[6]Un joueur de polo est «off side» lorsque, ne se trouvant ni en possession de la balle ni derrière un des joueurs de son propre camp en possession de la balle, il n’y a pas, au moment où la balle est frappée, de joueur du camp opposé plus près que lui de la ligne de but des adversaires ou de cette ligne prolongée. En ce cas, il ne doit ni frapper la balle ni empêcher le camp opposé de l’atteindre ou de la frapper.
[6]Un joueur de polo est «off side» lorsque, ne se trouvant ni en possession de la balle ni derrière un des joueurs de son propre camp en possession de la balle, il n’y a pas, au moment où la balle est frappée, de joueur du camp opposé plus près que lui de la ligne de but des adversaires ou de cette ligne prolongée. En ce cas, il ne doit ni frapper la balle ni empêcher le camp opposé de l’atteindre ou de la frapper.
A la fin Lutyens manqua un coup court et facile, et les Skidars durent s’élancer pêle-mêle en arrière pour protéger leur propre goal, sous la conduite de Shikast. Powell arrêta la balle d’un revers, alors qu’elle n’était pas à cinquante mètres des poteaux de goal, et Shikast pirouetta d’un tour de reins qui fit presque sauter Powell hors de sa selle.
« C’est maintenant notre dernier atout, dit le Chat, en pivotant comme un hanneton sur une épingle. Il ne nous reste plus qu’à jouer du jarret. Allons. »
Lutyens sentit le petit gaillard ramasser sa respiration, et, pour ainsi dire, se baisser sous son cavalier. La balle était en train de sautiller vers la limite de droite, tandis que des deux éperons et du fouet un Archange courait après elle ; mais ni fouet ni éperon n’eussent décidé son poney à donner l’effort voulu en approchant de la foule. Le Chat Maltais lui passa sous le nez, en ramassant de son mieux ses jambes de derrière, attendu qu’il n’y avait pas trente centimètres d’espace entre sa croupe et le mors de l’autre poney. Le spectacle eut toute la grâce d’une figure de patinage. Lutyens frappa de toute la force qui lui restait, mais le stick lui glissa un peu dans la main, et la balle dévia à gauche au lieu de se maintenir près de la limite. Qui Êtes-Vous se trouvait loin sur le terrain, et pensait ferme tout en galopant. Il répéta, enjambée par enjambée, avec un autre poney des Archanges, les manœuvres du Chat, lui chipant la balle sous la bride même, dépassant son adversaire d’un quart de pouce, car qui Êtes-Vous était maladroit de l’arrière-main. Puis, il s’éloigna vers la droite, tandis que le Chat Maltais s’en venait à gauche ; et Bambou, se mettant dans la course, tint exactement le milieu entre eux deux. Tous trois étaient en train d’attaquer sous la forme d’une large flèche ; et il n’y avait que l’« arrière » des Archanges pour garder le goal. Mais à toucher leurs croupes couraient bride abattue trois de ces Archanges, et, mêlé à eux, Powell, qui menait Shikast sur ce qu’il devinait être leur dernier espoir. Il faut un rude joueur pour affronter la venue de sept poneys affolés dans les dernières reprises d’une partie dont une coupe est l’enjeu, quand les hommes galopent au risque de se rompre les os, et que les poneys sont en délire. L’« arrière » des Archanges manqua son coup, et n’eut que juste le temps de tourner bride pour laisser passer la charge. Bambou et Qui Êtes-Vous ralentirent l’allure pour faire place au Chat Maltais, et Lutyens fit goal d’un coup net, précis, sonore, qu’on entendit d’un bout à l’autre du champ. Mais il n’y avait plus moyen d’arrêter les poneys. Ils fondirent entre les poteaux de goal en un véritable tas, vainqueurs et vaincus pêle-mêle, attendu que l’allure avait été terrible. Le Chat Maltais savait par expérience ce qui allait arriver, et, pour sauver Lutyens, il tourna à droite d’un suprême effort qui lui claqua sans espoir de remède un tendon de derrière. Ce faisant il entendit le poteau de goal de droite craquer tandis qu’un poney carambolait dedans — craquer, se briser, et tomber comme un mât. On l’avait scié en trois tronçons pour parer aux accidents ; mais néanmoins il renversa le poney, lequel alla donner dans un autre poney, lequel alla donner dans le poteau de gauche, sur quoi ce ne fut plus que confusion, poussière et débris. Bambou était couché sur le sol, en train de voir trente-six mille chandelles ; un poney des Archanges roula auprès de lui, haletant et furieux ; Shikast s’était assis à la façon d’un chien pour éviter de tomber par-dessus les autres, et s’en allait glissant sur son petit bout de queue dans un nuage de poussière ; et Powell se trouvait aussi le derrière par terre, en train de frapper le sol de son stick et d’essayer de chanter victoire. Tous les autres criaient avec ce qui leur restait de voix, et ceux qui avaient été désarçonnés criaient tout aussi fort que les autres. Dès que la foule eut constaté que personne n’était blessé, dix mille indigènes et Anglais crièrent, applaudirent et vociférèrent à leur tour, et avant qu’on pût les arrêter, les joueurs de cornemuse des Skidars firent irruption sur le terrain, suivis de tous les officiers et soldats indigènes, et se mirent à marcher au pas du haut en bas en jouant un air sauvage du Nord, appeléZakhmé Bagân; et, à travers le retentissement insolent des cornemuses et les hurlements aigus des indigènes, on entendait la musique des Archanges scander :For they are all jolly good fellows[7]; puis, en manière de reproche auteamperdant :Ooh, Kafouzalum ! Kafouzalum ! Kafouzalum[8]:
[7]Air populaire anglais dont en général on fait suivre les toasts.
[7]Air populaire anglais dont en général on fait suivre les toasts.
[8]Vieille « scie » anglaise.
[8]Vieille « scie » anglaise.
Outre tout cela et mieux encore pouvait-on voir un commandant en chef, un inspecteur général de cavalerie, et le plus haut personnage du service vétérinaire de toute l’Inde, debout au sommet d’uncoachrégimentaire, hurler comme des écoliers, tandis que des généraux de brigade, des colonels, de beaux messieurs et des centaines de belles dames faisaient chorus. Mais le Chat Maltais restait la tête pendante, à se demander combien il lui restait de jambes, tandis que Lutyens, tout en le caressant tendrement, regardait les hommes et les poneys se dégager des débris des deux poteaux de goal.
« Dites donc, demanda le capitaine des Archanges en crachant un caillou, voulez-vous trois mille roupies de ce poney — tel qu’il est là ?
— Non, merci. J’ai comme une vague idée qu’il m’a sauvé la vie », répondit Lutyens en mettant pied à terre et en s’étendant de tout son long.
Les deuxteamsétaient, eux aussi, étendus sur le sol, en train d’agiter leurs bottes en l’air, de tousser et de chercher à reprendre haleine, pendant que lessaïsaccouraient pour emmener les poneys, et qu’un officieux porteur d’eau arrosait les joueurs avec de l’eau sale, au point qu’ils finirent par se mettre sur leur séant.
« Mâtin ! dit Powell, en se frottant le dos et en regardant les tronçons des poteaux de goal. Pour une partie !… »
Ils la rejouèrent, cette partie, ils en rejouèrent chaque coup, ce soir-là, au grand dîner où la Coupe Ouverte à Tous fut remplie et passée à la ronde, et vidée et remplie de nouveau, et où chacun y alla des plus éloquents speechs. Vers deux heures du matin, alors que peut-être on faisait un peu de « musique », une petite tête grise sans prétention, une petite tête bien sage, regarda par la porte ouverte.
« Hourrah ! Amenez-le », s’écrièrent les Archanges.
Et sonsaïs, qui se sentait, oui-da, bienheureux, passa la main sur le flanc du Chat Maltais, lequel entra en clochant du pied dans le cercle éclatant de lumières et d’étincelants uniformes, en quête de Lutyens. C’était un habitué des mess, des chambres de caserne[9], des endroits où l’on n’encourage guère, en général, les poneys à pénétrer ; et en ses jeunes ans il avait, à l’occasion d’un pari, sauté sur une table de mess pour resauter de l’autre côté. Aussi se conduisit-il fort poliment, mangea-t-il du pain saupoudré de sel, et, avançant avec précaution, fut-il caressé à la ronde. Enfin, l’on but à sa santé, attendu qu’il avait fait plus sur le terrain pour gagner la Coupe que n’importe quel homme ou quel autre cheval.
[9]Chambres d’officiers dans les casernes anglaises.
[9]Chambres d’officiers dans les casernes anglaises.
C’était gloire et honneur en suffisance pour le reste de ses jours ; aussi le Chat Maltais ne se plaignit-il pas outre mesure en entendant le vétérinaire le déclarer désormais impropre au polo. Lorsque Lutyens se maria, sa femme ne lui permit pas de jouer, de sorte qu’il fut forcé d’être arbitre ; et en ces occasions-là son poney en était, un gris moucheté, à la jolie petite queue de polo, boiteux de partout, quoique terriblement prompt de ses jambes, et, comme tout le monde le savait, leNec Plus Ultrade ceux qui pratiquent le jeu.