XXIIUN SOIR A HERNANI

A Paul Meurice.

«Zoin da herri hori ?»Le vieil homme fit halte.L’heure rosait au loin les croupes de basalte ;La montagne semblait courir au golfe clairPour mêler ses moutons aux moutons de la mer ;La fougère était morte et l’herbe tremblait toute ;Et, noir contre le ciel, au tournant de la routeOù, malgré la saison, deux genêts épineuxGardaient du velours jaune entre leurs piquants bleus,L’homme, qu’enveloppait une vaste rotonde,Était assis de l’air le plus triste du mondeSur un petit cheval à tête de mulet.«Zoin da herri hori ?» demandai-je. (Quel estCe village ?)Et du doigt je montrais un village,Tout en scandant ces mots de la langue sauvageVieille comme la roche et comme l’Océan.— Mais ma voix n’avait pas le chant guipuzcoan.Le vieux Basque espagnol, sans cesser d’être triste,Toucha le bord pointu de son béret carliste,Laissa courtoisement tomber sur l’étrangerLe mépris d’un regard qui semblait déroger,Et répondit…Genêts, sapins, fougère, ronce !Je connaissais pourtant, d’avance, sa réponse !Je savais par quel mot trissyllabique et fierQui mettrait tout d’un coup de la gloire dans l’air,Ce vieux pâtre hautain allait répondre, puisquePar ces chemins d’Espagne où la grâce morisqueVit dans le geste obscur d’un porteur de fagot,J’arrivais tout exprès pour l’entendre, ce mot !Puisqu’il avait, lui seul, rythmé ma marche ; et certeJe ne l’ignorais pas, petite route verte,Le nom du cher village assis sur tes bords frais ;Ce n’était qu’un pieux frisson que je m’offraisDe me faire, en ce lieu, par cet homme, à cette heure,Dire ce nom qui de tant d’ailes vous effleure !L’enthousiasme était dans mon âme. J’avaisBesoin d’entendre là ce nom que je savais,Et ce nom, que pourtant j’étais si sûr d’entendre,Je l’attendais, — j’étais tout pâle de l’attendre !Et j’eus froid dans le dos et les larmes aux yeuxLorsque, rendu plus grand par l’accent de ce vieuxEt par la majesté du val crépusculaire,Avec je ne sais quoi de farouche sur l’RQui vibra comme vibre un fer de makhila,Avec sur l’I beaucoup de langueur, et sur l’ACette sonorité gutturale et chantanteQui prolonge, élargit, et solennise, et, lente,Balance une voyelle ainsi qu’un encensoir,Le nom de Hernani roula dans l’or du soir !Hernani ! Hernani !…Pâtre du pays basque,Quand le silence emplit le val comme une vasque,Tu l’entends se rider au loin du moindre bruit ;Et tu peux, quand parfois tu jettes dans la nuitLe long ricanement de ton vieux cri de guerre,Suivre, comme un enfant suit jusqu’au bout sa pierre,Ton cri jusqu’aux derniers ricochets musicauxDe ses échos et des échos de ses échos !Mais tu ne peux pas suivre un nom qui se prolongeDans tous les contreforts des Montagnes du songe,Qui fait chanter tous les sommets roses qu’en nousOnt laissés les premiers enthousiasmes fous ;Et tu ne peux savoir qu’aux lointains de mon âmeCe nom vient d’éveiller, en innombrable gamme,Plus d’échos que jamais tu n’en déterminasQuand tu poussais, le soir, tes longsirrintzinas!Hernani !Je frissonne !… Oh ! comme il a, ce rustre,Dit ce nom sans savoir que ce nom est illustre !La Victoire pour lui n’habite pas ce nom !Est-ce que les beaux vers font pousser l’herbe ? Non,Et le soc en ouvrant la terre qu’il défricheNe peut faire jaillir un tronçon d’hémistiche !Ce nom n’est que le nom d’un pur triomphe d’art,Il n’est brodé que sur l’invisible étendard,Et rien pour ce passant grossier ne le consacre.Ah ! si c’était le nom de quelque grand massacre,Si ce Basque, en piochant, faisait sous son sabotRouler parfois — énorme et sinistre grelot —Une tête de mort au large dans un casqueEt qui le fait sonner en y tournant, ce BasquePrononcerait ce nom avec respect, tout bas ;Car on est fier d’un champ où le dieu des combatsVint faucher avant vous au son joyeux des fifres,Et sur lequel deux Rois ont enlacé leurs chiffresTracés en ossements d’hommes et de chevaux ;Et Wagram sait qu’il est Wagram ; et RoncevauxSait qu’il est Roncevaux ; Cannes sait qu’elle est Cannes ;Mais, laissant se remplir de fleurs ses barbacanes,Et s’étant au soleil sur la route endormi,Hernani n’a pas su qu’il était Hernani !Le paysan, toujours immobile, s’étonne ;Sa gravité, devant mon trouble, l’abandonne ;Il regarde ce fou qui tremble et s’attendritQuand on lui dit le nom d’un village ; il souritDe tous les petits plis de son visage glabre ;Puis, se renveloppant de tristesse cantabre,Droit sur sa bique blanche au vieux ventre jauni,Disparaît au tournant du chemin.Hernani !…

«Zoin da herri hori ?»

Le vieil homme fit halte.

L’heure rosait au loin les croupes de basalte ;

La montagne semblait courir au golfe clair

Pour mêler ses moutons aux moutons de la mer ;

La fougère était morte et l’herbe tremblait toute ;

Et, noir contre le ciel, au tournant de la route

Où, malgré la saison, deux genêts épineux

Gardaient du velours jaune entre leurs piquants bleus,

L’homme, qu’enveloppait une vaste rotonde,

Était assis de l’air le plus triste du monde

Sur un petit cheval à tête de mulet.

«Zoin da herri hori ?» demandai-je. (Quel est

Ce village ?)

Et du doigt je montrais un village,

Tout en scandant ces mots de la langue sauvage

Vieille comme la roche et comme l’Océan.

— Mais ma voix n’avait pas le chant guipuzcoan.

Le vieux Basque espagnol, sans cesser d’être triste,

Toucha le bord pointu de son béret carliste,

Laissa courtoisement tomber sur l’étranger

Le mépris d’un regard qui semblait déroger,

Et répondit…

Genêts, sapins, fougère, ronce !

Je connaissais pourtant, d’avance, sa réponse !

Je savais par quel mot trissyllabique et fier

Qui mettrait tout d’un coup de la gloire dans l’air,

Ce vieux pâtre hautain allait répondre, puisque

Par ces chemins d’Espagne où la grâce morisque

Vit dans le geste obscur d’un porteur de fagot,

J’arrivais tout exprès pour l’entendre, ce mot !

Puisqu’il avait, lui seul, rythmé ma marche ; et certe

Je ne l’ignorais pas, petite route verte,

Le nom du cher village assis sur tes bords frais ;

Ce n’était qu’un pieux frisson que je m’offrais

De me faire, en ce lieu, par cet homme, à cette heure,

Dire ce nom qui de tant d’ailes vous effleure !

L’enthousiasme était dans mon âme. J’avais

Besoin d’entendre là ce nom que je savais,

Et ce nom, que pourtant j’étais si sûr d’entendre,

Je l’attendais, — j’étais tout pâle de l’attendre !

Et j’eus froid dans le dos et les larmes aux yeux

Lorsque, rendu plus grand par l’accent de ce vieux

Et par la majesté du val crépusculaire,

Avec je ne sais quoi de farouche sur l’R

Qui vibra comme vibre un fer de makhila,

Avec sur l’I beaucoup de langueur, et sur l’A

Cette sonorité gutturale et chantante

Qui prolonge, élargit, et solennise, et, lente,

Balance une voyelle ainsi qu’un encensoir,

Le nom de Hernani roula dans l’or du soir !

Hernani ! Hernani !…

Pâtre du pays basque,

Quand le silence emplit le val comme une vasque,

Tu l’entends se rider au loin du moindre bruit ;

Et tu peux, quand parfois tu jettes dans la nuit

Le long ricanement de ton vieux cri de guerre,

Suivre, comme un enfant suit jusqu’au bout sa pierre,

Ton cri jusqu’aux derniers ricochets musicaux

De ses échos et des échos de ses échos !

Mais tu ne peux pas suivre un nom qui se prolonge

Dans tous les contreforts des Montagnes du songe,

Qui fait chanter tous les sommets roses qu’en nous

Ont laissés les premiers enthousiasmes fous ;

Et tu ne peux savoir qu’aux lointains de mon âme

Ce nom vient d’éveiller, en innombrable gamme,

Plus d’échos que jamais tu n’en déterminas

Quand tu poussais, le soir, tes longsirrintzinas!

Hernani !

Je frissonne !… Oh ! comme il a, ce rustre,

Dit ce nom sans savoir que ce nom est illustre !

La Victoire pour lui n’habite pas ce nom !

Est-ce que les beaux vers font pousser l’herbe ? Non,

Et le soc en ouvrant la terre qu’il défriche

Ne peut faire jaillir un tronçon d’hémistiche !

Ce nom n’est que le nom d’un pur triomphe d’art,

Il n’est brodé que sur l’invisible étendard,

Et rien pour ce passant grossier ne le consacre.

Ah ! si c’était le nom de quelque grand massacre,

Si ce Basque, en piochant, faisait sous son sabot

Rouler parfois — énorme et sinistre grelot —

Une tête de mort au large dans un casque

Et qui le fait sonner en y tournant, ce Basque

Prononcerait ce nom avec respect, tout bas ;

Car on est fier d’un champ où le dieu des combats

Vint faucher avant vous au son joyeux des fifres,

Et sur lequel deux Rois ont enlacé leurs chiffres

Tracés en ossements d’hommes et de chevaux ;

Et Wagram sait qu’il est Wagram ; et Roncevaux

Sait qu’il est Roncevaux ; Cannes sait qu’elle est Cannes ;

Mais, laissant se remplir de fleurs ses barbacanes,

Et s’étant au soleil sur la route endormi,

Hernani n’a pas su qu’il était Hernani !

Le paysan, toujours immobile, s’étonne ;

Sa gravité, devant mon trouble, l’abandonne ;

Il regarde ce fou qui tremble et s’attendrit

Quand on lui dit le nom d’un village ; il sourit

De tous les petits plis de son visage glabre ;

Puis, se renveloppant de tristesse cantabre,

Droit sur sa bique blanche au vieux ventre jauni,

Disparaît au tournant du chemin.

Hernani !…

J’avais dit : « Puisqu’il existeEntre Irun et TolosaUn village fier et tristeOù la gloire se posa ;Puisqu’en descendant vers l’ÈbreOn entend, près d’un roc nu,Palpiter un nom célèbreSur un village inconnu ;Puisque, étant le nom d’un drame,Et le nom d’un drame en vers,Ce nom-là me touche l’âmeComme avec des lauriers verts ;Et puisque d’ailleurs les chosesS’arrangent mal à ce point,Las ! que les apothéosesMoi seul ne les verrai point ;Puisque, ô divin porte-lyre,Je ne sais pas où je puisAller prier pour te direQue, de ta suite, j’en suis ;Puisque je n’irai pas boire,Dans l’humble creux de ma main,A ces fontaines de gloireQu’on fera couler demain…Je prendrai devant ma porteCe chemin bleu qui conduitA ce village qui porteCe nom qui chante et qui luit ;J’irai voir, passant la Rhune,O vieux village hidalgo,Ton chapeau de tuile bruneEmpanaché par Hugo ;J’irai, parmi le mystèreDe la route et du buisson,Célébrer le centenaireA ma modeste façon ;Aucune voix indiscrèteNe viendra me faire un cours(L’œuvre, l’homme, et le poète) ;Le Vent fera les discours.Oh ! je n’aurai pas la pompeD’un cortège officiel…Mais le coteau qui s’estompeEt les étoiles du ciel !Un peu de brise françaiseEn ce soir de FévrierSoufflera dans le mélèzeEt dans le genévrier ;Je veux, pèlerin que griseUn espoir d’être béni,Être là quand cette briseSoufflera sur Hernani ! »— Et j’étais parti. J’arrive,Petite ville, et je voisTon arrogance pensive,Ton noir profil d’autrefois !Déjà je vois apparaîtreUn toit fier et surplombantDes balcons qui semblent êtreDessinés par Artaban ;A mesure que j’approcheJe vois mieux se détacherCette fantastique rocheQui domine ton clocher ;Je t’admire ! je m’attardeA t’admirer dans le soir !Et pourquoi je te regarde,Tu ne peux pas le savoir.Hernani-du-Val-BleuâtreN’a pas entendu le corQue Hernani-du-ThéâtreFait sonner dans son décor !Tandis que ton nom s’envoleSur le grand drame français,Petite ville espagnole,Tu murmures : Je ne sais…Et tu t’endors, fière et triste,Entre Irun et Tolosa,Au fron-fron d’un guitariste,Au parfum d’un mimosa !

J’avais dit : « Puisqu’il existe

Entre Irun et Tolosa

Un village fier et triste

Où la gloire se posa ;

Puisqu’en descendant vers l’Èbre

On entend, près d’un roc nu,

Palpiter un nom célèbre

Sur un village inconnu ;

Puisque, étant le nom d’un drame,

Et le nom d’un drame en vers,

Ce nom-là me touche l’âme

Comme avec des lauriers verts ;

Et puisque d’ailleurs les choses

S’arrangent mal à ce point,

Las ! que les apothéoses

Moi seul ne les verrai point ;

Puisque, ô divin porte-lyre,

Je ne sais pas où je puis

Aller prier pour te dire

Que, de ta suite, j’en suis ;

Puisque je n’irai pas boire,

Dans l’humble creux de ma main,

A ces fontaines de gloire

Qu’on fera couler demain…

Je prendrai devant ma porte

Ce chemin bleu qui conduit

A ce village qui porte

Ce nom qui chante et qui luit ;

J’irai voir, passant la Rhune,

O vieux village hidalgo,

Ton chapeau de tuile brune

Empanaché par Hugo ;

J’irai, parmi le mystère

De la route et du buisson,

Célébrer le centenaire

A ma modeste façon ;

Aucune voix indiscrète

Ne viendra me faire un cours

(L’œuvre, l’homme, et le poète) ;

Le Vent fera les discours.

Oh ! je n’aurai pas la pompe

D’un cortège officiel…

Mais le coteau qui s’estompe

Et les étoiles du ciel !

Un peu de brise française

En ce soir de Février

Soufflera dans le mélèze

Et dans le genévrier ;

Je veux, pèlerin que grise

Un espoir d’être béni,

Être là quand cette brise

Soufflera sur Hernani ! »

— Et j’étais parti. J’arrive,

Petite ville, et je vois

Ton arrogance pensive,

Ton noir profil d’autrefois !

Déjà je vois apparaître

Un toit fier et surplombant

Des balcons qui semblent être

Dessinés par Artaban ;

A mesure que j’approche

Je vois mieux se détacher

Cette fantastique roche

Qui domine ton clocher ;

Je t’admire ! je m’attarde

A t’admirer dans le soir !

Et pourquoi je te regarde,

Tu ne peux pas le savoir.

Hernani-du-Val-Bleuâtre

N’a pas entendu le cor

Que Hernani-du-Théâtre

Fait sonner dans son décor !

Tandis que ton nom s’envole

Sur le grand drame français,

Petite ville espagnole,

Tu murmures : Je ne sais…

Et tu t’endors, fière et triste,

Entre Irun et Tolosa,

Au fron-fron d’un guitariste,

Au parfum d’un mimosa !

Oui, c’était bien ici qu’il fallait que je vinsse !Car la roue en bois plein, toujours, dans l’ombre, grince ;Et tout est demeuré — choses et paysans —Comme lorsqu’il passait, et qu’il avait dix ans !Mais mon émotion, tout d’un coup, s’est accrue :Je n’ose pas entrer dans la fameuse rue.Au seuil de Hernani j’hésite avec amour,Et j’en fais tout d’abord, avec respect, le tour.Je traverse un étrange et vaste jeu de paumeOù travaille à cette heure un vieux cordier fantômeQui dévide, et recule, et chante. — Un montagnardPasse. Il est sans cuirasse. Il n’a pas de poignard.Mais rien qu’à la façon dont il marche dans l’herbe,Je le reconnais bien, le jeune amant imberbe !C’est lui-même, et la nuit tu dois, ô Doña Sol,Lorsque de ton balcon il tombe sur le sol,— Sans bruit parce qu’il a ses bonnes alpargates ! —Dire pour ce bandit ton chapelet d’agates.Oh ! cet homme farouche, et qui possède l’artD’enfoncer son chapeau par-dessus le foulardQui traverse son front d’un bandage vert-pomme,Va crier : « Je suis Jean d’Aragon ! » et cet hommeVa trouver trop petits pour lui des échafauds…Non ! cet homme se baisse et ramasse une faux,Et jette cette faux sur son épaule, et rentreChez lui, d’un pas qui fait de sa chaumière un antre !— Et je vois s’avancer un être singulierQui balance un bâton de bois de néflier.Et c’est leceladordu village, le gardeDe l’alcade. Et surpris, soudain, je le regarde.Je n’en crois pas mes yeux !« Pourquoi donc,celador,Sur votre béret noir ces deux lettres en or ?Que veut dire : V. H. ? »Il répond avec pompe :«Villa de Hernani.»Cet Espagnol se trompe.Oh ! quand, pour te grandir encore, on t’exila,Maître, tu n’aurais eu qu’à venir vivre là !C’eût été somptueux, formidable, — et logique.La ville était marquée à ton chiffre magique.Certes, j’aime cette île où ta grande ombre erra.Mais j’aperçois le roc de Santa BarbaraS’ériger âprement, et je regrette presque,En voyant un rocher tellement hugoesque,Que, lorsqu’on t’exila, tu ne sois pas venu,Prince de Hernani, vivre sur ce roc nu !Je te vois habitant là-haut, parmi les ailes,— O grand dessinateur de tours et de tourelles ! —Cette espèce de noir donjon médiévalQue tu faisais sortir avec un ciel, un val,Et des mâchicoulis dont le créneau s’échancre,De l’élargissement d’une arabesque d’encre !Mais tu n’es pas absent, malgré que ton manoirSoit construit seulement par les vapeurs du soir !Superbe castellan d’une invisible crête,Tu restes à jamais perché sur ta conquête !Ce village orgueilleux sera toujours à toi :Il n’est plus à l’Espagne, il n’est plus à son Roi ;En allongeant sur lui la griffe d’un poème,Tu l’as pris, ce village, à Don Carlos lui-même !Mais que dis-je ? tu n’a pas attendu si tard !Enfant, tu l’avais pris, en passant, d’un regard !Si bien que Hernani, que ton œuvre accapare,Est bien plus dans Hugo qu’il n’est dans la Navarre !

Oui, c’était bien ici qu’il fallait que je vinsse !

Car la roue en bois plein, toujours, dans l’ombre, grince ;

Et tout est demeuré — choses et paysans —

Comme lorsqu’il passait, et qu’il avait dix ans !

Mais mon émotion, tout d’un coup, s’est accrue :

Je n’ose pas entrer dans la fameuse rue.

Au seuil de Hernani j’hésite avec amour,

Et j’en fais tout d’abord, avec respect, le tour.

Je traverse un étrange et vaste jeu de paume

Où travaille à cette heure un vieux cordier fantôme

Qui dévide, et recule, et chante. — Un montagnard

Passe. Il est sans cuirasse. Il n’a pas de poignard.

Mais rien qu’à la façon dont il marche dans l’herbe,

Je le reconnais bien, le jeune amant imberbe !

C’est lui-même, et la nuit tu dois, ô Doña Sol,

Lorsque de ton balcon il tombe sur le sol,

— Sans bruit parce qu’il a ses bonnes alpargates ! —

Dire pour ce bandit ton chapelet d’agates.

Oh ! cet homme farouche, et qui possède l’art

D’enfoncer son chapeau par-dessus le foulard

Qui traverse son front d’un bandage vert-pomme,

Va crier : « Je suis Jean d’Aragon ! » et cet homme

Va trouver trop petits pour lui des échafauds…

Non ! cet homme se baisse et ramasse une faux,

Et jette cette faux sur son épaule, et rentre

Chez lui, d’un pas qui fait de sa chaumière un antre !

— Et je vois s’avancer un être singulier

Qui balance un bâton de bois de néflier.

Et c’est leceladordu village, le garde

De l’alcade. Et surpris, soudain, je le regarde.

Je n’en crois pas mes yeux !

« Pourquoi donc,celador,

Sur votre béret noir ces deux lettres en or ?

Que veut dire : V. H. ? »

Il répond avec pompe :

«Villa de Hernani.»

Cet Espagnol se trompe.

Oh ! quand, pour te grandir encore, on t’exila,

Maître, tu n’aurais eu qu’à venir vivre là !

C’eût été somptueux, formidable, — et logique.

La ville était marquée à ton chiffre magique.

Certes, j’aime cette île où ta grande ombre erra.

Mais j’aperçois le roc de Santa Barbara

S’ériger âprement, et je regrette presque,

En voyant un rocher tellement hugoesque,

Que, lorsqu’on t’exila, tu ne sois pas venu,

Prince de Hernani, vivre sur ce roc nu !

Je te vois habitant là-haut, parmi les ailes,

— O grand dessinateur de tours et de tourelles ! —

Cette espèce de noir donjon médiéval

Que tu faisais sortir avec un ciel, un val,

Et des mâchicoulis dont le créneau s’échancre,

De l’élargissement d’une arabesque d’encre !

Mais tu n’es pas absent, malgré que ton manoir

Soit construit seulement par les vapeurs du soir !

Superbe castellan d’une invisible crête,

Tu restes à jamais perché sur ta conquête !

Ce village orgueilleux sera toujours à toi :

Il n’est plus à l’Espagne, il n’est plus à son Roi ;

En allongeant sur lui la griffe d’un poème,

Tu l’as pris, ce village, à Don Carlos lui-même !

Mais que dis-je ? tu n’a pas attendu si tard !

Enfant, tu l’avais pris, en passant, d’un regard !

Si bien que Hernani, que ton œuvre accapare,

Est bien plus dans Hugo qu’il n’est dans la Navarre !

Je tâche de revoir l’enfant mystérieuxVoyageant en Espagne, — et je ferme les yeux…Et je marche à travers la bruyère sauvage,Et je rêve, en marchant, les détails du voyage.O joie ! avoir dix ans, être fils d’un vainqueur ;Savoir déjà beaucoup de Virgile par cœur ;Garder, n’ayant jamais été mis au collège,Autour de l’âme, encor, ce duvet qui l’allège ;Et — parce que, d’honneurs et de gloire couvert,Le général Joseph-Léopold-Sigisbert,Dont le père est un humble artisan de province,Veut voir jouer ses fils dans le palais d’un prince,Et qu’entre deux combats ce héros s’attendrit, —Se trouver brusquement en route pour Madrid,Et, le front bourdonnant encor d’un bruit de bronze,Comme si l’on avait rêvé mil huit cent onze,Paris et les portraits de Napoléon Deux,Se réveiller courant des chemins hasardeuxOù, parfois, sur le bord d’un gouffre, au clair de lune,On rencontre un courrier qui vient de Pampelune !Je rêve les détails du voyage.Correct,Cambré contre le fond capitonné d’UtrechtPour que sa redingote à brandebourgs l’épouseEt pour qu’elle rabatte à la mil huit cent douzeSur son buste bombé les épaulettes d’or,— Ou pour cacher qu’au fond du carrosse il s’endort, —L’aide de camp marquis du Saillant accompagneLa générale Hugo qui se rend en Espagne.La générale Hugo n’est pas contente. Elle aHorreur du vieux coucou que l’on rafistolaEt qui penche, guimbarde aux formes fantômales,Sous des gibbosités de meubles et de malles.Cet objet à la fois gothique et Pompadour,Chaise de poste ensemble et carrosse de cour,Qui sur de grands ressorts en gondole s’agence,Par son cabriolet tient de la diligence,Et, par son grincement, du char à bœufs. Des bœufsViennent d’ailleurs aider dans les chemins bourbeuxLes six mules hors d’âge et tintinnabulantesAuxquelles un gaillard, prompt à les trouver lentes,Crie, en fouettant leur dos écorché jusqu’à l’os,Toutes sortes de mots qui finissent endios.Les trois petits Hugo, d’humeur moins difficile,Se sont accommodés de ce luxe fossile ;Les deux grands ont pouffé de rire en contemplantLe ventre vert et or de ce monstre roulantDont l’ombre sur la route est apocalyptique ;Et, grave, ayant déjà sa petite esthétique,Le plus petit des trois ne l’a pas trouvé laid.Ils montent tous les trois dans le cabriolet.Ils tirent les rideaux sur les anneaux de cuivre,Changent de place ; ils sont heureux ; tout les enivreCar les petits enfants sont de grands voyageursEt les endroits quittés ne gardent pas leurs cœurs.Ils sont heureux. Ils ont des choses dans leur poches.Ils ouvrent tout le temps et ferment des sacochesDans lesquelles Dieu seul sait tout ce qu’ils ont mis.On entend s’envoler parfois de tendres crisVers ce cabriolet qui fait un bruit de cage ;Et le carrosse roule… « Eugène, soyez sage !— Surtout surveille bien ton petit frère, Abel ! »Et l’on voit s’empourprer le mont Jaïtzquibel.Ils font tous ce chemin que je viens de refaire.Je les vois. Je peux dire : « Ils sont aux croix de pierre.Ils longent le vieux mur de granit ». (Il y aMaintenant sur ce mur un grand magnolia.)Je peux dire : « Ils vont être au château d’UrtubieDont l’armure d’ardoise est sans cesse fourbiePar quelque brusque averse au flot diluvien ;Ils y sont ! ils le voient, comme un archer qui vientDe laver à grande eau les mailles de sa brugne,Se sécher au soleil sur la route d’Urrugne.Ils sont au pont ; ils sont… »Je rêve les détailsDu voyage.Je sais devant quels vieux portailsIls se sont arrêtés, dans un certain village.Ils roulent. Maintenant le bizarre attelageA rejoint, près d’Irun, le Convoi du Trésor.Un beau général-duc tout étincelant d’orPrend le commandement de cette cavalcadeQui doit faire briller les yeux de l’embuscade ;C’est parmi des plumets que l’on ressort d’Irun ;D’alertes éclaireurs galopent un par unPour voir si dans les rocs rien ne se dissimule…Clic ! Clac ! Déjà les fers de la première muleOnt frappé d’un sonore et quadruple omégaLa route d’Oyarzun et d’Astigarraga ;La bergère s’enfuit et le troupeau s’effare ;Les andalous vont l’amble au son de la fanfare.Quoi ! pour Victor Hugo, des trompettes ? — Déjà ?Non, mais pour le Trésor. Ce Trésor protégeaLe petit voyageur pour qui tremble la Muse.Il est de ces hasards bienheureux. Dieu s’amuse.Deux mille hommes à pied ! mille hommes à cheval !Et l’on serre les rangs ! et dans l’ombre du valLa Providence — car toujours la ProvidenceLorsque naît un génie est dans la confidence ! —Sourit de ce Trésor qui n’est qu’un prête-nom ;Et trois mille soldats renforcés de canonGardent, croyant garder un coffre plein de piastres,Un merveilleux enfant dont l’âme est pleine d’astres !Je rêve les détails du voyage.Un convoiFait exprès, semble-t-il, pour l’enfant qui le voit !Chaîne héroï-comique, espagnole et française,Et dont chaque chaînon est fait d’une antithèse !On voyage en Espagne, on est gardé par desGrenadiers : ce sont des grenadiers hollandais.Napoléon, qui pense à tout malgré la guerre,Envoie un personnel tout neuf au Roi son frère :De sorte qu’on peut voir un quadrille dansantD’auditeurs au Conseil d’État sur des pur-sang.Le Trésor est suivi de trois cents véhiculesRemplis de voyageurs charmants ou ridicules.Élégance où parfois la loque flamboya,On dirait d’un Boilly retouché par Goya.Les jeunes colonels musqués et sans moustachesDécouvrent des minois dans le fond des pataches :La main tremble ; l’œil rit ; la fleur tombe… Est-ce beau,Criant à Salinas, chantant à Pancorbo,Tantôt pris de fou rire et tantôt de panique,Sous cet immense ciel bleu, ce cortège uniqueRoulant, trottant, sifflant, luisant, flambant, piaffant,Et, parmi ce cortège unique, cet enfant !Cet enfant porte en lui deux provinces de France,Et sa Bretagne rêve, et sa Lorraine pense ;Et c’est en même temps un petit ParisienQui ne perd pas la tête et qui regarde bien.Qu’il regarde ! voici Hernani !…

Je tâche de revoir l’enfant mystérieux

Voyageant en Espagne, — et je ferme les yeux…

Et je marche à travers la bruyère sauvage,

Et je rêve, en marchant, les détails du voyage.

O joie ! avoir dix ans, être fils d’un vainqueur ;

Savoir déjà beaucoup de Virgile par cœur ;

Garder, n’ayant jamais été mis au collège,

Autour de l’âme, encor, ce duvet qui l’allège ;

Et — parce que, d’honneurs et de gloire couvert,

Le général Joseph-Léopold-Sigisbert,

Dont le père est un humble artisan de province,

Veut voir jouer ses fils dans le palais d’un prince,

Et qu’entre deux combats ce héros s’attendrit, —

Se trouver brusquement en route pour Madrid,

Et, le front bourdonnant encor d’un bruit de bronze,

Comme si l’on avait rêvé mil huit cent onze,

Paris et les portraits de Napoléon Deux,

Se réveiller courant des chemins hasardeux

Où, parfois, sur le bord d’un gouffre, au clair de lune,

On rencontre un courrier qui vient de Pampelune !

Je rêve les détails du voyage.

Correct,

Cambré contre le fond capitonné d’Utrecht

Pour que sa redingote à brandebourgs l’épouse

Et pour qu’elle rabatte à la mil huit cent douze

Sur son buste bombé les épaulettes d’or,

— Ou pour cacher qu’au fond du carrosse il s’endort, —

L’aide de camp marquis du Saillant accompagne

La générale Hugo qui se rend en Espagne.

La générale Hugo n’est pas contente. Elle a

Horreur du vieux coucou que l’on rafistola

Et qui penche, guimbarde aux formes fantômales,

Sous des gibbosités de meubles et de malles.

Cet objet à la fois gothique et Pompadour,

Chaise de poste ensemble et carrosse de cour,

Qui sur de grands ressorts en gondole s’agence,

Par son cabriolet tient de la diligence,

Et, par son grincement, du char à bœufs. Des bœufs

Viennent d’ailleurs aider dans les chemins bourbeux

Les six mules hors d’âge et tintinnabulantes

Auxquelles un gaillard, prompt à les trouver lentes,

Crie, en fouettant leur dos écorché jusqu’à l’os,

Toutes sortes de mots qui finissent endios.

Les trois petits Hugo, d’humeur moins difficile,

Se sont accommodés de ce luxe fossile ;

Les deux grands ont pouffé de rire en contemplant

Le ventre vert et or de ce monstre roulant

Dont l’ombre sur la route est apocalyptique ;

Et, grave, ayant déjà sa petite esthétique,

Le plus petit des trois ne l’a pas trouvé laid.

Ils montent tous les trois dans le cabriolet.

Ils tirent les rideaux sur les anneaux de cuivre,

Changent de place ; ils sont heureux ; tout les enivre

Car les petits enfants sont de grands voyageurs

Et les endroits quittés ne gardent pas leurs cœurs.

Ils sont heureux. Ils ont des choses dans leur poches.

Ils ouvrent tout le temps et ferment des sacoches

Dans lesquelles Dieu seul sait tout ce qu’ils ont mis.

On entend s’envoler parfois de tendres cris

Vers ce cabriolet qui fait un bruit de cage ;

Et le carrosse roule… « Eugène, soyez sage !

— Surtout surveille bien ton petit frère, Abel ! »

Et l’on voit s’empourprer le mont Jaïtzquibel.

Ils font tous ce chemin que je viens de refaire.

Je les vois. Je peux dire : « Ils sont aux croix de pierre.

Ils longent le vieux mur de granit ». (Il y a

Maintenant sur ce mur un grand magnolia.)

Je peux dire : « Ils vont être au château d’Urtubie

Dont l’armure d’ardoise est sans cesse fourbie

Par quelque brusque averse au flot diluvien ;

Ils y sont ! ils le voient, comme un archer qui vient

De laver à grande eau les mailles de sa brugne,

Se sécher au soleil sur la route d’Urrugne.

Ils sont au pont ; ils sont… »

Je rêve les détails

Du voyage.

Je sais devant quels vieux portails

Ils se sont arrêtés, dans un certain village.

Ils roulent. Maintenant le bizarre attelage

A rejoint, près d’Irun, le Convoi du Trésor.

Un beau général-duc tout étincelant d’or

Prend le commandement de cette cavalcade

Qui doit faire briller les yeux de l’embuscade ;

C’est parmi des plumets que l’on ressort d’Irun ;

D’alertes éclaireurs galopent un par un

Pour voir si dans les rocs rien ne se dissimule…

Clic ! Clac ! Déjà les fers de la première mule

Ont frappé d’un sonore et quadruple oméga

La route d’Oyarzun et d’Astigarraga ;

La bergère s’enfuit et le troupeau s’effare ;

Les andalous vont l’amble au son de la fanfare.

Quoi ! pour Victor Hugo, des trompettes ? — Déjà ?

Non, mais pour le Trésor. Ce Trésor protégea

Le petit voyageur pour qui tremble la Muse.

Il est de ces hasards bienheureux. Dieu s’amuse.

Deux mille hommes à pied ! mille hommes à cheval !

Et l’on serre les rangs ! et dans l’ombre du val

La Providence — car toujours la Providence

Lorsque naît un génie est dans la confidence ! —

Sourit de ce Trésor qui n’est qu’un prête-nom ;

Et trois mille soldats renforcés de canon

Gardent, croyant garder un coffre plein de piastres,

Un merveilleux enfant dont l’âme est pleine d’astres !

Je rêve les détails du voyage.

Un convoi

Fait exprès, semble-t-il, pour l’enfant qui le voit !

Chaîne héroï-comique, espagnole et française,

Et dont chaque chaînon est fait d’une antithèse !

On voyage en Espagne, on est gardé par des

Grenadiers : ce sont des grenadiers hollandais.

Napoléon, qui pense à tout malgré la guerre,

Envoie un personnel tout neuf au Roi son frère :

De sorte qu’on peut voir un quadrille dansant

D’auditeurs au Conseil d’État sur des pur-sang.

Le Trésor est suivi de trois cents véhicules

Remplis de voyageurs charmants ou ridicules.

Élégance où parfois la loque flamboya,

On dirait d’un Boilly retouché par Goya.

Les jeunes colonels musqués et sans moustaches

Découvrent des minois dans le fond des pataches :

La main tremble ; l’œil rit ; la fleur tombe… Est-ce beau,

Criant à Salinas, chantant à Pancorbo,

Tantôt pris de fou rire et tantôt de panique,

Sous cet immense ciel bleu, ce cortège unique

Roulant, trottant, sifflant, luisant, flambant, piaffant,

Et, parmi ce cortège unique, cet enfant !

Cet enfant porte en lui deux provinces de France,

Et sa Bretagne rêve, et sa Lorraine pense ;

Et c’est en même temps un petit Parisien

Qui ne perd pas la tête et qui regarde bien.

Qu’il regarde ! voici Hernani !…

Les voituresPassent sous la visière énorme des toituresDans cette rue étrange où je monte en rêvant.Ah ! c’est l’Espagne, enfin !Je sais bien qu’au-devantDe celui qui sera son poète, l’EspagneAvait mandé sa grâce à travers la montagne,Qu’elle avait détaché vers lui quelques splendeurs,Vieux clochers chambellans, moulins ambassadeurs,Chargés de l’accueillir au seuil de la BiscayeD’un peu de majesté, de morgue et d’antiquaille !Je sais bien qu’au devant de celui qui venaitElle avait envoyé le soleil, le genêt,Le vent du sud chantant son grand air de bravoureQue déjà cette Reine, aux portes de Ciboure,Avait fait de sa part saluer cet InfantPar un vieux mendiant de rouge se coiffant ;Mais c’est à Hernani — noir village, je t’aime ! —Qu’elle avait décidé de l’attendre elle-même.Et tous les murs étaient pavoisés de haillons.Depuis qu’on parcourait les âpres régions,Pour la première fois le convoi faisait halte ;De sorte que ce fut vraiment — et je m’exalte,Je parle seul tout haut, je ris ! — ce fut iciQue la rencontre eut lieu. Noir village, merci !Tout à l’heure, en passant, on me montrait une île.J’ai dit au batelier : « Ta barque est inutile !Que peut me faire, à moi, sur quel bout de terrainUn Haro se rencontre avec un Mazarin ?Je veux voir Hernani ! C’est là qu’entre les poutresD’une rue où l’on boit le sombre vin des outres,Sous une longue bande étroite d’indigo,Se rencontra l’Espagne avec Victor Hugo !Je suis un pèlerin. Je viens pour qu’on me montreLe véritable endroit de la grande rencontre,Et non pas je ne sais quelle île des Faisans !— Le siècle, cette année, a de nouveau deux ans. »O rapide frisson des âmes enfantines !Aussitôt qu’il eut vu, l’enfant des Feuillantines,L’orgueil silencieux qui ronge ces maisonsEt leur sort sur la face en énormes blasons ;Ces fers forgés, ces bois sculptés, ces hommes pâlesQui sur de pauvres seuils se drapent dans des châles ;Les caprices pointus de ce pavé grimpantSous le balcon qui bombe et la loque qui pend ;Aussitôt qu’il eut vu ce clocher à grillageOù les cloches ont l’air d’oiseaux de bronze en cage ;Aussitôt que, passant la poterne, il eut vuLes longs veloutements de ce vallon perdu ;Ces chênes bas taillés d’une façon si drôleQu’ils ont la grosse tête à perruque du saule ;Ces fermes rabattant sur leur murs des voletsD’où le piment retombe en doubles chapelets ;Ces gazons où toujours quelque poulain se vautre ;Ces toits dont un côté descend plus bas que l’autre ;Aussitôt qu’il eut vu marcher dans les sentiersDes joueurs de pelote et des contrebandiers ;Sous les arbres trapus tout enthyrsés de lierresRire des muletiers avec des sandalières ;Des filles aux pieds nus, de leurs orteils vibrants,Caresser à rebrousse-écume les torrents ;Des prêtres bruns mêler des ombres de soutanesAux troncs décortiqués et pâles des platanes ;Des mules, trois par trois, traîner ces grands berceauxDont la toile au soleil tremble sur deux arceaux ;La broussaille dresser son piège qui chuchote ;Les moulins avoir l’air d’attendre don Quichotte ;Et les maïs bouger leur barbe et leurs plumets ;Et les feux s’allumer soudain sur les sommets ;Et le linge sécher à travers les campagnes,Il fut plus Espagnol que toutes les Espagnes !Il a reçu le coup de soleil, c’est fini.Quand sa mère aura peur — plus loin que Hernani —Il rira. Le buisson où s’embusque la haine,Elle le connaît trop, la maman Vendéenne !Elle dit à son fils : « Rentrez la tête un peu ! »Mais une vitre éclate ! On vient de faire feu !— « C’est gentil, l’ennemi qui m’envoie une bille ! »Dit l’enfant. Car ce brave aux longs cheveux de filleEst déjà tellement du pays où l’on estQu’il a mis du panache à son petit bonnet.

Les voitures

Passent sous la visière énorme des toitures

Dans cette rue étrange où je monte en rêvant.

Ah ! c’est l’Espagne, enfin !

Je sais bien qu’au-devant

De celui qui sera son poète, l’Espagne

Avait mandé sa grâce à travers la montagne,

Qu’elle avait détaché vers lui quelques splendeurs,

Vieux clochers chambellans, moulins ambassadeurs,

Chargés de l’accueillir au seuil de la Biscaye

D’un peu de majesté, de morgue et d’antiquaille !

Je sais bien qu’au devant de celui qui venait

Elle avait envoyé le soleil, le genêt,

Le vent du sud chantant son grand air de bravoure

Que déjà cette Reine, aux portes de Ciboure,

Avait fait de sa part saluer cet Infant

Par un vieux mendiant de rouge se coiffant ;

Mais c’est à Hernani — noir village, je t’aime ! —

Qu’elle avait décidé de l’attendre elle-même.

Et tous les murs étaient pavoisés de haillons.

Depuis qu’on parcourait les âpres régions,

Pour la première fois le convoi faisait halte ;

De sorte que ce fut vraiment — et je m’exalte,

Je parle seul tout haut, je ris ! — ce fut ici

Que la rencontre eut lieu. Noir village, merci !

Tout à l’heure, en passant, on me montrait une île.

J’ai dit au batelier : « Ta barque est inutile !

Que peut me faire, à moi, sur quel bout de terrain

Un Haro se rencontre avec un Mazarin ?

Je veux voir Hernani ! C’est là qu’entre les poutres

D’une rue où l’on boit le sombre vin des outres,

Sous une longue bande étroite d’indigo,

Se rencontra l’Espagne avec Victor Hugo !

Je suis un pèlerin. Je viens pour qu’on me montre

Le véritable endroit de la grande rencontre,

Et non pas je ne sais quelle île des Faisans !

— Le siècle, cette année, a de nouveau deux ans. »

O rapide frisson des âmes enfantines !

Aussitôt qu’il eut vu, l’enfant des Feuillantines,

L’orgueil silencieux qui ronge ces maisons

Et leur sort sur la face en énormes blasons ;

Ces fers forgés, ces bois sculptés, ces hommes pâles

Qui sur de pauvres seuils se drapent dans des châles ;

Les caprices pointus de ce pavé grimpant

Sous le balcon qui bombe et la loque qui pend ;

Aussitôt qu’il eut vu ce clocher à grillage

Où les cloches ont l’air d’oiseaux de bronze en cage ;

Aussitôt que, passant la poterne, il eut vu

Les longs veloutements de ce vallon perdu ;

Ces chênes bas taillés d’une façon si drôle

Qu’ils ont la grosse tête à perruque du saule ;

Ces fermes rabattant sur leur murs des volets

D’où le piment retombe en doubles chapelets ;

Ces gazons où toujours quelque poulain se vautre ;

Ces toits dont un côté descend plus bas que l’autre ;

Aussitôt qu’il eut vu marcher dans les sentiers

Des joueurs de pelote et des contrebandiers ;

Sous les arbres trapus tout enthyrsés de lierres

Rire des muletiers avec des sandalières ;

Des filles aux pieds nus, de leurs orteils vibrants,

Caresser à rebrousse-écume les torrents ;

Des prêtres bruns mêler des ombres de soutanes

Aux troncs décortiqués et pâles des platanes ;

Des mules, trois par trois, traîner ces grands berceaux

Dont la toile au soleil tremble sur deux arceaux ;

La broussaille dresser son piège qui chuchote ;

Les moulins avoir l’air d’attendre don Quichotte ;

Et les maïs bouger leur barbe et leurs plumets ;

Et les feux s’allumer soudain sur les sommets ;

Et le linge sécher à travers les campagnes,

Il fut plus Espagnol que toutes les Espagnes !

Il a reçu le coup de soleil, c’est fini.

Quand sa mère aura peur — plus loin que Hernani —

Il rira. Le buisson où s’embusque la haine,

Elle le connaît trop, la maman Vendéenne !

Elle dit à son fils : « Rentrez la tête un peu ! »

Mais une vitre éclate ! On vient de faire feu !

— « C’est gentil, l’ennemi qui m’envoie une bille ! »

Dit l’enfant. Car ce brave aux longs cheveux de fille

Est déjà tellement du pays où l’on est

Qu’il a mis du panache à son petit bonnet.

O mystère charmant et profond de l’enfance !Quoi ! cet être joyeux d’enfreindre une défense,Qui rit, qui parle seul, qui joue, et qui soudainSemble pris pour ses jeux d’un immense dédain,Et rêve, dédaignant l’image ou la praline,Dans le plus sombre coin de la vieille berline ;Qui montrait tout à l’heure un golfe avec son doigtEn demandant : « Quel est ce gros saphir qu’on voit ? »Ce garçonnet ravi d’abîmer son costume,C’est Celui qui mettra son siècle sur l’enclume,Qui pendant si longtemps sera terrible et seul,Et qui pratiquera si bien l’Art d’être AïeulQue, pâles apprentis sortant tous de ses forges,Les poètes seront ses innombrables Georges !Quoi ! cet enfant, c’est lui par qui nous apprenonsQue tous ces voyageurs croyaient avoir des noms,Et c’est lui l’éternel parmi ces éphémères !Quoi ! c’est le grand Hugo, ce petit Victor !Mères,Qu’il y ait du respect parfois dans la douceurDu baiser mis au front de votre enfant rêveur ;Que vos lèvres, parfois en écartant des boucles,Aient peur de se brûler à quelques escarboucles ;Frissonnez au milieu d’un rire ; effrayez-vousDe prendre l’avenir, ainsi, sur vos genoux :Et dites-vous, avec une ivresse inquiète,Lorsque vous saisissez une petite têtePour essayer de voir au fond des yeux gamins,Que vous tenez peut-être un monde entre vos mains !— Sait-on à quel moment au juste le dieu passe ?Songez à la minute émouvante de grâceOù, dans la vieille rue, au son d’un fandangoQue rythme un claquement de fouet, Madame HugoSort du carrosse vert dont l’attelage souffle,Et, prenant dans ses bras l’enfant qu’elle emmitoufle,Distraite, d’une voix qui sommeille à demi,Lui dit légèrement : « Tu vois, c’est Hernani. »Aucun éclair n’a lui dans la ruelle noire ;Nul n’a senti tomber cette graine de gloire ;Et lui-même l’enfant n’est pas resté songeur.On se bouscule, on crie, on jure ; un voyageurChante… Et le germe obscur descend au fond de l’âme,« C’est Hernani, tu vois », a murmuré MadameLa générale Hugo, d’une distraite voix.Et l’enfant regardait. « C’est Hernani, tu vois »,Dit cette mère. Et tout, pendant cette minute,Tout, Don Ruy, Don Carlos, le grand vers dont la flûteSoupire, le bandit, l’amour, le collier d’or,La bataille de mil huit cent trente, le cor,Mademoiselle Mars, la salle qui trépide,Tout, le lion superbe et le vieillard stupide,Oui, tout fut, au-dessus de ce village fier,Pendant cette minute, en puissance, dans l’air !Cette minute-là fut grosse du chef-d’œuvre.— Et, faisant de son fouet zigzaguer la couleuvre,Un jeune postillon, sur un seuil, étalaitLe rouge fatidique et vif de son gilet.Le Rêve, dans l’esprit des grands amants du Verbe,Abonde avec amour autour d’un nom superbe ;Il suspend, en secret, son cristal doux et lentAu nom qui s’alourdit d’un poids étincelant ;Et quand, plus tard, cherchant dans cette ombre où tout resteHugo retirera de son cœur, d’un seul geste,Le nom qui s’y enfonce en tremblant aujourd’hui,Ce nom ramènera tout un drame avec lui !

O mystère charmant et profond de l’enfance !

Quoi ! cet être joyeux d’enfreindre une défense,

Qui rit, qui parle seul, qui joue, et qui soudain

Semble pris pour ses jeux d’un immense dédain,

Et rêve, dédaignant l’image ou la praline,

Dans le plus sombre coin de la vieille berline ;

Qui montrait tout à l’heure un golfe avec son doigt

En demandant : « Quel est ce gros saphir qu’on voit ? »

Ce garçonnet ravi d’abîmer son costume,

C’est Celui qui mettra son siècle sur l’enclume,

Qui pendant si longtemps sera terrible et seul,

Et qui pratiquera si bien l’Art d’être Aïeul

Que, pâles apprentis sortant tous de ses forges,

Les poètes seront ses innombrables Georges !

Quoi ! cet enfant, c’est lui par qui nous apprenons

Que tous ces voyageurs croyaient avoir des noms,

Et c’est lui l’éternel parmi ces éphémères !

Quoi ! c’est le grand Hugo, ce petit Victor !

Mères,

Qu’il y ait du respect parfois dans la douceur

Du baiser mis au front de votre enfant rêveur ;

Que vos lèvres, parfois en écartant des boucles,

Aient peur de se brûler à quelques escarboucles ;

Frissonnez au milieu d’un rire ; effrayez-vous

De prendre l’avenir, ainsi, sur vos genoux :

Et dites-vous, avec une ivresse inquiète,

Lorsque vous saisissez une petite tête

Pour essayer de voir au fond des yeux gamins,

Que vous tenez peut-être un monde entre vos mains !

— Sait-on à quel moment au juste le dieu passe ?

Songez à la minute émouvante de grâce

Où, dans la vieille rue, au son d’un fandango

Que rythme un claquement de fouet, Madame Hugo

Sort du carrosse vert dont l’attelage souffle,

Et, prenant dans ses bras l’enfant qu’elle emmitoufle,

Distraite, d’une voix qui sommeille à demi,

Lui dit légèrement : « Tu vois, c’est Hernani. »

Aucun éclair n’a lui dans la ruelle noire ;

Nul n’a senti tomber cette graine de gloire ;

Et lui-même l’enfant n’est pas resté songeur.

On se bouscule, on crie, on jure ; un voyageur

Chante… Et le germe obscur descend au fond de l’âme,

« C’est Hernani, tu vois », a murmuré Madame

La générale Hugo, d’une distraite voix.

Et l’enfant regardait. « C’est Hernani, tu vois »,

Dit cette mère. Et tout, pendant cette minute,

Tout, Don Ruy, Don Carlos, le grand vers dont la flûte

Soupire, le bandit, l’amour, le collier d’or,

La bataille de mil huit cent trente, le cor,

Mademoiselle Mars, la salle qui trépide,

Tout, le lion superbe et le vieillard stupide,

Oui, tout fut, au-dessus de ce village fier,

Pendant cette minute, en puissance, dans l’air !

Cette minute-là fut grosse du chef-d’œuvre.

— Et, faisant de son fouet zigzaguer la couleuvre,

Un jeune postillon, sur un seuil, étalait

Le rouge fatidique et vif de son gilet.

Le Rêve, dans l’esprit des grands amants du Verbe,

Abonde avec amour autour d’un nom superbe ;

Il suspend, en secret, son cristal doux et lent

Au nom qui s’alourdit d’un poids étincelant ;

Et quand, plus tard, cherchant dans cette ombre où tout reste

Hugo retirera de son cœur, d’un seul geste,

Le nom qui s’y enfonce en tremblant aujourd’hui,

Ce nom ramènera tout un drame avec lui !

… Mais la nuit m’a surpris près d’un portail de pierre…Alors je me souviens qu’il aimait la prière ;Qu’il a divinement murmuré : « Va prier… »Je songe que le soir du vingt-six Février,Hernani, ton église est bien selon mon âme,Puisque je ne peux pas aller à Notre-Dame !Et je laisse la vieille en noir qui tient les clésM’ouvrir.Saint-Sébastien a les cheveux bouclés ;Le large autel doré luit de toutes ses forces ;Et l’on voit des raisins sur les colonnes torses.Cette église serait sûrement de son goût.Et comme dans son œuvre énorme on trouve tout,J’y prends quelques beaux vers comme on choisit des cierges,Et je les fais brûler doucement. Et les Vierges— Fronts de cire entrevus à travers des carreaux —Sont celles justement qu’invoquent ses héros ;Et je t’ai demandé, Petit Roi de Galice,Comment il faut prier pour que Dieu s’attendrisse !Et je sors tout ému sous le ciel toujours beau.Et je marche en disant : « Maître, Génie, Hugo…Souris, Père d’un siècle, aux humbles fils d’une heure !Que quelque chose, en nous, de ce grand jour, demeure !Donne-nous le courage et donne-nous la foiQu’il nous faut pour oser travailler après toi… »Et les mots se pressaient sans ordre sur ma lèvre,Car depuis le matin je cultivais ma fièvre.« … Fais que nous nous levions la nuit pour travailler,Que nous ne dormions plus à cause du laurier,Et détache ta main, un instant, de ta tempe,Pour bénir notre front, notre cœur, notre lampe… »Des paysans passaient. — « Persuade-nous bienQue le travail est tout, que nous ne sommes rien… »Un chant montait, de ceux que plusieurs voix reprennent.« … et dis-nous de chanter pour que tous nous comprennent. »Ainsi parlait la voix de mon âme à genoux.Le soir d’Espagne était merveilleusement doux,Mais il fallait partir, car l’ombre enveloppanteVenait ; je reprenais la vieille rue en penteQui serre tellement le ciel entre ses toitsQue l’on ne voit jamais qu’une étoile à la fois.Je murmurais : « Faut-il qu’un pareil jour s’achève ? »Je sortais de Hugo comme l’on sort d’un rêve :Et j’ai redescendu la rue ; et lorsque j’aiPassé sous le dernier balcon de fer forgé,Un homme, d’une voix orgueilleuse et bourrue,M’a dit : «Señor, c’est là — dans cette vieille rue —Que naquit Urbieta, le brave à qui le RoiFrançois Premier rendit son épée ! » Alors, moi,J’ai dit : « C’est là qu’est né — dans cette rue ancienne —Le drame auquel le Cid pourrait rendre la sienne. »

… Mais la nuit m’a surpris près d’un portail de pierre…

Alors je me souviens qu’il aimait la prière ;

Qu’il a divinement murmuré : « Va prier… »

Je songe que le soir du vingt-six Février,

Hernani, ton église est bien selon mon âme,

Puisque je ne peux pas aller à Notre-Dame !

Et je laisse la vieille en noir qui tient les clés

M’ouvrir.

Saint-Sébastien a les cheveux bouclés ;

Le large autel doré luit de toutes ses forces ;

Et l’on voit des raisins sur les colonnes torses.

Cette église serait sûrement de son goût.

Et comme dans son œuvre énorme on trouve tout,

J’y prends quelques beaux vers comme on choisit des cierges,

Et je les fais brûler doucement. Et les Vierges

— Fronts de cire entrevus à travers des carreaux —

Sont celles justement qu’invoquent ses héros ;

Et je t’ai demandé, Petit Roi de Galice,

Comment il faut prier pour que Dieu s’attendrisse !

Et je sors tout ému sous le ciel toujours beau.

Et je marche en disant : « Maître, Génie, Hugo…

Souris, Père d’un siècle, aux humbles fils d’une heure !

Que quelque chose, en nous, de ce grand jour, demeure !

Donne-nous le courage et donne-nous la foi

Qu’il nous faut pour oser travailler après toi… »

Et les mots se pressaient sans ordre sur ma lèvre,

Car depuis le matin je cultivais ma fièvre.

« … Fais que nous nous levions la nuit pour travailler,

Que nous ne dormions plus à cause du laurier,

Et détache ta main, un instant, de ta tempe,

Pour bénir notre front, notre cœur, notre lampe… »

Des paysans passaient. — « Persuade-nous bien

Que le travail est tout, que nous ne sommes rien… »

Un chant montait, de ceux que plusieurs voix reprennent.

« … et dis-nous de chanter pour que tous nous comprennent. »

Ainsi parlait la voix de mon âme à genoux.

Le soir d’Espagne était merveilleusement doux,

Mais il fallait partir, car l’ombre enveloppante

Venait ; je reprenais la vieille rue en pente

Qui serre tellement le ciel entre ses toits

Que l’on ne voit jamais qu’une étoile à la fois.

Je murmurais : « Faut-il qu’un pareil jour s’achève ? »

Je sortais de Hugo comme l’on sort d’un rêve :

Et j’ai redescendu la rue ; et lorsque j’ai

Passé sous le dernier balcon de fer forgé,

Un homme, d’une voix orgueilleuse et bourrue,

M’a dit : «Señor, c’est là — dans cette vieille rue —

Que naquit Urbieta, le brave à qui le Roi

François Premier rendit son épée ! » Alors, moi,

J’ai dit : « C’est là qu’est né — dans cette rue ancienne —

Le drame auquel le Cid pourrait rendre la sienne. »

Hernani, 26 février 1902.


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