—C’est pour cela que vous m’avez offert votre vie!
Un sourire presque gai, ombre du brillant sourire de jadis, effleura la bouche de Patrice.
—Est-ce que, vraiment, Mireille, vous croyez cela?
—Non... je ne le crois pas... Je serais bien ingrate si je le croyais!...
—Mireille,luiqui vous connaissait avait deviné que si les circonstances nous rapprochaient, lui disparu, bien vite j’en arriverais à souhaiter d’avoir le droit de vous envelopper de tendresse. Et, généreusement, il désirait qu’il en fût ainsi... Oh! si j’étais sûr de redevenir ce que j’étais, comme je vous dirais: «Sans scrupule, venez à moi, mon amour. Je vous jure qu’ensemble nous garderons... pieusement... le souvenir de Max... Moi, sans jalousie... Vous, pardonnant le mal qu’il vous a fait, dans une heure d’entraînement... et qu’il a racheté...» Mais vous dire cela aujourd’hui, c’est impossible!... atteint comme je le suis!
—Patrice, tel que vous êtes, tel que vous serez dans l’avenir, je vous appartiens et je ne me reprendrai jamais! Nous avons tant souffert l’un et l’autre... dans la même épreuve... par la guerre!... que nos âmes nouvelles créées par cette épreuve, sontunemaintenant... Ne le sentez-vous pas, mon ami bien-aimé?... Et, n’est-ce pas, que vous voulez bien de moi, afin que je retrouve près de vous le bonheur que je n’ai pas osé accepter, vous vous souvenez? en octobre... et que, maintenant, je ne fuis plus... Car c’est le vôtre aussi... Et vous l’avez si cruellement gagné...
—Mireille... ô Mireille, vous allez me faire bénir ma blessure qui vous donne à moi!
—Ah! enfin! vous consentez! jeta-t-elle, d’un accent de joie tel, qu’un sourire radieux ressuscita un instant le Guisane de jadis.
Follement, il attirait la jeune femme contre sa poitrine:
—Mireille, je vous l’ai dit un jour, je ne suis pas un saint... mais un homme qui vous adore... et je n’ai plus le courage de vous repousser... Puisque vous m’avez vaincu, vos lèvres, pour le baiser de nos fiançailles. Depuis tant de jours, j’en ai soif!...
Elle eut un tressaillement... Soudain, en son souvenir, montait la vision lointaine des lumineuses fiançailles de ses dix-huit ans, après l’aveu entendu un soir de bal... Aujourd’hui, dans une chambre d’hôpital, à un homme broyé par l’effroyable tourmente, elle abandonnait de nouveau sa vie, et son cœur si profondément creusé par la douleur...
Tout bas, elle dit, des larmes plein les yeux:
—Patrice, les voici, mes lèvres...
Elle souleva, vers le visage qui, dans la nuit, cherchait le sien, sa bouche que nul baiser n’avait effleurée, depuis le dernier donné par celui qui dormait là-bas, dans la terre lorraine...
Du feu qui vivait toujours sous la cendre, jaillissait l’éternelle et merveilleuse flamme...
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