I. —Pour choisir un appartement

PETIT PRÉCISDE LA CONVERSATION FRANCO-INSTAR

— Ce à quoi nous tenons, justement, c’est à avoir une maison seule, avec un petit jardin.

— C’est ce qui avait décidé le commandant de recrutement, surtout à cause des enfants.

— Quand on fait tant que d’habiter la province, ce n’est pas pour avoir les inconvénients de Paris.

— Et puis à Paris on peut vivre vingt ans sur le même palier sans se connaître.

— Dieu sait que ce n’est pas la même chose en province !

— Malheureusement l’appartement me semble bien petit.

— Dans la position de mon mari, nous ne pouvons pas nous dispenser de recevoir.

— Si au moins il y avait une porte à deux battants entre le salon et la salle à manger…

— En somme, madame, il n’y a que deux marches à monter, et le service se fait très facilement par le corridor.

— Il faudrait pouvoir loger ici la belle console.

— Oui, mais le commandant n’avait pas de piano.

— Si vous preniez l’appartement, on s’entendrait toujours pour les papiers.

— Crois-tu, Émile, que les grandes potiches japonaises que tu m’as rapportées du Louvre…

— On en sera quitte pour mettre le portrait de parrain dans mon cabinet.

— Son portrait en conseiller de préfecture ? Mieux vaudrait celui de ta mère.

— Madame aurait bien des commodités avec tous ces placards.

— Si les Barbotin nous tombent comme l’été dernier, en même temps que les Giloteux…

— On a toujours la ressource de dresser un lit dans le cabinet de toilette.

— Et puis après tout, ma bonne amie, il y a des hôtels.

— Vous avez le boucher à deux pas, et la boulangère est en face.

— Si on a du monde au dernier moment, et qu’il faille courir…

— Je trouve qu’on est bien peu chez soi dans le jardin.

— Oh ! quand le chèvrefeuille sera poussé…

— D’ailleurs vous n’aurez pas à vous plaindre du voisinage : une dame en deuil, très convenable, avec deux petits garçons au lycée.

— Voici le petit endroit ; si vous voulez vous rendre compte comment ça fonctionne ?

— Dame, c’est une chose qui est bien aussi à considérer.

— Tu sais comme ta tante Anna est désagréable.

— Quant à ça, madame peut être tranquille, le commandant était un homme très propre.


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