorsque les piments verts m’ont donné soif, je boisDe l’eau fraîche, en prenant la cruche par les hanches ;J’écoute, lorsque l’heure éteint les routes blanches,Le soir plein d’Angélus, de grelots et d’abois.Ce que je fais ? Je fais quelquefois une lieuePour aller voir plus loin si la Nive est plus bleue ;Je reviens par la berge… Et c’est tout, s’il fait beau !S’il pleut, je tambourine à mes vitres des charges ;Je lis, en crayonnant des choses dans les marges ;Je rêve, ou je travaille.Edmond Rostand.Cambo.

Ce que je fais, Monsieur ? Des courses dans les bois,

A travers des ronciers qui me griffent les manches ;

Le tour de mon jardin sous des arceaux de branches ;

Le tour de ma maison sur un balcon de bois.

Lorsque les piments verts m’ont donné soif, je bois

De l’eau fraîche, en prenant la cruche par les hanches ;

J’écoute, lorsque l’heure éteint les routes blanches,

Le soir plein d’Angélus, de grelots et d’abois.

Ce que je fais ? Je fais quelquefois une lieue

Pour aller voir plus loin si la Nive est plus bleue ;

Je reviens par la berge… Et c’est tout, s’il fait beau !

S’il pleut, je tambourine à mes vitres des charges ;

Je lis, en crayonnant des choses dans les marges ;

Je rêve, ou je travaille.

Edmond Rostand.

Cambo.


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