CHAPITRE XV

On s’ennuyait beaucoup, ce soir-là. Pour dire quelque chose, je demandai :

« Comment s’appelle ta femme ?

— Ma femme ?

— Oui. Il n’y a pas d’indiscrétion, je suppose ?

— Elle s’appelle…

— Je l’avais déjà baptisée, d’après les descriptions que tu m’as faites… Je l’avais nommée : Florimonde… Je me suis sans doute trompé.

— Elle s’appelle Lucienne. »

On eût dit, à son air, qu’il m’apprenait le nom secret (le seul vrai) d’une illustre déesse.

Que voulez-vous ! Lucienne, c’est très agréable, mais avouez qu’à bien chercher l’on trouverait mieux. Lucienne, ça peut être quelqu’un de charmant ou d’insupportable, un trottin délicieux ou une institutrice sèche, mais non point la femme que m’a révélée Cigogne. Lucienne, ce n’est rien de précis, mais quel nom pour MmeMaxence ! L’épouse de Cigogne s’appelle donc Lucienne ! Je n’en reviens pas. Cela a quelque chose d’offensant, il me semble, mais Cigogne ne s’en doute guère. Question d’habitude, sans doute. Tout de même… Lucienne !

Je demeurai coi et ne sus répondre que :

« Ah ! »

On n’est pas éloquent tous les jours. Mais il reprit :

« D’ailleurs, Florimonde a un air assez singulier ; je comprends Florimonde ; je te permets d’appeler ma femme Florimonde. »

C’est une permission dont je n’abuserai certes pas !


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