GRAVURES.

Camp touareg.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

Camp touareg.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

«Le lendemain nous franchissons les dunes qui s'élèvent derrière Kabara; l'aridité des lieux contraste d'une manière frappante avec la fertilité des bords du fleuve. C'est un désert, infecté par les Touaregs, qui deux jours avant y ont assassiné trois négociants du Touat. Le peu de sécurité de la route est tellement avéré, qu'un hallier, situé à mi-chemin, porte le nom significatif de:Il n'entend pas, c'est-à-dire qu'il est sourd aux cris de la victime. Nous laissons à notre gauche l'arbre du Ouéli-Salah; un mimosa que les indigènes ont couvert de haillons dans l'espoir que le saint les remplacera par des habits neufs. Nous approchons de Tembouctou; le ciel est nuageux, l'atmosphère pleine de sable, et la ville se distingue à peine des décombres qui l'entourent; mais ce n'est pas le moment d'en étudier l'aspect: une députation des habitants se dirige vers moi, pour me souhaiter la bienvenue. Il faut payer d'audace, je mets mon cheval au galop, et vais à leur rencontre. L'un d'eux m'adresse la parole en turc; j'ai presque oublié cette langue, que je dois savoir, moi, prétendu Syrien; cependant je trouve quelques mots à répondre, et j'évite les questions de l'indiscret en entrant dans la ville. Je laisse à ma gauche une rangée de cases malpropres, et je m'engage dans des ruelles qui permettent tout au plus à deux chevaux de passer de front; mais le quartier populeux de Sané-Goungou m'étonne par ses maisons à deux étages, dont la façade vise à l'ornementation. Nous prenons à l'ouest, et, passant devant la demeure du cheik, nous entrons en face dans celle qui nous est destinée.

Arrivée à Tembouctou.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

Arrivée à Tembouctou.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

«J'avais atteint mon but; mais l'inquiétude et la fatigue m'avaient épuisé, et la fièvre me saisit immédiatement. Néanmoins l'énergie et le sang-froid étaient plus nécessaires que jamais; le bruit courait déjà qu'Hammadi, le rival d'El Bakay, avait informé les Foullanes de la présence d'un chrétien dans la ville. Le cheik était absent; son frère, qui m'avait promis son appui, non satisfaitde mes cadeaux, élevait des prétentions exorbitantes; mon hôte prétendait pouvoir disposer de mes bagages, ainsi que je disposais de son local: exactions sur exactions. Le lendemain, toutefois, la fièvre ayant cessé, je reçus la visite de gens honnêtes, et pus prendre l'air sur ma terrasse, d'où j'embrassais du regard la ville. Au nord, la mosquée massive de Sankoré donne à cette partie un caractère imposant; à l'est, le désert; au sud, les habitations des marchands de Ghadamès; puis des cases au milieu de maisons construites en pisé, des rues étroites, un marché au versant des dunes, le tout formant un coup d'œil plein d'intérêt.

«Le lendemain la nouvelle d'une attaque projetée contre ma demeure, par ceux qui s'opposent à mon séjour, me coupe la fièvre; une attitude un peu ferme suffit à dissiper les nuages. Le frère du cheik essaye de me convertir, et me défie de lui démontrer la supériorité de mes principes religieux; lui et ses élèves entament la discussion; je les bats, ce qui me procure l'estime de la partie intelligente des habitants et l'amitié du cheik. La fièvre m'avait repris le 17; ma faiblesse augmentait de jour en jour, quand le 26, à trois heures du matin, des instruments et des voix m'annoncèrent l'arrivée d'El Bakay; ma fièvre s'en accrut; mais mon protecteur me tranquillisa le soir même. Il blâmait hautement la conduite de son frère à mon égard; m'envoyait des vivres, avec la recommandation de ne rien prendre de ce qui ne sortirait pas de sa maison, et m'offrait le choix entre les diverses routes qui me permettaient d'arriver à la côte. Si j'avais su alors que je devais languir huit mois à Tembouctou je n'aurais pas eu la force d'en supporter l'idée; mais l'homme, fort heureusement, ne prévoit pas la durée de la lutte, et marche avec courage au milieu des ténèbres qui lui dérobent l'avenir.

«Ahmed El Bakay, d'une taille au-dessus de la moyenne, et bien proportionnée, avait cinquante ans, la peau noirâtre, mais la figure ouverte, l'air intelligent, le port et la physionomie d'un Européen. Une courte robe noire, un pantalon de même couleur, ainsi que le châle qui était posé négligemment sur sa tête, formaient tout son costume. Il se leva pour venir à moi, et sans phrases, sans formules préliminaires, nous échangeâmes nos pensées avec un entier abandon. Le pistolet que je lui donnai fit tomber l'entretien sur l'industrie européenne; il en connaissait la supériorité, et me demanda s'il était vrai que la capitale de l'Angleterre eût plus de cent mille habitants. Il me parla ensuite du major Laing, le seul chrétien qu'il eût jamais vu; personne à Tembouctou, n'ayant eu connaissance du séjour de Caillé, grâce au déguisement qu'avait pris l'illustre Français.

«Tembouctou, située à neuf kilomètres du Niger, par dix-huit degrés de latitude nord et très-probablement entre le cinquième et le sixième méridien à l'ouest de Paris, a la forme d'un triangle dont la pointe se dirige vers le désert, et qui s'étendait autrefois à un kilomètre au delà des limites actuelles. Sa circonférence est aujourd'hui de quatre kilomètres et demi; ses anciens remparts détruits par les Foullanes en 1826, n'ont pas été relevés. La cité se compose de rues droites et de rues tortueuses, non pavées, mais dont la chaussée est faite de sable durci; quelquefois un ruisseau en parcourt le milieu. On y trouve neuf cent quatre-vingts maisons en pisé, bien entretenues, et deux cents cases en nattes dans les faubourgs, au nord et au nord-ouest, où sont des monceaux de décombres accumulés depuis des siècles. Plus de traces de l'ancien palais ni de la Casbah; mais trois grandes mosquées, trois petites et une chapelle. Tembouctou se divise en sept quartiers, habités par une population fixe de treize mille âmes, et une population flottante de cinq à dix mille de novembre en janvier, époque de l'arrivée des caravanes. Fondée au commencement du onzième siècle par les Touaregs, sur un de leurs anciens pâturages, Tembouctou appartient au Sonray dans la première moitié du quatorzième. Reprise au milieu du quinzième par ses fondateurs, elle leur est bientôt enlevée par Sonni Ali, qui la saccage, la tire de ses ruines, et y fait affluer les marchands de Ghadamès. Déjà marquée, en 1373, sur les cartes catalanes, non-seulement entrepôt du commerce de sel et d'or, mais centre scientifique[21]et religieux de tout l'ouest du Soudan, elle excite la convoitise de Mulay Ahmed, tombe, en 1592, avec l'empire d'Askia, sous la domination du Maroc, et demeure jusqu'en 1826 au pouvoir des Roumas (soldats marocains établis dans le pays). Viennent ensuite les Foullanes, puis les Touaregs qui chassent les Foullanes en 1844. Mais cette victoire, en isolant Tembouctou des bords du fleuve, amène la famine. Un compromis a lieu, en 1848, par l'entremise d'El Bakay: les Touaregs reconnaissent la suprématienominaledes Foullanes, qui ne peuvent tenir garnison dans la ville; les impôts y sont perçus par deux cadis: l'un Sonray, l'autre Foullane; et le gouvernement (ou plutôt la police) est confié à deux maires sonrays, comprimés à la fois par les Foullanes et les Touaregs, entre lesquels se place l'autorité religieuse, représentée par le cheik, Rouma d'origine.

«J'avais, comme on l'a vu, l'entier appui du cheik; mais le conflit des pouvoirs qui s'exercent dans Tembouctou devait neutraliser l'influence de cet homme généreux, et menacer mes jours, malgré sa protection. Le mois de septembre s'était bien passé; je n'attendais plus qu'une occasion pour fixer mon départ, lorsque le 1eroctobre arrivèrent des cavaliers appartenant au gouverneur titulaire; ces soldats avaient l'ordre de me chasser de la ville, et de me tuer si je faisais résistance. Plus moyen de partir; El Bakay s'y opposait formellement, pour ma sécurité d'abord, ensuite pour ne pas avoir l'air de plier devant les Foullanes; il résolut même d'aller camper hors des murs, afin de prouver à tous qu'il ne dépendait ni de la population ni de ses vainqueurs; et le 11 nous quittâmes la ville un peu avant midi. En dépit de mes inquiétudes, je me trouvai bien du changement d'air et de la scène paisible que j'avais sous les yeux. Dès lematin les tentes ouvraient leurs rideaux de laine, aux couleurs variées, on trayait les chamelles, les chèvres, les vaches qui paissaient sur la colline; toute la nature s'éveillait, et les essaims de pigeons blancs, qui avaient dormi sur les arbres, lissaient leurs plumes et prenaient leur volée. Le soir le bétail revenait des pâturages, les esclaves poussaient devant eux les ânes chargés d'eau; les fidèles, groupés dans les buissons, psalmodiaient la prière, guidés par la voix mélodieuse du maître; puis un chapitre du Koran était chanté par les meilleurs élèves, et le son harmonieux de ces beaux vers se répandait au loin, répété par l'écho.

«Deux jours après, nous rentrâmes à Tembouctou; la division se mit dans la propre famille du cheik; on persistait à vouloir me chasser. El Bakay sortit de nouveau de la ville et m'emmena cette fois à Kabara. Les Foullanes en profitèrent pour envoyer de nouvelles forces à Tembouctou; nous y revînmes, mais pour retourner au camp. J'y retrouvai un calme parfait: El Bakay me laissait libre, ou venait causer avec moi de choses toujours intéressantes. Il avait, ainsi que les gens de sa suite, un intérieur paisible et doux. Je ne crois pas qu'il y ait en Europe d'individu plus affectueux pour sa femme et ses enfants, que mon hôte ne l'était pour les siens; je dirai même qu'il poussait trop loin la condescendance aux volontés de son auguste épouse. La plupart de ces tribus mauresques, aujourd'hui métis, n'ont qu'une seule femme, de même que les Touaregs; seulement chez ces derniers l'épouse est libre, va et vient, a le visage découvert, tandis que, vêtue de noir, la femme du Maure est toujours voilée, et que celle des riches ne quitte jamais la tente. La vie que nous menions aurait pu être favorable aux intrigues; mais les femmes étaient chastes, et l'on aurait infailliblement lapidé l'épouse convaincue d'adultère. Toutefois le cheik étant le chef de la religion, il est possible que la bonne tenue observée dans son camp soit un fait exceptionnel.

«La guerre et les discordes civiles, pendant ce temps-là, redoublaient de furie, et ma position devenait chaque jour plus périlleuse; les Foullanes ne pouvant m'arracher de force au cheik, essayaient de la ruse pour me faire tomber entre leurs mains; les Ouélad-Sliman, qui assassinèrent le major Laing, avaient fait serment de me tuer. De nouveaux soldats étaient entrés dans la ville, où nous étions revenus, et avaient l'ordre de m'en expulser à tout prix. J'avais espéré commencer l'année près de la côte; janvier finissait, et je me trouvais toujours dans la même alternative.

«Le 27 février, le chef des Foullanes exprima enfin à El Bakay, d'une manière franche et nette, le désir de me voir chassé du pays: refus péremptoire du cheik; nouvelle demande, nouveau refus, nouvelles luttes, une situation de plus en plus intolérable: le commerce en souffrance, la population inquiète. Les particuliers s'assemblent, discutent les moyens de se débarrasser de moi; les Tébous approchent, les Foullanes veulent assiéger la ville, l'irritation est au comble.

«Le 17 mars, dans la nuit, Sidi Mohammed, frère aîné d'El Bakay, fait battre le tambour, monte à cheval, et me dit de le suivre avec deux de mes serviteurs, pendant que des Touaregs, qui nous soutiennent, frappent leurs boucliers et répètent leur cri de guerre. Nous trouvons le cheik à la tête d'un corps nombreux d'Arabes, de Sonrays, voire de Foullanes, qui lui sont dévoués. Je le supplie de ne pas faire couler le sang à cause de moi; il promet aux mécontents de me garder hors de la ville, et nous allons camper sur la frontière des Aberaz, où nous souffrons horriblement des insectes et de la mauvaise nourriture. Enfin, après trente-trois jours de résidence au bord de la crique de Bosébango, il fut décidé que nous partirions le 19 avril.

«Le 25, après avoir traversé divers campements de Touaregs, nous suivions les détours du Niger, ayant à notre gauche un pays bien boisé, entrecoupé de marais, et animé par de nombreuses pintades. C'est là que nous rencontrâmes le vaillant Ouoghdougou, ami sincère d'El Bakay, magnifique Touareg, ayant près de deux mètres, d'une force prodigieuse, et dont on rapportait des prouesses dignes de la Table ronde. C'est sous son escorte que je gagnai Gago, aujourd'hui bourgade de quelques centaines de cases et qui fut au quinzième siècle la capitale florissante et renommée de l'empire sonray.

«Après m'être séparé en ce lieu de mes protecteurs, et ne conservant autour de moi qu'une suite composée encore d'une vingtaine de personnes, je repassai sur la rive droite du fleuve et la descendit jusqu'à Say, où j'avais traversé le Niger l'année précédente. Sur tout ce parcours de près de cent cinquante lieues, je ne rencontrai qu'un sol fertile et des populations paisibles au milieu desquelles tout Européen pourrait passer en toute sécurité, en leur parlant comme je le fis, des sources et de la terminaison de leur grand fleuve nourricier; questions qui préoccupent de temps à autre ces bons nègres autant peut-être qu'elles ont tourmenté nos sociétés savantes, mais dont ils ne possèdent pas les premiers éléments.

«Rentré à Sokoto et à Vourno au milieu de la saison des pluies, j'y reçus l'accueil le plus généreux de l'émir, mais à bout de forces et de santé, j'étais presque incapable d'en profiter. L'avenir m'apparaissait de plus en plus sombre.

«La guerre venait d'éclater tout autour de moi et devant moi; le sultan de l'Asben avait été déposé; le cheik du Bornou avait perdu le pouvoir, et l'on avait étranglé mon ami El Béchir.

«Le 17 octobre, j'arrivais à Kano: on m'y attendait; mais ni argent, ni dépêches; aucune nouvelle d'Europe. C'était là que je devais payer mes serviteurs, acquitter mes dettes, rembourser mes créances, échues depuis longtemps. J'engageai tout ce qui me restait, y compris mon revolver, en attendant que j'eusse fait venir la coutellerie et les quatre cents dollars qui devaient être à Zinder; mais ceux-ci avaient disparu pendant les troubles civils. Kano sera toujours insalubre pour les Européens; ma santé déjà mauvaise, s'altéra davantage, mes chameaux, mes chevaux tombèrent malade, et je perdisentre autres le noble animal qui depuis trois ans avait partagé toutes mes fatigues.»

L'énergie du voyageur triompha encore une fois de toutes ces difficultés. Le 24 novembre il partait pour Kouka, où le cheik Omar avait ressaisi le pouvoir; de nouveaux embarras l'y attendaient, et ce ne fut qu'après quatre mois de séjour dans cette ville que Barth reprit la route du Fezzan, mais cette fois par Bilma, voie plus directe, autrefois suivie par Denham et Clapperton.

Vue générale de Tembouctou.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

Vue générale de Tembouctou.—Dessin de Lancelot d'après Barth (cinquième volume).

Arrivé à Tripoli, à la fin d'août, Barth s'y arrêta quatre jours, s'embarqua pour Malte, et de là pour Marseille, traversa Paris, et entra dans Londres le 6 septembre 1855. Rappelons qu'il avait exploré le Bornou, l'Adamaoua, le Baghirmi, où nul Européen n'était jamais entré. Non-seulement il avait visité sur une largeur de mille kilomètres, la région qui s'étend de Katchéna à Tembouctou, et qui, même pour les Arabes est la partie la moins connue du Soudan, mais il avait noué des relations avec les princes les plus puissants des bords du Niger, depuis Sokoto jusqu'à la ville interdite aux chrétiens. Il avait donné cinq ans de sa jeunesse à cette entreprise surhumaine, enduré des privations et des fatigues inouïes, bravé les climats les plus meurtriers, le fanatisme le plus implacable, triomphé du manque absolu d'argent en face d'une cupidité sans frein. Il avait altéré une santé miraculeuse, et payé cinq mille francs à l'Angleterre le périlleux honneur de lui rapporter des lettres de franchise pour ses marchands. Des cinq hommes intrépides qui ont pris part à cette expédition, il revenait seul, chargé de matériaux précieux dans tous les genres: cartes détaillées, dessins, chronologies, vocabulaires, histoire des pays et des races, itinéraires et tables météorologiques; depuis le sol jusqu'aux nuages, ses études avaient tout embrassé. Quel est, dira-t-on, la récompense de tant d'intrépidité, d'abnégation et de savoir? Barth nous répond par ces lignes si simples: «Je laisse beaucoup à faire à mes successeurs, même dans la voie que j'ai suivie; mais j'ai la satisfaction de sentir que j'ai ouvert aux esprits éclairés de nouveaux horizons sur la terre africaine, et préparé l'établissement de rapports réguliers entre l'Europe et ces contrées fertiles, qui lui étaient peu ou point connues.»

Traduit par MmeH. Loreau.

I. Sous le titreVoyage d'un naturaliste, pages 139 et 146, on a imprimé: (1858.—INÉDIT).—Cette date et cette qualification ne peuvent s'appliquer qu'à la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838) et avertit les lecteurs que le texte a été publié en anglais.

II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine Burtonaux grands lacs de l'Afrique orientale, 1repartie, 46elivraison, le motORIENTALEse trouve remplacé par celui d'OCCIDENTALE.

III. On a omis, sous les titres deJuifetJuive de Salonique, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention suivante: d'après M. A. Proust.

IV. On a également omis de donner, à la page 146, la description des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos représentés sur la page 145. Nous réparons cette omission:

1ºTanagra Darwinii, variété du genre desTanagrastrès-nombreux en Amérique. Ces oiseaux ne diffèrent de nos moineaux, dont ils ont à peu près les habitudes, que par la brillante diversité des couleurs et par les échancrures de la mandibule supérieure de leur bec.

2ºCactornis assimilis:Darwin le nommeTisseim des Galapagos,où l'on peut le voir souvent grimper autour des fleurs du grand cactus. Il appartient particulièrement à l'île Saint-Charles. Des treize espèces du genrepinson, que le naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affectée à une île en particulier.

3ºPyrocephalus nanus, très-joli petit oiseau du sous-genremuscicapa, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le mâle de cette variété a une tête de feu. Il hante à la fois les bois humides des plus hautes parties des îlesGalapagoset les districts arides et rocailleux.

4ºSylvicola aureola. Ce charmant oiseau, d'un jaune d'or, appartient aux îles Galapagos.

5º LeLeiocephalus grayiiest l'une des nombreuses nouveautés rapportées par les navigateurs duBeagle. Dans le pays on le nommeholotropis, et moins curieux peut-être que l'amblyrhinchus, il est cependant remarquable en ce que c'est un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui existe.

Le saurienamblyrhinchus cristatus, que nous reproduisons ici, est décrit dans le texte, page 147.

Iguane.Amblyrhinchus cristatus, iguane des îles Galapagos.

Amblyrhinchus cristatus, iguane des îles Galapagos.

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURERue de Fleurus, 9, à Paris

Note 1:Un des géographes de notre temps, qui ont le plus d'autorité, M. Vivien Saint-Martin, a très-justement apprécié en ces termes le voyage du docteur Barth: «Cette exploration restera comme l'une des plus importantes et des plus remarquables dans l'histoire des découvertes africaines.» En effet, complétant au nord, à l'est et au sud du Bornou les découvertes de Denham, Oudney et Clapperton (1822), reliant à l'ouest les travaux de Lander (1830) à ceux de Caillé (1828), Barth et ses compagnons ont comblé d'immenses lacunes et tracé sur la carte d'Afrique des itinéraires qui ne s'élèvent pas à moins de cinq à six mille lieues.

Une traduction française desVoyagesde Barth, par M. Paul Ithier, se publie en ce moment à Bruxelles et à Paris (Bohné, rue de Rivoli, 170). Les deux premiers volumes ont paru.[Retour au texte principal.]

Note 2:PrononcezOferveg.[Retour au texte principal.]

Note 3:El hammada, nom souvent employé dans le nord de l'Afrique pour désigner un plateau pierreux.[Retour au texte principal.]

Note 4:L'Asben, immense oasis, était autrefois le pays des Goberaoua, la plus noble partie des noirs du Haoussa, qui paraissent avoir eu, dans l'origine, quelque parenté avec les races du nord de l'Afrique. La domination berbère s'était déjà implantée au quatorzième siècle dans plusieurs de ses villes. Léon l'Africain dit positivement que l'Asben était, lors de son voyage, occupé par les Touaregs; ce sont eux qui ont baptisé la province du nom d'Ahir. Nous avons vu que les vainqueurs épousèrent les femmes indigènes, ce qui fondit la gravité des Berbères avec la joyeuse insouciance du nègre, et modifia le type originel des deux peuples.[Retour au texte principal.]

Note 5:Le Damerghou, province frontière du Soudan, peut avoir soixante milles de longueur sur quarante de large. Son territoire onduleux, excessivement fertile, pourrait nourrir une population compacte, et a été jadis beaucoup plus habité qu'il ne l'est à présent. District en dehors de l'Ahir, auquel il est soumis et dont il est le grenier, il est peuplé de Haoussaoua et principalement de Bornouens.[Retour au texte principal.]

Note 6:La population fixe de Kano (environ trente mille habitants), se compose de Haoussaoua, de Kanouris ou Bornouens, de Foullanes et de gens de Noupé. On y trouve beaucoup d'Arabes de janvier en avril, époque où la population s'élève à soixante mille âmes par l'afflux des étrangers.—Le principal commerce de Kano consiste en étoffes de coton vendues sous forme de tobé, espèce de blouse; de turkédi, longue écharpe, ou draperie bleu foncé, dont les femmes s'enveloppent; de zenné, sorte de plaid aux couleurs voyantes; de litham noir dont les Touaregs se voilent le bas de la figure; produits qui s'écoulent, au nord jusqu'à Mourzouk, Ghat et même Tripoli; à l'ouest jusqu'à l'Atlantique en passant par Tombouctou; à l'est dans tout le Bornou, y faisant concurrence à l'industrie indigène, tandis qu'au sud ils envahissent l'Adamaoua, et n'ont de limites que la nudité des nègres. On exporte de ces tissus pour trois cents millions de cauris, et l'on comprendra l'importance de cette somme quand on saura qu'avec cinquante mille de ces coquilles une famille entière peut vivre et s'habiller pendant un an. Ajoutons que le Haoussa est l'une des régions les plus fertiles de la terre, et sa population l'une des plus heureuses du globe, toutes les fois que son gouvernement est assez énergique pour la protéger contre ses voisins.—La province de Kano compte cinq cent mille habitants (moitié esclaves, moitié hommes libres). Le gouverneur peut mettre sur pied sept mille chevaux (il en a levé jusqu'à dix mille), et vingt mille fantassins.—Son revenu se compose, outre les présents qu'il reçoit des étrangers, d'un impôt foncier de deux mille cinq cents cauris (cinq francs) par famille, et d'une taxe de sept cents cauris par cuve de teinture, qui sont au nombre de plus de cinq mille à Kano seulement. Son autorité n'est pas absolue. À part le droit d'appel de ses décisions à l'émir de Sokato, si toutefois la plainte peut arriver jusque-là, il est assisté d'un conseil dont il est obligé de prendre l'avis dans toutes les affaires importantes. Ce conseil est formé du ghaladina, ou vizir, qui le préside et qui est parfois plus puissant que le gouverneur lui-même, du maître des écuries, charge importante dans ces contrées barbares, du commandant militaire, du chef de la justice, de celui des esclaves, du trésorier et du maître des bœufs, espèce d'intendant chargé du matériel de guerre (le bœuf étant la bête de somme du pays).—La classe élevée est arrogante, l'étiquette de la cour très-sévère; les Foullanes qui, peu à peu, ont envahi la province et ont fini par s'en rendre maîtres, épousent les jolies filles de la nation conquise, mais ne donnent pas les leurs aux vaincus.[Retour au texte principal.]

Note 7:Noyau du grand empire central de l'Afrique, depuis la chute du Kanem, qui n'en est plus qu'une province, le Bornou est limité à l'est par le Tchad, à l'ouest et au nord-ouest par la rivière de Yo.[Retour au texte principal.]

Note 8:Par ces mots, Henry Barth comprend les différentes routes suivies par les caravanes, et dont il donne l'itinéraire, la topographie des lieux dont il dresse la carte, l'histoire du pays dont il fait la chronique, enfin l'étude comparée des divers langages dont il rapporte le vocabulaire.[Retour au texte principal.]

Note 9:Cyprea moneta, coquillage blanc, qui sert de monnaie courante au Bengale et dans tout le centre de l'Afrique; il en fallait deux mille cinq cents pour valoir cinq francs, pendant que le docteur se trouvait à Kano; il est facile d'imaginer l'embarras causé par une monnaie aussi encombrante, et la patience qu'il faut avoir pour régler un compte, lorsque la somme s'élève à quelques centaines de francs.[Retour au texte principal.]

Note 10:Suite.—Voy. page193.[Retour au texte principal.]

Note 11:On appelleChouastous les Arabes fixés dans le pays et compris dans le chiffre de la population. Divisés par clans nombreux, ils sont deux cent cinquante mille dans le Bornou, et peuvent fournir vingt mille hommes de cavalerie. Agriculteurs une partie de l'année, la plupart ont des villages qu'ils habitent pendant la saison des pluies et du travail agricole. Nomades le reste du temps, ils errent avec leurs troupeaux.[Retour au texte principal.]

Note 12:Fruit dubassia parkii; le toso se compose presque entièrement d'un noyau de la couleur et du volume de la châtaigne, entouré d'une pulpe très-mince, revêtue d'une peau verte. Il est fort commun dans ces parages; les naturels préparent avec l'amande du noyau une grande quantité de beurre qui leur sert à la fois pour la cuisine et comme médicament.[Retour au texte principal.]

Note 13:Yola, capitale de l'Adamaoua ouAdamova, est située à quatre degrés au sud de Kouka, sur le Faro, affluent du Bénoué, qui lui-même tombe dans le Niger, à quelques journées seulement de l'embouchure de ce fleuve immense.—Le Bénoué, grossi du Faro, est navigable, pour de grandes embarcations, jusqu'au centre de l'Adamaoua, et fournirait le moyen de pénétrer, par le sud, au cœur de l'Afrique; d'où l'importance de l'exploration que le docteur voulait faire de cette province.

La ville de Yola, nouvellement construite par les Foullanes, dans une plaine marécageuse, n'a pas moins de trois milles de l'est à l'ouest; mais chaque hutte est placée au milieu d'une vaste cour, parfois d'un champ de sorgho, et malgré son étendue, elle compte à peine douze mille habitants. Pas d'industrie; l'esclavage sur une échelle immense; il est des propriétaires dont les esclaves en chef ont sous leurs ordres jusqu'à un millier d'hommes. On dit que le gouverneur reçoit par an un tribut de cinq mille esclaves, outre le bétail et les chevaux qu'il prélève.[Retour au texte principal.]

Note 14:Le Fombina, que les Foullanes appellent Adamaoua, en l'honneur d'Adama, père du gouverneur actuel, s'étend du sud-ouest au nord-est, sur un espace d'environ deux cents milles sur quatre-vingts. C'est assurément l'une des plus belles provinces de la Nigritie: rivières nombreuses, vallées fécondes, montagnes peu élevées, gras pâturages, végétation luxuriante, papayer, sterculier, pandanus, baobab, hyphéné, bombax, élaïs et bananiers; beaucoup d'éléphants gris, noirs et jaunes; le rhinocéros dans la partie orientale, le lamentin dans le Bénoué, le bœuf sauvage très-commun dans la région de l'est; et parmi les animaux domestiques fort nombreux, une variété indigène de bêtes bovines, petite espèce d'un mètre de haut, et de couleur grise, totalement différente de celle que les Foullanes ont introduite dans le pays.[Retour au texte principal.]

Note 15:Le Kanem, gouverné depuis le commencement du neuvième siècle par les Séfouas, dont la dynastie occupa le trône du Bornou jusqu'en 1835, s'étendait, au commencement du treizième siècle, depuis les bords du Nil jusqu'aux territoires de Borgou et d'Yorouba; au sud jusqu'à Mabina, au nord sur la totalité du Fezzan. Cet état de prospérité dura plus de cent ans; mais à la fin du quatorzième siècle la guerre civile éclata, les Séfouas furent chassés de la capitale et allèrent s'établir dans le Bornou, qui, dès les premières années du seizième siècle, reprit le Kanem et le subjugua d'une manière définitive. Depuis lors, s'affaiblissant par la lutte privée de ses habitants contre le Bornou, pillé par les Touaregs, disputé à ses maîtres par le Ouaday, qui en possède aujourd'hui la partie orientale, le Kanem est l'une des régions les plus dévastées du Soudan.[Retour au texte principal.]

Note 16:Le Baghirmi est un plateau légèrement incliné vers le nord, et situé à trois cents mètres au-dessus de la mer. Son étendue est actuellement de deux cent quarante milles du nord au sud, et de cent cinquante de large. On y trouve, seulement dans la partie septentrionale, quelques montagnes détachées, qui séparent les deux bassins du Fittri et du Tchad. Le sol, silico-calcaire, produit du sorgho, du millet, qui forment la principale nourriture des Soudaniens; du sésame, du poa, dont se nourrissent une grande partie des habitants; une énorme quantité de riz sauvage; des haricots, ducorchorus olitorius, des melons d'eau, du coton, de l'indigo. On n'y cultive de blé que dans l'intérieur de Maséna, et pour l'usage particulier du sultan. La population de Baghirmi, proprement dit, n'excède pas quinze cent mille âmes. Le tribut est payé, par les musulmans, en grain, en bandes étroites de calicot et en beurre; par les païens, en esclaves. La lance et une espèce de serpe constituent les seules armes du pays; pas de flèches, pas de boucliers, à peine quelques armes à feu.—Monarchie entièrement absolue, étiquette sévère; les Baghirmayés ne peuvent approcher du souverain, appelébanga, qu'en se découvrant l'épaule gauche et en se saupoudrant la tête de poussière; mais ils jouissent d'une liberté de parole beaucoup plus grande que celle qui est accordée à une foule de citoyens de l'Europe.[Retour au texte principal.]

Note 17:Suite et fin.—Voy.pages 193et209.[Retour au texte principal.]

Note 18:Les Foullanes, qui, suivant le peuple qui les désigne, portent les noms de Félans, Foulbé, Fellata, ou Foulhas, composent une famille humaine d'un brun rouge, et la plus intelligente des tribus africaines. L'Orient a dû être leur berceau, mais les premiers chroniqueurs les trouvèrent établis près de la côte occidentale. Depuis cette époque, ils n'ont cessé de rétrograder vers le centre, où leurs progrès sont de plus en plus rapides. Ce fut d'abord une émigration de pasteurs, puis des établissements isolés, des villages sans lien politique et sans pouvoir, malgré la décadence des empires où ils étaient placés. Il en était ainsi depuis quatre siècles, quand, en 1802, le chef des Gober ayant réprimandé les Foullanes, au sujet de leurs prétentions naissantes, le cheik Othman dan Fodiyo, irrité de l'insolence du chef païen, souleva ses compatriotes, leur insuffla son fanatisme, et, en dépit de ses premières défaites, jeta les fondements d'un vaste empire. Son fils, Mohammed Bello, non moins distingué par son amour de la science que par son courage et ses qualités d'homme de guerre, consolida les conquêtes d'Othman; et, malgré la faiblesse d'Aliyou, qui n'a de Mohammed que la bienveillance et les bonnes intentions, l'État féodal des Foullanes comprend toujours un espace de dix-huit cents kilomètres de longueur sur six cents kilomètres de large. Il est vrai que la révolte est partout, et que les grands vassaux, non moins que les indigènes, semblent à la veille de se partager l'empire.[Retour au texte principal.]

Note 19:Voy. le remarquable ouvrage de M. de Lanoye, intituléle Niger.[Retour au texte principal.]

Note 20:Mohammed ben Aboubakr, fondateur de la dynastie des Askia, peut-être le plus grand de tous les souverains de la Nigritie, est un exemple du développement intellectuel dont un nègre est capable. Né dans une île du Niger, au milieu du seizième siècle, il détrône le fils de Sonni Ali, sultan des Sonrays, prend le pouvoir, étend ses conquêtes du centre du Haoussa jusqu'au bord de l'Atlantique, et du douzième degré de latitude nord jusqu'à la frontière du Maroc. Il gouverne les vaincus avec justice et bonté, s'attache même les musulmans, dont il a chassé les princes, fait naître partout l'aisance, protégé les savants, et répand dans ses États les principes les plus avancés de la civilisation arabe. Malheureusement le harem, ce germe de dissolution, engendre les querelles de famille, les discordes civiles, et Mohammed, devenu le jouet et la victime de ses fils, est contraint d'abdiquer en 1529, après trente-six ans de règne.[Retour au texte principal.]

Note 21:Ahmed Baba donne une liste considérable des savants de Tembouctou, et il avait lui-même (au seizième siècle) une bibliothèque de seize cents manuscrits.[Retour au texte principal.]


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