Un nègre ?
JEUNHOMME.
Ah ! oui ! le nègre ? C’est l’architecte diocésain délégué du ministère des Beaux-Arts ; voilà onze ans qu’il passe ses journées dans le clocher pour en étudier la restauration ; personne n’y fait plus attention…
LA PRÉFÈTE.
Et il continue.
De la galerie arrivent Ramage, MmeRamage et MmeBédu.
RAMAGE.
Que se passe-t-il ? La personne !…
MmeBÉDU.
Ma fille seule avec la personne !… Quelles horreurs lui aura-t-elle apprises ?…
RAMAGE.
Les chapiteaux en action !
MmeRAMAGE.
Oh ! puisque le nègre était là !
Au seuil de la porte du clocher, Calfa et Gérôme.
CALFA,à Gérôme.
J’étais enfermé ! Il a bien fallu que je sonne pour me faire entendre.(A la Préfète.)Bien joué, Madame…
LA PRÉFÈTE.
Oh ! trop aimable… L’orgue, quand on sait un peu de piano, je tapote…
CALFA.
Bien joué, vous dis-je ; mais à deux de jeu ?
LA PRÉFÈTE.
C’est l’organiste ? Mais il n’a pas l’air myope…
CALFA.
Et les agents ? Où sont les agents ?
JEUNHOMME,ouvrant la porte de l’orgue.
Tenez, ils sont là ; ils fument.
CALFA.
De mieux en mieux, Madame : séquestration d’agents de la force publique, le délit se caractérise ; à merveille !
Arrive Bédu, avec l’organiste.
BÉDU.
Voici la noce, dépêchez-vous, monsieur Canette, vous allez être en retard !
GÉRÔME.
Canette ne voit personne : voilà qu’il s’installe.
CALFA[1].
[1]Voir lanote de la page 262.
[1]Voir lanote de la page 262.
Ne le troublez pas. Seulement je suis forcé de garder Jeunhomme, bien entendu, et madame à ma disposition.
JEUNHOMME.
Mais c’est la préfète !
MlleBÉDU.
C’est la préfète !
MmeBÉDU,à sa fille.
Petite dinde !
CALFA.
Elle est ingénieuse ! elle est drôle !… Mais je n’ai pas envie de rire.
GÉRÔME.
La préfète ? un nom de guerre, comme la Vrille, ou la Mominette.
CALFA.
Évidemment !
M. Canette commence sur l’orgue son arrangement du Pas des Patineurs. Musique jusqu’au baisser du rideau.
JEUNHOMME,à la préfète.
Voilà les avantages de l’incognito !
LA PRÉFÈTE.
Mais je n’en espérais pas tant : moi arrêtée, c’est admirable, c’est délicieux !
JEUNHOMME.
Si vous en aviez comme moi l’habitude…
Surgissent de l’escalier du fond Gilotte, le commandant, un enfant de chœur.
GILOTTE.
Eh ! bien, voyons, qu’est-ce qui se passe ? Gérôme, le cortège est en bas…
LE COMMANDANT.
L’exactitude militaire, politesse des rois !
RAMAGE,à Gérôme.
Ne dites rien, sacrebleu, le lunch…
BÉDU.
Le lunch !
GÉRÔME.
Je vous demande pardon, Messieurs, je vous suis…(A Calfa.)Vous n’y voyez pas d’inconvénient ?
CALFA.
Pas le moins du monde ; ma mission est accomplie : la noce continue…
MlleBÉDU.
Ai-je vu une grue qui ressemble à une préfète, ou une préfète qui ressemblerait à une grue ?
CALFA.
Je crois que j’aurai un joli rapport à présenter au nouveau préfet.
RIDEAU